Chapitre 17
« - Tu ne peux pas ajouter cet ingrédient si tu as déjà mis du jus de grenade dans ta potion.
- Et comment je pouvais le savoir ?
- Si tu avais relu au moins une fois ton cours, tu le saurais. »
Il soupira et s'enfonça un peu plus sur sa chaise inconfortable. Il regarda autour de lui et détesta ce qu'il vit. Des dizaines d'élèves étaient là, à réviser. Il détestait travailler et encore plus s'il s'agissait de Potion comme maintenant. Sa copine ne le laissa pas tranquille et revint à la charge :
« - Que faut-il mettre au tout dernier moment pour que la Potion soit parfaite ?
- Une jambe d'elfe, grogna-t-il.
- N'importe quoi. Allez fais un petit effort, s'il te plaît !
- De la bave d'escargot !
- Tête de chien, lui lança-t-elle.
- Une tête de chien ? C'est horrible de leur faire ça pour une simple potion de pacotille.
- Mais non ! C'est toi la tête de chien ! Tu fais exprès de répondre à côté de la plaque. Tu m'énerves quand tu fais ça.
- Quand je fais quoi ?
- L'idiot ! répondit-elle en croisant les bras devant sa poitrine.
- Je ne fais pas l'idiot. Je ne comprends jamais rien en Potions, ce n'est pas nouveau et ce n'est pas parce que tu vas me donner deux ou trois cours de soutien que je vais réussir à intégrer.
- Si tu te donnais un peu plus de mal, tu réussirais comme tout le monde.
- Comme toi, miss-je-sais-tout ? railla-t-il.
- Ben oui, peut-être ! »
Il grogna et se renfrogna sur sa chaise. Il n'aimait pas les cours de Potions, ce n'était pas nouveau mais simplement pour faire plaisir à Lily, il avait accepté de travailler avec elle sur les dernières préparations qu'ils avaient dû faire. Mais rien n'y faisait. Entre les chrysopes et les yeux d'il ne savait quel animal magique, il en perdait son anglais. Une seule chose pouvait à présent lui remonter le moral ... de la nourriture. Il se tourna immédiatement vers Tim et lui murmura :
« - Ça te dit d'aller cambrioler les cuisines ?
- Je ne suis pas sûr que ... Tim fit un peu signe de la tête vers Jun qui avait la tête plongée dans un bouquin plus épais que son matelas et continua ... veuille que je parte avant qu'on ait fini notre devoir.
- Allez, sois un homme, mon vieux ! »
Il vit que Tim prenait sa respiration et son courage dans le même temps puis le Serpentard questionna précipitamment sa petite-amie :
« - Je peux aller avec Colin ?
- Pour quoi faire ? demandèrent Jun et Lily en même temps.
- Chercher à manger dans les cuisines.
- On a pas le droit de manger dans la bibliothèque, fit remarquer la japonaise.
- On mangera avant de revenir alors.
- Puis quoi encore ? répliqua la rouquine. Vous allez pas vous régaler sans nous. On est de l'expédition, ajouta-t-elle en commençant à ranger ses parchemins. »
Un petit quart d'heure plus tard, les quatre sixième année arrivèrent dans le hall d'entrée. Ils passèrent la porte qui se situait à droite de l'escalier principal et se retrouvèrent plongés dans le noir. Tim sortit sa baguette magique de la poche arrière de son pantalon et alluma une grande torche qui se trouvait au mur. Colin prit aussitôt le flambeau dans sa main et se remit en marche aux côtés du Serpentard tandis que les deux jeunes filles les suivaient de près tout en parlant :
« - Tu as vu comment Rebecca a regardé Chris ce matin au petit-déjeuner ?
- Oui, elle le fusillait du regard. C'était trop drôle à voir.
- Elle en a quand même un peu trop fait lorsqu'elle lui a lancé un sort dans le dos avant les cours.
- Tout à fait d'accord ! approuva la rouquine.
- C'était marrant de voir mon frère s'étaler de tout son long juste devant le nez du prof.
- Marrant ? s'exclama Lily. C'était surtout stupide de la part de Rebecca de le faire quand le prof arrivait. Mais bizarrement, venant d'elle, ça ne m'étonne qu'à moitié.
- Avoue que son sort était parfait. Exécuté à la perfection, s'extasia Colin.
- Oui, c'est vrai mais je continue à penser que ce n'est pas la meilleure façon de réagir au refus de ton frère.
- Ça se passe comme ça lorsque l'on brise le coeur d'une fille sensible ! intervint Tim.
- Rebecca ? Une fille sensible ? pouffa Lily.
- Tu n'as pas les yeux en face des trous alors parce qu'elle est tout sauf sensible, renchérit Jun.
- Elle est quoi alors ? demanda le seul vert et argent du petit groupe.
- Elle est superficielle, arrogante et bête, énuméra Jun.
- C'est tout ? s'étonna Colin qui s'attendait à bien pire venant d'elle.
- Et c'est une traînée, ajouta Lily en affichant un sourire que Jun imita superbement.
- Oh tout de suite les grands mots ! s'exclama Tim.
- Ne défend pas l'indéfendable, Tim, lui conseilla Colin sachant pertinemment ce que pensaient les deux jeunes filles de Rebecca. Elles ne l'aiment pas et quoique tu leur dises, ça te retombera dessus.
