Wouhou, y'a encore des lecteurs en fait ! :D contente que ça vous plaise toujours… Encore pas mal de Jisbon dans ce chapitre, puis la suite devrait un peu plus se concentrer sur l'intrigue.
Chapitre 7
_Est-ce que ce n'est pas un peu… Risqué ? s'inquiéta Van Pelt.
_Si, bien sûr.
Rigsby prit les devants sur la jeune rousse pour rappeler :
_Patron, John Le Rouge a réussi à faire descendre des agents dans le QG du CBI. Le provoquer de cette façon, c'est du suicide.
_Sauf que la dernière fois, nous ne savions pas qu'il allait frapper.
Alors qu'il avait gardé le silence jusque là, Cho interpela Jane :
_Tu vas la laisser faire ça ?
_Tu crois qu'elle me laisse le choix ?
Les trois agents échangèrent des regards sceptiques. Si le consultant avait voulu empêcher leur supérieure de tenter le coup, il y serait certainement parvenu. Et s'il avait essayé et échoué, il n'aurait pas été d'aussi bonne humeur. Il confirma leurs soupçons en ajoutant :
_Et puis je pense que l'idée n'est pas si mauvaise que ça. C'est même notre meilleure chance.
Il sentait Rigsby et Van Pelt confus, et c'était logique. Le plan qu'ils avaient mis au point mettrait Lisbon en danger, ce qui le rendait inacceptable aux yeux des deux agents. Ce qu'ils ignoraient puisqu'ils avaient décidé de ne pas partager cette information avec eux pour le moment, c'était qu'elle était déjà en danger de toute façon. Quitte à risquer sa vie, elle préférait prendre les choses en main et il était obligé d'approuver. Elle ne pouvait pas vivre sous surveillance vingt-quatre heures sur vingt-quatre à se demander si et quand le tueur allait frapper. Autant provoquer l'attaque pour qu'elle ait lieu sur son terrain, quand elle serait préparée. Question de contrôle.
_Très bien… Alors comment on fait ça ? se résigna Rigsby.
_Le plus important, c'est qu'il ne se doute pas que c'est un piège. On ne peut donc rien faire de trop évident. Pour l'instant, pas de conférence de presse ou de communiqué. Il faut que l'info ait l'air d'avoir été diffusée par erreur.
_Très bien… Alors comment on fait ça ? répéta Cho, arrachant un sourire aux autres.
Lisbon prit le relais.
_J'ai un bon contact dans une feuille de choux locale. Je lui divulgue par inadvertance l'info top secrète, et on peut être sûrs qu'elle fait les gros titres dès le lendemain.
_Et ensuite ?
_Ensuite, on confirme et on attend. Il ne lui faudra pas longtemps pour réagir.
Jane ne répondit pas aux regards interrogateurs qui se fixèrent sur lui à cette remarque. L'imminence du danger était une certitude pour lui. Il restait une information qu'il avait gardée pour lui, une information que quiconque ayant lu son dossier aurait dû détecter. Mais il savait que ce détail n'était pas ce qui marquait le plus quand on parcourait ces documents et il était logique que Lisbon n'ait pas fait le lien. Peut-être n'avait-elle même jamais connu la date précise.
_Vous savez comment vous allez procéder ? demanda Cho.
Lison acquiesça et fit signe au consultant de répondre.
_Il y a un café près des bureaux du journal. Il y a de grandes chances pour que le gratte-papier aille y chercher sa dose demain matin. Lisbon et moi nous posterons là-bas. On a prévu une petite mise en scène histoire de rendre son épanchement crédible.
_De quel genre ?
Jane sourit en silence. Le lendemain matin allait être amusant.
_Vous comptez rester avec moi ce soir encore, c'est ça ?
Il ne prit pas la peine de répondre. Lisbon poussa un soupir en éteignant son ordinateur. Ils étaient presque seuls dans les locaux du CBI et Jane était allongé sur le canapé dans son bureau. Elle était à peu près sûre qu'il avait dormi une bonne partie de l'après-midi, alors qu'elle finissait de régler la paperasse d'une autre affaire, mais le connaissant, il était aussi possible qu'il soit simplement resté immobile pendant des heures à l'observer sans même avoir à ouvrir les yeux.
_Vous n'avez rien de mieux à faire de vos week-ends ?
_Et vous ?
