Chapitre 15

« - Tu as vu comment il t'a regardé ? s'exclama la jolie japonaise.

- Non, murmura son amie, embarrassée.

- Tu te fous de moi ? Il te dévorait des yeux ! Il n'y aurait eu que vous, il te sautait dessus !

- Arrête ! »

Le visage en feu, Lily sortit de la Grande salle suivie de près par une Jun surexcitée et un Chris plutôt absent ce midi-là. La rouquine plongea ses mains dans les poches de son short noir et avança d'un pas décidé.

« - Ce n'est pas en me fuyant que tous ces beaux mâles vont cesser de te reluquer !

- Plus jamais je ne t'écouterai ! Quelle idée j'ai eu de m'habiller ainsi ? maugréa Lily.

- Mais arrête de te morfondre, tu es magnifique comme ça ! Allez souris ! Dis lui toi qu'elle est magnifique ?

- Euh ... oui ... oui, c'est vrai, bégaya Chris en revenant à la réalité. Tu es très belle, Lily !

- J'ai l'air d'une prostituée ! déclara Lily.

- Je m'habille comme ça, je te signale, lui lança Jun sur un ton sec.

- Ce n'est pas contre toi, Jun mais ... je ne suis pas à l'aise dans ces habits !

- Et c'est bien dommage parce que ça te va très bien. Je te le promets ! Tu as vu tous les regards qui se tournaient vers toi ?

- Oui mais je m'en fiche !

- Tu t'en fiches ? Et bien pas moi ! Je veux pas que ma meilleure amie se laisse aller et devienne vieille fille !

- Tu pètes un câble, Jun ! On devient pas vieille fille à 17 ans, tu sais !

- Peut-être mais c'est à cet âge-là qu'on s'amuse ! Tu es une très belle jeune fille et tu ne devrais pas être célibataire ! Il n'y a pas qu'Anton ...

- J'ai oublié Anton ! la coupa Lily. Alors maintenant, lâche-moi avec ces blaireaux ! Je vais à la bibliothèque rendre un livre, vous m'accompagnez ou pas ?

- Oui ... grommela Jun, déçue par ce changement de sujet. J'ai rien de mieux de prévu !

- Aller, fais pas cette tête ! Je rencontrerai quelqu'un, je te le promets !

- Tu sais, tu l'as peut-être déjà rencontré ...

- Ah oui ? Et qui ça ?

- Oh personne ! répondit-elle ironiquement. »

Interloquée, la rouquine ouvrit de grands yeux et les regarda un instant. Elle haussa les épaules et se détourna d'eux. Elle accéléra le pas pour les distancer un peu. Au bout de quelques longues secondes, elle sourit grandement lorsqu'elle entendit Jun divaguer sur la probabilité qu'un prince charmant frappe à son dortoir. Peu lui importait ce pourcentage. Son prince, elle l'avait déjà trouvé et il se nommait Colin.

Cela faisait d'ailleurs une dizaine de jours qu'ils étaient en couple. Enfin si par en couple, on veut dire sortir ensemble en se cachant de toute une école. Mais cette situation lui convenait très bien, même mieux qu'elle l'aurait pensé quand elle avait proposé cette possibilité. Il n'y avait personne pour les épier, aucune fille qui ne voulait la tuer et pas un seul racontar sur eux. Que la vie pouvait être belle !

Elle fit plusieurs petits tours sur elle-même sans se préoccuper de ce que pourrait penser Chris et Jun et se mit à rire tout fort. Quand son manège fut terminé, Lily réajusta sa tunique rose pâle qui dévoilait ses épaules puis reprit comme si de rien n'était son chemin vers la bibliothèque. Elle déclara soudain :

« - Malgré ma tenue, la journée s'annonce belle, très belle.

- Et pourquoi ? demanda Jun, sceptique.

- Parce qu'il y a un magnifique soleil, que nous n'avons pas cours et que nous sommes ensemble. Cette journée va être belle ! répéta la jolie rousse.

- Nous n'avons pas cours mais des dizaines de devoirs, lui rappela Chris d'une voix lasse.

- Et moi, je passe l'après-midi à Pré-au-Lard avec Tim, lui apprit à son tour Jun.

- Vous voulez me pourrir la journée, c'est ça ? Je vais donc me retrouver toute seule ici, sans personne pour me soutenir.

- Il y aura bien Hugo ou Anton. - Tu parles ! Hugo est toujours fourré avec Emily maintenant et pour ce qui est d'Anton, ... je préfère m'éloigner un peu de lui en ce moment, avoua Lily, quelque peu gênée.

- Hein ? Et pourquoi ? s'écria Jun en courant pour rattraper la rouquine qui s'était arrêtée de marcher.

- Il y a un peu plus d'une semaine, nous ... nous sommes embrassés et c'était une erreur. Il m'a avoué aussi qu'il était toujours amoureux de moi ...

- Quoi ? Il t'a dit ça ?

- Oui, il m'a dit ça mais ... pour moi, c'est fini ! Il a voulu rompre avec moi pour je ne sais quelle raison, j'ai souffert à cause de lui mais je l'ai oublié à présent. Alors je préfère m'éloigner pour ne pas ...

- Retomber sous son charme ? proposa Chris.

- Non, pas du tout. Ma vie comme elle est aujourd'hui me convient tout à fait. Je ne suis plus amoureuse d'Anton, lui répondit-elle férocement en se tournant vers lui. Si tu veux tout savoir, il ne m'attire même plus. J'ai quelqu'un d'autre en vue !

