Titre : Les liens du passé
Auteurs : Rowena, pour tout ce qui se passe en 96 etmoi, Eléa, pour tout ce qui se passe en 77
Disclaimer : Les personnages ne nous appartiennent malheureusement pas (damn it, j'aurais dû les inventer !)à part Eléa, imaginée de toute part par Rowy et moi... JK Rowling, tout est à elle...
Rating : R ou NC 17 !
Couples : Let's read and see !
Note de Rowy : : je voulais juste dire à ma poulette que je suis trop contente d'écrire cette fic avec elle et que je la remercie de me supporter moi et mes questions sur des détails voire pas des détails d'ailleurs qui m'échappent dans le Potterverse ! Love U chickie...
Note d'Eléa : Merci ma poulette de m'avoir embarquée dans cette jolie aventure et de m'avoir soutenue et encouragée, merci de m'avoir indiqué le mode d'emploi du mode DAWSON, merci pour les fous rires et merci pour Eléa... love you too
Remerciements : un grand merci à Hamadryas pour ses conseils et puis à Lexa, Liz, et Morgy nos premières lectrices !
Titre : Les liens du passé
Auteurs : Rowena, pour tout ce qui se passe en 96 etmoi, Eléa, pour tout ce qui se passe en 77
Disclaimer : Les personnages ne nous appartiennent malheureusement pas (damn it, j'aurais dû les inventer !)à part Eléa, imaginée de toute part par Rowy et moi... JK Rowling, tout est à elle...
Rating : R ou NC 17 !
Couples : Let's read and see !
Note de Rowy : : je voulais juste dire à ma poulette que je suis trop contente d'écrire cette fic avec elle et que je la remercie de me supporter moi et mes questions sur des détails voire pas des détails d'ailleurs qui m'échappent dans le Potterverse ! Love U chickie...
Note d'Eléa : Merci ma poulette de m'avoir embarquée dans cette jolie aventure et de m'avoir soutenue et encouragée, merci de m'avoir indiqué le mode d'emploi du mode DAWSON, merci pour les fous rires et merci pour Eléa... love you too
Remerciements : un grand merci à Hamadryas pour ses conseils et puis à Lexa, Liz, et Morgy nos premières lectrices !
REPONSES AUX REVIEWS
Lowrana :Rowy Merci ! Evidemment qu'on les mérite les reviews ! A+
Ange d'Iris : Rowy Merci beaucoup, c'est grâce à ce genre de review que je me sens motivée pour continuer d'écrire et poulette pour continuer de poster ici. La suite arrive, oui. Biz.
Kayna.P :Rowy Si tu prenais le temps de faire une review détaillée, ce serait drôlement sympa quand même ! Parce que mine de rien, on prend le temps de l'écrire nous cette p de fic ! lol Merci d'avoir au moins laissé un mot. Bisous.
'mione :Rowy Ouah, heureusement que tu as retrouvé l'adresse, on est sauvé ! Merci à toi. Biz.
Alexandra :Rowy Oh, une amie d'eily ! Les amis d'eily sont nos amis ! Tu n'aimes pas Malfoy père ou fils ? Ou les deux ? Et pour quelle raison ? Ils ont quand même un rôle important les Malfoy, on espère que tu n'es pas trop blasée, lol ! Désolée de t'avoir fait pleurer… Bisous.
Maeva :Rowy loooooooool Sisi, on va sortir un livre, on fera un meeting à la Fnac pour expliquer et tout, c'est déjà prévu ! Merci !
Message d'Eléa : Oui, j'ai mis très longtemps à updater, désolée, mais on continue à écrire, ne vous inquiétez pas !
Merci à tout ceux et celles qui reviewent, ça fait vraiment plaisir, et j'aimerai vraiment que vous soyez plus nombreux, parce que ça nous prend du temps d'écrire mais aussi d'updater (ce site est pas vraiment pratique...)
Enfin, n'hésitez pas, en ces temps Potteresques de venir faire un ptit tour sur notre forum, participer aux théories ou donner vos avis sur les fics, les livres, les films et délirer avec nous ;)
Voilà un de mes chapitres favoris...
Bonne lecture !
Résumé du chapitre 21 :
1978 : Eléa assiste avec émotion au mariage de Lily et James. Elle danse avec son père, Rémus puis dit adieu à Sirius en lui avouant qu'elle s'en va passer une année en France. Elle doute de sa décision de partir mais se décide à sauter le pas et Lucius lui fait passer une dernière soirée en tête à tête étourdissante… Elle rejoint le lendemain le Ministère, dévastée à l'idée de quitter le sol qui l'a vue naître pour la replonger dans un pays qui lui laisse trop de mauvais souvenirs.
1997 : Les choses sont très tendues entre Lucius et Eléa alors que cette dernière est obligée de se renforcer en Magie Noire, comme elle l'a promis à Voldemort pour empêcher que Draco et Hermione soient marqués. Pour l'anniversaire de Draco, Hermione l'emmène passer une journée mémorable dans le monde des Moldus, ce qui leur vaudra les remontrances d'Eléa. Harry s'installe à Grimmauld Place et assiste avec une certaine amertume à une réunion de l'Ordre du Phénix. Avec leur dispute ouverte, Eléa et Hermione se réconcilient finalement. Draco et Hermione reçoivent des lettres de Poudlard.
Chapitre 22 : Un ange dans la nuit
We shall find peace. We shall hear the angels, we shall see the sky sparkling with diamonds – Anton Chekhov
Poudlard, samedi 4 octobre 1997Le mois de septembre s'était éteint doucement et lentement, presque paisiblement, et sans grand événement notable, à part peut-être Neville qui avait fait exploser son chaudron en cours de Potions pour la première fois de la nouvelle année scolaire. Hermione avait déjà suivi deux cours de transplanage pendant que Draco et Harry se préparaient à passer leur examen d'ici peu sous l'œil un peu jaloux de la jeune sorcière. Cette dernière s'était promise d'aller remercier le Professeur Dumbledore pour le joli cadeau qu'il lui avait fait pour son anniversaire mais elle n'avait pas encore eu le courage de monter jusqu'à son bureau pour lui faire face. Elle se contentait pour le moment de lui sourire sincèrement quand elle le croisait dans les couloirs et dans la Grande Salle, et le vieux sorcier engageait souvent la conversation pour des motifs futiles alors qu'elle se pliait avec effort et finalement enthousiasme à renouer le dialogue avec son grand-père.
Draco avait insisté pour qu'ils révisent en ce samedi soir mais quand il lui avait dit que Crabbe et Goyle seraient hors de leur vue ce week-end, elle avait haussé les épaules et levé les yeux au ciel sur la blague d'un samedi studieux. Elle était assise sur son bureau, un livre sur ses genoux, et Draco était allongé sur le dos, sur son lit, fixant le plafond tout en l'écoutant, les mains derrière sa tête.
« Inventé par Alexandre Graham Bell, le téléphone reste l'un des moyens de communication rapide des Moldus puisque réalisé en temps réel… Draco ! »
« Quoi ? »
« Tu m'écoutes ? »
« Ouais… »
« Qu'est-ce que je viens de dire ? » Hermione fronça les sourcils en doutant du niveau d'écoute et de concentration de son petit ami.
« Le truc du ténésonne là… »
« Téléphone Draco, téléphone ! » râla-t-elle en approchant la chaise afin de poser les pieds dessus.
« Ouais, c'est pareil… »
« Connais-tu d'autres moyens de communication chez les Moldus ? » demanda Hermione.
« Euh… Les lettres ! »
« Oui… Tu peux me dire comment elles sont acheminées ? »
« Si je te dis par hibou, j'ai faux, hein ? » sourit Draco en se retournant sur le ventre pour regarder Hermione.
« Y'a des chances, oui… Tu ne sais pas ? »
« Non, et tu veux que je te dise ? »
« Tu t'en fous, oui je sais… », soupira Hermione. « Ce n'est pas moi qui ai voulu réviser Draco… Je le sais déjà tout ça. Un autre moyen, oui, non ? »
« Non », répondit Draco alors que son sourire ne fit que s'élargir en scrutant sa petite amie.
« Tu as entendu parler d'Internet ? »
« Non… »
« Quoi ? » demanda finalement Hermione en voyant son air observateur qui l'énerva.
