- Bravo, félicite l'humain, mais quelque chose dans son ton et dans ses arrières-pensées laisse entendre qu'il n'est pas ravi du tout de la victoire de Shym sur la zone infestée de poison.
- Je peux me reposer, maintenant ? demande la pokémone. Certains des membres de mon équipe sont fortement blessés, Natu est empoisonné même, ils ont besoin de soins ! Et Pomdepik, est-ce qu'il va s'en sortir ?
Elle se tord les mains d'inquiétude.

Chen l'ignore. Des sbires sont rassemblés autour de lui, accompagnés par ces loups et chiens noirs qui ont tenu Shym en respect et l'ont dissuadée de s'enfuir de la zone de test. Elle fait de son mieux pour les ignorer, pour se persuader qu'ils n'ont qu'un rôle de figurant, qu'ils ne sont là que pour servir de décor lugubre afin de renforcer les effets de l'entraînement. Mais l'attitude de leurs dresseurs, la mâchoire serrée de Chen, démentent ce dont elle essaye de se persuader.

- Bien, nous allons pouvoir passer à la dernière partie de ce test ! annonce l'homme en blouse blanche. Tu vas devoir faire face à des armes avec tir à balles réelles, mais ne t'en fais pas, tu es tout à fait capable de créer un bouclier pour t'en protéger. Tu peux en apprendre plus sur le fonctionnement de ces armes, si tu suis les séminaires appropriés après le test. N'oublie pas que si tu veux du gâteau à la fin du test, tu devras te défaire de ton équipe de pokémons. C'est parti !

Quelques sbires hésitent, mais sur l'ordre de Chen, les chiens et les loups, bien dressés, se précipitent à la poursuite de Shym. Elle a à peine le temps de se retourner pour fuir.


Sapin désespère alors que Raphaël, le sbire qui l'a ramassé dans le couloir, tente de le rassurer du mieux qu'il peut. Ils sont tous les deux à l'infirmerie, car Sapin ne tient plus debout à cause de la fatigue. Le chercheur se dispute du mieux qu'il peut avec les deux infirmiers de garde : ces derniers veulent le garder en repos forcé alors que le premier refuse de rester assis une minute de plus tant que Shym n'est pas en sécurité.
- Voyons, insiste le personnel médical, c'est une capsumone, elle va s'en sortir !
- Et moi je vous répète, tempête Sapin, qu'elle risque d'être blessée, ou pire encore !

Les hommes en blouse se toisent. Le plus âgé continue de plaider sa cause :
- Je vous en prie, laissez-moi un peu de temps ! Deux heures, juste deux heures, rien de plus ! Une perfusion pour tenir deux heures !
Les infirmiers discutent entre eux pendant quelques minutes puis :
- C'est d'accord. Vous avez deux heures. Passé ce délai, nous viendrons vous chercher, à coups de pied aux fesses s'il le faut, pour vous placer en repos forcé.

À peine a-t-il l'aiguille sous la peau et la poche de liquide au bout d'une perche à roulettes, que Sapin jaillit hors de l'infirmerie comme un bouchon de champagne. Il tire Raphaël par la manche, fébrile, bégayant tellement il parle vite, ne sait plus dans quelle direction aller. Il n'a qu'une idée en tête : retrouver Domino, la personne qui à sa connaissance est la plus à même d'organiser le moindre combat, et avec son aide, protéger Shym de la foule en délire dont les hurlements lui parviennent dès qu'il passe devant une fenêtre entrouverte.

Soutenu par Raphaël, il interpelle tout le personnel qu'il croise dans le couloir.
- Tu sais où est Domino ?
- Pas vue.
- Aucune idée.
- Je l'ai croisée ce matin.

