CHAPITRE 6
Severus observait les flammes danser dans sa cheminée, se remémorant la journée qu'il venait de passer en compagnie d'Hermione. Il sirotait tranquillement son thé en se disant que les choses auraient pu être bien pires. Il s'était attendu à une réaction plus vive de la part des Granger. Il avait donc été surpris de constater que malgré le choc de la nouvelle, Ellen et Richard avaient conservé une attitude digne des bourgeois de bonne famille qu'ils étaient, c'est-à-dire sans débordement d'émotions. Un sourire se dessina sur son visage en se rappelant combien il avait aimé voir le précieux bijou de sa mère au cou d'Hermione. Il avait longuement hésité à lui en faire cadeau, mais à présent il ne regrettait aucunement sa décision. À l'instant où il avait été témoin de la joie d'Hermione, il sut qu'il avait bien fait de lui offrir le collier de perles si cher à son cœur. Il devait bien l'admettre, la jolie Gryffondor ne le laissait plus indifférent. Sa main effleura l'endroit où Hermione avait déposé un baiser et poussa un long soupir. Il n'était toujours pas convaincu que son mariage avec la jeune femme était une bonne chose, mais il croyait pouvoir bien s'entendre avec elle.
La seule ombre au tableau était leur obligation de concevoir un enfant. Si au moins on leur avait donné plus de temps… Hermione devait sans doute encore penser à Ronald Weasley, quoi de plus normal d'ailleurs ? Alors comment lui, un homme de vingt ans son aîné et pas séduisant pour trois Noises, allait bien pouvoir la persuader de s'offrir à lui ? Qui plus est en seulement quelques mois ? Et Merlin, pourquoi fallait-il que sa fiancée soit pucelle ? Severus soupira à nouveau, en se passant les mains sur le visage. Peut-être devrait-il lui suggérer d'avoir un amant, question qu'elle ne soit pas effarouchée lorsque viendrait le moment de consommer leur union ? Non, pas question. Hermione était sa fiancée et il ne voulait pas qu'un autre homme la fasse sienne ! Il réalisa soudain que la seule pensée d'Hermione dans les bras d'un inconnu avait fait naître en lui un sentiment d'exclusivité, de possessivité qu'il ne se connaissait guère. Il émit alors un grognement de frustration, puis se leva prestement de son fauteuil. Il monta à l'étage où se trouvait sa chambre à coucher, et se mit en pyjama tout en se maudissant d'être aussi faible et sentimental qu'un Poufsouffle. Il mit du temps à s'endormir, revoyant sans cesse les beaux yeux noisette d'Hermione et son doux sourire alors qu'elle portait fièrement son collier de perles…
Hermione était assise devant sa coiffeuse, et observait les jolies perles que Severus lui avait offertes tout en brossant ses longs cheveux châtains. Elle déposa sa brosse et caressa doucement le bijou du bout des doigts. Un tas de questions se bousculaient dans sa tête. Elle se demandait bien ce que l'homme pouvait penser d'elle, si jeune, si inexpérimentée… Qu'était-elle à ses yeux ? Une compagne digne de ce nom ou simplement une ancienne élève devenue une amie ? Comment serait la cohabitation avec cet homme qui devait avoir des habitudes de vie bien à lui ? Elle ferma les yeux et se remémora le visage de son ancien professeur, les traits adoucis et rajeunis par le fait qu'il ne portait plus son masque d'espion. Elle revit le mince sourire qu'il avait esquissé un peu plus tôt dans la journée et elle sentit une petite chaleur envahir ses joues. Ainsi, elle le trouvait plutôt plaisant à regarder. Hermione regarda à nouveau le collier. Severus avait de la classe, c'était absolument indéniable. Il dégageait un charisme qui ne la laissait pas indifférente, il était toujours habillé avec soin et ses manières étaient raffinées. Mais elle sentit soudain un nœud se former dans sa gorge. Serait-elle capable, malgré tous ces aspects positifs, d'offrir son innocence à cet homme qui allait devenir son époux ? Et comment le ferait-elle sans avoir l'impression de trahir Ron ? Elle se rappela aussi que le Ministère exigeait qu'elle tombe enceinte assez rapidement. Comment allait-elle faire pour assumer son rôle de mère malgré son jeune âge ? Hermione avait peur pour ses études et son avenir. Elle se leva et alla s'asseoir près de sa fenêtre pour regarder le ciel étoilé. Ses yeux s'embuèrent et dans un murmure elle dit :
- Ron, où que tu sois, je t'en supplie fais-moi un signe… J'ai besoin de savoir que tu es d'accord avec tout ça, que tu ne m'en veux pas.
