Chapitre 21

Le parc était loin d'être le lieu idéal pour parler de leurs problèmes mais il était le seul où elle voulait se rendre. Elle s'installa sans un mot sous un arbre et attendit qu'il en fasse de même. Elle prit une profonde inspiration et s'excusa :

« - Pardonne-moi pour mon comportement de ces derniers temps ... je ne sais pas ce qui m'a prit. Le stress des exams, je pense.

- Tu es déjà toute pardonnée, lui répondit-il, gentiment. »

Il est encore une fois gentil. Trop gentil. Il ne cherchait pas à avoir plus d'explication. Il ne voulait pas comprendre ce qui se passait en elle. Elle se sentit soudain comme abandonnée. C'était ridicule puisqu'il la prenait déjà dans ses bras pour l'embrasser. Elle répondit à ce baiser mais l'envie n'y était pas. Bien malgré elle, des larmes commencèrent alors à couler sur ses joues en silence. Ça ne lui ressemblait pas. Elle ne pleurait jamais. Jamais. Dès qu'il la lâcha, après s'être rendu compte des pleurs silencieux de sa petite-amie, elle se leva rapidement. Elle passa une main sur son visage, rageuse et lui murmura d'un ton plus sec qu'elle ne l'aurait voulu :

« - Je suis désolée mais j'ai besoin de temps.

- Besoin de temps ?

- Oui ... je suis perdue ... je ne sais plus !

- C'est à cause de lui ? lui demanda-t-il, très sérieux.

- Mais non.

- Depuis qu'on a commencé à sortir ensemble, je sais que ce moment va arriver.

- De quel moment tu me parles ?

- Que tu me quittes finalement pour lui ! répondit-il le plus naturellement possible.

- Tu as toujours été aussi stupide ? Ce qui se passe entre nous n'a rien à voir avec lui, c'est toi ! Je ne suis plus si sûre que tu ...

- Que je quoi ?

- Que tu sois le bon pour moi, finit-elle avant de renifler. »

Il ne répondit rien et après tout, il n'avait peut-être rien à répondre après ça mais elle aurait aimé qu'il défende son cas. Elle voulait qu'il se lève maintenant et qu'il lui dise qu'il était celui qui ferait tout pour la rendre heureuse, celui qui était fait pour elle. Mais rien. Il resta silencieux. Elle lui jeta un regard implorant. Elle avait besoin de temps mais surtout d'une aide. Il ne fit rien à part l'observer. Il ne semblait pas enclin à vouloir comprendre la détresse dans laquelle elle se trouvait. Elle ferma un instant les yeux avant de courir vers la salle commune. Elle voulait se cacher aux fins fonds de sa couette et ne plus jamais revenir dans le monde réel.

Elle n'en pouvait plus. Elle était sur le point de s'évanouir sous l'effort que cette course lui demandait mais elle continua quand même. Elle passa le tableau de la Grosse Dame au moment où un première année sortait et ne fit pas attention à Lily qui était assise à côté de Colin et Hugo. Elle monta à toute vitesse l'escalier et s'effondra littéralement sur le lit le plus proche. Elle n'arrivait pas à reprendre son souffle.

Quelques secondes plus tard, elle entendit Lily lui parler mais elle ne comprenait pas ce qu'elle disait et ne voulait surtout pas lui expliquer inexplicable. Sa meilleure amie s'assit à côté d'elle et attendit. Des secondes, des minutes. Elle ne pleurait plus. Elle avait sans doute vidé son quota de larmes des dix prochaines années. Sans un mot, Lily attendit que la tristesse de son amie parte un tout petit peu. Et finalement, Jun se calma.

« - Je suis désolée !

- Désolée d'être triste ? Tu n'as pas à l'être ! Qu'est-ce qui t'arrive ?

- Je ... je ne sais pas. Je ne me sens pas bien.

- C'est Tim ?

- Oui ... et non. Il est gentil et ne me reproche jamais rien mais ce n'est pas ce que je veux dans la vie. Je ne veux pas d'un homme gentil tout le temps qui ne me dit pas quand je dépasse les bornes. Je l'aime, tu sais, lui avoua Jun en se relevant. Je l'aime vraiment mais ... il me manque quelque chose.

- Je sais ce que c'est ...

- Non, Lily ! Je sais à quoi tu penses mais non ...