- Mais ... mais ... ma meilleure amie craque pour un garçon et elle ne me le dit même pas. Suis-je si peu capable de garder un secret ? Ne suis-je pas digne de ta confiance ? répliqua Jun, avec des grands airs volés aux plus grandes actrices de théâtre.

- Arrête ... tu pars en cacahuète, là. Si je ne t'en parle pas tout de suite, c'est que j'ai mes raisons.

- Quoi ? C'est une fille ? Tu sais que je m'en fiche. Tout ce qui compte pour moi, c'est que tu sois heureuse, Lily.

- Tu es trop drôle, Jun. Mais désolée, je vais peut-être te décevoir mais je ... je suis amoureuse d'un garçon.

- Qui est-ce ? demanda Jun. - Oui, qui est-ce, Potter ? répéta une voix grave derrière elle. »

Elle reconnut la voix aussitôt. Elle n'avait pas besoin de se retourner pour savoir que c'était Colin mais par contre elle avait envie de le voir. Elle fit volte-face et fixa le beau brun qui se trouvait à six ou sept mètres d'elle, souriante. Il fit de même et elle lui murmura :

« - Je ... cela ne te regarde pas en rien.

- Et moi ?

- Toi, Jun, c'est différent ! De toute façon, qu'est-ce que ça peut faire qui j'aime ? Ça ne va pas te changer la vie, si ?

- Non, mais je pourrai peut-être t'aider à te rapprocher de lui. Je le connais ? Ou Tim alors ?

- Oui, vous le connaissez et non, je n'ai besoin de personne pour me rapprocher de lui. Laissez-moi vivre. Un jour, je te le dirai mais pas maintenant, pas comme ça.

- J'ai trouvé, c'est un prof, s'exclama Jun, triomphante.

- Non, je ne pense pas que les vieux soient le truc de Potter, intervient Colin en les rejoignant.

- Et comment tu peux connaître les goûts de Lily, toi ? maugréa la japonaise.

- Il y a certaines choses que tu ne sais pas, ma petite Lewis.

- Je connais mieux Lily que toi, Philips !

- Oh ça ! À ta place, je n'en mettrai pas ma main au feu.

- Tu la détestes !

- Et alors ? Je sais écouter les bonnes personnes !

- Tu vas me faire croire que tu connais sa couleur préférée, son parfum, le nom de son premier béguin, sa taille de chaussures ou encore le prénom de son grand père paternel ? Tu vas me faire croire ça ?

- Bleu, Envoûtement, Brian, 39 et James, énuméra-t-il. Alors qu'en penses-tu, Lewis ?

- Je ... Comment tu sais tout ça ?

- Comme je te l'ai dit, je sais écouter les bonnes personnes au bon moment !

- Chris ! cria Jun.

- Quoi ? Tu voulais que je fasse quoi ? Que je ne parle jamais de mes meilleures amies à mon frère jumeau ?

- Sachant qu'il n'apprécie pas du tout Lily, tu n'avais pas à lui dire ses secrets !

- Mais ...

- Chris n'y est pour rien, le coupa Lily. Il n'y a rien de secret dans ce que tu lui as demandé. Mon grand-père est aussi connu que mes parents. Chris m'a acheté ce parfum pour Noël dernier et pour ce qui est de Brian, toute l'école est au courant de cette histoire vu comme je me suis ridiculisée. Alors décompresse.

- Tu le défends maintenant ? lâcha méchamment Jun. C'est tout nouveau, ça. Vous êtes bizarres tous les deux.

- Comment ça ? l'interrogea Colin.

- Elle te fait un coup bas et tu lui pardonnes un peu trop facilement à mon goût. Et toi, Lily, tu me caches des choses. Tu deviens plus secrète depuis que tu traînes avec ce mec. Alors dîtes moi ce qui se passe entre vous ?

- Oui, c'est une très bonne question, n'est-ce pas, Potter ? siffla Colin, cyniquement.

- Il ne se passe rien. Que veux-tu qu'il y ait ? - Je ne sais pas. Peut-être que vous avez encore passé un pacte où tu dois lui obéir en échange de son pardon, soumit-elle.

- Franchement, tu crois que je m'embêterai à lui obéir pour son pardon ? Je ne suis pas de ce genre-là !

- C'est pas normal ! Je m'imaginais beaucoup de choses entre vous mais là, ça ne me plaît plus. Je n'aime pas être mise à l'écart de cette façon.

- Oh, je viens de comprendre ! Tu as peur que je prenne ta place de meilleure amie auprès d'elle ! Lewis, quand même ! Ce n'est pas parce qu'on devient ami, Lily et moi, qu'elle va t'oublier ! Elle a le droit d'avoir d'autres connaissances que mon frère et toi, non ?

- Oui mais ... vous deux ... je le répète, c'est bizarre. C'est pas de l'amitié, ni de l'amour comme je le croyais ... c'est plus ...

- Plus quoi ? s'emporta soudain Lily. Malsain ? Ambiguë ? Incroyable ? Impensable ? C'est quoi Jun ? Pendant des heures, tu me sors que je me cache la vérité, que les gestes ne mentent pas et maintenant tu me sors que nous sommes insolites. Tu veux quoi à la fin ? Ça m'énerve ce genre de choses. Quand on se déteste, ça soûle tout le monde mais quand on commence à s'aimer, on dirait que ça dérange encore plus. Va falloir vous décider.

- Commencer à vous aimer ? s'étonna Jun en reprenant les paroles de la rouquine.

