- En quoi consistera le prochain test ? s'enquiert Chen.
- Je voulais passer de suite à un entraînement plus soutenu, mais j'ai présumé de ses capacités, répond Sapin.
- Ça ne répond pas à ma question...
- Pour comprendre mon protocole, explique Sapin calmement,vous avez d'abord besoin que je vous en explique la genèse.
- Il n'y a rien à genèser, réplique Chen avec humeur. C'est une mewtwo, elle est largement capable de se débrouiller toute seule ! Elle joue la comédie !

Le jeune scientifique secoue la tête.
- Elle ne tient pas debout. Vous l'avez gardée dans son milieu de développement pendant trop longtemps. Elle a besoin de développer sa motricité, et ça va prendre plus de temps que prévu à cause du retard accumulé.
- Dites tout de suite que c'est ma faute !
- C'est ta faute, Chen, grogne la vieille Agatha, qui jusque là se contentait de faire la traduction.

La mentalie sur ses genoux ronronne pour appuyer les dires de la vieille dame.
- Je vois, grogne Chen. Vous êtes à trois contre moi. Bien, Sapin, faites à votre guise ! Et j'espère pour vous que vous n'êtes pas en train de gaspiller les crédits de la Team Rocket !
- Je ne gaspille jamais mes crédits de recherche, assure Sapin.
- Mraw ? fait Megara la mentalie.

Elle attend patiemment de savoir ce qu'elle doit dire à Shym dès que celle-ci sera sortie de sa pokéball.
- Ah oui, les instructions, se souvient Sapin.


Shym flotte dans une sorte de demi-sommeil. Elle est vaguement consciente de ce qui se passe dans ses environs immédiats, mais est incapable de dire où elle est. Elle a aussi l'étrange impression de ne pas avoir de corps. Impossible de localiser sa queue ou ses orteils. Impossible de bouger. Mais ce n'est pas si désagréable que ça. C'est très reposant, surtout après les efforts de la veille. Ou l'avant-veille ? Le temps n'a plus aucune prise sur son esprit.
Sa pokéball a été transportée par un humain, jusque dans une sorte de boîte. Après, difficile de dire ce qui s'est passé, combien de temps s'est écoulé. Tout ce qu'elle sait, c'est qu'elle est en train de se déplacer à très grande vitesse, dans un genre de conduit pneumatique.

Une main mécanique saisit sa pokéball et l'immobilise. L'objet est ouvert, elle atterrit sur un sol carrelé. Un déclic au-dessus de sa tête attire son attention elle a juste le temps de voir la pokéball disparaître à nouveau dans le tube pneumatique, probablement en direction de la fin du parcours.
Autour d'elle se trouvent quelques portes entourées d'une bordure semi-transparente de diverses couleurs. Le plafond est haut et les parois découpées par les portes ne l'atteignent pas. De toute évidence, il s'agit d'un parcours à traverser, installé temporairement dans une pièce utilisée habituellement pour un autre usage. Ils se sont tout de même donné la peine d'installer le système permettant de déplacer et d'ouvrir la pokéball sans avoir besoin de la toucher.


- Aujourd'hui, j'ai décidé de tester sa coordination main-œil, annonce Sapin.
- C'est-à-dire ? grogne Chen.
- Voir si elle est capable de réagir de manière synchronisée à des signaux visuels. Les portes vont s'allumer et s'ouvrir, puis s'éteindre et se fermer, alternativement. Elle doit actionner trois interrupteurs pour ouvrir la grande porte et retourner dans sa pokéball.

- Ça me paraît très simple, grogne Chen. Trop simple pour elle. Que ferez-vous si elle se vexe du manque de difficulté de l'exercice ?
- Chen, vous êtes trop pessimiste, répond Sapin d'un ton pédant.


Le cadre de la porte verte s'allume, le double battant coulisse vers les côtés. Shym sursaute. De l'autre côté de la porte se trouve un espace un peu plus petit que celui dans lequel elle se tient, ainsi qu'un énorme objet cylindrique et bas de couleur rouge. Des câbles en partent, sur lesquels un tapis a été jeté.

Shym redresse les oreilles, pas très certaine de la conduite à adopter. La porte s'éteint puis se referme, et c'est au tour de la porte orange de s'allumer et de s'ouvrir. Ensuite vient la porte bleue, puis de nouveau la verte.
- Tu dois actionner les interrupteurs, explique Megara.
- C'est quoi, un interrupteur ?

La mentalie glousse dans l'esprit de Shym.
- Ces gros machins rouges, de l'autre côté des portes. Tu dois appuyer dessus.
- Et si je ne suis pas assez rapide pour passer quand les portes sont ouvertes ?
Nouveaux gloussements de la part de Megara.
- Mais c'est là tout le but de l'exercice ! Être assez rapide pour passer les portes à temps !

