CHAPITRE 5
En cette fin d'après-midi, sous un soleil resplendissant, trois silhouettes avançaient tranquillement à travers les stèles du cimetière de Pré-au-Lard. Hermione, accompagnée de ses amis Harry et Ginny, venait rendre visite à son cher Ron. Comme un automate, Hermione se dirigea directement à l'endroit où le jeune homme reposait en paix. Après s'être recueillis quelques minutes, Harry et Ginny laissèrent un peu d'intimité à leur amie, car ils se doutaient bien qu'elle avait des choses à lui dire en privé. Hermione s'agenouilla et déposa une gerbe de fleurs près de la pierre tombale. Elle se mit alors à parler à voix basse :
- Si je ne suis pas venue la semaine dernière, c'est parce que je devais voir Severus Rogue. Nous sommes officiellement fiancés, maintenant. Je sais à quel point tu haïssais cet homme, Ron, mais j'avais eu raison de croire qu'il était quelqu'un de bien. Nous nous sommes vus deux fois déjà, et franchement je ne reconnais plus l'homme qui nous a enseigné à Poudlard. Il n'est pas du tout celui qu'il paraissait être auparavant. Au Ministère, il s'est montré froid et distant, mais après il a été vraiment gentil avec moi. J'ai découvert que nous avons des choses en commun, et il a même accepté de rencontrer mes parents. Je pense que je vais bien m'entendre avec lui, tu sais…
Hermione leva les yeux et admira le ciel bleu ainsi que les arbres autour d'elle, puis son regard se posa à nouveau sur le nom gravé dans la pierre.
- Ne t'inquiètes pas pour moi, Ron chéri, tu me manques beaucoup mais je sais maintenant que je vais m'en sortir. Je crois sincèrement que Severus prendra soin de moi. J'espère seulement que tu ne m'en voudras pas lorsque je serai liée à lui…
Elle lui envoya un baiser soufflé et se releva pour rejoindre ses amis, le cœur rempli d'émotions.
Le lendemain, Hermione avait rendez-vous avec Severus afin de se rendre chez ses parents. Bien qu'elle ait prévenu ses parents du fait qu'elle serait accompagnée d'un « ami », Hermione était passablement anxieuse. Severus aussi était nerveux, même s'il le cachait bien. Il attendait Hermione devant le pub les Trois Balais, en se tordant les doigts sous sa cape. Il avait pris soin de revêtir des pantalons et une chemise de Moldus, afin de faire meilleure impression à ses futurs beaux-parents. Merlin… Comment devait-il se comporter avec les parents d'Hermione ? Il n'en savait rien. Lui qui croyait finir ses jours seul et dans l'oubli, il allait se retrouver avec une épouse à peine majeure et un enfant à sa charge. C'est néanmoins avec un certain soulagement qu'il vit sa fiancée apparaître dans la petite rue du village. À l'instar de Potter et de Weasley, elle connaissait le sens du mot « ponctualité ». Lorsqu'Hermione arriva à sa hauteur, Severus lui offrit galamment son bras et ils transplanèrent dans la banlieue de Londres où vivait les Granger. Ils retirèrent leurs capes et marchèrent dans le quartier cossu jusqu'à une maison de trois étages entourée d'un grand jardin et d'une barrière de bois.
