Chapitre 19

Cette nuit-là comme toutes les autres, n'importe qui aurait pu penser que le bureau du directeur de Poudlard était vide, tellement il était silencieux à cet instant mais il se serait trompé. Lily se trouvait bien à l'intérieur à essayer d'arrêter de pleurer dans les bras de sa mère. Cette dernière caressait lentement les cheveux de sa fille pour la consoler. Malheureusement, cela n'avait aucun effet sur elle.

Cela faisait presque une heure que les parents de Lily étaient arrivés à Poudlard, prévenus par le directeur. Et depuis Lily n'avait pas lâché sa mère tandis que son père, Harry Potter, allait interroger le professeur – même si ce titre n'était sans doute plus d'actualité – Jenkins. Colin, quant à lui, avait été emmené à l'infirmerie d'urgence pour se faire soigner par Mrs Pomfresh.

Lily sursauta lorsque la porte du bureau de Vickers s'ouvrit à la volée. Elle leva la tête et vit son père entrer. Elle se précipita alors dans ses bras. Après quelques secondes d'étreinte, son père lui demanda :

« - Ça va ?

- Oui et Colin ?

- Oui. Il va mieux. Il dort. Mrs Pomfresh lui a donné des potions assez fortes. »

Elle n'ajouta rien. Même si les paroles de son père étaient rassurantes, elle ne cessait quand même pas de s'inquiéter pour son petit-ami. À son tour, Vickers fit son entrée. Sans un mot, il alla s'asseoir dans son fauteuil et les pria d'en faire de même, d'un geste de la main.

« - Cette situation est vraiment regrettable. Tout ceci est un peu de ma faute.

- Julius, voyons ! Vous ne pouviez pas savoir ce qu'il ferait, lui assura Ginny Potter.

- En partie, vous avez raison mais tout de même. Je savais ce qu'il envisageait. Il voulait cette pierre, dit Vickers en montrant la dite gemme qui était derrière lui, et ça à n'importe quel prix.

- Non, vous ne pouviez pas vous douter que nous avions en toute innocence donné un fragment de cette pierre à notre fille.

- Arrêtez ! cria Lily. Si cela doit être la faute de quelqu'un, c'est de la mienne. Je savais que le professeur Jenkins voulait mon bracelet mais j'ai quand même entraîné Colin dans ce piège.

- Lily ! Colin est assez grand pour faire ses propres choix. Il était tout à fait conscient des risques, affirma Harry Potter.

- Non, il voulait juste me protéger. Ses sentiments ont aveuglé son jugement.

- Avant de t'auto-condamner, raconte-nous tout ce qui s'est passé depuis le début, lui demanda Vickers avant que son père ajoute quelque chose. Nous avons besoin de tout savoir. C'est important, s'il te plaît. »

Lily inspira à fond et entama le récit de sa fin d'année sans mentionner les défis et les infractions au règlement. Les trois adultes l'écoutèrent attentivement sans la couper une seule fois.

Quand vint le moment de raconter le combat contre Jenkins, Lily ne put s'empêcher de verser une larme en repensant au corps de Colin aux prises de l'Endoloris. Son père passa un bras sur son épaule. Elle renifla et continua.

Lorsqu'elle termina, un silence s'installa aussitôt dans le groupe. Harry Potter et Vickers ne cessaient de se lancer des regards puis soudain son père se leva en déclarant :

« - Je vais prévenir tout de suite le Premier Ministre. J'emmène Jenkins avec moi. »

Il se tourna vers sa fille et la somma :

« - Donne-moi ton bracelet que je t'en débarrasse !

- Non, je veux le garder.

- Tu ne peux pas. La personne pour laquelle Jenkins travaille, sait que tu as un fragment de cette pierre. Tu ne seras jamais tranquille tant que tu l'auras.

- Vraiment ? J'en ai déjà parlé avec Colin. Si je te donne ce bracelet comme tu le souhaites, nous, nous saurons que je ne l'ai plus mais pas eux. Alors de toute façon, s'il veut cette pierre, il lancera quelqu'un d'autre sur moi.

- Votre fille est loin d'être stupide. Son raisonnement est tout à fait logique. »

Son père fronça les sourcils sachant lui-même qu'elle n'avait pas tort. Il leva les yeux au ciel et abdiqua :

« - Très bien, garde-le mais fais attention à toi. Ne recommence pas comme cette nuit. C'était inconscient et dangereux de ta part et tu as eu beaucoup de chances d'avoir ton ami avec toi. »

Il l'embrassa sur le front en lui murmurant « je t'aime » que seule Lily entendit. Il salua sa femme et le directeur avant de sortir de la pièce.


Elle ouvrit la porte lentement en tentant de faire le moins de bruit possible. Elle la referma derrière elle et s'engagea dans la pièce plongée dans le noir. Chaque fois qu'elle passait devant un lit, elle s'arrêtait pour essayer de distinguer Colin dedans mais elle tombait toujours sur un lit vide.

Quand elle arriva au bout de la pièce, elle ne l'avait toujours pas trouvé. Puis elle vit une lumière sous la porte de la chambre « Rudolf Cancer ». C'était une pièce qui avait été construire une vingtaine d'années auparavant, juste après la guerre. Cette salle était là pour permettre de meilleurs soins aux grands blessés.

Avec beaucoup de précaution, elle s'en approcha. La porte était légèrement entrouverte. La voix de l'infirmière lui vint aux oreilles :

« - Il a eu beaucoup de chances. Il avait perdu énormément de sang mais son frère a pu lui en donner. Beaucoup de chances.

- Ce n'est pas la première fois qu'il survit à ce genre de choses, déclara Vickers. Quand pensez-vous le laisser sortir d'ici ?

- Oh demain, je pense. Il n'a rien de casser. J'ai pu soigner plus ou moins facilement toutes ses blessures. Il doit seulement se reposer maintenant.

- Il ne pourra pas assister aux cours jusqu'à quand ?

- D'ici vendredi, ça ira mieux, je pense.

- Très bien. Je vais vous laisser alors. J'ai un tas de paperasse assez inquiétant avec cette affaire. »

Prise au dépourvu, Lily ne put chercher une cachette et se retrouva face à face avec Vickers. Son visage se teinta d'un magnifique rouge. Le directeur, au lieu de s'énerver comme elle s'y attendait, lui fit un grand sourire avant de lui dire :

« - Prenez bien soin de lui ! Pompom, Miss Potter a l'autorisation de rester autant de temps qu'elle le voudra avec Mr Philips.

