Youhou, il y a des lecteurs qui restent avec moi, c'est génial ça ! encore une fois merci pour les reviews, ça me fait écrire et poster plus vite )
Plus d'intrigue et moins de Jisbon dans ce chapitre, mais je me rattraperai plus tard, promis !
Chapitre 4
Faire cavalier seul. Plus facile à dire qu'à faire. Il avait beaucoup de talents, mais s'il y avait un outil avec lequel il se débrouillait moins bien que la moyenne, c'était l'ordinateur. Il aurait pu s'en sortir, sans doute, mais cela aurait représenté une perte de temps, et un sentiment d'urgence le poussait en avant. Malgré l'étendue des ressources dont il disposait, il était bien incapable de mener seul les recherches qu'il avait besoin d'effectuer, ce qui ne lui laissait qu'une solution : mettre quelqu'un dans la confidence. Et Van Pelt était la meilleure de l'équipe pour ce genre de choses. Quand il frappa à la porte de chez elle, il s'attendait à ce qu'elle mette plusieurs minutes à répondre : vu l'heure, il pensait qu'elle était endormie. Pourtant elle ouvrit assez rapidement, vêtue d'un peignoir enfilé à la hâte sur une chemise de nuit.
_Jane ? Qu'est-ce que tu fais ici ?
_J'ai besoin de ton aide.
Elle n'hésita qu'une seconde avant de s'effacer pour le laisser entrer. Il haussa les sourcils en détaillant l'appartement d'un coup d'œil. La décoration raffinée, les couleurs chaudes, les photos de famille sur une commode, le canapé confortable muni d'une couverture sous laquelle elle devait se blottir lorsqu'elle regardait la télévision… Son salon ressemblait tant à ce qu'il avait imaginé en apprenant à la connaître qu'il aurait pu s'y diriger les yeux fermés. Un ordinateur était posé sur la table basse, à côté d'une tasse de café entamée et de dossiers ouverts. Elle devait encore être en train de travailler.
Il ignora le geste qui lui proposait de passer à la cuisine pour discuter et s'assit sur le canapé sans y être invité. Si elle acceptait de lui donner un coup de main, comme il était persuadé qu'elle le ferait, alors autant s'installer confortablement à proximité de ce qu'elle utilisait comme table de travail. Ils en auraient pour un moment. Visiblement mise mal à l'aise par l'intrusion, elle prit tout de même place à côté de lui. Il lui tendit le livre qu'il avait acheté au libraire.
_Pages 248 et 249.
Sans un mot, elle chercha le bon passage et parcourut rapidement les deux poèmes. Confuse, elle finit par lui rendre le bouquin.
_De quoi s'agit-il ?
_Ce sont deux poèmes de William Blake qui vont peut-être nous mener à John Le Rouge.
Deux ans plus tôt, elle aurait posé des questions. Lui aurait demandé d'où il tenait ce renseignement, aurait tenu à savoir pourquoi il s'adressait à elle au lieu de soumettre son idée à Lisbon, aurait protesté devant le fait de détenir une information sans la partager avec le reste de l'équipe. Aujourd'hui, elle le connaissait assez pour savoir qu'il ne lui dirait que ce qu'il voulait qu'elle sache et que de toute façon, il s'arrangerait pour qu'elle fasse ce dont il avait besoin. Et puis elle devait lui accorder que ses plans, bien qu'il les mène d'une façon originale et parfois à la limite de la légalité, avaient tendance à fonctionner. Aussi décida-t-elle, malgré une dernière réticence naturelle, de ne pas perdre de temps en protestations.
_Comment est-ce que je peux t'aider ?
_J'ai besoin que tu fasses des recherches là-dessus.
_Mais encore ?
Il eut une grimace. L'enquêtrice, c'était elle. Il avait une vague idée de ce qu'il voulait lui faire chercher, mais il ignorait ce qui était possible et ce qui relevait de l'utopie, et cela rendait sa requête difficile à expliquer.
_Le premier poème n'a rien de vraiment particulier, mais le second n'est connu que par un cercle de personnes relativement réduit.
