Chapitre 14
Installé confortablement à la table des Gryffondors, il voyait parfaitement Isaac assis à côté de ses amis. Depuis quelques minutes déjà, il riait avec une fille. Jordan, si sa mémoire était bonne. Une vague de jalousie l'envahit alors, faisant voler en éclats le masque détaché qu'il s'était créé. Il se leva promptement, renversa son verre de lait au passage et traversa à grandes enjambées la Grande Salle. Il enfonça ses mains dans ses poches et accéléra le pas quand il vit que des gens l'observaient.
Il sortit rapidement de la pièce sans un regard derrière lui et commença à monter les escaliers en marbre. Arrivé au premier étage, la jalousie avait quelque peu disparu mais un sentiment de solitude l'avait remplacée. Alors que le mois de mai était déjà bien entamé, un courant d'air hivernal remonta soudain le long de sa colonne vertébrale. Il soupira et tourna à gauche tout en rêvassant. Il ne faisait que ça en ce moment. Se plonger dans ses fantasmes en oubliant de vivre vraiment sa vie.
À ce moment, il croisa Lily qui devait se rendre à son tour à la Grande Salle. Mais il continua son chemin, il n'avait pas la moindre envie de parler avec elle. Par contre, Lily en avait décidé autrement. Il l'entendit s'arrêter net avant de le suivre. Elle ne disait rien même si ce n'était sans doute pas l'envie qui manquait chez elle.
Après avoir parcourut plusieurs couloirs, il se lassa du bruit des pas de la rouquine derrière lui. Cela l'agaçait au plus haut point à présent. Il se retourna vivement vers elle et la foudroya du regard. Il avança brusquement vers elle, la faisant reculer. Il explosa alors littéralement :
« - Qu'est-ce que tu me veux ? Pourquoi me suis-tu comme ça ? Que cherches-tu ?
- Je ... Je veux savoir pourquoi tu me fuis ?
- Tu es stupide parfois. Tu crois quoi ? Que je vais te sauter dans les bras après ce que tu as fait ?
- Mais je n'ai rien fait !
- Change de registre, ok ? Colin n'a pas toujours été cool avec toi mais tu aurais dû le défendre.
- Ah bon ? Et qu'a-t-il fait pour moi pour mériter ma compassion ? demanda-t-elle en relevant la tête.
- Je croyais te connaître. Je ne pensais pas que tu étais le genre de fille à tomber dans les bras du premier con venu. Je suis désolé ... désolé de m'être trompé à ce point sur ton compte.
- Arrête, dis pas ça !
- M'arrêter ? Tu veux que je m'arrête ? Et toi, as-tu demandé à David d'arrêter de critiquer Colin alors qu'il n'était qu'à trente centimètres de vous ? L'as-tu fait, Lily ? la bombarda-t-il de questions.
- Non ... répondit piteusement la rouquine.
- Pourquoi ? hurla-t-il.
- Que voulais-tu que je fasse ?
- Ce n'est pas à moi de te dire ça. Tu devrais le savoir toute seule. Ce que tu as l'air d'oublier, c'est que Colin est un être humain avec des sentiments comme toi et moi.
- Bien sûr que je sais ça. Me prends pas pour plus bête que je ne suis.
- Excuse moi de douter de ton intelligence. Il faut dire que tu ne m'as pas vraiment montré tes talents, ce soir.
- Ne sois pas méprisant !
- Chacun son tour, Lily ! Tu as blessé Colin en bonne et due forme alors ne t'attend pas à recevoir des roses de ma part lorsque tu traînes Colin dans la boue !
- Je n'en attendais pas tant ... juste de la compréhension !
- Compréhension ? C'est bien l'hôpital qui se fout de la charité ! Tu n'es pas quelqu'un de compréhensif ou de tolérant. Je suis désolé mais ce que tu as fait, c'est vraiment pas cool.
- Mais qui me dit que ce que David m'a dit c'est faux ?
- Je sais pas ce que t'a dit cet abruti mais moi, je veux bien répondre à tes questions, se proposa-t-il sans joie.
- Vraiment ? l'interrogea-t-elle, prudente.
- Malheureusement, oui ! Si c'est la seule façon de défendre Colin, je veux bien ! Mais n'en profite pas.