- Merci, professeur. »

Il lui sourit et il partit de l'infirmerie d'une démarche fluide. Mrs Pomfresh passa à côté d'elle et lui conseilla :

« - Reposez-vous, Miss. Vous en avez grandement besoin après la nuit que vous venez de vivre. »

L'infirmière entra aussitôt dans son bureau, laissant Lily toute seule. Elle pénétra dans la chambre de Colin et eut un choc dès qu'elle posa ses yeux sur son visage pâle. Il semblait dormir d'un sommeil sans rêve et sans douleur. Elle alla s'installer sur la chaise qui était à côté du lit et le regarda attentivement. Des bleus apparaissaient ici et là sur ses bras tandis que sa blessure à la tempe était déjà une fine cicatrice à peine visible. Elle prit la main de Colin dans la sienne et posa sa tête sur le torse du jeune homme. L'épuisement s'empara immédiatement de Lily.


Le réveil fut assez douloureux pour le jeune homme. Chaque partie de son corps le faisait souffrir. Il serra les dents et amena sa main à sa tête. Il avait l'impression que tout le sang de son corps s'était donné rendez-vous dans son crâne pour faire une petite fête.

Il tenta tant bien que mal de faire abstraction de ses douleurs et pour cela, il se concentra sur un petit bruit de fond. Une respiration régulière. Il ouvrit les yeux et fut aussitôt aveuglé par les rayons du soleil qui devaient passer à travers les carreaux d'une fenêtre quelconque sans être filtrés. Au bout de quelques secondes à battre des paupières, il s'habitua et observa attentivement l'endroit où il se trouvait. La pièce n'était pas très grande mais très lumineuse comme il avait pu en faire l'expérience. La lumière se reflétait contre les murs blancs et illuminait la pièce.

Quelque chose bougea au niveau de son estomac ou plutôt au dessus de son ventre. Il baissa le regard et vit Lily, endormie sur lui. Il fit un petit rictus de la bouche ce qui devait être un sourire à l'origine. Il lui caressa les cheveux lentement. Ceci réveilla à son tour la jolie rousse qui se releva brusquement. Sans prêter attention à l'oreiller qu'elle venait de faire tomber, elle plongea son regard dans celui de Colin.

Tous les événements de la nuit précédente lui revinrent à l'esprit. Les bois, le combat, la peur et la chute. Il se sentit soudain plus léger en voyant que Lily semblait n'avoir aucune blessure visible en dehors de petites griffures superficielles. Les larmes aux yeux, Lily lui dit :

« - Je suis tellement désolée ! Tellement désolée !

- Désolée ? répéta bêtement Colin. Pourquoi désolée ?

- C'est à cause de moi si tu es allongé à l'infirmerie.

- N'importe quoi. Je n'ai jamais entendu pareille stupidité, s'exclama-t-il. J'ai voulu jouer les héros mais ce n'est pas tout à fait pour moi, je crois.

- Si ! Tu as été parfait ! Grâce à toi, je n'ai rien. Merci, Colin, murmura-t-elle avant d'éclater en sanglots.

- Arrête de pleurer ! Tout va bien. Viens par là ! lui ordonna-t-il gentiment en tendant ses bras vers elle. »

Elle alla immédiatement s'allonger dans les bras de Colin dans le minuscule lit.


Elle lissa sa jupe et entra dans la Grande Salle. Un grand nombre d'élèves se trouvaient déjà à l'intérieur. Elle se faufila à travers un groupe de quatrième année de Serdaigle, lança un regard à l'une des filles pour avoir murmuré une insulte à son égard et se dirigea vers la table des Gryffondors. Elle s'installa à côté de Hugo et se servit un verre de jus de pêche. Elle en but une longue gorgée puis salua son ami.

« - Salut ! Ça va ?

- Ouais mais je me suis rendu compte que j'avais pas fait mon devoir en Potions pour ce matin. Je suis mort, affirma-t-il, désespéré en lâchant la cuiller dans son bol.

- Tu aurais eu le temps ce week-end si tu avais décidé de travailler au lieu de faire des parties de Quidditch.

- Oui, oui, je sais, maman.

- Passe-moi les pancakes au lieu de te moquer, lui ordonna-t-elle. »

Il s'exécuta aussitôt. Elle était quelques instants plus tard en train de mettre du sirop d'érable sur son petit-déjeuner lorsque le directeur fit son entrée derrière la table des professeurs. Il se mit à sa place et avant de s'asseoir, se racla la gorge. Tous les élèves levèrent les yeux vers lui et se tuent.

« - Bonjour à vous ! Si je me permet de vous déranger ce matin lors de votre repas, c'est pour vous annoncer que tous les cours d'aujourd'hui sont annulés. Cette après-midi, je vous donnerai de plus amples explications. Je vous remercie pour votre attention et bon appétit à tous ! »

Hugo et elle se regardèrent quelques secondes, abasourdis jusqu'à ce qu'elle rompe le silence:

« - Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?

- On n'a pas cours ! s'enthousiasma Hugo. Tu vois, j'ai bien fait de ne pas gâcher mon week-end comme toi.

- Mais pourquoi on n'a pas cours ?

- Parce qu'ils ont peut-être pitié de nous, proposa-t-il.

- Entre nous, tu es bête ou tu es bête ?

- Ha, ha, ha, j'avais oublié à quel point tu étais hilarante comme fille, Lewis, déclara-t-il en se levant. Si cela ne te dérange pas, je vais profiter de cette belle journée de libre.

- Je t'en prie ... tu n'as plus de compte à me rendre depuis longtemps. »

Il lui fit une sorte de petite révérence et partit rejoindre Emily qui était avec quatre ou cinq filles. Elle le regarda jusqu'à ce qu'on l'embrasse dans le cou. Elle fit un brusque demi-tour et fut soulagée de trouver Tim en face d'elle.

« - Coucou ma belle ! Tu veux faire quoi de la journée ?

- Je ne sais pas. Rester avec toi dans le parc et réviser.

- Tu ne veux pas aller voir Lily ?

- Lily ? Aller la voir où ? s'étonna Jun.

- Ben ... à l'infirmerie.

- L'infir ... ? Pourquoi elle est là-bas ?

- Je sais pas, c'est Chris qui m'a dit ça tout à l'heure quand on mangeait.

- Où est-il ? s'écria-t-elle en se redressant.

- À la table des Serpentards.

- Où ça ? »

Et elle se mit à courir dans la Grande salle. Au passage, elle fit tomber un garçon que Tim put identifier avant qu'il ne soit couvert d'œufs brouillés comme étant un Serpentard.


Les échos de grands cris hystériques se répercutèrent dans toute la pièce. Elle essaya de se relever sans faire mal à Colin qui s'était rendormi et regarda vers la porte. Lily avait presque l'impression que Mrs Pomfresh était en plein combat contre plusieurs trolls en même temps. Lily ouvrit de grands yeux sous l'inquiétude et se leva. Quand elle mit les pieds par terre, une nausée désagréable l'envahit et la tête lui tourna. Elle se rattrapa in extremis à la chaise qui était à côté d'elle.

« - Qu'est-ce qui t'arrive ? lui demanda Colin, d'une voix amorphe.

- Rien ... rien ... je me suis levée trop vite !

