Chapitre 11

« - C'est à ce moment-là que je me suis réveillée ! C'était trop horrible ... je me croyais dans la réalité mais en fait, c'était un rêve !

- D'accord ... mais qu'est-ce que ça a à voir avec le fait que tu étais à l'infirmerie ? lui demanda-t-elle.

- Euh ... ça n'a rien à voir en fait ... Hier soir, je me suis tordue la cheville et ... commença-t-elle gênée.

- Et ... ? l'encouragea son amie, des étincelles dans les yeux.

- Ce matin, ça n'allait pas mieux alors je suis allée à l'infirmerie pour qu'elle me soigne c'est tout ... expliqua-t-elle très vaguement en regardant ailleurs.

- Et c'est tout ?

- Oui. Pourquoi ? l'interrogea la rouquine sur un ton faussement naïf.

- Non, parce que pendant le petit-déjeuner, Anton nous a donné une version bien différente de la tienne ... mais c'est peut-être lui qui raconte des bêtises.

- Qu'est-ce qu'il vous a dit ? s'exclama-t-elle en se retournant brusquement vers sa meilleure amie.

- Oh rien de bien précis ... Seulement que toi et ... Colin vous aviez fait la paix ! lui dit-elle enfin, un sourire triomphal aux lèvres.

- Nous ? ... Euh, la paix ... je ... tu vois, c'est pas ...

- Arrête ! Cette fois, tu ne trouveras pas de mensonge comme pour le soir où vous êtes rentrés trempés jusqu'aux os. Tu peux mentir à Chris avec l'espoir qu'il te croit mais on ne me la fait pas à moi ! Je te connais mieux que personne et peut-être même mieux que toi-même, Potter. J'ai bien vu le changement entre toi et Colin. C'est flagrant ! Et ce matin, Anton a confirmé ce que je pensais depuis quelques jours.

- Confirmé quoi ? Et qu'est-ce qu'il t'a dit celui-ci ?

- Oh rien ... à part que vous aviez dû dormir sur le canapé de la salle commune.

- Et comment peut-il affirmer des choses pareilles ?

- Vos lits n'ont pas été défait de toute la nuit, nous l'avons remarqué tous les deux. Et puis ce matin, il s'est fait réveillé par des cris qui venaient de la salle commune. Étant préfet, il s'est habillé en vitesse avant de descendre ... et devine qui il a trouvé dans les bras l'un de l'autre ?

- Ce n'est pas ce que tu crois ! se justifia-t-elle.

- Ce que je crois importe peu, ce sont les gestes qui comptent ... et ceux-là, tu ne peux pas les faire mentir, Lily !

- Il m'a prise dans ses bras à cause du cauchemar que je t'ai raconté tout à l'heure ! J'étais déboussolée alors il a essayé de m'aider ! Ce n'est pas l'enterrement de la hache de guerre ou un truc du genre ! Il a seulement voulu m'aider, répéta Lily.

- Et ça ... ce n'est pas un signe ? questionna Jun.

- De quoi tu parles encore ? s'impatienta la rouquine.

- Tu ne trouves pas ça bizarre que Colin Philips veuille aider sa pire ennemie ? Comme le fait que vous dormiez ensemble sur le canapé dans la salle commune ?

- Qui te dit qu'on était sur le même canapé ? demanda-t-elle en rougissant.

- Tes réactions, ma belle ! Je me fiche complètement que vous ayez fait la paix, qu'il y ait quelque chose entre vous ou que vous ayez passé un pacte ! Je veux juste que tu sois honnête avec toi-même! Depuis la rentrée, tu n'as pas passé un moment avec Anton, Chris ou moi et pourquoi ? Parce que tu étais avec Colin !

- Je ... en fait ... euh ... tu veux tout savoir ?

- Oui mais seulement si toi aussi, tu le veux !

- Tu jures de le garder pour toi ?

- Bien sûr ! promit la jolie japonaise.

- Le jour où Colin m'a fait tomber dans la boue, il a sous-entendu que je n'étais capable de rien alors ... je me suis défendue comme je pouvais et j'ai donc lancé un jeu ... des Cap ou pas Cap.

- Des ... ? Non ? C'est vrai ? s'exclama Jun, abasourdie et agréablement surprise.