Touchée. Et puis après tout, il passait la plupart de ses nuits au CBI de toute façon, débarquer chez elle ne changeait sûrement pas grand-chose pour lui. Elle savait que rentrer chez lui était douloureux, que ce qu'il voyait entre ces murs, ce n'était pas un foyer, mais un tombeau. Ce qu'elle ne comprenait pas, c'était qu'il ne se soit jamais débarrassé de cet endroit. Il aurait pu emménager dans un appartement moins morbide et moins envahi par les souvenirs. Peut-être une forme d'autopunition. Elle se leva et remarqua qu'il l'imitait aussitôt. Il attendait le signal du départ pour la suivre.
_Est-ce que vous vous êtes déjà demandé si vous serez vraiment capable de le tuer ?
Elle le vit se figer à ses paroles sorties de nulle part. Après quelques secondes d'un lourd silence, il répondit d'une voix aussi plaisante que d'ordinaire :
_Je n'ai pas eu à me poser la question.
_Prendre une vie n'est pas aussi facile que vous aimeriez le croire.
_J'ai déjà tué un homme, Lisbon. Ou l'avez-vous oublié ?
Découragée, elle secoua la tête. Elle s'était douté qu'il ramènerait cette histoire sur le tapis. Un an plus tôt, il avait fait un sacrifice. Pour elle. Elle n'était pas sûre qu'il ait réfléchi sur le coup, et c'était presque rassurant, la preuve que son réflexe instinctif avait été de protéger une collègue au lieu de laisser la vie sauve à un homme qui pourrait le mener à John Le Rouge. S'il n'avait pas tiré sur cet informateur potentiel, personne n'aurait pu le lui reprocher : il n'était pas un agent, ne possédait aucun entraînement approprié, et tout le monde aurait accepté de croire qu'il n'avait simplement pas réagi assez vite. Mais il avait tiré. Avait tué pour la sauver, avait perdu une piste précieuse, l'avait peut-être regretté. Elle commençait à se fier assez à lui pour être sûre qu'à l'époque, il n'avait pas eu l'intention de lui demander quoi que ce soit en retour, que sa réaction n'avait pas été calculée. Et c'était là qu'elle voulait en venir.
_Nous parlons d'un meurtre de sang froid, pas de légitime défense.
_Nous n'allons pas tarder à savoir si je suis capable de ce genre de chose. Je crains de vous décevoir.
Elle sourit tristement en le voyant renfiler sa veste d'un geste décontracté. Elle avait été transparente, une fois de plus. Il savait qu'elle continuait à espérer envers et contre tout qu'il renoncerait.
_Croyez-vous que j'hésiterai à vous arrêter ?
_Non. En revanche, vous, vous doutez.
Elle aurait pourtant dû être habituée à ce qu'il la lise aussi facilement, mais il parvenait encore à la surprendre. Il avait raison. Depuis quelques mois, son attitude envers lui, envers John Le Rouge, et envers la loi s'était peu à peu modifiée. Elle restait persuadée que ce qu'il voulait faire était mal et elle aimait à croire qu'elle l'en empêcherait par tous les moyens ou, le cas échéant, qu'elle ferait son devoir s'il venait à se transformer en assassin. Mais quelque part dans un recoin de son cerveau, l'étincelle du doute brillait. Décidant qu'elle n'avait rien à gagner à mentir, elle admit doucement :
_C'est vrai.
Il exprima une pointe d'étonnement devant l'aveu. Sembla hésiter. Finit par répondre :
_Vous savez que je ne vous demande rien.
_Je sais, oui.
_J'assumerai la responsabilité de mes actes.
_Je sais.
_Bien.
De nouveau, le silence alors qu'ils s'observaient mutuellement dans ces locaux bien trop calmes. Elle s'aperçut qu'il était trop près d'elle et réalisa qu'il n'avait pas bougé. C'était elle qui s'était approchée. Peut-être, inconsciemment, pour essayer de l'atteindre. Elle tenta de reprendre la parole, mais les mots restèrent bloqués dans sa gorge. Pour une fois, il accepta de lui faciliter la tâche. Il désamorça la situation d'un sourire aimable et eut un geste galant pour lui signifier de passer la porte avant lui. Elle détourna le regard et le dépassa, presque déçue par la baisse de tension soudaine dans la pièce. Elle s'immobilisa à cette pensée. Presque déçue… Déçue. Elle sentait la présence de Jane dans son dos, trop proche. Elle sentait aussi sa confusion devant son brusque arrêt. Alors elle se retourna pour lui faire face. Posa une main sur son bras et commença :
_Jane…
Elle oublia ce qu'elle s'apprêtait à dire quand ses yeux rencontrèrent les siens et ne les lâchèrent plus. L'intensité de son regard, le charisme qu'il dégageait, l'aura de souffrance qui ne le quittait que rarement, la chaleur de son corps… Tout cela l'attirait comme un aimant, et elle n'était plus sûre d'avoir envie de lutter. Presque malgré elle, elle se sentit approcher encore, quelques centimètres à peine les séparant désormais.