- Tu es sûre ? Je peux aller chercher Pomfresh si tu veux.

- Non, tu restes coucher, toi.

- Comme tu voudras.

- Puis de toute façon, vu les bruits de l'autre côté de cette porte, elle ne doit plus être vivante. »

Colin émit un petit rire avant de retomber mollement sur le lit. Lily, quant à elle, mit une main sur son ventre – comme si cela allait soulager son mal – et se dirigea vers la porte qu'elle ouvrit avec précaution.

La vision de l'infirmerie la fit sourire. Mrs Pomfresh était aux prises avec Jun. Cette dernière – selon Lily – essayait de passer alors que l'infirmière n'était pas du tout disposée à le faire. Le jolie japonaise criait mais Lily n'arrivait pas à comprendre ses paroles. Puis elle vit Chris derrière les combattantes. Il riait aux éclats sur un lit alors que Tim tentait de retenir sa copine. C'était la scène la plus drôle qu'elle ait vue de sa vie.

« - Jun, calme-toi ! lui cria Lily. »

Aussitôt, la jeune fille cessa de gigoter dans tous les sens et tourna brusquement ses yeux vers sa meilleure amie.

« - Merlin, merci ! Poussez-vous, elle est là ! Elle est réveillée, je peux aller la voir maintenant ? »

Mrs Pomfresh abdiqua et repartir dans son bureau en fulminant. Jun en profita pour se jeter dans les bras de Lily et la serrer fort.

« - Qu'est-ce qui t'est arrivée ? Pourquoi t'es là ? Tu as mal quelque part ? Vickers nous a dit que les cours de la journée étaient annulés, ça a un rapport avec toi ? Qu'est-ce que tu as fait ?

- Calme ! Respire à fond !

- Pardon, Lily ! C'est juste que je me suis inquiétée.

- Ça ne servait à rien ! Je vais bien, Colin aussi !

- Je lui ai dit mais elle ne m'a pas cru, intervient Chris qui avait repris son sérieux.

- Il fallait que je le vois de mes propres yeux.

- Je comprend mais tu n'avais pas besoin de martyriser cette pauvre Pomfresh.

- Si elle m'avait laissé passer, je n'aurais pas été ...

- Violente ? proposa Tim, un peu moqueur.

- N'exagère pas, Tim ! Je l'ai juste un peu bousculé.

- Tes cris hystériques nous ont réveillés, lui apprit Lily. »

Tandis que Jun tirait la langue à Lily, Colin apparut sur le pas de la porte. Il avait revêtu une robe de chambre bleue foncée et avait un grand sourire aux lèvres.

« - Alors on fait la fête sans moi ? »

D'une démarche mal assurée, il s'avança vers son groupe d'amis. Il mit une main sur la hanche de Lily et demanda :

« - Alors quoi de neuf ?

- C'est toi qui nous dit ça alors que tu es à l'infirmerie ? s'exclama Tim.

- Oh, tu sais, rien d'exceptionnel ! J'ai juste sauvé le monde et toute la galaxie avec mes super pouvoirs, plaisanta Colin.

- Le monde et toute la galaxie, je ne sais pas mais moi, oui ! lança Lily en le regardant amoureusement.

- Non ? Qu'est-ce que s'est que cette histoire ?

- Rien d'important. Comme toujours, Miss Potter exagère tout.

- Je n'exagère rien du tout. C'est vrai.

- Si tu le dis ...

- Est-ce que vous pourriez faire comme si certaines personnes n'étaient pas au courant de votre aventure ? exigea Jun.

- On vous racontera plus tard.

- De toute façon, Vickers a l'intention de tout raconter pendant son petit discours de cette après-midi, leur rappela Chris.

- Quel discours ? s'exclamèrent Colin et Lily en même temps.

- Il a dit tout à l'heure que les cours de la journée étaient annulés et qu'il expliquerait tout après le déjeuner. »

Pendant un instant, le silence régna dans l'infirmerie. Lily s'était tournée vers Colin et cherchait une aide de sa part mais rien ne vint. Ils étaient tous les deux estomaqués par la nouvelle. Vickers ne pouvait quand même pas les humilier devant toute l'école. Leur aventure n'avait rien de glorieux. Désabusée, Lily se laissa choir sur un lit.


Deux aurors sortirent de la chambre laissant les deux adolescents légèrement tétanisés. Ils venaient en effet d'apprendre qu'ils devraient témoigner lors du procès de Jenkins. Colin, qui était assis dans son lit, lâcha un soupir avant de passer une main dans ses cheveux.

« - Pourquoi ont-ils besoin de nous pour faire ça ? Ils nous ont bien dit qu'ils avaient tout un dossier sur Jenkins ? s'écria Colin, énervé.

- Nous serons le point final de sa condamnation. Il ne pourra pas nier face à nous et à nos accusations.

- Je n'ai pas la moindre envie d'aller là-bas.

- T'inquiète pas ! Tout va bien se passer. Il ne pourra rien nous faire.

- Je sais ... c'est juste que ... trop longue histoire.

- Encore ? Il faudrait que tu vives plus dans le présent et moins dans le passé parce que là, ça commence sérieusement à me saouler.

- Lily, s'il te plaît.

- Oui, oui ... j'attendrais parce que je t'aime mais ne me fais pas trop attendre quand même.

- Je t'ai déjà dit que tu étais géniale ? demanda-t-il, un petit sourire en coin.

- Euh, de mémoire ... non.

- Alors je le fais aujourd'hui. Excuse-moi de te faire subir tout ça.

- À côté de ça, à cause de ma curiosité, on a failli mourir donc je pense que ... nous sommes quittes, déclara Lily.

- Je serai pas en train de me faire avoir ?

- Ne viens pas te plaindre sinon je finis le travail de Jenkins en t'étouffant avec cet oreiller.

- Tu ne pourrais pas.

- Vraiment ? Ne me tente pas, Philips, siffla-t-elle en attrapant un coussin.

- Je suis trop fort pour une petite fille comme toi.

- Vraiment ? répéta-t-elle. »

Elle se leva et se dirigea lentement vers Colin. Telle une lionne qui chasse pour nourrir ses petits, elle fit le tour du lit puis sauta sur sa proie. À cheval sur son petit-ami, Lily lui balança son coussin à la figure avec une force modérée. Colin, quant à lui, essayait de se défendre tout en riant. Puis soudain, il réussit à lui attraper les poignets et la fit basculer en arrière. Il se retrouva sur elle.

La porte s'ouvrit alors et laissa entrer Mrs Pomfresh suivi du professeur McAvoy. Les deux Gryffondors sentirent rapidement la honte monter en eux.


« - Mes chers élèves, si je vous ai réunis cet après-midi, c'est pour vous dire enfin la vérité. Il y a tellement de choses dont vous ignorez l'existence qui se sont déroulées ces derniers temps que ça en devient invraisemblable. Moi-même, si je n'avais pas assisté à certaines d'entre elles, je prendrais ces histoires pour de simples rumeurs sans importance mais malheureusement pour nous, tout ceci est la réalité. Dure et cruelle comme elle aime être, cette réalité doit être connue de tous, même de vous.