- Ah bon ? Et pourtant, tu sais que j'ai raison ! Tu as besoin de quelqu'un qui te fasse rire et pas seulement dormir. Tu as besoin de quelqu'un qui a du caractère et pas d'un garçon gentil et lisse. Tu as besoin de quelqu'un qui te fasse vivre et pas d'un ennuyeux intello.

- Je croyais que tu appréciais Tim ? s'étonna la jolie japonaise.

- Je l'apprécie beaucoup. C'est un très bon ami ... Seulement voilà, je pense après mûre réflexion qu'il n'est peut-être pas fait pour toi mais ... Jun, ce que je pense ne compte pas. Il faut écouter ...

- Mon cœur ? Oui je sais !

- Je n'allais pas dire ça mais ça marche très bien aussi. »

Pendant un instant, elles ne se parlèrent plus. Jun essayait tant bien que mal de savoir ce qu'elle voulait. Lily n'avait peut-être pas tout à fait tort. Elle avait besoin d'un garçon qui lui fasse tourner la tête.

« - Je ne suis pas un bon exemple au niveau relation amoureuse, commença Lily. Mais ces derniers mois m'ont appris quelque chose ...

- Et quoi ?

- Que l'amour ne se commande pas. On n'aime pas une personne parce qu'on l'a décidé mais parce que c'est comme ça. Tu peux me croire que je ne serai pas tombée à amoureuse de Colin sinon. Maintenant, c'est à toi d'assumer tes sentiments.

- Je n'ai rien à assumer ... de toute façon, il ne m'aime plus et ... il va encore me faire souffrir !

- Alors tu préfères rester avec ce très cher Tim ? La gentillesse ne suffit pas parfois. Et pour ce qui est des sentiments de mon cousin, je peux t'affirmer qu'ils sont toujours présents et peut-être même encore plus forts qu'avant. Parle-lui !

- Non, jamais de la vie. Je ne vais quand même pas aller le voir et lui dire la bouche en coeur « qu'est-ce que tu ressens pour moi pour que je puisse choisir entre toi et Tim ? ».

- Il n'y a qu'en lui parlant que tu sauras. Et puis dis-toi que dans n'importe quel couple, il y a toujours des risques de souffrir mais ça en vaut le coup !

- Tu deviens psychologue ou un truc dans le genre ? plaisanta Jun.

- Peut-être ... Tout ce que je te demande, c'est d'y réfléchir sérieusement Jun ! Et ne pense plus au passé. Les gens changent au fil du temps. »

Jun regarda Lily se lever et se diriger vers la porte. Au dernier moment, elle se retourna et lui souffla :

« - Tu es une fille intelligente, je sais que tu prendras la meilleure décision pour toi. »

La rouquine sortit de la pièce et laissa ainsi son amie réfléchir sur ses sentiments en paix. Jun alla s'asseoir sur le rebord de la fenêtre ouverte et observa le parc, pensive.


« - Tu crois que c'est grave ?

- Je ne sais pas ... mais j'ai l'impression qu'elle a pleuré !

- Non, ce n'est pas possible. Jun ne pleure jamais. Elle est forte ...

- Elle avait les yeux rouges en tout cas, fit remarquer Colin.

- Non, elle ne pleurait pas, essaya de se rassurer Hugo. »

Il était nerveux. Depuis qu'il avait vu Jun – où plutôt son ombre tellement elle était passée vite à côté d'eux – Hugo faisait les cent pas devant une fenêtre ouverte sur le parc.

« - Tu crois que c'est grave ? demanda-t-il pour la cinquième fois à Colin.

- Je ne sais toujours pas ... tu poseras la question à Lily quand elle redescendra !

- Si ce Tim lui a fait du mal, je jure sur Merlin que je lui ferai regretter !

- C'est peut-être elle qui lui a fait du mal ?

- Jun ne peut pas faire de mal même pas à cet idiot de Tim !

- Peut-être que si ... en rompant par exemple !

- Tu crois ? s'exclama Hugo, soudain joyeux.

- Fais au moins semblant que ça te fait de la peine pour eux ... ou pour elle.

- Oui, tu as raison mais ... »

Il leva les yeux et vit sa cousine arriver enfin. Il se précipita sur elle et l'innonda de questions :

« - Elle va bien ? C'est à cause de Tim ? Tu veux que je lui casse la figure ? Pas à Jun, à Tim ? Tu crois que je peux aller lui parler ? Elle a rompu ? Ou lui alors ? Réponds-moi, Lily !

