Chapitre 10

Le soleil se levait à peine quand elle trouva enfin le courage d'ouvrir les paupières. Regardant autour d'elle, elle étira ses bras vers le plafond de la salle commune et bailla à s'en décrocher la mâchoire. Elle passa maladroitement une main sur son visage et écouta le silence reposant qui régnait en ce lieu. Seule une respiration régulière le rompait non loin d'elle.

Elle se releva lentement et aperçut Colin à l'autre bout du canapé, assoupi. Dans son sommeil, Colin ressemblait à un enfant dont le visage était pur et sans imperfection. Ses cheveux noirs retombaient en désordre devant ses yeux clos. Elle se leva et, sans bruit, se rapprocha de lui. Dans un mouvement tendre, elle remit les mèches de Colin en arrière.

Elle resta un instant à côté de lui à lui caresser les cheveux avant de déposer un baiser sur la joue du jeune homme et elle se leva. Quand elle arriva près d'une fenêtre au fond de la salle commune, elle sentit un petit air frais lui caresser le visage. Elle sourit et observa le parc encore endormi à cette heure matinale. Les branches des arbres bougeaient au rythme que le vent leur donnait.

Elle ferma les yeux et repensa au rêve qu'elle avait fait cette nuit. Elle fronça les sourcils et se promit de tout raconter à Colin dès qu'il serait réveillé. Elle passa une main dans ses cheveux et observa un professeur traverser le parc désert. Elle plissa les yeux pour mieux distinguer la personne et elle reconnut à la démarche son professeur de Défense Contre les Forces du Mal.

Elle le suivit du regard jusqu'à ce qu'il passe le grand portail de l'école. Elle le vit sortir une baguette magique avant de fendre l'air avec. Un grand Patronus dont la forme ressemblait beaucoup à un grand aigle apparu juste devant Jenkins. Le Patronus s'envola aussitôt vers une des nombreuses tours du château.

Elle essaya de voir où l'animal se dirigeait mais un mur l'empêcha très vite de distinguer sa destination. Elle reporta alors son attention sur Jenkins qui observait son Patronus partir puis il disparut en un claquement de doigts ne laissant rien derrière lui. Elle le chercha un peu mais il devait être déjà bien loin. Déçue, elle reporta son attention sur le parc. À la surface du lac, quelques créatures magiques sortaient la tête pour observer les alentours.

Lily sursauta quand elle sentit des mains se glisser sur ses hanches. Elle se retourna rapidement et tomba nez-à-nez avec un bel adolescent ténébreux. Elle sourit et se jeta au cou de ce dernier. Elle enfouit son visage empourpré dans le cou du jeune homme avant d'y déposer un tendre baiser. Ils restèrent un instant comme ça jusqu'au moment où il rompit le silence :

« - Tu as bien dormi, ma puce ?

- Bien, même si j'aurai préféré un bon lit confortable ! lui répondit Lily en reculant pour pouvoir le regarder dans les yeux.

- Je t'ai proposé d'aller dans la salle sur demande, non ?

- Je sais ! Mais j'ai bien dormi, ne t'inquiète pas ! Mais j'ai fait un drôle de rêve, ... c'était ...

- Ok, vas-y, je t'écoute.

- En fait, on était à Poudlard ...

- Logique jusque là, la coupa-t-il gentiment.

- Oui, mais tout allait de travers. On ne s' ...

- Ah vous êtes là ! s'écria une voix derrière eux. »

Lily fit un pas sur le côté et regarda qui venait de l'interrompre, les sourcils froncés. Quand elle vit Hugo descendre rapidement les escaliers, son visage se décrispa et sa bouche se fendit en un grand sourire. Elle regarda son cousin les rejoindre avant de serrer la main de son petit ami qui passa un bras autour des épaules de la rouquine.

Elle soupira de bien être. Elle était la plus heureuse du monde. Après tout son rêve était loin d'elle, très loin alors autant profiter du moment présent. Elle mit sa main dans sa poche et en ressortit le bracelet que ses parents lui avaient offert pour son dernier anniversaire. Que faisait-il là? Elle fut coupée dans sa réflexion par Hugo qui lui parlait :

« - Alors votre petit anniversaire s'est bien passé ?

- Arrête de te moquer ! Si tu sortais avec une fille plus de deux jours, tu comprendrais peut-être l'envie de fêter les un an de relation, Hugo !

