Chapitre 16
Depuis le début de l'année, Lily avait toujours adoré le jeudi matin. Commencer à 10h était comme une bénédiction pour elle et ce jeudi-là n'échappait pas à la tradition que le directeur Vickers avait instaurée à son arrivée.
Quand elle se regarda dans la glace après s'être lavée et habillée, Lily se plut aussitôt. Bien sûr, elle n'arrivait pas à la beauté naturelle de Jun ou à celle artificielle de Naomi mais elle se contenta de ce que le miroir lui renvoyait.
Bien réveillée et prête à endurer cette journée, elle se dirigea vers sa boîte à bijoux pour prendre sa montre. Elle l'ouvrit délicatement et attrapa ce qu'elle cherchait mais son regard fut attiré par un éclat inhabituel, une sorte de rayon bleu clair. Elle prit dans ses mains le petit bracelet auquel un pendentif bleu était accroché. Il n'y avait aucun doute, c'était cette perle qui l'avait ébloui.
Malgré le fait que Lily trouvait le cadeau de ses parents magnifique, elle ne l'avait porté à peine qu'une demi-journée. Des choses bizarres s'étaient passées quand elle l'avait eu au poignet. Elle l'observa attentivement, sous tous les angles possibles et imaginables. Poussée par un élan de courage, elle le mit, bien décidée à vérifier ses ... hallucinations.
Et sans tourner en rond plus longtemps, elle sortit de son dortoir et descendit dans la salle commune pour attendre Colin Philips. Quel bouleversement dans sa vie ! Elle sourit à cette pensée tout en s'installant sur un fauteuil. Machinalement, elle commença à tripoter son bracelet, le ventre noué.
De sa place confortable, elle pouvait quand même apercevoir le ciel bleu qui s'assombrit soudain quand des dizaines et des dizaines de volatiles passèrent devant les fenêtres. Elle se hâta de rejoindre l'une d'elles et contempla tout à sa guise la volée d'oiseaux. Elle n'avait jamais vu tel spectacle. Elle se mit sur la pointe des pieds pour pouvoir les admirer le plus longtemps possible.
Quand ils eurent quitter définitivement de son champ de vision, elle consulta sa montre et remarqua que le petit-déjeuner n'allait bientôt plus être servi. Elle se mit au bas de l'escalier et cria:
« - Philips ! C'est quand tu veux ! »
Pour seule réponse, un petit grognement lui parvint d'une porte ouverte à l'étage. Amusée, elle lança :
« - Si tu n'es pas là dans cinq secondes, je viens te chercher par la peau des fesses, c'est compris ?
- Ouais, j'arrive ! J'écris une lettre !
- À qui ?
- Si on te le demande, tu n'auras qu'à répondre que tu ne sais pas ! »
Elle grimaça et croisa les bras devant sa poitrine. Curieuse de nature, elle détestait être mise à l'écart. C'est pour cela qu'elle le prévint, vexée :
« - Écris bien alors, moi j'y vais ! »
Elle n'avait eu le temps que de faire trois pas que Colin arrivait en trombe en bas des marches. Elle fit un brusque demi-tour vers lui. Ses cheveux en bataille et les poches sous ses yeux indiquèrent à Lily que le jeune sorcier n'avait pas dû passer une bonne nuit et ceci l'ennuya. Elle décroisa ses bras et l'embrassa tendrement. Toute colère s'était évanouie. Elle lui susurra alors :
« - Tu m'as manqué !
- Que me vaut cet accueil chaleureux alors qu'il y a encore dix secondes, tu me criais dessus ?
- Changement d'humeur, j'ai pas le droit ?répliqua Lily.
- Si c'est dans ce sens pas de problème ! Bon on y va à ce petit-déj' parce que j'en connais une qui a la dalle ! plaisanta Colin en la prenant par la main.
- Même pas vrai d'abord ! »
Une dizaine de minutes et quelques baisers volés plus tard, les deux Gryffondors passèrent enfin la porte de la Grande salle. Leur arrivée fut à lui seul le divertissement de toute l'école. Personne encore n'arrivait à s'habituer à leur nouvelle complicité en dehors de leurs amis très proches.
