Eh bien, voici la deuxième partie de cette petite histoire rapide. Il y aura peut-être une partie trois, je ne sais pas encore. Bonne lecture !
– Général Swain...
Jericho ne se retourna pas, sachant qui était son interlocuteur. Ses subordonnés étaient toujours impressionnés qu'il laisse son dos aussi exposé. Depuis son arrivée à Noxus, il n'avait jamais eu à montrer la totale étendue de son pouvoir. Les quelques personnes qui avaient tenté de le poignardé avaient suffisamment mal fini leur existence pour décourager les suivants.
Le général DuCouteau vint se placer à côté de lui, s'appuyant sur la rambarde. Noxus s'étalait sous eux, sombre, grouillante, sale. Des éclats de magie se faisaient parfois entrevoir entre deux bâtiments. Eux-même étaient sur la terrasse privée de Jericho Swain, à l'intérieur du complexe militaire.
– J'ai entendu dire que vous complotiez cntre le général Eilen, fit DuCouteau d'un ton nonchalant.
– Je ne vois pas où vous auriez pu entendre parler de cela.
– Vraiment ? Eh bien, disons que je dois être l'un des derniers à vous avoir vu arriver à Noxus. Il me semble que le médic qui a soigné votre jambe est décédé.
Swain lui lança un regard pénétrant. DuCouteau ne le regardait pas, contemplant un quartier de la Ville Basse. Lui aussi se souvenait du brave médecin qu'il avait tué. Le premier homme assassiné parce qu'il en savait trop, quarante-deux ans auparavant.
– Suivant !
Jericho reprit son bâton, boîtant jusqu'à la pièce voisine. La maison était en bois, les bancs également. Du sang séché ou encore frais se faisait voir partout dans la pièce. Le médecin nettoyait un de ses instruments métalliques, semblable à une petite scie, sur un vieux chiffon sale. Le garçon s'assit sur le banc vaguement désigné, rajustant son écharpe. Le froid glacial était tout aussi présent à l'intérieur de la cahute qu'à l'extérieur. La neige commencerait bientôt à tomber.
Il avait mis presque six semaines à rejoindre Noxus avec sa jambe déchiquetée. L'oiseau blanc, si semblable à un corbeau, le suivait toujours. Sur son épaule lorsqu'ils étaient seuls, planant silencieusement dans le ciel le reste du temps.
– Eh bien, cracha le médecin après s'être penché sur sa jambe, c'est un guérisseur que tu dois aller voir, mon garçon.
– Non, fit calmement Swain. La guérison non naturelle s'impute sur le potentiel magique.
C'était une chose que le corbeau lui avait apprise. S'il se faisait guérir avec une méthode contre-nature, sa magie diminuerait de manière permanente en conséquence. Or, il tenait absolument à préserver son potentiel intact.
– Il n'y a pas grand-monde qui le sache. Je ne peux aps te soigner ça, l'os est broyé et tes tendons sont en miettes. Le mieux pour toi, c'est que je te l'ampute, il y aura moins de chances d'infection. Tu as déjà de la chance qu'il ait fait aussi froid ces derniers jours.
Swain ne répondit rien au commentaire.
– Nettoyez juste et bandez-le.
– Tu ne vas jamais guérir. Enfin, si c'est ce que tu veux... je vais te cautériser, tu prendras moins de risques pour les hémorragies.
Il ne tarda pas à appliquer le tison brûlant. Seul un tressaillement lui répondit, alors même que le gamin aurait dû hurler et pleurer. Pourtant, son regard froid le fixait toujours, attendant la suite de l'opération. Avec précautions, il desserra puis retira le garrot au-dessus de son genou. Si la pression était trop forte pour les artères brûlées, il ne tarderait pas à le savoir.
Les plaies ne se rouvrirent pas et il entreprit de tout nettoyer à l'acool, prenant une lampée au passage, avant de prendre le tissu le plus propre qu'il avait en stock. Le gamin reprit sa canne une fois la jambe soignée et il secoua la tête.
– Gamin, si tu veux me dire qui a fait ça, il est interdit de mutiler les jeunes soldats.
– Ce n'était pas à Noxus, répliqua Swain sans se retourner. Et je ne suis pas soldat.
– Plus maintenant. Tu devrais quitter la ville, tu ne serviras à rien dans une cité militaire.
Le gamin lui adresse un regard noir par-dessus son épaule.
– Je serai officier, lâcha-t-il sur un ton polaire. Et trois idiots de jurys ne m'arrêteront pas.
– Si je ne m'abuse, l'échoppe de ce médecin a brûlé le soir même, fit la voix de DuCouteau. Il était ivre mort à l'intérieur, il n'avait aucun moyen de s'en tirer.
Swain ne répondit rien. C'était le seul homme qu'il ait lui-même assassiné. Par la suite, il avait appris à payer des gens pour le faire à sa place. Une bagarre de taverne un poil trop violente était plus discrète qu'un sort ou une lame empoisonnée.
Il s'était présenté à l'école d'officiers de Noxus dès le lendemain. On lui avait rit au nez. Il avait crevé l'oeil de son détracteur en réponse et le jury avait accepté de le laisser passer les épreuves de sélection.