_Réduit comment ?
Il haussa les épaules.
_Quelques milliers d'individus. Peut-être plus.
Elle lâcha une exclamation.
_Jane, c'est…
_Je sais. Mais on peut resserrer les critères avec les dates et les lieux. C'est simple, nous supposons que John Le Rouge est originaire de Californie et qu'il a certainement entre 35 et 45 ans. Il faut que tu me trouves les universités de l'Etat qui proposaient des cursus abordant ces deux poèmes à l'époque où il aurait pu faire ses études.
_Soit entre 1980 et 2000.
Il acquiesça, devinant à son langage corporel que malgré son incrédulité première, elle commençait à se réchauffer à l'idée. Il sentit un regain d'optimisme s'insinuer en lui. Il la savait pragmatique dans son travail, si elle ne rejetait pas son plan d'un bloc, c'était qu'il n'était peut-être pas si insensé que ça. Elle reprit la parole après avoir réfléchi un instant :
_Tu pourrais faire ça toi-même.
_Tu seras plus efficace, surtout pour la suite.
_La suite ?
_Une liste d'universités ne suffit pas. Il me faudra les noms des personnes ayant suivi ces cursus dans les années concernées et une comparaison avec les fichiers de la police, les profils psychologiques, les dossiers des services sociaux… En recoupant toutes les informations possibles sur ces étudiants, je suis sûr que certains noms vont sortir du lot.
Elle écarquilla les yeux.
_Est-ce que tu réalises ce que tu me demandes ? Si tu es venu jusque chez moi pour me demander ça, cela signifie que tu ne veux pas que le CBI soit au courant. Je ne pourrai donc pas m'en occuper pendant mes heures de bureau. C'est le travail de plusieurs semaines. Tout ça pour ce qui sera probablement un nouveau coup dans l'eau.
_C'est vrai.
Prise au dépourvu par une admission si rapide, elle garda le silence. Il pouvait presque entendre les rouages de son cerveau fonctionner alors qu'elle se demandait si ce qu'il voulait était faisable.
_Ecoute, Van Pelt, il n'y a que toi qui puisses le faire. Je ne peux pas en parler aux autres, les probabilités pour que cela donne quelque chose sont trop réduites.
Ce n'était pas la seule raison et elle devait s'en douter, mais il n'était pas prêt de lui avouer qu'il ne voulait pas impliquer Lisbon plus qu'elle ne l'était déjà ou qu'il savait que Rigsby refuserait de bosser sur ce genre d'indice sans l'accord du CBI. Il la vit esquisser une moue, tiraillée entre son désir de l'aider à mettre la main sur le meurtrier et la trop grande probabilité que tout cela ne serve à rien. Sans même parler du fait qu'elle mettrait sa carrière en danger en acceptant.
_Et si nous trouvons ? Si quelques noms sont effectivement suspects ?
Il mentit sans vergogne :
_Alors nous mettrons Lisbon au courant et le CBI pourra s'occuper de les interroger.
Une dernière hésitation. Puis elle lâcha :
_Je veux bien tenter le coup. Mais, ajouta-t-elle en voyant le soulagement qui s'affichait sur ses traits, je ne te promets rien. Tu ne peux pas t'attendre à un miracle.
Il acquiesça sans vraiment la convaincre qu'il ne placerait pas tous ses espoirs dans cette piste ténue. Poussant un soupir, elle décida qu'elle ne pouvait pas le décevoir. Alors elle attrapa son téléphone sous son regard intrigué et composa le numéro du bureau de Lisbon. Le répondeur automatique s'enclenchant, elle prononça d'une voix épuisée :
_Patron, je suis malade. Je vais vous envoyer les résultats de mes recherches ce soir, mais je ne sais pas si je pourrai venir au bureau demain. Appelez-moi sur mon portable si vous avez besoin de moi.
Elle raccrocha et se tourna vers lui, sourit à la reconnaissance qu'elle lut dans son regard. Le lendemain était un vendredi et elle n'était pas censée travailler ce week-end, cela signifiait qu'elle avait trois jours devant elle pour voir s'il était au moins possible de dégoter quelque chose. Récupérant son ordinateur, elle posa les pieds sur la table basse et le portable sur ses genoux pour commencer ses recherches.