- Oui, répondit Colin à sa place. »

Jun resta un instant à ne plus bouger, les regardant tour à tour avec de grands yeux puis elle se reprit. Elle cligna des paupières à plusieurs reprises comme si elle venait de se réveiller. Une étincelle éclairait ses pupilles. Une idée venait de germer dans son esprit. Elle ouvrit la bouche, ébahie par sa révélation. Dans un murmure, elle leur demanda :

« - Vous ... Qu'est-ce qui se passe entre vous ?

- Je t'ai dit qu'il n'y ...

- Avait rien, je sais ! Maintenant, je veux savoir la vérité que tu nous caches. On a le droit de le savoir.

- De quoi tu parles ? se mêla Chris, surpris. Qu'est-ce qu'ils cachent ?

- On ne te cache rien, mentit Lily.

- Cesse de nous prendre pour des truffes, je déteste ça. Je ne suis pas n'importe qui, je suis ta meilleure amie, Lily. »

Les poings serrés sur les hanches, Jun fusilla Lily du regard. Elle fit demi-tour et commença à partir. La rouquine leva les yeux au ciel, jeta un coup d'œil à Colin qui semblait plutôt heureux de la tournure des choses. Elle soupira et interpella sa camarade :

« - Reviens, Jun ! Je vais tout ... t'expliquer ! »

Elle ferma les yeux pour ne pas voir la réaction de ses amis et leur avoua :

« - Si Colin et moi passons du temps ensemble ... c'est parce que nous ... nous sommes ensemble !

- Que vous êtes ensemble ? s'étonna Chris. Par ensemble, tu veux dire vraiment ensemble ou ...

- Je veux dire ensemble. Nous formons un couple, lui répondit-elle après avoir rouvert les paupières.

- Un vrai couple ? Avec bisous et tout ? demanda Jun, amusée.

- Jun ! la réprimanda la rouquine. - Mais ... mais c'est trop bien ! Depuis le temps qu'on attendait ça ! s'exclama Chris. »

Jun et Chris se regardèrent un instant puis sans prévenir, se prirent dans les bras. Lily les observa, prête à appeler les guérisseurs de Ste Mangouste. Elle sentit la main de Colin se faufiler dans son dos pour trouver sa place au niveau de sa hanche. Elle se tourna vers lui et lui demanda du regard ce qui pouvait bien se passer dans l'esprit de Jun et son frère. Mais Colin haussa les épaules, incapable de répondre.

« - On pourrait savoir ce qui se passe ? demanda Lily, vexée d'être mise à l'écart.

- Ça fait des mois qu'on cherche à vous faire sortir ensemble, lui répondit Jun après s'être reculée de l'étreinte de son meilleur ami.

- Hein ?

- Et oui, nous, on a les yeux en face des trous. Vous êtes faits l'un pour l'autre, même si cela me dépasse encore, indiqua la jolie japonaise.

- Tu es complètement folle, c'est officiel.

- Je ne suis pas folle, je suis heureuse. Heureuse que tu aies enfin tournée la page avec Anton. Heureuse que tu aies vu Colin. Heureuse de tout, énuméra-t-elle avant de sautiller sur place. Maintenant, j'aimerai savoir pourquoi tu nous l'as pas dit ? Et depuis quand vous êtes ensemble ? Qui a fait le premier pas ?

- Curieuse ! lui lança la rouquine, souriante.

- Pas du tout ! Allez, réponds !

- C'est moi qui ait dit ouvertement ce que je ressentais à ce vieil ours grincheux !

- Grincheux ? Moi ? Tu te fous de moi ? l'interpella Colin. Tu te souviens de ce que tu venais de me faire ?

- Oui, c'est vrai que tu avais de très bonnes raisons d'être désagréable avec moi mais ... Enfin, ça s'est fait il y a dix jours, je crois.

- Le jour où ... commença Chris.

- Oui, oui. On va pas revenir encore une fois là-dessus, le coupa Lily. J'ai fait une erreur, alors même si je l'assume, on va ... changer de sujet. - Comme tu voudras ... Mais dis-moi, si ça fait autant de temps que vous êtes ensemble, pourquoi vous n'avez rien dit ?

- Merci, Lewis ! C'est une excellente question. Tu ne trouves pas, Lily ? la pria Colin.

- Si, si. C'est de ma faute ... je veux pas que l'école sache !

- Mais c'est ridicule ! proféra Jun.

- Oh c'est bon, tu vas pas t'y mettre non plus. Je ne me sens pas prête pour soutenir le regard de tout le monde.

- Mais les gens en ont rien à foutre !

- C'est ce que tu penses ? Personnellement, j'en doute ! Souviens-toi que Colin et moi sommes pour eux les pires ennemis que Poudlard ait pu accueillir.

- J'ai toujours su que tu détestais que les gens parlent sur toi et ta famille mais de là à te cacher pour vivre une histoire d'amour, c'est un peu exagéré, je trouve.

- Pour une fois, je suis tout à fait d'accord avec toi, Lewis ! lui affirma Colin.

- Vous allez pas vous y mettre tous les deux. Je n'y peux rien. J'ai toujours été sous les projecteurs et ça m'a dégouté à vie d'être populaire ou célèbre. Je n'ai aucune envie d'être ... »

Lily fut coupée dans son plaidoyer par un hibou. Ce dernier venait d'entrer par une fenêtre ouverte et se dirigeait rapidement vers eux. Il se posa sur le sol puis tapa régulièrement dessus avec sa patte. La rouquine se pencha sur le volatile et détacha la lettre qu'il leur apportait. Sur le dessus, était noté le nom de Colin. Elle lui tendit en lui disant :

« - C'est pour toi !