Ce fut Ellen, la mère d'Hermione, qui vint les accueillir. Cette dernière cacha mal sa surprise en voyant l'homme qui accompagnait sa fille. Après avoir serré Hermione dans ses bras, elle les invita à se rendre au salon où Richard, le père de la jeune femme, les attendait. L'homme embrassa chaleureusement sa fille. Puis, en se tournant vers Severus, il ne put se retenir de sourciller en constatant que « l'invité surprise » devait approcher la quarantaine. Hermione présenta Severus à ses parents qui le saluèrent poliment mais assez froidement. Ensuite, Ellen demanda à sa fille de lui raconter comment allaient ses révisions et si elle se sentait un peu mieux depuis sa dernière visite. Hermione fit un compte-rendu de ce qu'elle avait fait durant les deux dernières semaines, tout en omettant de parler de ses fiançailles avec Severus. Elle ne savait toujours pas comment aborder ce sujet délicat. Après quelques instants de bavardage, Ellen se leva et demanda à Hermione de venir l'aider à préparer le thé et le goûter. Hermione suivit sa mère, non sans avoir jeté un regard inquiet vers son fiancé. Dès que les deux femmes entrèrent dans la cuisine, Ellen ne put s'empêcher de questionner sa fille :
- Hermione, dis-moi, est-ce que cet homme est le professeur de Potions dont tu m'as tant parlé ?
- En effet, c'est bien lui qui m'a enseigné les Potions et la DCFM à Poudlard. Mais maintenant, il n'est plus professeur. Il veut travailler comme chercheur au Ministère de la Magie, je crois.
- Enfin, tu disais que cet homme n'arrêtait pas de te faire des remarques blessantes à l'école et qu'il était détestable avec tous les élèves de Gryffondor…
- Oui maman, c'est vrai. Mais ça c'était avant la Grande Bataille. Je veux que tu saches que Severus a joué un rôle primordial dans la guerre contre Voldemort. Il était espion pour l'Ordre du Phénix. Sans lui, je pense que ça aurait été impossible de détruire définitivement le Mage Noir, déclara Hermione avec conviction.
- Tu veux me faire croire qu'il a subitement cessé d'être méchant quand la guerre a pris fin ? Demanda Ellen, incrédule. Voyons, Hermione, c'est toi qui nous as expliqué qu'il avait été un Man…
- Maman, s'il te plaît, arrête de dramatiser, coupa Hermione. Severus m'a raconté un tas de choses sur lui-même et maintenant que je le connais un peu mieux, je peux t'assurer qu'il est digne de confiance.
- Je ne comprends toujours pas pourquoi cet individu est soudainement devenu ton ami, Hermione. Et pourquoi l'avoir amené ici ?
La concernée ne répliqua rien et poussa un soupir de résignation. Elle savait que la partie n'était pas gagnée. Elle attrapa le plateau de service et se dirigea vers le salon, sa mère sur les talons. Juste avant de passer la porte, elle l'entendit murmurer derrière elle :
- Je n'aime pas ça, ma chérie. Je sens que tu nous caches quelque chose…
Hermione entra dans le salon, la tête haute, et offrit le thé à son père et à Severus. Les deux hommes se toisaient avec méfiance, et la jeune femme était certaine qu'ils n'avaient échangé que de simples banalités durant son absence. Elle aurait préféré se battre contre une horde de trolls enragés plutôt que de continuer à faire semblant de ne pas voir le froid évident entre ses parents et son fiancé. Elle tenta de poursuivre la conversation en demandant à ses parents des nouvelles de leurs proches. Ellen se fit plus bavarde que son époux, qui détaillait Severus avec un air indéchiffrable. Richard nota que leur invité se tenait assez près de sa fille et doutait qu'il soit simplement un « ami ». Alors qu'Hermione devenait de plus en plus agitée sur le canapé, elle sentit le regard de Severus se poser sur elle. Elle tourna la tête dans sa direction et comprit tout de suite qu'il allait prendre le relais. Elle lui fit un sourire timide en signe de reconnaissance. Severus attrapa doucement l'une de ses mains et s'adressa aux parents d'Hermione :
- Je crois que je vous dois des explications sur la raison de ma présence ici, commença-t-il en prenant un ton calme et posé.
- Ça tombe plutôt bien car nous nous posions justement la question, dit le père d'Hermione sur un ton sarcastique.
