Chapitre 9

Il souffrait. Depuis dix minutes, il avait l'impression que son coeur avait été piétiné sans ménagement et en fait c'était le cas. Oh bien sûr, pas réellement mais elle s'amusait à les torturer, lui et son pauvre coeur. Il passa une main dans ses cheveux en bataille et retint un sanglot. Lui, il en était arrivé à se retenir à pleurer. Alors qu'il n'avait plus pleuré depuis l'ac ...

« - Tu ne me parles plus ? demanda-t-elle d'une petite voix.

- Pourquoi je ne te parlerai plus ?

- J'sais pas ! Depuis qu'on est reparti de la salle commune, j'ai l'impression que tu fais la tête !

- Et alors ? Qu'est-ce que tu en as à faire de moi ? Qu'est-ce que ça peut bien te foutre que je te fasse la tête ou non ? Tu serais la plus heureuse si c'était le cas, non ? s'emporta-t-il, ne pouvant plus retenir sa tristesse.

- Qu'est-ce qui te prend ?

- Il me prend que j'en ai marre ! Marre de faire semblant, marre d'être celui que tu détestes, marre que tu me prennes pour un idiot et par dessus tout j'en ai marre d'être moi ! expliqua-t-il soudain très calme.

- Et tu aurais voulu être qui ?

- Mon frère ! Mon frère si parfait ! cria-t-il dans le couloir vide en s'arrêtant. Moi, tout ce que je fais, je le fais de travers ! Je ne suis même pas foutu de mourir !

- Pourquoi voudrais-tu mourir ? s'inquiéta-t-elle en se plaçant juste devant lui.

- Parce que je ne devrais pas être ici ! J'ai pas ma place ici !

- Arrête ! Arrête tout de suite ! Tu deviens fou !

- Mais oui, je deviens fou !

- C'est ta rupture avec Naomi qui te rend comme ça ? Tu peux m'en parler, tu sais ! lui chuchota-t-elle en plongeant ses yeux dans les siens.

- Te parler de mes problèmes ? À toi ? Bien sûr ! Et pourquoi pas danser une valse avec McAvoy pendant que tu y es !

- Et pourquoi tu pourrais pas m'en parler ?

- Parce que tu es Lily Potter ! Voilà pourquoi ! Lily Potter a toujours détesté le Philips que j'étais. Lily Potter a toujours adoré que l'on s'insulte mais surtout Lily Potter n'a jamais voulu voir qui j'étais !

- Mais toi aussi tu me détestes ! Ne me fais pas passer pour la coupable ou je ne sais quoi ! Toi aussi tu m'as toujours détesté, tu as toujours adoré m'insulter et tu n'as toujours vu que la fille de Harry Potter en moi. Alors c'est bien la poêle qui se fout du chaudron ! »

Il plongea son regard vert dans celui de Lily et sentit son coeur se briser un peu plus. Il avait fait tellement d'erreur avec elle mais il ne pouvait s'en empêcher. Dès qu'elle était à côté de lui, il perdait pied. Il n'était plus lui, il redevenait un gamin qui veut garder son béguin secret et pour ça, il n'avait rien trouvé de mieux que d'être désagréable avec elle. Il se prit la tête entre les mains et se laissa glisser contre un mur. Une fois de plus, il était perdu.

« - Je sais ! C'est de ma faute tout ça !

- Non, dis pas ça ! C'est aussi de ma faute ! s'exclama Lily en s'asseyant à côté de lui.

- Non, non, je sais que c'est moi ! Depuis le début, je te cherchais. C'est moi qui t'ai toujours provoqué !

- Ça, c'est faux ! Je suis pas la dernière pour te chercher non plus.

- Tu avais raison, c'est pas normal d'agir comme ça ! Puis je te déteste pas vraiment, avoua-t-il. »

Elle ne répondit rien et un silence lourd s'installa entre eux. Colin avait l'impression d'avoir dit une bêtise. Il observa attentivement le visage de Lily se décomposer au fur et à mesure qu'elle digérait ce qu'il venait de lui dire. Il baissa les yeux vers ses chaussures et l'entendit murmurer :

« - Moi non plus, je ne te déteste pas vraiment, aussi bizarre que cela puisse paraître ! Ça m'épate moi-même !