- Merci ! »

Colin la prit et se mit à l'ouvrir. Il sortit le vieux parchemin tâché qui se trouvait à l'intérieur, le déplia et commença à lire la missive. Au fil de sa lecture, les trois autres purent voir son visage se fermer petit à petit et blanchir. Cela inquiéta sérieusement Lily qui posa sa main sur l'avant-bras du jeune sorcier mais ce dernier recula brusquement, froissa le papier et bégaya :

« - Je ... Je ... je dois partir !

- Où ? demanda Lily. Qu'est-ce qui se passe ?

- Rien ... rien du tout ... je ... je dois juste partir ! Mais ... euh ... on peut aller à Pré-au-Lard ensemble si tu veux, proposa-t-il en continuant de s'éloigner.

- Oui mais ...

- Alors on se rejoint dans ... disons, une heure, ok ? l'invita-t-il.

- Parfait mais ... »

La fin de sa phrase resta coincée tout au fond de sa gorge. Elle le regarda courir dans le corridor puis elle se tourna précipitamment vers Chris. Elle le fusilla du regard comme s'il était la cause du départ impromptu de son petit-ami.

« - Quoi ? s'exclama Chris.

- Qu'est-ce qui lui arrive ? Pourquoi il est parti comme ça ? Et que fait ce hibou encore là ?

- Il attend la réponse de Colin sans doute. Pour ce qui est du reste, je ne peux pas te répondre, je n'en ai aucune idée.

- De toute façon, toi, dès que je te demande des réponses sur votre vie, je me prends un mur en pleine figure. C'est pénible.

- Tu m'énerves à être impulsive comme ça !

- Colin est mon petit-ami et il y a certaines choses qu'il me cache. C'est quoi ? hurla Lily.

- Calme-toi, Lily, tenta Jun.

- Ouais, c'est ça. Salut ! »

Elle fit demi-tour et se dépêcha de retourner à la salle commune des Gryffondors pensant y retrouver Colin ...


La pièce était vide ... enfin à part quelques élèves qui jouaient à la bataille Explosive. Elle ne leur accorda même pas un regard et monta dans le dortoir des garçons. Sans frapper, elle ouvrit la porte et tomba nez-à-nez avec Hugo. Le roux s'arrêta net en voyant sa cousine dans l'embrasure. Sans essayer le moins du monde d'être polie avec lui, Lily lui grogna :

« - T'aurais pas vu Colin ?

- Euh, non pas depuis ce matin. Pourquoi ?

- T'es sûr ?

- Ouais. Pourquoi ? répéta-t-il. »

Elle ne lui répondit rien et descendit à toute allure l'escalier. Aussi vite que ses talons le lui permettaient, elle se rendit dans le parc. À partir du moment où Colin s'était mis à lire la lettre, Lily avait eu un mauvais pressentiment. Il se passait quelque chose de plus ou moins grave et elle avait besoin de savoir ce que c'était.

De nombreux groupes d'élèves s'amusaient ou travaillaient dans le parc profitant de ce beau jour ensoleillé. Elle essayait désespérément de distinguer Colin parmi eux mais il n'était pas là. Où pouvait-il bien être ? Elle était sur le point de retourner à l'intérieur du château pour le chercher quand elle le vit.

Il était en train de marcher aux côtés de cette Jordan de malheur. Oh bien sûr, Lily ne la connaissait pas assez pour se permettre ce genre de réflexion mais lorsque votre petit-ami préfère se confier à une autre fille que vous, vous avez tous les droits dont celui de vouloir la mort de la fille en question. Et c'était justement ce que Lily préméditait lorsqu'elle passa à leur droite sans les regarder. Elle préférait imaginer Jordan à l'agonie que de devoir affronter Colin.

Malheureusement, ce dernier ne voulait pas de cet arrangement. D'une voix forte mais sans assurance, il l'interpella :

« - Lily, attends ! »

Elle décida de ne pas l'écouter et de continuer son chemin. Ce qui était une grosse erreur, elle le savait. Elle aurait dû s'arrêter et l'écouter s'expliquer mais elle poursuivit son meurtre virtuel. Trop absorbée, Lily ne vit pas la première marche de l'escalier et tomba la tête en avant. Celle-ci se cogna lourdement contre le marbre. Une forte douleur l'envahit soudain. La tête lui tourna, une envie de vomir la prit alors. Elle tenta de se lever mais ses jambes n'étaient plus contrôlées par son cerveau qui criait lui-même à l'aide. Elle vit derrière ses yeux embués le sang s'écouler longuement sur le sol. À quatre pattes par terre, Lily fixa le sol froid avant de perdre connaissance.


Dans son sommeil, Lily sentit une main se poser tendrement sur la sienne, la faisant sursauter. Elle ouvrit les yeux et constata que sa vue était de nouveau claire. Elle se frotta les yeux et murmura:

« - Je lui avais bien dit que c'était pas pour moi ces trucs de filles ! »

Difficilement, elle se releva sur son lit se mit à fixer intensément Colin. Ce dernier était assis sur une chaise et l'observait comme si elle était sur le point de disparaître. Puis la scène lui revint. Colin et Jordan. Elle retira sa main de l'emprise de celle du jeune sorcier et la porta à sa blessure au front. Il n'y avait plus rien. Aucun fil, aucune cicatrice, comme si ce qu'elle avait vécu n'avait été qu'un cauchemar.

« - Pourquoi tu ne t'es pas arrêtée quand je t'ai appelée ? Pourquoi tu as encore fait ta mauvaise tête ?

- Et toi ? Pourquoi te confies-tu à cette ... fille plutôt qu'à moi ? Pourquoi cours-tu la voir quand tu reçois une lettre qui te fait mal ? Pourquoi tu me prends pour une idiote ?