Richard s'était raidi lorsqu'il avait vu cet étranger prendre la main de sa fille dans la sienne. Ça ne lui disait rien qui vaille… Severus ignora le commentaire de l'homme et le regarda droit dans les yeux. Il expliqua clairement à ses futurs beaux-parents qu'Hermione et lui devaient se plier à une nouvelle loi du Ministère de la Magie et qu'ils étaient contraints de se marier très bientôt. Constatant l'absence de réaction de ceux-ci, il ajouta qu'Hermione et lui avaient tenté de se soustraire à cette loi mais qu'ils ne pouvaient rien y faire. Les Granger paraissaient si bouleversés par la nouvelle qu'ils étaient incapables de prononcer un seul mot. Ellen se tourna vers Hermione, ne pouvant regarder Severus en face.
- Pour quand est prévu ce mariage ? Demanda-t-elle d'une petite voix tremblante.
Hermione rougit d'embarras mais répondit tout de même à sa mère en faisant un petit sourire qui ressemblait plus à une grimace.
- C'est prévu pour le 7 août prochain.
Hermione vit sa mère blêmir dangereusement et eut peur que celle-ci perde conscience. Mais son père, visiblement contrarié, se décida à ouvrir la bouche :
- Hermione, Ellen, je vous prierais de bien vouloir nous laisser seuls un moment.
Hermione lança un regard paniqué aux deux hommes, mais Severus lui fit un signe de la tête signifiant qu'elle ne devait pas s'inquiéter. Ellen attrapa le bras de sa fille et l'entraîna à la cuisine. Pendant ce temps, les deux hommes se firent face. Severus affichait un air calme et attendait patiemment que Richard entame la discussion. C'est d'une voix presque inaudible que le père d'Hermione demanda à Severus :
- Qu'est-ce que tout cela signifie ? Pourquoi ce mariage arrangé ? Et pourquoi cet empressement ?
L'homme affichait un air triste et détourna son regard vers la fenêtre du salon. Severus comprenait sa réaction, alors il répondit le plus franchement possible à ses interrogations. Il lui expliqua sans détour qu'Hermione et lui seraient unis dans le but de faire un enfant, et ainsi aider le monde sorcier à se relever de la récente guerre. Richard l'écouta attentivement, puis se tourna lentement vers lui. Il le fixa un instant et dit sur un ton grave :
- Je tiens à ce que vous sachiez, monsieur, que malgré les apparences, Hermione est toujours vierge. Elle s'est toujours montrée timide avec les garçons. À part Ronald Weasley, avec qui elle était fiancée, elle n'a jamais eu de petit ami. Et ce jeune Bulgare, Victor Krum, n'a été rien de plus qu'un « flirt ». Hermione a l'habitude de tout confier à sa mère, et jamais jusqu'à aujourd'hui elle n'a mentionné qu'elle avait eu de rapport intime. Alors j'ose espérer que vous vous comporterez en gentleman avec elle.
Severus fut stupéfait par la déclaration de M. Granger. Il avait cru qu'Hermione, ayant été fiancée au jeune Weasley, avait connu l'intimité avec le jeune homme. Jamais il ne se serait douté qu'elle puisse être encore vierge. Il mit quelques secondes à rassembler ses idées. Puis, il prit une profonde inspiration et tenta de rassurer son futur beau-père :
- Écoutez, monsieur Granger. Je n'ai aucunement l'intention de faire du mal à Hermione. Je vous promets que jamais je ne la forcerai à faire quoi que ce soit contre son gré. Je suis conscient de notre écart d'âge et aussi de son désir de poursuivre ses études. D'ailleurs, j'ai déjà pris des dispositions auprès du Ministère de la Magie pour nous assurer tout le confort nécessaire. J'ai beaucoup de respect et d'estime pour votre fille, monsieur. Je ferai tout ce que je peux pour qu'elle soit heureuse. Tout ce que je souhaite à présent, c'est tirer un trait sur le passé et commencer une nouvelle vie.