- Je ne savais pas qu'un garçon tel que toi pouvait dire autant de mots à la seconde ! »

À ces mots, Colin fut pris d'un fou rire qui cessa dès que Hugo le foudroya du regard. Le brun s'enfonça dans le canapé et se mit à lire la gazette.

« - Philips ? l'interpella Hugo.

- Oui ?

- Ton journal est à l'envers !

- Oh merci ... je savais bien qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas, je ne comprenais rien à l'article.

- Affligeant ! murmura le rouquin avant de reprendre sa pseudo conversation avec Lily. Alors qu'est-ce qui lui arrive ?

- Rien de grave. Problème de coeur, répondit vaguement Lily.

- C'est à dire ? Tim a ...

- Il n'a rien fait ... c'est bien ça son problème à ce mec !

- Qu'est-ce que tu sous-entends par là ?

- Oh rien ... juste que si aujourd'hui, Jun se pose des questions sur leur relation, c'est parce qu'il n'est pas assez ...

- Pas assez quoi ? la pressa-t-il.

- Si tu veux la récupérer, montres-lui qu'elle compte pour toi et surtout dis-lui ce que tu peux lui offrir de plus que cet ennuyeux Serpentard !

- Je croyais que tu appréciais Tim ?

- Qu'est-ce que vous avez tous à me demander ça ? Oui, je l'apprécie mais je ne pense pas pour autant qu'il soit fait pour Jun. Maintenant, fais ce que tu veux ... »

Il observa Lily rejoindre Colin et se blottir contre lui. Pour commencer, lui montrer qu'elle compte pour lui ... allez c'est parti !


Ils avaient passé toute l'après-midi dans les bras l'un de l'autre à parler quand elle décida d'aller prendre des nouvelles de son amie. Elle tourna la tête vers Colin et un sourire incontrôlable étira ses lèvres. Elle était tellement heureuse avec lui qu'elle n'en revenait toujours pas. Elle l'embrassa sur la joue et lui confia :

« - Je vais aller voir comment va Jun. Elle a peut-être besoin de parler maintenant qu'elle a réfléchi toute l'après-midi.

- Oui, tu as raison. On mange ensemble ?

- Avec plaisir. »

Elle l'embrassa à nouveau mais sur les lèvres cette fois et se faufila rapidement jusqu'à son dortoir. Jun était assise sur le rebord de la fenêtre tandis qu'Elibeth travaillait à son bureau. Lily leva les yeux au ciel exaspérée par son amie. Elle lui demanda :

« - Tu pourrais nous laisser cinq minutes, Elibeth ? »

La jeune fille se tourna vers la rouquine et lui fit un mouvement affirmatif de la tête. Elle prit ses livres et partit en refermant la porte derrière elle. Quelle super fille, cette Elibeth !

« - J'espère qu'Anton se rendra compte qu'Elibeth est bien pour lui !

- C'est peine perdue ... ça fait des mois qu'elle lui tourne après et après il ose dire qu'il voit l'avenir, se moqua gentiment Jun sans regarder Lily.

- La vue du parc est bien ?

- Plutôt pas mal ! Un peu ennuyeuse par moment, quand même ! »

Lily s'approcha de son amie et mit son bras autour de ses épaules dans un geste qui se voulait compatissant.

« - Le dîner va bientôt être servi, lui apprit Lily. Tu manges avec Colin et moi ?

- Je n'ai pas très faim !

- Alors ? l'interrogea Lily après un petit silence. Tu sais ce que tu vas faire avec Tim ?

- Non ... Toujours pas, souffla-t-elle.

- Alors viens avec nous manger. Ça t'occupera l'esprit.

- Ok, abdiqua facilement Jun. »

Lily alla dans la salle de bain pour se recoiffer un peu tandis que Jun vient essayer d'arranger ses yeux rouges. Après quelques secondes à se préparer, Jun interrogea son amie :

« - Je peux te poser une question ?

- Bien sûr ...

- Qu'est-ce qui vous ait arrivé ce matin ?

- À qui ?

- À Colin et toi.

- Je ne vois pas de quoi tu parles.

- Vous êtes arrivés en retard et tu étais ailleurs toute la matinée.

- Oh rien ...

- Lily, s'il te plaît, la supplia Jun en se tournant vers elle.

- Ok ... voilà ... Colin et moi ... on a ... comment dire ?

- Non ? Déjà ?