- C'est même pas vrai !
- Oh que si ! Dès qu'il s'agit de Rebecca ou de Naomi ...
- Ne viens pas la mettre dans cette conversation celle-là ! s'écria Lily tandis qu'ils arrivaient au tableau représentant une coupe de fruits.
- Tu vois ? souffla Colin à son ami tout en chatouillant la poire. Elles les détestent ! »
Aussitôt, la poire prit la forme d'une petite poignée de porte que Colin s'empressa de tourner, tiraillé par la faim. Devant eux, s'offrit un spectacle auquel ils ne s'habitueraient jamais selon eux. Ils étaient enfin arrivés aux cuisines. Ces dernières étaient aussi grandes voire plus que la Grande salle. Quatre longues tables se trouvaient exactement aux mêmes endroits que celles où ils mangeaient trois fois par jours à un étage près. L'endroit grouillait de centaines d'elfes de maison qui s'affairaient derrière les cuisinières.
Étrangement, Colin avait toujours aimé venir ici. L'atmosphère surexcitée et la dévotion des elfes de maison y étaient sans aucun doute pour quelque chose. D'ailleurs, trois vinrent les accueillir à une vitesse impressionnante. L'un d'entre eux donna un coup au second et se courba légèrement avant de crier :
« - Miss Potter, que puis-je pour vous ?
- Et nous, on compte pour des citrouilles ? murmura-t-il à son ami.
- Bonjour Kreattur ! le salua la benjamine des Potter. Nous souhaiterions deux ou trois mets dont vous avez le secret, si cela est possible bien sûr.
- Nous le faisons bien pour des vermines purulentes alors nous pouvons le faire pour vous et vos amis, Miss, lui répondit le petit elfe. Désirez-vous plus du sucré ou du salé ?
- Sucré ! s'exclamèrent Colin et Lily en chœur.
- Très bien, Miss. Je vous apporte tout de suite quelques préparations. Installez-vous ! »
Colin le regarda partir précipitamment vers un four puis se tourna vers sa petite-amie en haussant les épaules. Elle lui sourit et lui passa devant pour aller s'asseoir à une des tables. Lui, Tim et Jun se joignirent à elle. La conversation reprit :
« - Alors comment se fait-il que tu sois accueillie comme le ministre de la Magie ?
- Non, quand même pas, c'est seulement que mon père est le maître de cet elfe, expliqua vaguement la rouquine.
- Et que fait-il à Poudlard alors ? s'intéressa Jun.
- En fait, mon père m'a dit qu'il en avait hérité de son parrain lorsqu'il est mort mais à cette époque, il habitait toujours chez son oncle et sa tante. Il ne pouvait pas le garder avec lui mais ce problème arrangeait tout le monde puisque Kreattur n'était pas des plus ravis ravis d'avoir mon père comme maître.
- Pas ravi d'avoir le Survivant comme maître ? s'étonna Tim. Je pense que plus d'un elfe présent ici aurait tout fait pour être à son service.
- Peut-être, marmonna Lily. Mais pas Kreattur. Il avait toujours servi une famille de sang pur qui était du côté de Voldemort alors ça ne lui plaisait pas de passer de l'autre côté.
- Tu veux dire que le parrain de ton père était ... mangemort ? questionna Colin, stupéfait.
- Non, non, pas du tout. Même si beaucoup l'ont pensé. Son parrain s'appelait Sirius Black. Il faisait parti d'une grande et noble famille. S'il était toujours vivant, il serait le petit cousin ou un truc dans le genre de Scorpius Malefoy. Enfin bref, on s'en fiche. Toute sa famille est passée par Serpentard, sauf lui. Il s'est mis ses parents et tout le monde à dos à cause de ça.
- Mais ce n'est pas de sa faute. C'est le choixpeau qui décide, intervint Tim.
- Oui et non. Le choixpeau décide mais il tient compte de tes envies ou autres. Moi par exemple, je l'ai presque supplié pour ne pas aller à Poufsouffle.
- Pourquoi ?
- Mes frères n'auraient pas arrêté de me chambrer sur ça. Enfin pour revenir à Black, il ne voulait absolument pas ressembler à son ascendance. Toutes les histoires sur le sang pur et tout le baratin n'étaient que du vent pour lui. Alors il a tout fait pour être renié, ce qu'il a très bien réussi, selon mon père.
- Mais je ne comprends pas, souffla Tim. Si Kre ... Kreattur - c'est ça ? - détestait ton père pourquoi est-il si ... chaleureux avec toi aujourd'hui?
- Je ne connais pas les détails. Mon père – ou plutôt ma mère et ma tante - n'a jamais voulu nous raconter ce qu'ils avaient dû faire pendant la guerre. Mais le retournement de Kreattur en la faveur de mon père s'est fait à ce moment-là et donc aujourd'hui, il est plutôt cool avec moi. »
Sur ces mots, le dénommé Kreattur arriva à leurs côtés suivi de trois autres elfes, tous encombrés de plats de pâtisseries. Chacune des quatre créatures posèrent leurs plateaux devant l'un des élèves tandis qu'un cinquième leur apportait de quoi boire.
Les deux couples ouvrirent de grands yeux devant la quantité impressionnante de nourriture qu'on mettait à leur disposition. Ils en avaient au moins pour trois semaines. Colin et Tim se firent un immense sourire avant de commencer de manger – ou plutôt se goinfrer.