En effet, même si vous n'êtes qu'a priori de simples adolescents, vous êtes aussi le futur, l'avenir de notre monde. D'ailleurs, deux d'entre vous ont failli mourir à cause de cette ignorance dans laquelle le gouvernement et moi, vous avions mis et c'est pour cela que je ne peux pas me taire plus longtemps. »

Il se tut un instant laissant ses élèves réagirent à son début de discours. Certains ne comprendraient pas l'ampleur des dégâts mais il avait l'espoir que d'autres sauraient et agiraient plus tard comme il le fallait. Puis il reprit, obligeant les adolescents à se taire :

« - Bien sûr, je vais essayer d'être assez bref et concis. Je ne veux pas non plus vous faire peur ou vous traumatiser. Je suis seulement là pour vous prévenir que la vie n'est pas telle que vous la voyez ici, entre les murs réconfortants de Poudlard.

Certaines personnes ont des objectifs qui sont hors de leur portée. Ils veulent à tout prix atteindre ces buts et pour cela, ils ne reculent devant rien. Le courage et la ténacité sont des qualités très appréciées dans cette école comme à l'extérieur mais, poussées à l'extrême, elles deviennent des défauts incontrôlables.

Il y a aussi l'admiration envers des célébrités qui peut être une bonne chose si celle-ci reste assez ... platonique, disons. Si je vous raconte ceci, ce n'est pas pour but de vous endormir sur votre chaise comme quelques uns au dernier rang mais plutôt de vous interloquer.

Un homme dont je tairai délibérément le nom aujourd'hui a les qualités que je viens d'énoncer mais il n'a pas su les utiliser à bon escient. Il s'est mis à admirer un homme qui n'a d'égal je pense que le diable en personne, je veux bien sûr parler du plus grand Mage Noir que notre monde ait connu. Il s'est mis en tête de le venger contre vents et marées et pour ceci, il a recourt à des techniques peu honorables comme la violence, l'enlèvement et le meurtre. »

Il y eut un cri dans l'assistance qui fit s'arrêter Vickers. Il balaya du regard les rangs et vit une fille de cinquième année, une main sur la bouche. Le grand frère de cette étudiante venait de disparaître dans d'étranges circonstances. Le gouvernement n'avait rien dit ni à sa famille ni à celle-ci à part qu'ils feraient tout pour le retrouver au plus vite. Maintenant, elle comprenait ce qui se passait. Elle se leva et courut en direction de la volière. Le directeur fit un signe aux professeurs MacPhil et McAvoy pour qu'ils s'occupent d'elle. Il reprit alors :

« - Cet homme que je nommerai le Copieur pour ne pas être méchant, est dangereux, très dangereux. Il n'hésite pas à menacer des familles entières si elles ne veulent pas lui obéir. Et c'était le cas du professeur Jenkins.

Hier soir, alors que la plupart d'entre vous étiez dans vos salles communes, deux étudiants, Miss Potter et Mr Philips, se sont retrouvés dans le parc. Le professeur Jenkins avait une mission et ces deux jeunes gens le gênaient pour l'accomplir alors il a tenté de les tuer mais heureusement, ils ont réussi à s'en sortir avec plus ou moins de blessures. »

Les conversations étaient si mouvementées dans l'assemblée qu'il ne put continuer son communiqué pendant un long moment. Il leva les bras pour demander le silence et poursuivit :

« - Mais ne jugez pas trop vite le professeur Jenkins. Bien sûr, il a commis des erreurs pour lesquelles il sera jugé mais les Aurors ont appris ce matin pour quelles raisons il les avait faites. Sa femme et sa fille avaient été enlevées par les sbires du Copieur. »

Il regarda rapidement le visage de Lily Potter et ne fut pas étonné de voir son visage pâlir.

« - Cette histoire n'est qu'une parmi tant d'autres. Depuis quelques temps, elle est d'une banalité affligeante. Tous les Aurors sont sur cette seule affaire. Ils traquent chacun des suspects mais aucun d'eux ne les a menés à la cachette de leur chef. Le Copieur est un être insaisissable en ce moment.

Je n'ai pas l'autorisation de vous en dire plus. Les parents de certains d'entre vous trouveront déjà que j'en ai dit trop mais les professeurs et moi-même nous voulons votre sécurité et celle-ci passe par la vérité.

Dans très peu de temps, quelques uns vont entrer dans la vie active après Poudlard et je veux qu'ils fassent attention. Je veux qu'ils agissent comme des adultes dignes et dont je puisse être fier.

En dehors de ce château, la vie quotidienne peut être difficile de nos jours et je veux que vous soyez au courant pour que vous ne soyez pas pris au dépourvu. Je ne vais pas vous demander de ne pas vous inquiéter. En effet, l'objet de mon discours est bel et bien de vous alarmer afin que vous ne fassiez pas des erreurs en jeunes adultes que vous êtes. L'information est vôtre à présent, à vous de l'utiliser comme vous le voudrez. Mais n'oubliez pas, le Mal guette la moindre erreur, alors tachez d'en faire le moins possible ... »


Quand le discours du professeur Vickers prit enfin fin, Lily se leva aussitôt et sans attendre Colin, marcha en direction de l'entrée du château. Tous les regards convergèrent alors vers elle. Les joues en feu, elle essaya tant bien que mal de ne pas y prêter attention. Les murmures sur son passage commençaient déjà.

La jeune rouquine avait l'impression de retomber en enfance. Elle baissa les yeux et passa finalement la grande porte. Elle avança jusqu'à l'escalier sur lequel elle s'assit. Elle mit la tête entre ses mains et pleura. À cet instant, elle ne savait pas vraiment pourquoi elle craquait ainsi mais cela lui faisait du bien après tout ce qu'elle venait de vivre.

Au loin elle entendit certains élèves revenir à leur tour. Lily leva les yeux au ciel et maudit tous les sorciers célèbres qu'elle connaissait allant de Godric Gryffondor au gardien de l'équipe de Quidditch des Pays-Bas en passant par le Premier Ministre. Elle essuya rapidement ses yeux d'un revers de manche et respira à fond. Elle pouvait survivre à un troupeau d'élèves.

Quand les premiers firent leur entrées dans le hall et qu'ils la virent, ils se mirent à lui sourire. Quelques uns lui firent même des signes de la main. Lily ne leur répondit qu'avec un petit rictus du visage. Mais elle se rendit vite compte que de moins en moins de personnes la saluaient. Elle passait inaperçue dans la cohue. Lily se détendit un peu. Quelques secondes plus tard, Colin s'installa à côté d'elle et lui prit la main.