« Tu sais que j'ai une vue intéressante d'ici ? »
Hermione suivit son regard et leva les yeux au ciel en enlevant ses pieds de la chaise. Draco se leva et s'approcha d'elle à pas félins, un sourire prédateur toujours plaqué sur ses lèvres. Il écarta la chaise qui lui bloquait l'accès jusqu'à elle et se planta devant elle, les mains posées sur le bureau de chaque côté d'elle. Il lui vola un baiser avant de prendre le livre qu'elle avait toujours sur ses genoux et il le referma d'un geste sec, le jetant ensuite sur le bureau, derrière elle, dans l'espoir qu'elle oublierait les manuels scolaires. Il fit remonter sa jupe en haut de ses cuisses qu'il caressa doucement tout en capturant à nouveau ses lèvres. Elle les entrouvrit, lui laissant un accès à sa bouche dans laquelle il ne tarda pas à y introduire une langue joueuse et taquine. Il la rapprocha de lui en enserrant sa taille entre ses bras et elle mit instinctivement ses jambes autour de lui alors qu'elle pouvait sentir qu'il commençait à être sérieusement excité. Il prit son visage dans ses mains, plongea un instant ses yeux gris voilés par le désir dans les siens avant de l'embrasser à nouveau sur les lèvres ; puis, frôlant sa joue, il descendit vers son cou. Elle inclina légèrement la tête, lui donnant un angle facilitant l'accès à sa gorge et elle passa ses mains derrière sa tête où elle put faire courir librement ses doigts au travers de ses cheveux blonds et fins. Il lui enleva son pull puis se débarrassa du sien dans un même mouvement et commença à caresser sa poitrine au travers de son chemisier blanc, lui arrachant quelques murmures impatients. Elle commença à bouger les hanches, rencontrant son entrejambe et il grogna de satisfaction. Il ne tarda pas à se joindre à ses mouvements lascifs et elle ressentit une chaleur proche de la brûlure due à la friction frénétique. Sa respiration s'était considérablement accélérée et ses mains, un instant dirigées vers le centre de son intimité, remontèrent rapidement vers sa chemise et, impatient, il en arracha les boutons qui volèrent dans toutes les directions. Elle ne put retenir un gloussement et il la débarrassa de son soutien gorge, prenant un de ses mamelons durs et dressés dans sa bouche tandis qu'elle déboutonnait son pantalon, tremblante d'excitation. Ils se regardèrent un instant, respirant à un même rythme effréné et ils enlevèrent rapidement les derniers vêtements entravant leurs mouvements, se retrouvant bientôt tous les deux nus. Il revint vers elle et joua à nouveau avec sa poitrine, l'embrassant profondément, tandis qu'elle s'employa à caresser son érection, le faisant grogner dans sa bouche. N'y tenant plus, il l'approcha sur le rebord du bureau et la pénétra sans plus attendre alors qu'elle enserra à nouveau sa taille entre ses jambes, fermant les yeux et savourant enfin le fait de l'avoir au plus profond d'elle. Chaque mouvement de va-et-vient qu'il faisait, de plus en plus rapide, cognait le bureau contre le mur et elle se mit à gémir alors qu'il rencontrait son point le plus sensible de manière répétée. Ils atteignirent finalement une jouissance quasi simultanée mais légèrement en décalé, criant leurs prénoms respectifs, dans les bras l'un de l'autre, et il caressa son dos humide tout en enfouissant sa tête dans le creux de son cou.
Alors qu'ils reprenaient progressivement leur respiration, Hermione descendit ses mains sur ses fesses fermes et tandis qu'il était toujours en elle, elle commençait à être à nouveau excitée, finalement prête à remettre ça. Elle lui caressa les fesses de manière sensuelle et elle sentit qu'il était à nouveau en train de se durcir en elle. Elle savait qu'il lui faudrait un temps de réadaptation et de récupération mais il risquait d'être court vu sa réaction immédiate à ses caresses et à son rythme cardiaque qui s'était à nouveau emballé. Il la regarda dans les yeux et elle lui sourit de manière suggestive, passant sa langue sur ses lèvres afin de les humidifier et il ne put s'empêcher de l'aider dans sa tâche, passant à son tour sa langue sur ses lèvres gonflées avant de finalement l'embrasser passionnément. Il glissa ses mains sous ses cuisses et il s'efforça de ne pas rompre leur union alors qu'il la portait vers le lit. La distance relativement courte facilita la manœuvre et ils s'allongèrent sur le lit, lui toujours au-dessus d'elle. Il prit le temps de se délecter de la vue de son corps en sueur et offert, faisant glisser ses doigts le long de ses courbes, sur son estomac et sur ses cuisses l'enserrant fortement. Et alors que son sexe toujours en elle n'avait fait que grossir et se durcir, elle commença à bouger sous lui, réclamant d'avantages d'action et obtenir finalement une deuxième délivrance jouissive. Il accéda à sa requête et se retira presque complètement d'elle avant d'y revenir plus profondément encore, lui arrachant un cri de surprise et de plaisir. Il recommença plusieurs fois le processus et bientôt il fut incapable de contrôler un rythme devenu désordonné alors qu'ils jouirent cette fois de manière simultanée. Il s'écroula sur elle, complètement vidé et repu, et elle eut tout à coup du mal à respirer sous son poids écrasant. Il sentit sa respiration saccadée et comprit alors qu'il se dégagea d'elle. Il déposa un rapide baiser sur ses lèvres et elle poussa une mèche de ses cheveux collée à son front. Il se retira finalement et se coucha à côté d'elle, se débattant pour qu'ils puissent se réfugier sous les draps. Elle se rapprocha pour se blottir contre lui et il passa un bras possessif et protecteur autour de ses hanches, tandis que de son autre main, il repoussa à son tour ses cheveux collés à son visage. Ils sombrèrent dans un léger sommeil alors qu'aucune parole n'avait été échangée si ce n'était des murmures étouffés et des prénoms criés dans une culmination des sens et sensations au paroxysme d'une émotion innommable.
Poudlard, mercredi 8 octobre 1997
Le début de semaine avait été plutôt chargé entre les cours de Métamorphoses, d'Histoire de la Magie ou encore de Défense contre les Forces du Mal. Le mercredi offrait un peu de répit aux élèves et Hermione avait été absorbée par ses devoirs toute la matinée avant de traîner les pieds au cours de Légilimancie de l'après-midi. Il ne s'agissait que de théorie pour le moment et la jeune sorcière n'en était pas mécontente ; elle n'avait aucune envie d'aller à son cours de transplanage avec un mal de tête carabinée. Durant l'été, Eléa lui avait raconté ses séances d'entraînement avec Snape et bien qu'elle était fascinée par les possibilités d'une telle maîtrise de l'esprit, elle ne se sentait pas vraiment prête pour en faire l'expérience concrète.
Elle descendit avec Harry jusque sur le parvis de l'école et ils attendirent le Professeur McGonnagal en profitant des derniers rayons de ce soleil automnal qui déclinait lentement. Elle aperçut Draco accompagné de trois Serpentards, Blaise Zabini, Pansy Parkinson et Vincent Crabbe, et elle lui fit signe de la rejoindre mais il refusa et elle devina que la présence d'Harry près d'elle n'était pas étrangère à sa mauvaise volonté manifeste. Elle fronça les sourcils en voyant Pansy presque scotchée à Draco mais elle préféra ignorer la vipère brune en détournant le regard. Le Professeur McGonnagal ne tarda pas à arriver et à la plus grande surprise d'Hermione, Draco la rejoignit finalement avec un large sourire. Harry se décala d'un pas par réflexe et il fit mine d'écouter attentivement les dernières recommandations du Professeur pour ne pas à avoir à croiser le regard navré de sa sœur.
« Pour les six élèves qui passent l'examen cet après-midi, je rappelle qu'il est absolument interdit de s'entraîner sur le chemin ! Ils seraient exclus sans préavis avec interdiction de passer l'examen pendant cinq ans », avertit McGonnagal.
« Il faudrait être assez kamikaze pour s'entraîner sur le chemin… », marmonna Harry à personne en particulier.
« Ne me dis pas qu'un taré a trouvé l'idée fabuleuse de s'entraîner clandestinement ! » se mit à rire Draco en prenant Hermione par la taille alors qu'ils commencèrent à descendre en direction de Pré-au-Lard.
« Et ne me dîtes pas tous les deux que vous n'avez pas lu le manuel de transplanage ? Chapitre 13, mise en garde et recommandations, l'auteur relate les exploits d'un élève kamikaze, comme tu dis Harry, qui a trouvé l'idée fabuleuse de s'entraîner en chemin justement ! Il s'est retrouvé en plein cœur de Londres, incapable de revenir à son point de départ, ce sont les Aurors qui l'ont ramené à Pré-au-Lard… », expliqua Hermione devant les regards médusés d'Harry et de Draco.
Harry marchait à trois pas du couple enlacé et Hermione fronça les sourcils en l'observant un peu à l'écart. Elle se dégagea un peu de Draco et lui prit la main alors qu'elle l'entraîna pour se rapprocher d'Harry qu'elle attrapa par le bras. Ils marchèrent en silence et elle sentit le malaise entre les deux garçons qui s'ignoraient de manière flagrante alors qu'elle tentait de les avoir pour une fois tous les deux en même temps.