« - Merci, Kreattur, le gratifia Jun. Ça a l'air délicieux.
- Si vous désirez autre chose, appelez-moi. Je ne serai pas loin, Miss.
- Ne t'inquiète pas. Avec tout ça, nous en aurons bien assez, lui déclara Lily. »
Colin, qui était en train d'enfourner sa septième petite tartelette au citron meringuée, marmonna quelque chose d'incompréhensible :
« - Çavrémencéavantagdêtrfilleduganarrypoher !
- Et en décrypté, ça donne quoi ? lui demanda Lily, amusée.
- Ça a vraiment ses avantages d'être la fille du grand Harry Potter, répéta-t-il.
- Tu ne vas pas recommencer avec ça ! s'emporta l'impétueuse rousse. Tu sais très bien que si je n'avais pas été là, vous auriez été servis aussi bien que maintenant.
- Je plaisantais, Lily.
- J'espère bien, lui souffla-t-elle en croquant dans sa part de gâteau aux amandes.
- Vous comptez faire quoi sinon ce soir ? sonda la jolie japonaise.
- Moi, ça va être une soirée bataille explosive. Des gars de notre année organisent un tournoi dans notre salle commune, leur expliqua Tim.
- Et le gagnant obtient quoi ? demanda le beau Gryffondor
- Une bouteille de Whisky Pur Feu, il me semble. Enfin, je n'ai pas beaucoup de chances de passer le premier tour mais ça va être sympa, je pense.
- Les autres maisons ont le droit de participer ? s'intéressa Colin.
- Aucune idée. On ira demander à l'organisateur à l'heure du dîner si tu veux.
- Non, non, non ! s'interposa Lily. Tu as promis à ton frère et à moi de travailler avec nous ce soir. Alors le tournoi, tu le laisses où il est.
- Mais ... mais Tim a dit que ça allait être marrant, se lamenta Colin.
- Peut-être mais sans toi ! Les examens arrivent à grands pas et tu es loin d'être prêt en Potions.
- C'est dit avec tellement de gentillesse et d'amour, ironisa-t-il.
- Je le dis pour ton bien mais après tout, tu fais ce que tu veux. Si tu veux rester en sixième année et nous voir passer en septième, c'est ton problème. Mais c'est à toi de dire à ton frère que tu préfères jouer à la bataille explosive que de passer du temps avec lui, le prévint la rouquine sur un ton sec avant de boire une longue gorgée de sa limonade.
- Tu oses me faire du chantage ?
- Peut-être ... chuchota Lily, un sourire aux lèvres.
- Mon frère comprendra tout à fait. Puis au pire, je lui demande de venir avec moi et comme ça, on s'amusera tous les deux.
- Chris déteste la bataille ! lui rappela Jun.
- Oui, mais il aime les hommes et il n'y aura que ça là-bas !
- C'est petit ... c'est très petit ce que tu viens de dire. Tu utilises l'homosexualité de Chris pour ton propre bénéfice seulement pour ne pas avoir à travailler les Potions, dit-elle, médusée.
- C'était une blague ! J'en ai quelques unes encore en réserve, si tu veux.
- Ouais, mais plus beaucoup de drôles, lui assena Lily provoquant les rires de Jun et Tim.
- Tu n'es qu'une rabat-joie, Potter. Et vous, arrêtez de rire ! leur cria-t-il »
Colin croisa les bras, vexé par les rires des trois autres. Il n'aimait pas mais alors pas du tout que l'on se moque ainsi de lui. Il fit une petite moue lorsque Lily déposa un baiser sur ses lèvres puis il se laissa aller. Cela ne servait à rien de lui faire la tête. Il passa une main sur la hanche de la jeune fille et approfondit un peu plus leur baiser.
« - Hum ... ne vous gênez surtout pas pour nous, entendit-il derrière lui.
- Désolée Jun, murmura Lily en mettant un terme à leur étreinte.
- Ça ne me gêne pas vraiment, c'est juste que ça me fait encore bizarre de vous voir vous faire des papouilles au lieu des vannes habituelles. Mais ne vous inquiétez pas, ça me fait vachement plaisir de vous voir en couple.
- J'espère bien !
- Mais ces derniers temps, on a eu pas mal de surprises ! Entre vous et Chris, faut pas être trop sensible, plaisanta Jun.
- C'est vrai ! Ça fait bizarre, notre petit train-train quotidien a radicalement changé depuis la dernière rentrée, approuva Lily.
- Mais vous, commença Tim ... Vous êtes les meilleures amies de Chris, vous n'avez rien vu venir sur son ...
- Homosexualité, termina la japonaise. Ça s'appelle homosexualité !
- Oui, je sais mais ... je ne m'y attendais pas du tout à celle-là.
- Ne t'inquiète pas, nous non plus, lui apprit Lily. On était même à dix mille lieux de se douter qu'il ... avait les mêmes goûts que nous.
- Ben moi, ça m'a un peu choqué. Je suis désolé de le dire mais ... Il aurait quand même pu me le dire avant, non ? Je suis son frère après tout.
- Tu es son frère et c'est bien pour ça que c'est dur à dire, lui expliqua Lily. Mais les pires personnes pour lui à qui avouer ses tendances seront vos parents, je pense.
- Nos parents ? s'écria Colin.
- Ouais ...