- Ouai, si tu l'dis ! Mais bizarrement, je préfère mes petites aventures d'un soir ! C'est génial ! s'exclama le beau rouquin, un sourire malicieux aux lèvres. D'ailleurs, tu loupes pas mal de choses, mon vieux, ajouta-t-il à Colin.

- Et puis quoi encore ? S'exclama Lily. Tu veux pas non plus qu'il aille draguer les minettes avec toi, non plus ?

- Ben pourquoi pas ? Ça le sortirait un peu au moins ! plaisanta Hugo.

- Colin, dis quelque chose quand même ! lui ordonna Lily.

- Calme-toi, Lily ! Tu ne vois pas qu'il se moque de toi ? lui demanda son petit-ami. »

Hugo se mit alors à rire devant le visage énervé de sa cousine. Plié en deux, il se tenait le ventre. Entre deux éclats de rire, il s'exclama :

« - Halala, j'te jure, y'a que toi pour être aussi naïve ! Bon aller, j'vous laisse les tourtereaux ! À plus tard ! »

Puis il s'en fut, avec un clin d'oeil prononcé vers Lily qui se tourna immédiatement vers Colin.

« - Qu'est-ce que je lui ai fait pour mériter ça ? demanda-t-elle en faisant la moue.

- Mais rien, il ne fait que plaisanter, ne le prends pas mal.

- D'accord ... répondit Lily, évasivement en regardant par la fenêtre.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Quelque chose ne va pas ? s'enquit Colin qui avait remarqué cette attitude rêveuse de la part de sa petite-amie.

- Ah ! Euh ... rien ... c'est seulement mon drôle de rêve de cette nuit il me travaille ...

- Ah bon ? À ce point ? C'était quel genre de rêve ?

- Hmm ... je dirai plutôt une sorte de cauchemar !

- Oula ! Vas-y, raconte moi tout c'est jamais bon de les garder pour soi.

- Bah, en fait, toi et moi ... commença-t-elle mal-à-l'aise.

- Quoi ? Dis moi ! Qu'est-ce qui s'est passé ?

- On se détestait, on ne faisait que se chercher. À chaque fois, on était à la limite de se battre. C'était horrible ! Et puis, avec Hugo, on se parlait presque pas. Je sais pas pourquoi mais je crois que j'étais la cause de tout ça.

- Comment ça tu étais la cause de tout ça ?

- Eh bien, je crois que tu m'aimais mais je faisais tout pour te rejeter ...

- Oh ... dit-il simplement. »

Imperceptiblement, Colin eut un léger mouvement de recul. Il fronça légèrement le front, ce qui indiqua à Lily qu'il réfléchissait. Elle s'avança vers lui mais celui-ci recula au même instant. La rouquine baissa légèrement la tête, les larmes aux yeux.

« - Pourquoi rêves-tu de trucs comme ça ? s'écria Colin.

- Je sais pas, moi. C'est inconscient ! Je n'y suis pour rien !

- Vraiment ? Je trouve que depuis quelques temps, tu t'éloignes de moi ! affirma-t-il. La preuve, hier soir tu n'as pas voulu qu'on aille dans la salle sur demande. Pourquoi ?

- Je sais pas ... je ...

- Moi, je vais te le dire ! Tu as peur de te retrouver toute seule avec moi mais pourquoi ? Qu'est-ce que je t'ai fait pour que tu me fuies comme ça ?

- Mais rien ... c'est juste que ...

- Si tu ne m'aimes plus, je préfère que tu me le dises maintenant et j'irai draguer tranquillement avec Hugo.

- Mais pas du tout ! Arrête, ce n'était qu'un rêve, essaya-t-elle de se défendre.

- Qu'un rêve ? Tu en es sûre ? »

Elle n'eut pas le temps de répondre que Colin était déjà monté dans son dortoir. Elle entendit la porte claquer derrière lui. Elle ferma les yeux et soupira. Après avoir enfouit son visage dans ses mains, elle se laissa tomber dans le canapé où ils avaient dormi il y avait à peine une heure.

Pendant quelques minutes, Lily observa le feu crépiter. Comment cette dispute était arrivée ? Un rêve, un simple rêve l'avait déclenchée. Quelle idée, elle avait eu de lui raconter ! Elle le connaissait très bien, peut-être même trop bien.