« A quoi vous pensez au moment de transplaner ? » demanda soudainement Hermione tentant de faire la conversation. « Ne répondez pas tous les deux en même temps… », ajouta-t-elle quand les garçons restèrent silencieux.
« Je pense à toi », répondit finalement Draco. « Quelque soit l'endroit que je dois visualiser afin de m'y rendre, je m'imagine que tu t'y trouves et que je t'y rejoins. »
« C'est vrai ? C'est trop chou Draco ! » s'exclama Hermione alors qu'Harry se retint de toutes ses forces pour ne pas faire mine de vomir. « J'essaierai ça la prochaine fois ! J'ai trop tendance à vouloir analyser le phénomène et j'ai du mal à me concentrer au bout du compte… Mais le chapitre 6 est pourtant clair, le phénomène est possible que par la stimulation dans notre cerveau de- »
« Stop ! » la coupa Draco. « Je t'en prie bébé, ne nous récite pas ce manuel stupide que je n'ai même pas ouvert ! Si tu veux réussir à transplaner, il faut que tu te concentres et visualises ton point d'arrivée, c'est juste une question de concentration et d'ouverture d'esprit… »
« Ok… Et toi Harry ? »
« Oui et toi Potter ? Une technique particulière ? Tu vois la lumière au bout du tunnel ? » se moqua Draco alors qu'Hermione lui serra plus fort la main en enfonçant ses ongles dans sa peau.
« Non, pas de technique particulière… », se renfrogna Harry en tentant de se dégager d'Hermione, en vain.
« Vous n'avez aucun souci à vous faire concernant l'examen alors, c'est ça ? »
« Aucun souci », acquiesça Harry.
« Les doigts dans le nez », répondit Draco.
« Vous êtes conscients qu'en cas d'échec, je vais me moquer de vous le reste de l'année… »
« On sera deux à se moquer de Potter bébé, t'en fais pas ! » ajouta Draco et cette fois-ci Harry se dégagea de l'étreinte d'Hermione et se retint au prix d'un effort considérable pour ne pas frapper Malfoy.
« Tu m'excuseras Hermy mais là, je ne peux plus… On se voit après le cours. »
Harry embrassa Hermione sur la tête et marcha plus vite pour rejoindre un groupe d'élèves qui marchait devant. Hermione lâcha la main de Draco et s'écarta un peu de lui avant d'enfouir ses mains dans les poches de sa cape.
« Ma mère m'a écrit d'Italie bébé, je te l'avais pas dit, ça m'a fait plaisir, elle a vraiment l'air d'aller bien. J'espère pouvoir aller la voir à la fin de l'année », déclara Draco tentant un rapprochement vers sa petite amie.
« Tu es fier de toi ? » rétorqua-t-elle ignorant ses paroles.
« Quoi ? C'est pas de ma faute si Potter n'a pas le sens de l'humour Hermione ! » se défendit-il.
« Ca ne m'a pas fait rire, je comprends que ça n'ait pas fait rire Harry non plus… »
« Ouais, vous avez le même sens de l'humour dans la famille, ou l'absence d'humour dans ce cas précis… », marmonna-t-il en soupirant. « Tu te fous de ce que je te raconte en plus… »
« Ta mère t'a écrit ? Bien ! Je suis contente pour toi Draco, sincèrement ! »
« Merci, ça fait plaisir… Moi je te soutenais quand tu avais des nouvelles d'Eléa et que tu allais la voir… Mais bon maintenant, c'est le grand amour, donc c'est ok, bien, je suis content pour toi aussi… »
« Ecoute, je ne veux pas encore une fois me disputer avec toi Draco… Parce que de toute manière, comme toujours, il faut que ça aille dans ton sens, comme ça t'arrange et comme tu l'as décidé… On doit te plaindre quand tu es à plaindre, compatir à tes malheurs, se réjouir pour toi quand tu es content, rire de tes blagues et de ton humour suspect qui ne fait visiblement rire que toi… et j'en passe… »
« Je ne vais pas répondre à ça parce que ça va mal finir… », déclara-t-il les dents serrées. « Je ne dirais qu'une chose : ne t'attends pas à ce que Potter et moi, on devienne amis, parce que ça, tu peux être sûre que ça n'arrivera jamais ! »
Et sur ces mots, il shoota dans un caillou le plus fort qu'il le put en enfouissant les mains dans les poches de son pantalon avant de prendre le large alors qu'ils arrivaient à Pré-au-Lard.
Ils entrèrent dans le vieux bâtiment en pierre qui leur servait de local pour ce cours si particulier et un sorcier d'âge moyen, les cheveux en bataille et la robe de sorcier quelque peu de travers, prit la parole en relevant ses lunettes sur sa tête.
« Les six élèves qui passent l'examen avec moi aujourd'hui, veuillez me suivre pendant que les autres suivront exceptionnellement le cours, pour cause d'épreuve pratique de vos camarades, avec le Professeur McGonnagal ! »
« J'espère sincèrement que vous allez réussir, tous les deux… », déclara Hermione à Harry et Draco avant de suivre McGonnagal et les autres élèves.
Draco leva les yeux au ciel quand il se précipita en même temps qu'Harry pour entrer dans la petite salle d'examen et il s'écarta en soupirant pour laisser le Gryffondor entrer avant lui, se retenant de toutes ses forces, en pensant à Hermione, pour ne pas lui faire un croche-pied.
« Vous pouvez vous asseoir », déclara l'examinateur en désignant quelques chaises placées le long du mur. « Voilà comment on va procéder : vous allez passer chacun votre tour, vous tirerez un papier sur lequel est inscrit l'endroit de votre destination. Vous transplanerez jusqu'à cet endroit en respectant les règles apprises ainsi que les consignes de sécurité. Là-bas, un sorcier vous réceptionnera et s'assura des bonnes conditions durant le voyage et vous autorisera selon votre démonstration à revenir de la même manière. Vous serez évalués selon les critères énumérés au chapitre 15 du manuel. »
A l'annonce de la référence au manuel, Harry et Draco écarquillèrent les yeux de manière quasi simultanée en gesticulant sur leurs chaises, légèrement mal à l'aise et déstabilisés.
« Bien ! On va donc commencer, chacun votre tour, calmement et sans stress, vous n'avez qu'à refaire les mêmes exercices que la dernière fois et je ne vois pas de souci dans ce groupe-là, vous devriez tous réussir sans problème ! Monsieur Potter, je vous prie, on va commencer par vous. »
Harry se leva nettement moins assuré et décontracté que lorsqu'il avait pénétré dans cette pièce, plutôt confiant. Il tira un papier dans un bocal que l'examinateur lui tendit et poussa un soupir de soulagement en reconnaissant le parc de l'autre côté du village. Il prit une profonde inspiration et ferma les yeux en vue de se concentrer quand il sursauta en entendant un lourd bruit.
« Désolé », déclara Draco en ramassant son livre, s'efforçant de garder son sérieux.
« Bien », soupira l'examinateur d'un air navré. « Je vois que les rivalités et les plaisanteries n'ont pas changé et qu'elles se répètent d'années en années… Je vous demanderais à tous les cinq de sortir, on va donc procéder de manière individuelle… »
Draco suivit les autres dans le couloir, non sans avoir jeté un regard de défi et un sourire narquois à Harry qui lui rendit un regard foudroyant, empli de haine. Une vingtaine de minutes plus tard, il sortit de la pièce et une jeune Poufsouffle prit le relais en tremblant des pieds à la tête.
« Alors Potter, tu as eu le temps de cueillir un bouquet de marguerites dans le parc avant de revenir ! La rapidité fait défaut chez toi, il t'a recalé pour ce motif ? Nan parce qu'en feuilletant le manuel rapidement et le fameux chapitre 15 en question, j'ai vu que la rapidité était un des critères de notation… Et vu que sur un balai, tu n'es pas toujours le plus… vif, permets-moi de douter de ta réussite… »
« Trop de mots pour me demander si j'ai réussi ou pas hein Malfoy ! Sache que oui, j'ai réussi et j'ai appris aussi que la concision et la simplicité étaient des critères pris en compte et vu que les détours et l'éparpillement sont des qualités que tu possèdes, tu n'as aucune chance Malfoy… », rétorqua Harry avec un regard étincelant.
« Cause toujours, vieux… Moi, contrairement à toi, je m'entraîne depuis l'âge de six ans à transplaner chez moi… Oui, vois-tu, le manoir est assez grand pour se permettre ce genre d'exercice, je n'habitais pas un placard moi… »
« La ferme ! Comment est-ce que tu sais ça ! » rua Harry, tout à coup hors de lui.