_Trouver les universités ne devrait pas être si compliqué, je peux m'y mettre tout de suite. Après ça, je vais me coucher. Tout le monde n'a pas la chance d'être insomniaque.
Il sourit, content d'avoir obtenu sa coopération et de la voir s'atteler à la tâche aussi vite.
_Merci, Grace.
En entendant son prénom dans sa bouche, elle haussa les sourcils sans détourner les yeux de l'écran.
_Tu dois vraiment être désespéré.
_Tu n'as pas idée.
Elle étouffa un bâillement en copiant les informations qu'elle venait de récolter dans le document qu'elle avait créé deux heures plus tôt en commençant ses recherches. A côté d'elle, Jane était plongé dans la lecture du recueil de poèmes qu'il avait amené, y cherchant sans doute un indice supplémentaire. Elle s'était attendue à ce qu'il parte une fois qu'elle aurait accepté, mais il avait insisté pour lui tenir compagnie et, soupçonnait-elle, être sûr d'avoir accès aux résultats dès qu'elle aurait terminé. Lui jetant un coup d'œil, elle le détesta brièvement. Bientôt deux heures du matin et il était frais comme une rose alors qu'elle pouvait presque sentir les cernes sous ses yeux se creuser de minute en minute. Enregistrant son travail, elle refoula son léger ressentiment et tourna l'écran vers lui en annonçant :
_Je pense qu'on a tout.
Il leva les yeux de l'ouvrage pour lire les informations qu'elle avait rassemblées et émit un petit sifflement admiratif. Pour chaque établissement qui pouvait correspondre aux critères, elle avait cherché l'intitulé exact et le programme du diplôme les intéressant, les noms du président de l'université, du directeur du département et du responsable de la formation. Le nombre le découragea un bref instant. Plus pessimiste ou soigneuse que lui, elle avait non seulement cherché dans les universités, mais aussi dans les écoles privées.
_Je ne pensais pas que Berkeley avait un département littérature aussi important, nota-t-il sans vraiment accorder d'importance à l'information.
Alors qu'elle avait fermé les yeux et appuyé la tête contre le dossier du canapé pour se détendre pendant qu'il parcourait son travail, elle se redressa brusquement à ses paroles.
_Berkeley ?
Surpris de sa réaction, il hocha la tête et désigna la ligne correspondant dans le document.
_Oui, regarde. Berkeley, département lettres, master en littérature britannique du XVIIIème, avec comme options facultatives le Christianisme, la vision du mal dans les arts et…
_Attends.
Il se tut pendant qu'elle tournait de nouveau l'ordinateur vers elle. Elle expliqua tout en tapant des mots-clés dans le système de recherches de son disque dur :
_J'ai fait les recherches sans vraiment faire attention, je voulais examiner le document à tête reposée ensuite. Mais Berkeley… J'ai déjà vu ça quelque part.
Confus, il fronça les sourcils en remarquant prudemment :
_Euh… Oui, c'est l'une des universités les plus connues du pays.
_Je sais, je sais. Mais je voulais dire récemment. Je suis tombée sur cette fac il n'y a pas longtemps, je veux juste…
Elle s'interrompit alors que ses soupçons étaient confirmés. Son ordinateur venait de lui ressortir tous les dossiers sur lesquels elle avait travaillés depuis deux ans et qui contenait le terme Berkeley à un moment où à un autre. Remarquant sa soudaine tension, Jane s'approcha pour observer l'écran lui aussi. Parmi les documents les plus récents, l'un d'eux lui sauta aux yeux. Alors que Van Pelt double-cliquait sur l'icône, il sentit son rythme cardiaque s'emballer. Le stress, le sentiment de trahison indéfinissable, mais aussi l'excitation d'avoir peut-être enfin établi un lien. Parcourant la biographie qui venait de s'afficher à l'écran, il murmura, sous le choc :
_Kristina a fait Berkeley.
À suivre