- Je ne te prends pas pour une idiote, Lily, lui dit-elle d'un ton lent.

- Non ? Alors réponds à mes questions !

- Je n'ai rien à répondre. J'ai le droit de parler à qui je veux. Laisse-moi un peu de liberté, Lily.

- Tu veux de la liberté ? Et bien casse-toi !

- Pardon ?

- Tu m'as très bien entendue, Colin. Casse-toi ! cria-t-elle dans l'infirmerie.

- Tu ne penses pas ce que tu dis là, j'espère ?

- Tu veux que je te fasse confiance et qu'on dise tout à l'école mais je ne te connais pas. Non pas que je ne le veuille pas mais tu me mets des bâtons dans les roues, Colin. J'ai besoin que tu te confies à moi lorsque ça ne va pas. J'ai aucune envie que tu ailles voir une autre pour les choses sérieuses. Je suis pas là seulement pour les rendez-vous amoureux. Mais si c'est trop pour toi, tu n'as qu'à sortir avec ... Jordan.

- Je veux pas sortir avec Jordan. C'est avec toi que je veux être !

- Alors prouve le moi ! Qu'est-ce que c'était que cette lettre ?

- Je ... je peux pas. C'est trop compliqué.

- C'est trop compliqué pour moi mais pas pour cette ... Je vais me taire sinon je vais être méchante.

- Oui, c'est ça, tais-toi.

- Tu te rends pas compte, Colin. Pas le moins du monde. Tu crois quoi ? Que notre relation est un jeu pour moi ?

- Bien sûr que non.

- Si je ne veux rien dire, c'est pour me protéger. J'ai besoin de cette protection. Entre ma vie qui est exposée à tous à cause de ma famille célèbre et ma rupture plutôt difficile avec Anton, j'ai besoin de me dire que si ça se passe mal - ce qui peut arriver vu notre passé – toute l'école ne sera pas là à me scruter, à m'épier pour savoir si je tiens le coup. J'ai besoin de savoir que personne ne fera de paris sur le nombre de jours durant lesquels je pleurerai. J'ai besoin d'une vie privée. Si c'est trop te demander, tant pis.

- Pourquoi tu ne me l'as pas dit plus tôt ? Je ne t'aurais pas mis la pression comme je l'ai fait !

- J'ai pensé que tu pourrais essayer de me comprendre comme moi je le fais avec toi.

- Je suis désolé. Vraiment désolé. Mais si toi, tu as besoin de temps, moi aussi. Je peux pas me confier à toi aussi facilement. Mais sache qu'il n'y a rien entre Jordan et moi. Elle veut même sortir avec mon frère.

- C'est ... c'est vrai ? Y'a rien entre vous ?

- Je te le promets. Ça va mieux ? demanda Colin après un long silence.

- Oui, un peu.

- Tu m'as fait vraiment peur, tu sais ? lui murmura-t-il en lui caressant les cheveux.

- Quand Jun m'a proposé de me relooker, j'ai pensé que ... ça pourrait te plaire alors j'ai accepté mais j'ai jamais été douée sur des échasses, expliqua-t-elle, confuse.

- Il est vrai que tu es ... comment dire, plus que canon, habillée comme ça mais tu es aussi bien dans ton propre style. Et puis que tous les mecs voient tes jambes et tout le reste, ça ne me plaît pas trop. Tu es ma petite-amie maintenant et ...

- Et ?

- Et je veux pas te perdre ! Je veux pas qu'un beau mec comme cet ... euh, comme David, vienne te draguer et te toucher ... berk ! Je l'interdis !

- Tu es marrant ! lança-t-elle avant de rire.

- Lily ?

- Oui ?

- Un jour, je t'expliquerai tout. Vraiment tout mais ... pas maintenant.

- Tu le feras vraiment ? - Oui. Quand je serai prêt. »

Elle avança le visage vers Colin et l'embrassa. Elle se recula et ébouriffa les cheveux du Gryffondor tout en riant.


« - Tout le monde nous regarde ! s'exclama la jeune sorcière avant de prendre une gorgée de son nectar d'abricot. »

Elle reposa sa chope sur la table et enfonça un peu plus sa tête dans les épaules. Elle fit la moue à son camarade puis défia du regard deux jeunes filles de cinquième année à Serdaigle.

« - Qu'est-ce que ça peut faire ? lui demanda-t-il, las.

- Tout le monde nous regarde ! répéta-t-elle sur un ton cassant.

- Et alors ?

- Alors, ça m'agace ! Je déteste leur regard de fouine sur moi.

- De fouine ? s'exclama le jeune sorcier avant d'éclater de rire.

- Te moque pas de moi !

- J'me moque pas, c'est juste que tu es trop drôle ... Excuse moi, Lily ! »

Il lui sourit et elle ne put résister. Son visage se détendit et elle oublia tous les clients du bar Les Trois Balais. Elle se mit à mordiller le bout de ses ongles tout en contemplant le beau brun qui était assis devant elle. Lily observa la position que sa bouche prenait lorsqu'il but un peu de sa Bièraubeurre, la façon qu'il avait de mettre sa main à trente millimètres de la sienne et surtout sa manière de la regarder, elle et pas une autre.

Elle fut dérangée dans ses pensées par quelqu'un qui s'installait bruyamment à côté d'elle. Elle détourna ses yeux de Colin et vit Jun. Cette dernière, souriante comme toujours, était accompagnée par l'habituel Tim réservé. La jolie japonaise s'exclama :

« - Salut les amoureux !

- Jun ! la fustigea Lily.

