Note de l'auteure : dans cette fic, j'utilise deux mots très proches, « psi » et « psy ». Ce n'est pas une erreur. Le « psi » est l'énergie psychique et « psy » est l'adjectif raccourcit désignant lesdits pouvoirs psychiques. Simple, non ?


Shym a faim. Être enfermée dans sa pokéball pendant un temps qu'elle n'a pas su mesurer, ne l'a pas empêchée de réfléchir aux paroles de Megara.

Elle ne doit pas se laisser emporter par l'euphorie de ses capacités psychiques, sous peine de perdre la tête. Elle doit toujours rester maîtresse d'elle-même et de son psi, car un pokémon comme elle émet du psi en permanence. S'il n'est pas canalisé, il risque d'exploser à tout moment comme une tempête ou un orage, et de causer des dégâts involontaires. À long terme, ne pas maîtriser ses pouvoirs peut s'avérer mauvais pour son équilibre mental. Elle doit donc rester vigilante et s'entraîner à utiliser son psi à bon escient. Surtout, elle ne doit pas le laisser s'échapper sans contrôle. Le stocker, d'une façon ou d'une autre, semble être pour le moment la seule solution.

D'autre part, ses pouvoirs psy, une fois parvenus à maturité, seront supérieurs à la moyenne pour une pokémone. Parce qu'elle porte le sang de Mew. Il est donc encore plus vital, pour elle et pour son entourage, qu'elle apprenne rapidement à se servir de la puissance de son esprit et surtout à la maîtriser.

Quelque chose change dans l'environnement autour de la pokéball. Intriguée, elle en sort, et se retrouve entourée de personnes vêtues de noir, effrayées par sa seule présence. Tous ont un mouvement de recul en la voyant, certains poussent une exclamation de surprise.
Elle tourne la tête de droite et de gauche. Elle est sur une sorte de plateforme attachée au mur et sécurisée par une rambarde très jolie. Des escaliers y mènent et en partent. Sous ses yeux se trouve un grand espace vide, profond de trois mètres. Au fond, un tapis moelleux, des ouvertures menant à d'autres locaux.

Elle se tient sur le palier du premier étage du grand hôtel bâti au-dessus des souterrains dans lesquels se trouve le laboratoire où elle est née.
Des cordons sont tendus entre la rambarde de son côté du palier, et celle du palier de l'autre côté de la cage d'escalier. Le vide entre les deux est large de cinq mètres. En se retournant, elle peut voir un genre de parcours, dessiné par des cordons tendus, des plots, des couleurs de sol différentes.
D'en bas provient une voix :
- Le filet de sécurité, on l'attache où ?

- Ah Shym, tu es déjà sortie ?
C'est Sapin qui l'interpelle. Elle se retourne, secoue une oreille, s'enroule dans sa queue en laissant l'extrémité pendre sur son front.
- Tu ne devais pas sortir avant que nous ayons terminé d'installer le parcours. Pourquoi es-tu sortie ?
- J'ai faim, parvient à lui dire la pokémone par télépathie.
- Oh, bien sûr, bien sûr. Tes pouvoirs psy te demandent de manger au moins une fois par jour, et nous t'avons un peu oubliée, dans l'agitation de l'installation...

Il se gratte l'arrière de la nuque d'un air gêné, ce qui fait sourire Shym. Il a beau tenter de rester le plus froid et le plus objectif possible durant les tests, il a quand même un cœur, et de la compassion pour ses sujets de test. Elle juge qu'il est un bon scientifique grâce à ça.
- Et bien, on va voir pour te donner un truc à grignoter en attendant qu'on ait terminé les installations, et Megara viendra te tenir compagnie, ça te va ?
Elle acquiesce doucement. Elle sent la crainte des gens en noir, et ose à peine bouger. Sapin lui fait signe elle lui emboîte le pas.

Shym est conduite dans une salle bien meublée, où Agatha et une autre vieille dame sont en train de prendre le thé. Megara est installée dans le giron de la Japonaise et un persian est aux pieds de l'inconnue. Quelque chose donne à Shym l'impression qu'elle a déjà rencontré cette seconde personne.
- Excusez-moi... parvient à bredouiller la pokémone.
- Ah, Sapin te laisse enfin sortir ? Il a terminé ses tests ? demande l'inconnue au persian.
Il lui manque pas mal de dents et elle est sanglée dans son siège, lequel a des roulettes et est équipé d'un moteur électrique.

Shym penche la tête de côté.
- Ah, fait la vieille, tu ne te souviens pas de moi ? Je suis Madame Boss. C'est moi qui finance tout, ici.
La pokémone salue la mécène d'un mouvement de la tête.
- Alors, fait la vieille, paraît que tu as entraînement au saut aujourd'hui ?
Shym acquiesce.
- Bien, bien, bien. Nous aurons besoin du meilleur de tes capacités lorsque Mewtwo reviendra.

Shym comprend qu'elle parle de Kami, et que l'entêtement de son interlocutrice la fera toujours l'appeler Mewtwo. Nerveusement, elle agite le bout de sa queue.
- Prends donc le thé avec nous, en attendant que les installations soient terminées.
Elle s'installe au bord de l'assise du fauteuil en tapisserie crème parsemée de fleurs, espérant ne pas avoir trop à attendre.


- Bien, dit Megara. Nous y voilà. Sauter.
Shym regarde la piste installée dans la couloir. Elle doute que ses pattes la portent au-delà de la ligne, comme le souhaite Sapin. C'est beaucoup trop loin.
- Sur ton esprit, appuie-toi et jamais tu ne choieras, conseille la mentalie.
Plus facile à dire qu'à faire !