- David m'a dit que Colin était un manipulateur avec les filles, qu'il leur mentait sur lui pour les attendrir.
- Franchement, toi-même, tu pourrais répondre à cette question toute seule. As-tu regardé Colin cinq minutes, un jour ?
- Oui, pourquoi ?
- Pourquoi ? répéta-t-il, incrédule. Tu crois vraiment qu'avec un physique comme le sien, il a besoin de beaucoup mentir aux filles pour qu'elles craquent sur lui ?
- C'est ... c'est vrai qu'il ... qu'il est pas mal ! bégaya Lily en rougissant fortement.
- La suivante ?
- Il a dit aussi que Colin avait fait courir le bruit que toute sa famille était morte ! »
En entendant cette phrase, son cœur rata un battement. Il se figea sur place et sentit la colère montait en lui. Comment avait-il ... ? Il serra avec force ses poings se retenant de ne pas frapper ce qui lui tombait sous la main – étant Lily la plus proche. Puis en moins d'une demi-seconde, il reprit le contrôle de lui-même. Surtout ne rien laisser paraître.
« - Colin n'a jamais fait courir ce bruit. Il n'est pas du genre à médire sur le dos de sa famille. Que David dise des choses telles que celle-ci montre à quel point il est sans scrupules envers Colin.
- Alors il ... m'a ...
- Prise pour une idiote ? Oui. Et toi, tu n'as pas marché dans son jeu, tu as couru.
- Mais comment ? Comment j'ai pu ? Je suis si stupide ! Et Colin, il doit ... me détester ! Je ... Qu'est-ce que je peux faire ?
- T'excuser, non ? Et ouvrir les yeux !
- Comment ça, ouvrir les yeux ? s'étonna Lily.
- Je t'ai observé depuis la rentrée. La présence de Colin est devenue indispensable à ton bien-être.
- Non, c'est ...
- Ne le nie pas ! Ça se voit ... tout le monde l'a vu sauf vous. Je ne sais pas comment vous avez fait pour vous rapprocher mais ça s'est fait ... et c'est pas trop tôt, depuis le temps que j'attendais ça.
- Mais qu'est-ce que tu racontes ?
- Je raconte que c'est visible comme le nez au milieu de la figure mais tu es trop stupide pour t'en rendre compte. Colin est ... non, rien. Si tu ne l'as pas encore compris, c'est peine perdue.
- Je ne comprends rien à ton charabia.
- Je vois ça. Enfin, maintenant, il faut que tu parles avec Colin. Il n'y a qu'avec lui que toute cette histoire peut s'arranger ... si tu trouves les bons mots et les bons arguments.
- Je ne saurai pas ! Je n'ai jamais été douée pour les excuses et Colin ne me laissera pas le temps d'en placer une ...
- Et je le comprends ! Mais tu es têtue, non ? Alors pour une fois, fais en sorte que ce soit une qualité !
- Merci beaucoup de m'avoir ... ouvert les yeux !
- Oula ... tu n'en as pas encore fini avec les révélations. La nuit ne fait que commencer, lui annonça-t-il en tournant les talons. »
Bizarrement, quand il reprit sa marche, sa colère envers Lily s'était évanouie. Il était son ami et elle avait compris qu'elle avait été nulle avec Colin. Puis de toute façon, cette histoire ne le regardait pas. Il avait assez de ses soucis de cœur à lui. Il soupira et prit la direction de sa tour.
Quand il fit son entrée dans la salle commune des Gryffondors un quart d'heure plus tard, il fut heureux de constater que l'ambiance de celle-ci s'était fortement calmée. Il ne restait d'ailleurs plus que quatre ou cinq élèves qui n'étaient pas encore partis manger. Lui-même avait renoncé à manger. Trop de choses s'étaient déroulées autour de lui pour qu'il songe à dévorer un poulet.
Du regard, il fit un rapide état des lieux et vit Naomi au fond de la pièce. Comme souvent ces derniers temps, elle sortait très peu de la tour et la voir ainsi lui fit mal. Il s'enfonça alors dans la pièce et la rejoignit. Il s'assit en face d'elle et posa une main sur la sienne. Elle ne bougea pas. Elle était comme anesthésiée par sa tristesse.