- Oui et depuis ... on passe du temps ensemble pour réaliser ces trucs !

- Quels genres ? Donne-moi des exemples !

- Le soir où nous sommes rentrés mouillés, je devais plonger dans le lac toute nue ! avoua-t-elle mal-à-l'aise en baissant la tête.

- Toute n... ? Et tu l'as fait ?

- Bien sûr que non enfin pas vraiment ... j'étais en sous-vêtement !

- Oulala ... quand Hugo va savoir ça ! s'écria Jun.

- Non ! Tu as promis de ne rien dire ! Tu le gardes pour toi !

- Mais ... vous êtes complètement givrés de faire ça ! Mais bizarrement, ça ne m'étonne qu'à moitié, vous êtes fous tous les deux ! Et alors pourquoi vous avez dormi ensemble hier ?

- J'ai fait mon cap mais je me suis tordue la cheville alors il m'a aidée à rentrer. Quand nous sommes arrivés ici, j'avais trop mal pour pouvoir monter seule dans notre dortoir alors je me suis couchée sur le canapé. Et il est ... resté avec moi, finit-elle dans un murmure.

- C'est gentil de sa part, fit-elle remarquer avec une idée derrière la tête.

- Ce n'est pas ce que tu crois ...

- Je ne crois plus, ma belle. J'en suis sûre. Bon allez, je te laisse méditer sur tout ça, j'ai rendez-vous avec Tim. On se voit plus tard ! »

Avant même que Lily ait pu répondre quelque chose, Jun avait déjà disparu derrière le portrait de la Grosse Dame. Elle fit le tour de la pièce du regard avant de se laisser aller sur sa chaise. Mais pourquoi lui avait-elle tout dit ? Jun était complètement à côté de la plaque ! Entre elle et Colin, il ne se passait rien. N'est-ce pas ?

Elle rangea ses affaires avant de pouvoir trouver la véritable réponse à cette question et sortit à son tour de la salle commune des Gryffondors. Elle ne croisa que quelques Serdaigles qu'elle ne connaissait pas et cela lui convenait très bien. Elle pouvait ainsi réfléchir en paix. Les événements du matin lui revinrent comme un boomerang dans la figure quand elle passa devant l'infirmerie.

Colin l'avait embrassé ! Ou était-ce elle ? Elle ne se souvenait plus des détails mais il était certain qu'ils avaient franchi une barrière qu'elle n'aurait jamais cru outrepasser avec lui. Après tout, il était Colin ! C'est à ce moment-là qu'une petite voix dans sa tête lui chuchota :

* C'est Colin et alors ? Il est très beau garçon et pas plus bête qu'un autre ? Et il peut être gentil aussi ! Alors arrête de te focaliser sur le fait que vous vous êtes détestés à une époque ! *

À une époque ? Ne le détestait-elle plus maintenant ? Et pour quelles raisons ? Ce n'était pas possible ! Impossible, même ! Comme pour se convaincre, elle se le dit tout haut :

« - Tu le détestes toujours, ma fille ! »

À peine avait-elle fini sa phrase que quelque chose en elle se brisa. Elle s'arrêta aussitôt devant une salle et y entra. Elle venait de se rendre compte qu'elle ne détestait plus autant Colin. À force, elle s'était habituée à sa présence, à son odeur et à son humour. Elle déglutit difficilement. Comment avait-elle pu changé d'avis aussi vite sur lui ?

Elle se précipita sur la seule fenêtre qui était ouverte. Respira à fond l'air de ce début d'après-midi et ferma les yeux. Étrangement, le souvenir de son baiser avec Colin lui revint aussitôt. Elle sentait à nouveau ses lèvres sur les siennes. Elle se rappelait qu'à cet instant, elle avait pensé qu'elles avaient été faites pour s'embrasser.

Lily posa une main sur sa poitrine et essaya de contrôler son rythme cardiaque qui n'en faisait qu'à sa tête. Elle ouvrit les yeux et soupira. Elle ne savait plus où elle était, elle ne savait plus ce qu'elle devait faire et pire, elle ne savait plus qui elle était. Depuis toute petite, elle savait prendre des décisions et savait ce qu'elle devait faire dans certaines situations. Mais ses parents ne l'avaient pas préparée à ce genre de choses. Son coeur ne savait pas quoi penser, alors comment elle, elle pouvait le savoir ?