« - C'est tout simplement de la folie ! »

Lily ne répondit rien. Oui, c'était de la folie mais cela ne lui plaisait pas spécialement. Elle savait que n'importe quelle histoire, même la plus insignifiante, prenait des proportions incroyables à Poudlard.

« - Qu'est-ce qui te tracasse, Lily ?

- Cette folie ! Ces gens ! Tout ce qu'ils vont retenir du discours de Vickers, c'est que nous avons fait un combat contre Jenkins et pas qu'il y a des problèmes graves en dehors d'ici.

- Je comprend ce que tu penses mais ces gens comme tu dis, ils sont jeunes, certains trop jeunes pour comprendre la gravité des choses alors tu ne peux pas leur en vouloir.

- Je n'en veux à personne. Ce que je veux, c'est qu'ils arrêtent de me voir comme ... une sorte d'héroïne. Je n'ai rien fait, je t'ai seulement regardé te battre contre lui.

- Arrête ! Tu sais très bien que tu n'as pas fait que ça. Tu as été courageuse et ... très sexy quand tu l'as affronté.

- Sexy ? répéta-t-elle, souriante.

- Non, très sexy, rectifia Colin.

- Tu es fou. Tes blessures sur la tête t'ont fait perdre la tête.

- Non pas le moins du monde.

- Bonjour Lily ! s'exclama une voix grave.

- Oncle Ron ?! s'étonna la rouquine. Qu'est-ce que tu fais là ?

- Il faut bien remplacer le prof que vous avez terrassé, plaisanta-t-il en la prenant dans ses bras. Tu n'aurais pas encore embelli depuis la dernière fois que l'on s'est vu ?

- Non, c'est ta vue qui baisse, tonton !

- Ah, je suis heureux de voir que tu as toujours l'humour des Weasleys. Tu n'aurais pas croisé ton cousin ?

- Hugo ? Non mais il doit être avec Emily dans le parc.

- Emily ? Emily Londubat ?

- Oui.

- La fille de Neuville ? La sœur de la copine de ton frère ?

- Euh oui ... tu n'étais pas au courant ? demanda-t-elle, confuse.

- Tu connais Hugo aussi bien voire mieux que sa mère et moi.

- Oui, d'ailleurs je pense que ta venue ici ne va pas forcément lui faire plaisir, le prévint Lily.

- Je sais mais je n'ai pas eu le choix. C'était soit moi soit ton père, alors ?

- Alors tu as bien fait d'accepter et puis Hugo s'en remettra très vite. »

Ron et Colin – qui était resté en retrait – éclatèrent de rire pendant quelques instants. Elle-même, elle ne put s'empêcher de sourire largement. Quand son oncle reprit son sérieux, il se renseigna d'un ton enjoué :

« - Tu comptes me présenter ton ami ou je vais devoir te faire honte avant avec une petite histoire de famille ?

- Colin Philips, Ronald Weasley. Ronald Weasley, Colin Philips.

- Ron, son oncle préféré, rectifia un peu le dit tonton.

- Colin, son petit-ami préféré, plaisanta le beau brun.

- Toi, tu vas faire un carton dans la famille Weasley avec des blagues comme celle-ci. Ravi de te rencontrer.

- Merci. Moi aussi.

- Allez, je vous laisse les amoureux. Je vais chercher Hugo pour l'embêter un peu. Et puis, j'ai promis à sa mère de lui donner des nouvelles de lui avant ce soir. Bonne fin d'après-midi ! »

Lily et Colin lui firent un signe de la main avant qu'il ne monte les escaliers. Le jeune homme se tourna vers elle et lui murmura :

« - J'adore ton oncle !

- Moi aussi, souffla-t-elle, souriante. »

Sans se concerter, ils montèrent lentement les marches main dans la main et prirent ensuite la direction de la tour des Gryffondors. Un peu plus de repos ne leur feraient sans aucun doute du bien.


Avec une simple serviette autour d'elle, elle sortit de sa salle de bain au moment où le soleil se couchait sur l'Angleterre. Aucune lumière en dehors des lampes de sa chambre n'éclairait à présent son lit où un colis l'attendait. Elle attacha ses cheveux mouillés qui continuaient de goûter sur le sol et fronça les sourcils. Curieuse, elle se dirigea précipitamment vers ce pli qu'elle avait dû recevoir quand elle était sous la douche.

D'une main tremblante, elle retira la ficelle qui le maintenait fermé et ouvrit enfin le carton après quelques minutes. À l'intérieur, un petit chat blanc ronronna fortement en voyant qu'il était enfin libre. Lily laissa échapper un petit soupir de bonheur quand elle le prit dans ses bras. Il se lova tranquillement contre elle, faisant de plus en plus de bruit.

Pendant un instant, elle crut connaître ce qu'était réellement le bonheur. Elle sourit et entendit quelqu'un arriver dans la chambre. Tout en tenant le chat, elle se tourna et vit Elibeth qui portait toute une pile de livres dans ses bras frêles. Quand la petite blonde aperçut l'animal, elle se dépêcha de poser ses ouvrages sur son lit pour aller le caresser. Après quelques secondes de caresses intensives, Elibeth lui demanda :

« - C'était donc ce chat qui était dans la boîte ?

- Oui, il est trop mignon, n'est-ce pas ?

- Très mignon. Une véritable boule de neige. Il est arrivé il y a quinze minutes ! Si j'avais su que c'était un animal, je t'aurai prévenue plutôt.

- C'est pas grave, ne t'inquiète pas !

- C'est qui qui te l'offre ?

- Aucune idée !

- Regarde sur ton bureau, j'y ai posé une carte qui était avec ! lui apprit Elibeth.

- Tiens le moi deux secondes ! »

Elle donna son nouveau chat à sa camarade de chambrée et se dirigea vers son bureau où une carte l'attendait comme l'avait dit Elibeth. Elle la prit et l'ouvrit délicatement. Quelques mots avaient été écrits à la va vite sur un petit carton blanc qu'elle lut rapidement :

« Lily,

J'espère que tu pourras le protéger de cette chose qui lui fait peur. Je l'ai appelé Snowy mais je pense que personne ne verra d'inconvénients à ce que tu le changes. Bisous.

Colin. »

Elle resta bouche-bée. Il s'en était souvenu. Durant leur sortie à Poudlard, elle lui avait dit que ce petit chat était le plus adorable de toute l'animalerie. Lily n'attendit pas plus longtemps. Elle fit tomber la carte sur son bureau et laissa Elibeth se débrouiller avec son chat. Snowy, c'est sympa comme prénom, non ?

Elle rentra dans ses petites chaussures noires à talons étant les plus rapides à mettre puis elle se dirigea vers sa penderie et en sortit une petite robe courte d'un rouge intense. Elle l'enfila rapidement par-dessus la serviette qu'elle enleva juste avant de passer la porte de la chambre.