Maintenant qu'elle repensait à son cauchemar, elle se sentait étrange, comme triste d'une chose qui ne s'était jamais passée. Comment Colin et elle pouvaient se détester ? C'était impensable ! D'ailleurs tout le monde dans l'école pouvait le dire. Depuis leur première année, ils étaient inséparables et c'était tout naturellement qu'ils avaient commencé à sortir ensemble, un an plus tôt.

Elle attrapa un coussin qui se trouvait à côté d'elle et le balança à travers la pièce. Il fit un joli vol plané par dessus une table basse et un fauteuil avant d'atterrir sur un jeu d'échec que des élèves avaient dû oublier de ranger la veille. Elle pesta à haute voix puis ravala un sanglot.

« - Alors Miss Potter est enfin passée de l'autre côté ou elle a encore eu la trouille ? Ricana une voix désagréable derrière elle. »

Lily ne prit même pas la peine de se retourner vers la personne qu'elle détestait le plus au monde. Elle l'imaginait assez bien avec sa coiffure excentrique et ses habits fashion. La fille la plus populaire de Poudlard n'était pas une fille fréquentable.

« - Oh non, ne me dis pas que tu as encore dit non ? Pauvre Colin ! Ce n'est pas son genre d'attendre aussi longtemps ! Avec moi, ce fut plus rapide ...

- Oui, mais toi, tu es une fille sur laquelle tous les garçons de l'école sont passés alors tu sais, je ne suis pas sûre que tu sois un modèle fiable ! Mais merci pour tes conseils inutiles, Lewis ! lui répondit la rouquine entre ses dents.

- Bouh ouh ouh ! feignit-elle d'une voix de petite fille. Tu crois me faire mal avec tes pics à deux noises ? Tu es seulement jalouse ! Et sache que je ne me suis pas faite toute l'école ... seulement les beaux mecs comme le tien !

- Mais tu vas te la fermer cinq minutes, Lewis ? s'écria Lily, hors d'elle en se levant. Tu n'en as pas marre ? Toute l'école te considère comme une prostituée mais toi, tu continues à te la jouer, c'est d'un ridicule ...

- Attends, tu ne crois tout de même pas que je suis la seule à avoir une mauvaise réputation dans cette école ? Parce que crois-moi, tu es loin d'être dans le coeur des trois quarts des élèves ! expliqua calmement et froidement Jun Lewis.

- Parle toujours, je ne t'écoute plus ! »

Jun réajusta la jupe de son uniforme tranquillement comme si elle n'était pas en pleine dispute puis planta son regard dans celui de Lily. Elle posa sa main sur l'épaule de la rouquine et lui dit d'un ton léger et désinvolte :

« - Ma petite Potter, un jour, tu comprendras ! Un jour, peut-être, tu grandiras et tu verras par toi-même le monde qui t'entoure. Il faut juste que tu te décoinces ... ce qui n'est pas chose aisée, je te l'accorde.

- Casse-toi !

- Avec plaisir ! Mais n'oublie pas ce que je viens de te dire ! Décoince-toi ou tu perdras ton mec ! Ciao ... »

Lily resta sur place, incapable de bouger après les paroles de Jun. Était-elle trop coincée comme lui disait cette miss-insupportable ou était-elle seulement différente des autres filles de son âge ? Incapable de répondre dans la minute qui suivit, Lily émit un grognement digne des plus grands hommes des cavernes avant de monter en courant les marches de l'escalier.

Arrivée devant la chambre de Colin, elle frappa à la porte à plusieurs reprises. À sa grande surprise, personne ne vint lui ouvrir. Alors dans un excès de curiosité, elle entrouvrit la porte et jeta un coup d'oeil à l'intérieur de la pièce. Vide. Elle ne vit que des vêtements éparpillés par terre ou encore sur les bureaux.

« - Y'a quelqu'un ? demanda-t-elle discrètement.

- Non, repasse plus tard, lui répondit une voix grave. »

Surprise, Lily sursauta en voyant un beau jeune homme brun apparaître devant elle. Elle plaqua sa main sur sa poitrine qui était sur le point d'exploser. Les yeux grands ouverts par la peur, elle lui murmura :

« - Tu es bête, Chris ! Tu m'as fait une de ces frousses ! Plus jamais ça, s'il te plaît !

- Ok, petite tête ! Mais dis-moi, que puis-je faire pour toi ?