Elle posa les coudes sur le rebord de la fenêtre et enfouit aussitôt son visage dans ses mains. Pourquoi avait-elle embrassé Colin ? Pourquoi avait-elle ressenti du plaisir, presque du désir en l'embrassant ? Ce n'était pas logique, c'était ... invraisemblable !

Elle se recula de la fenêtre pour aller s'appuyer sur le mur. Elle était fatiguée, fatiguée de se torturer l'esprit et surtout fatiguée que sa vie ne prenne pas le chemin qu'elle aurait voulu. Pendant un long moment, elle ne cessa de se répéter que ce qui s'était passé entre elle et Colin n'était qu'une erreur ... une de plus parmi tant d'autres.

Elle se leva et se dirigeait vers la porte pour sortir quand elle la vit s'ouvrir. Lily se figea sur place et regarda son professeur de Défense contre les Forces du Mal entrer. Il avait les sourcils froncés ce qui lui fit penser qu'il était contrarié. Quand il la remarqua, il fut légèrement surpris avant de reprendre une certaine contenance.

Doucement, il s'approcha d'elle, avec une étincelle de folie dans les yeux. Lily recula jusqu'à ce que le mur l'arrête dans sa fuite. Elle se plaqua contre celui-ci et attendit, nerveuse. Il était de plus en plus près lorsqu'elle pensa :

* Certes, je ne l'ai jamais beaucoup apprécié mais de là, à ce qu'il me tue pour ça, c'est exagéré, non ? *

Elle serra les poings, prête à se défendre si cela était nécessaire. Elle ferma les yeux un instant et les rouvrit brusquement mais il était toujours là devant elle. Son coeur battait à tout rompre quand elle l'entendit lui parler :

« - Miss Potter ! Que faîtes-vous là ? Vous n'avez vraiment pas peur des risques que cela peut entraîner ! C'est impressionnant même si cela reste inconscient !

- De quoi parlez-vous, professeur ? se risqua-t-elle de demander.

- De quoi ? Mais de l'avenir, très chère élève. De l'avenir noir qui nous attend tous. Il faut faire le bon choix et maintenant sinon ce sera trop tard, beaucoup trop tard, expliqua-t-il vaguement après s'être arrêter.

- Et quel choix devons-nous faire ?

- Mais lui, bien sûr ! Il me force à faire du mal autour de moi, il est puissant, plus puissant qu'on pourrait le croire. J'ai peur de lui comme un homme de mon âge peut avoir le plus peur.

- Mais de qui parlez-vous ? murmura-t-elle. Votre discours n'a aucun sens !

- De lui ! »

Lily vit que les yeux de son professeur avaient comme un voile devant eux. Il était possédé mais par quoi ?

« - Vous devez nous rejoindre ! Un nom comme le vôtre fera comprendre que mon maître est grand. Je vous en supplie, Miss Potter, rejoignez-nous ! »

Lily ouvrit de grands yeux avant de se retourner vers la porte qui venait de s'ouvrir. Son professeur de Sortilèges se trouvait dans l'ouverture. Il claqua la porte derrière lui et se précipita vers son collègue. Il l'attrapa par les épaules et le secoua de toutes ses forces. On aurait dit qu'il était prêt à lui mettre une claque quand Mr Jenkins s'évanouit et tomba dans les bras de McAvoy. Elle s'exclama tout de suite :

« - Je vais aller chercher l'infirmière, professeur !

- Non, surtout pas ! Partez !

- Mais ... et Mr Jenkins ?

- Ne vous occupez pas de lui, je vais l'emmener chez le directeur ! Partez maintenant ! lui répéta-t-il avant de sortir de la pièce en tenant Jenkins sous les aiselles. »

Mais elle resta là, debout devant la porte ouverte. Le regard dans le vide, elle repensait à ce qui venait de se passer. Des dizaines de questions submergeaient son esprit à cet instant précis. Elle fit quelques pas sans vraiment s'en rendre compte et sortit de la salle de classe. Quand elle fut dans le couloir, elle réalisa qu'elle ne s'était pas trompée sur Jenkins. Il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond avec ce professeur.