Enfin une réponse ! Le scientifique ne cache ni sa joie ni son soulagement.
- Où est-elle ?
- Elle a été escortée vers les zones de stockage, je crois. Ils parlaient de vérifier une erreur d'inventaire. J'ai été un peu surprise, parce que l'inventaire était prévu pour dans trois jours seulement, mais j'ai pu me tromper. Ou alors ils parlaient de l'inventaire de matériel top secret, ce qui pourrait expliquer que je ne sache rien à ce sujet. Ou alors…
- Cesse de discutailler, femme, et montre-moi le chemin qu'ils ont pris !
- Bon, bon, ça va, pas la peine de vous énerver. Vous avez pris combien de café dernièrement ?
Babillant, la sbire pilote Sapin et Raphaël à-travers les couloirs, dans les pas de Domino et de ses ravisseurs.


Shym esquive des flaques de substances corrosives, haletante. Elle est contente des résultats de ses entraînements : elle est désormais capable de courir aussi vite, peut-être même un peu plus vite, que les chiens qui aboient dans ses traces. Elle est obligée d'avancer en faisant de grands zigzags, des détours et des bonds, pour échapper aux crocs qui claquent dans l'air, si proches.
Mais la pokémone est fatiguée et la meute l'enserre petit à petit, la dirigeant vers des obstacles pour entraver sa course et la faire tomber. Elle saute agilement par-dessus quelques agrès d'entraînement qui traînent derrière le gymnase. La porte… pourvu que la porte ne soit pas fermée !

Elle accélère, se précipite contre le battant. Elle est à l'extérieur, elle doit tirer la clenche vers elle pour ouvrir. Si ses poursuivants la rattrapent dans le minuscule intervalle de temps qu'il faut pour appuyer sur la poignée et tirer, c'en est fini.
Elle s'écorche une main contre le crépi du bâtiment tandis que l'autre fait pivoter le lourd battant sur ses gonds. Déjà un grahyéna s'écrase sur la tranche de la porte au moment où elle parvient à se faufiler à l'intérieur. Jusqu'où fuira-t-elle ainsi ? Comment pourra-t-elle se battre, sans ses pouvoirs, contre ses adversaires ?

- Il ne faut pas blesser les pokémons volontaires qui participent au test, grogne Chen.
Elle se retourne il l'a déjà rattrapée ? Quel détour a-t-elle donc bien pu faire depuis les bassins ? Elle est tellement concentrée sur sa fuite, qu'elle en a perdu la notion du temps.
L'humain tient dans sa main une des choses-qu'il-ne-faut-pas-toucher, une de ces armes très dangereuses qui avaient effrayé Megara, il y a si longtemps semble-t-il.
L'ouverture est pointée sur elle.

- Pour commencer, tu vas rendre les pokéballs que je t'ai confiées, ordonne le chercheur.
Avec des gestes lents, Shym détache la ceinture de sa taille, et la pose par terre. Obéissant aux gestes de l'humain, elle pousse l'objet du bout du pied pour le faire glisser dans sa direction.
- Si tu restes tranquille, il y aura du gâteau, continue le Japonais.

Autour, les sbires sont devenus nerveux. Ils apaisent la meute de canidés de la voix, les rappellent, échangent des remarques pleines de crainte au sujet des normes de sécurité à suivre lors des entraînements. Certains estiment que Chen va trop loin, d'autres rétorquent que Shym est une mewtwo et qu'elle est très certainement capable de survivre au test, que de toute façon c'est juste un entraînement et qu'il faut faire confiance à Chen, qu'il est censé savoir ce qu'il fait.

- Le test est terminé. Merci d'avoir participé à l'acquisition de données vitales concernant ton espèce, continue Chen. Au-revoir.
Durant une microseconde, Shym se dit que là, la mise en scène va un peu trop loin. Puis une balle lui frôle la joue, l'égratignant. Déjà le vieil homme se prépare à tirer à nouveau, et les sbires commencent à en venir aux poings pour savoir s'ils doivent laisser l'homme en blouse agir ou pas.
Elle n'hésite plus, tourne les talons, et court.