- Seulement me dire où se trouve ton frère ! J'ai absolument besoin de lui parler ... maintenant, ajouta-t-elle, désespérée.

- Oula, ça a l'air sérieux ! Il prend sa douche ! Je vous laisse tous les deux avec vos histoires de couple ! »

Chris passa à côté d'elle et elle le regarda descendre jusqu'à ce qu'il disparaisse dans la cage d'escalier. Elle entra rapidement dans la pièce avant de se diriger aussitôt vers une autre porte qui donnait sur la salle de bain. Elle posa sa main sur la poignée et la tourna doucement. Elle n'avait pas encore fait un pas que Colin lui disait déjà :

« - Qu'est-ce que tu veux, Lily ?

- Te parler ! Je ... malgré ce que tu penses, je ne veux pas te perdre, lui avoua-t-elle. »

Dès sa phrase finie, elle vit Colin sortir de la cabine de douche, une serviette autour de sa taille. Son regard était encore énervé mais Lily se rapprocha quand même lentement de lui. Elle glissa sa main sur la peau mouillée de son petit-ami et lui murmura :

« - Je t'aime, Colin ... et je ne fais rien pour m'éloigner de toi ... je suis désolée de t'avoir donné cette fausse impression mais parfois j'ai besoin d'être un peu seule ou encore de ne pas être brusquée ... Tu comprends ?

- Je te brusque ? Moi ? s'exclama Colin, étonné. Tu te fous de moi, là ? C'est un pari que tu as fait avec Hugo ou un truc dans le genre, non ?

- Oui, tu me brusques ...

- Je te brusque ? répéta-t-il en sortant de ses gonds. Lily, je ne t'ai jamais forcé à faire quelque chose à ce que je sache ! C'est toi qui te mets la pression toute seule.

- Mais ... Jun m'a dit que ...

- Depuis quand tu écoutes cette pouf ?

- Je ... j'ai peur, Colin ! Peur de te perdre, peur de passer pour une sainte-nitouche, peur de ...

- Arrête tout de suite, la coupa-t-il. Tu es une fille géniale, Lily ! J'ai attendu des années pour pouvoir enfin sortir avec toi alors tu peux me croire, si un jour on doit se séparer, ça ne viendra pas de moi ...

- Mais tout à l'heure, tu ...

- Tout à l'heure, j'étais énervé ! J'ai mal dormi sur ce canapé et vu que tu as peur, tu t'éloignes vraiment de moi ! Alors essaie de me comprendre parfois !

- Oui, tu as raison ... »

Pendant quelques secondes, Lily lui caressa tendrement le torse de Colin. Ses doigts semblaient connaître chaque parcelle de peau du jeune homme. Elle se mit alors aussitôt sur la pointe des pieds pour atteindre les lèvres de Colin. Le baiser se fit beaucoup plus passionné lorsque le beau brun déposa ses mains dans le dos de Lily pour la rapprocher de lui.

Lorsqu'elle mit fin à ce baiser, un grand sourire éclairait leur visage. Elle se blottit dans les bras de son petit-ami puis soudain, une impression de déjà vu s'insinua dans son esprit. Pourtant, c'était la première fois qu'elle venait dans cette salle de bain. Elle se recula de son étreinte et les yeux embués, elle ne voyait plus que les contours flous de la silhouette du jeune homme. Elle lui murmura alors :

« - Ne me quitte pas ! Ne vas pas retrouver Naomi ! S'il te plaît, reste avec moi ici ! Je t'en supplie !

- Mais qu'est-ce que tu racontes, Lily ? demanda-t-il, inquiet.

- Ne vas pas la rejoindre ! Je ne l'aime pas ! C'est toi que j'aime Colin ...

- Tu n'aimes pas qui, Lily ? Qu'est-ce qui t'arrive ?

- Je ferai tout ce que tu voudras ! J'irai même voler un livre à Jenkins mais ne me quitte pas ... s'il te plaît !

- Mais qu'est-ce que Jenkins vient foutre ici ? Lily ? cria-t-il en la secouant de toutes ses forces.

- Ne me quitte pas ! Je t'aime tellement même si je ne me l'avoue pas ... je t'aime depuis toujours!

- Oula, toi ça va pas ! Je m'habille et je t'emmène à l'infirmerie !

- Je t'ai dit que je ne voulais pas y aller ! Ma cheville va très bien, regarde ! lui répondit-elle avant de se mettre à sauter sur place.