Elle allait repartir en direction de la salle commune des Gryffondors quand elle vit Colin à l'autre bout du couloir. Depuis leur baiser, ils ne s'étaient pas vraiment reparler. Une boule se forma dans son estomac mais elle prit son courage à deux mains. Elle le rejoignit et lui sourit. À un mètre l'un de l'autre, ils se regardaient, s'observaient. Sans un mot, ils se mirent en marche côte à côte. Lily sentit un frisson parcourir son échine lorsque Colin frôla sa main. Elle baissa aussitôt les yeux et sentit son visage s'empourprer.

* Qu'est-ce qui t'arrive ma pauvre fille ? * se réprima-t-elle.

Elle secoua énergiquement la tête pour se remettre les idées en place avant de se remémorer les paroles de Jun.

« Seulement que toi et ... Colin vous aviez fait la paix ! ... Tu ne trouves pas ça bizarre que Colin Philips veuille aider sa pire ennemie ? ... ce sont les gestes qui comptent ... et ceux-là, tu ne peux pas les faire mentir, Lily ! »

Elle ne put s'empêcher de regarder Colin du coin de l'oeil. Jun avait-elle raison ? Se passait-il quelque chose entre eux ? Et si c'était le cas, était-ce un début d'amour ou seulement un désir fugace ? Elle était perdue. Pourquoi en grandissant, les choses devaient changer ? Elle serra très fort les poings avant de sursauter en entendant Colin lui parler. Elle leva la tête brusquement en s'arrêtant et le fixa.

« - Tu ... ça va, Lily ? répéta-t-il légèrement inquiet.

- Oui, très bien. J'ai juste ... un peu mal à la tête.

- Tu sais si ... si tu te sens gênée pour ce ... ce qui s'est passé ce matin ...

- Non pas du tout ... enfin je veux dire par là que ... c'était très agréable ! »

Elle ouvrit à nouveau de grands yeux quand elle réalisa ce qu'elle venait de lui dire. Ne pouvait-elle donc jamais se taire ? Elle se reprit et répliqua :

« - Enfin, ... euh ... mais on n'aurait peut-être pas dû ! Je ne sais pas ce qui nous a pris.

- Moi non plus ! Alors tu ne m'en veux pas ?

- T'en vouloir ? Non pas du tout ! On va pas gâcher notre amitié naissante pour un baiser, n'est-ce pas ? demanda-t-elle pleine d'espoir. »

Elle ne savait pas ce qu'elle voulait qu'il lui réponde. Qu'il était d'accord avec elle ou qu'il avait attendu ce baiser depuis de longs mois ? À cette dernière réflexion, Lily se maudit. Tout ça était de la faute de Jun qui lui avait mis de drôles de pensées dans la tête.

« - Je suis tout à fait d'accord avec toi, répondit-il après un long silence.

- Oh merci, s'écria-t-elle. »

Sans réfléchir, la jeune rouquine se précipita sur Colin et l'embrassa sur la joue. Lorsqu'elle se recula, elle remarqua que tous deux avaient le visage en feu. Elle dit alors :

« - Je suis désolée ! Je ne suis pas sûre que c'était la chose à faire !

- T'inquiète pas ... tout va bien ! Alors quoi de neuf depuis ce matin ? demanda-t-il en reprenant leur marche.

- J'ai assisté à une scène ... tu ne vas jamais me croire ! s'exclama Lily trop heureuse de pouvoir changer de sujet.

- Ah bon ? Vas-y raconte moi tout ! la pressa Colin gentiment.

- J'étais dans la salle de classe d'où tu m'as vu sortir tout à l'heure en train de ... réfléchir !

- Toi ? Réfléchir ? Je comprends pourquoi tu disais que je ne te croirais jamais ! plaisanta-t-il.

- Oh arrête ! C'est pas gentil ! Donc je reprends ... je réfléchissais comme cela m'arrive souvent contrairement à certains et là devine qui est entré dans la pièce ?

- Je sais pas moi ! L'autre idiot de David ! proposa-t-il.

- Pourquoi idiot ?

- Parce qu'il n'est pas très intelligent ce mec ! À part son Quidditch et sa séduction, il n'a rien dans le citron !