Lily ne put s'empêcher de sourire bêtement quand elle vit quelques jeunes filles la fusiller du regard. Malgré ce qu'elle avait cru, susciter de la haine mais surtout de la jalousie de la part d'adolescentes superficielles lui procurait beaucoup de plaisir. Et pour envenimer un peu plus les choses, elle murmura à l'oreille de Colin :
« - Si elles en avaient l'autorisation, certaines ne se seraient pas gênées de me lancer un sort ou deux à notre entrée. »
Le brun leva les yeux au ciel et se mit en marche pour rejoindre Jun et Tim qui mangeaient déjà à la table des Gryffondors. Lily le suivit de loin tout en narguant toutes celles qui auraient voulues être à sa place. Elle s'assit en face de Tim, les salua d'un mouvement de la tête. Tout en se servant, les garçons commencèrent à discuter :
« - Tu as lu l'interview d'Emma Calinter ?
- Dans quel magazine ? se renseigna Colin.
- Dans « Balais volants ».
- Oui, je l'ai lu hier, s'enthousiasma le sorcier. Y'avait un deuxième année qui l'avait oublié dans la salle commune.
- Tu as vu les photos qu'ils ont pris d'elle ?
- Oh que oui ! »
D'un même geste, les filles donnèrent un petit coup derrière la tête de leur petit-copain respectif. Jun s'exclama :
« - Faîtes comme si on était pas là, bande de pervers !
- De quoi tu parles ? demanda Tim, innocemment.
- Tu as vu les photos qu'ils ont pris d'elle, répéta-t-elle en l'imitant avec beaucoup de talent.
- Et alors ! Elle a été prise en photo avec un balai qui n'est pas encore sortie en magasins. Emma est selon l'article, la première personne et surtout la première joueuse professionnelle à l'utiliser. Elle va faire gagner son équipe le week-end prochain grâce à ce balai hors-norme, s'extasia le Serpentard.
- Ah ... ah d'accord. Excuse-moi mon chéri ! dit la japonaise en l'embrassant.
- Toi aussi Lily, tu pourrais t'excuser. Tu m'as fait mal, se plaignit Colin en se frottant vigoureusement le crâne.
- Pardon, murmura seulement la rouquine. Mais si c'était à refaire, je n'hésiterai pas le moins du monde.
- Oh mais je n'en doute pas ma chérie, déclara-t-il avant de lui faire une petite grimace.
- Bon alors, ce balai ? Qu'est-ce qu'il a de si incroyable ? s'enquit Lily. »
Comme à chacun de leur petit-déjeuner, ils rirent tout en dégustant du bacon, des saucisses et des oeufs jusqu'au moment où Lily se rendit compte que Chris n'était pas apparu de tout le repas. La rouquine commença alors à s'inquiéter :
« - Chris ne mange pas ce matin ?
- Si mais pas avec nous ! »
Pour étayer ses propos, Colin montra aux trois autres où se trouvait son frère. Ce dernier était installé à la table des Serpentards encadré par Jordan, la nouvelle grande amie de Lily et un blond que la rouquine identifia comme étant Isaac Feldmann. Elle fronça les sourcils et tourna la tête vers son petit ami.
« - Qu'est-ce qu'il fait là-bas ?
- Ah ça ... c'est personnel ! fanfaronna Colin.
- Vous en avez pas marre de me sortir ça comme excuse ? tonna Lily.
- De quoi tu parles ?
- Rien, rien du tout ! dit-elle en se reprenant. Je déteste juste qu'on me dise que c'est personnel pour pas à avoir à me répondre. C'est pénible.
- Bon ok ! Je vais vous dire ce qu'il fait là-bas ...
- Tu nous le sors ou on va devoir attendre encore longtemps, s'exclama Lily après un long silence.
- En fait ...Jordan veut sortir avec lui ! Alors j'ai ... comment dire ... essayer de lui donner un petit coup de pouce !
- Chris avec ... Jordan ? marmonna Tim.
- Tu te fous de nous ? lui demanda Jun.
- Non pourquoi ?
- Ils vont pas du tout ensemble !
- Et pourquoi ça, Lily ?
- Parce qu'ils sont trop différents ! répondit Jun à la place de sa meilleure amie. Chris est timide et posé alors que Jordan est plus ...
- Plus quoi ?
- Plus extravertie, finit Tim. Elle n'a pas froid aux yeux, disons !
- Mais qu'est-ce que vous racontez ? Jordan est une fille très bien !
- On a rien dit de mal sur elle ! C'est pas encore un défaut d'être extravertie que je sache. On trouve seulement que les caractères de Chris et de Jordan sont un peu trop opposés, c'est tout, adoucit Lily en posant sa main sur celle de Colin.
- On dit bien que « les opposés s'attirent », non ?