« Quoi ? J'ai vu juste, tu vivais réellement dans un placard ! J'ai juste dit ça comme ça ! Tu as dû avoir une enfance enthousiasmante Potter, vraiment ! » se mit à rire Draco. « Orphelin, vivant dans un placard, tu devrais écrire un bouquin, tu ferais un carton à faire pleurer dans les chaumières avec une histoire pareille ! »
« Je n'avais peut-être pas de père mais moi au moins, j'étais sûr comme ça qu'il ne risquait pas de me battre ! » répondit Harry serrant les poings de rage.
Draco cessa de rire et fit un pas en direction d'Harry, les yeux tout à coup sombres et menaçants.
« Ta gueule Potter, mon père ne m'a jamais battu », articula-t-il lentement.
« Ah non ? Pourquoi tu réagis comme ça alors ? Ah c'est vrai, excuse-moi, ce n'était que de la torture mentale et un bourrage de crâne quotidien en vue d'une idéologie à vomir… »
Draco attrapa soudainement Harry à la gorge et le plaqua contre le mur derrière lui.
« Tu la fermes maintenant ! Je t'interdis de parler de mon père, c'est clair ! »
« Wow oh ! » intervint tout à coup Blaise Zabini, séparant les deux jeunes sorciers. « On se calme les gars ! »
« C'est bon, lâche-moi Zabini ! » cracha Draco. « Ton insigne de Préfet en chef ne te donne pas le droit de mettre tes sales pattes sur moi ! »
« Jaloux Malfoy ? » osa Harry alors que les deux Serpentards lui lancèrent un même regard prédateur.
« Tu la fermes Potter maintenant », l'avertit Blaise.
Sur ces mots, la porte de la salle d'examen s'ouvrit et Draco fut appelé à son tour pour passer son examen qu'il réussit sans mal.
Le retour jusqu'à Poudlard se passa ensuite dans un silence religieux, Draco marchant avec les Serpentards loin derrière le groupe, tandis qu'Hermione s'efforçait de comprendre l'attitude renfrognée d'Harry qu'elle ne comprenait pas puisqu'il avait réussi l'examen.
« Tu sais que Parkinson et Crabbe sont quand même sacrément stupides ! Je crois qu'ils ont battu tous les niveaux de la bêtise pouvant exister aujourd'hui ! » s'exclama Hermione essayant de dérider Harry. « Je suis d'ailleurs étonnée, Parkinson aurait dû passer l'examen avec vous… enfin vu sa date de naissance en tout cas… Harry, qu'est-ce qui s'est passé ? »
« Rien. Il ne s'est rien passé… », répondit Harry en fulminant toujours intérieurement.
« Tu ne t'es pas battu avec Draco au moins ? »
Il la regarda un instant et son regard inquiet le força à lui sourire. Il la prit par les épaules, l'attirant à lui et elle passa son bras autour de sa taille.
« Non, ne t'inquiète pas… On change de sujet de conversation, ok ? Raconte-moi plutôt le chapitre que vous avez vu aujourd'hui, je vais t'aider, tu l'auras sans problème ton examen ! » répondit-il et elle accueillit son changement d'attitude avec soulagement, commençant un long monologue sur le cours qu'elle venait de suivre.
Loin derrière, Draco ne pouvait détacher son regard de sa petite amie, enlacée à son pire ennemi, et bien qu'il savait qu'ils n'étaient que frère et sœur, il ne put s'empêcher de ressentir un violent sentiment de jalousie monter en lui, en même temps qu'une rage intérieure qu'il s'efforça de contenir. Il ne protesta même pas et ne rejeta pas Pansy qui lui prit le bras alors qu'elle était en train de lui parler. Mais il n'écoutait pas, bien trop occupé à maudire Harry Potter en serrant les dents et les poings jusqu'à se faire saigner.
Londres, mardi 2 octobre 1979
Cela faisait maintenant deux semaines qu'Eléa avait fait sa fausse couche et elle s'en remettait difficilement, tant physiquement que psychologiquement.
Lucius passait beaucoup de temps avec elle et essayait de lui changer les idées, mais elle ne pouvait s'empêcher d'être en colère contre elle-même, de s'en vouloir de ne pas avoir réussi à garder l'enfant.
Elle avait perdu beaucoup de sang et Severus lui apportait tous les deux jours des potions qui l'aidaient à récupérer. Elle avait réussi à se refaire une santé, mais elle était prise d'une grande mélancolie, se fermant aux autres et passant ses journées au lit, à lire des romans et des grimoires.
Eilane entra sans bruit dans la chambre, puis sourit en voyant Eléa assise dans son lit, lisant un ouvrage.
« Je pensais que tu dormais. »
« Je me suis réveillée il y a une heure… »
« Je t'ai apporté des roses », dit-elle en lui tendant un bouquet de roses blanches ourlées de bleu pâle.
« Merci, elles sont magnifiques ! » sourit Eléa en portant les roses à son nez.
Eilane s'assit sur le lit et observa Eléa. Sa peau était encore très pâle, accentuée par ses cheveux sombres qui tombaient sur sa poitrine, ses yeux étaient d'un bleu limpide et semblaient vidés de toute vie.
« Tu es en colère », dit-elle après quelques minutes.
« C'est Lui qui t'envoie ? » l'agressa Eléa. « Et qu'est-ce qu'Il veut savoir ? », soupira-t-elle. « Si je suis prête à recommencer ? Si je suis prête pour une nouvelle mission ? »
« Pour moi, ça n'a pas d'importance… », reprit Eilane avec douceur. « Je voulais juste parler avec toi, je veux juste t'aider… »
« Tu veux m'aider ? » s'emporta Eléa. « Alors renvoie-moi quinze jours en arrière, empêche-moi de participer aux missions, empêche-moi de faire tout ce que j'ai fait, et là peut-être que je serais heureuse ! »
« ça ne veut pas dire que tu n'aurais pas perdu l'enfant tu sais… »
Une larme coula sur la joue d'Eléa, qu'elle essuya d'un geste brusque.
« Eléa, il faut que tu te reprennes. Tu vas mieux, Severus m'a assuré que tu étais en bonne santé, tu ne dois pas sombrer ! » l'encouragea la jeune femme aux yeux de bronze.
« Je ne peux pas, c'est trop tôt », souffla Eléa.
« Et plus tu attendras, moins tu te sentiras prête, crois-moi, je sais ce que c'est ! »
Eléa leva la tête vers elle en fronçant les sourcils.
« Tu es en vie Eléa, tu auras d'autres enfants… Je sais que ce n'est pas une consolation, mais c'est pourtant la vérité… »
« Comment as-tu fait pour t'en remettre ? »
« Je ne m'en suis jamais remise », avoua-t-elle. « On oublie avec le temps… et par moments tu y repenses, mais ça fait tellement mal que tu t'occupes pour ne plus l'avoir en tête. »
Elle s'installa près d'Eléa dont les larmes avaient repris et la prit dans ses bras, caressant ses cheveux.
« Lorsque nous étions à Poudlard », dit Eléa, « Lucius a vu que nous n'aurions pas d'enfants. Tu crois que j'ai été présomptueuse de vouloir essayer à tout prix ? »
« Non, je ne pense pas. Vous vous aimez et il est normal de vouloir un enfant… »
« J'aurais dû l'écouter… il savait… », murmura Eléa plus pour elle-même que pour la conversation. « Je ne suis pas certaine qu'il y ait cru vraiment… »
« Non, ne dis pas ça ! » coupa Eilane un peu durement. « Tu ne le vois pas parce qu'il te le cache, parce qu'il veut être fort pour toi, mais je peux t'assurer que Lucius a été profondément ébranlé par cette perte, plus que tu ne peux l'imaginer. Tu as de la chance d'avoir un homme à tes côtés qui t'aime et qui te soutient, tout le monde n'a pas cette chance. » Elle s'interrompit alors que ses yeux commençaient à rougir. « Ne laisse pas un fossé se creuser entre vous, il souffre, vous devriez en parler. »
Eléa la regarda d'un air confus et triste.
« Parfois dans notre malheur, nous ne remarquons pas celui des autres… », ajouta Eilane, comme pour la déculpabiliser.
Il y eut un long silence, Eléa s'était séparé d'Eilane et, les yeux dans la vague, comprenait à quel point elle avait été égoïste. Elle pensait à ce que venait de lui dire Eilane quand une question lui vint à l'esprit.
« Toi et le Maître, vous n'avez jamais voulu d'enfants ? »
Elle comprit à l'expression du visage d'Eilane qui se referma instantanément qu'elle n'aurait jamais dû demander une telle chose.
« Ça c'est une chose qui ne te regarde pas Eléa », dit-elle sèchement en se levant.