- Je croyais que vous vous entendiez bien, moi !

- Mouai ! Faut bien, non ? On est dans la même équipe après tout, on n'a pas tellement le choix !

- Moi, je l'aime bien, avoua-t-elle le regard dans le vide.

- Ça, je l'avais bien remarqué ! marmonna-t-il.

- De quoi ?

- Que tu craquais pour ce beau parleur !

- Je craque pas pour David ! C'est pas du tout ce que tu crois !

- Tu sais tu as le droit d'être amoureuse de qui tu veux, même si c'est un abruti fini !

- Arrête ce n'est pas un abruti ! le défendit-elle.

- Si tu le dis ... alors c'était qui cette personne ?

- Jenkins !

- Jenkins ? Mais qu'est-ce qui foutait à cet étage ?

- Aucune idée ! Il est arrivé sans prévenir ! Il m'a fait trop peur !

- Ça, ça ne m'étonne pas, petite nature, lança-t-il aimablement en l'ébouriffant.

- Mais euh ! répliqua la rouquine. Mais c'est vrai, il était bizarre ! On aurait dit qu'il était possédé ! Il y avait comme un voile devant ses pupilles. Il s'est approché de moi doucement et il m'a sorti tout un discours incompréhensible. C'était flippant je te jure !

- Non ? Quel genre de discours ? Mais pourquoi tu n'es pas partie ?

- Je pouvais pas, il était devant moi. Il a dit qu'un avenir noir nous attendait et qu'à cause de ça, il fallait faire le bon choix maintenant.

- Un avenir noir ? Quel avenir noir ?

- Aucune idée ! Mais ça doit avoir un rapport avec ce qu'il m'a dit après ! Il a un maître puissant qui lui ordonne de faire du mal. Il a même avoué qu'il avait peur de lui.

- Ça, c'est rassurant quand on sait que c'est notre prof de Défense contre les Forces du Mal, fit remarquer Colin.

- Mais, le plus inquiétant, c'est qu'il a ajouté que je devais les rejoindre ! Qu'avec une personne avec mon nom de famille dans ses rangs, son maître serait encore plus grand !

- Quoi ? cria-t-il en s'arrêtant en plein milieu du couloir désert. Il veut t'enrôler ? Mais il va pas bien celui-là !

- T'énerve pas ! C'est pas grave ! Il n'était pas lui-même !

- Qu'il soit lui-même ou pas, ça ne change rien ! Il n'a pas à te demander ça ! Il est ton professeur après tout !

- Calme-toi, Colin ! J'ai pas dit oui !

- Heureusement ! Si j'avais été là, je lui aurais mis mon poing dans la ...

- Hé ! Calme-toi, répéta Lily en haussant légèrement le ton.

- Désolé ! murmura-t-il. »

Elle le regarda baisser à son tour les yeux. Il enfonça ses mains dans les poches de son jean. Il semblait triste soudain. Dans un élan amical, elle se rapprocha de lui et coinça sa main sous le menton du jeune homme. Elle l'obligea à relever la tête avant de lui dire « Merci ! »

Lentement, il fronça les sourcils, ne comprenant visiblement pas pourquoi elle lui disait ça. Elle sourit et se remit à marcher en direction du parc. Au bout d'un moment, elle entendit alors les pas précipités de Colin qui se dépêchait de la rejoindre. Quand il fut à sa hauteur, il lui demanda :

« - Merci ? Pourquoi ?

- Merci de t'inquiéter pour moi ! C'est la preuve que nous sommes amis, non ?

- Oui, en effet ! »

Lorsqu'ils arrivèrent dans le parc, ils aperçurent Chris, Hugo et Anton assis à leur endroit habituel. Colin commença alors à marcher vers eux jusqu'à ce que Lily lui dise :

« - On ne pourrait pas plutôt se mettre ailleurs ?

- Tu t'es pris la tête avec eux ? la questionna-t-il.

- Non, non pas du tout ! C'est juste que j'aimerai bien qu'on continue à parler !

- Ah ok ! Comme tu veux ! On va se mettre près de notre lac ? proposa-t-il souriant.

- Notre lac ? s'étonna-t-elle en le suivant.