Pendant un moment qu'il n'aurait pu quantifier, ils restèrent comme ça sans parler. Il savait qu'elle n'avait pas envie de lui parler mais elle avait besoin d'une présence, d'une amitié même si ce n'était que la sienne. Alors il ne dit rien, écoutant seulement la respiration régulière de la jolie blonde et les murmures au loin de ses camarades.
Mais plus le temps passait et plus il se rendait compte que la présence de Naomi à ses côtés lui faisait aussi du bien à lui. Il avait tellement de secrets qu'il cachait à tout le monde que son coeur était, à chaque instant, sur le point d'exploser. Il respira à fond avant de renifler bruyamment. Il ressentit soudain le désir de se confier, de tout dire à Naomi.
Il ouvrit la bouche mais aucun son ne sortit de celle-ci. Il avait peur. Peur d'être jugé pour ce qu'il était vraiment. Il la referma alors précipitamment et renifla une nouvelle fois ce qui eut pour effet de faire tourner la tête de Naomi vers lui. Il lui sourit aimablement et lui souffla :
« - Tu devrais sortir d'ici !
- Pour faire quoi ? demanda-t-elle d'une voix faible et chevrotante.
- Pour vivre !
- Je n'en ai pas le courage ou l'envie pour le moment. Je veux juste ... »
La fin de sa phrase resta en suspens. Il voyait bien que cela la gênait de lui parler à lui. Ils n'avaient jamais été proches, loin de là. Lui même se demandait à présent ce qu'il faisait ici à vouloir la consoler mais aucune réponse n'était la bonne. Il n'y en avait pas tout simplement. Il voulait être là pour elle parce qu'il aurait aimé que quelqu'un soit là pour lui comme il l'était pour elle à cet instant. De son pouce, il caressa le dos de la main de Naomi et lui murmura:
« - Je sais que c'est dur ce que tu vis mais il faut que tu t'accroches. Que tu sois forte. »
Pour seule réponse, elle ferma les paupières pour méditer sur les paroles du jeune homme. Par dessus son épaule, il regarda les personnes qui étaient présentes. Aucune qu'il ne connaissait vraiment. Aucune qui ne soit trop près d'eux. Il reporta son attention sur Naomi qui entre temps avait rouvert les yeux. Il lui avoua alors d'une voix tendue :
« - Je ... j'ai beaucoup de secrets, plus que tu ne peux le supposer et je peux t'affirmer que je sais ce que tu ressens. Ce n'est pas facile à gérer quand celui que l'on aime ne s'intéresse pas à vous mais il faut continuer d'avancer comme tu le faisais avant. Tu es quelqu'un de bien et tu sais au fond de toi que tu ne dois pas laisser ton amour pour Colin te détruire. »
Sans savoir pourquoi il agissait ainsi, il déposa un baiser sur la paume de la main de Naomi et il se leva tranquillement. Il se dirigea vers les escaliers et repensa à Isaac. Ce dernier n'était peut-être pas l'homme de sa vie mais il se devait d'essayer. De tout essayer pour savoir ce que l'avenir lui réservait.
Le souffle court, elle courait dans tout le château, cherchant un endroit où se protéger. Elle l'entendait encore malgré la distance qu'elle mettait entre elle et lui. Elle se prit les pieds dans une armure que Peeves avait dû faire tomber plus tôt dans la journée. Elle se rattrapa au dernier moment et ne prit même pas la peine de s'arrêter. Mais bizarrement, plus elle s'éloignait de lui, plus ses paroles la blessaient au plus profond d'elle-même.
Elle ouvrit la porte de la salle de classe du quatrième étage qui était désertée depuis plus d'un demi-siècle. Elle avait une petite odeur de renfermé avec une touche étrange de violette mais elle n'y fit pas attention cette fois-ci. Elle traversa vivement la pièce. Encore une fois, elle repensa à la scène qui s'était passée quelques heures auparavant dans la salle commune. Mais plus elle se la remémorait, plus l'incompréhension se mêlait à l'énervement. Comment tout ça avait commencé, elle n'en avait pas la moindre idée et cela l'irritait un peu plus.
Elle vit qu'une fenêtre était déjà ouverte. Elle en profita donc pour sortir sur le toit. L'air frais du soir lui caressa doucement le visage. Elle ferma les yeux et profita du moment pour oublier comme toutes les fois où elle était venue ici. Son refuge. Quand elle ouvrit les paupières, elle vit une ombre assise sur le bord, le dos courbé. Elle le reconnut aussitôt. Colin était là. Elle recula prudemment mais son pied cogna alors contre une tuile qui tomba dans le vide.