- Mais qu'est-ce qui se passe, Potter ?

- Pourquoi m'appelles-tu par mon nom de famille ? Tu sais que je déteste ça ! Continue à m'appeler Lily, s'il te plaît. »

Soudain, les détails de la salle de bain s'évanouirent en un claquement de doigts. Elle se retrouva alors dans le néant. Seule une voix s'élevait de nulle part :

« - Potter ! POTTER ! »

Lily ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Elle était aphone. Elle tâta dans le noir sa gorge et réessaya aussitôt. Mais toujours rien. La voix qui semblait paniquée, reprit :

« - Réveille-toi, Lily ! Si c'est une blague, ce n'est pas drôle. Lily, s'il te plaît ! »

Une forte lumière pénétra violemment dans ses yeux. Elle sursauta et se retrouva dans les bras de quelqu'un. Peu importe son identité, elle avait besoin d'être réconfortée à cet instant. Elle enfouit son visage dans le cou de l'inconnu et se mit à pleurer en silence. Où se trouvait-elle à présent ? Rêve ou réalité ?

« - Où suis-je ? demanda-t-elle effrayée.

- À Poudlard ! lui répondit l'inconnu, à la voix grave et légèrement chevrotante.

- Je ... C'était un rêve ? Je ne sais plus où je suis ... aide-moi ! le supplia Lily. Je ne sais plus rien.

- Calme-toi, Lily ! Tout va bien ! Tu es à l'école ! Qu'est-ce qui se passe ?

- Je ... je ne sais pas ! J'ai fait un rêve où ... Colin ? déclara-t-elle soudain en le reconnaissant mais sans bouger.

- Oui pourquoi ? Il était si horrible ce rêve pour que tu oublies ton pire ennemi ? plaisanta-t-il. »

Il se mit à lui caresser doucement les cheveux ce qui la réconforta un peu. Oubliant leurs différends, elle le serra un peu plus dans ses bras comme pour se persuader que son rêve était terminé. Ils restèrent ainsi quelques instants. L'odeur de Colin l'enivrait tout doucement. Elle n'entendit pas la petite toux de Anton derrière elle. Elle remarqua sa présence que lorsqu'il prit la parole :

« - Je suis content de voir que certaines choses peuvent changer. »

Elle se recula vivement en identifiant la voix comme étant celle de Anton. Elle se retourna vers lui et fixa son regard rieur mais si triste à la fois. Elle se releva et voulut se précipiter vers Anton mais sa cheville lâcha sous son poids, la faisant tomber de tout son long sur le tapis de la salle commune.

« - Lily ! cria Colin en la rejoignant le plus vite possible. »

Il l'aida à se relever tranquillement puis lorsqu'elle se retrouva debout, il passa son bras derrière les jambes de la rouquine pour la soulever. Aussitôt, Lily émit un petit cri de surprise avant de le questionner :

« - Qu'est-ce qui te prend ? Pose-moi s'il te plaît !

- Je t'ai dit dix mille fois qu'il fallait que tu ailles à l'infirmerie mais tu n'as pas voulu m'écouter. Alors maintenant je t'y emmène de gré ou de force, la prévint-il. C'est bien clair ?

- Mais je ...

- Il a raison, Lily, affirma Anton. Tu ne vas pas pouvoir rester comme ça bien longtemps !

- Tu vas pas t'y mettre toi non plus. Je vous dis que je vais très bien ! Redescend-moi ! ordonna-t-elle à Colin.

- Parle toujours ! À tout à l'heure, Anton ! »

Et c'est sans prêter attention aux protestations de la rouquine que Colin se dirigea nonchalamment vers le portrait de la Grosse Dame. Quand ils tournèrent dans un quatrième couloir, Lily cessa toute résistance. C'était inutile ! Ni ses insultes, ni ses cris, ni ses griffures et encore moins ses morsures ne le firent faire demi-tour. Les bras croisés devant sa poitrine, elle faisait la moue.

« - Tu sais que tu es jolie quand tu fais la tête ?

- Par ... pardon ? bégaya Lily, étonnée d'entendre ces mots sortir de la bouche de Colin, même après son rêve de la nuit dernière.

- Olala, si je ne peux plus faire de compliments, ...

- Si tu as le droit ... mais est-ce que tu sais qui je suis ?