- Quoi ? C'est trop tôt ? demanda la rouquine, légèrement apeurée.

- Non, pas du tout. Si vous l'avez fait, c'est que c'était le bon moment mais ... je ne m'y attendais pas vu qu'avec Anton ...

- Avec Anton, c'était ... différent.

- Alors ? C'était comment ?

- Jun ! la réprimanda Lily.

- Oh désolée ! »

Lily la regarda du coin de l'oeil. Elle fit un grand sourire et avoua, heureuse :

« - C'était parfait !

- À ce point ?

- Oh oui ... il a été doux, attentionné et ... parfait !

- Toi, tu es accro à ce mec ! lança Jun sur un ton de reproche.

- Quoi ?

- Rien, je suis désolée ... je suis juste jalouse.

- Jalouse ? De moi ?

- Oui ... Tu connais les sentiments de Colin et les tiens. Vous êtes bien ensemble sans vous forcer.

- Je suis sûre que tu as déjà vécu ça !

- Oui avec ... mais passons. Allons manger. »


Il passa la porte de la volière et alla directement vers un grand hibou noir. Ce n'était pas le sien et ce n'était pas grave. Elle saurait tout de suite c'était lui. Il plia le bras devant lui et le volatile vint aussitôt se poser dessus. Il sortit le petit colis de sa poche arrière de son pantalon et l'accrocha à la patte. Il caressa légèrement le pelage et le laissa partir.


Elle s'installa en face de Lily et Colin qui lui fit une grimace. Même s'ils étaient à Gryffondor tous les deux, il était vrai que Jun connaissait mal Colin. Elle l'avait toujours vu comme un garçon légèrement hautain, un séducteur et aujourd'hui, elle voyait un jeune homme au grand coeur. Elle se doutait que sa relation avec Lily y était pour beaucoup et ça lui faisait plaisir. Elle rit et tourna sans le vouloir son regard vers la table des Serpentards.

Tim était assis à sa place habituelle et semblait comme d'habitude. Il avait un petit sourire en coin tout en parlant à Steven. Il n'avait pas du tout l'air triste ou préoccupé. Cela fit un petit pincement au coeur de Jun. Elle ne voulait pas non plus qu'il soit à l'agonie mais tout de même. Elle posa sa tête dans ses mains, rêveuse.

« - Qu'est-ce qui t'arrive ? lui demanda Lily.

- Il a l'air heureux, répondit-elle, déçue.

- Il ne va pas se mettre à pleurer devant toute l'école.

- Peut-être mais pas ... pas ce sourire.

- Qu'est-ce qu'il a son sourire ? l'interrogea une voix derrière elle. »

Aucun doute sur le propriètaire de la voix. Cette voix chantante et enjouée en toutes circonstances ... qui, il fallait bien qu'elle l'avoue, lui faisait toujours chavirer le coeur. Elle n'était qu'une gamine.

« - Il semble ... heureux !

- Et il ne devrait pas ? »

Hugo s'assit à côté d'elle, mais elle remarqua qu'il s'était mis assez loin d'elle tout de même ce qui lui fit froncer les sourcils. Il avait pourtant l'habitude de presque se coller à elle mais là ... c'était bizarre.

« - Non !

- Parce que toi, tu souffres, il devrait aussi ?

- Je ... oui, sans doute ! C'est égoïste, je sais !

- Mais tellement normal ! Si tu veux, je vais lui casser la figure avec Colin ?

- Pas de soucis de mon côté, affirma le brun, souriant.

- Non, ça ira, leur dit-elle avant de rire légèrement.

- Un petit sort ni vu ni connu dans un couloir vide et on te l'envoie à l'infirmerie pour quinze jours ! lui assura-t-il, avec un mince sourire aux lèvres.

- Je sais ... vous êtes les plus forts. Mais ... je ne pense pas qu'il mérite que vous risquiez le renvoi pour lui, souffla-t-elle en baissant les yeux sur les plats qui venaient d'apparaître.

- Comme tu voudras ! »

Tandis que les quatre amis se mirent à dîner, le silence se fit autour d'eux jusqu'à l'arrivée bruyante de Chris avec un septième année. Jun et Lily se regardèrent étonnées et amusées. Le brun les rejoignit après un dernier sourire au Serpentard. Il s'installa à côté de son frère et se servit comme si de rien n'était sous le regard des quatre autres Gryffondors.

« - Qu'est-ce que vous avez à me regarder comme ça ?