- On dit aussi « qui se ressemble, s'assemble », lui rappela Jun, un grand sourire aux lèvres. »
Il fit une petite grimace qui fit rire les deux filles avant de se lever. Il partit à grandes enjambées. Lily termina son verre de jus de citrouille à toute vitesse et le rejoignit rapidement. Accompagné de Jun et Tim, ils se dirigèrent tranquillement vers leur premier cours de la journée. Défense Contre les Forces du Mal.
« - Je déteste cette matière, se plaignit encore Lily.
- C'est seulement la trente cinquième fois que tu me le dis depuis hier soir, lui apprit Colin.
- Dis-toi que tu as eu de la chance, Philips ! Une fois, avec Chris on l'a entendu dire ça, soixante-trois fois en moins de cinq heures !
- Pas mal, je m'incline bien bas ! plaisanta Colin.
- Oh ça va ! Arrêtez ! C'est pas de ma faute. J'ai l'impression de n'avoir que cette satanée matière. Ils pourraient nous mettre plus de Potions et moins de Défense.
- Oh cesse de te plaindre ! Ça pourrait être pire !
- Et comment ? s'étonna Lily.
- Le prof pourrait être nul et désagréable !
- Je l'aime pas ce prof. Malgré tout ce que tu pourras me dire sur lui, je ne l'aime pas, répéta-t-elle. Il est mauvais et je ne parle pas de ses cours en disant ça !
- Tu exagères toujours tout, Lily !
- Je n'exagère rien du tout ... il est bizarre ! »
Énervée par son amie, Jun accéléra le rythme et passa devant. Derrière elle, Tim essayait tant bien que mal de la suivre. Au bout de quelques minutes, Lily et Colin perdirent les deux autres de vue. La rouquine s'interrogea alors :
« - Qu'est-ce que j'ai encore fait ?
- Je pense que lui dire que Jenkins est mauvais, n'est pas la meilleure des façons de lui présenter les choses.
- Mais c'est vrai, non ?
- Oui, mais Jun ne le sait pas. Elle ne voit que le professeur, pas l'homme qu'il cache, lui rappela Colin.
- Et c'est bien dommage, selon moi !
- Peut-être mais ... tu connais Jun ...
- Oui !
- Allez, c'est pas grave ! Elle se calmera bien et puis la prochaine fois, ne sois pas si ... directe avec elle sur ce sujet !
- Ok, comme tu veux ! grogna-t-elle. »
Que quelqu'un lui vienne en aide !
Il n'avait qu'une envie de se prendre la tête entre les mains et la taper le plus fort possible contre la table. Mais que faisait-il ici ?
Il leva les yeux un instant de son assiette et vit qu'une gamine de deuxième année le dévisageait intensément. Il avala difficilement sa salive et détourna son regard. Il devait être arrivé en enfer, c'était la seule explication à cette situation cauchemardesque.
Pendant un bref moment, il essaya de se concentrer sur la discussion que Kyle Tinymind et Isaac tenaient mais il cessa immédiatement. C'était insupportable d'entendre ces deux idiots batailler pour savoir lequel avait les plus beaux cheveux. S'il restait encore dix secondes assis ici, c'était sûr il perdrait plusieurs neurones.
Alors, pour ne pas attirer l'attention sur lui, il se leva sans bruit mais malheureusement la gamine qui était en face de lui, s'en rendit forcément compte et se leva à son tour. Mais cette petite blonde ne semblait pas très douée pour synchroniser ses mouvements. Elle donna un coup de hanche dans la table, faisant ainsi tomber tous les verres qui se trouvaient à proximité.
Le jus de citrouille que Chris n'avait pas fini, se répandit aussitôt sur toute la surface du meuble. Le pantalon du Gryffondor se retrouva alors complètement trempé sur le devant. Chris ouvrit de grands yeux, effaré par la bêtise de la minuscule Serpentard.
« - Non mais ça va pas Nelly ! la réprimanda Isaac.
- J'ai pas fait exprès ! se défendit la blonde.
- Heureusement sinon je me serais inquiété pour ta santé mentale. Range-moi ça et plus vite que ça, lui ordonna Isaac.
- Oui, oui.
- Laisse la ! intervint soudain Chris. Elle l'a pas fait exprès et puis de toute façon, les elfes vont s'en charger !
- Nelly est ma sœur et je sais pertinemment qu'elle est stupide !
- Ça doit sûrement être de famille alors, s'exclama Chris avant de tourner les talons. »
Quel idiot ! Comment avait-il pu vouloir sortir avec un mec tel que lui ? Certes, il était beau mais sa conversation et sa culture laissaient totalement à désirer. Ses petits rêves et fantasmes avaient désormais pris fin.