Mais comme elle s'y en attendait, rien ne se produisit. Elle soupira profondément et se dirigea vers son lit dans l'espoir d'y trouver un sommeil réparateur. Mais au moment où elle soulevait les draps, quelqu'un frappait à sa porte. Hermione alla ouvrir, en pensant que cela devait être Ginny qui venait lui souhaiter bonne nuit. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle se rendit compte que c'était Harry qui se tenait là. Constatant son air perplexe, Harry expliqua sa présence :
- Bonsoir, Mione. Je voulais savoir comment s'était passé le dîner avec tes parents, aujourd'hui ? Comment ont-ils pris la nouvelle ?
- Et bien, pas trop mal, je dirais… Viens, je vais te raconter, répondit-elle en allant s'asseoir sur le canapé du salon.
Et Hermione fit un résumé de sa journée à son ami, qui l'écouta attentivement. Elle lui montra le cadeau de fiançailles de Severus, ce qui ne manqua pas d'impressionner le jeune homme. Puis, la mine d'Hermione s'assombrit et elle se mit à fixer ses genoux. Harry s'approcha de son amie et posa ses mains sur ses épaules.
- Je sais très bien ce qui te rend triste. Mais tu ne dois pas t'inquiéter, Mione. Tu sais très bien que le Rog…enfin, que Severus veillera sur toi, dit-il d'une voix rassurante.
Hermione releva les yeux, abasourdie par l'attitude de son frère de cœur.
- Après tout ce que cet homme a traversé, après tous les sacrifices qu'il a pu faire dans sa vie, crois-tu qu'il va se contenter de subir ce que le Ministère lui impose sans réagir ? Je suis persuadé qu'il va tout faire pour te rendre…ou plutôt vous rendre la vie plus facile.
- Harry, tu m'étonnes vraiment, tu sais, murmura-t-elle, les yeux ronds.
Harry se contenta de prendre les mains d'Hermione dans les siennes et poursuivit :
- Depuis la fin de cette guerre, j'ai eu beaucoup de temps pour réfléchir. Avec les informations que m'a laissé Dumbledore, j'ai réalisé que j'avais porté un mauvais jugement sur Rogue. Bien sûr, il n'a pas aidé à me faire une opinion agréable de sa personne, mais je sais bien que s'il a pu me protéger durant toutes ces années, c'est qu'il a un cœur. Il est capable d'aimer, puisqu'il est toujours resté fidèle à la mémoire de ma mère, son premier et son unique amour. J'espère seulement qu'il saura te rendre heureuse, Hermione.
La jeune femme serra son ami dans ses bras mais fut incapable de prononcer un mot. Elle était bien trop ébranlée par les paroles d'Harry. Ce dernier se leva et quitta les appartements d'Hermione après lui avoir souhaité bonne nuit. Hermione alla se coucher peu de temps après, ses pensées étant dirigées vers son fiancé.
Le lendemain, au petit déjeuner, Ginny arriva toute pimpante à la table des Gryffondor. Elle brandissait fièrement une lettre et lorsqu'elle prit place à côté de Harry, ce dernier lui fit un sourire complice. Hermione sourcilla, intriguée, et son amie lui expliqua la raison de sa bonne humeur :
- Nous venons de recevoir la date officielle de notre mariage. Ce sera le 25 septembre en après-midi. Je suis contente car même si je tombe enceinte durant l'année scolaire, j'aurai amplement le temps de préparer mes ASPICS !
- Après, tu n'auras qu'à attendre une année avant de reprendre les études, ça te permettra de t'occuper de notre enfant, dit Harry en serrant tendrement sa fiancée dans ses bras. Et moi, je vais suivre une formation pour devenir professeur en Défense contre les Forces du Mal. Avec un peu de chance, je pourrai enseigner ici même à Poudlard l'an prochain.
- Je vous félicite, tous les deux. Je suis heureuse que les choses s'arrangent pour vous, répondit Hermione d'une voix chaleureuse.