- Mais bien sûr, c'est pas parce que je te trouve insupportable que je dois forcément te trouver moche quand tu boudes, si ? expliqua-t-il en commençant à descendre un escalier.

- Je dois toujours être dans mon rêve ... murmura Lily.

- Qu'est-ce que tu dis ?

- Rien, rien du tout ...

- Ca va mieux que tout à l'heure ? demanda-t-il après un instant de silence. Je t'interdis de le répéter à qui que ce soit, mais je me suis inquiété pour toi à un moment. Tu avais l'air limite possédée.

- C'est bizarre et tu vas sans doute me prendre pour une folle mais j'ai eu l'impression d'avoir été envoyée dans une autre dimension, une autre vie qui était tout le contraire de la mienne. Et puis ne t'inquiète pas, je ne dirai rien ... promis ! »

Colin ne répondit pas lorsqu'il vit qu'ils étaient déjà arrivés devant la grande porte de l'infirmerie. Il s'en approcha et laissa Lily tourner la poignée. Quand ils entrèrent, ils virent aussitôt l'infirmière se précipiter sur eux, telle une lionne ayant repéré son déjeuner. Ils s'arrêtèrent net dans l'allée, pétrifiés par les grands yeux vitreux de la vieille femme.

« - Que se passe-t-il, jeunes gens ?

- Rien de bien grave. Je me suis juste tordue la cheville, commença Lily tandis que Colin l'installait sur un lit.

- Quand vous êtes-vous faite ça ? interrogea l'infirmière.

- Hier soir ! répondit Colin à la place de la concernée. Nous chahutions et sans faire attention je l'ai poussée un peu fort et elle a basculé. C'est à ce moment-là qu'elle s'est tordue la cheville, madame.

- Mademoiselle, s'il vous plaît. Bon, vous allez être vite de nouveau sur pied ... c'est le moins que l'on puisse dire, chuchota-t-elle pour elle-même. Vous auriez dû venir me voir directement. Vous auriez évité ainsi quelques douleurs indésirables.

- C'est ce que je me suis tué à lui dire mais elle ne m'écoute jamais, s'exclama le beau brun comme s'il était en pleine représentation théâtrale.

- Mr Philips, vous êtes toujours aussi charmant ! lui assura l'infirmière. Et vous, comment allez-vous depuis la dernière fois ?

- Je ... euh ... en fait ... bégaya-t-il mal-à-l'aise. »

Lily lui lança un regard soupçonneux qu'il évita soigneusement. Une dizaine d'hypothèses vinrent aussitôt à l'esprit de la jeune rouquine. Certaines la firent sourire avant que l'infirmière ne lui affirme :

« - Bon, une simple pommade fera l'affaire mais je vais devoir vous faire un peu attendre. Le dernier match de Quidditch a vidé tout mon stock. Je reviens le plus vite possible. »

Les deux Gryffondors la regardèrent rejoindre une autre pièce au fond de l'infirmerie. Colin s'accroupit devant Lily qui prit la parole sur le ton de la plaisanterie :

« - Alors ça va mieux depuis la dernière fois, mon petit Colinou ?

- Et toi, ma petite Lilynou ? lui répondit-il sur le même ton.

- Lilynou ? C'est moche ! s'exclama-t-elle en faisant la grimace.

- C'était ça ou Potterinette ! Alors qu'est-ce que tu préfères ?

- Lilynou !

- Oui, je me disais aussi !

- Pourquoi tu es venu à l'infirmerie la dernière fois ? demanda-t-elle curieuse.

- J'avais eu un petit ... euh ... problème au dos.

- Est-ce que tu te rends compte que je sais que tu es en train de me mentir ?

- Oui ! Mais c'est pas parce qu'on a décidé de faire une pause dans nos petites réflexions que l'on doit devenir les meilleurs amis du monde, non plus.

- Rolala, quel rabat-joie celui-ci !

- C'est vrai quoi, moi je te demande pas des trucs perso !

- Si tu réponds à ma question, tu as le droit de m'en poser une à ton tour ! Ça marche ? marchanda Lily, souriante.

- J'ai jamais vu quelqu'un d'aussi curieux que toi, c'est maladif ! Si tu veux, on peut en parler à l'infirmière.

- C'est de famille, c'est pas ma faute ! Mon père est pareil ! Il fourre son nez là où ça ne le regarde pas ! Mais allez, s'il te plaît !