Colin se retourna et la regarda dans les yeux. Lily ressentit immédiatement la haine intense qu'il ressentait pour elle à cet instant. Elle savait qu'elle n'était plus rien pour lui. Plus rien. Penser ça lui faisait mal. Les larmes lui montèrent aux yeux et se mirent à couler sur ses joues quand il détourna son regard sans ouvrir la bouche. De toute façon, son œillade meurtrière en disait déjà assez long sur ce qu'il pensait. Mais bizarrement, Lily ne voulait pas le laisser lui marcher sur les pieds.
Avec précaution, elle s'avança vers lui et s'installa à seulement quelques centimètres de Colin. La tension entre eux était presque palpable pour Lily. Son cœur tambourina soudain dans sa poitrine, pour lui faire faire demi-tour mais il était hors de question d'être une lâche ce soir-là. Elle respira à fond et attendit.
Attendre quoi ? Elle n'en savait rien. Elle avait envie qu'il lui prenne la main ou au moins qu'il lui sourit à nouveau. Mais c'était peine perdue. Sans le vouloir, elle avait brisé leur amitié si fragile. Elle observa les nuages qui passaient furtivement devant la pleine lune. Elle essuya rapidement une larme et observa Colin qui faisait comme si elle n'existait pas.
Son profil était parfait. Doux et fastueux à la fois. Ses yeux verts reflétaient tranquillement l'éclat de l'astre de la nuit. Sa bouche gourmande lui donnait des envies incroyables depuis quelques temps. Colin était un jeune homme magnifique. Il était loyal et franc. Il était ... Non, elle refusait de se l'avouer. Maintenant qu'elle regardait Colin, elle se rendit compte que David ou Anton ou n'importe quel autre adolescent puéril ne pouvait l'égaler.
Si Colin et elle n'avaient pas été en froid, elle aurait adoré cet instant, ce silence entre eux, les battements rapides de son cœur lorsqu'il bougea légèrement la main. Oui, elle en était sûre, elle aurait aimé être sur le toit du monde avec lui.
Mais, elle avait été stupide et malheureusement rien ne semblait pouvoir arranger ses erreurs passées. Toujours des erreurs ! C'était assez récurent chez elle ! Elle se remémora alors les paroles de son ami.
« - Qu'est-ce que je peux faire ?
- T'excuser, non ? Et ouvrir les yeux !
- Comment ça, ouvrir les yeux ? s'étonna Lily.
- Je t'ai observé depuis la rentrée. La présence de Colin est devenue indispensable à ton bien-être. »
Quand elle revint à la réalité, elle ouvrit immédiatement la bouche mais elle fut devancée par la voix froide de Colin.
« - Qu'est-ce que tu fous là ?
- Je ... au départ, je voulais être seule, réfléchir à toutes les fautes que j'ai faites avec toi mais ... tu étais là.
- Tu aurais dû partir ...
- Je sais mais il faut ... que l'on parle, je pense.
- Tout a été dit dans la salle commune, tout à l'heure, maugréa Colin.
- Non ... je ne me suis pas excusée. »
Colin tourna brusquement la tête vers Lily et la dévisagea. Elle ne l'avait pas remarqué la première fois étant trop loin, mais maintenant, elle voyait bien que les yeux de Colin étaient embués. Il avait pleuré. Pleuré à cause d'elle. Le voir comme ça, lui était insupportable. Il n'était pas du genre à pleurer à part si ... s'il avait été vraiment plus touché qu'elle ne le pensait par ce qu'elle avait fait.
Elle grimaça et enfouit son visage dans ses mains. Elle se sentait si nulle à présent alors qu'il y avait encore deux heures, elle ne pensait qu'à David. Quelle imbécile ! David n'était qu'un coureur de jupons et pourtant, même en sachant ça, elle était tombée dans le piège du séducteur. Elle émit un grognement de colère contre elle-même. Elle qui critiquait aussi ouvertement Naomi ou Rebecca, était en fait pire qu'elles. Cette conclusion lui fit mal. Très mal mais pas assez pour soulager sa peine.