- Alors là j'en doute ... chuchota le beau Gryffondor. »
Les trois autres le fixèrent un instant attendant une explication mais lorsqu'ils virent qu'ils n'auraient rien, ils se replongèrent dans leur goûter, sans dire un mot de plus.
Une heure plus tard, les plats qui se trouvaient encore devant eux étaient à présent complètement vides. Tim finissait tout juste son jus de citrouille lorsque Jun l'entraîna hors des cuisines après avoir fait un simple petit geste de la main aux deux autres Gryffondors. Lily les regarda passer la porte tandis que Colin riait aux éclats derrière elle.
Quand elle vit la porte se refermer sur un Tim stupéfait, elle se tourna et fit face au beau brun qui continuait de se désopiler. Elle fronça légèrement les sourcils devant l'hilarité de son petit-ami et il lui demanda :
« - Qu'a-t-il de si drôle ?
- ...
- Arrête de rire ! lui ordonna-t-elle, légèrement irritée par le comportement de Colin.
- ...
- Tu n'es qu'un idiot !
- C'est ... c'est juste que ... c'est gros comme une maison ce qu'ils sont partis faire tous les deux.
- Faire quoi ? s'étonna la rouquine.
- À ton avis, Lily ?
- Quoi ? ... Ça ? ... Non ! ... Pas Jun et ... Non ! répéta-t-elle mal à l'aise.
- Et pourquoi Jun ne pourrait pas cou ...
- Chut ! Tais-toi !
- Pourquoi ? ria Colin.
- Parce que cela ne nous regarde pas !
- Je ne te demande pas d'y participer, je te dis juste qu'ils l'ont déjà fait ... et plus d'une fois ! affirma le beau brun.
- Impossible ! lui assura Lily en se levant. Merci beaucoup pour tout, Kreattur, lança-t-elle au petit elfe qui s'était déjà précipité pour débarrasser.
- De rien, Miss !
- Allez Lily ! Ne fais pas la tête ! J'ai rien dit de mal !
- Je ne fais pas la tête mais je continue à penser qu'ils n'ont encore rien fait ... je suis sa meilleure amie, elle me l'aurait bien dit ! lui certifia la rouquine en sortant.
- Euh ... vu comme tu réagis quand on parle de ça, j'en doute !
- Pardon ? »
À une vitesse qui rendrait jaloux un ninja expérimenté, Lily fit volte-face et se posta devant Colin tout en essayant de l'intimider. Mais cela n'eut que le seul effet de le faire rire un peu plus. Lily sentit alors la colère s'insinuer en elle. Elle serra fort les poings et lui cracha :
« - Jun et Tim font bien ce qu'ils veulent alors fous moi la paix avec ça !
- Mais pourquoi tu t'énerves pour ça ? la questionna-t-il.
- Parce que ... parce que !
- Ce n'est pas une raison ça ! »
Se sentant soudain prise au piège, son agressivité s'envola brusquement. Elle aurait voulu se faire toute petite, telle une souris pour pouvoir se cacher dans un mur en pierre, impénétrable. Elle vit une petite lueur passer dans les yeux de Colin et ceci lui fit peur. Il avait compris.
Certes elle n'en avait pas honte, loin de là mais étrangement, elle crut retomber en enfance, lorsque ses cousins lui parlaient de choses dont elle ne connaissait que de nom et qu'ils se moquaient d'elle à cause de son ignorance. Elle ressortit de ses souvenirs quand Colin lui demanda d'une voix douce :
« - Tu n'as ... jamais ... euh ?
- Non, jamais, confirma-t-elle, la tête haute.
- Mais ... et avec Anton ?
- Je t'ai dit jamais alors ça veut dire jamais ! Tout le monde n'est pas toi, Monsieur le Don Juan! répliqua-t-elle, vexée. »
Elle reprit alors son chemin qui menait au hall. Rageuse, son sac de cours qu'elle tenait fermement par la lanière se balançait dans son dos au rythme de ses enjambées. Au bout de quelques secondes, Colin l'interpela et se mit à courir pour la rattraper. Elle entendait l'allure des pas du Gryffondor plus distinctement à mesure qu'il s'approchait d'elle.
Elle passa rapidement la porte qui se trouvait à droite de l'escalier du hall qu'elle s'apprêtait à monter lorsqu'elle sentit que Colin lui avait déjà agrippée le bras. Il la fit se retourner et la força à reculer jusqu'à toucher le mur qui était derrière elle. Elle était piégée mais contrairement à il y a encore quelques semaines, cela lui plaisait assez malgré son humeur.
« - Je t'ai demandé de m'attendre, souffla-t-il d'une voix suave.
- Et moi, je ne veux pas t'obéir.
- Mais qu'est-ce que je t'ai fait ?
- Tu t'es moqué de moi ! siffla-t-elle.
- Tu hallucines là ! Je n'ai rien fait ! Ça m'a surpris parce que je pensais qu'avec Anton ... tu avais sauté le pas.
- Et bien non, j'ai pas voulu ! Désolée de te décevoir.
- Me décevoir ? Pourquoi ça me décevrait ? s'étonna Colin.
- Parce que toi tu as déjà pas mal d'expérience et que moi non ...
- Tu en as encore beaucoup des conneries de ce style ? blagua-t-il.
- Pourquoi ?
