Chapitre 12

Il était 21h30, quand Hugo entra en trombe dans la salle sur demande suivi de près par Emily Londubat. D'un coup de pied habile, il claqua la porte derrière elle avant de mettre une bonne vingtaine de bouteilles de bièraubeurre sur la table qui se trouvait le long du mur de droite. Emily quant à elle, déposa quatre énormes sacs de friandises et de gâteaux.

Tous les deux allèrent alors dans un coin de la pièce et commencèrent à se parler à voix basse. Lily rit à cette vue et décida de s'occuper des vivres. Elle traversa la pièce et entreprit de sortir tous les bonbons pour bien les installer sur la table. Au bout d'un moment, elle fut rejointe par Colin qui se mit à l'aider sans un mot. Elle lui sourit avant de placer des éclairs au chocolat dans un plat.

Elle ne pouvait s'empêcher de l'épier du coin de l'œil. Pour la première fois depuis des années, Lily remarquait certaines choses comme la cicatrice qu'il avait au niveau du sourcil gauche ou encore un grain de beauté dans le cou. Elle ne cessait de penser qu'en fait, elle ne l'avait jamais vraiment regardé. Son regard s'était attardé sur les courbes des lèvres de Colin quand il prit la parole:

« - À ton avis, qu'est-ce que Hugo a prévu pour cette soirée ?

- Aucune idée, répondit-elle rapidement en détournant les yeux. Avec lui, tout est possible. Sans doute des jeux en tout genre. Ça ne m'étonnerait pas qu'il fasse un jeu moldu.

- Lequel ?

- Action ou vérité !

- C'est quoi ? demanda-t-il avant de manger un Chocogrenouille.

- Quelqu'un te demande « action ou vérité » et tu dois choisir entre faire un gage ou répondre à une question plus ou moins personnelle.

- Et pourquoi il ferait ça ?

- Tu n'as pas vu son manège avec Emily ? s'enquit Lily en baissant la voix.

- Si, bien sûr ! Pourquoi ?

- Ben, grâce à ce jeu, il va essayer de se rapprocher d'elle. Je le connais bien mon cousin !

- Ok ! »

Lily froissa un des sacs et le jeta dans un coin avant de faire un tour de la pièce du regard. Beaucoup de personnes étaient présentes. Chris riait aux éclats avec Mary et Steven tandis que Jun et Tim semblaient parler sérieusement avec Anton et Elibeth. D'ailleurs, la présence de cette dernière avait quelque peu surpris Lily mais lui avait fait plaisir. Et enfin, assise sur un fauteuil confortable, il y avait une Serpentard, Jordan Zabini qui avait été invitée par Hugo et Colin d'après ce que Lily avait entendu.

Soudain, Jordan se leva et se dirigea vers eux. Elle avait toujours été une belle jeune fille avec ses longs cheveux frisés bruns et sa peau couleur chocolat. Sa démarche était envoûtante. Jordan s'arrêta juste à côté de Colin et fit mine de s'intéresser aux friandises que Lily venait tout juste d'installer. Toutefois, la jeune rouquine remarqua immédiatement les regards que Jordan lançait à Colin.

Le sang de Lily ne fit qu'un tour dans ses veines. Comme tous les membres de la famille Weasley, Lily vit ses oreilles devenir aussi rouges que de belles tomates bien mûres. Elle inspira et expira à plusieurs reprises mais rien n'y faisait. La colère montait lentement en elle comme la lave dans un volcan. Quand elle eut la fâcheuse envie d'étrangler Jordan, elle détourna son regard et son attention pour les diriger sur les packs de bièraubeurre. Lily déchira le carton de l'un d'eux et prit une bouteille dans ses mains.

Elle releva la tête rapidement, seulement pour jeter un coup d'œil à la pièce. Anton était à présent avec Elibeth parlant sans doute du livre qu'elle tenait à la main. Hugo draguait Emily aussi subtilement qu'il le pouvait. Et Jordan avait sa main sur l'avant-bras de Colin et lui chuchotait quelque chose à l'oreille.