- C'est vrai ? s'étonna Colin en relevant rapidement la tête vers elle.

- Oui ! Tu sais que je suis pas du genre à te dire des trucs pour te faire plaisir, Philips !

- Ça, c'est clair, confirma-t-il en souriant. Tu te souviens la première fois que l'on s'est vu ?

- Euh oui. Pourquoi ?

- C'était la rentrée. Notre première rentrée et j'avais oublié mon pull dans la voiture alors j'y suis retourné tout seul. Mon frère et ma tante avaient continué tous les deux. Et quand je suis entrée dans la gare pour la deuxième fois de la journée, j'ai vu une petite fille rousse de mon âge. Elle semblait perdue et seule. Je l'ai regardée et je me suis dit qu'elle serait sans aucun doute à Poudlard aussi. Alors j'ai continué mon chemin mais cette petite rousse m'a suivie dans toute la gare. J'avais beau accélérer, elle ne me perdait jamais de vue. Cette rouquine, c'était toi. Malheureusement, quand je t'ai parlé, tu as mal pris mes paroles. Tu as dû croire que je t'en voulais ou autre mais en fait, à cette époque ... la suite resta dans sa gorge.

- À cette époque, tu étais malheureux et tu l'es toujours, finit-elle d'une petite voix chevrotante qui trahit ses sentiments.

- Moi, malheureux ?

- Oui ! Mon père m'a toujours dit que j'arrivais très bien à cerner la plupart des gens et il n'a pas tort. Mes amis sont tous des gens très bien. Mais ... toi ! Toi, tu caches quelque chose. Quelque chose qui te fait souffrir. Je ne te demanderai pas ce que c'est, s'empressa-t-elle de dire en voyant le visage de Colin pâlir. Mais tu devrais en parler à un de tes amis.

- Tu es psychologue maintenant, Potter ? se moqua-t-il gentiment.

- Ouai, un peu ! Amis ? dit-elle soudain. »

Pendant un court instant, ils cessèrent tous les deux de respirer. Eux, amis ? Impossible. Puis en même temps, ils éclatèrent de rire. Ils s'arrêtèrent brusquement de rire, mal à l'aise. C'était tout bonnement impossible même s'il en mourrait d'envie. Ni l'un, ni l'autre n'ajouta un mot. Et tout à coup, dans le silence qui s'était installé entre eux, ils entendirent des petits tapotements qui se rapprochaient de plus en plus. Ces bruits n'étaient autre que des pas foulant les pierres du château.

Colin regarda presque apeuré Lily qui semblait réfléchir à toute vitesse. Quand il l'a vit fouiller dans son sac, il crut tout d'abord qu'elle était devenue folle ce qui se confirma lorsqu'elle mit une grande cape sur eux deux. Ils se recroquevillèrent, se rapprochant dangereusement l'un de l'autre. Il respira profondément et sentit le parfum fruité de Lily. Ce dernier lui donna quelques secondes le tournis puis il se reprit et lui demanda :

« - Pourquoi tu nous mets une vieille cape qui put sur nous ? Tu crois que la personne ne verra pas le gros tas que l'on doit former ?

- Idiot, baisse d'un ton ! le réprimanda-t-elle à voix basse. On est invisibles !

- Mais qu'est-ce que tu nous as foutu ? l'interrogea Colin, légèrement effrayé par la vérité qui allait sortir de la bouche de la jolie rousse.

- C'est une cape d'invisibilité du con, souffla-t-elle dans un murmure. »

Il ouvrit de grands yeux. Une cape d'invisibilité. Décidément, cette fille était vraiment pleine de surprises. Il sourit et observa attentivement avec elle, l'inconnu qui s'avançait dans leur direction. Le professeur Jenkins. Il entendit Lily lui dire :

« - Il est hors de son bureau !

- Quelle logique imparable ! ironisa Colin en souriant. Mais dis-moi comment tu fais ça ?