Shym court pour prendre de l'élan, saute, et atterrit tout pile sur la ligne.
- Peut mieux faire, commente la mentalie.
La mewtwo secoue la tête. Pour mieux faire, elle aurait besoin de passer des heures et des jours et des semaines à courir et sauter.
- Sur ton esprit, appuie-toi.
Mais comment ? Le prochain saut du parcours est deux fois plus long, et après vient l'espace vide de la cage d'escalier. Elle en tremble à l'avance.
- Saute.

Elle n'a pas vraiment le choix. Elle ferme les yeux, repousse le sol de toutes ses forces. Quelque chose se déclenche en elle, une force supplémentaire pour ne pas tomber. Le temps passe, cinq secondes, dix secondes, mais le sol n'est toujours pas revenu à sa rencontre.
- Le but est de sauter, certainement pas de voler, se moque Megara.
Shym ouvre les yeux. Elle est immobile dans l'air. La surprise s'empare d'elle. Elle retombe lourdement par terre.
- Recommence.

Alors elle recommence, encore et encore, jusqu'à parvenir à n'user de ses pouvoirs psy que pour se propulser plus loin en prenant appui sur eux à mi-course. Voler n'est pas encore au programme du jour. C'est encore trop risqué et trop épuisant pour elle. Comme l'explique Megara, en rimes et sans être toujours bien claire, il est impossible de savoir quand exactement Shym aura besoin de se battre. Elle doit apprendre d'abord à économiser ses forces et à utiliser ses pouvoirs le plus efficacement et parcimonieusement possible, avant d'apprendre les tours les plus impressionnants.

- Du début, encourage Megara.
- J'ai faim, répond Shym.
- Pour avoir récompense de gâteau, courage, Shym, fais un grand saut !
- Autrement dit, je ne pourrai manger que lorsque j'aurai sauté sur le palier d'en face, grogne la pokémone.
Elle brosse son pelage moiré et scintillant de pokémone chromatique, et retourne à la ligne de départ.

Un petit saut utilisant uniquement ses muscles. Un grand saut propulsé par ses pouvoirs psy. Un peu de course, encore. Un petit saut pour prendre appui sur la rambarde. C'est l'heure de vérité. Elle visualise une plateforme à mi-course, élastique, située à une altitude un peu inférieure à celle du premier étage, et se focalise dessus. Ce trampoline psychique la propulse cul par-dessus tête dans la rampe d'en face, à laquelle elle s'agrippe de toutes ses forces. Rapidement elle l'escalade, sentant les points d'attache du fer forgé dans la pierre commencer à céder. C'était juste.

Elle cherche des yeux sa récompense. Elle a faim, très faim.
Sur la table se trouve un contenant en porcelaine blanche, rempli d'un liquide épais et blanc-jaunâtre dans lequel reposent des pavés marron foncé d'une texture molle et aérée. Intriguée, elle plonge le doigt dans la crème et le porte à ses lèvres.
C'est délicieux.
Les pavés moelleux sont encore meilleurs.
Le mariage des deux est tout simplement divin.
- Brownies et crème anglaise, annonce Megara dans sa tête. Bon appétit !


- Vous êtes fou...
Chen, les yeux écarquillés, contemple avec horreur les notes de Sapin. Ce dernier n'a cure des remarques de son collègue, ravi par ses résultats.
- Chen, vous êtes un éteignoir. Shym est parfaitement sociable. Encore un peu timide, mais parfaitement sociable.
- Jamais... bredouille le Japonais. Pourquoi ? Vous l'avez laissée approcher Madame Boss ! Une catastrophe aurait pu se produire !

Sapin a un sourire ironique.
- Moi qui croyais que vous ne portiez pas notre mécène dans votre cœur, je suis tout à fait surpris. Vous auriez dû vous réjouir du danger encouru, non ?

Chen grimace.
- Si la vieille peau est tuée par la femelle, c'est après nous que les subordonnés en auront. Si la vieille y passe, c'en est fini de nous.
- Shym est bien trop paisible pour s'en prendre à un être humain, répond Sapin. Et puis, vous l'avez vu vous-même, sa puissance n'est pas encore très développée. Même si elle était prise de folie, elle serait très facile à maîtriser.
- Nous courons droit à la catastrophe, soutient Chen. Ne venez pas vous plaindre quand elle vous aura arraché le cœur !


Shym se pourlèche les doigts. Ce « gâteau » est vraiment délicieux.
- Tu aimes ?
C'est le jeune Professeur Sapin qui vient aux nouvelles, pokéball à la main. C'est l'heure pour elle de retourner dans sa... sa quoi ? Prison ? Maison ? Chambre ?
- La prochaine fois, continue l'humain, essaye d'utiliser la cuiller. Tu as des miettes plein le visage.
Elle ne comprend pas. Son regard interrogatif va de Sapin à la cuiller et de la cuiller à Sapin.

Ce dernier la saisit par le manche.
- La partie arrondie, explique-t-il, est censée servir à porter de petites quantités de nourriture de l'assiette à la bouche. Pour éviter de s'en mettre partout.
Un peu honteuse, Shym se lèche les mains pour les nettoyer.
- Attends, je vais chercher quelque chose pour te laver.

Il revient rapidement, un linge humide et une bassine d'eau en main. Patiemment, Shym se laisse faire alors qu'il lui nettoie visage et mains. La douceur et l'attention avec lesquelles il s'occupe d'elle, malgré tous ses efforts pour rester détaché et ne pas influencer les résultats des tests ou son jugement, la rendent mélancolique.
Kami lui manque.