Lentement et avec douceur, la main de Colin se posa sur son bras. Elle releva alors la tête et essuya une larme qui était née au coin de son œil. Elle voulut le regarder mais sa raison le lui interdisait. Elle ne supporterait pas de voir Colin aussi peiné. Alors elle fixa un coin d'herbe du parc jusqu'à ce qu'il prenne la parole :
« - Tu n'es qu'une imbécile heureuse, Potter !
- Je sais et je m'en excuse. Je ne m'étais pas rendue compte ... j'ai été aveuglée.
- Aveuglée ? Par quoi ? s'exclama Colin.
- Oui. Par David. Je ne voyais que le fait qu'il me parlait enfin. À moi et pas seulement pour parler de Quidditch ! Alors j'ai craqué comme toutes ces cruches que je déteste tant.
- Qui t'a permis d'ouvrir autant les yeux sur toi-même en si peu de temps ? se moqua-t-il.
- Ton frère ... il m'a fait comprendre beaucoup de chose ce soir ...
- Quoi ? Que tu étais égoïste et intolérante en plus de ta stupidité ? proposa-t-il. »
À cette attaque, Lily ne put s'empêcher de se tourner vers lui, le regard attristé. Elle fronça les sourcils quand elle comprit qu'elle méritait tout ceci, qu'elle méritait toutes les réflexions de Colin. L'air sérieux et concentré de Colin la frappa soudain. Elle prit conscience du degré de dégâts qu'elle avait fait en lui. Elle respira à fond et se lança :
« - Colin, je suis vraiment désolée. Je ne sais pas ce qui m'a prit. Je sais que tu n'es pas comme ça et tu n'as pas besoin d'inventer de telles choses pour pouvoir avoir des filles ... Enfin, excuse-moi de ne pas avoir pris ta défense. C'était nul de ma part.
- C'est trop facile Potter ! J'en ai marre de faire des efforts pour te plaire, marre de passer encore une fois pour le nase.
- Mais je me suis ...
- Excusée ? Ça me fait une belle jambe ! Jusqu'à quand ? Jusqu'au prochain blaireau qui passera, Potter ?
- Je ... je vais t'avouer quelque chose ... depuis que je ne suis plus avec Anton, j'espérais l'oublier le plus vite possible. Me défaire de cet amour qui ne devait plus exister. Alors quand j'ai vu David, je me suis dit ... que c'était peut-être la solution à mon minuscule problème d'adolescente. Mais ce que je ne savais pas, c'est ... que je l'avais déjà oublié grâce à quelqu'un d'autre.
- Vraiment ? Et c'est sûrement à ce moment-là que je dois faire semblant que ça m'intéresse, je pense. Alors qui est-ce, ce sauveur ? demanda Colin, en se forçant à sourire.
- C'est ... »
La suite de sa phrase se perdit au fond de sa gorge. Elle ne pouvait pas dire ça et surtout pas à Colin. Mais cette conversation était peut-être la dernière qu'elle aurait avec lui et par conséquent, peut-être la seule possibilité qu'elle ait pour tout lui avouer. Elle renifla plus bruyamment qu'elle ne le voulait et chuchota :
« - C'est toi ! »
Consciemment, elle préféra détailler un bel oiseau rouge qui se trouvait sur sa gauche plutôt que de guetter la réaction de Colin. Cela aurait été trop dur. Elle replia maladroitement l'ourlet de sa jupe et ferma très fort les paupières. Quelques minutes plus tard, elle fit un geste pour se relever mais il la retint par le bras, tout en lui murmurant :
« - De ... de quoi tu parles ? Qu'est-ce que cela signifie ?
- Je sais pas vraiment. Je n'y ai pas réfléchi. Je sais juste que ... j'aime être avec toi ... et que plus aucun David du monde ne me fera douter !
- Douter de quoi ? la pressa-t-il.