« Je suis désolée… », s'excusa Eléa en lui prenant la main. « Reste… »
« Non, je dois y aller, Il m'appelle », reprit-elle, plus douce. « Suis mes conseils Eléa, occupe toi, passe ta colère sur quelque chose, ou quelqu'un, je ne sais pas… mais continue à vivre… même si c'est dur. »
Elle déposa un baiser sur la joue d'Eléa avant de transplaner rejoindre Voldemort. Eléa s'allongea à nouveau, repensant à tout ce qui venait de se dire et sombra peu à peu dans un sommeil agité.
La nuit était avancée lorsqu'elle fut réveillée par un grincement répétitif.
Elle ouvrit les yeux et s'assit lentement, se frottant les yeux et vit Lucius dans le rocking chair, se balançant lentement, une tasse fumante à la main.
Elle se leva doucement et s'approcha de lui. Il dormait, sûrement épuisé de la veiller toutes les nuits ou presque.
Elle enleva délicatement la tasse de ses mains et prit un plaid qu'elle lui mit sur ses genoux. Elle le regarda un instant, il avait l'air si calme, il ressemblait à un ange. Elle s'approcha de son visage et l'embrassa sur le front. Au moment où elle se relevait, elle sentit une main glisser dans son dos et l'entraîner vers lui. Elle sourit et s'installa sur ses genoux.
Ils se balancèrent quelques minutes dans le silence nocturne. La tête sur son épaule, elle avait posé une de ses mains sur son torse et comptait las battements paisibles de son cœur.
« J'ai été incroyablement égoïste », murmura-t-elle.
« Pourquoi tu dis ça ? »
« Parce que c'est la vérité… Je n'ai pas pensé à toi… Je ne me suis pas rendue compte que toi aussi, tu avais perdu un enfant… Je ne me suis pas occupée de toi alors que tu étais là jour et nuit pour moi… »
Elle sentit la gorge de son amant se serrer, puis il enfouit sa tête dans son cou et elle devina qu'il versait quelques larmes. Il embrassa son cou délicat, puis ses lèvres et il prit son visage dans ses mains pour mieux la regarder.
« ça va aller amour… On va s'en remettre… »
Ils s'embrassèrent longuement, toujours bercés par le rocking chair, puis Eléa se leva pour se coucher, suivie par Lucius qui avait grand besoin d'une nuit réparatrice.
Ils s'endormirent l'un contre l'autre, enfin remplis d'une paix intérieure qu'ils recherchaient depuis des jours.
Grimmauld Place, jeudi 16 octobre 1997
Presque un mois s'était déroulé depuis la première réunion de l'Ordre du Phénix et Eléa pouvait dire qu'elle avait connu comme une accalmie du côté de Voldemort et de ses agressions l'obligeant à continuer à ingurgiter des manuels entiers de Magie Noire. Bien sûr, il l'avait presque séquestrée durant une nuit entière pour avoir un compte rendu de la réunion mais elle n'avait pas menti en lui répétant inlassablement que Dumbledore et l'Ordre ne déployaient pour le moment aucun plan d'action de grande envergure contre lui. Elle avait réussi à le convaincre et pour lui prouver qu'elle était plus que jamais de son côté, elle s'était laissée faire sans protester quand il lui avait transmis une dose impressionnante de toute la Magie Noire qu'il possédait en son sein. Les trois jours qui avaient suivi avait été une torture mais Lucius l'avait veillée jour et nuit, et elle avait connu les semaines suivantes un répit et un repos qui lui laissaient tout de même encore quelques cernes sous les yeux.
Elle était arrivée à Grimmauld Place en fin d'après-midi, en ce jeudi plutôt froid, dans l'intention d'y passer la nuit, avant d'assister à la seconde réunion qui se tiendrait dans la soirée de vendredi. Elle aimait venir des soirées et des nuits dans cette nouvelle chambre alors qu'elle essayait de se réapproprier ses affaires qu'elle redécouvrait avec un plaisir non dissimulé. Et puis un peu de distance de temps en temps avec Lucius ne pouvait faire que du bien à leur couple plutôt fusionnel. Ils se retrouvaient après comme s'ils avaient été séparés pendant des mois ! Elle avait presque fini de déballer les derniers cartons. Elle avait passé un temps considérable à admirer ses nombreux livres vieillis par les années et elle avait presque oublié certains titres rares qu'elle possédait et qui lui venaient de sa mère et de sa grand-mère. Puis elle avait trouvé avec émotion toutes les vieilles lettres que Lucius lui avait envoyées quand ils étaient jeunes. Elle avait ri en relisant certains passages franchement drôles de son amant qui savait si souvent lui remonter le moral. Elle avait esquissé un sourire significatif en découvrant des lettres entières dévouées à son corps et qui aurait pu faire rougir le plus débridé des libertins. Et elle avait aussi presque pleuré en lisant sa détresse quand ils avaient été séparés si longtemps durant son année passée en France.
Elle s'était finalement assoupie dans son rocking chair, le balancement régulier ayant eu raison de sa fatigue lancinante depuis quelques jours. Le sommeil n'était cependant pas serein, les images étaient agressives et dérangeantes, et son corps étendu en sang qui ne bougeait plus fut comme un électrochoc. Elle ouvrit brusquement les yeux et respira bruyamment en scannant la chambre, se remémorant progressivement l'endroit sécurisé dans lequel elle se trouvait. Son regard s'arrêta en même temps que son cœur et elle fixa un point près de la cheminée. Elle laissa échapper une exclamation de surprise et de choc, et elle mit sa main devant sa bouche en sentant les larmes qui menaçaient de vouloir s'échapper de ses yeux déjà embués.
« Tu n'es pas réel… », murmura-t-elle essayant en même temps de se convaincre que la vision près de la cheminée ne pouvait être que son imaginaire qui se jouait d'elle.
« Tu le crois vraiment ? Tu peux m'entendre ? Tu peux me voir ? » demanda la vision qui paraissait trop réelle, trop matérielle et trop palpable pour être vraie.
Elle hocha lentement la tête en signe d'assentiment et elle ne put contrôler les quelques larmes qui roulèrent lentement et silencieusement sur ses joues.
« Tu penses donc toujours que je ne suis pas réel ? » continua l'homme, s'il s'agissait vraiment d'un homme…
« Mais ce n'est pas possible… », réussit-elle à articuler. « Tu es mort Sirius… »
Il s'approcha d'elle lentement, comme semblant flotter légèrement au-dessus du sol bien que contradictoirement elle pouvait entendre le bruit de ses pas. Il s'agenouilla pour être davantage à sa hauteur et lui sourit tendrement d'un air paisible et rassurant. Elle s'enfonça instinctivement au fond de son fauteuil d'un geste protecteur, rassurant et sécurisant tout en ramenant sa couverture, qui avait glissé, sur ses genoux.
« Tu es belle Eléa… Tu n'as pas changé et tu es toujours aussi magnifique… »
Il semblait irradier de l'homme une lumière qu'elle n'avait jamais vue, presque angélique, tandis que ses traits étaient les mêmes que dans son souvenir.
« Tu es quoi au juste ? Un ange ? Ou quelque chose comme ça ? » demanda-t-elle en dissimulant un sourire sarcastique en pensant qu'elle venait d'associer dans une même pensée Sirius et le concept d'un ange. Il se contenta de lui sourire, se retenant visiblement de rire franchement et ouvertement, et elle crut reconnaître l'espace d'une seconde son air joueur et moqueur.
« Tu dois me répondre s'il te plaît Sirius… Je dois savoir si je dois m'inquiéter pour ma santé mentale. Si on me prend à parler toute seule, je vais finir à Ste Mangouste dans le département des malades mentaux. Tu me diras qu'après seize ans passés à Azkaban, ça ne peut pas être pire mais quand même… J'aimerais autant savoir si je suis en train de rêver, de cauchemarder, ou de délirer, ou si je suis juste très fatiguée et que je ferais bien d'aller me coucher… »
« Je suis un esprit pur Eléa », répondit Sirius avec un air tellement sérieux qu'elle fut forcée de le croire. « Je suis chargé d'aider, de protéger, de guider… Je suis proche de ce que vous pouvez appeler ange gardien… bien que le terme me paraît trop désuet et trop… religieux. Je ne suis jamais loin de toi tu sais, je ne pourrais jamais être loin de toi… Mais vous êtes si difficiles à aider vous humains. Vous vous efforcez de réduire votre malheur plutôt que de construire votre bonheur… Quel gâchis, quelle perte de temps et d'énergie gaspillée pour rien… »
Elle l'écoutait attentivement, refoulant un scepticisme qu'elle déployait quand le mysticisme prenait le pas sur son esprit cartésien. Son esprit aurait dû lui crier de se méfier, de ne pas faire confiance à un mirage qui pourrait s'avérer dangereux. Son dénuement face à l'inconnu lui aurait valu les remontrances de son Maître s'il avait été là. N'avait-elle pas été entraînée à la méfiance et à la riposte avant toute attaque, même présumée ? Mais elle décida de lui faire confiance. Un esprit pur sous les traits de Sirius ne pouvait être que la providence descendue directement du Ciel vers elle. Elle laissa glisser à nouveau la couverture à ses pieds et ne tenta pas de la récupérer, ou alors elle ne l'avait pas vue et sentie tomber, bien trop absorbée par le miracle devant ses yeux. Elle avança une main timide vers son visage et il se releva, reculant légèrement.