Tandis qu'il passait la porte de la Grande salle, il passa une main dans ses cheveux et baissa la tête pour voir les dégâts que la dénommée Nelly avait provoqués. On aurait dit qu'il avait fait dans son pantalon. Il se dépêcha de prendre sa baguette pour nettoyer tout ça.
C'était fini ! Son calvaire était terminé. Enfin c'est ce qu'il pensait quand il mit le pied sur la première marche de l'escalier du hall ...
« - T'as pas été cool avec Isaac ! lui lança une voix derrière lui.
- Pardon ? articula Chris, déconcerté en se tournant vers la personne.
- Quand tu lui as dit qu'il était stupide, c'était bien trouvé mais pas très cool quand même ! expliqua la jolie Jordan qui arrivait à la hauteur du Gryffondor.
- Il l'a cherché ! Il m'a gonflé pendant tout le petit-déj' avec sa mèche à me demander si elle n'était pas trop plaquée. Je déteste les gens comme ça. Je suis désolé de te dire ça aussi crûment, je sais que c'est un bon ami à toi.
- Oh mais ne t'inquiète pas, j'ai plutôt l'habitude qu'on me dise ça. Il est pas méchant mais ... un peu trop nombrilisme.
- Ok ... Faut ... faut que j'aille en cours, je vais être en retard sinon, lui affirma-t-il un peu gêné.
- Oh oui, vas-y ! »
Il ne vit pas comment elle fit mais quelques secondes plus tard, les lèvres de Jordan étaient contre les siennes. Il ne bougea pas du fait de la surprise. Si quelqu'un l'avait vu à cet instant précis, il aurait même perçu un brin de peur dans ses yeux.
Au bout d'un moment qui parut encore plus long qu'une éternité à Chris, elle se recula tout sourire et partit en courant vers les cachots. Il resta immobile à fixer l'endroit où Jordan avait disparu tandis que son cerveau hurlait des « Pourquoi ? » à tout va.
Concentrée, Lily observait une araignée tisser sa toile sur une petite étagère de la salle de Défense Contre les Forces du Mal, près d'une fenêtre. L'arthropode avait le dos velu noir et marron. Elle était rapide et minutieuse ce qui impressionna fortement la rouge et or. Lily la perdit de vue lorsque l'animal se faufila dans un minuscule trou du mur. Elle fut déçue et reporta alors son attention sur le cours.
« - C'est pour cela qu'il faut être très prudent. Il faut savoir le jeter avec précision. Il peut vous sauver la vie, je vous le rappelle. »
Le professeur Jenkins se trouvait comme à son habitude derrière son bureau. Il jeta un regard paternel à toute la classe et se leva. Il se racla la gorge et reprit son élocution :
« - Pour vous exercer, nous allons passer à la pratique. Par binôme, l'un lancera des sorts inoffensifs tandis que l'autre se défendra avec le sortilège que nous venons de voir. Bien sûr, tout ça se passera en silence alors on ne formule rien à haute voix. Vous pouvez commencer. »
Quand tous les élèves se levèrent, toutes les tables allèrent se placer contre les murs comme si elles étaient pourvues d'un esprit. Lily tourna sur elle-même et vit que déjà, quelques groupes avaient commencé l'exercice demandé. Colin posa une main sur son épaule et lui demanda :
« - On se met ensemble ?
- Euh ... je sais pas. D'habitude, je suis avec Anton, répondit Lily, penaude.
- Je pense que c'est réglé alors, lui affirma Colin en lui montrant que le préfet travaillait avec Elibeth.
- Parfait. »
Baguettes en main, ils essayèrent pendant une bonne heure de lancer le charme du Bouclier. Ce dernier était loin d'être compliqué mais la difficulté de l'exercice consistait au fait qu'ils ne devaient absolument pas parler. À plusieurs reprises, Lily voulut s'arracher les cheveux tellement elle enrageait intérieurement.
Les premiers à réussir l'impossible furent bien entendu Anton et Elibeth qui purent partir sous les regards envieux de leurs camarades. À partir de ce moment-là, le professeur Jenkins débuta une petite ronde entre les groupes pour corriger une position ou pour donner un conseil judicieux.