- Pf ... tu es horrible ! Bon ok ... j'étais venu ici parce que j'avais une de mes cicatrices qui s'était rouverte à cause d'un truc !

- Quel truc ?

- Arrête, Potter !

- Pourquoi es-tu toujours sur la défensive ? Je ne cherche pas à te juger et encore moins à te critiquer.

- Tiens c'est nouveau !

- Oui, c'est nouveau parce qu'on a décidé de faire la paix !

- Je ... je m'étais ramassé un coup dessus ! Maintenant heureuse ?

- Toi tu t'es fait taper ? C'est pas possible ...

- Pourquoi ?

- Parce que ... parce que tu es Colin Philips ! expliqua-t-elle vaguement. Je veux dire ... c'est pas possible ! Tu es ... tout le monde te respecte ... bon à part moi mais ... c'était qui ?

- Potter ! Qu'est-ce que tu peux être chi ...

- Ne sois pas désagréable, Philips ! le coupa Lily.

- Oui, je sais, on a fait la paix, répéta-t-il.

- En effet ... d'ailleurs c'est ton frère qui va être content !

- Pourquoi ?

- Il arrête pas depuis un an ou deux de me dire de mieux te parler et blablabla ...

- Ah ... ah bon ?

- Il est bizarre ton frère parfois quand il me parle de toi. Il me fait l'inventaire de toutes tes qualités comme s'il voulait te vendre à moi.

- L'enfoiré ... chuchota Colin.

- Qu'est-ce que tu dis ?

- Rien ... il essaie peut-être de jouer les entremetteurs avec nous ... »

Un silence s'installa entre eux. Ils se regardèrent dans les yeux, oubliant le reste du monde autour d'eux. Lentement, Lily s'avança dangereusement de Colin qui ne bougeait pas. Il attendait fébrilement. Elle ne savait pas ce qu'elle faisait. En s'approchant un peu plus, elle pensa que tout ceci était illogique mais elle s'en fichait, elle suivait ses envies du moment.

Elle ferma alors les yeux et quelques instants plus tard, elle fut surprise de sentir les lèvres de Colin contre les siennes. Tout cela était irrationnel, elle n'avait fait que fermer les yeux. Peut être que son corps avait retranscrit tout ce qu'elle voulait au plus profond d'elle même.

Avec une tendresse infinie, elle posa ses mains sur les joues du jeune homme tandis que Colin glissait les siennes sur les hanches de Lily. Le baiser dura jusqu'au moment où ils entendirent une porte claquer non loin d'eux.

Lily se recula brusquement faisant tomber Colin sur le sol froid. Elle fixa, horrifiée, l'infirmière marcher à grands pas vers eux, une petite assiette dans la main. Elle resta la bouche grande ouverte, immobile sur ce lit blanc. Son esprit était ailleurs. Elle ne savait plus quoi penser.

« - Montrez-moi votre cheville, Miss Potter ! »

Tel un automate, elle releva la jambe jusqu'à ce que sa cheville soit au bon niveau. Quand Colin se releva, Lily détourna le regard vers une étagère où des bocaux en tout genre s'alignaient. Comme si ces derniers étaient des plus intéressants, elle resta à les observer. Cinq minutes et quelques couches de pommade plus tard, l'infirmière s'écria enfin :

« - Voilà Miss, Mr Philips devra sûrement vous aider à marcher pour l'instant mais tout devrait rentrer dans l'ordre dans peu de temps. Le baume va peut-être vous chatouiller légèrement mais ne vous inquiétez pas, tout est normal !

- Mer ... merci, Miss ! »

L'infirmière repartit tranquillement avec sa soucoupe laissant derrière elle Colin et Lily, encore choqués. La jeune rouquine déglutit difficilement et bégaya :

« - Je ... c'est ... on ... tu vois ...

- Oui, je vois très bien, murmura-t-il méchamment.

- Mais ... c'est que ... c'est vrai quoi ...

- Ouai, allez lève-toi ! »

Lily ne discuta pas et se leva immédiatement. Il passa son bras sous les aisselles de la rouquine et ils commencèrent à marcher vers la sortie. Colin regardait droit devant lui sans ciller alors que Lily ne cessait de l'observer. Elle remarqua alors ses cheveux noirs qui retombaient devant ses yeux verts magnifiques.

* Qu'est-ce qu'il est beau ! * pensa-t-elle tout en se mordant la lèvre.