Et c'est à ce moment-là qu'elle fit tomber sa bouteille. Aussitôt, tout le liquide se répandit sur ce sol désormais jonché de morceaux de verre. Tant bien que mal, elle essaya de se reprendre. Elle se précipita vers sa baguette qu'elle avait mise sur la table et commença à réciter bons nombres de formules qui ne fonctionnèrent pas. Lily n'avait jamais été très douée en Sortilèges et encore moins lorsqu'elle sentait le regard d'une dizaine de personnes sur elle. Heureusement, une main secourable en la personne de Colin lui vint en aide. Il nettoya tout rapidement avant de lui dire :

« - Alors tu joues les maladroites, maintenant ? »

Lily n'avait pas le courage de lui répondre, elle marmonna alors quelque chose d'incompréhensible et se dépêcha d'aller s'asseoir sur un fauteuil, loin de lui et de cette très chère Jordan. Quand elle fut bien installée, elle prit sa tête entre ses mains et la secoua légèrement comme pour se remettre les idées en place. Qu'est-ce qui lui avait pris ? Hugo ne lui laissa pas le temps de trouver la solution à cette énigme :

« - Allez, tout le monde en rond ! La soirée commence ! »

Le maître de cérémonie s'installa sur un pouf et fit signe à ses invités d'en faire de même. Au bout de quelques instants, tous les invités s'étaient à leur tour assis. Tous sauf Lily qui n'avait vraiment plus le cœur de jouer. Ce qu'elle voulait à cet instant précis ? Partir loin d'eux et dormir. Mais c'était sans compter sur Colin qui se posta devant elle et lui tendit gentiment la main.

Elle releva les yeux vers lui et vit son sourire bienveillant ainsi que son regard pétillant. Elle succomba ... elle accepta finalement sa main avant de rejoindre les autres. Enfin, ils furent tous réunis dans un cercle presque parfait. Quand elle regarda tous ses amis, elle se rendit vite compte que beaucoup semblaient inquiets par ce qui les attendait.

« - Je suis ravi que vous ayez pu tous venir à cette soirée organisée à la va vite en l'honneur de la nouvelle amitié entre nos vieux ennemis !

- Arrête Hugo ! siffla Lily entre ses dents. Si tu l'as organisée, c'est parce que ça faisait longtemps que tu n'étais pas allé à une fête et que ça te manquait.

- Mais pas du tout, très chère cousine ! Je suis juste très content qu'il n'y ait plus de problème entre vous deux !

- Ouais, Ouais, c'est ça ! marmonna-t-elle, en levant les yeux au ciel. »

Pendant les deux heures qui suivirent, Lily n'esquissa même pas le moindre sourire. Entre les jeux de son cousin qu'elle trouvait ridicules et le fait que Jordan se penche vers Colin toutes les deux minutes, l'impatience et la colère de la jeune rouquine montaient doucement en elle. Elle était d'ailleurs sur le point de craquer quand elle entendit qu'Elibeth lui demandait quelque chose.

« - Lily, action ou vérité ?

- Pardon ?

- Action ou vérité ? répéta-t-elle.

- Ni l'un, ni l'autre ...

- Tu es obligée, Lily ! s'exclamèrent en chœur Jordan et Mary.

- Je ne suis ob ... commença Lily.

- Tais-toi et réponds à cette foutue question pour qu'on puisse enfin partir, lui murmura Colin qui se trouvait à sa droite.

- J'ai pas envie ... lui répondit-elle à voix basse. Vérité alors ... souffla-t-elle en voyant les yeux suppliant de Colin.

- Alors ... laisse-moi réfléchir ! lui dit simplement Elibeth.

- As-tu déjà couché avec quelqu'un ? intervint soudain son cousin. »

Sous le choc de cette question, Lily ouvrit de grands yeux et piqua aussitôt un fard. Tout le monde avait les yeux rivés sur elle et elle en était sûre, presque tous était curieux de connaître la réponse. Pourquoi ? Cela la dépassait ! Ce genre de choses n'avait jamais été un de ses centres d'intérêt. Quand Lily vit le sourire satisfait de Hugo, elle lui lança :

« - Qu'es-ce que ça peut te foutre ?

- C'est mon problème ! Maintenant répond ! lui ordonna-t-il.

- Et puis quoi encore ? Un Chocogrenouille et une mornille ? Tu crois vraiment que je vais répondre à ta question pourrie ?

- Oui, je le crois parce que tu es obligée ! lui fit remarquer le rouquin.

- Obligée ? Mais tu te prends pour Merlin ou quoi ? Je te demande pas si tu l'as déjà fait, moi !