- C'est qui ... cet apollon ?

- Je ne te dérange pas, Lily ? s'exclama Colin.

- Non, non mais ... avoue toi-même qu'il est ... canon !

- Je te rappelle que moi, mon genre ... c'est toi !

- Allez, ne fais pas ton jaloux ... de toute façon, j'ai l'impression que cet apollon, commença la rouquine sous le regard noir de Colin, en pince pour ton jumeau.

- Quoi ? s'écrièrent les trois garçons.

- Tu crois ? continua Chris.

- Oui, je pense aussi, intervint Jun.

- Mais de quoi vous parlez ? s'enquit Hugo qui semblait perdu. »

Oups ! La gaffe ! Il n'était pas au courant ! Chris fit un regard suppliant à Jun, la priant de lui expliquer. Elle seule pouvait lui dire quelque chose de ce genre. Elle prit un grand bol d'air et murmura à son ancien copain :

« - Disons ... disons que le style de personnes qui ... intéresse Chris, c'est ... les gens comme toi.

- Pardon ?

- Enfin pas toi !

- Pourquoi ? Je ne suis pas séduisant ? se vexa faussement le rouquin.

- Non, loin de là mais ... il n'est pas attiré par toi, personnellement.

- Tu ne me trouves pas séduisant ? bouda Hugo en s'adressant directement à Chris.

- Ce n'est pas ça. Tu es mon meilleur ami alors je ne te vois pas comme ...

- Comme un copain potentiel ? C'est vexant !

- Hugo ! réprimanda sa cousine.

- Oh ça va, je plaisante ! Mais pourquoi c'est moi le dernier au courant ?

- Parce que tu étais avec ta très chère Emily quand il a fait sa révélation !

- Révélation forcée par ta cousine, précisa Chris.

- Ok ! Je comprend. Donc ton style, c'est ... »

Il montra du doigt l'apollon dont il était question plus tôt.

« - Oh que oui !

- À qui il ne le serait pas ? soupira Chris.

- À moi ! répondirent en choeur Colin et Hugo.

- Oui mais vous, c'est normal !

- J'ai une question. Comment vous pouvez savoir qu'il en pince pour ... notre petit Chris ? Vous l'avez vu dix secondes, ce type ! s'étonna Hugo.

- Ses yeux, lui dit Jun.

- Les yeux ? C'est bien un truc de filles de se fier aux yeux.

- Ils ne mentent jamais, eux ! lança méchamment Jun.

- Moi non plus, je te rappelle ! »

Jun rougit et fut forcée de confirmer. Il l'avait peut-être trompé mais lui avait tout de suite avoué son erreur. Dans tout ça, il y avait peut-être du positif.

« - Allez raconte-nous Chris ! quémanda Lily.

- Il n'y a rien à dire à part qu'il est canon, qu'il est doué sur un balai et ... qu'il embrasse bien ! »

Tout le monde le dévisagea, abasourdi. Hugo fut le premier à répliquer quelque chose mais Jun ne l'écouta pas. Elle l'observa un long moment. Il ne semblait pas souffrir de sa rupture avec Emily. Il avait dit après tout ne pas être amoureux d'elle mais tout de même. D'ailleurs, cette annonce avait réjouit la Gryffondor malgré elle. Quand il fit un grand sourire, elle ne put s'empêcher d'en faire de même.

Elle jeta un coup d'oeil à Tim et croisa son regard. Il le détourna aussitôt ce qui la rendit encore plus triste qu'elle ne l'était avant. Les larmes arrivèrent mais n'eurent pas le temps de couler. Un hibou se posa grâcieusement sur la table devant Jun. Elle attrapa l'objet qui se balançait à sa patte. Elle fut surprise de voir son nom de famille écrit dessus. Les mains tremblantes, elle déchira le papier kraft et reconnut immédiatement l'écrin. Elle ne l'ouvrit pas et se tourna vers Hugo qui avait cessé sa conversation. Elle était interloquée. Il n'avait pas osé lui faire ça ?

« - Pourquoi ?

- Parce que je pense que c'est le meilleur moment, répondit-il, sérieux.

- Pas moi, affirma-t-elle en se levant. »

Elle s'en alla mais garda l'écrin serré entre ses mains contre sa poitrine.


Il avait attrapé des morceaux de brownie et partit à la suite de Jun. Il devait savoir. Tout devait être éclairci entre eux, une bonne fois pour toute.