Cette dernière se leva de son siège et embrassa ses amis. Puis, tout en tartinant ses toasts, elle observa les autres élèves présents dans la Grande Salle. Elle sourit en constatant que Neville et Luna semblaient filer le parfait bonheur, se lançant des regards tendres par-dessus leurs bols de céréales et se tenant par la main. Elle aperçut d'autres couples, comme Seamus Finnigan et Hannah Abbot, ou encore Dean Thomas et Padma Patil, qui se faisaient des câlins ou s'embrassaient sans gêne. Hermione perdit soudain son sourire et baissa légèrement la tête, songeant que les choses ne seraient sans doute jamais comme cela entre elle et Severus. Certes, il était gentil avec elle, mais il était loin de se montrer affectueux. Ses yeux se remplirent de larmes en pensant aux baisers et aux étreintes de Ron, marques d'affection qui lui manqueraient horriblement une fois mariée à Severus.
Ginny s'aperçut de la soudaine tristesse d'Hermione et comprit qu'elle avait besoin de distraction. Elle lui proposa donc d'aller faire du magasinage pour trouver leurs robes de mariées. Hermione, n'ayant pas le cœur à étudier, accepta en priant que cette activité arrive à lui remonter le moral. Elles se donnèrent rendez-vous dans le hall à 10H00 et se rendirent à pied au village de Pré-au-Lard. Une fois arrivées là-bas, Ginny traîna Hermione dans une boutique de prêt-à-porter pour les soirées mondaines et événements spéciaux. Tout au fond du magasin Gaichiffon, se trouvait une petite section remplie de somptueuses robes de mariage. Ginny était très enthousiaste car ses parents lui avaient laissé une bourse bien garnie de Gallions, et Harry avait également apporté sa contribution. Hermione disposait d'une somme beaucoup plus modeste, ses parents s'étant offerts pour organiser une réception dans le jardin familial. Ginny furetait de gauche à droite, telle une abeille, et avait sélectionné plusieurs modèles de robes pour l'essayage. Hermione s'efforçait de paraître contente devant son amie, mais jugeait les tenues trop extravagantes à son goût ou trop onéreuses pour ses moyens.
La vendeuse tenta vainement de trouver un modèle convenable pour Hermione, sans succès. Ginny porta son choix sur une tenue fort élégante, de couleur blanc perle avec de jolis petits motifs floraux bleu azur, qui rappelait l'époque du début du XXe siècle. La jeune fille acheta un petit diadème avec un voile et des gants de soie pour compléter le tout. Hermione fit un signe de tête à son amie puis sortit pour l'attendre à l'extérieur, l'air morose et le cœur gros. Les robes qu'elle avait vues étaient toutes très jolies, mais aucune ne lui convenait. Elle était tout simplement découragée. Ginny la rejoignit avec son paquet, qu'elle réduisit pour le ranger soigneusement dans l'une de ses poches. Désolée d'avoir imposé cette sortie à Hermione, la rouquine lui demanda si elle désirait rentrer. Toutefois, Hermione se ressaisit et suggéra à Ginny d'aller chez Mme Guipure, sur le Chemin de Traverse. Elles se rendirent donc dans un endroit sécuritaire pour le transplanage et Hermione saisit le bras de Ginny pour atterrir quelques secondes plus tard dans une ruelle du quartier sorcier de Londres. Ensuite, elles allèrent sans tarder à la boutique de Mme Guipure. Hermione expliqua à la dame qu'elle désirait une robe simple et sobre, car elle avait des moyens limités. La vieille femme la guida dans un coin du magasin où il y avait un tas de robes plus ou moins démodées, vendues à rabais, et qui pouvaient être modifiées sur mesure. Ginny sourcilla un peu, ne comprenant pas les intentions d'Hermione. Cette dernière retrouva peu à peu le sourire et commença à sélectionner des robes qu'elle déposa dans une cabine.
Après quelques essayages infructueux, Hermione choisit une robe à taille Empire dont le corsage était incrusté de petites paillettes aux reflets rosés. Le tissu était légèrement terni et il fallait remplacer les manches ainsi que le ruban cintrant la taille, mais Hermione n'en avait cure. La jeune femme se tourna vers son amie et lui demanda si Molly accepterait de l'aider à rafraîchir et améliorer sa tenue. Ginny lui sourit et lui assura que sa mère ferait des merveilles en quelques coups de baguette magique. Mme Guipure proposa à Hermione des rubans, de la dentelle et des étoffes qui redonneraient son charme d'antan à la robe. Hermione régla son achat et sortit de la boutique satisfaite. Il ne lui restait plus qu'à dessiner une nouvelle version de sa robe de mariée et d'aller rendre visite à Mme Weasley. Et puis après tout, elle ne se marierait qu'une fois alors pourquoi ne pas en profiter pour se faire belle ?