Elle descendit à toute vitesse l'escalier de son dortoir et arriva en trombe dans la salle commune des Gryffondors. Assis, sur un canapé, elle reconnut les cheveux noirs aux reflets bleus de Anton et se précipita vers lui. Sans lui laisser le temps de respirer, elle lui demanda brutalement :

« - Anton, tu sais où se trouve Colin, s'il te plaît ?

- Aucune idée ! Pourquoi ?

- Comme ça ! Je voulais lui parler !

- Il est dans la salle sur demande. Il a décidé d'y dormir ce soir pour être tranquille, je crois, répondit Chris en s'asseyant à côté de Anton.

- Merci, lança Lily avant de traverser la salle commune des Gryffondors. »

Elle voulait voir Colin tout de suite, elle avait besoin de le voir. Après la marque d'amour qu'il venait de lui faire, elle voulait le remercier et passer encore du temps avec lui. C'était comme une nécessité. La rouquine passa le portrait de la Grosse Dame qui se fit un plaisir de la réprimander. Mais comme toujours, Lily ne l'écouta pas.

Elle tourna dans les couloirs comme si elle errait mais en fait, elle savait exactement où aller. Elle connaissait le chemin par cœur et lorsqu'elle arriva enfin devant le mur nu, elle réalisa ce qu'avait dit Chris après les mots « salle sur demande ». Il était dans la pièce pour se reposer. Il voulait être tranquille. Pourquoi ?

Le dortoir des garçons devait être vide vu que Chris et Anton étaient dans la salle commune et puis, Hugo devait être harcelé par son père. Des idées saugrenues lui vinrent alors à l'esprit. Elle l'imaginait avec d'autres filles qui l'admiraient pour ce qu'il avait fait contre Jenkins. Elle secoua vivement la tête pour se les retirer mais rien à faire. Puis son besoin de savoir remporta la partie qu'il jouait contre sa raison et elle passa trois fois devant les pierres pensant à Colin.

Lorsqu'elle eut fini, elle ouvrit lentement les yeux. Elle vit en face d'elle un petite porte encastrée dans le mur. Une peur alors l'envahit. Et si en fait, il dormait paisiblement ? Même si elle voulait lui dire merci, elle aurait pu attendre le lendemain. Elle était sur le point de repartir dans la salle commune quand elle entendit un bruit à l'intérieur. Elle respira à fond et entra brusquement.

Dès qu'elle eut mis un pied dans la salle sur demande, Lily rougit aussitôt. Colin était tout seul assis sur un immense lit. Elle regarda partout dans la pièce. Aucune fille n'était là. Soudain, elle sentit un poids énorme s'enlever de ses épaules. Elle était bien. Inconsciemment, elle sourit et rejoignit Colin après avoir claqué la porte.

Sans un mot, elle s'installa auprès de lui et attrapa un bonbon qu'il tenait à la main. Colin l'observait la bouche grande ouverte et les yeux écarquillés. Amusée du comportement du jeune homme, elle posa ses chaussures et allongea ses jambes à côté de celles de Colin. Elle fut surprise en voyant les joues de Colin devenir rouges puis il reprit enfin conscience :

« - Qu'est-ce que tu fais là ?

- Un footing, ça se voit pas ? plaisanta Lily en reprenant un bonbon. »

Colin sourit à la blague de Lily et le corps de la rouquine se détendit encore plus. Elle prit la baguette de Colin et fit apparaître plusieurs choses dans la pièce. Un gramophone avec énormément de disques, un pichet de jus de citrouille et deux verres. La boisson se versa aussitôt dans les verres avant que ces derniers ne lévitent jusqu'à eux.

« - Je me suis dit que du jus serait plus raisonnable ! déclara-t-elle.

- Tu as bien fait. Alors, maintenant tu me dis ce que tu fais là ?

- À vrai dire, je voulais ... te remercier pour ...

- Pour Snowy ? la coupa-t-il.

- Oui !

- Je ne pensais pas qu'ils te l'enverraient si tôt. Il te plaît ?

- Oh oui ! Il est trop mignon ! Merci, lui dit-elle avant de l'embrasser rapidement. »

Elle but alors d'une traite son verre. Elle le posa sur la table de chevet qui se trouvait à côté du lit et se tourna vers Colin.

« - Heureusement que c'est du jus sinon tu n'aurais pas fait long feu ! lui déclara-t-il. »

Elle lui sourit et s'allongea de tout son long. La main derrière sa nuque, elle observa tranquillement le plafond en réfléchissant à toute vitesse. Elle renifla discrètement et demanda à Colin :

« - Pourquoi tu m'as offert Snowy ?

- Je ne sais pas ! J'en avais envie !

- Et comment t'as fait pour l'acheter ?

- J'ai écris à l'animalerie de Pré-au-Lard cet après-midi en leur disant que je voulais le plus beau chaton blanc de leur magasin et qu'il fallait te l'envoyer rapidement ! expliqua Colin en s'appuyant sur son coude.

- Ça a dû te coûter cher ?

- Ouai, un peu ... mais non ! Arrête ! Puis j'ai bien le droit de faire des cadeaux à ma petite-amie, non ?

- Oui ! Surtout quand ils sont aussi beaux que celui-ci ! »

Lily prit la main de Colin dans la sienne. Ils restèrent silencieux pendant un long moment puis elle prit la parole, sur un ton sérieux :

« - Avant que j'entre ici, j'ai eu ... quelques idées bizarres.

- À propos de quoi ?

- De toi ... et de jolies jeunes filles ! avoua-t-elle.

- Vraiment ? Et qu'est-ce que je faisais avec ces ... jolies jeunes filles ?

- Euh, ça s'est censuré ... interdit au moins de dix-huit ans !

- Non ? Miss Potter aurait de telles pensées ?

- Miss Potter est comme tout le monde, affirma-t-elle en prenant un air supérieur.

- Ça, je n'en doute pas mais ... il faudrait qu'elle le montre un peu plus souvent ! »

La phrase de Colin lança un froid entre les deux. Lily vit tout de suite sur le visage du jeune homme qu'il regrettait ses paroles alors elle déglutit, renifla et changea de conservation :

« - Quand je pense qu'il y a encore deux mois, on ne pouvait pas rester dans la même pièce sans s'insulter et qu'aujourd'hui, je ne peux pas rester dans la même pièce que toi sans t'embrasser. »

Pour accompagner ses mots, Lily déposa un baiser à la commissure des lèvres de Colin qui en fut surpris mais il se reprit assez vite :

« - Ouais, mais même à l'époque, j'étais fou de toi, avoua-t-il, la tête baissée.

- Non ? Tu te fous de moi là ?

- Non, je te jure ! Bon ok j'avais une drôle de façon de te le montrer ... mais c'est que tu es énervante, toi !

- Moi ? Et toi alors ?