- Douter que tu es celui avec lequel je veux être à chaque seconde ! déclara Lily en faisant volte face. »
Elle plongea son regard dans celui de Colin et avala difficilement sa salive. Elle avait peur que ce qu'elle venait de dire soit trop brusque ou sur le mauvais ton. Elle avait peur de ne pas être crue. Et en même temps qui en aurait voulu à Colin pour ça ? Ce changement de discours devait fortement le perturber. D'ailleurs, elle-même, avait du mal à croire aux paroles qu'elle venait de prononcer. Elle, Lily Potter, venait presque de faire sa déclaration d'amour à qui ? À son meilleur ennemi ! Si quelqu'un le lui avait dit quelques heures auparavant, elle l'aurait sans doute fait enfermer mais maintenant, elle commençait à se faire à cette idée. Elle ressentait quelque chose pour Colin.
« - Tu vas me faire croire que ... que toi ... tu es amoureuse de moi ? grommela Colin, décontenancé par les propos de la rouquine.
- Je veux rien te faire ... je suis a ...
- Non ! cria-t-il en se relevant. C'est tout simplement impossible !»
Abasourdie, Lily le regarda marcher sur le toit pour rejoindre la fenêtre et disparaître par celle-ci. Les larmes inondèrent à nouveau ses yeux ternes, voilant sa vue. Elle donna un coup de poing contre une tuile. Rageusement, elle essuya ses pleurs d'un revers de manche et suivit le jeune homme dans la pièce, espérant qu'il soit toujours là. Quand elle attérit sur le sol ferme, elle le vit au fond de la pièce, faisant craquer les jointures de ses doigts. Elle ne s'approcha pas et lui demanda d'une voix déterminée :
« - Qu'est-ce qui est impossible ?
- Ça ! Tout ça ! Ça ne devait pas se passer comme ça ! marmonna-t-il sans lever les yeux vers elle.
- Quoi ? Qu'est-ce qui devait se passer alors ?
- Tu ... on devait s'éloigner l'un de l'autre ! On devait recommencer comme avant, faire notre ...
- Notre quoi ? le coupa Lily, impatiente et blessée. Nos insultes ? Je suis désolée mais j'en suis incapable ! Tu joueras tout seul à partir de maintenant !
- Ça ne devait pas se passer comme ça ! répéta-t-il.
- Merde, Philips ! Je ne l'ai pas fait exprès !
- Mais ... ya encore deux heures, tu en pinçais pour l'autre idiot, à un point que tu en avais oublié mon existence et là ... là, tu veux me faire croire que tu m'aimes ? cria Colin en la foudroyant du regard.
- J'étais aveugle ! hurla-t-elle à son tour. Je ne voulais pas m'avouer que je t'a ... t'aime parce que ... ça a toujours été compliqué entre nous. Je ne pensais pas avoir aussi vite des sentiments pour toi alors que ... on est ami depuis à peine quelques jours. Et puis ... j'avais peur ... peur de ta réaction!
- Peur de ma réaction ? Tu croyais quoi ?
- Dans tout Poudlard, nous sommes perçus comme les pires ennemis de notre décennie alors excuse moi d'avoir eu peur de dire à mon pire ennemi qu'en fait, tout ce que je désirais c'est être dans ses bras.
- C'est incompréhensible ! Je ne peux pas ... »
Soudain, une information qu'elle avait complètement oubliée surgit dans son esprit. Il ne pouvait pas l'aimer elle puisqu'il lui avait dit aimer une autre fille. Une fille qui comme elle, était trop stupide pour se rendre compte que Colin était le petit-ami idéal. Elle retint un sanglot, baissa les yeux et reprit la parole, à voix basse :
« - Ne t'inquiète pas, je ne me fais pas d'illusion ... Je sais que tu en aimes une autre ... que tu me détestes. Je ne te demande rien.
- Tu ne me demandes rien ? Alors qu'est-ce que tu veux ?
- Je n'en ai pas la moindre idée. En fait, je ne pensais pas qu'en venant là, je tomberai sur toi. J'espérais pouvoir y réfléchir mais ... tout est sorti sans que je le décide. Je comprendrais qu'après tout ça ... qu'après tout ça, tu ne veuilles plus ...
- Je ne sais pas quoi faire ! avoua-t-il.
- Colin, murmura Lily en replongeant dans le vert émeraude des iris du Gryffondor. Tout ce que je viens de te dire me dépasse moi-même. Tout ce que je veux, c'est que tu ne m'en veuilles pas ... que tu ne me tiennes pas rigueur de cette journée de fous.
- Tu veux que j'oublie tout ? Tu veux vraiment ça ?