« Je n'ai pas le droit ? » demanda-t-elle avec tristesse. « A moins que je ne puisse pas… Je ne peux pas te toucher Sirius ? »
« Si, mais ça réduirait considérablement mon temps auprès de toi et j'ai tellement de choses à te dire Eléa… »
Une phase d'observation mutuelle se déroula dans un silence contemplatif alors qu'ils se détaillaient précisément. Des flash-back de leur passé commun lui revinrent et Eléa ferma un instant les yeux alors que les images autant douloureuses que joyeuses lui donnèrent légèrement le tournis et un vertige qui semblait l'entraîner dans des abîmes enfouies au plus profond d'elle et d'où elle avait peur de ne pas revenir.
« Merci… », déclara-t-il doucement et elle ouvrit les yeux, rencontrant son regard gris et doux.
« Pour quoi ? »
« Pour les images, pour les souvenirs, pour tout », répondit-il faisant à nouveau un pas vers elle.
« Je t'ai transmis les flash-back que je viens d'avoir ? » demanda-t-elle d'un air médusé.
Il acquiesça avec un sourire mélancolique.
« Si seulement tu pouvais voir toutes les images que j'essaie de t'envoyer, tous les messages que j'essaie de te faire parvenir… », dit-il avec des regrets dans la voix. « Tous les jours, nous nous efforçons de vous envoyer des messages d'aide et de soutien mais vous êtes tellement centrés sur vous-même… Ecoute tes rêves, écoute tes intuitions plus souvent Eléa… », la pria-t-il en plissant le front, presque suppliant.
« J'ai tellement dû te décevoir, n'est-ce pas ? J'ai fait tellement de choses… horribles », réalisa-t-elle en frissonnant.
« Mais tu as tellement souffert aussi Eléa… Et regarde ce que tu es devenue aujourd'hui… Tu as la chance d'avoir un père extraordinaire qui te laisse une seconde chance, je suis très fier de te voir à nouveau au sein de l'Ordre du Phénix… »
« Mais tu as vu aussi ce qu'Il m'oblige à faire, ce qu'Il me fait faire, je suis faible, je Lui obéis sans rien dire… », dit-elle alors que les larmes étaient à nouveau en train de monter.
« Sois patiente… »
« Qu'est-ce que je dois faire ? Quel est le message ? Parce que tu es venu pour ça, pour me délivrer un message, non ? »
« Je suis égoïste aussi… Je voulais te voir, te parler, je vais payer pour ça et pour ce que je vais faire aussi ensuite mais ça en vaut la peine… »
« Ils vous envoient une heure en Enfer pour vous faire payer ? C'est le genre de punition de la maison ? » demanda-t-elle avec un petit sourire. Il lui rendit son sourire moqueur en levant les yeux vers l'au-delà.
« Le message n'est pas très éclairant je dois l'avouer… Fais seulement attention à toi Eléa… Je suis vraiment venu de mettre en garde, tu es sur la bonne voie si tu ne t'écartes pas, si tu ne t'éparpilles pas… »
« Aide-moi davantage je t'en prie… »
Il s'approcha encore plus d'elle, elle s'était assise sur le rebord du fauteuil et il s'agenouilla juste devant elle, à quelques centimètres de son visage. Il leva une main vers elle et elle retint un instant sa respiration.
« Ne bouge surtout pas… », l'avertit-il alors qu'il porta son pouce jusqu'à son front.
Elle ferma les yeux et sentit qu'il dessinait quelque chose au milieu de son front, entre ses yeux.
« L'ankh t'aidera », dit-il. « A ton anniversaire… »
« Le quoi ? Je ne comprends pas… »
« Tu comprendras, tu te souviendras le moment venu », expliqua-t-il refusant d'éclaircir davantage le mystère pour le moment.
Elle ouvrit les yeux, son visage était toujours près du sien et elle mourrait d'envie de le toucher, d'en tracer les traits du bout des doigts, de l'embrasser…
« Je sais que tu es le parrain d'Harry tu sais… Tu as un message pour Harry ? Il serait content… »
« Non, il ne te croirait pas, il ne te fait pas confiance… »
Elle baissa la tête à l'annonce de la triste vérité et il poursuivit.
« Essaie de comprendre Eléa, c'est normal, tu as ébranlé le modèle familial qu'il s'était construit durant toutes ces années… Il évoluera, il saura, il comprendra… Et tu es sous le secret, ne l'oublie pas ! Celui qui connaît les mystères de l'au-delà ne doit les révéler à personne sous peine de les oublier… » récita-t-il avec un brin de malice dans la voix.
« Je ne veux pas oublier… », souffla-t-elle et elle sentit avec désespoir et faiblesse ses larmes couler à nouveau.
« Regarde-moi Eléa… »
Elle leva la tête et essuya ses larmes avec ses mains en respirant profondément.
« Hermione est une jeune sorcière fabuleuse tu sais Eléa. Tu as de la chance d'avoir une fille aussi incroyable », dit-il sincèrement avec un sourire.
« Je crois qu'elle t'aimait beaucoup », avoua Eléa en lui rendant son sourire, le sien empli de fierté. « J'aurais tant aimé qu'elle soit ta fille… »
« Ne dis pas ça Eléa… L'émotion et la mélancolie te font dire des choses insensées… et tu le sais. Mais c'est réciproque tu sais, j'aimais beaucoup Hermione moi aussi, c'est une jeune sorcière attachante et très douée depuis son plus jeune âge, je lui dois énormément », répondit Sirius en se relevant et se dirigeant lentement à nouveau vers la cheminée.
« Tu dois t'en aller ? » demanda d'un air presque désespéré Eléa en se levant à son tour.
« Oui, mais j'ai encore un peu de temps, dis-moi ce que tu aimerais savoir, j'essaierai d'y répondre… », proposa-t-il en mettant ses mains devant le feu comme s'il avait besoin d'être réchauffé.
« Est-ce que tu ne pourrais pas juste me prendre dans tes bras ? » suggéra-t-elle et il fut surpris de sa requête, s'attendant visiblement plutôt à une avalanche de questions dont il savait qu'il n'aurait pas le droit de répondre pour au moins les trois quarts.
Il semblait considérer sa demande, étudiant son visage devant lequel le feu faisait apparaître des ombres par intermittence.
« Tu ne peux pas… », déclara-t-elle tristement, se rappelant son mouvement de recul quand elle avait voulu le toucher.
« Si, je le peux », dit-il finalement. « Mais l'énergie dépensée est immense, je partirai avant que tu n'aies eu juste le temps de me serrer dans tes bras Eléa… », l'avertit-il finalement avec un regard triste.
« Ca ne fait rien… Je ne te reverrai plus après, n'est-ce pas ? »
« Il ne faut jamais dire jamais… », répondit-il avec un regard cette fois joueur qu'elle reconnut et qu'elle accueillit avec soulagement.
« Tu as ton visage d'il y a presque vingt ans Sirius… Je ne peux pas voir comment tu étais avant de… avant que tu… »
« Avant que je ne parte ? Si, bien sûr que tu peux le voir… Je ne voulais pas te perturber en apparaissant avec ce visage, j'avais peur que tu ne me reconnaisses pas… »
Elle hocha la tête avec un regard significatif et il rayonna en riant un peu tout en changeant de visage qui vieillit en un instant. Elle observa silencieusement le nouveau Sirius qu'elle avait devant les yeux et il vit avec une mine un peu inquiète ses yeux devenir à nouveau humides.
« Déçue ? »
Elle hocha la tête vigoureusement et quand il ouvrit ses bras, elle s'y réfugia en un instant, l'enlaçant à son tour alors qu'elle fut presque certaine d'entendre les battements de son cœur bien qu'elle savait que c'était impossible. Ses bras l'entourant semblaient être comme une immense paire d'ailes autour d'elle, elle pouvait presque sentir la douceur des plumes contre sa peau. Elle ne pouvait se méprendre sur son parfum qu'elle reconnut, mélangé à une fraîcheur qui l'apaisa aussitôt, semblant vouloir éloigner ses démons et ses mauvais rêves l'espace d'une seconde. Une chaleur s'était propagée dans son corps et elle savait que ce n'était pas l'effet du feu qui crépitait joyeusement devant elle. C'était un autre type de chaleur, celle qui réchauffe sans brûler, celle qui apaise sans éteindre, celle qui illumine sans éblouir…
« Je t'aime Sirius, je t'ai toujours aimé… »
« Je t'aime aussi Eléa. Je t'ai toujours aimée aussi, et je t'aimerai toujours… »
Elle sentit un amour indescriptible la submerger et elle ferma les yeux quelques secondes. Quand elle les rouvrit, elle était seule dans sa petite chambre, debout près du feu de cheminée et quelque peu désorientée. La vision de son cauchemar était encore trop vivide sans son esprit et le souvenir de son corps ensanglanté et immobile la fit frissonner. Elle avait vraiment besoin de se reposer, de dormir durant une nuit entière d'un sommeil vraiment réparateur et sans cauchemar aucun. Tant pis si les rêves ne viendraient pas les remplacer, elle ne voulut pas tenter le diable et but une potion pour dormir tandis qu'elle se réfugia dans son lit en soupirant. Elle porta une main à son front en s'endormant et elle sombra en espérant qu'un ange la veillerait.
Londres, samedi 6 octobre 1979
Eléa allait beaucoup mieux et était même sortie de chez elle, flânant sur le Chemin de Traverse, elle avait ensuite vu Lily et ses autres amis qui s'étaient montrés désolés pour l'épreuve qu'elle venait de passer et ils avaient essayé de lui remonter le moral.
Elle avait aussi ressenti le besoin de faire un grand ménage chez elle, et pas de façon magique, cela lui avait pris un après-midi mais elle s'était sentie beaucoup mieux ensuite.
Elle était maintenant assise sur le canapé, jouant nerveusement avec une longue mèche de cheveux qu'elle entortillait autour de son index. Lucius sortit de la chambre et sortit un appareil photo avec lequel il la photographia alors qu'elle n'avait sûrement pas remarqué sa présence. Au déclic du mécanisme, elle eut un léger sursaut et se tourna, étonnée, vers son amant.
« Je viens de l'acheter, il fallait que je l'inaugure avec mon modèle favori… », expliqua-t-il avec un sourire en coin.
« Qu'est devenu l'ancien ? » s'étonna-t-elle tout en s'approchant de lui à pas félins.
« Il a lâché… », dit-il platement en la prenant dans ses bras.
« Tu m'étonnes, tu aurais dû être photographe… »
« Tu as raison, j'imagine la tête de mon père… »
Ils rirent en cœur avant de s'embrasser tendrement.
« Tu as l'air nerveuse… », s'inquiéta-t-il.
« Oui, j'appréhende un peu cette entrevue avec le Maître, tu as une idée de la mission qu'il veut me confier ? »
« Non, pas la moindre, pourtant j'ai essayé… »
Ils se séparèrent et Eléa attrapa un châle noir avec lequel elle se couvrit les épaules en soupirant. Lucius la serra dans ses bras en l'embrassant sur le front, puis ils transplanèrent vers le Manoir des Jedusor.
Grimmauld Place, vendredi 17 octobre 1997
Eléa s'était réveillée avec une étrange sensation, elle avait passé une bonne nuit, sans cauchemar ou vision insupportable et elle pouvait même dire qu'un bien-être l'avait envahi alors qu'elle sirotait son thé bien chaud au coin du feu. Puis, alors qu'elle se brossait les cheveux d'un air pensif dans la salle de bain, elle s'était subitement souvenue de son rêve. Elle avait rêvé de Sirius et il était venu pour lui dire combien il l'aimait. Elle étouffa un petit rire en songeant au fait qu'il ne valait mieux pas qu'elle raconte ça à Lucius si elle ne voulait pas une crise de jalousie mémorable et un regard mauvais pendant plusieurs jours. Elle s'observa de plus près dans le miroir et fronça les sourcils en portant sa main à son front. Elle traça du contour de l'index une anse au milieu de son front, entre ses deux yeux, et resta un instant perplexe avant de finalement sortir de la salle de bain en vitesse et fouiller dans ses cartons frénétiquement. Elle mit en moins de deux heures un bazar indescriptible dans la petite pièce et poussa un petit cri victorieux en trouvant enfin la petite boîte ovale tant recherchée. Elle l'ouvrit délicatement et observa quelques secondes ses trésors avant qu'un sourire ne se dessine sur ses lèvres. Elle en sortit un petit pendentif qu'elle plaça dans le creux de sa main en se remémorant les circonstances de son acquisition. La petite croix fine en or blanc scintillait toujours autant et elle en appréciait autant la discrétion que la finition parfaite qui en faisait un bijou à part. Elle songea à l'ajouter à sa chaîne autour de son cou mais elle réfléchit en songeant aux réactions que l'affichage d'un tel objet religieux, presque ostentatoire, pourrait provoquer au manoir, et elle opta pour une chaîne de cheville dans laquelle elle glissa la petite croix avant de l'attacher autour de sa cheville droite. Satisfaite, elle jeta un regard navré au désordre qu'elle venait de mettre et elle fit une petite grimace quand son estomac se mit à grogner pour lui indiquer qu'elle avait sauté l'heure du déjeuner.
Elle descendit pieds nus, à pas feutrés, jusqu'à la cuisine et sursauta en étouffant un cri quand elle se retrouva nez à nez avec apparemment un membre de l'Ordre aussi affamé qu'elle.
« Rémus… Tu m'as fichu une de ces trouilles… » dit-elle en portant une main à sa poitrine dans l'espoir d'arrêter son cœur qui s'était subitement emballé.
« Pareil ! » répondit Lupin en reprenant ses esprits. « Tu as de la chance qu'on ne soit pas une nuit de pleine lune, la transformation aurait été instantanée ! »
Elle lui répondit par un sourire amusé avant de froncer les sourcils.
« Tu n'as pas maîtrisé tes mutations après toutes ces années ? »
« Si, rassure-toi… Tu peux dormir sur tes deux oreilles dans cette maison ! Mon dernier voyage au Tibet a été salvateur pour tout avouer. »
Elle acquiesça avant de jeter un regard empli de convoitise à l'assiette que Rémus tenait d'une main et qu'il n'avait heureusement pas lâchée en tombant par surprise sur Eléa.
« Tu as faim ou je me trompe ? » se mit-il à rire en voyant ses yeux déborder dans son plat.
« J'ai très faim, c'est vrai… », avoua-t-elle ne quittant pas le plat de pâtes sous ses yeux.
« Cadeau », dit-il lui tendant son assiette.
« Oh non, c'est gentil Rémus, je vais me faire quelque chose ! » s'exclama-t-elle entrant dans la cuisine en scrutant les environs avec un air dubitatif.
« Elles sont chaudes, régale-toi, ça me fait plaisir, je vais en refaire », insista-t-il la faisant asseoir et lui donnant son assiette.
« C'est pas que je ne sais pas cuisiner, mais je ne connais pas vraiment la maison et je… je… », bafouilla-t-elle en observant Rémus qui commençait à s'activer dans la cuisine.
« Au lieu de parler pour ne rien dire Eléa, tu ferais bien de manger ce plat de pâtes avant qu'il ne refroidisse… », déclara d'un air amusé Rémus. « Tu n'as vraiment pas changé… »
« Hey ! Comment je dois le prendre ! » rétorqua-t-elle d'un air outré.
« Mange ! » soupira-t-il en faisant bouillir de l'eau d'un coup de baguette magique.
Elle esquissa à son tour avec un sourire amusé et commença à se restaurer avec appétit. En moins de cinq minutes et aidé de la magie pour accélérer le processus, Rémus avait confectionné un autre plat de spaghettis à la bolognaise comme un professionnel.
« Vraiment délicieux ! » accorda Eléa en léchant l'assiette pour ne pas en perdre une miette.
« Je vois ! » s'exclama Rémus en riant avant à son tour de commencer à manger.
« Tu as fait une halte par l'Italie en revenant du Tibet ou quoi ? »
« Non, mais c'est tentant. C'est un pays qui doit valoir le coup qu'on s'y arrête », répondit-il et Eléa acquiesça avant d'ajouter malicieusement :
« Au moins rien que pour voir la tête de l'amant de Narcissa ! »
« Oh ! » s'arrêta un instant Rémus en écarquillant les yeux, sa fourchette suspendue au-dessus de son assiette.