- Parce que de un, j'ai pas tant d'expérience que ça, tu sais et de deux, tu es ma prude à moi.
- Tu plaisantes ? Avec toutes les filles avec lesquelles tu es sorti !
- Je te dis la vérité. Sortir ne veut pas dire forcément coucher, tu en es la preuve, non ? Je n'ai eu qu'une seule et unique partenaire, lui avoua Colin.
- Et je peux savoir qui c'était ?
- Tu es sûr de vouloir savoir ?
- Oui ...
- Jordan !
- Jor ... Jordan ? Vous avez déjà ... ? Ensemble ?
- Oui, à une certaine époque ! dit-il vaguement.
- J'aurai préféré ne pas savoir, murmura Lily en baissant la tête.
- Je t'ai demandé si tu étais sûre.
- Je sais mais je ne m'attendais pas à ... Jordan, dit-elle, des trémolos dans la voix.
- Que ce soit elle ou une autre, ça ne change rien. C'est avec toi que je suis maintenant.
- Et pour combien de temps ? demanda-t-elle en plissant les yeux. »
Colin avança un peu plus son visage de celui de Lily et lui susurra :
« - Aussi longtemps que tu voudras de moi ! »
Lily sourit immédiatement à ses mots. Sa jalousie s'estompa alors tandis que ses muscles se décrispaient lentement. Elle allait lui répondre quelque chose quand une voix rauque et dure les fit sursauter.
« - Et après vous allez oser me soutenir qu'il ne se passe rien entre vous et que c'est moi qui débloque complètement ? »
La jeune Potter se décala de plusieurs centimètres et la tête rousse de son cousin entra alors dans son champ de vision. Hugo avait immense un sourire satisfait sur son visage alors que celui de Lily prenait comme à son habitude une superbe teinte rouge. Elle avait comme perdu la parole, ce qui était loin d'être le cas de Colin.
« - Weasley, ton QI, c'est comme un thermomètre. Ça dépasse rarement les 40. »
Lily ne put s'empêcher de rire à la réplique de son petit-ami, ce qui ne plut pas du tout à Hugo qui s'exclama, vexé.
« - Foutez-vous bien de moi ! Je suis peut-être un idiot comme vous le dîtes mais je ne suis pas un menteur invétéré comme vous deux. Chacun sa tare !
- Je vais te dire un truc, Weasley, tu me gonfles ! Que je couche avec ta petite cousine ou pas ne te regarde pas le moins du monde.
- Que tu ... couches avec ..., balbutia le rouquin.
- Quoi ? Je te choque peut-être ? Pourtant, tu es le premier à en parler librement, non ?
- Ça n'a rien à voir. Là ce n'est pas moi le sujet mais Lily. Si tu touches à elle ...
- Oui ? J'attends ! Qu'est-ce que tu comptes me faire ?
- Je te tords le cou avec mes propres mains.
- Mais tu crois quoi ? Qu'elle va finir bien tranquillement vierge dans un monastère ou un truc dans le genre ?
- Pas du tout mais ... pas avec toi ! cria Hugo.
- Pourquoi pas lui ? intervient Lily
- Parce que c'est un coureur de jupons qui va te faire souffrir !
- Et c'est toi qui ose me dire ça ? s'étonne-t-elle.
- Oui ...
- Et bien, tu manques pas de culot en tout cas ! Rappelle moi, c'est bien toi qui me demandait si j'avais couché avec un garçon pendant ton jeu bidon, non ?
- Oui mais c'était différent !
- Et pourquoi ? C'est toujours de ma vie sexuelle dont on parle à ce que je sache ! Alors s'il te plaît, Hugo, lâche moi. C'est très gentil de ta part de vouloir me ... protéger, on va dire, mais c'est inutile. Je suis amie avec qui je veux, je sors avec qui je veux et surtout je couche avec qui je veux. C'est bien compris ?
- Ouais ... marmonna son cousin.
- Puis franchement, tu n'en as pas marre ? Tu es un gars bien mais tu fais tout pour te mettre les gens à dos. Si Colin et moi étions ensemble, ça serait à nous de décider de ce que nous faisons.
- Oui, tu as raison. Désolé, Lily. Désolé, vieux, répéta-t-il à l'intention de Colin.
- Pas de mal ! répondit ce dernier, nonchalamment. »
Sans attendre son reste, Hugo marcha la tête haute jusqu'à la porte et sortit dans le parc. Colin posa une main sur la hanche de Lily qui lui murmura, amusée :
« - Pas mal ta blague sur le thermomètre !
- Ah tu vois que je peux en faire des drôles !
- Je n'en douterai plus, promis.
- Bon je vais aller un peu voler, ça te tente ? lui proposa-t-il.
- Non, j'ai encore le devoir de Sortilèges à finir.
- Ok, comme tu veux. On se rejoint pour manger alors ?
- Non, je dîne avec Mary, ce soir. Elle veut me parler d'un truc de fille, fit-elle avec un grand sourire.
- Ça serait cool qu'on puisse se voir un peu avant d'aller se coucher quand même, grogna-t-il, mécontent.
- Mais oui ! Aller, fais pas cette tête ! »
Elle regarda rapidement autour d'elle pour vérifier qu'il n'y avait personne dans les alentours. Lorsque la voie fut déclarée libre, elle l'embrassa brièvement avant de monter les marches quatre à quatre pour se rendre dans la salle commune des Gryffondors.