- Je sais pas ce que je veux vraiment ! Tout ce que je souhaite, c'est que tu me pardonnes ... que tu oublies mes erreurs.
- C'est impossible ça, Lily ! Est-ce que ... commença-t-il en s'avançant vers elle. Est-ce que c'est vrai ?
- Quoi ? »
Le bruit de ses pas faisait écho sur les murs nus de la salle de classe. Quand il fut qu'à quelques dizaines de centimètres d'elle, le beau brun lui énuméra d'une voix douce :
« - Que tu m'aimes ? Que tu veux être avec moi à chaque seconde ? Que David ne compte pas pour toi ?
- Oh que oui, c'est vrai ! souffla Lily dont le cœur s'était mis à battre à tout rompre.
- Tu ne comptes pas me faire souffrir ?
- Non ! »
En entendant cette simple réponse, il lui sourit et se pencha lentement vers elle. Avide de ses lèvres, elle se mit sur la pointes de pieds, effaçant ainsi la distance qui séparait leur bouches. Dès leur contact, un très léger frisson serpenta dans le creux de ses reins. Instinctivement, elle posa sa main droite sur la joue de Colin tandis que l'autre allait explorer ses cheveux bruns.
Lorsqu'ils se séparèrent quelques secondes plus tard, elle ne put s'empêcher de se mordre la lèvre inférieure sous l'effet du bien-être. Elle était heureuse. Surprise, mais heureuse. Elle sourit à son tour et observa Colin. Il n'avait jamais été aussi beau que ce soir-là. Lily en était certaine. Elle le voyait à présent différemment. Il n'était plus cet insupportable prétentieux mais celui qu'elle aimait. Elle sortit de ses pensées quand il fit remarquer :
« - C'est déjà un bon début, non ? Tu n'as pas murmuré le prénom d'un autre et tu ne m'as pas fait tomber !
- Arrête de te moquer ! J'ai pas fait exprès ! La première fois, j'étais complètement pompette et la deuxième, il y avait cette folle dingue d'infirmière qui arrivait.
- Oui, on va dire que c'est ça ! »
Sans prévenir, il passa une main sur sa hanche, la rapprocha de lui gentiment et déposa un baiser sur son front. Puis encore cette idée qui revint. L'autre fille. Contrariée de devoir lui poser cette question, elle respira à fond et se lança :
« - Tu te rappelles du jour où mes cheveux sont devenus blonds par ta faute ?
- Bien sûr ! Ça date d'à peine une semaine, pourquoi ?
- Ce jour-là, tu m'as parlé d'une ... Tu m'as confié être amoureux d'une fille ...
- Ah ça ! s'exclama-t-il décontracté.
- Oui, ça ! C'est qui cette fille ? Je veux pas me battre contre une autre !
- Tu me déçois ! Tu ne te battrais pas pour m'avoir ?
- C'est pas ça ... Si j'avais une chance de gagner, je n'hésiterais pas une seule seconde.
- Alors pourquoi crois-tu que tu ne gagnerais pas ? Tu te sous-estimes un peu là, non ?
- Non mais ... j'ai bien vu comment tu parlais d'elle. Et puis, à côté de moi, n'importe quelle fille est mieux. Je suis assez nulle comme petite amie, tu sais.
- C'est vrai que c'est en me disant des trucs de ce genre que je vais décider de te choisir !
- Colin ! J'ai fait d'énormes erreurs avec toi mais ne me les fais pas payer comme ça, s'il te plaît ! Sois franc avec moi ... C'est qui cette fille ?
- C'est toi, idiote ! confessa-t-il. »
Tout son corps se raidit aussitôt. Son cerveau ne semblait pas enclin à accepter les mots de Colin. Cette fille, c'était elle ? Elle fouilla dans sa mémoire et en ressortit un souvenir :
« - ... Alors, ... oui, elle est très belle.
- Elle est comment ?
- Elle n'est pas très grande, elle a de magnifiques yeux marrons qui ont une petite étincelle que personne d'autre ne peut avoir. Elle a de fines lèvres qui forment le plus beau des sourires que j'ai pu voir au monde ... et elle a ce petit quelque chose en plus !
- Et c'est quoi, ce petit quelque chose ?