- Vous me battez à plate couture sur ce terrain-là, Miss Potter, répondit-il. »

Ils éclatèrent de rire à ce moment-là. Leurs yeux brillaient de malice et de bonheur. Entre deux fous rire, Lily attrapa un oreiller et tapa la tête de Colin avec avant de se lever et d'aller se réfugier dans une autre pièce. Elle ferma la porte derrière elle et se retourna. Une grande salle de bain s'étendait devant ses yeux émerveillés.

Une vasque ovale d'un blanc cassé lui faisait face au-dessus de laquelle était accroché un magistral miroir. Elle s'approcha et se regarda dedans. Ses joues étaient toutes rouges tandis que ses cheveux mouillés ressemblaient à des poils de chat. Elle grimaça avant d'entendre des coups donnés à la porte. Elle fit demi-tour brusquement, souriante.

« - Si tu ne veux pas mourir ce soir, tu as intérêt à ouvrir cette porte immédiatement, Potter !

- Dans tes rêves, Philips, répliqua Lily en reculant légèrement.

- Si tu n'ouvres pas, je vais être dans l'obligation de défoncer cette porte ...

- Aucune chance que tu y arrives !

- Tu veux parier ?

- Ouais ! »

Soudain, un silence s'abattit sur la pièce. Quelque peu inquiète, Lily se rapprocha de la porte avec prudence. Son rythme cardiaque s'accélérant, elle déposa sa main sur la poignée au moment où un bruit fracassant rompit le silence. La poignée qu'elle tenait s'était mise à vibrer. Terrorisée, elle la lâcha précipitamment. C'est ainsi que, tétanisée, elle ne put que regarder droit devant elle et découvrit à son plus grand étonnement une petite ouverture dans la porte qui était aussi grande qu'un poing.

Sa curiosité prit le pas sur sa peur si bien que Lily regarda à travers le petit trou et vit le visage souriant de Colin. Soulagée, elle sourit et ouvrit enfin la porte. La jeune fille s'avança vers lui dans l'intention de l'embrasser mais elle aperçut entre temps son poing ensanglanté. Soudain, elle fit demi-tour, prit une serviette qu'elle humidifia à l'aide d'un filet d'eau et se précipita vers lui. Elle prit la main blessée dans la sienne et y déposa l'étoffe.

Les doigts de la jeune fille caressaient doucement le membre endolori de Colin. Aujourd'hui c'était à son tour de prendre soin de lui. De long en large, ses doigts parcouraient l'étendue blessée. Quelle idée aussi de frapper cette porte avec son poing nu. Même les moldus savent qu'il faut s'y prendre avec un pied ! Elle lui administrait de douces caresses qui partaient de sa main pour aller vers l'avant-bras. Mais au bout de quelques secondes, Colin se recula vivement et lui dit :

« - Merci ! Ça va mieux !

- Tu es sûr ? Ça saigne encore un peu !

- Oui, oui ... sûr ! »

Elle le regarda faire demi-tour brusquement et aller se rasseoir sur le lit. Elle jeta la serviette dans la salle de bain et le rejoignit aussitôt. En s'installant, Lily remarqua que les joues du jeune homme avaient pris une forte teinte rose sur le haut de ses pommettes. Elle prit un bonbon sur le couvre-lit et le dégusta en silence. Puis sans détour, elle lui demanda :

« - Pourquoi tu caches tout ça ?

- Tout ça quoi ?

- Ton passé !

- Pardon ? Comment ... com ... Chris ! C'est lui qui t'a tout raconté ? s'emporta-t-il en descendant du lit.

- Il ne m'a rien raconté ... ne lui en veux pas ! Il m'a seulement dit que ton secret porté sur vos parents et ... je l'ai un peu forcé pour qu'il me dise ça ! expliqua-t-elle vaguement en se relevant sur un coude.

- Un peu forcé ? répéta Colin, surpris.

- Beaucoup ! Mais je voulais ...

- Tu voulais avoir quoi ? Je t'ai dit que je t'expliquerai tout ça quand MOI, je serai prêt.

- Je sais mais ... mais ... c'est dur parce que ton secret empiète sur toute notre relation et tu ne t'en rends même pas compte ! s'empressa de dire Lily. »

Elle se mit à genoux sur le lit et se rapprocha tant bien que mal de lui qui ne bougeait plus. Elle posa sa main sur l'épaule de Colin et ajouta :

« - Je voulais juste te comprendre ! Savoir ce qu'il y avait dans ta tête pour comprendre tes réactions envers ...

- Envers tes parents ?

- Oui ! Je ne veux pas te faire souffrir. J'aimerai juste que tu m'en parles, ça te ferai du bien, non?

- Sans doute ! répondit-il simplement.

- Tu m'en veux ?

- Non, j'en veux à mon frère. Il n'avait pas à te raconter ... que t'a-t-il dit au juste ? demanda Colin en fronçant les sourcils.

- Il m'a juste dit que ton secret avait un rapport avec ...

- Avec ce que t'a dit ce con de David ?

- Euh ... oui. Il m'a juste dit que ça concernait vos parents. Il n'a rien lâché. Ne nous en veux pas.

- Je ne vous en veux pas ... chuchota-t-il, mal à l'aise.

- Dis-moi ... tu sais que tu peux me faire confiance maintenant, non ? lui déclara Lily d'une petite voix.

- Je ... je sais pas !

- Tu ne sais pas si tu peux me faire confiance ? s'énerva-t-elle.

- Ce n'est pas ça. Je ne sais pas si ... j'ai le courage de te dire tout ça ...

- Si Chris ne me l'a pas dit lui-même, c'est qu'il voulait que ce soit toi qui le fasse parce qu'il savait que je ne m'enfuirai pas. »

Il la dévisagea un instant pour sonder si elle était sincère ou pas. Quand elle lui fit un sourire timide, il craqua. Il se rassit sur le lit à côté d'elle et prit une profonde inspiration avant de commencer son récit d'une voix tremblante, les yeux baissés :

« - Mes parents sont morts lorsque nous avions sept ans avec Chris.

- Je ... je ne savais pas. Pourquoi vous ne l'avez jamais dit ?

- J'ai honte ... c'est de ma faute !

- De ta faute ? Ce n'est pas toi qui les a tué, s'exclama-t-elle.