Richard l'observa avec intensité, puis hocha la tête en signe d'approbation. Il se leva et tendit la main à Severus. Ce dernier se leva à son tour et serra fermement la main de son vis-à-vis. Les deux femmes furent invitées à revenir au salon où l'ambiance était devenue moins tendue. Voyant que ses parents avaient envie de discuter ensemble, Hermione proposa à Severus de lui montrer le jardin et la petite serre derrière la maison. Les fiancés sortirent donc à l'extérieur et se promenèrent en silence, profitant de la chaleur et des douces odeurs de l'été. Puis, Severus s'arrêta et s'adressa à Hermione :
- Hermione, il faut que je vous parle de quelque chose, dit-il doucement.
- Oh, si c'est au sujet de mes parents, et bien… Commença Hermione, encore gênée par la réaction de ceux-ci.
- Non, ça n'a rien à voir avec vos parents. Je voulais vous mettre au courant que j'ai fait quelques requêtes au DAM, cette semaine. J'ai demandé, entre autres, qu'on nous fournisse un endroit confortable pour vivre car ma propriété est une ruine et je ne veux pas que vous y mettiez les pieds. Et j'ai également exigé que nous ayons un elfe de maison pour les tâches ménagères et les repas. Ne vous en faites pas, il ou elle aura un salaire. Vous pourrez continuer vos études après les ASPICS et…
- Vous avez fait ça ?! S'exclama Hermione, incrédule. Mais croyez-vous que le Ministère acceptera ces demandes ?
- Oui, je le crois. Ce sont en quelque sorte des « conditions » à satisfaire en échange de notre consentement au mariage.
- Ah… C'est tout à fait avisé de votre part.
- Je ne suis pas un Serpentard pour rien, dit Severus en esquissant un sourire.
Hermione fut touchée que Severus ait pensé à elle et à son bien-être. Mais elle n'était pas au bout de ses surprises. Severus fouilla dans l'une de ses poches et en sortit une petite boîte en velours bleu roi qu'il fit s'agrandir à l'aide de sa baguette. Il la présenta à Hermione en lui disant :
- Je sais que la tradition chez les Moldus est d'offrir un cadeau à sa fiancée. Je tiens donc à vous remettre ceci. (Il lui tendit la boîte.)
Lorsqu'Hermione ouvrit la boîte, elle découvrit un magnifique collier de perles. Elle sourit et l'effleura du bout des doigts, trop émue pour émettre le moindre son. Severus sut que son présent faisait plaisir à la jeune femme. Il ajouta :
- Ce collier est la seule chose qu'il me reste de ma mère, à part ses précieux livres de potions et de sortilèges. Je crois qu'il est très ancien, elle m'a raconté l'avoir reçu en cadeau pour son 16ème anniversaire. Il provient donc de la noble famille des Prince. Je pense que ma mère aurait été fière de le voir au cou de celle qui deviendrait ma femme.
- Merci, souffla Hermione avec émotion. J'en prendrai grand soin, c'est promis.
- Puis-je vous le mettre ? Demanda-t il en prenant délicatement le bijou dans ses mains.
- Oui, bien sûr, répondit-elle avec joie.
Hermione releva ses cheveux et Severus attacha le précieux collier de perles dans son cou délicat. Elle se retourna ensuite vers lui et sans réfléchir, se leva sur la pointe des pieds pour poser un baiser sur la joue de Severus. Ce dernier fut passablement ébranlé puisque ses joues prirent une jolie teinte rose au contact des douces lèvres d'Hermione. Celle-ci parut troublée par son audace. Elle entreprit alors de marcher pour se distraire. Severus suivit Hermione en silence. Quand Ellen les appela pour le dîner, ils retournèrent sagement à l'intérieur. Tout en caressant la joue sur laquelle il pouvait encore sentir les lèvres de sa fiancée, Severus songea qu'il commençait sérieusement à ressentir de l'affection pour ce petit bout de femme qu'il allait bientôt épouser.