Jun embrassa son petit-ami tandis que Lily ébouriffait gaiement les cheveux de Steven. Elle se leva et salua tout le monde, un grand sourire aux lèvres. Au dernier moment, elle fit demi-tour et leur souhaita bonne chance pour leur tournoi de bataille explosive de ce soir-là. Suivie de sa meilleure amie, Jun quitta la Grande salle sous le regard d'un grand blond de septième année. David.
Déjà durant tout le repas, il n'avait fait que fixer Lily, ne faisant même pas attention à ses nombreux amis assis autour de lui. Elle avait failli se lever et lui crier que c'était trop tard mais sa raison l'avait retenue sur son banc. Puis elle s'était rendue compte qu'elle n'avait pas été la seule à remarquer l'attention insistante de David.
Lorsqu'elles furent arriver au septième étage, Jun se décida d'en parler avec la rouquine qui ne devait n'avoir rien vu, comme toujours.
« - J'ai vu un beau garçon qui n'avait d'yeux que pour toi.
- Vraiment ? Et qui ça ? Peeves ? plaisanta Lily.
- Bien sûr que non. C'est David, lui déclara-t-elle sur le ton de confidence.
- David ? Le David de l'équipe ? s'étonna la jolie rousse.
- Tu en connais beaucoup toi, des David ?
- Non, mais ça me paraît bizarre ! Tu es sûre ?
- Oh que oui ! Il passait tellement de temps à te contempler qu'il en a oublié de manger son steak.
- N'importe quoi ! Arrête de toujours exagérer !
- Je ne dis pas de bêtises ! Tu verras bien que j'ai raison quand ton Colin va te faire une crise de jalousie à propos de ça.
- Pourquoi il en ferait une ? demanda Lily, intriguée.
- Parce que je ne suis pas la seule à l'avoir remarqué. »
Alors que Lily s'était arrêtée en plein milieu du couloir, Jun se fit un plaisir de continuer sa marche laissant son amie réfléchir à tout ce qu'elle venait de lui dire. Elle arriva bien vite au portrait de la Grosse Dame qui se coiffait. La petite japonaise leva les yeux au ciel et fit demi-tour pour interpeller Lily qui était toujours en mode pause.
« - Bouge-toi, Lily ! Qu'est-ce que tu risques ? Tu n'as rien fait de mal !
- Peut-être mais ... c'est quand même David. Tu sais aussi bien que moi qu'après ce qui s'est passé entre eux ... ils sont plutôt antipathiques l'un envers l'autre, lui rappela Lily en reprenant sa marche.
- Allez, t'en fais pas ! Au pire, Colin lui pétera à nouveau le nez, blagua Jun.
- Jun ! la réprima son amie.
- Oh ça va, je rigole ! Mais ... c'était quand même pas mal à voir ! Patronus. »
Contre son gré, la Grosse dame dut cesser de se peigner et laissa passer les deux jeunes filles. Le portrait allait se refermer lorsqu'elles entendirent une voix grave interpeller la rouquine. Elles se retournèrent d'un seul mouvement et tombèrent nez-à-nez avec David. Il essayait tant bien que mal de reprendre son souffle qu'il avait dû perdre dans sa course pour rattraper Lily. Il appuya fortement en bas à droite de son ventre et lui dit entre deux halètements :
« - Lily, ... je suis désolé de te déranger mais ... je voulais ... savoir si ça te ... dirait de sortir ... dans le parc avec ... moi, finit-il difficilement.
- J'ai bien cru qu'il n'y arriverait jamais, marmonna Jun en baissant la tête pour cacher son sourire.
- Sortir dans le parc ? répéta la jolie rousse, stupéfaite.
- Oui. Je me disais qu'une promenade au clair ... de lune pouvait être sympa, non ?
- Peut-être ... chuchota Lily.
- Alors ça te tente, Lily ?
- À vrai dire ...
- À vrai dire, elle ne peut pas, objecta Jun à la place de la rouquine. On a encore pas mal de devoirs à faire.
- C'est le week-end, tu pourras les faire demain, insista David comme si c'était Lily qui lui avait adressé la parole.
- Non, demain, on a quelque chose d'autre de prévu.
- Écoute, Lewis, ferme la. Tu n'es pas son interprète à ce que je sache alors dégage et laisse nous parler tranquillement entre gens civilisés. »
Jun avait toujours été une fille vive qui ne se laissait pas marcher sur les pieds. Depuis leur première année à Poudlard, elle avait toujours été là pour Lily, comme une soeur. Elle avait essuyé ses larmes, elle l'avait fait rire et surtout elle avait éloigné les arrivistes. Elle était comme son garde du corps. Certaines personnes n'aimeraient sans doute pas être à sa place mais Jun, elle, ne l'échangerait pour rien au monde. Et ce n'était pas ce David qui l'empêcherait de faire ce qu'elle avait toujours fait. Protéger Lily.