- Personnellement, j'ai déjà couché avec une fille, se vanta-t-il en bombant le torse.

- Et tu te la joues pour ça ? Tu n'es vraiment qu'un idiot, Hugo ! cria Lily.

- Allez, calmez-vous vous deux ! On est là pour s'amuser ! précisa Anton.

- Mais c'est elle qui ne joue pas le jeu en faisant encore sa sainte-nitouche ! s'exclama le rouquin.

- Tu sais, Hugo, on s'en fout royalement de sa vie sexuelle comme de la tienne ! ajouta Colin, le menton dans la paume de sa main.

- Si tous ses prétendants s'y mettent, je ne suis pas de poids !

- Qu'est-ce que tu dis ? s'étonnèrent Anton et Colin en même temps.

- Arrêtez ! Ne faîtes pas les surpris ! Anton, tu es encore tellement fou d'elle que tu lui offres ton T-shirt des Kisses' London et tout le monde ici sait ce qu'il représente pour vous. Et toi, Colin, ne me dis pas que ce qui s'est passé dans la salle de bain n'a pas compté pour toi.

- La salle de bain ? Quelle salle de bain ? C'est quoi cette histoire de salle de bain ? s'enquit Lily, suspicieuse.

- Si tu voulais pas parler de ta vie privée à tes amis, tu n'avais qu'à dire « action ». Ce n'était pas compliqué, il me semble ! Maintenant, si vous voulez jouer qu'avec les règles de Miss Potter, je me casse ! Emily, tu viens ? demanda Hugo à la jolie brune.

- Euh ... oui ! murmura Emily en suivant Hugo.

- Hugo, reviens ! essaya vainement Jun.

- Mais est-ce que quelqu'un va m'expliquer cette histoire de salle de bain ? s'emporta Lily en se tournant vers Colin qui avait les yeux baissés.

- Colin, dis-lui ! l'encouragea Anton.

- Parce que toi aussi, tu es au courant ?

- Il m'en a parlé vite fait, c'est tout ! Allez Colin !

- Je ... le soir de notre victoire, tu étais bourrée et à un moment, tu as eu envie de vomir alors vu que j'étais à côté de toi, je t'ai aidé à monter jusqu'à la salle de bain des garçons. Mais ça a légèrement dérapé, disons et ... nous ... on s'est embrassé ... finit-il enfin par avouer.

- On ? Je ... et tu me l'as caché tout ce temps ? Tu comptais me le dire quand ?

- Je ...

- Attend ! Tu comptais me le dire un jour, quand même ?

- ...

- J'y crois pas à celle-là ! souffla-t-elle au moment où elle se levait pour quitter la pièce.

- Lily ... cria Colin pour la retenir. Reviens, s'il te plaît. »

La jeune rouquine sortit en trombe de la salle sur demande sous les regards inquiets de ses amis. Elle n'avait pas su quoi penser de cette révélation au premier abord alors, comme toujours, elle s'était énervée. Au fond d'elle, elle savait qu'elle ne devait pas être énervée après Colin mais sa fierté n'allait sûrement pas lui laisser la possibilité de l'avouer aussi facilement au beau brun qui la rattrapa assez rapidement dans le couloir.

« - Attends Lily !

- J'ai pas envie d'entendre tes explications bidons ! Tu m'as déçue ! J'avais confiance en toi et toi ...

- S'il te plaît, ne m'en veux pas ! Je voulais pas te faire de mal ! lui susurra Colin en plantant ses yeux verts dans les siens.

- Ah ben ça, c'est très réussi !

- Je ne voulais pas que notre amitié se casse déjà pour ça, c'est pour ça que je ne t'ai rien dit ... et puis je savais comment tu allais réagir à ce ...

- A ce baiser ! Mais tu sais que tu ne me le dises pas, c'est une chose mais que tu en parles à tous nos amis, c'en est une autre ! C'est ça que je n'apprécie pas ! Je me suis retrouvée comme une idiote devant des gens qui en savent plus que moi à propos de ... de ça et c'est vraiment pas cool !

- J'en ai parlé qu'à Anton ! Je sais pas comment Hugo l'a su, je te le jure, Lily ! Même Chris n'était pas au courant !

- C'est ... c'est vrai ?

- Oui. J'en ai parlé à Anton parce que je savais qu'il saurait être neutre contrairement à mon frère et à Hugo. Il m'a dit que je devais tout te dire même si cela voulait signifier une possible perte pour moi de notre amitié mais je ne l'ai pas écouté ... je n'avais pas le courage ... et puis ... je me suis dit que de toute façon, il n'aurait aucune importance pour toi parce que quand nous nous sommes embrassés, tu pensais embrasser David. C'est comme ça que j'ai su que tu craquais sur cet idiot.

- Je pensais embrasser David ? Comment tu peux le savoir ? Tu sais lire dans les pensées maintenant ?

- Non, mais j'arrive à déchiffrer quand quelqu'un vous appelle David juste après vous avoir embrasser ! lui assura Colin sur un ton sec.

- Oh non ! lâcha-t-elle avant de mettre sa main devant sa bouche. J'ai fait ça ? Oh excuse-moi !

- T'inquiète pas, c'est pas comme si ce baiser avait compté pour moi !

- Alors pourquoi Hugo a dit ça ?

- Pour faire son intéressant et foutre le bordel ! Je vois pas pourquoi notre baiser dans la salle de bain aurait plus compté que celui de l'infirmerie.

- C'est vrai ... Tu veux dire que nous nous sommes embrassés deux fois en moins de cinq jours ? demanda-t-elle après un long silence.

- Euh oui ... pourquoi ?

- Ben je trouve que pour des gens qui se détestaient encore il y a moins de dix jours, c'est un bon score, plaisanta Lily en s'appuyant sur le mur du corridor. »

Après tout, il avait raison. Ces baisers ne représentaient rien pour eux, rien du tout. Mais bizarrement une voix qui ressemblait beaucoup à celle de Jun s'éleva immédiatement dans son esprit :

* Ce n'est pas vrai ! Ouvre les yeux, Lily ! Vous êtes plus que des ennemis ... *

Elle secoua la tête et reporta son attention sur Colin qui était toujours en face d'elle. Il avait une façon de la dévisager dont elle n'avait pas l'habitude. Une petite étincelle semblait danser au fond de ses yeux couleur d'émeraude. Il avait changé, elle le voyait. Elle-même n'était plus tout à fait la même. Mais comment une relation pouvait évoluer ainsi et surtout aussi rapidement ?

Soudain, il se rapprocha d'elle et lorsqu'il ne fut qu'à quelques centimètres de son visage, il prit entre ses doigts une des mèches rousses qui caressaient le visage de Lily puis il la tortilla un long moment avant de la glisser doucement derrière son oreille. Il était tellement doux et délicat à cet instant que cela surprit fortement Lily. Elle essaya de lui dire quelque chose mais cela se termina par un petit grognement.

Ce gémissement fit sourire Colin. Elle le trouva tellement beau que Lily se mordit la lèvre inférieure puis après un instant à s'observer, elle déglutit et détourna enfin le regard. Elle était mal à l'aise. Elle ne savait pas ce qui se passait entre eux. C'était trop compliqué. Elle ferma les yeux et réussit enfin à murmurer :

« - Qu'est-ce qui se passe ? »

Malheureusement pour Lily, Colin ne put répondre à cette question. En effet, leurs camarades venaient de sortir de la salle sur demande et se dirigeaient vers eux. Il se recula d'un ou deux pas après lui avoir fait un clin d'œil. Jun arriva à leur hauteur suivie des autres et leur demanda :

« - Ça va mieux ?

- Oui, beaucoup mieux ! lui répondit Lily. Qu'est-ce que vous faîtes tous dans le couloir ?

- On a pensé qu'il valait mieux que chacun regagne son dortoir !

- C'est pas à cause de nous, j'espère ? s'exclama-t-elle.

- Non. Il se fait tard et il y a cours demain matin.

- Allez ! On y va, nous ! À demain ! dit Tim. »

Ce dernier embrassa Jun avant de partir avec les autres Serpentards qui leur firent des signes de la main. Les Gryffondors se retrouvèrent alors entre eux dans le couloir du septième étage. Jun leur sourit et fit demi-tour. Elle se mit en marche tranquillement aux côtés de Chris et Elibeth et au lieu de les suivre, Anton se planta devant Lily et Colin. Il les regarda un moment et prit enfin la parole :

« - Vous êtes sûrs que tout est clair entre vous ?

- Euh ... oui, pourquoi ? lui répondit Lily, légèrement inquiète.

- Non, comme ça. Faut qu'on y aille, le couvre-feu est passé depuis longtemps. »

En silence, Lily marcha entre Colin et Anton pendant plusieurs minutes. Elle n'osait pas leur jeter des regards alors elle fixait obstinément droit devant elle. Devant eux, Jun et les deux autres passèrent la porte de la salle commune et au moment où ils ne furent plus qu'à quelques mètres du tableau de la Grosse Dame, Lily soupira de bien être. Puis soudain, une petite toux les fit sursauter. Ils se retournèrent et se retrouvèrent face au professeur MacPhil qui s'exclama :

« - Vous avez vu l'heure qu'il est ? Et vous M. Merry, ce n'est pas votre tour de garde ce soir, il me semble ?

- Non, professeur mais nous ...

- Vous expliquerez ça au directeur ! »

Leur professeur de Potions leur emboîta le pas et ils ne purent faire autrement que de la suivre. Colin murmura alors à Lily :

« - Je te fais le serment que je vais tuer ton cousin de mes propres mains !

- Je t'aiderai avec plaisir, lui susurra-t-elle. »

Lily tourna la tête vers Anton et ce qu'elle vit la fit sourire. En effet, les oreilles de Anton s'agrandirent et son nez se rétrécit. Tandis que ses cheveux étaient en train de changer de couleur. En moins de temps qu'il n'en faut pour dire Expelliarmus, ils étaient devenus rouge vif. Malgré le fait qu'il semblait concentré, Lily lui tapota le bras. Lorsqu'il leva les yeux vers elle, elle remarqua qu'ils avaient changé aussi. Normalement de couleur orange et en amande, ils avaient prit une jolie forme ovale et étaient à présent un harmonieux mélange de bleu et de violet. Elle lui chuchota alors:

« - Tu es en train de te métamorphoser !

- Non ? C'est pas vrai ?

- Si, je te jure ! Tes cheveux sont rouges !

- Qu'est-ce qui lui arrive ? demanda Colin soucieux, en ouvrant de grands yeux.

- Rien, rien du tout.

- Tu te fous de moi, là ? Il est métamorphomage, c'est ça ?

- Colin, s'il te plaît ! C'est pas le moment !

- Oh excuse-moi ! J'ai rien dit, marmonna le beau brun en se renfrognant. »

Les minutes qui suivirent cette conversation, Anton fit de son mieux pour redevenir lui-même mais quand ils arrivèrent enfin devant la gargouille qui gardait le bureau du directeur, il n'avait pas réussi à modifier la couleur de ses cheveux. Le professeur MacPhil donna le mot de passe et aussitôt la gargouille se décala. Et c'était parti pour une petite discussion avec le directeur.


Quand il entra dans l'immense bureau du professeur Vickers, Colin eut une mauvaise impression. Les personnages des tableaux accrochés aux murs et le visage fermé de son directeur ne lui inspira pas confiance. Alors que Lily et Anton s'installaient chacun sur une chaise que le professeur MacPhil les présenta, Colin, lui, ne bougea pas et resta debout derrière eux. Aussitôt, les professeurs MacPhil et Vickers se mirent à parler sans se soucier de leurs élèves.

« - Que se passe-t-il, Maggie ? demanda-t-il.

- J'ai surpris ces trois jeunes gens dans les couloirs en pleine nuit. L'un d'eux étant un préfet qui n'a pas l'autorisation de sortir cette nuit, je me suis permise de vous les amener. Ceci est intolérable ... »

Mais Colin n'écouta pas la suite du monologue de son professeur. Son attention venait d'être attirée par une pierre d'un bleu très pâle. Ses contours étaient légèrement craquelés. Elle était exposée en évidence sur une étagère derrière le bureau du directeur. Était-ce la pierre que Jenkins recherchait avec avidité ? Si c'était le cas, Colin ne comprit pas ce qui l'intéressait tant dans une pierre aussi banale.

Il tapota l'épaule de Lily avec autant de discrétion qu'il le pouvait et attendit qu'elle lève la tête vers lui. Une ou deux minutes plus tard, Lily se décida enfin et le regarda, les sourcils froncés. D'un petit mouvement de tête, Colin essaya tant bien que mal de lui montrer la pierre mais cela se conclut par un échec. Lily n'avait pas compris son geste.

Alors sans prévenir, il s'assit à son tour à côté de Lily et posa sa main sur le genoux de la jolie rouquine. Il ne fit pas attention au regard noir du professeur de Potion et attendit un petit moment. Lorsque plus personne ne s'intéressa à lui, il appuya sur le genoux de Lily pour qu'elle baisse les yeux et voit le doigt qu'il pointait vers la pierre. Enfin, elle comprit. Elle écarquilla les yeux et cacha un cri de surprise avec un toussotement. Colin se retint de ne pas rire et reporta enfin son attention sur la conversation.

« - Professeurs, nous étions en train de rentrer à notre salle commune, nous avons passé la soirée tous les trois dans une salle de cours du septième étage, expliqua Anton.

- Et qu'avez-vous fait pendant cette soirée ? Vous savez que vous n'avez pas le droit de vous promener dans Poudlard la nuit ! lui rappela Vickers.

- Oui, nous le savons, professeur. Mais voilà, en potion, Colin et moi avons beaucoup de mal. Colin a même fait exploser son chaudron sans faire exprès lors du dernier cours. Alors Lily nous a proposé des sortes de cours de rattrapage le soir. Mais ...

- Vous ne vouliez pas que les autres vous voient, n'est-ce pas ? termina le directeur.

- En effet, affirma Colin qui vint enfin au secours d'Anton. Nous avons notre dignité quand même, nous faisons partie de l'équipe de Quidditch de Gryffondor et Anton est préfet. Alors prendre des cours de rattrapage avec une autre élève peut être mal vu par certains de nos camarades.

- Ah les jeunes sorciers ! Je comprends tout à fait ! Vous pouvez être terribles entre vous ! Bon, alors pour cette fois-ci, vous n'aurez aucune retenue mais la prochaine fois, retournez à votre salle commune avant le couvre-feu. C'est bien compris ?

- Oui, professeur ! s'exclamèrent les trois Gryffondors.

- Très bien. Alors vous pouvez partir. Bonne nuit ! »

Ils n'attendirent pas qu'on leur dise deux fois, les trois amis se levèrent, saluèrent poliment leurs professeurs et partirent le plus rapidement possible. Une fois dans le couloir, ils se mirent presque à courir pour mettre le plus de distance entre les problèmes et eux.

Quelques minutes et plusieurs couloirs plus tard, ils arrivèrent enfin à leur salle commune. Ils entrèrent en trombe et allèrent directement vers le canapé dans lequel ils se vautrèrent. Colin entendit Lily soupirer puis Anton se mettre à rire. Perplexe, Colin se releva et regarda Anton. Ce dernier se tenait le ventre. Il ne put alors s'empêcher de lui demander :

« - Et Anton, qu'est-ce qui t'arrive ?

- Je ... je trouve que nous sommes plutôt doués. Et après, ils diront que les professeurs sont très intelligents. Laissez-moi rire, oui !

- Tu es devenu fou, c'est ça ? proposa Lily, un sourire aux lèvres.

- Non, non, pas du tout ! Allez je vais me coucher ! Bonne nuit vous deux ! »

Colin le regarda monter les escaliers puis entreprit d'enlever ses chaussures. Une fois fait, il se réinstalla confortablement sur le canapé, les yeux fermés et essaya de calmer son rythme cardiaque qui faisait des siennes depuis leur petite course dans le château. Il sentit que Lily se rapprochait de lui et soudain, elle posa sa main sur le torse de Colin ce qui le fit sursauter. Il ouvrit aussitôt les yeux et se retrouva nez-à-nez avec Lily. Ses joues s'empourprèrent et une sueur froide coula le long de sa colonne vertébrale. Elle recula un peu son visage avant de s'excuser :

« - Je suis désolée, je ne voulais pas te faire peur !

- Ne t'inquiète pas. C'est pas grave, ça m'a juste un peu surpris ! »

Tout en lui répondant, il passa une main dans ses cheveux, mal à l'aise. Il déglutit et changea aussitôt de conversation :

« - Tu penses que c'est la pierre que nous avons vue que Jenkins veut ?

- Oui, je pense ...

- Mais pourquoi ? Elle est d'une banalité affligeante, non ?

- Quoi ? Mais tu es fou ? Cette réplique montre à quel point tu es nul en Potions. Cette pierre banale comme tu dis, est une pierre des profondeurs ! Elle est très très rare, tellement rare que certains sorciers pensent qu'elle n'existe pas mais ce soir, nous avons eu la preuve qu'elle n'était pas une chimère, raconta-t-elle avec passion. »

Colin sourit face à l'enthousiasme de Lily. Il savait qu'elle adorait tout ce qui touchait de près ou de loin aux ingrédients utilisés pour les Potions mais cet engouement le surprenait et le fascinait toujours. Lui, le nul en Potions !

« - Arrête de te moquer de moi !

- Je me fiche pas de toi ! Pourquoi me moquerai-je ? s'enquit-il légèrement abasourdi.

- Je sais bien que toi et Hugo, vous me trouvez bizarre avec ça ! Il m'a même dit un jour qu'avec ça, j'aurai dû me retrouver à Serpentard et non à Gryffondor.

- Je te trouve pas bizarre ! Tu es douée dans cette matière, tant mieux pour toi !

- Vous m'énervez à vous moquer de ma passion pour les petits cailloux comme vous les appelez, Hugo et toi, s'exclama Lily qui semblait bouillonner de l'intérieur.

- Tu te calmes, oui ? Je te dis que je me moque pas ! Qu'est-ce que j'en ai à foutre que tu sois une folle de cailloux, moi ? haussa-t-il le ton, exaspéré.

- Je ...

- Ah c'est mieux ! Ça t'arrive souvent de t'exciter comme ça pour rien ?

- Non ... c'est ... Je suis désolée ! Excuse-moi s'il te plaît ! Je sais pas ce qui m'a pris !

- Je vous pardonne, noble princesse ! plaisanta Colin, un sourire en coin.

- Et nous voilà revenus au Moyen-Âge ! D'ailleurs, c'est à peu près à cette époque que la légende de la pierre des profondeurs est née. Des villageois français qui étaient sans doute des sorciers, ont révélé un de leurs secrets pour éviter d'être exécutés par des soldats. Ils ont montré une pierre d'un bleu très pâle au lieutenant en lui révélant qu'elle avait de très grands pouvoirs. Le lieutenant l'a alors examinée avec attention pendant trois jours et quatre nuits mais il ne put prouver ses pouvoirs. Le couple de villageois ainsi que deux de leur trois enfants furent brûlés sur le bûcher. Leur fille cadette a, quant à elle, volé la pierre au lieutenant et elle s'est enfuie en Angleterre. Enfin c'est la légende. »

S'il avait été tout à fait honnête avec Lily à ce moment-là, Colin lui aurait dit qu'il n'avait pas écouté la moitié de son récit. Il s'était même retenu de bailler quand elle avait parlé des villageois français. Quant à Lily, elle avait les yeux qui pétillaient de joie et un grand sourire éclairait son visage.

* Qu'est-ce qu'elle est mignonne quand elle fait sa Miss je-sais-tout !* pensa-t-il juste avant de lui demander :

« - Mais pourquoi le lieutenant n'a pas pu prouver les pouvoirs de la pierre des ... des profondeurs?

- Ce ne sont que des hypothèses mais il semblerait que la pierre ne fonctionnerait soit qu'avec les sorciers soit qu'avec des personnes au cœur pur.

- Ils n'ont pas pu le déterminer ? s'étonna Colin.

- Bien sûr que non ! Tu m'as écouté ou pas ? Cette pierre est considérée comme une chimère. Très peu de sorciers l'ont déjà eue entre les mains. Alors comment voulais-tu qu'ils prouvent ce genre de choses ?

- Oui, c'est vrai ... j'avais oublié ce petit détail.

- Bref ! Pour répondre enfin à ta question, oui, je pense que c'est la pierre que Jenkins recherche. Mais il y a une chose que je ne comprends pas ! murmura-t-elle.

- Quoi ?

- Le professeur MacPhil connaissait très bien le mot de passe du bureau du directeur alors pourquoi Jenkins ne le saurait pas non plus ?

- Oui, c'est vrai ! MacPhil est directrice de Gryffondor tandis que Jenkins n'est qu'un prof normal, c'est peut-être pour ça. Enfin j'en sais strictement rien ... et puis c'est pas à une heure pareille que je vais pouvoir trouver une quelconque explication à tout ça !

- Tu as raison ... je vais ... »

Un bruit venant des escaliers couvrit le reste de la phrase de Lily. Ils se retournèrent et virent avec étonnement Anton en pyjama bleu. Sans un mot, le jeune préfet leva les yeux au ciel et vint s'asseoir à côté d'eux. Il mit les bras derrière sa tête et observa les flammes de la cheminée. Au bout de cinq minutes de silence, Lily l'interrogea enfin :

« - On croyait que tu étais au lit ! Qu'est-ce que tu fais ici ?

- Hugo m'a saoulé, les renseigna Anton.

- Qu'est-ce qu'il a encore fait celui-là ? demanda la rouquine.

- J'avoue, c'est moi qui l'ai cherché. En entrant dans le dortoir, je lui ai lancé une réflexion par rapport à ce qu'il nous a dit tout à l'heure, à Colin et à moi. Et forcément, il est parti aussitôt en cacahuète.

- Tiens, ça doit être de famille de partir facilement en cacahuète ! déclara Colin, en faisant un clin d'œil à Anton.

- Mais pas du tout ! Arrête, c'est pas vrai ! lui dit Lily dont le visage avait pris comme souvent une teinte rouge.

- Oui, c'est ce que je vois ! Allez bonne nuit ! Je vais à mon tour affronter le dragon de la tour des Gryffondor, blagua Colin.

- Dors bien, Colin, lui souhaita Lily sans rancune. »

Il monta lentement les marches puis entra dans son dortoir. Chris était déjà au lit en train de dormir tandis que Hugo s'était assis sur le bord de la fenêtre et observait tranquillement les étoiles. Colin ferma la porte derrière lui et se dirigea silencieusement vers son lit. Tandis qu'il commençait à se mettre en pyjama, Hugo lui dit d'une voix claire sans se tourner vers lui :

« - Je vous ai vu le soir de la fête ! Elle était dans tes bras et vous étiez en train de vous embrasser. Quand vous avez fini, j'ai vu tes yeux ... Tu es amoureux d'elle et tu pourras dire ce que tu voudras, tu ne me feras pas changer d'avis.

- Je ne te dirai rien parce qu'il n'y a rien à dire à ce sujet ! Tu crois ce que tu veux, Weasley, je ne vais pas me justifier envers toi et encore moins me confier à toi. Alors je te le répète, crois ce que tu veux mais viens pas nous emmerder avec tes idées à la con !

- Comme tu voudras ! grommela le roux en continuant sa contemplation. »

Colin jeta son pull sur son lit et commença à défaire sa chemise. Il était énervé. Énervé que Hugo ait pu lire aussi facilement en lui. Il se sentait vulnérable et il détestait ça. Il balança sa chemise au sol d'un mouvement brusque et tourna le dos à Hugo. Au moment où il voulut retirer ses chaussures, il se rendit compte qu'il ne les avait pas aux pieds. Il se tapa le front et sortit de la chambre à toute vitesse.

Quand il posa le pied sur l'une des dernières marches de l'escalier, il remarqua que Lily était toujours là avec Anton. Il ne fit pas de bruit et s'avança à peine vers eux. Ce fut à cet instant qu'il entendit leur conversation :

« - Tu es toujours aussi belle, Lily ! »

Anton passa sa main sur la joue de son ancienne petite-amie. Ils étaient les yeux dans les yeux. Ils semblaient être dans une autre dimension, comme si tout ce qui les entourait n'existait plus pour eux. Colin déglutit difficilement. Il ne pouvait pas supporter la vue d'un autre garçon touchant le visage de Lily. Il serra les poings puis les dents mais quand il vit la suite, les larmes lui montèrent immédiatement aux yeux. En effet, Anton s'était rapproché d'elle et venait de déposer ses lèvres sur celles de Lily.

Dans un élan de tristesse, de souffrance et de colère, Colin monta quatre à quatre les marches et s'engouffra dans le dortoir. Il se jeta sur son lit et il se mit aussitôt à frapper à grands coups son oreiller innocent sans se préoccuper de Chris qu'il venait de se réveiller ou de Hugo qui le regardait comme s'il était devenu fou.

Quelques minutes plus tard, il se calma un peu et s'allongea tranquillement sur son lit. Il vit sur sa table de chevet un cadre dans lequel se trouvait une photo de Chris avec Lily. Il la prit et la projeta contre le mur. Le verre tomba sur la moquette en une multitude de petits morceaux tandis que la photographie voleta un instant dans les airs avant de se poser sur le lit de cristal sans un bruit.