_Lisbon…
Elle ignorait si elle devait lire de la désapprobation ou une pointe d'espoir dans sa voix devenue grave, et elle se rendit compte que là, en cet instant précis, dans ce bureau désert, en présence d'un homme qu'elle désirait depuis plus longtemps qu'elle ne voulait l'admettre, cela n'avait pas d'importance. Alors elle franchit l'espace, se hissant sur la pointe des pieds pour rencontrer ses lèvres.
Il ne réagit pas au premier contact et elle s'écarta après quelques secondes à peine, refusant d'insister s'il ne comptait pas répondre à ses avances. Mais alors qu'elle se détournait, humiliée, il la retint et la força presque violemment à faire demi-tour. Avant qu'elle ait eu le temps de réaliser ce qui se passait, il s'empara de sa bouche. Elle sentit une main glisser contre son cou pour se faufiler derrière sa nuque, l'incitant à approfondir le baiser. Un gémissement sourd lui échappa quand leurs langues se mêlèrent et elle s'accrocha à lui, ses mains se glissant sous la veste pour reposer contre ce maudit veston. Embarquée dans un tourbillon de sensations, elle tenta désespérément de l'approcher, ne parvint qu'à les déséquilibrer légèrement tous les deux. Elle dut faire un pas en arrière pour se rétablir et il l'accompagna sans jamais rompre leur étreinte. Sentant une surface plane dans son dos, elle comprit qu'elle avait atteint le mur vitré et en ressentit un soulagement certain. Elle avait à présent un support et elle pouvait se concentrer sur ce qui était en train de se passer.
Alors qu'elle se sentait prête à perdre le contrôle et qu'elle voulait bien plus, il garda le baiser étonnamment doux, d'une lenteur sensuelle qui lui fit tourner la tête. Elle sursauta presque quand ses doigts se posèrent sur sa taille et qu'elle en sentit la brûlure contre sa peau malgré le t-shirt. Ses mains quittèrent son torse pour se nouer autour de ses épaules, l'incitant à s'abandonner davantage. Ses lèvres s'éloignèrent, lui arrachant un grognement de protestation qui se mua en expression de plaisir quand elles trouvèrent son cou. Elle emmêla ses doigts dans ses cheveux, s'assurant qu'il resterait bien en place. Un baiser juste au niveau du pouls envoya une décharge de désir dans tout son corps et elle le sentit se crisper contre elle en réponse à sa propre passion.
_Patrick.
Ce fut comme un choc électrique. Il redressa brusquement la tête sans s'écarter pour autant, et elle comprit avant qu'il dise quoi que ce soit. Toute sensation positive la déserta d'un seul coup alors qu'il prononçait doucement :
_Teresa, je… Ce n'est pas une bonne idée.
Elle ferma les yeux, laissa sa tête basculer en arrière et ramena ses bras à ses côtés. Jane secoua la tête, incapable de croire qu'il s'était laissé aller à ce point et parvenant difficilement à se concentrer alors que sa peau semblait encore appeler sa bouche. Il résista à la tentation, effectua une légère pression de la main pour l'inciter à redresser la tête. Elle finit par se plier à sa volonté à regret et accepta de le regarder. La déception qu'il lut dans ses yeux faillit le faire céder, mais il n'eut pas le temps de changer d'avis. Elle lui offrit un maigre sourire pour accorder :
_Vous avez raison, Monsieur Jane.
Le minuscule rire qui lui échappa n'avait rien de joyeux. Il déglutit avec difficulté, ravalant les émotions qu'il avait du mal à contenir, et finit par s'écarter pour de bon. Alors il sourit à son tour, d'un sourire peu convaincant, et eut ce geste familier de la main pour lui signaler qu'il lui laissait le passage.
_Après vous, Agent Lisbon.
A suivre…