D'un mouvement rapide, elle se planta devant David qui faisait au moins une tête et demi de plus qu'elle mais cela ne lui fit pas peur. Elle plongea son regard noir dans celui légèrement anxieux du septième année. Pendant un instant, elle le fusilla du regard puis elle se décida enfin à lui répondre :
« - Tu crois faire peur à qui comme ça ? Je suis japonaise et j'ai pas mal de techniques avec lesquelles je pourrais te tuer en laissant moins de trace qu'un Avada Kadavra. Alors tu parles mieux à la meilleure amie de la fille que tu dragues ouvertement. »
Étrangement, elle vit que la taille de David diminuait un peu. L'avait-elle intimidé ? Elle n'en était pas du tout sûre. Soudain le visage du blond se retrouva juste devant celui de Jun. Il cracha alors :
« - Je trouve que tu as de mauvaises fréquentations, Lily, entre Philips et ... celle-là. »
Jun ne se contrôlait plus. Elle lui assena une gifle royale dont elle avait le secret. La tête de David sembla se décrocher de son cou tellement elle vira sur sa droite. Un sourire machiavélique apparut alors sur les fines lèvres de Jun, contente d'elle-même. Elle lui répondit d'un ton très calme qui ne laissait rien paraître de sa colère intense contre ce personnage abject :
« - Fais attention à ce que tu diras à l'avenir, je suis assez susceptible. Alors maintenant, lâche Lily, tu n'es pas du tout son style !
- Comment ça pas son style ? maugréa David, la main sur sa joue en feu.
- Les grands garçons peroxydés, ce n'est plus du tout à la mode par ici, mon vieux.
- Je vais te ... commença-t-il.
- Vous avez un problème les filles ? demanda une voix suave derrière le septième année.
- Aucun, il me semble. N'est-ce pas, David ? rétorqua Jun, toujours tout sourire.
- Ouais, aucun, Philips.
- Tant mieux ! Alors tu peux partir maintenant, personne ne te retient, lui conseilla Colin, méchamment. »
Sans dire un mot de plus, il contourna Jun et passa à côté de Lily sans le moindre regard pour elle. Il disparut parmi la foule de Gryffondors qui étaient à l'intérieur de la salle commune. La jeune japonaise s'exclama alors :
« - Quel abruti celui-là ! Ça vous tente des chocolats ? Mon frère m'en a envoyé toute une boîte hier ! changea-t-elle de sujet.
- Avec plaisir !
- Pourquoi pas ... mais j'aimerai parler avec Lily avant si ça te dérange pas !
- Non allez-y, je vous attends à l'intérieur. »
Sentant la jalousie à plein nez, Jun prit ses jambes à son cou et prit le même chemin que David quelques secondes auparavant. Au passage, elle souffla un « bon courage » à sa meilleure amie et entra dans la salle commune. Elle entendit le portrait se refermer sur ses deux amis.
Elle garda la tête baissée, telle une coupable d'un crime terrible qui vient tout juste de se faire arrêter par la police. Elle attendait patiemment la fureur de son petit-ami qui tardait à venir selon elle. Puis soudain, il craqua enfin. Colin lui hurla alors :
« - Si Jun n'avait pas été là, tu aurais accepté d'aller te promener avec lui !
- Mais ... mais pas du tout, tenta-t-elle de se défendre.
- Vraiment ? Ça ne donnait pas cette impression ! Tu m'as dit que David ne comptait plus. Tu me l'as dit, Lily. C'était la vérité ou pas ?
- Bien sûr que c'était la vérité !
- Et tu me le prouves comme ça ? demanda Colin dont le visage était devenu rouge écrevisse.
- Je n'ai pas accepté, Colin.
- Alors explique-moi pourquoi d'un coup monsieur se met à te mater pendant des heures dans la Grande salle et qu'il vient te proposer une superbe promenade au clair de lune !
- Je n'en ai pas la moindre idée, moi ! Comment je le saurais ? Je ne suis pas dans sa tête ! »
Les insinuations de Colin commençaient à l'énerver. Elle n'avait pas parlé à David depuis le fameux jour où elle et Colin s'étaient mis ensemble. Elle serra les poings et l'entendit lui répondre:
« - Pourtant c'est pas l'envie qui te manque !
- Tu n'es qu'un petit con, Philips ! lui lança-t-elle, vexée. Je ne pensais pas que tu pouvais être jaloux au point de ne plus me faire confiance. Je ne serai pas allée avec lui, un point c'est tout. Et puis qu'est-ce que ça peut te faire qu'il me regarde ? Je ne suis pas ta propriété de toute façon.
- Non, tu ne l'es pas mais quand même !
- Quand même quoi ? On ne va pas le tuer parce qu'il a osé poser ses yeux sur moi parce que si tel était le cas, Colin, dit-elle plus calmement, je devrais tuer presque toutes les filles de cette école.
- N'exagère pas !
- Je n'exagère pas le moins du monde ! »
Elle ne sut pour quelle raison étrange elle décida de faire demi-tour et se planta devant le portrait. Elle se rendit alors compte que la Grosse dame était fort intéressée par leur prise de bec. Lily pesta :
« - Quoi ? Vous voulez notre photo ? Si vous racontez ça à quelqu'un, je brûle votre tableau, c'est bien clair ? Maintenant ouvrez-moi !
- Mot de passe, s'il vous plaît ? demanda la Grosse dame qui n'était pas le genre à se laisser impressionner par une gamine de sixième année.
- Patronus, marmonna Lily. »
Le portrait s'ouvrit en grand et la laissa passer. Elle entendit les pas de Colin derrière mais elle ne se retourna pas vers lui et se dirigea vers Jun qui s'était assise sur une table. Lily s'installa à ses côtés et lui grogna après un long silence :
« - Je déteste David et toutes les formes de jalousie ! »
À sa grande surprise, Jun ne se mit pas à compatir à son malheur. Non, bien sûr que non, ce serait trop lui demander. Jun éclata d'un rire tellement bruyant que pas mal de paires d'yeux se fixèrent sur elles. Lily leva les siens au ciel avant de questionner sa meilleure amie à voix basse :
« - Qu'est-ce qu'il y a de si drôle ?
- Tu détestes la jalousie !
- Et alors ? Je ne vois pas ce qu'il y a d'hilarant là-dedans !
- Moi si ! Parce que toi aussi tu l'es !
- Moi ? Alors là ça me ferait mal ! Je ne suis pas jalouse !
- Ah bon ? Et si je te dis que la fille avec laquelle se trouve ton mec vient de dire à ses petites copines qu'elle était ... et je reprends ses propres mots ... gravement amoureuse de lui !
- Qui ? Laquelle ? s'exclama Lily en cherchant des yeux Colin. »
D'un mouvement de tête, Jun lui indiqua la bonne direction et en effet, elle avait raison. Une petite minette qui devait être dans sa treizième ou quatorzième année était collée à Colin sur le canapé central. Elle avait de magnifiques cheveux noir de jais et de grands yeux bleus. Lily remarqua aussi qu'elle faisait bien attention de mettre en valeur ses longues jambes que sa mini-jupe noire laissait aisément apparaître. Lily vit rouge lorsqu'elle passa sa main aux doigts fins sur le torse de Colin. Elle se leva alors et interrogea Jun :
« - Comment s'appelle cette pouf ?
- Callie Montgomry ! répondit seulement Jun.
- Tu avais raison, je suis jalouse ! »
D'une démarche déterminée, elle rejoignit Colin et la dénommée Callie Machin-chose. De la manière la plus décontractée possible, elle s'assit sur la table basse en bois qui faisait face au canapé et croisa ses jambes. Elle afficha aussitôt un grand sourire hypocrite sur ses lèvres et se racla la gorge.
Comme elle s'y était attendue, Callie fit un superbe mais brusque mouvement de tête qui lui tira une petite grimace. Une fois la douleur passée, la brunette la fusilla du regard ce que Lily n'aurait pas cru possible. Ses yeux d'un bleu océan pouvaient être encore plus méchants que ceux de sa mère lorsqu'elle est en colère après elle. Mais étrangement venant de Callie, ce regard n'eut comme effet que d'agrandir son sourire. Lily prit alors un malin plaisir à dire :
« - Bonjour ! Je ne vous dérange pas, j'espère ?
- Non !
- Si, justement, tu nous importunes un peu là, lui répondit Callie sur un ton froid.
- C'est dommage parce que moi je ne vois pas en quoi je vous gène !
- Alors pour ton information, Potter, Colin et moi étions en train de discuter tranquillement avant ton arrivée.
- Encore plus dommage pour toi alors mais en même temps, si tu savais à quel point j'en ai rien à foutre de vous couper en pleine discussion. »
La petite brune se redressa et bomba la poitrine. Elle siffla alors entre ses dents :
« - Dégage, Potter ! Tu n'as rien à faire ici !
- Tu vois, brunette, c'est à ce moment-là que tu fais une grosse connerie !
- Comment ça ? s'étonna-t-elle, perdant un peu de sa confiance en soi.
- Personnellement, je crois plutôt que c'est toi qui va dégager !
- Et pour quelle raison ?
- Alors pour ton information, Montgomrie, commença Lily en reprenant les mots de cette dernière, tu es en train de t'humilier devant tous les Gryffondors pour essayer de draguer mon copain. Alors, ma petite, retourne jouer aux poupées et laisse les grands tranquilles, ok ? »
À cet instant, les yeux de Callie ressemblèrent à s'y méprendre à deux grosses billes bleues. Mécaniquement, elle se releva, réajusta sa jupe et partit presque en courant de la salle commune pour se rendre dans son dortoir. Cette scène fit le plus grand bien à Lily dont la jalousie venait de disparaître en même temps que les fesses de Callie.
Les quelques Gryffondors qui avaient suivis un minimum la conversation commençaient à chuchoter entre eux ou à avertir les ignorants. La pièce silencieuse se transforma bien vite en un lieu plus bruyant que la Grande salle en plein repas. Lily défia à plusieurs reprises deux ou trois personnes qui avaient voulu rire à cette annonce. Exaspérée, elle se leva et cria à tout le monde :
« - Oui, Colin et moi sommes ensemble ! Alors pour toutes celles comme cette Callie qui espéraient sortir avec lui, c'est râpé. Il est avec moi, répéta-t-elle pour que l'information soit bien comprise de tous. »
D'un regard, elle fit le tour de la salle et aperçut Jun qui lui fit un clin d'oeil et Chris qui lui souriait de toutes ses dents. Puis, alors qu'elle l'avait presque oublié, Colin se leva, lui prit la main dans la sienne et l'entraîna dehors. Ils coururent pendant un instant et s'arrêtèrent seulement quand ils furent arrivés au lac. Ils reprirent lentement leur souffle puis Colin éclata de rire sans prévenir. Lily haussa les sourcils. Il se pencha alors vers elle et lui murmura au creux de l'oreille en la prenant dans ses bras :
« - Tu es extraordinaire ! »