Lorsqu'elle fut sûre d'être seule dans la salle commune des Gryffondors, elle ouvrit enfin l'écrin et admira longuement le bijou. Un magnifique collier en or blanc dont le pendentif était en forme de coeur serti de minuscules saphirs. Elle le caressa du bout des doigts et sémerveilla encore une fois devant sa beauté.

« - Pourquoi je devrais le garder dans un tiroir miteux alors qu'il allait tellement bien dans le creux de ton cou ? »

Elle sursauta et faillit faire tomber le bijou. Elle leva les yeux au ciel et lui répondit franchement sans le regarder :

« - Parce que nous ne sommes plus ensemble, Hugo !

- Peut-être mais c'est un cadeau ... tu n'aurais jamais dû le quitter.

- Toi, tu n'aurais jamais dû me tromper et pourtant ... lança-t-elle d'un ton sec.

- Tu ne m'as toujours pas pardonné ?

- La question n'est pas là ... Pour être tout à fait franche, c'est Tim qui ne souhaitait pas que je le porte et j'ai pensé que ... c'était plus honnête de te le rendre.

- Alors maintenant, tout est réglé. Tu le gardes.

- Je suis toujours avec Tim ... enfin je crois !

- Encore une erreur ! Comme quoi je ne suis pas le seul ici ... »

Une part de gâteau au chocolat apparut dans son champ de vision tandis qu'Hugo s'asseyait à côté d'elle sur le canapé. Elle releva brusquement la tête et vit son sourire. Comment pouvait-il être toujours si joyeux dans ces moments-là ? Elle examina un instant la nourriture qu'il lui avait ammené et en prit un bout qu'elle mangea avec plaisir.

« - Au moins ton amour pour le chocolat n'a pas changé lui ! »

Elle ne put rien lui dire à cause de sa bouche pleine mais elle n'en pensait pas moins. Puis après tout, ce n'était pas plus mal qu'elle ne puisse pas répondre sinon elle aurait dit des choses qu'elle aurait pu regretter. Elle avala bruyamment ce qui fit rire Hugo. Elle rougit un peu puis elle lui demanda :

« - Qu'est-ce que tu veux ?

- Toi ... lui avoua-t-il, sincère. »


« - Qu'est-ce que tu veux ?

- Toi ... lui avoua-t-il, sincère. »

Là, c'était clair. Plus de sous-entendus, plus de retenues, plus de tristesse. Seulement l'espoir et l'impatience. Il savait qu'elle n'allait pas lui tomber dans les bras ce soir-là mais il fallait qu'elle sache que pour lui, elle était tout.

« - Alors tu as commencé à réviser les Sortilèges ? changea-t-il de conversation. »

Il ne voulait pas la forcer. Il ne voulait pas qu'elle se sente obligée de répondre quoique ce soit pour l'instant. Il souhaitait avant tout la faire réfléchir pour le moment pour qu'elle puisse ensuite lui dire si son amour était réciproque ou non. Elle lui fit un sourire reconnaissant et lui exposa :

« - Oui mais il me reste encore les derniers cours ... Tim devait ... me les expliquer.

- Je peux le remplacer sur ce coup-là ... si tu veux, bien sûr.

- Toi et les Sortilèges ?

- Oui. Anton me les a expliqué un soir. Maintenant, je les maîtrise assez bien ... sans vouloir me vanter, bien sûr !

- Bien sûr ! répéta-t-elle amusée. Je ne dis pas non parce que ... je doute que Tim et moi ...

- Comment ça ? demanda Hugo, curieux, après un silence.

- Je ne suis pas sûre de rester avec lui ... Je ... Il est trop différent de moi ... Et ... je ne devrais pas en parler avec toi.

- Et pourquoi ? Vas-y ... explique moi la situation, l'encouragea-t-il en s'installant plus confortablement dans le canapé.

- Tu me connais ... je suis une fille assez impulsive et d'extravertie alors je pensais que Tim serait la personne faite pour moi parce qu'il est mon opposé. Calme, réfléchi et réservé. Je me suis dit qu'il me permettrait de devenir plus posée mais en fait, maintenant ... je le trouve ...

- Mou ? proposa-t-il.

- Ouais, un peu. Je sais, c'est assez méchant de dire ça mais ... c'est tellement vrai. Quand je lui dis quelque chose, il ne réagit pas ou très peu et c'est pénible à la longue. Malgré tout, j'ai encore des sentiments pour lui et c'est ça le pire je pense.

