Herrera : Ne t'inquiète pas, mon style, BB87 le connait et je peux te dire déjà qu'avec cette partie, et bien... Non... Je ne dis rien.

Allez, slogan de cette histoire : Lilly se lâaache et s'envoie en l'air avec son partenaire et s'attache et s'abandonne toujours avec le même ! (n'y voyons rien de sous-entendu là-dessous :p, mais c'ets une veinarde !)


Trois mois plus tard.

Le printemps est revenu. La nature revit, et moi aussi. Je déteste l'hiver. Je déteste avoir froid… Mais je n'aime pas trop la chaleur non plus. Cette sensation d'étouffement au moindre geste, très peu pour moi. Ce que j'appellerais « l'anecdote Saint Valentin » est classée, du moins je le crois. Il y a quelque chose de brisé entre Scotty et moi, mais, ni lui ni moi, décidons d'y prêter attention. J'ai réussi avec du mal à ranger ce souvenir dans ma tête. Nous ne sommes plus aussi proches, mais on ne s'en plaint pas. Seule Kat a eu quelques doutes une fois sur notre relation. Doutes que je lui ai très vite ôté de l'esprit. Eddie est revenu… on se revoit, mais ce n'est plus aussi fort entre nous. Il a vécu pas mal de choses, et je sens bien qu'il est devenu distant. Je ne m'en plains pas, mais quelque part, ça me gêne. Parfois, je rêve encore de cette nuit spéciale. Je me réveille alors en sursaut le cœur battant, et une envie de redevenir cette Lilly. Mais alors qu'avant, je voyais, voire je revivais chaque moment avec Scotty, maintenant, c'est plus flou. Je rêve, mais ce n'est plus lui, ou alors je ne le distingue plus. Mais ce que je ressens est toujours aussi fort, voire indescriptible.

Je suis invitée à un enterrement de vie de jeune fille. J'ai horreur de ça. Ce cliché… J'espère au moins éviter toute forme de cliché que représente cette soirée… La future mariée ivre savourant une de ses dernières nuit de liberté totale. Absurde ! Pourtant, je me surprends à m'amuser. Je m'éclate ! Moi qui ai horreur de danser, je m'éclate comme une folle sur la piste de danse ! La future mariée, amie d'une amie, n'est pas ivre. Donc tout va bien ! On profite… Elle flirte gentiment… Je ris, je taquine et parle avec tout le monde… Jusqu'à ce que je le vois. Et là, toutes ces sensations que j'avais enfouies au plus profond de ma tête, refont surface. Il est là… Adossé contre le comptoir du bar, à boire un verre. Il sourit… Je bloque dessus. Ce sourire me fait tout oublier… Mais, j'ai un doute… Est-ce à moi qu'il est destiné ce sourire ? Je m'avance prudemment, et finalement, je recule… Quelle idiote je suis ! Il n'est pas du genre à aller boire seul… Je rejoins donc mes amies d'un soir, et j'essaie de m'amuser. Mais, je n'arrive plus à faire comme si de rien n'était… J'ai bien eu le temps de le détailler. J'avoue avoir toujours aimé son style de costumes… Mais de le voir habillé avec ce polo d'un couturier très connu, et ce jean pourtant très classique me fait de l'effet. N'importe qui a, dans sa garde robe, au moins un jean de cette marque… Banal, voilà c'est banal ! Mais alors pourquoi je réagis de cette façon ? Pourquoi est-ce que je ressens comme une forme de jalousie ? Je n'en ai aucun droit ! Et pourtant… Cette fille qui rit, qui lui touche le bras, qui le regarde… Je la hais ! Mon regard est sans arrêt attiré par l'endroit où se trouve mon collègue. Et à chaque fois, je baisse les yeux en jurant de ne plus me laisser avoir de la sorte. Et surtout, il risque de me voir. Mais rien que cette pensée me fait sourire, et aussitôt j'imagine qu'il laisserait tomber sa pimbêche pour me retrouver.