- Arrête ! le sermonna Lily, souriant elle aussi. Chut ! Maintenant, tu me suis sans bruit ! »

Ils se levèrent tous les deux en silence et ils attendirent un moment que Jenkins est disparu au premier carrefour du château. Colin sentit alors Lily lui prendre la main et l'entraîner à sa suite. Quelle fille ! Sans faire la moindre remarque, il se laissa faire. Il était de toute façon satisfait de pouvoir être si proche d'elle.

Collé à elle, il continuait d'avancer sentant son désir de la toucher monter en lui. À plusieurs reprises, il se racla la gorge comme pour faire partir ses envies. Rapidement, ils arrivèrent devant la porte de la salle de classe de Défense contre les Forces du Mal. Lily lui jeta à ce moment-là un regard. Elle était inquiète, cela ne lui fit aucun doute.

Pour la rassurer, il serra sa main un peu plus fort et il la vit lui sourire. Elle lui souriait. Dès qu'elle se fut remise dans le sens de la marche, il se mordit la lèvre inférieure pour s'empêcher de sourire comme un idiot. Oui, il était un adolescent devenu idiot par amour. Que c'était pathétique mais peu importe !

Colin la regarda tourner lentement la poignée dorée de la porte et l'ouvrir dans un petit bruit métallique. Ils entrèrent le plus vite possible. Lorsqu'ils eurent refermés derrière eux, Lily retira la cape et sortit sa baguette. Après un « Lumos » qui résonna dans la salle vide, Colin vit les cheveux décoiffés de Lily et la peur que son visage laissait transparaître. Il s'approcha alors d'elle et lui dit :

« - Ne t'inquiète pas, tout va bien se passer ! On n'en a pas pour longtemps et tu l'as vu toi-même, il est sorti !

- Ouai, je sais mais s'il revient à l'improviste !

- À l'improviste ? Alors qu'il est chez lui ? Tu trouves pas ça un peu bizarre ?

- Oh ça va, tu m'as comprise ! Allez viens, on se grouille ! »

Ils traversèrent la salle et montèrent ensuite les quelques marches qui menaient au bureau du professeur Jenkins. Au niveau de la dernière, Lily se tordit la cheville et tomba lourdement au sol. Elle se retint au dernier moment de ne pas crier mais des larmes de douleur commençaient déjà à couler sur ses joues roses.

Soudain fébrile, il se précipita vers elle. Il essaya de l'asseoir correctement sur la marche puis il prit le pied de Lily entre ses mains. Il vit horrifié que sa cheville avait déjà doublé de grosseur. Il lui retira sa chaussure délicatement qu'il mit dans son sac. Il prit la baguette de Lily qui était par terre et la fit tourner dans les airs sans prononcer un seul mot. Aussitôt, une bande apparut devant leurs yeux. Elle leur fit une sorte de petite danse avant d'aller bloquer la cheville douloureuse de la rouquine. Impuissant, il l'observa alors pleurer en silence.

* Je ne dois pas aller la prendre dans mes bras. Surtout ne pas y aller. Surtout ne pas succomber. Surtout rester à distance. Surtout paraître insensible. Surtout ... merde, elle souffre ! *

Il se dépêcha de la rejoindre et l'entoura lentement de ses bras. Elle eut un petit sursaut de surprise par cet élan de gentillesse mais elle se laissa faire et posa sa tête sur l'épaule de Colin qui n'aurait jamais cru être ravi qu'elle se soit fait mal. D'un geste presque imperceptible, il caressa doucement les cheveux de Lily.

Certes, il était content de l'avoir près de lui mais elle semblait ne pouvoir jamais s'arrêter de sangloter et cela il faisait terriblement mal au ventre. Il mit sa main gauche sous le menton de la jeune fille et l'obligea à relever la tête vers lui. Il essuya sa joue et lui murmura d'une voix douce et attentionnée :

« - On va aller à l'infirmerie !

- Non ! cria-t-elle.

- Tu sais aussi bien que moi que la bande que je t'ai mise, ne sert strictement à rien.

- Je le sais mais ... si ... aïe ... si on va à l'infirmerie à cette heure-là, elle va nous poser des millions de questions. Et puis, je ne veux pas perdre mon pari ! s'exclama Lily en bombant la poitrine.