- Oh oui, j'avais oublié ! La discrétion !

- Je suis désolé mais ... Jun me l'a dit, tout à l'heure, insinua le vert et argent.

- Non mais c'est pas possible ! Ça devait rester entre nous, Jun ! cria la rouquine.

- Tu voulais que je mente à mon petit-ami sur un sujet comme celui-ci ? s'enquit Jun, le plus sérieusement du monde.

- Je ... non ! admit Lily, malgré elle en baissant la tête.

- Si je peux dire quelque chose, commença Tim, timidement. Vous ... allez très bien ensemble. Beaucoup de Serpentards le pensent d'ailleurs.

- Vraiment ?

- Oui, oui. Ils pensent que la haine est très souvent proche de l'amour.

- Je partage leur point de vue, affirma Colin.

- Vous voulez quelque chose à boire ? proposa Lily pour changer de conversation.

- Bien sûr. Je prendrai bien ... un sirop de cerise soda.

- Avec ou sans la glace ?

- Avec, lui répondit Jun.

- Ok ! Et toi, Tim ?

- Un jus d'œillet, s'il te plaît !

- Ok, je vous commande ça ! »

La rouquine se leva et se faufila entre les dizaines de tables qui la séparait du comptoir. Un jeune homme d'une vingtaine d'années était en train d'essuyer quelques verres avec un magnifique vieux torchon à carreaux, blanc et bleu. Il interrompit son geste lorsque Lily s'accouda au bar. D'un petit hochement de tête qui fit voltiger une de ses mèches blondes, il la questionna :

« - Qu'est-ce que vous désirez, mademoiselle ?

- Un jus d'œillet et un sirop de cerise soda avec glace, s'il vous plaît, énuméra Lily.

- C'est parti alors ! »

Le barman fit volte-face et alla préparer les boissons que Lily lui avait demandées. Elle en profita pour observer la pièce bondée. Comme à chaque journée de sortie libre à Pré-au-Lard, tous les élèves y étaient venus et avaient accouru ici. Elle remarqua Hugo et Emily en train de flirter dans un coin tandis qu'Anton et Elibeth semblaient plongés dans une grande conversation à propos du livre rouge qu'elle tenait à la main.

Son regard ne s'attarda pas sur eux quand elle entendit son prénom dans la discussion d'un groupe de jeunes filles. Il se tenait sur une table ronde juste derrière elle. Elle les regarda juste assez longtemps pour remarquer qu'elles étaient toutes les quatre en septième année à Poufsouffle. Elle se retourna et écouta attentivement la suite.

« - Tu as vu comme elle se la pète aujourd'hui ? demanda la blonde sur un ton sournois.

- Oui, trop ! Avec ses talons et ses ... longues jambes ! Je la déteste, maugréa la petite brune.

- Moi, encore plus ! Et puis, je suis sûre qu'elle a pris tous ses habits à sa copine qui la suit partout !

- Jun Lewis ? suggéra la troisième aux grands yeux gris.

- Peut-être. Tout ce que je sais d'elle, c'est qu'elle sort avec le Serpentard trop mignon !

- Enfin, dans quelques temps, ça sera plus la seule à sortir avec un canon. Potter fait tout pour que Colin tombe dans son piège.

- Faut pas laisser faire ça, les filles, tonna la blonde en donnant un coup sur la table. »

Lily se retint de ne pas éclater de rire face à la palabre des adolescentes. Elle mit une main devant sa bouche et fut encore plus amusée par le reste.

« - Mais qu'est-ce qu'on peut faire contre elle ? interrogea la brune.

- Il faut la ridiculiser devant Colin. C'est le seul moyen ! annonça la belle sorcière aux yeux gris, en se penchant légèrement vers ses amies.

- Mais comment ?

- Je ne sais pas, moi ! Je peux pas tout faire non plus. À vous de trouver !

- Qu'elle tombe devant toute l'école ?

- Qu'elle se retrouve toute nue devant toute l'école ?

- Qu'une barbe lui pousse inlassablement ?

- Ou ses ongles ? »

Pendant que les Poufsouffles continuaient à imaginer les humiliations qu'elles rêveraient de lui infliger, le miroir qui se trouvait juste au-dessus du comptoir, lui renvoya immédiatement son image. Ses longs cheveux roux que Jun avait frisés pendant plus d'une heure encadraient son visage pâle. Ce jour-là, ses tâches de rousseur étaient curieusement bien visibles sous ses yeux noisettes aux reflets verts. Ignorant les gens autour d'elle, elle se fit un immense sourire et reprit l'écoute de la liste des adolescentes :

« - Et si on lui lançait un sort pour que des boutons lui apparaissent sur tout le corps ?

- Et votre intelligence, elle apparaît à quel moment dans cette conversation futile ? quémanda la dernière jeune fille qui n'avait pas encore ouvert la bouche.

- Jenny ! la réprimandèrent les trois autres.

- C'est pas en ridiculisant Potter que Philips va cesser de la regarder ! Ça aura sans doute l'effet inverse ! Alors arrêtez vos bêtises et attaquez-vous à des mecs à votre portée ! leur conseilla la dénommée Jenny.

- Elle a pas tort, chuchota la brune. »

Lily fut déconcentrée par le barman qui posa sa commande devant elle. Elle le paya et retourna à sa place en jetant un regard appuyé au groupe de Poufsouffle.

Une fois arrivée à sa table, elle donna à Jun et à Tim leur boisson respective. Tout en leur souriant, elle se rassit et mit son menton dans le creux de la paume de sa main tandis que Jun lui parlait :

« - Merci ! Faudra nous dire combien on te doit, ok ?