- Depuis que je t'ai vu presque nue ici, je considère qu'il nous appartient ! »

Elle se mit à rire tout en s'asseyant sur l'herbe sèche. Elle observa Colin s'installer juste à côté d'elle, remettre une mèche en arrière et lancer des cailloux dans l'eau. De petites vagues se formaient aussitôt à la surface pour mourir un peu plus loin quelques secondes plus tard. Au bout d'une vingtaine de minutes, Lily s'allongea et admira le ciel bleu qui les surplombait. Lorsqu'elle était petite, elle avait toujours rêvé d'y aller, dans ce ciel qui la fascinait tant. Elle sourit à cette pensée et passa un bras derrière sa nuque. Dans un murmure, elle demanda à Colin :

« - Quand tu étais petit, tu rêvais de quoi ?

- Pardon ? s'étonna Colin.

- Tu n'avais pas un rêve de gosse comme être astronaute ou acteur ?

- Je ... non, je crois pas ! Je voulais seulement grandir, avoua-t-il.

- C'est vrai ?

- Oui, je n'aimais pas être petit. Les grands ne me comprenaient pas et je me disais qu'en grandissant mes problèmes s'arrangeraient mais en fait ... ça n'a fait qu'empirer !

- Quels genres de problèmes ? l'interrogea Lily.

- Oh, ... laisse, c'est inintéressant ! Et toi, c'était quoi ton grand rêve ?

- Je voulais voler dans le ciel ! Parce que je trouvais le ciel tellement plus calme que la Terre que je l'aimais rien que pour ça, raconta-t-elle.

- Ton rêve à toi, il s'est réalisé, c'est bien !

- Comment ça ?

- Grâce aux balais, tu peux voler dans ton ciel, non ? expliqua-t-il rapidement.

- Ouai, c'est vrai ... je n'y avais jamais réfléchi !

- Allez viens avec moi ! »

Il se leva brusquement et lui tendit la main pour l'aider à se relever. Sous le choc, elle ne discuta pas et accepta son soutien. Main dans la main, ils se mirent à courir dans le parc. Ils passèrent sans s'arrêter devant Anton, Hugo et Chris dont le visage ne cachait pas leur surprise puis quelques minutes plus tard, ils entrèrent dans le stade de Quidditch désert. Il lui lâcha la main et se précipita au milieu. Il fit plusieurs tours sur lui-même, le visage rayonnant. Lily sourit devant cette joie non dissimulée et lui cria :

« - Qu'est-ce qu'on fait là ?

- On va voler dans ton ciel ! lui hurla-t-il avant d'aller chercher deux balais. »

Quand il fut de retour, Lily était assise sur une estrade, balançant les pieds dans le vide. Elle semblait pensive. Il monta sur un des balais, laissant l'autre sur le terrain et monta rapidement vers elle. Suspendu dans les airs en face d'elle, il la questionna :

« - Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu as l'air malheureuse !

- Non, tout va bien. Je t'attendais ! Je peux monter avec toi ? Ça sera plus amusant, proposa Lily en lui souriant.

- Bien sûr, monte, lui dit-il heureux. »

Il se rapprocha doucement d'elle et la laissa monter derrière elle. Une fois qu'elle fut bien installée, il monta lentement dans les airs avant d'accélérer pour rejoindre les buts qui se trouvaient à l'autre bout du stade. Aussitôt, Lily s'accrocha fermement à ses hanches tout en collant son corps frêle contre le sien. Il sourit avant de continuer leur voltige.

***

Une ou deux heures plus tard, lorsqu'ils virent le soleil baisser à l'horizon, ils se posèrent délicatement sur le sol, rendus euphoriques par leur après-midi. Il passa une main dans ses cheveux pour les remettre en place avant de se retourner vers Lily. Ses joues avaient pris une jolie teinte rose due au vent qui avait légèrement fouetté leur visages.

Il plongea son regard dans celui de la jolie rouquine et ils restèrent ainsi de longues minutes. Il remarqua alors une petite étincelle dans les yeux ternes de Lily ce qui lui fit plaisir. Qu'elle était belle lorsqu'elle se laissait enfin aller. Il sourit avant de détourner les yeux vers la direction opposée. Une envie de s'enfuir l'envahit alors. Il ne savait pas d'où elle venait mais il obéit docilement. Il se mit à marcher vers les vestiaires, les balais dans les mains.