Tout bascule à nouveau… J'ai envie d'oublier ce que je ressens pour lui au plus vite… Et je viens de trouver ! Je jette mon dévolu sur la belle bouteille qui trône sur notre table. Grossière erreur… Après deux verres bu coup sur coup, je me sens bizarre. Je décide donc d'aller danser et de me « défrustrer ». J'y arrive… Stephen ou Ethan… Je n'ai pas trop compris son prénom me fait danser au rythme d'une salsa. Je me laisse aller, mais évidemment ce n'est pas le visage de mon cavalier que je vois… Et cette simple image me procure d'agréables sensations… Mais pourquoi me fait-il autant d'effet ? Pourquoi est-ce que je me laisse aller autant à chaque fois que je pense à lui ? Pourquoi est-il devenu un fantasme ? Pourquoi… Mon partenaire m'attire plus près de lui, je ne résiste pas… Il me murmure quelque chose à l'oreille, je souris… Je ne suis plus présente… Je suis bien au-delà de toute cette mascarade… Le début de « Purple Rain » de Prince se fait entendre, je ne réalise même pas que je danse toujours avec mon cavalier d'un soir… Mon regard se dirige encore une fois vers Scotty. Mais cette fois, il reste accroché. Juste à ce moment, il a relevé la tête, et nos yeux se sont rencontrés pour ne plus se lâcher. Et c'est comme si ma mémoire avait besoin de cette stimulation pour se souvenir de cette nuit. Je ne prête plus du tout attention à cet Ethan ou Stephen… Je danse comme un robot sur un slow sensuel en dévorant des yeux mon collègue. En un regard, me revoilà partie loin… très loin. On en profite tous les deux, la distance entre nous est un supplice, mais ni lui, ni moi ne baissons la tête. Mon cœur ne résiste plus, il tambourine dans ma poitrine, j'ai un creux au ventre et une sensation de chaleur. Ce regard ravage chacune des parties de mon corps… Il est seul, mais pas très longtemps, sa pimbêche est de retour. Elle lui glisse un mot à l'oreille, il détache son regard du mien… Mon cœur n'en finit plus de battre comme un fou dans ma poitrine. Il se lève, je le vois déposer son verre sur le comptoir, et il risque un regard vers moi. Puis il me tourne le dos, et je regarde très au sud… Je m'en mords les lèvres de dépit. Il part, me laissant seule et dans un état avancé de frustration. J'étouffe d'un seul coup… Je veux prendre l'air, je veux m'en aller… Je ne veux pas les imaginer ne serait-ce un instant, vivre ce que j'imagine moi-même dans ma tête à cet instant. Je prétexte un truc bidon et plante machin truc au beau milieu de la piste. Je pars sans même saluer les personnes qui m'accompagnent. Il me faut de l'air… Il faut que j'oublie ce que je suis en train d'imaginer… Il faut simplement que je l'oublie lui.

Je sors enfin. L'air frais me fait du bien. Je pars à la recherche de ma voiture. Je la retrouve, grimpe dedans et mets le contact. Je n'ai pas abusé de la boisson, tout est sous contrôle. Je roule. Les vitres ouvertes, je veux avoir de l'air… Voilà, c'est ce qu'il me fallait… Me concentrer sur autre chose. Et en conduite, il faut être concentré sur la route. Après plus de cinq minutes à rouler avec l'air frais qui s'engouffrait dans l'habitacle, je ressens une sensation de froid, je ferme la fenêtre et allume le chauffage. Stoppée à un feu, je ferme les yeux… Erreur… Lilly, pourquoi as-tu fais ça ? Me dis-je à voix haute… Ne ferme pas les yeux, ne laisse pas ton esprit divaguer… Concentre-toi sur la route… Les personnes qui me croiseraient me prendraient pour une folle, je parle seule ! Et au loin, je distingue une voiture. Je freine prudemment, et la regarde passer devant moi. J'ai reconnu la pimbêche… Et là, je ne sais pas ce qu'il m'est passé par la tête, mais j'ai décidé de les suivre. Je suis folle, oui voilà, c'est ça je suis folle… Mais là à cet instant précis, ce n'est plus Lilly Rush qui pense, qui agit, c'est mon autre moi… Le moi qui veut à tout prix retrouver cette sensation de ne plus contrôler ses gestes, de ne plus les retenir.

Et évidemment ce que je craignais, arriva… Arrêtée au coin d'une rue, tous phares éteints, je les vois rentrer à l'intérieur d'un immeuble. A cet instant précis, je me maudis… Je suis minable… Suivre mon collègue… Mais de quoi je me mêle ? Il fallait agir avant Lilly… Il fallait agir lorsque tu l'as aperçu ce soir ! Il fallait… Il fallait… D'un geste rageur, je frappe mon volant, et je démarre en trombe. Je suis en colère contre moi, tellement en colère contre mon inactivité. Et en même temps, je culpabilise. Je ne suis pas fière de ce que je ressens, mais c'est plus fort que moi. Les souvenirs maintenant ne me suffisent plus… Et la seule impression de notre échange de regard de ce soir me frustre. C'était devenu un jeu… Pendant un peu moins de cinq minutes, juste le temps de cette chanson, j'ai eu l'impression que je n'étais pas la seule à ressentir quelque chose.