Shym s'étire et secoue ses membres, se préparant aux mouvements brusques qui l'attendent. Elle ne doit surtout pas laisser sa queue traîner en arrière pour ne pas être prise quand les portes se refermeront.
Elle s'approche de la porte bleue, prend appui sur une jambe à demi pliée, prête à bondir en avant. La lumière s'allume, la porte s'ouvre, Shym bondit. Elle atterrit de l'autre côté, perd l'équilibre et s'étale de tout son long, mais elle a traversé à temps. Elle s'ébroue et se relève, fait quelques pas en direction de l'interrupteur et appuie sur l'énorme bouton rouge, qui s'allume aussitôt.
- Plus que deux, encourage Megara.

La porte de la pièce se referme, pendant que celle d'une autre s'ouvre.
Shym est piégée. Temporairement, certes, mais elle est piégée.
La terreur la saisit à la gorge.
Elle pousse un feulement de terreur, yeux écarquillés, et se précipite vers la porte, grattant fébrilement la fente entre les deux battants, malade d'angoisse.


- Vous voyez ? commente Sapin. C'est encore une enfant. Elle a peur de tout, même de son ombre.
- Attendez que la peur lui fasse détruire toute votre installation, répond Chen en se levant de son siège. Moi, en tout cas, je vais me mettre à l'abri. On ne sait jamais, avec son engeance, à quoi s'attendre. Ou plutôt, on ne sait que trop bien à quoi s'attendre.

Dans la pièce où se trouve Shym, la porte ouverte se referme, une autre s'ouvre. La salle où Shym est prise au piège est toujours fermée et Shym tremble de la tête aux pieds, roulée en boule au sol, gémissante.
- Il faudra que tu discutes avec elle et que tu la calmes, dit Sapin à la mentalie.
Celle-ci s'est déjà précipitée en avant, museau contre le miroir sans tain, regardant Shym en contrebas, les yeux emplis de larmes.


- Calme-toi ! Tout va bien !
La voix de Megara peine à traverser la terreur qui embrume l'esprit de Shym.
- Calme-toi ! La porte va se rouvrir !
- Piégée ! Coincée ! gémit Shym.

Ses hurlements mentaux sont difficilement supportables. La mentalie prend sur elle-même et fait de son mieux pour garder son calme.
- Respire calmement ! Reprends-toi ! Tu te souviens du cycle d'ouverture et de fermeture des portes ? Compte le temps !
Shym continue de frissonner, mais elle fait tout de même l'effort de se remémorer la séquence d'ouverture et de fermeture des portes. Ça la calme un peu.
- La porte est ouverte ! Annonce Megara. Sors, vite !

Shym lève la tête, rassemble ses forces et bondit par l'ouverture. C'est avec soulagement qu'elle retrouve l'espace central, plus volumineux que les compartiments réservés aux interrupteurs.


Depuis le poste d'observation, Sapin prend note qu'il faudra à l'avenir éviter les espaces trop restreints, angoissants pour Shym. À mi-voix, il grogne contre la trop faible surface des locaux disponibles et toute l'astuce qu'il devra mettre en œuvre afin d'installer toutes ses expériences dans cette pièce trop petite.
- On va s'amuser, grogne-t-il entre ses dents.


Shym fait une pause, le temps de reprendre le contrôle d'elle-même. Megara continue de murmurer dans sa tête des paroles réconfortantes. Enfin, la femelle mewtwo souffle doucement, déplie ses membres et se relève. Elle s'était instinctivement roulée en boule lors de sa crise d'angoisse.
- Plus que deux, murmure-t-elle pour s'encourager.
- Regarde le plafond, conseille Megara. Le plafond n'est pas fermé.

Shym acquiesce, prend le temps de bien mémoriser le cycle d'ouverture et de fermeture des portes, et s'engage dans l'une des deux cellules dont elle doit encore activer les interrupteurs. Elle sait qu'elle n'a pas le temps de déclencher le mécanisme et de ressortir de la salle. Alors, elle fait comme Megara l'a suggéré, elle regarde le plafond, tâtant le sol du bout des orteils.
Le dernier interrupteur est actionné de même.
La dernière porte est ouverte, laissant voir l'extérieur de la structure installée par Sapin, ainsi que sa pokéball, posée sur une table.

- J'ai fini l'exercice ? demande Shym à Megara.
- Oui, c'est terminé, approuve la mentalie.
- C'était un test de résistance au stress ?
- Même pas, soupire l'évolie de type psy. C'était un test de synchronisation entre ton regard et tes mouvements.
- Je n'ose pas imaginer ce à quoi ressemblera le test de résistance au stress, grogne Shym en retournant dans sa pokéball.
L'espace et le temps se dissolvent autour d'elle, lui apportant un peu de paix et de repos.