Il était presque arrivé lorsqu'il entendit un petit toussotement derrière lui. Colin dit demi-tour rapidement et fut surpris de voir que Lily l'avait suivi. Elle s'était détachée les cheveux et les avait laissés voltiger négligemment autour d'elle. Devant une beauté aussi naturelle, Colin déglutit difficilement et s'exclama, la voix mal assurée :

« - Tu aurais dû m'attendre à la sortie !

- Je sais mais ... depuis tout à l'heure, il y a quelque chose qui me trotte dans la tête !

- Vraiment ? Et c'est quoi ?

- Je ... Cette fille que ... que tu aimes, elle est belle ? demanda-t-elle timidement.

- Pardon ? Pourquoi tu me demandes ça ?

- Je ne sais pas. Je me suis dit que si nous étions vraiment amis, nous devrions parler de ces choses-là, non ?

- Tu parles de ces choses-là avec Chris ? l'interrogea-t-il en entrant dans les vestiaires.

- Non mais ... comme il le dit souvent, vous êtes différents ! Alors j'ai pensé que toi, tu aimerais peut-être m'en parler, expliqua-t-elle en haussant la voix pour qu'il puisse l'entendre de l'intérieur.

- Bizarre comme principe mais ... pourquoi pas ! Après tout, nous sommes amis, nous pouvons tout nous dire, non ? dit enfin Colin en rejoignant Lily. Alors, ... oui, elle est très belle.

- Elle est comment ?

- Elle n'est pas très grande, elle a de magnifiques yeux marrons qui ont une petite étincelle que personne d'autre ne peut avoir. Elle a de fines lèvres qui forment le plus beau des sourires que j'ai pu voir au monde ... et elle a ce petit quelque chose en plus !

- Et c'est quoi, ce petit quelque chose ?

- Un caractère ... murmura-t-il.

- Comment s'appelle-t-elle cette jeune fille au caractère ?

- Peu importe ... elle ne s'intéresse pas à moi. Elle est sans doute trop bien pour moi !

- Ça, j'en doute. Elle est peut-être aveugle ou alors timide ! Tu sais, il y a encore trois jours, je disais les pires horreurs sur toi mais maintenant, je sais que tu es quelqu'un de bien ... ! Alors laisse-lui le temps de s'en rendre compte aussi ! Tu n'es pas si facile à cerner ! Tu es mystérieux avec un petit côté rebelle mais au fond, tu es un mec au grand coeur et c'est ça qui fait tout ton charme ... tu devrais te livrer aux gens plus souvent, lui proposa-t-elle en posant une main sur l'avant-bras de Colin. »

Il ne pouvait pas continuer à parler d'elle sans qu'elle s'en aperçoive. C'était trop dur. Il accéléra alors le pas et sortit enfin du terrain. Le parc était presque vide à cette heure-là. La plupart des élèves devaient déjà être dans la Grande salle pour dîner.

« - J'ai dit quelque chose de mal ? s'enquit-elle.

- Non, pas du tout, au contraire. Merci ... Lily ! »

Il l'entendit courir sur l'herbe sèche pour le rejoindre et c'est à ce moment-là qu'il pria le ciel pour qui ne se réveille jamais de ce rêve. Il passa un bras sur les épaules de Lily comme il l'aurait fait avec une soeur mais aussi comme avec ... une petite-amie. Il ne se soucia pas de ce qu'elle pouvait penser de ce geste, il était bien et il voulait qu'elle le sache d'une manière ou d'une autre.

« - Tu penses que c'est mal d'aimer seulement pour la beauté de l'autre ? demanda Lily sur un ton sérieux.

- Comment ça ?

- Est-ce que l'amour c'est une attirance physique ou quelque chose de plus fort encore ?

- Je ne sais pas à vrai dire ! répondit-il après un instant de réflexion. Il y a un peu des deux obligatoirement, je pense ! Sinon la relation ne peut pas perdurer.

- Toi qui le connais bien, tu penses qu'il manquait une de ses deux choses à Anton pour qu'il reste avec moi ?