- Oui, bien sûr. J'y avais pensé aussi ! Vous parliez de quoi ?

- Colin venait tout juste de nous demander nos projets de l'après-midi !

- Qui sont, alors ?

- Shopping, shopping et shopping, répondit joyeusement la japonaise.

- Non ? Pauvre Tim ! Je suis à cent pour cent avec toi, le plaignit Colin en lui donnant une petite tape amicale sur l'épaule.

- Merci, vieux ! Je vais mourir avant le dîner de ce soir avec tous les magasins qu'elle veut faire !

- N'exagère pas, Tim ! intervient Jun, en faisant un peu la moue.

- Allez, je plaisante, chérie ! Et vous, vous allez faire quoi ?

- Aucune idée ! On n'en a pas encore parlé !

- Ne me dis pas que toi aussi tu veux faire tous les magasins du village ! s'écria Colin.

- Non, ne t'inquiète pas !

- J'avais pensé qu'on aurait pu se promener tout simplement, soumit-il à sa petite-amie.

- Bonne idée ! dit Lily avant de finir sa chope. »

Sans prévenir, la rouquine se leva, tendit sa main à Colin qui la lui prit aussitôt sans poser de question. Elle fit un petit geste à leur ami en leur affirmant :

« - On se retrouve à Poudlard en fin d'après-midi ! Bonne journée ! »

Elle entraîna Colin derrière elle et ils sortirent sous les regards interrogateurs de tous les élèves qui remplissaient le bar. Lorsque la porte se fut refermée sur leur passage, Lily éclata de rire.


Cela faisait à quelque chose près, trois heures que Colin et Lily se promenaient dans Pré-au-Lard. Depuis maintenant une quinzaine d'années, ce paisible village étant le seul du pays à ne pas compter de moldus parmi ses habitants, était devenu pour les sorciers l'endroit en vogue pour s'installer. Et la famille Weasley n'avait pas échappé à cette mode.

L'oncle Percy et sa petite famille étaient venus habiter une magnifique maison dans ce bourg l'été précédent la première rentrée à Poudlard de Lily. Grâce aux nombreux repas de famille que les Weasley et les Potter organisaient, Lily et tous ses cousins avaient tout le loisir de visiter Pré-au-Lard. La jeune rouquine connaissait à présent chacune des rues et impasses.

Colin avait d'ailleurs été très impressionné lorsqu'ils étaient passés devant la cabane hurlante. Ayant eu le droit aux récits détaillés des années à Poudlard de ses parents et de la guerre, Lily savait plus de choses que la moyenne des gens sur la maison « hantée ». Colin tel un élève modèle l'avait écouté attentivement sans l'interrompre une seule fois.

« - Les gens croient ce qu'ils veulent bien croire, conclut Lily en se tournant vers Colin.

- Avoue que personne n'aurait pu soupçonner une histoire pareille ! s'exclama-t-il en reprenant sa marche.

- C'est vrai ! En tout cas, ça me fait toujours autant rire quand j'entends des dernières années faire peur aux premières avec une légende bidon sur cette cabane, avoua-t-elle en calant son rythme sur celui de son petit-ami.

- Pense que si tes parents n'étaient pas ceux qu'ils sont, tu serais aussi ignorante que nous tous !

- Mais alors, dans ce cas, je serais peut-être ignorante mais je serais sans aucun doute ignorée par tout le monde ... ce qui me ferait pas mal de vacances, crois-moi !

- Tu ne vas pas mettre ça sur le tapis, Lily ! pesta Colin en s'arrêtant devant une animalerie.

- Quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit ?

- Je déteste quand tu fais ça !

- Ça quoi ?

- Te plaindre de ta situation familiale ! Je me doute que ça ne doit pas être simple tous les jours d'être reconnue par tout le monde mais dis toi que ça pourrait être pire. Pense à ceux qui voudraient tellement être à ta place confortable, Lily ! lui conseilla-t-il. »

À peine sa phrase finie, Colin tourna le dos à la rouquine. Il s'appuya sur le rebord de la vitrine et essaya de se calmer. Il regarda tout d'abord un chiot tout marron qui courait de long en large pour que Colin le remarque puis il vit au fond du magasin deux hiboux qui se donnaient des coups de bec. Lily posa à ce moment-là sa main sur son épaule et lui murmura :

« - Je suis désolée ! Je sais, je suis un peu trop râleuse mais je te jure, je me soigne ...

- Ouais, c'est ce qu'on dit ! marmonna-t-il.

- Je sais que je me plains trop mais c'est dans ma nature. Mes parents n'y sont pour rien, je le sais bien mais j'arrive pas à gérer leur célébrité et c'est ça qui m'agace vraiment. Je ne réussis pas à enlever cette image de « fille de » qu'on m'a mis à ma naissance. Mes frères y sont arrivés superbement bien. Ils ont réussi à se faire respecter pour leur propres talents. James était un fabuleux joueur de Quidditch tandis qu'Albus cartonnait tout en Duel. Et moi ? Je suis quoi ?

- Tu es toi ! Tu es une tête en Potions. C'est même parfois limite si la prof n'embrasse pas les pierres que tu foules. Tu as ton propre talent sauf que tu ne le vois pas, lui assura Colin. »

Elle baissa timidement la tête dont les joues venaient de virer au cramoisi et son regard fut attiré par une boule de poil blanc. Contrairement à tous les autres animaux de la vitrine, ce minuscule chat restait en retrait, peureux. Elle soupira puis sourit.

« - Il est mignon le chaton tout blanc !

- Où ça ?