- Ça ne doit pas être facile d'être à ta place. Mais il ne t'a pas dit ce qu'il ressentait, lui ?

- Tim ? Jamais ! Trop réservé pour ça. Ça aussi c'est pénible. Il ne m'a jamais dit clairement ce qu'il ressentait pour moi alors que ça fait un bon bout de temps qu'on est ensemble maintenant. Quand je lui ai parlé cet après-midi, je lui ai avoué le fait que je pensais qu'il n'était peut-être fit pour moi et ... il n'a rien dit. Il ne s'est pas défendu.

- Il pense peut-être la même chose que toi !

- Peut-être ... Puis parfois, j'ai l'impression de ne pas compter pour lui comme ce soir ...

- Ce soir ?

- Il parlait tranquillement avec Steven et ne semblait pas triste.

- Il crois sans doute que c'est juste une mauvaise passe et que tu reviendras vers lui de toute façon.

- Tu crois ? Mais c'est prétentieux, ça !

- Prétentieux ? Pas forcément, il pense juste que tu l'aimes et que ... tu ne peux pas quitter quelqu'un que tu aimes.

- Alors là, il me connaît mal alors.

- Ah bon ? Tu pourrais le quitter même avec de forts sentiments pour lui ? s'étonna Hugo, fronçant les sourcils pour montrer son incompréhension.

- Je l'ai bien fait avec toi, lâcha-t-elle brusquement avant de rougir.

- Oui, vu comme ça ... forcément ... mais lui, il n'a pas fait la pire erreur de sa vie ! Il ne t'a pas blessé à ce que je sache ?

- Non pas directement ... mais ses réactions ou plutôt son manque de réactions m'exaspère énormément. Puis je ne suis plus aussi bien avec lui .. ce n'est plus naturel.

- Sur tous les plans ? se risqua-t-il, n'ayant aucune envie de connaître les détails de leur vie sexuelle.

- Sur tous les plans et surtout celui auquel tu penses ... soupira Jun. »

Un sourire incontrôlable s'accrocha à ses lèvres. Ce n'était pas gentil pour Tim de se réjouir de sa vie sexuelle pourrie mais après tout, ils n'avaient jamais été de grands amis puis le Serpentard ne s'était pas gêné pour draguer Jun juste après leur rupture. Pourquoi ne pourrait-il pas en faire de même ? C'était chacun pour soi maintenant.

« - Arrête de sourire comme ça, lui ordonna Jun en riant.

- Désolé ! Alors ces Sortilèges ? Je te les montre ?

- Pourquoi pas ? Au pire, ça peut être divertissant pour moi de te voir te débattre avec ta baguette.

- Tu vas voir ... je vais t'épater ! »

Il se leva et lui tendit la main pour qu'elle le suive jusqu'à son dortoir.

« - Qu'est-ce que tu me fais là ?

- On va réviser dans mon dortoir.

- Dans ton dortoir ? répéta Jun, sceptique.

- En tout bien, tout honneur.

- Ok ... »

Elle accepta enfin la main et se leva à son tour. Il se planta devant elle, plongeant son regard dans le sien et lui souffla :

« - Remet ce collier s'il te plaît. »

Il vit ses yeux aller de l'écrin à ses lèvres sur lequel son sourire s'agrandit un peu plus.

« - Avec plaisir ! »

Il prit le collier qu'elle tenait toujours dans sa main et lui mit, l'obligeant ainsi à se rapprocher énormément d'elle. Au moment de se reculer, il lui dit au creux de l'oreille :

« - Tu es splendide ! »


« - Tu es splendide ! »

Des frissons parcoururent tout son corps dû à la proximité et le souffle chaud de Hugo. Pourquoi fallait-il qu'il lui fasse encore autant d'effet malgré le temps qui s'était écoulé ? Il se recula et partit vers son dortoir. Après un moment d'hésitation, elle le suivit dans les étages. Elle connaissait bien sûr parfaitement l'endroit où se trouvait la chambre d'Hugo et des autres garçons de son année. Elle y était venue tellement de fois.

Elle mit ses souvenirs dans un coin de sa tête et entra dans la pièce. Elle n'avait pas changé à part le bureau de Hugo qui semblait aujourd'hui être utilisé par son propriétaire. Cela la fit sourire. Jun observa chaque endroit de la pièce qui avait un lien avec Hugo puis posa son regard sur lui qui était à présent devant elle, baguette déjà à la main. Elle lança l'écrin de son bijou sur le lit le plus proche et sortit à son tour sa baguette.