- Franchement, je ne pense pas. Il n'a jamais voulu me dire pourquoi il avait rompu avec toi mais je sais qu'il t'aime encore aujourd'hui et puis ... tout mec normalement constitué aurait une attirance plus que physique pour toi ! avoua-t-il sur le ton de la plaisanterie.

- Alors comme ça, la petite et potelée que je suis peut avoir du succès auprès de la gent masculine ?

- Oui, bien sûr ! Je disais ça seulement pour t'embêter ... et ça a bien marcher ! Alors comme ça, même Miss Potter se soucie de son apparence ? la taquina Colin, un sourire en coin.

- Un petit peu ... mais je ne suis pas encore au niveau de Naomi !

- Heureusement ... souffla-t-il au moment où ils arrivèrent devant la porte de la Grande salle. »

Il retira son bras du cou de Lily et enfonça sa main dans sa poche. Il ouvrit la porte et entra dans la vaste pièce, le torse légèrement bombé. Il vit que ceci faisait rire Lily alors il accentua son geste et se dirigea nonchalamment vers les places qui se trouvaient à côté de Hugo et Anton. Il s'installa à côté du cousin de Lily qui se mit en face de lui. Colin se servit aussitôt d'une part de cake salé sans faire attention aux regards interrogateurs de ses camarades de chambrée. Il dégusta doucement son repas jusqu'au moment où Hugo prit la parole :

« - Qu'est-ce que vous foutez tous les deux ?

- Quoi ? s'exclamèrent Lily et Colin en choeur.

- Vous passez de plus en plus de temps ensemble, vous dormez tous les deux sur le canapé de la salle commune et vous vous mettez à courir main dans la main dans le parc. Alors je vous demande ce qui vous arrive ? s'écria à voix haute le jeune rouquin.

- Déjà, tu baisses d'un ton et puis qu'est-ce que cela peut te faire ce que nous faisons tous les deux ? Tu n'as jamais vu deux amis passer du temps ensemble ?

- Deux ... deux amis, bégaya Hugo en faisant tomber sa fourchette dans son assiette. »

Colin et Lily se mirent à rire devant la réaction de Hugo. Lorsque leur regards se croisèrent, Lily lui fit un clin d'oeil avant que tout le monde ne se replonge dans son assiette. Les minutes suivantes s'écoulèrent sans qu'un mot ne soit prononcé entre les quatre amis puis Jun arriva essoufflée et s'installa à côté de Hugo. Elle les salua rapidement et commença à manger. La jeune japonaise venait d'entamer son deuxième bout de poisson quand Hugo s'exclama :

« - Tu connais la meilleure, Jun ?

- Euh ... non. Quoi ?

- Colin et Lily sont amis, dit-il en accentuant ce dernier mot.

- Vraiment ? répondit Jun faussement surprise, un sourire aux lèvres.

- Oui, alors je me suis dit qu'on pourrait fêter ça, non ? C'est le genre de chose que nous pouvons qualifier de miraculeux, je pense !

- N'exagère pas, Hugo ! lui lança Colin, légèrement exaspéré.

- Je n'exagère rien du tout ! Alors une fête dans la salle sur demande ce soir, ça vous tente ?

- Pourquoi pas ! approuvèrent Anton et Jun.

- Jun, tu diras à Tim, Mary et Steven de venir aussi, ok ? On se rejoint vers 21h au septième étage ! annonça Hugo en se levant.

- Pas de problème ! À tout à l'heure ! »

Colin regarda Hugo partir. Il s'arrêta à côté d'une quatrième année, Emily Londubat pour lui parler à l'oreille avant de reprendre son chemin. Colin sourit à cette vue puis se tourna vers Lily qui l'observait.

« - Qu'est-ce qu'il y a ? s'enquit-il.

- Rien. Je me demandais si tu irais à la fête de Hugo.

- Ouai ! Ça peut être sympa !

- Alors, j'y vais aussi ! lui affirma-t-elle en souriant avant de se servir de la tarte. »

La seconde qui suivit la déclaration de Lily les vit rougir tous les deux. Après avoir brutalement recentré leur attention sur leur assiettes, ils se dirent chacun de leur côté que, même si les choses s'étaient quelque peu arrangées entre eux deux, leur relation serait encore plus compliquée qu'avant.