Quand il arriva à Colin et Lily, il fronça les sourcils. Lily le vit alors déglutir. Il se précipita sur la rouquine tel un félin sautant sur sa proie et lui attrapa fermement le poignet qui tenait sa baguette. Malgré la peur et la souffrance qui la submergèrent, Lily remarqua que son professeur tremblait. Pourquoi ? Elle n'en savait rien mais elle trouva ça bizarre.
Elle essaya de retirer son bras de cette étreinte forcée mais le professeur Jenkins avait beaucoup plus de force qu'une jeune fille de dix-sept ans. Elle lança un regard suppliant à Colin qui était resté immobile face à la scène. Le brun lança alors :
« - Lâchez-la, professeur, vous lui faîtes mal ! »
Mais rien ne changea. Jenkins était obnubilé par le poignet de la rouquine qui avait de plus en plus mal à se dégager de sa prise. Elle grimaça de douleur alors que le professeur chuchota comme pour lui-même, d'une voix éteinte :
« - Je la veux. Elle est à moi et ce n'est pas une petite gamine dans son genre qui va me poser problème. Il me la faut. »
Il serrait de plus en plus fort ce qui obligea Lily à lâcher sa baguette et à plier les genoux. C'est au moment où un petit cri lui échappa des lèvres que Chris tira la Gryffondor vers lui tandis que Colin menaçait son professeur de sa baguette.
« - Il me semble que vous n'êtes pas autorisé à agir ainsi avec vos élèves, professeur, insinua Colin. »
À ces mots, Jenkins redevint lui-même. Il secoua la tête dans tous les sens comme pour sortir quelque chose de celle-ci puis jaugea la situation d'un coup d'œil. Il réajusta sa cape avant d'annoncer à tous les élèves de la classe qui attendait une explication :
« - Veuillez pardonner ma maladresse, Miss Potter. Je voulais seulement vous montrer la façon dont on place son poignet pour ce sortilège.
- Nous n'avons pas tous la même définition de l'enseignement alors, professeur, rétorqua Colin en rejoignant Lily. Si cela ne vous dérange pas, je pense que nous pouvons considérer que le cours est terminé.
- Oui, oui, bien sûr. Allez-y ! »
Pendant que les élèves regroupaient leurs affaires, le professeur Jenkins se faufila dans son bureau en fermant la porte de celui-ci derrière lui. Toujours sous le choc, Lily se tenait le bras où une marque rouge foncé commençait lentement à apparaître. Chris s'enquit gentiment :
« - Lily, ça va ?
- Oui, je crois que oui. Je n'ai rien compris à ce qui se passait.
- Ne t'occupe pas de ça, tu viens avec moi, intervint Colin. On se barre d'ici et tout de suite, ajouta-t-il en entraînant la rouquine avec lui.
- Mais ... mes affaires ...
- J'ai tout pris ! »
Le beau brun ne dit plus un mot jusqu'à ce qu'ils arrivent devant la porte de l'infirmerie, un quart d'heure plus tard.
Quand il sortit en compagnie de Rebecca, Chris pensa immédiatement que le monde était complètement fou. Entre Jordan qui l'embrasse, Jenkins qui pète littéralement son câble et Rebecca qui le suit comme son ombre, cette journée n'était sans doute pas la sienne. Il soupira et tenta de comprendre ce que la vert et argent lui racontait :
« - Malgré les apparences, mes centres d'intérêt ne se limitent pas au maquillage et aux garçons, tu sais. J'aime beaucoup de choses.
- Et quoi ?
- La lecture, par exemple, répondit-elle du tac au tac.
- Vraiment ? s'étonna-t-il. Quel a été le dernier livre que tu as lu ?
- C'était « Comment être belle au réveil ? » !
- Ah ! souffla Chris, déçu.
- C'était vraiment un roman très intéressant et très profond. Un véritable nid à trésor pour ma peau, tu sais. Je te le conseille même si je me doute que la tienne est impeccable.
- Euh ... merci ... enfin je crois. »
Il passa une main dans ses cheveux, mal à l'aise. Que lui voulait-elle ? Il toussota et vit surgir de nulle part Jordan Zabini. Cette dernière semblait en colère. Elle avait une démarche déterminée et ample. La voyant arriver ainsi, Chris et Rebecca s'arrêtèrent en plein milieu du couloir, attendant la foudre de Jordan qui ne tarda pas à frapper :
« - Andrews, qu'est-ce que tu fabriques avec Chris ?
- Ce que je veux ! Il ne t'appartient pas à ce que je sache, riposta calmement Rebecca. Tu l'as eu ce matin, maintenant c'est à mon tour, ma petite.
- Ça ne marche pas comme ça. Ce n'est pas un hibou mais un être humain !
- Content de l'entendre, marmonna Chris.
- Je le sais parfaitement, c'est toi qui n'a pas tout compris, Zabini. Est-ce que tu as remarqué à quel point il s'était ennuyé avec toi ce matin ? l'interrogea Rebecca.
- Il ne s'est pas ennuyé. Dis lui que tu ne t'es pas ennuyé, le pria Jordan.
- Il est trop gentil pour te dire la vérité, déclara Rebecca empêchant le Gryffondor de répondre. Il est compatissant avec les animaux errants comme toi.
- Moi ? Un animal errant ? Ce n'est pas moi la girafe squelettique !
- Et moi, je ne suis pas le caniche frisé tout miteux ! rétorqua la meilleure amie de Naomi.
- Mais ce n'est pas possible, je vais t'en mettre une ...
- Fermez-la ! cria Chris à bout de patience. Qu'est-ce que vous essayez de faire là ? Me séduire ?
- Oui, avouèrent-elles en chœur.
- Alors ne vous prenez pas la tête plus longtemps. Vous êtes charmantes toutes les deux et je vous apprécie sincèrement, je peux vous le jurer mais ... vous ... nous sommes trop différents pour qu'on puisse construire quelque chose. Que ce soit avec toi, Jordan ou avec toi, Rebecca, ça ne pourra jamais fonctionner entre nous. Je suis vraiment désolé les filles.
- Mais ce matin, tu as ... commença Jordan.
- Ce matin, je n'ai rien fait, c'est toi. Désolé, répéta-t-il. »
Il recula prudemment, comme pour ne pas les effrayer puis fit volte-face. Il marcha un moment pensant à ce qui venait de se passer. Jordan et Rebecca étaient attirées par lui ? Cela expliquait l'acharnement de Jordan à vouloir passer du temps avec lui et le harcèlement de Rebecca. Peut-être qu'après la petite explication qu'il venait de donner, il pourrait être tranquille.
Il soupira bruyamment et se maudit intérieurement. Il n'avait vraiment pas de chance. Deux jolies filles étaient prêtes à se disputer pour lui et lui, il était homosexuel. Que la vie pouvait être affreuse !
Il se retrouva bien vite dans le hall du château et aperçut Jun et Tim qui lisaient. Il décida alors de les rejoindre. Un bon bol d'air frais le détendrait sûrement.
Lily était plutôt contente du résultat. Plus de bleu, plus de douleur. Un grand sourire illumina son visage. Ils saluèrent l'infirmière et partirent. À peine avaient-ils posé un pied hors de l'infirmerie qu'un torrent de reproches inonda Lily :
« - Non mais tu n'es pas bien de faire ça !? Tu es inconsciente parfois. Tu savais que tu étais immature, Lily?
- Pardon ? Mais qu'est-ce que j'ai fait ? demanda-t-elle ahurie.
- Qu'est-ce que tu as fait ? Tu me demandes ce que tu as fait ?
- Oui, c'est ma question. »
Pendant quelques secondes, Colin ne répondit rien, enrageant. Puis au fur et à mesure qu'il avançait, il tâchait de se calmer.
« - Est-ce que tu as pris dix secondes dans ta vie pour observer ton satané bracelet, idiote ?
- Idiote ? Mais je ne te permets pas ! s'énerva à son tour Lily.
- Oui, tu es une idiote. Madame est première en Potions mais elle n'est pas capable de reconnaître une pierre rare qui pendouille à son poignet, la récrimina Colin.
- Mais de quoi tu parles ? »
Tout en formulant son interrogation, Lily regarda le bracelet que ses parents lui avaient offert. Pourquoi Colin lui parlait-il de ce bijou ? Elle ne comprenait rien.
« - Tu ne comprends toujours pas ? Mais tu as fait comment pour arriver en sixième année ?
- Oui, je ne pige rien mais c'est pas une raison pour te foutre de moi, s'insurgea Lily.
- Excuse-moi mais là, j'ai un peu l'impression que tu essayes d'imiter Rebecca.
- ...
- Quand Jenkins te tenait le poignet, il était obsédé par une seule chose ... ton bracelet ! Tu comprends maintenant ?
- Euh ... non !
- Merlin, dîtes moi qu'elle le fait exprès. Regarde la pierre de ton bracelet ! Elle ne te rappelle rien ? »
Lily examina de plus près son bijou et se rendit compte en effet, que la roche lui disait quelque chose. Elle chercha dans ses souvenirs et ne mit pas longtemps à retrouver la pierre des profondeurs. Elle se donna une petite tape sur le front et proclama :
« - La pierre des profondeurs, bien sûr !
- C'est pas trop tôt, dis donc. Enfin bref, il l'a vue et l'a reconnue beaucoup plus vite que toi malheureusement. Il va vouloir s'en emparer. La pierre de ton bracelet sera beaucoup plus facile à voler pour lui que celle du bureau du directeur.
- Ça, c'est logique ! Alors je dois faire quoi ?
- Soit toujours la porter sur toi, soit ... la renvoyer à tes parents, proposa Colin.
- Je veux bien leur renvoyer mais Jenkins ne le saura pas et s'il veux m'attaquer, il le fera quand même. Alors autant que je l'aie sur moi pour pouvoir marchander avec lui, non ?
- Ça aussi, c'est logique ! »
Ils étaient à présent dans le hall. Ils étaient sur le point de sortir dans le parc lorsque Colin retint Lily et la força gentiment à se mettre face à lui.
« - Il faut que tu fasses attention à toi maintenant. Ne te promène jamais toute seule, on ne sait jamais.
- Ne t'inquiète pas, il ne me fera rien. Puis je sais pas si tu as remarqué mais depuis quelques temps, je suis toujours avec un mec. Tu le connais peut-être, il s'appelle Colin, plaisanta-t-elle en lui souriant.
- Tu es bête ! »
Elle plongea ses yeux dans ceux de Colin et aussitôt, son esprit fut envahit par un sentiment. Un sentiment de peur. Une voix grave s'éleva alors :
« - Jamais je ne courrai le risque de te perdre, ça n'arrivera pas cette fois. »
Elle ferma brusquement les yeux, coupant ainsi tout contact visuel et psychique avec Colin. Qu'est-ce que la phrase de Colin signifiait ? Elle rouvrit les paupières mais en reprenant bien garde de ne pas croiser le regard vert de son petit-ami. Il lui sembla soucieux mais aussi triste.
Il tenta sans grand succès de lui faire un sourire enthousiaste avant de reprendre sa marche. À un ou deux mètres de lui, Lily suivait attentive à chacun de ses mouvements. Il s'assit par terre aux côtés de Tim tandis qu'elle s'installait en face de Chris.
Leurs amis étaient déjà engagés dans une grande conversation qui portait évidemment sur le comportement de Jenkins. D'ailleurs, Tim donnait tout juste son point de vue :
« - Ce n'est pas normal venant d'un professeur de faire ça sans raison. Lily lui aurait craché à la figure, je ne dis pas mais là, c'est ... irrespectueux.
- Je suis tout à fait d'accord avec toi. Ce n'était pas le rôle d'un professeur de faire peur comme ça à ses élèves, renchérit Chris.
- On ne sait pas ce qui s'est passé, lança Jun sur la défensive. Peut-être que Lily avait vraiment mal positionné son poignet.
- Lewis, tu es intelligente alors réfléchis deux secondes ! lui conseilla Colin. Même si Lily avait mis sa baguette à l'envers, ça ne lui permettait pas de l'agresser.
- L'agresser ? Tu aggraves un peu les choses là !
- Non pas du tout. Il a serré tellement fort, qu'en arrivant à l'infirmerie, on pouvait voir la main entière de Jenkins. Ça c'est pas seulement aider un élève à s'améliorer.
- C'est vrai qu'il y est peut-être allé un peu loin, concéda Jun.
- Merci, souffla Colin. »
La discussion sur ce sujet s'arrêta là et heureusement, parce que Lily ne voulait plus y penser. Elle avait vraiment eu peur de ce qu'il pourrait lui faire. Elle eut un frisson mais se reprit bien vite en demandant à son ami :
« - Alors ? À ce qui paraît tu vas sortir avec Jordan Zabini ? »
Il tourna vivement la tête vers elle et Lily l'entendit plaisanter :
« - Jordan ? Non, je les préfère plus poilus et plus virils ! »
Elle ouvrit de grands yeux sous la surprise et bafouilla :
« - Tu ... tu ... les préfères ... T'as dit quoi ? »
Comment avait-elle fait ? Comment pouvait-elle savoir ce qu'il venait tout juste de penser ? Par Merlin, il l'avait seulement penser. Il sentit ses joues s'empourprer. Il essaya tant bien que mal de se justifier :
« - Tu as rêvé, Lily. Ça doit être le choc parce que je n'ai rien dit.
- Je sais mais tu as pensé, affirma Lily en se relevant sur ses genoux.
- Mais comment ... comment tu peux savoir ce que j'ai pensé ? s'enquit Chris, légèrement embarrassé.
- C'est pas important ... dit-elle vaguement.
- Comment t'as fait, Lily ? demanda Colin à son tour, curieux.
- ...
- Tu lis dans les pensées ? Tu es une Legilimens ? s'emporta joyeusement Jun.
- Mais pas du tout. C'est ... mon bracelet.
- Ton bracelet ? répétèrent-ils tous à l'unisson.
- Oui, je pourrai pas vous expliquer mais il me donne la capacité de lire dans les pensées.
- Tu sais à quoi je songe à cet instant ? la questionna Jun, amusée.
- Non ! Il ... il faut que j'ai un lien visuel.
- Un lien visuel ?
- Faut que je te regarde dans les yeux pour savoir ce que tu penses et ce que tu ressens. Enfin je suppose que c'est comme ça que ça marche.
- C'est pour ça que tu ne le mettais pas ?
- Oui ... J'avais pas envie d'entendre les secrets de tout le monde. Enfin, maintenant que j'ai répondu à vos questions, c'est à toi, Chris.
- Je n'ai rien à dire, chuchota-t-il en baissant la tête.
- Tu n'as pas avoir honte. On va pas te rejeter pour ... ça. Ce n'est pas une tare. Tu es et resteras toujours notre ami, le rassura Lily en lui prenant la main.
- Je ne peux pas. C'est trop ... compliqué.
- Ça ne l'est pas. C'est toi qui rend tout difficile.
- Est-ce qu'on peut savoir de quoi vous parlez ? se mêla Colin.
- Non, s'exclama Chris, apeuré. »
Il ne fallait pas qu'il sache. Pas Colin. Cette révélation allait tout changer entre eux. Il ne voulait pas perdre ses amis et encore moins son frère.
« - Arrête, Chris. Tu n'as pas à avoir honte de ce que tu es. Et puis on est des amis pour toujours et c'est pas ça qui va y changer quelque chose. »
Pourquoi fallait-il que les parents de Lily lui aient offert un tel cadeau ? Même dans les livres les plus loufoques qu'il avait pu lire, jamais une histoire comme celle-là n'était arrivée. Et pourquoi fallait-il qu'elle insiste ? C'était Lily après tout. Et maintenant, c'était à Jun d'intervenir:
« - Je ne sais pas de quoi vous parlez mais tu n'as pas à avoir peur de nous avouer quelque chose, Chris. On est là pour toi. »
Son esprit était coupé en deux. Leur dire et être enfin honnête avec tous ses amis ou se taire et avoir honte de lui. Il prit une profonde inspiration. Après tout, s'ils n'acceptaient pas cet aspect de sa personnalité, ils n'étaient peut-être pas si proches. Après un long moment d'hésitation, il leur confessa :
« - Très bien ... Je ... Je suis ... homosexuel, cracha-t-il.
- Homose ... non ? bredouilla Colin.
- Si. J'aime les hommes.
- Mais, c'est pas possible ! grogna son frère.
- Colin ! le réprimanda Lily en lui donnant un coup.
- C'est pas ça, c'est juste que je lui ai jeté Jordan dans les pattes pensant qu'elle lui plairait mais en fait ... c'est son frère qui serait plus son genre. Je suis désolé, petit frère. J'ai été si ridicule, se lamenta Colin en mettant son front sur l'épaule de sa petite-amie. »
Colin et les autres éclatèrent de rire. Il ne put s'empêcher de les regarder les uns après les autres, attendant peut-être une remarque, une objection mais rien ne vint. Il les pria alors coupant leur hilarité :
« - Ça ... ça ne vous fait rien ?
- Qu'est-ce que tu veux que ça nous fasse ? s'étonna son frère.
- Je sais pas, moi. J'appréhendais beaucoup votre réaction et là ...
- Et là, tu te rends compte qu'on s'en fout royalement de tes attirances sexuelles. Tout ce qui compte, c'est que tu ne nous ramènes pas un abruti, lança Colin.
- Alors ça ne vous dérange pas ?
- Pourquoi ça nous dérangerait ? »
Il s'aperçut que son cœur se faisait soudain plus léger quand ils reprirent une conversation normale dont le sujet n'était autre que le Quidditch. Un petit sourire apparut sur ses lèvres et ne le lâcherait pas de sitôt.