L'école de Noxus avait ceci de particulier qu'elle était ouverte à tous. Bien sûr, il fallait passer des épreuves éliminatoires, puis survivre. Aux professeurs, aux épreuves de mise en pratique avec de petites unités, aux autres aspirants officiers qui appliauqiaent la théorie comme quoi moins il y avait de candidats, plus l'objectif était facile à atteindre.
Pour lui qui était arrivé seul, sans aucun appui politique qui le protège, les débuts avaient été durs. Il avait dû convaincre d'autres aspirants qu'il était leur meilleure chance de survie, les fédérant autour de lui, éliminant quelques groupes ennemis pour convaincre qu'il ne plaisantait pas.
C'était là qu'il avait connu sa première unité. Il les avait "sauvés" lors d'une embuscade tendue par un de ses alliés et les survivanets lui étaient toujours dévoués fanatiquement... même s'ils étaient un peu vieux pour être toujours utiles.
– Finement joué, fit la voix de DuCouteau, comme suivant ses pensées. Sortir commandant, avec plusieurs officiers fanatiques sous vos ordres... votre montée était assurée. Votre popularité aussi.
– Cela ne vous a pas empêché de m'envoyer sur le Front Nord, remarqua Swain.
Un rire grave lui répondit.
– Et de vous exclure des débats sur l'utilisation abusive de la nécromancie. Au moins n'avez-vous pas été forcé de donner votre opinion.
Swain acquiesça. La question était très délicate et avait soulevé des semaines de débat pendant quil était à la frontière des territoires glacés du Nord. Certes, les morts-vivants étaient de bons soldats qui ne protestaient pas contre les ordres. Des troupes de choc en grand nombre et peu coûteuses.
Mais, car il y avait un mais, les magiciens puissants comme lui ne pouvaient que remarquer le déséquilibré autour d'une grande concentration de morts-vivants. De part son statut de général-mage, il aurait dû défendre ardemment la nécromancie. De part ses observations, tout faire pour la limiter à quelques morts-vivants très puissante, comme Sion.
– Vous me donnez toujours plus de raisons de vous tuer, obersva Swain d'une voix calme. Je pensais avoir effacé les traces de mon arrivée à Noxus.
– Vous l'avez fait, mais j'étais déjà officier quand vous êtes arrivé.
– Donc vous tuer devient une simple mesure de protection pour moi.
Il ne regardait toujours pas l'autre général, cherchant à percer ses intentions. DuCouteau se plaça soudain face à lui, d'un regard mortellement froid.
– Je vous propose un marché, fit-il d'un ton glacial.
– J'écoute.
– Vous protégez ma fille, Katarina. Vous vous assurez qu'elle prenne ma place au Conseil et qu'elle y reste. Vous lancez et subventionnez les recherches pour soigner Cassiopeia.
– Et en échange ?
– Vous me tuez et me faites disparaître. Je sais que vous pouvez absorber des vies.
– C'est une accusation grave d'une magie ignoble, commenta Swain.
– Et vous vous appropriez ma force, si mes renseignements sont exacts.
– Et si je ne tiens pas mes promesses ?
Car l'option était tout à fait envisageable. Même s'il n'était pas magicien à proprement parler, DuCouteau avait une grande force en lui qui serait un ajout admirable à son propre pouvoir. S'il fallait protéger une gamine et soutenir des recherches théoriques... il était gagnant.
– Oh, j'ai pris mes précautions, assura l'autre général. J'ai laissé une trace sur mon potentiel, il semblerait que vous le gardiez en vous après.
– En effet, acquiesça Swain. Je garderai votre empreinte en moi.
– Alors c'est ce que je vous propose, et vos secret disparaîtront avec moi.
Le silence régna un moment. Le corbeau pesait attentivement ses options. Pourtant, même s'il n'aimait pas se faire forcer la main, il n'avait guère le choix. Le vieux en savait trop, et il n'avait sans doute pas tout dit. L'absorption le ferait taire définitivement, et tant pis s'il fallait prendre soin de sa gamine. Il venait à peine de prendre sa décision que l'autre général ricana.
– Personne ne sait que je suis là, Swain, pas même ma fille.
– Si vite ?
– Je ne me représenterai jamais à vous, seul à seul. C'est à prendre ou à laisser.
Sans plus hésiter, il appela sa magie et se métamorphosa en un instant, secouant ses ailes de plumes blanches. DuCouteau ne se défendit pas alors qu'il absorbait sa vie et son corps se mit à vieillir, puis tomba en poussière. Il brûla ses vêtements d'un mouvement de main – le vieil homme avait tout préparé, ne portant rien qui résisterait à l'épreuve du feu.
Cinq minutes plus tard, il ne restait rien du général DuCouteau qui aurait pu indiquer son existence même. Il reprit sa canne, retournant en boîtant dans ses luxueux appartements, furieux. Le vieux général l'avait bien eu, lui transmettant plus que ce qu'il avait dit.
Il était dorénavant forcé de prendre soin d'une petite sotte impatiente.