- Tu sais que tu es folle ? demanda-t-il.

- Oui ! Tu veux bien m'aider à marcher ?

- Bien sûr ! Allez passe ton bras ! »

Elle ne se fit pas prier et passa son bras autour du cou de Colin qui se releva en soutenant Lily. Elle était aussi légère qu'une plume. Il sourit et l'aida à monter la dernière marche qui avait posé problème quelques minutes auparavant. Il ouvrit la porte du bureau et ils entrèrent à l'intérieur pour la première fois de leur vie.

Un immense bureau faisait face à l'entrée tandis qu'une grande bibliothèque se trouvait sur leur gauche. Des objets aussi bizarres les uns que les autres étaient posés sur une commode ancienne, à droite. Les rayons de la pleine lune éclairaient le gramophone de leur professeur qui était au fond de la pièce.

L'endroit était calme et austère. Tout en bois, rien ne donnait l'impression qu'une personne y passait presque tout son temps libre. Colin et Lily s'approchèrent de la bibliothèque lentement et regardèrent les centaines de livres. Certains parlaient de créatures enchantées, d'autres des grandes guerres que le monde des sorciers avaient connues et d'autres encore mettaient en avant la puissance et le pouvoir.

Colin fronça des sourcils en voyant quelques titres puis se tourna vers Lily qui était devenue très pâle à cause de la douleur. Elle s'appuya contre la bibliothèque et respira à fond. Elle aussi observait attentivement les livres parlant de magie noire. Il lui murmura donc en montrant les ouvrages de la main :

« - Pourquoi il a des livres comme ceux-là ?

- Aucune idée ... et je ne veux même pas savoir ! Allez attrape-moi un livre et on s'en va ! »

À peine, avait-elle eu dit ça, qu'un claquement suivi de pas se firent entendre dans la salle d'à côté. Aussitôt, dans un mouvement instinctif, Colin éteignit la baguette de Lily et attrapa la cape d'invisibilité. En moins de temps qu'il n'en faut pour dire Extraordinaire, ils étaient tous les deux devenus invisibles pour les autres habitants du château.

Et heureusement, car le professeur Jenkins entra en trombe dans son bureau qui était à ses yeux désert. Au grand soulagement de Colin, il ne ferma la porte derrière lui et alluma la lumière qui envahit aussitôt l'endroit. Il commença à faire les cent pas juste devant eux. Les deux Gryffondors se retrouvèrent obligés de se plaquer tant bien que mal contre la bibliothèque. De longues secondes passèrent lentement jusqu'à ce qu'il se décide d'aller s'asseoir à son bureau en grommelant :

« - Qu'est-ce qu'il a à changer de mot de passe tous les jours ? Il n'pourrait pas faire un peu confiance aux gens ... même si au fond, il a bien raison de faire ça puisque moi je ... mais passons ! Il m'énerve ! À ce rythme, je ne l'aurai jamais avant la fin de l'année. Ils vont les tuer. Il me la faut, cette satanée pierre ! Quelle idée, de trouver une pierre et de la confier à lui ? Je vous le demande moi ! Bon il faut que je lui écrive pour lui dire sinon il va les tuer. »

Ouvrant de grands yeux aussi ronds que des billes, Colin et Lily ne savaient pas quoi penser de ce qu'ils venaient d'entendre. Tout ceci n'avait aucun sens. Vraiment aucun sens pour eux. Colin se baissa et murmura à Lily :

« - Dès qu'on peut, on se tire ! »

Il vit la rouquine acquiescer d'un mouvement presque indistinct de la tête puis il observa son professeur chercher un parchemin dans les tiroirs de son bureau. Au bout d'un moment, il en sortit un et se mit à écrire dessus doucement, s'arrêtant à intervalles irréguliers. Puis après quelques minutes, Jenkins se leva et fit trois ou quatre pas vers son gramophone qu'il enclencha aussitôt. Une douce mélodie s'éleva dans la pièce.