- Un caractère ... murmura-t-il. »
Elle récapitula tout. Elle n'était pas très grande – pour ne pas dire petite. Elle avait les yeux marrons, des lèvres pas très pulpeuses et elle ne manquait pas de tempérament. Comment avait-elle pu passer à côté de ça ? Comment avait-elle pu être si aveugle ? Elle se donna une petit tape sur le front avant de secouer la tête. Elle avait été ridicule.
« - Qu'est-ce qui t'arrive ?
- J'ai été si stupide ! Tu m'as envoyé tous les signaux et je ne les reçois que maintenant.
- Mieux vaut tard que jamais ! Allez, viens, on va faire un tour. »
Elle attrapa sa main, leurs doigts s'enlacèrent comme s'ils en avaient l'habitude et d'un même mouvement, ils quittèrent la pièce.
Ils se promenaient dans tous les couloirs du château depuis presque deux heures quand Lily le vit regarder l'heure. Sa montre indiquait 23h41. Avec son pouce, il caressa lentement sa main et lui déclara, un sourire triste aux lèvres :
« - On devrait peut-être penser à rentrer ! Cette fois-ci, il n'y aura pas Anton pour nous sauver la mise si on se fait prendre par un prof !
- Ouais, c'est vrai. »
Ceci la ramena brutalement à la réalité. Ils étaient à Poudlard. Le couvre-feu était largement passé. Mais surtout, il y avait Anton et les autres élèves. Ces derniers ne se gêneraient pas pour faire leur propre commentaire sur ce qu'elle vivait. Cette réflexion la perturba soudain. Elle s'arrêta en plein milieu du corridor. Colin se tourna vers elle, les sourcils froncés.
« - Qu'est-ce qui se passe ? s'inquiéta-t-il.
- Ils vont tous être là, lui chuchota Lily.
- Oui, normalement. Pourquoi ?
- Ils vont ... parler. Ils vont nous disséquer.
- Tu n'exagères pas un peu là ? s'enquit Colin.
- Non ... je connais les racontars. Toute l'école va parler de nous. Je ne veux pas. Je veux pas qu'ils gâchent tout !
- Que veux-tu qu'on fasse ? Qu'on se cache ? proposa-t-il perplexe.
- Pourquoi pas ?
- Non, c'est hors de question. Tu as honte de nous ou quoi ?
- Mais c'est pas ça ! C'est juste que j'en ai marre d'être dans le centre des conversations. Lily Potter, la fille du grand Harry Potter. Lily Potter, la fille de la remarquable Ginny Potter. Lily Potter, le petit génie en Potions. Lily Potter, la mégère. Lily ...
- Je crois que j'ai bien compris le concept, la coupa-t-il.
- Désolée ...
- Alors, on fait quoi ? On se cache jusqu'à quand ? Qu'il n'y ait plus personne à l'école ? Je pense qu'on va devoir tous les tuer alors.
- Mais non, c'est juste que ...
- Je sais, Lily. Je comprends ! Mais dis moi jusqu'à quand ?
- Jusqu'à ce qu'ils se fassent à l'idée qu'on est plus ennemis. Regarde la réaction de mon cousin, c'est la preuve qu'on choque les gens alors si en plus, on doit leur mettre sous le nez le fait qu'on est ensemble, ça va être invivable. Et si on veut que ça marche entre nous, faut pas qu'on ait la pression. »
Il lui tourna le dos, fit pendant un moment les cent pas puis lui déclara :
« - Ca ne me plaît pas du tout mais ok ! On ne dit rien à personne pour l'instant mais on reste pas comme ça éternellement ! C'est compris ? »
Elle vint se blottir contre lui puis elle le suivit en silence. Ils rejoignirent leur salle commune mais juste avant d'entrer, elle l'arrêta en posant une main sur son torse. Elle l'embrassa tendrement et déclara à la Grosse Dame :
« - Patronus ! »
Elle pénétra en premier dans la pièce, tout sourire, et alla s'asseoir à côté de Jun sans se préoccuper de Colin. La jolie japonaise lisait tranquillement un magazine, les pieds sur la table basse. Jun jeta un coup œil à Lily par-dessus son hebdomadaire et lui demanda :
« - Qu'est-ce qui te fait sourire comme ça ?
- Oh, rien ... rien du tout, répondit la rouquine en suivant des yeux Colin qui se dirigeait nonchalamment vers l'escalier. »