- Celui dans le coin, là ! répondit-elle en désignant du doigt l'animal.

- Ouais, il est pas mal !

- Pas mal ? Il est a-do-rable ! s'extasia la rouquine.

- Qu'est-ce qu'il a de plus que les autres ? Il reste planqué !

- Il a peur de quelque chose qui m'est inconnu et ça ... ça me donne envie de le protéger et de l'aimer, chuchota-t-elle avant d'ajouter sur le ton de la confidence. C'est comme avec toi ! »

Elle ne prêta pas attention au regard médusé de Colin et fit un petit coucou de la main au chaton en disant :

« - Au revoir, toi !

- Tu es folle, tu le savais ça ?

- Oh que oui, sinon je sortirai pas avec toi ! plaisanta Lily.

- Qu'est-ce que tu sous-entends ?

- Qu'il faut être complètement folle ou tout simplement raide dingue de toi pour oser sortir avec toi, monsieur ! expliqua-t-elle.

- Et donc tu te classes dans la première catégorie ?

- Peut-être ! À toi de choisir ! »

Hilare, elle se mit à courir dans les rues de Pré-au-Lard pour rejoindre le château suivie de près par un Colin, lui aussi, radieux.


« - L'Astronomie pour les nuls ? Tu te mets à lire ça, toi ?

- Oui. Faut que je cartonne au prochain cours sinon je serais obligé d'aller en rattrapage. Et passer toute une après-midi sur les étoiles, très peu pour moi !

- Et tu penses que c'est en lisant ce genre de livre que tu vas réussir à reconnaître les constellations, Chris ! opina Lily en s'installant sur le canapé à côté de son ami.

- Je sais ... je déteste cette matière !

- Je te comprends mais en même temps, c'est toi qui a pris la décision de continuer cette matière malgré mes recommandations avisées !

- Il me fallait une matière de plus et je n'avais aucune envie de me taper l'Etude des Runes ou l'Arithmancie !

- Il est vrai qu'à choisir, l'Astronomie n'est peut-être pas le pire ! conclut-elle. »

Lily attrapa le livre de Chris et le feuilleta rapidement. Elle s'arrêta sur deux ou trois pages pour lire une légende ou observer une photographie tandis que Chris lui demandait :

« - Tu as laissé mon frère à Pré-au-Lard ?

- Non, il a sa retenue avec MacPhil à cause de ...

- L'explosion de son chaudron ! finit-il. J'avais oublié ce petit épisode désopilant !

- Tu es bien le seul ! lui fit-elle remarquer. »

Elle lui rendit l'ouvrage et dans un élan qui lui était inconnu, Lily lui murmura sérieusement:

« - Chris, j'aimerai te parler de quelque chose qui ...

- Je dois encore relire deux chapitres d'Arithmancie et que je relise le protocole de la prochaine potion que l'on doit faire sinon je vais me planter en beauté.

- C'est important pour moi, s'il te plaît ...

- Tu veux savoir quoi ?

- Je ... en fait, je m'inquiète pour quelqu'un, enfin disons que cette personne est ...

- Alors déjà, on va parler ouvertement parce qu'on sait tous les deux de qui tu parles ! Et enfin, si tu veux savoir un truc sur Colin, demande-lui directement !

- Je ne peux pas lui demander parce qu'il ne me répondra jamais ! Tu le connais, il va me dire que ça ne me regarde pas et il mettra ainsi fin à notre conversation.

- C'est vrai que c'est fort probable, admit Chris.

- Alors s'il te plaît, réponds à mes questions !

- Je vais faire de mon mieux ...

- Pourquoi Colin réagit aussi violemment quand je parle de mes parents ?

- J'peux pas dire ... c'est trop personnel !

- Personnel ? s'écria-t-elle en attirant l'attention de quelques Gryffondors. Je suis sa petite-amie, il n'y a rien de trop personnel qui le concerne, continua Lily à voix basse.

- Je sais ... mais il va m'en vouloir si je t'en parle. Je pense vraiment que c'est à lui de répondre à tes interrogations.

- Il a eu un problème avec tes parents ?

- Oui, plus ou moins

! - Quelque chose de très grave ?

- Oui, très !

- J'étais déjà inquiète avant de te parler, maintenant c'est encore pire ! Tu peux pas me donner un indice sur la nature de ... ce ... cet événement ?

- Non, demande à Colin !

- Ça te concerne aussi ?

- Bien sûr ! Ceux sont nos parents à tous les deux !

- Merci, je m'en doutais un peu, bizarrement ! Ce que je voulais savoir, c'était si tu avais eu des répercussions de l'erreur de Colin.

- Colin n'a fait aucune erreur ... il n'a rien fait du tout, ok ? Ne dis plus jamais ça ! hurla-t-il en se levant.

- Désolée ... je n'ai rien dit. C'est juste que je veux savoir ...

- Savoir si ce qu'a dit David est vrai ou pas, c'est ça? Même si dans le fond, je te comprends, je ne peux rien te dévoiler et comme je te l'ai répété plusieurs fois, demande plutôt au premier intéressé. Mais surtout, ne fais pas la bêtise de dire qu'il a fait une gaffe. »

Lily le regarda s'éloigner à toute vitesse. Elle n'était pas du tout plus avancée après une telle conversation. Bien au contraire ! À son tour, elle monta les escaliers et entra dans son dortoir qui était vide. Elle se dirigea vers la salle de bain et commença à se faire couler de l'eau dans l'immense baignoire. Il fallait qu'elle réfléchisse intelligemment à toute cette histoire mais surtout qu'elle ose enfin solliciter des réponses à Colin.