Pendant que Jenkins regardait dehors par la fenêtre, Colin passa son bras autour de la taille de Lily et commença à l'aider à marcher vers la sortie. À mi-chemin, elle posa sa main sur le torse de Colin pour lui faire comprendre de s'arrêter. Il obéit et la vit prendre lentement un livre qui se trouvait sur une étagère de la bibliothèque. Il sourit avant de reprendre sa marche en crabe jusqu'à la porte. Ils se glissèrent tous les deux dans l'ouverture et essayèrent de descendre et de sortir le plus discrètement possible.

En cinq minutes, ils avaient enfin rejoint le couloir désert. Colin s'arrêta et observa les horizons. Rien mais il préféra quand même laisser la cape sur leur tête. Sans rien se dire, ils marchèrent jusqu'à la salle commune des Gryffondors.

***

Vingt-cinq minutes et quelques arrêts plus tard, Colin et Lily se trouvaient devant le portrait de la Grosse Dame. Il enleva la cape d'invisibilité et la remit dans le sac de la rouquine, le mieux possible. Quand la Grosse Dame les vit, elle sursauta et grommela :

« - Qu'est-ce que vous faîtes là ?

- On épluche des pommes de terre. Patronus, s'exclama-t-il.

- Vous ne devriez pas être là à cette heure-là, les réprima la Grosse Dame en les laissant passer. »

Aussi étonnant que cela puisse paraître, la salle commune était vide. Colin entendit Lily soupirer bruyamment avant de se retourner vers elle. Elle souriait. Ils se dirigèrent vers le canapé sur lequel elle se laissa tomber. Allongée de tout son long, elle ne dit mot et mit son bras sur ses yeux. Elle semblait souffrir en silence.

Colin prit les pieds de Lily et s'assit à leur place. Il les mit ensuite ses genoux et observa attentivement la cheville blessée de Lily. Elle était toujours enflée ce qui inquiéta un peu Colin. Il avait la furieuse envie de l'emmener à l'infirmerie mais connaissant déjà la réponse de la belle rouquine, il renonça bien vite à la poser.

Fatigué par la soirée qu'il venait de vivre, il ferma les yeux et bascula la tête en arrière profitant du silence seulement interrompu par leur respiration. Il était sur le point de s'endormir quand il entendit Lily lui murmurait quelque chose. Il ouvrit les paupières l'une après l'autre et écouta attentivement :

« - J'ai gagné mon pari !

- Et à quel prix ? Tu es une véritable folle !

- C'est pas grave, ça passera bien ! dit-elle sur un ton désinvolte.

- Vraiment ? lui demanda-t-il en serrant légèrement la cheville de la jeune fille.

- Aïe ... ça va pas de me faire mal comme ça, s'écria Lily.

- Arrête, j'ai à peine touché.

- Bon ok, ça ne passera pas si facilement que ça ! »

Colin secoua un peu la tête et commença inconsciemment à masser lentement et délicatement la blessure de Lily. Il observait l'esprit ailleurs l'antre vide de la cheminée et ne vit pas le sourire de Lily illuminait son visage. La rouquine déclara comme si de rien n'était :

« - Au début, quand Jenkins a commencé à parler, j'ai presque cru que c'était moi qui hallucinait !

- Pareil, s'exclama Colin en revenant à la réalité. Mais il a bien dit ... tout ce qu'il a dit ! Je ne m'attendais pas à ça venant de lui !

- Moi, depuis qu'il est là, je ne le sentais pas fiable !

- Qu'est-ce que tu entends par là ?

- Je sais pas ... il ne m'inspirait pas confiance.

- Je te comprends ! Il est spécial comme prof, je trouve.

- Ah enfin quelqu'un de mon avis, s'exclama-t-elle en se relevant sur ses coudes. »

Quand il la vit triomphante devant lui, il éclata de rire. Elle était si belle ! Tellement il riait, des larmes s'étaient formées à l'embrasure de ses yeux. Il les essuya grossièrement et reprit enfin son sérieux. Lily faisait une petite moue qui ressemblait à s'y méprendre à celle d'une petite fille de quatre ans. Il la regarda un instant oubliant presque qu'elle était là en chair et en os puis il secoua la tête pour revenir à la réalité. Il lui fit remarquer alors :

« - Jenkins veut entrer quelque part ! Mais où ?