« Et oui mon cher Rémus, la vie réserve parfois quelques surprises bienvenues ! »
« Et Lucius ? Sa fierté n'en a pas pris un coup ? »
« Oh la ! » répondit Eléa en levant les yeux au ciel. « Le mot est faible… »
« Je vois… Tu n'as pas changé, il n'a pas changé non plus… »
« Et tu n'as pas changé non plus Rémus. Je tiens à te remercier pour tout ce que tu as fait pour Hermione, elle m'a raconté et je suis touchée par ta gentillesse envers elle, sincèrement… »
« Tu n'as pas à me remercier, c'était normal. Hermione est une jeune sorcière attachante, vraiment douée, qui a subi des coups durs et qui avait vraiment besoin d'un peu de soutien. L'aider m'a vraiment fait plaisir. »
Eléa acquiesça avec un petit sourire tout à coup triste.
« Je sais que tu ne me fais pas confiance… Mais sache que je ne ferai rien pour la faire souffrir davantage, je m'en veux déjà tellement… Elle a dû surmonter des choses difficiles par ma faute et je veux à présent qu'elle soit heureuse et c'est pour ça que je suis ici aujourd'hui, tout ce que je fais, c'est pour Hermione, Rémus. »
« Je comprends. J'ai envie de te faire confiance Eléa mais excuse ma méfiance … Le passé et ses turpitudes m'ont appris et m'ont obligé à davantage de suspicion », expliqua Rémus avec un air concerné.
« Je sais. Je n'oublie pas le passé non plus tu sais. Il me hante chaque jour et le visage d'Hermione me rappelle douloureusement tout ce que j'ai manqué, de sa vie, de ma vie… Et dans les yeux d'Harry, je revois Lily et c'est difficile aussi, elle était ma meilleure amie Rémus. »
« J'essaierai de me rappeler tout ce que tu viens de me dire aujourd'hui, si un jour je dois m'en resservir… », déclara Rémus en se levant et débarrassant les assiettes.
« Grave-le alors. Grave bien tout ce que je t'ai dit parce que c'était sincère. Et promets-moi de me le rappeler quand tu me jetteras le sort impardonnable qui me condamnera pour avoir failli à ma parole… », rétorqua Eléa avec un sérieux qui sidéra Lupin.
« Ne dis pas ça… », souffla-t-il.
« Si Rémus. Si je dois faire un jour quelque chose qui pourrait nuire à Hermione ou même à Harry, promets-moi que tu m'en empêcheras, par tous les moyens… »
« Ca n'arrivera pas. Tu ne feras jamais quelque chose qui pourrait nuire à Hermione, Eléa ; tu l'aimes trop pour ça. »
« Je suis dangereuse Rémus. Mon père a dû assez te le répéter. Tu n'as pas idée de tout ce qui se passe là-bas, de tout ce qu'Il me fait faire… Promets-le moi », insista Eléa en détachant chaque syllabe tout en fixant Rémus de son regard bleu translucide.
« C'est promis. »
Elle acquiesça, se leva et retourna d'un pas tranquille dans sa chambre, laissant un Lupin perplexe devant l'évier de la cuisine. Elle scruta sa chambre un instant avant d'y remettre de l'ordre par quelques coups habiles et agiles de baguette magique. Elle poussa un soupir de soulagement en voyant qu'il ne lui restait plus qu'un carton à défaire. Elle n'avait aucune idée de ce qu'il pouvait bien contenir mais à première vue, beaucoup de paperasse inutile risquait de faire un aller simple dans l'âtre de la cheminée. Elle regarda la pendule au-dessus de la cheminée et décida de transplaner jusqu'à Little Hangleton avant la réunion. Elle attrapa son carton dans ses bras et se retrouva quelques minutes plus tard dans le hall du manoir des « jeux du sort ». Un léger vertige la fit vaciller et Lucius lui rattrapa de justesse son carton. Elle était incapable de l'expliquer mais le fait de transplaner lui donnait toujours ce léger tournis quand elle arrivait à destination. Il lui porta son carton jusqu'à leur chambre et le posa sur son bureau avant d'en observer le contenu d'un air curieux.
« C'est quoi tout ça ? » demanda-t-il finalement en désignant le carton.
« Quelques affaires qu'il me reste à trier », répondit-elle d'un air absent.
« La réunion a été annulée ? »
« Non, non, mais j'ai un peu de temps, alors j'en ai profité pour ramener ça… »
« Tu peux m'avouer que je te manquais tu sais Eléa… », déclara-t-il avec un petit sourire en coin.
Elle lui lança un regard en biais et il l'attrapa rapidement et un peu brusquement par le bras l'attirant à lui avant de capturer ses lèvres dans un baiser féroce. Il relâcha son étreinte et passa ses mains dans son dos, la caressant plus doucement et tendrement tandis qu'elle l'enlaça à son tour, posant sa tête contre sa poitrine en fermant les yeux.
« J'ai vu le Maître ce matin… », continua Lucius et il sentit Eléa se raidir légèrement. « Il y a du nouveau Eléa, des découvertes intéressantes concernant nos desseins… »
« Ne me raconte pas, s'il te plaît Lucius, je ne veux pas savoir pour le moment… », le pria-t-elle regrettant tout à coup d'être revenue avant la réunion.
« Pourquoi ? Tu seras forcée de leur raconter sinon ? Vos séances se déroulent sous Veritaserum ? »
« Non Lucius », répondit-elle sur un ton plus dur qu'elle ne l'aurait voulu. « Mais je ne suis pas censée être là, chaque chose en son temps. »
« Le Maître veut te voir », trancha enfin Lucius, gagnant la fenêtre d'un pas lent avant d'allumer une cigarette.
« Et bien, il me verra quand je serai revenue de Grimmauld Place, après la réunion de l'Ordre. J'ai comme l'impression que je n'aurais pas dû repasser… », dit-elle amèrement en secouant la tête devant l'attitude déconcertante de son amant. « Si le Maître ne respecte pas les clauses de notre contrat et qu'il ne joue pas le jeu, ce n'est- »
« Ce n'est pas un jeu Eléa ! » éclata soudainement Lucius la faisant sursauter. « Tu connais tes priorités ! Le Maître veut te voir, puisque tu es là, vas-y, point barre, pas de discussion ! Depuis quand est-ce que tu te permets de contester ses ordres ! »
« Va te faire foutre Lucius ! » répliqua-t-elle tout à coup hors d'elle. « Et toi, depuis quand est-ce que tu me donnes des ordres sous couvert du Maître ! Oui, j'étais venue pour te voir, parce que tu me manquais et que je voulais entendre ta voix et être dans tes bras avant d'aller assister à cette foutue réunion, mais tu n'es vraiment qu'un connard quand tu t'y mets ! »
Sur ces mots, elle sortit de la chambre en claquant la porte et se réfugia dans le petit salon, claquant une seconde porte derrière elle avant de s'appuyer d'un air agacé contre la porte close. Elle leva soudainement la tête et pâlit en croisant son regard turquoise alors qu'il avait l'apparence séduisante d'un homme beau et en pleine force de l'âge.
« Je n'aurais pas pensé que tu viendrais si rapidement vers moi… », déclara-t-il visiblement surpris de sa présence.
« En fait, je… je n'ai pas vraiment de temps, je ne suis pas censée être là et j'allais partir… », bafouilla Eléa se retournant dans l'intention de sortir au plus vite de l'endroit devenu tout à coup trop confiné.
Il fut plus rapide qu'elle et elle n'entendit pas ses pas, pas plus qu'elle eut l'impression qu'il s'était déplacé physiquement. Mais il avait à présent une main contre la porte toujours close et elle pouvait sentir son souffle chaud contre son cou. Elle frissonna et se retourna pour lui faire face, troublée par le regard bleu perçant qui la fixait avec avidité. Elle était coincée, réellement prise au piège, et elle se résigna psychologiquement à devoir écouter ce qu'avait à lui dire le Seigneur des Ténèbres. Ce qu'elle ne savait pas, c'est qu'il avait plus que des choses à lui dire, et elle aurait dû se méfier davantage des paroles de son amant. Elle allait regretter d'être repassée par le manoir maudit mais elle se força à soutenir son regard en levant la tête d'un air digne.
« Le Rituel est finalement au point Eléa », commença-t-il en traçant du contour de son index les lignes de son visage. « Il a été finalisé et avant de le mettre en œuvre, il faut que tu accélères de ton côté tes capacités… »
« Quel rituel ? » demanda-t-elle en fronçant les sourcils.
« Lucius ne t'a encore rien dit ? Le Rituel de la Carte naturellement voyons ! Mais on verra ça plus tard… Il faut que tu te renforces en Magie Noire Eléa, tu es loin des capacités que tu devrais avoir, je trouve même que tu ne suis pas assidûment les règles établies, le temps est notre allié mais aussi notre pire ennemi Eléa, et tu lui laisses prendre une avance qui me déplaît… »
« