Chapitre 13

« - Regarde dans ce livre ! Il me semble que j'avais trouvé l'information dans celui-ci ! lui dit-elle en lui tendant un ouvrage orné d'enluminures en or.

- Tu te souviens pas de la page par hasard ?

- Puis quoi encore ?

- Je sais pas, moi ! Mais ça nous aurait bien aidés que tu notes les références de cette information.

- Oh quel rabat-joie ! s'exclama-t-elle en souriant. Jamais content de ce qu'il a ! »

Il leva les yeux au ciel et ouvrit le livre qu'elle lui avait passé. Ce dernier était dédié à la guerre qui avait opposé la communauté des sorciers à Voldemort une vingtaine d'années plus tôt. Il entreprit de lire le sommaire pour aller plus vite dans ses recherches puis quand il trouva enfin, il tourna frénétiquement les pages à toute vitesse pour se rendre à la page indiquée.

« - Doucement ! s'écria-t-elle. Ne l'abîme pas. C'est un livre de la bibliothèque ! »

Il souffla, exaspéré. Cela faisait trois heures qu'il travaillait sur ce devoir de Défense contre les Forces du Mal et il commençait sérieusement à perdre patience. Il ne leur restait que deux paragraphes et la conclusion à écrire mais cela lui semblait tellement infaisable qu'il referma le livre.

« - Mais qu'est-ce que tu fais ? On a pas le temps de dormir !

- J'en ai marre de travailler ! Je vais me chercher des trucs à manger. Tu veux quelque chose, l'esclavagiste ?

- Haha, très marrant ! Mais sans moi, tu n'en serais qu'à l'introduction !

- Peut-être mais au moins je n'aurai pas la tête comme une pastèque ! Alors tu veux quelque chose ou pas ? demanda-t-il en se levant.

- Tu vas pas aller aux cuisines quand même ? Parce que moi, je ne fais pas le reste toute seule ! le prévint-elle en le foudroyant du regard. »

Lentement et calmement, il se pencha sur la table avant de s'appuyer dessus avec ses mains. Il planta ses yeux verts dans ceux de la jeune fille et lui déclara d'une voix grave et légèrement sensuelle :

« - Si tu crois que j'ai que ça à faire que de traverser entièrement le château et de chatouiller une poire, tu te trompes lourdement. J'ai ma réserve personnelle !

- Ou la ! Et toi, tu crois vraiment m'impressionner avec ... ça ? lui lança-t-elle pour le remettre en place.

- Oh, t'es pas drôle, maugréa-t-il en reprenant son timbre de voix normal. »

Il recula, la regarda un instant puis fit demi-tour. Aussi bizarre que cela lui paraissait, la salle commune des Gryffondors était bondée alors que dehors un magnifique soleil inondait le parc. Il soupira et se dirigea vers l'escalier mais il vit quelqu'un dans un coin sombre. Il se rapprocha de cette personne et put enfin voir nettement Naomi qui était tranquillement lovée dans un fauteuil. Elle lui fit un timide sourire, les larmes aux yeux. Ceci lui brisa le cœur. Il n'aimait pas l'idée qu'aujourd'hui Naomi avait perdu sa joie de vivre par sa faute. Il s'approcha d'elle lentement comme pour voir si la voie était libre et qu'il ne risquait pas d'être attaqué par surprise par la jolie blonde. Quand il ne fut qu'à un mètre d'elle, il s'accroupit pour être à sa hauteur et lui demanda d'une voix qu'il voulait douce :

« - Ça va, Noami ?

- Oui, oui, répondit-elle un peu trop rapidement pour que cela puisse paraître vrai.

- Tu es sûre ?

- Non ... et toi, où en es-tu avec ... Lily ? l'interrogea-t-elle tout en se retenant de ne pas pleurer.

- Nulle part ... elle est ... comment dire ?

- Conne ? proposa Naomi, un sourire amusé sur les lèvres.

- Oui mais elle est ... amoureuse de cet idiot de David mais en même temps, elle embrasse Anton. Je ne ... je ne ... je suis désolé, Naomi. Je ne devrais pas te dire ça ...

- Et pourquoi ? Parce qu'on est sorti deux jours ensemble ?

- Non, parce que tu es ...

- Amoureuse de toi ? Tu as le droit de le dire ! Je n'en ai pas honte !

- Mais c'est seulement que je ne veux pas te faire à nouveau souffrir !

- Oh arrête ! Nous sommes amis alors peu importe mes sentiments pour toi. Alors ça n'avance vraiment pas ?

- Non pas du tout, lui annonça-t-il.

- C'est dommage ! Moi je trouvais que vous vous étiez bien rapprochés, non ?

- Oui, mais ... oui c'est vrai mais elle ne m'aimera jamais. Contre David et Anton, je n'ai aucune chance !

- Ça, c'est faux ! Tu es plus beau que David et beaucoup plus intéressant qu'Anton.

- Merci mais pas selon Lily !

- Tu lui as déjà demandé ce qu'elle pensait vraiment de toi ? l'interrogea-t-elle.

- Non ...

- T'a-t-elle déjà fait des compliments ?

- Euh ... »

Il tourna la tête et vit Lily plongée dans la lecture d'un ouvrage qui parlait sans aucun doute des Détraqueurs. Tout en continuant de la contempler, il se remémora les paroles de la rouquine :

« Tu sais, il y a encore trois jours, je disais les pires horreurs sur toi mais maintenant, je sais que tu es quelqu'un de bien ... ! Alors laisse-lui le temps de s'en rendre compte aussi ! Tu n'es pas si facile à cerner ! Tu es mystérieux avec un petit côté rebelle mais au fond, tu es un mec au grand cœur et c'est ça qui fait tout ton charme ... tu devrais te livrer aux gens plus souvent ! »

Quand il revint à la réalité, il répondit simplement à Naomi :

« - Oui ... ça lui est déjà arrivé. »

C'est à ce moment-là qu'il vit Lily qui le fixait intensément en fronçant les sourcils. Il se leva et s'excusa auprès de son ancienne petite-amie :

« - Faut que j'y aille, sinon je vais me faire griller par le dragon, là-bas ! J'ai été très content de te parler.

- Moi aussi, Colin ! Et te laisse pas trop faire par cette Lily ! »

Il monta donc les marches quatre à quatre et entra dans son dortoir. Il se dirigea vers son lit, se mit à genoux à côté de celui-ci et souleva la couette. Il sortit immédiatement une grande boîte de sous son lit et l'ouvrit avec dextérité. Sous ses yeux s'étalèrent tous les meilleurs bonbons que Honeydukes vendait. Il en prit deux énormes poignées qu'il déposa sur son couvre-lit. Il remit la caisse à sa place, à l'abri des regards gourmands et entreprit de chercher un sachet où mettre ses douceurs.

Colin fouilla tout d'abord la table de chevet qui se trouvait à gauche de son lit mais n'y trouva qu'un vieil exemplaire de la Gazette des sorciers et la pochette d'un cd moldu. Il contourna rapidement son lit pour regarder dans l'autre mais se figea sur place quand il vit les dégâts qu'il avait fait la veille au soir. Il ramassa la photographie de son frère et de Lily et l'observa attentivement.

Chris tenait par l'épaule la jolie Gryffondor qui faisait un signe de la main au photographe. Ils arboraient tous les deux un magnifique sourire. Ils semblaient tellement heureux et proches que cela énerva Colin. Des larmes lui vinrent aux yeux mais il les essuya d'un brusque revers de la main. Depuis que Lily et lui avaient commencé à se parler sans s'insulter, il n'espérait qu'une seule chose : que cela dure encore ... et plus si affinité. Mais il ne cessait de se répéter que jamais il ne serait à la place de Chris.

Tout en se retenant de ne pas craquer, il déchira le cliché en deux et jeta négligemment les morceaux sur sa commode. Ensuite, il prit sa baguette magique dans la poche du pantalon de son uniforme et répara aussitôt le cadre. Ce dernier s'envola et se remit tout seul à sa place. Colin observa un instant sa chambre avant de soupirer. Il sortit de la pièce sans prendre les bonbons qu'il était venu chercher.

Il était déboussolé depuis qu'il avait vu Lily et Anton s'embrasser. Il ne fit même pas attention à ce deuxième année qu'il bouscula dans les escaliers. Quand il fut enfin de retour dans la salle commune, il vit que tous les septième année étaient là dont David. Il s'était assis à côté de Lily ... enfin ...

* Il s'est assis sur ses genoux ou quoi ? * pensa-t-il.

Méfiant, il s'approcha d'eux tel un félin qui observe sa proie et s'installa sans bruit en face de Lily qui n'avait d'yeux que pour le beau blond. Il serra instinctivement la mâchoire et attrapa brusquement un livre qui se trouvait près de lui. Il tourna les pages rageusement tout en épiant les deux Gryffondors. David passa un bras autour des épaules de Lily tandis que cette dernière se mettait à fortement rougir.

Il était sur le point de crier et de se révolter quand il pensa qu'il n'avait pas son mot à dire. Il était tout simplement jaloux et il ne voulait pas que Lily le sache. Colin secoua la tête, désespéré par cette idée. Il était jaloux que ce David puisse être aussi proche d'elle sans avoir rien fait de spécial en apparence. Mais Colin était persuadé que ce stupide blond manipulait Lily. Stupide mais rusé ! C'était à Serpentard que sa place était ! Et le pire, c'était que Lily tombait dans son piège. D'ailleurs cette dernière le sortit de ses pensées en lui demandant :

« - Tu n'étais pas censé aller chercher des bonbons ? »

Il regarda autour de lui et se rendit enfin compte qu'en effet, il avait oublié ses friandises. Il avait été troublé par la photographie plus qu'il ne le pensait. Il reprit contenance et lui répondit sur un ton sec :

« - Si mais ... une fois arrivé là-haut, je n'avais plus faim !

- C'est dommage, nous en aurions bien mangé un ou deux, intervint David en faisant les yeux doux à une Lily que Colin ne reconnaissait pas.

- Tu sais, je ne comptais pas en donner à n'importe qui ... lança Colin. »

Il s'enfonça dans la banquette et fit semblant de s'intéresser au paragraphe parlant des ongles des Détraqueurs. Il les écouta alors discuter à voix basse comme s'il n'était pas à un mètre d'eux.

« - C'est moi ou il est un peu antipathique comme mec ? s'exclama David en regardant Colin de travers.

- Disons qu'il n'a pas un caractère facile, avoua Lily avec une voix suraiguë de petite fille. »

Colin ouvrit de grands yeux. C'est elle qui osait dire ça ? Elle qui était susceptible et désagréable. Elle que tout le monde appelait la harpie de Gryffondor sans qu'elle le sache. Elle qui ... qui ... Comment pouvait-elle lui tourner déjà le dos pour un gars comme David ?

« - Tu n'as vraiment pas de chance d'être tombée sur un binôme comme lui ! disait David d'une voix sensuelle.

- C'est vrai mais j'aurai pu tomber sur pire, non ?

- Je ne sais pas ... personnellement, je ne l'ai jamais bien aimé ce mec. Tu sais, tu peux compter sur moi si un jour, il t'ennuie.

- C'est gentil, David !

- Il veut se donner un style rebelle ou mystérieux pour que les filles craquent et le pire, c'est que ça marche. Il manipule les filles et ça ne me plaît vraiment pas, affirma le blond.

- C'est vrai qu'il est sorti avec beaucoup de filles mais je sais pas si c'est de la manipulation quand même !

- Moi je te le dis. J'arrive facilement à repérer ce genre d'individu. Mais je suis rassuré, tu n'es pas une fille qui croit à tout ce qu'on peut lui dire !

- Non, je ne suis pas naïve contrairement à d'autres ! »

* Elle ? Pas naïve ? Et dans cinq minutes, elle va nous sortir que le père Noël existe ? * médit Colin qui était de plus en plus énervé par cette conversation. Il ravala un sanglot tandis que son visage se fermait de plus en plus.

« - J'ai même entendu dire qu'il avait inventé des histoires morbides autour de lui. Il aurait dit à une fille, il y a quelques années, qu'il avait perdu toute sa famille à part son frère bien sûr. C'était seulement pour pouvoir se la faire.

- Non, il aurait fait ça ? C'est incroyable, dit-elle simplement en tortillant une mèche autour de son doigt. »

Colin fut outré. Lily laissait cet abruti le critiquer sans rien dire. Et lui qui croyait qu'ils étaient amis. Il referma le livre brusquement attirant l'attention de David et de Lily mais aussi de quelques élèves qui se trouvaient autour de lui. Il se leva. Son coeur battait à tout rompre. Il était déçu ... Il leur siffla alors :

« - Vous savez que je suis devant vous ? À moins d'un mètre de vous ? Et que je vous entends très bien ? Vous êtes des beaux enfoirés mais je n'en attendais pas plus de la part d'un gars qui mitonne les trois quart de son temps mais toi Lily ...

- Moi je mens ? Et toi alors ? s'exclama David qui se leva à son tour.

- Je n'ai jamais menti à une fille pour me la faire contrairement à toi. »

Cette fois, toute la salle commune s'était tue et regardait attentivement la scène qui se déroulait sous leurs yeux. Impatients que les deux Gryffondors se battent.

« - Si, souviens-toi. Tu leur dis que tu as perdu toute ta famille et comme ça, elles te tombent dans les bras plus facilement. C'est pitoyable comme moyen pour séduire ! Si ta mère savait ça, elle serait déçue, certifia David en allant se mettre au milieu de la pièce pour que toutes les personnes présentes puissent le voir, l'admirer.

- Je t'interdis de parler de ma mère ! »

Colin se jeta alors sur lui et le prit par le col de sa chemise. Il le regarda dans les yeux, la mâchoire serrée. Après un instant, il reprit la parole :

« - Tu ne connais rien de moi alors tu te la fermes. Tu n'es qu'un petit con prétentieux et pourri gâté. Si tu crois que je vais me taire parce que tu es plus vieux que moi, tu te trompes lourdement.

- Mais c'est qu'il croit me faire peur, le petit. Mais qu'est-ce qui t'a le plus vexé ? Que je dise des conneries sur toi ou que je dise la vérité sur toi ?

- Ce qui m'a le plus excédé, c'est que tu montes une amie contre moi ! Mais après tout, ce n'est pas après toi que je devrais m'énerver ... »

À ce moment-là, il poussa David qui tomba sur les genoux d'une quatrième année puis se tourna vivement vers Lily dont les pommettes avaient pris une couleur rosée qu'elles n'ont pas l'habitude d'avoir. Il s'approcha d'elle lentement et lui dit :

« - Tu t'es bien amusée avec cet abruti à mes dépens, j'espère ?

- Mais Colin ...

- Arrête tes belles phrases ! Tu m'en voulais hier soir parce que je t'avais rien dit ... et moi, je dois réagir comment quand tu me critiques ? Tu as de très beaux discours, Potter mais tu ne te les appliques pas assez, je trouve !

- Laisse la tranquille, Philips ! s'écria David.

- Je n'ai pas d'ordres à recevoir d'un mec comme toi. C'est entre Potter et moi maintenant !

- Laisse la ou je vais être dans l'obligation de t'en foutre une !

- Mais vas-y, j'attends de voir ça ... l'encouragea Colin. »

David regarda autour de lui et remarqua deux ou trois septième année assis dans un canapé à quelques mètres de lui. Un rictus de satisfaction apparut sur ses lèvres alors qu'il se sentait en sécurité. Il s'avança tranquillement vers Colin, les poings serrés. L'espace de quelques fractions de seconde, son bras se projeta vers Colin. Mais le jeune homme avait anticipé la manoeuvre de David. En effet, il s'était baissé avec célérité, évitant ainsi la main monstrueuse de son agresseur.

Malheureusement pour ce dernier, les réflexes de Colin était particulièrement aiguisés ce jour-là. Le poing de Colin se retrouva logé profondément dans la figure de son rival. Ce ne fut que lorsqu'il retira sa main qu'il comprit ce qu'il venait de faire. Un bouillonnement écarlate s'échappait abondamment du nez de David, rompu par le choc inattendu et reçu alors que Colin venait à peine de se relever.

Lily se précipita à ce moment-là vers David pour l'aider tandis que Chris et Anton venait à côté de Colin pour le retenir la prochaine fois qu'il voudrait taper le blond. Mais ce qu'ils ne comprenaient pas, c'est que Colin n'avait aucune envie de se battre contre quiconque même pas son antagoniste. Tout ce qu'il voulait c'était dire à la rouquine ses quatre vérités. Alors que Lily passait une main dans le dos du blond et lui donnait un mouchoir, Colin n'entendit pas ce que son frère lui chuchotait. Après un moment de silence, Lily lui hurla littéralement :

« - Non mais ça va pas ? Tu te crois où ?

- Je me crois où ? demanda-t-il calmement, un sourire triste aux lèvres. Je croyais que je commençais à te connaître, que je voyais enfin qui tu étais derrière ta carapace, que tu étais une personne digne de confiance. Mais je me suis trompé ... tu m'as déçu comme jamais personne ne m'a déçu.

- Mais je n'ai rien fait ! plaida-t-elle.

- Et c'est bien ça le problème.

- Mais c'est quoi cette histoire ? C'est quoi le problème réel ? s'exclama Lily.

- Ce doit être moi le problème. Je ne suis pas hypocrite comme toi. Je n'essaie pas de me faire deux mecs à la fois et qui pour ça en oublie mes amis. Alors oui, ce doit être moi le problème, affirma Colin en s'approchant légèrement d'elle.

- Deux mecs ? De quoi tu parles au juste ?

- Je parle d'hier soir, ici, annonça-t-il en montrant le canapé de la main.

- Tu ... Ça ne te regarde pas ... murmura Lily en baissant un peu les yeux vers le sol.

- Non, ça ne me regarde pas. Je ne suis que ton affreux binôme qui a mauvais caractère.

- Arrête, ce n'est pas ...

- Non, j'arrêterai pas, la coupa Colin. Tu me répètes que nous sommes amis mais tu n'es même pas capable de me défendre face à un gars comme lui. C'est un blaireau.

- Ce n'est pas un blaireau !

- Ça fait toujours plaisir ... Lui, tu le défends ...

- Arrêtez-vous tous les deux ! s'exclama Anton.

- Et toi, tu ne dis rien ? Ça te fait rien ?

- Je n'ai rien à dire. Elle fait ce qu'elle veut de sa vie.

- Même si elle fait n'importe quoi ?

- Oui ...

- Je trouve ça tout simplement ridicule ! déclara finalement Colin. »

Il dévisagea Lily de haut en bas pour la dernière fois avant de se diriger vers le tableau. Il était sur le point de sortir quand une voix rauque l'interpella :

« - Tu as bien raison de partir ! Je t'aurai démoli sinon ! »

La colère qui s'était insinuée en lui, le fit faire un brusque demi-tour. Il se mit à courir vers David et se jeta sur lui encore une fois. Il le tenait des deux mains et le maintenait à quelques centimètres du sol quand il lui cracha :

« - Tu commences sérieusement à me gonfler ! Tu m'aurais démoli c'est ça ? Mais tu n'es même pas capable de me mettre un coup de poing. Alors maintenant, fous moi la paix parce que sinon il n'y aura plus que ton nez qui sera cassé chez toi. Est-ce que c'est bien clair entre nous ?

- Oui, oui ... marmonna le blond. »

Mais Colin ne le lâcha pas pour autant. Il restait à l'observer comme si son seul regard pouvait détruire cet homme qu'il détestait tant. Puis une main tremblante se posa sur son épaule. Ça ne pouvait être que Lily. Et ceci se confirma quand il l'entendit lui dire :

« - Colin ... laisse le !

- Je suis vraiment désolé. Je n'aurai pas dû ..., commença-t-il.

- Ce n'est pas grave !

- Lui casser seulement le nez, finit Colin en se tournant vers la rouquine. Maintenant, tu as une bonne raison pour minauder autour de lui ... tu vas pouvoir le soigner ! »

Il laissa enfin David tomber à ses pieds. Il lui sembla soudain encore plus minable que d'habitude ! Que pouvait-elle vraiment lui trouver à ce lâche ? À grandes enjambées, il sortit de la salle commune qui n'avait jamais été aussi silencieuse.


Il se tenait debout au milieu de la salle quand Colin s'était rué sur David. Et lui, il n'avait pas bougé. Il était resté immobile devant cette scène digne d'un film d'action moldu. Mais en même temps, Colin n'était pas du genre à avoir besoin de son aide. Loin de là ! Le nez de David en était la preuve. Il regarda Colin sortir avec dignité, la tête haute, de la salle et vit aussitôt Lily faire un mouvement en avant.

Il ne savait pas exactement ce qui s'était passé entre eux mais il avait quand même compris une chose qui ne l'étonnait pas le moins du monde. Encore une fois, Lily n'en avait fait qu'à sa tête sans se soucier des conséquences. Il se mit devant elle pour l'empêcher de passer et lui dit d'un ton sec et froid :

« - Je crois que tu as fait assez de dégâts comme ça pour aujourd'hui ! »

Il lui tourna le dos sans attendre une réponse de sa part et se mit à la recherche de Colin. Les couloirs lui parurent soudain innombrables et interminables. Lorsqu'il passa pour la troisième fois devant le tableau dans lequel des ballerines s'échauffaient, il décida de s'arrêter. Il s'appuya sur le rebord d'une fenêtre et se mit à réfléchir à toute vitesse.

Tellement de choses changeaient autour de lui. En lui. Cette fin d'année ne voulait décidément pas le laisser tranquille. Entre ses amis qui se déchirent devant tous les Gryffondors et ces nouveaux sentiments qu'il ressent, il ne savait pas si la Terre tournait encore rond. Mais au fond de lui, il savait que tout ça était normal. Tout était normal mais tout sonnait faux à ses oreilles bizarrement.

Il était habitué aux disputes incessantes de Lily et Colin mais cela lui faisait toujours mal de les voir se détester alors qu'il savait depuis un moment qu'ils étaient faits l'un pour l'autre. Il sourit à cette pensée. L'amour était vraiment compliqué et ridicule. Des ennemis en venaient à s'aimer passionnément tandis que lui, aimait un homme. Un homme !

Bien sûr, l'homosexualité ne l'avait jamais gêné. Pour lui, on ne choisit pas qui l'on aime après tout. Mais quand même ... avant il était attiré par les filles, il était même sorti avec certaines et aujourd'hui, c'était Isaac Feldmann qui lui plaisait. Un garçon ... un Serpentard ... un cinquième année ... un ... beau gosse ! Tout en imaginant Isaac, son regard se perdit dans le vide. Encore une fois, il se réfugiait dans ses nombreux rêves.

Quelques instants plus tard, il secoua sa tête et s'obligea à penser à autre chose, à quelqu'un d'autre. Ce n'était pas réalisable ! Son esprit se rappela alors pourquoi il se trouvait dans ce couloir du premier étage. Colin. Il se remit en marche, bien décidé à le trouver. Et encore des centaines d'endroits à examiner. Mais quand il vit le temps magnifique qu'il faisait dehors, il se dit que le parc était peut-être le meilleur coin où chercher en premier.


Quand il regarda sa montre, il fut surpris de voir qu'il était déjà 18h. Il fit à nouveau bouger négligemment ses jambes dans le vide et observa des cinquièmes années sortir de leur cours de Botanique. Des Serpentards. Colin avait l'impression qu'ils lui faisaient un petit défilé. Malgré le fait qu'ils avaient tous le même uniforme, personne ne le portait de la même façon. Il rit en silence à la vue d'une fille pas très grande qui avait une énorme tâche brune sur sa jupe courte.

Il la suivait des yeux quand il vit Anton de l'autre côté de la cour. Sous l'arcade, le préfet ouvrait toutes les portes à côté desquelles il passait et regardait un instant à l'intérieur. Il semblait chercher quelqu'un. Mais Colin n'y prêta pas plus d'attention que ça. Il soupira bruyamment et se plongea dans ses pensées. Il était énervé, même si de l'extérieur, rien ne laissait transparaître de ses débats internes. Sa colère s'était calmée maintenant, il était seulement vraiment déçu. Déçu par tout. Par Lily, par ses sentiments, par sa vie.

Quand il était arrivé à Poudlard, il avait espéré tant de choses. Peut-être trop de choses. Mais il s'était vite rendu compte qu'oublier son passé n'était pas une mince affaire et pour être tout à fait franc avec lui-même, c'était impossible. Mais jamais, il n'avait pensé que ce serait un imbécile comme David qui lui renverrait ses erreurs à la figure.

Il passa une main dans ses cheveux pour les remettre en place et aperçut à ce moment-là, Jordan Zabini qui sortait à son tour de Botanique. Elle lui sourit aussitôt et se dirigea vers lui, d'une démarche rapide mais fluide. Elle s'installa à côté de Colin sur le muret et croisa ses longues jambes d'un mouvement gracieux. Il la regarda alors basculer sa tête en arrière, les yeux fermés pour profiter des rayons du soleil qui devaient réchauffer sa peau mâte. Après un instant de silence, il le rompit :

« - Alors où en es-tu avec mon frère ?

- Nulle part ... il est ... comment dire ? Très distant avec moi ! répondit-elle en gardant la même posture.

- Il est plutôt timide avec les filles, tu sais !

- Ouais mais il a quelque chose de plus ... quelque chose qui cloche ! Enfin, je verrai bien ! Et toi avec la fille Potter ?

- Quoi la fille Potter ? demanda-t-il surpris par la question de Jordan.

- Oh, fais pas l'étonné avec moi ! Après tout ce qu'on a vécu ensemble, je te connais assez !

- Tu es vraiment une fille ...

- Géniale ? Ouais je sais, le coupa-t-elle en souriant.

- Moi, j'aurai plutôt dit surprenante !

- Ça me convient aussi ! Alors qu'est-ce qui ne va pas ? Pour que tu fasses une tête pareille, c'est qu'il s'est passé quelque chose de grave ! Ton oncle ou cette fille ?

- Cette fille, dit-il seulement.

- Tu l'aimes ?

- Tu m'énerves ... ça m'énerve que tu me connaisses aussi bien !

- On est sorti assez longtemps ensemble pour que je sache ce que tu penses ! D'ailleurs, ça m'étonnera toujours que personne ne s'en soit aperçu ! Nous sommes les meilleurs, c'est peut-être pour ça, se vanta Jordan en ouvrant les yeux. Allez dis moi ce qu'elle t'a fait cette fille !

- Oh rien ... à part ... me briser le cœur.

- Non ? Tu es vraiment amoureux ? Toi ? s'exclama-t-elle. C'est pas possible ! Ben dis donc, ça doit être une fille hors du commun !

- Je viens de te dire qu'elle m'a brisé le cœur et toi, tu dis que c'est une fille hors du commun !

- Oui, parce que pour qu'une fille y arrive, faut qu'elle se lève tôt ! Et puis je te connais, tu vas lui faire regretter alors je ne m'inquiète pas pour toi !

- Vraiment ? Parce que moi, là, je me sens juste minable, incapable de ne rien faire, avoua-t-il, démoralisé.

- Tu es Colin Philips et tu as vécu assez de choses pour te rendre fort alors défonce-la ! Elle t'a brisé le cœur alors fais lui regretter son geste ! Tu sais je l'ai vu hier, elle était jalouse !

- Jalouse ? Jalouse de quoi ?

- De moi ! Elle n'avait qu'une seule envie ... me tordre le cou, m'arracher la tête et la mettre au bout d'une pique pour la faire griller comme un marshmallow !

- Tu n'exagérerais pas un peu là ? lui lança-t-il, amusé.

- Non ! J'ai vu son regard et quand je me suis approchée de toi, elle a cassé sa bouteille ! À mon avis, elle a pas encore compris ce qui lui était tombé dessus !

- Tu as une imagination extraordinaire, Jordan !

- Ne me crois pas mais fais lui payer l'affront qu'elle t'a fait !

- Ah Serpentard quand tu nous tiens !

- Allez j'y vais, Isaac m'attend ! »

Sans un mot, elle sauta du mur et se mit en marche vers un jeune homme aux cheveux châtain clair qui l'attendait non loin de là. Colin porta alors son attention sur ses chaussures et pensa que Jordan avait peut-être raison. Il ne devait pas passer l'éponge sur ça, qu'importe ses sentiments.


Il ferma la énième porte depuis une heure, quand il l'aperçut assis sur un muret. Il soupira de bonheur et courut vers Colin. Arrivé à la hauteur de ce dernier, il reprit son souffle avant de lui dire:

« - Je t'ai cherché partout. La prochaine fois que tu pars à toute vitesse, dis moi où tu vas !

- Oui, je pense que ça l'aurait fait de sortir de la salle commune en criant à tout le monde que je vais m'asseoir dans le parc. Les gens ne m'auraient pas du tout pris pour un fou !

- Tu sais ... ils le pensent déjà ! plaisanta-t-il.

- C'est sympa de ta part de me remonter le moral !

- De rien. Allez dis moi ce que qui s'est passé !

- Oh ce con de David me critiquait !

- Et qu'est-ce qu'elle a dit, Lily ?

- Rien ... répondit Colin.

- Rien ? Je comprend mieux ta réaction maintenant.

- Elle a même osé dire que j'avais mauvais caractère. Moi ? Et elle ? s'énerva-t-il à nouveau.

- Tu la connais ... elle est ...

- Insensible. Intolérante. Et sournoise. Je la déteste. J'y ai cru pendant un instant. J'ai cru qu'on pouvait être ami mais c'est trop lui demander. Personne ne compte pour elle à part son petit nombril.

- C'est faux, Colin. Elle t'aime bien mais faut la comprendre. Elle ...

- Elle a quoi ? hurla presque Colin. J'en ai marre que vous trouviez tous des excuses à cette petite chose qu'est Lily.

- Je lui trouve pas d'excuse, c'est juste qu'elle veut plaire à ce mec et ...

- Et pour ça, elle l'autorise à me critiquer !

- Non, Colin !

- Non, c'est vrai ! Elle l'encourage carrément, rectifia-t-il. Tu aurais été à ma place, tu aurais fait quoi ? Tu l'aurais laissé faire tout ça pour qu'elle se fasse cet imbécile ?

- Je ... non !

- Alors laisse-moi la détester en paix ! lui rétorqua Colin sèchement.

- Comme tu voudras ... mais n'oublie pas qu'elle t'apprécie. Elle t'apprécie vraiment ! »

Il donna une tape amicale sur l'épaule de Colin et fit demi-tour. Il se dirigea vers l'entrée du château, l'esprit ailleurs. Demander à Colin de pardonner Lily n'était pas possible. Lui même, il ne pourrait pas le faire aussi vite. Il passa la porte et bouscula quelqu'un. Lorsqu'il se retourna pour s'excuser, il tomba nez-à-nez avec Isaac. L'homme de ses fantasmes. Son visage s'empourpra aussitôt tandis qu'il balbutiait :

« - Jsuisvraimentdésolé !

- Pardon ? Je n'ai pas compris !

- Je ... je suis vraiment désolé. Je ne regardais pas où j'allais.

- T'inquiète pas. Moi non plus, lui déclara Isaac, un grand sourire aux lèvres. »

Ce sourire le fit encore plus rougir alors qu'il ne pensait que cela soit possible. Il le contempla traverser à grandes enjambées le parc, s'éloignant ainsi de plus en plus de lui. Ça ne serait sans doute pas facile de l'approcher et encore moins de lui avouer ses sentiments. Mais après tout, qui ne tente rien n'a rien ! La fin de cette année leur réservait encore beaucoup de surprises.