Le même jour, Severus se leva péniblement de son lit, les traits tirés par le manque de sommeil. Il se rendit dans sa petite salle de bain, s'appuya sur le lavabo, et leva la tête pour s'observer dans le miroir. Il grimaça en voyant les cernes sous ses yeux et son teint pâle. Il n'avait jamais aimé son apparence mais il ne s'en était pas vraiment soucié auparavant. Pourquoi y accordait-il de l'attention à présent ? Sans doute parce qu'il allait se marier… Soudain, Severus sentit la nervosité le gagner. Dans un peu moins d'un mois, il serait marié à Hermione et si Merlin le voulait, il porterait le nom de sa mère. Cependant, hormis ses tenues soignées et ses bonnes manières, il ne ressemblait pas du tout à un noble sorcier. Il fallait donc y remédier. Mais par quoi commencer ?
Concernant ses cernes et son teint blafard, du repos et quelques sorties au grand air règleraient le problème. Pour ses cheveux, il n'aurait d'autre choix que de demander conseil à des experts car il n'avait pas encore trouvé de shampooing assez efficace pour enrayer leur aspect luisant. Sa chevelure avait toujours l'air terne et grasse mais c'était à cause des vapeurs provenant des chaudrons de potions. Il pourrait également en profiter pour les faire couper un peu. Ensuite, il fallait qu'il fasse quelque chose pour ses dents. Elles étaient jaunâtres et mal alignées, alors il devrait consulter un « denturomage » pour les faire blanchir et tenter de les redresser. Peut-être oserait-il sourire davantage avec une meilleure dentition… Mais où trouver pareil spécialiste ? Il lui faudrait écrire à Ste-Mangouste pour qu'on le réfère à la bonne personne. Et puis, il fallait trouver une tenue adéquate pour la noce. Pour cela, il irait voir Mme Guipure et ce serait une affaire bien vite réglée.
Severus grogna en pensant à la journée chargée qui l'attendait. Il but une potion revigorante pour lui donner de l'énergie et prit une plume et un parchemin. Il écrivit une lettre à l'hôpital sorcier et envoya son vieux hibou porter le message. Ensuite, il s'habilla sobrement, saisit une petite bourse et se rendit par cheminée au Chaudron Baveur. Arrivé au bar, il salua Tom (le barman) d'un mouvement de tête et fila directement sur le Chemin de Traverse. Il repéra le barbier le plus près et n'en sortit qu'une heure plus tard, les cheveux propres et bien taillés. Ceux-ci étaient maintenant coupés au-dessus des épaules et son visage était davantage dégagé, ce qui faisait paraître Severus beaucoup plus jeune. Le propriétaire du salon lui avait vendu une lotion capillaire qui était censée protéger sa chevelure des effets néfastes des potions. Puis, il alla rendre visite à Mme Guipure qui lui conseilla une chemise blanche à haut col, une tunique gris foncé et une magnifique robe bleu indigo parsemée de broderies argentées. Comme Severus n'avait pas toute la somme requise, il régla une partie de son achat et promit à la vieille dame de revenir chercher les vêtements la semaine suivante.
Mme Guipure avait bien essayé de connaître l'identité de sa future épouse, mais Severus avait habilement esquivé ses questions indiscrètes. Il se doutait bien que de tous les mariages qui allaient avoir lieu dans les prochains mois, le sien ferait jaser bien du monde. Qui croirait qu'un homme tel que lui, ancien Mangemort et espion, allait se marier et fonder une famille ? Severus s'était efforcé d'être aimable avec les gens qu'il avait croisé, voulant projeter une meilleure image de lui-même. Sa réputation en dépendait ainsi que sa future carrière au Ministère de la Magie. Mais avant tout, il faisait cela pour prouver aux gens qu'il pouvait être quelqu'un de bien. Si le monde sorcier pouvait cesser de le craindre ou de le détester, les choses seraient plus faciles pour lui et pour Hermione. À son retour, Severus réalisa qu'il leur fallait des témoins pour le mariage. Et sa fiancée voudrait sans doute inviter un tas de monde à la réception organisée par ses parents après la noce. Après quelques instants de réflexion, Severus se dirigea vers son bureau et attrapa une plume ainsi qu'un parchemin. Il envoya une lettre à Hermione en espérant qu'elle accepte de se soumettre à ses exigences.