- Je ne sais pas, mais en tout cas, il a besoin d'un mot de passe.

- Ça ne peut pas être les salles communes ! affirma Colin en reprenant le massage de la cheville de Lily.

- Pourquoi ? Aïe !

- Désolé ! Si j'ai bien compris, le mot de passe de l'endroit où il voulait entrer change tous les jours et ceux des salles communes ne changent pas tous les jours, ça serait le bordel sinon. Et puis, tous les professeurs ont les mots de passe des salles communes. C'est Anton qui nous l'a dit en revenant de sa première réunion des préfets l'année dernière.

- Oui c'est logique !

- Comme quoi, tu vois, je peux l'être de temps en temps ! Si on y réfléchit plus de deux secondes, ça ne peut être que le bureau des professeurs ou celui du directeur !

- Les profs n'ont pas de mot de passe ! Enfin, j'crois pas ! Regarde celui de Jenkins !

- Peut-être que certains en ont ! Tu es déjà rentrée dans l'un d'eux ?

- Non, seulement une fois chez Vickers !

- Tu avais fait quoi ? d-t-il amicalement.

- Rien, rien du tout ! C'est mon père qui avait eu un petit accident pendant une mission, expliqua-t-elle vaguement.

- Oh excuse, j'savais pas !

- T'inquiète pas, ce n'était presque rien ! Mais vu que c'est le Survivant, tout le monde a cru qu'il allait mourir alors qu'il n'avait que des blessures superficielles !

- C'est moi ou tu n'aimes pas ton père ? s'enquit-il.

- C'est toi ! J'aime mon père mais je déteste son statut de Survivant.

- Je te comprends ! Ça doit être pénible d'être arrêté dans la rue par des inconnus qui ont la prétention de te connaître comme la prunelle de leur yeux ...

- Tout ça parce qu'ils ont lu des livres sur lui et sa famille, continua-t-elle. »

Ils se regardèrent un instant sans ciller. Pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, ils avaient réussit à être sur la même longueur d'onde. Le lien invisible qui s'était tissé entre leur regard fut coupé par Lily qui semblait mal à l'aise. Elle baissa les yeux vers sa cheville et se mordit la lèvre. Colin secoua légèrement la tête, désemparé mais sourit quand même.

Il souriait parce que Lily et lui n'avaient jamais été aussi proches que ce soir. Alors il profita de ce moment. Il continua inlassablement de lui masser la cheville, il voulait s'occuper d'elle tout simplement. Lily reporta son attention vers Colin et quand ce dernier vit un petit éclat dans les yeux ternes de la belle rouquine, il espéra l'impossible. Avec une voix un peu éraillée, il lui demanda:

« - Alors tu penses que c'est dans le bureau du directeur que Jenkins veut entrer ?

- Euh ... oui, je pense ! Pas toi ?

- Si mais qu'est-ce qu'il irait foutre là-bas ?

- Il veut une pierre ! répondit-elle en fronçant des sourcils. Alors soit la pierre se trouve là-bas, soit il y a un truc qui dit où elle est.

- Si elle n'est pas dans le bureau, c'est Vickers qui a dû la cacher et bien la cacher.

- Oh, oui vu comme il est fou !

- Mais c'est un gentil fou, ajouta Colin.

- Oui, c'est clair. Tu masses bien, tu sais ? changea-t-elle de conversation.

- Merci. Ça va mieux ?

- Un peu ...

- Tu es sûre de ne pas vouloir aller à l'infirmerie ? Parce que je masse peut-être bien mais je ne pourrai pas la faire diminuer de taille.

- Non, ne t'inquiète pas, j'en suis sûre. Merci ! Au pire, tu m'y emmèneras demain matin.

- Parfait ! »

Elle passa ses mains derrière sa nuque et ferma les yeux. Épuisée, elle s'endormit instantanément. Colin écouta la respiration régulière et monotone de Lily pendant de longues minutes avant de se laisser aller à son tour, dans les bras de Morphée.