Pendant près d'une heure, il lui montra et lui expliqua tous les sortilèges qui posaient problème à la japonaise. À aucun moment, il n'avait un geste ou un mot déplacés ce qui avait légèrement frustré la jeune fille. Il arrivait à la faire rire, à lui faire oublier ses problèmes de coeur avec Tim et par-dessus tout, il arrivait à la faire se sentir belle rien qu'avec son regard.

Plus la soirée avançait, plus elle voyait clairement ce qu'elle désirait finalement. Mais cela lui fit peur. Elle allait en parler avec Hugo lorsque la porte de la chambre s'ouvrit sur Lily et Colin en train de s'embrasser fougueusement. Hugo et Jun se regardèrent mi amusés, mi embarrassés. Le rouquin se racla la gorge pour signifier aux nouveaux arrivants qu'ils n'étaient pas seuls. Ces derniers comprirent et se séparèrent rapidement sous les rires de leurs amis.

« - Tiens ... on vous cherchait justement ! dit Lily précipitamment.

- Bien sûr ... on va te croire ... répondit Jun encore plus amusée.

- Vous ne pourriez pas y aller doucement, non ? leur demanda Hugo.

- Je ne vois pas de quoi tu parles, Weasley !

- Tu ne veux quand même pas que je te fasse un dessin, Philips ?

- Nous faisons bien ce que nous voulons et où nous voulons, mon cher cousin, intervint Lily.

- Je sais bien mais pas trop d'effusion de ce genre devant moi, les pria le rouquin.

- Mais c'est qu'il est sensible, le petit, se moqua Lily. »

Pour seule réponse, Hugo lui tira la langue, de la façon la puéril qui pouvait faire preuve. Jun éclata de rire. Lily se rapprocha d'elle et lui murmura :

« - Ça a l'air d'aller ... beaucoup mieux, toi !

- Oui, en effet ... lui confirma Jun.

- Ça n'aurait pas un lien avec mon cousin et ce collier ? »

Elle frôla le bijou encore une fois et avoua :

« - Bien sûr que oui ! »

Elle sentit ses joues rougir tandis que Lily déclarait aux garçons.

« - Maintenant qu'on sait que vous allez bien, on va vous laisser tranquilles ... à plus tard ! »

Lily entraîna Colin avec elle dans l'escalier après un clin d'œil à Jun. Malheureusement, Hugo surprit le geste de sa cousine et demanda à la japonaise :

« - Pourquoi elle a fait ça ?

- Quoi ? demanda Jun, voulant gagner du temps.

- Son clin d'œil !

- Oh je ne sais pas, moi.

- Tu es en train de mentir, Lewis !

- Vraiment ?

- Oui, quand tu mens, ta lèvre inférieure tremble légèrement et là ... elle tremble, affirma-t-il en s'approcha d'elle. »

Il était grand. Elle l'avait presque oublié. Elle plongea son regard dans celui de Hugo et lui murmura :

« - Tu pensais ce que tu disais tout à l'heure ?

- À propos de quoi ?

- De moi ...

- Que tout ce que je voulais au monde, c'était toi ? proposa-t-il, souriant.

- Oui ...

- Je pensais chaque mot. J'ai été con, une fois ... et je m'en mords encore les doigts.

- Vraiment ?

- Qu'est-ce que je dois faire pour te prouver que je t'aime plus que ma propre vie ? s'enquit le rouquin, dont les yeux pétillaient. »

Voilà les mots qu'elle attendait. Il l'aimait et n'avait pas peur ou honte de lui avouer.

« - J'ai été conne aussi ...

- Pardon ? Pourquoi ?

- Je t'ai laissé tomber alors ... que je suis folle de toi !

- On dirait un film moldu d'amour, lui chuchota-t-il. »

Elle lui donna une petite tape sur le torse, lui reprochant un peu de gâcher ce moment qui pouvait être si spécial pour eux. Mais il se pencha et l'embrassa délicatement, amoureusement. Jusqu'à présent, elle n'avait pas remarqué à quel point les baisers de Hugo lui avaient manqué. C'est maintenant qu'elle comprenait qu'elle n'avait au fond jamais vraiment aimé Tim. Un pincement au cœur mais heureuse quand même, elle répondit rapidement au baiser.