- Si ! hurla Colin. Quand ils sont morts, j'étais avec eux. Chris et moi faisions partie d'un équipe de football moldu. Ce jour-là, mes parents m'avaient interdit d'y aller parce que j'avais écrit sur les murs de la maison. J'étais en colère. Et lorsque nous avons dû aller chercher Chris, je pleurais et criais dans la voiture pour les embêter. À un moment, mon père s'est tourné vers moi pour me réprimander sauf que le camion qui était devant nous s'est renversé. Aucun moyen pour mon père de l'éviter. C'était terrible, ... j'ai entendu ma mère hurler comme jamais et ... j'ai juste eu le temps de voir mon père se jeter sur ma mère pour essayer de la protéger. Mais ... c'était trop tard. J'ai fermé les yeux et vingt secondes plus tard, je me trouvais assis, sur le goudron de la rue. J'étais à deux mètres de la voiture d'où je pouvais voir mes parents pleins de sang. Ma mère continuait de crier tandis que le corps de mon père était complètement désarticulé sur elle ... J'avais sept ans, reprit-il après un petit silence. Sept ans, bon Dieu ! s'emporta-t-il soudain. Je ne sais pas comment j'ai réussi à survivre ... et ... je préférerai vraiment être mort avec eux. Chaque matin quand je me lève, je me dis que j'aurai dû y rester avec eux. C'est ma faute. Et je ne veux plus voir la boucherie que cet accident a fait. Je ne veux plus voir la voiture prendre feu sans que je ne puisse agir. Je veux oublier ... être normal ... être ... »

Elle essuya une larme qui avait coulée sur sa joue et se reprit. Pour le réconforter, Lily se rapprocha légèrement de lui et prit la main tremblante de Colin dans la sienne. Elle ne savait pas quoi dire devant une telle déclaration. Pour elle, voir ses parents mourir de cette façon est la pire des souffrances. Elle passa alors un bras autour des épaules du jeune homme et lui murmura:

« - Tu ne peux pas l'oublier mais tu peux essayer de vivre le mieux possible avec ... je ferai tout pour t'aider ! »

Il releva la tête brusquement vers elle, les yeux embués. Elle lui caressa délicatement la joue en lui souriant puis lui dit :

« - Tu n'es pas un monstre. Ce n'était qu'un accident. Tu peux pas t'en vouloir à vie pour quelque chose dont tu n'es pas responsable !

- Je suis resp ...

- Non ! le coupa-t-elle. »

Impuissant face à la rouquine, il se laissa tomber sur le lit. Il se passa une main sur le visage et lui murmura d'une voix cassée :

« - Comment tu fais ?

- Quoi ?

- Comment tu fais pour ne pas me détester ? Pour ne pas me trouver horrible ?

- Comment ? répéta-t-elle, abasourdie. Mais Colin, tu n'as rien fait ! Je vais te dire quelque chose ... Imaginons que tu ne pleurais pas. Ton père ne se serait pas retourné vers toi, certes mais ce camion se serait quand même renversé devant votre voiture. Tes parents n'auraient pas survécu dans tous les cas. Alors tu n'as pas à t'en vouloir.

- Je suis sorti de cette voiture ! Comment j'ai fait ? Pourquoi je n'ai pas pu les sortir aussi, les aider ?

- Je ne sais pas mais c'est une chance que tu as eu. Moi, je remercie Merlin de t'avoir permis de t'en sortir parce que sinon je ne serais pas amoureuse du plus merveilleux brun de toute cette école. Et pense à ton frère. Il aurait été tout seul pour surmonter cette tragédie. Aujourd'hui, tu as des gens autour de toi qui compte sur toi, qui ont besoin de toi et qui feront tout pour t'aider.

- Tu veux m'aider ?

- Oh que oui. Je ne m'enfuirai pas parce que je t'aime comme une folle. »

Elle avait à peine susurré ces mots qu'elle se rapprochait déjà dangereusement de lui. Leur bouches n'étaient qu'à quelques millimètres l'une de l'autre. Lily se mordit la lèvre inférieure et se dépêcha d'effacer la distance qui les séparaient encore. Tout en l'embrassant, elle glissa sa main au creux de la nuque de Colin.

Quand elle sentit celle de Colin passer dans son dos et la rapprocher de lui, un fort désir l'envahit. Un nouveau désir qu'elle n'avait encore jamais ressentit pour personne. Pendant un court instant, ce sentiment lui fit peur mais au fond, elle savait qu'elle ne pourrait pas résister. Rien ne servait de le combattre, autant s'y jeter à corps perdu.

Elle passa une jambe par-dessus le corps de Colin pour se retrouver sur lui et approfondit un peu plus leur baiser. Elle posa sa main libre sur le torse de son petit-ami et commença à déboutonner sa chemise, lentement. Au bout de quelques temps, elle se releva soudain, l'esprit comme fou. Elle ne savait pas très bien ce qu'elle faisait mais Lily s'en fichait. Elle retira sa robe d'un mouvement habile et replongea sur lui pour reprendre où ils s'étaient arrêtés ...


Il tira la chasse d'eau et se dirigea vers le lavabo. Il se lava les mains et se passa un peu d'eau sur le visage. Tout en s'essuyant, il se regarda un instant dans le miroir qui était en face de lui. Un sourire incontrôlable s'étendait sur ses lèvres. Il était heureux.

Il éteignit la lampe de la salle de bain et retourna aussitôt dans la chambre. Heureusement, la lune éclairait la pièce par les fenêtres. Il se dirigea vers l'une d'elles et l'ouvrit. Il observa pendant un long moment le parc vide à cette heure trop matinale. Il n'y avait pas un seul bruit aux alentours. Son sourire s'élargit un peu plus au moment où il vit une étoile filante dans le ciel. Il fit un vœu immédiatement :

* Faites que ce rêve dure encore longtemps ! *

Il referma rapidement la fenêtre et alla s'asseoir sur une chaise qui était dans un coin de la chambre et ne put s'empêcher d'admirer la jolie rousse qui était dans son lit.

Son regard parcourut de long en large le corps entièrement nu de la jeune fille. Durant la nuit, celle-ci avait abaissé le drap qui la couvrait par inadvertence, si bien que, désormais, Colin pouvait se repaître d'une grande partie de ses sublimes formes. Ses yeux, profitant de cette occasion qui pourrait ne pas se reproduire, glissèrent le long de la jambe qu'elle avait placé par-dessus la couverture, caressant à distance le creux de ses reins jusqu'à percevoir un léger frémissement le long de son dos lorsqu'il arriva sur le haut de son épaule.

Colin ne put empêcher une pensée de surgir du tréfonds de son âme : il aurait aimé la toucher comme la veille, qu'elle se laisse aller dans son jeu et qu'il puisse profiter de son abandon le plus total. Il rabattit cette idée rapidement tandis qu'il admirait la chevelure, étalée sur l'oreiller, de la jeune fille qui resplendissait dans le clair de lune filtrant à travers la fenêtre. Et son visage respirait la sérénité comme il ne l'avait encore jamais vu auparavant sur les traits fins de la jeune fille.

Il soupira de bien être et bascula la tête sur le côté pour profiter un peu plus longtemps de la belle vue qui lui était offerte. Puis après de longues minutes de contemplation, il se leva tout en se mordant la lèvre inférieure. Il contourna le lit et laissa glisser sur le sol la robe de chambre blanche qu'il avait mise un peu plus tôt. Il s'immisça dans le lit et se rapprocha de Lily qui dormait toujours aussi paisiblement. Il lui caressa un instant l'épaule avant de lui murmurer des mots qu'elle ne pourrait jamais entendre.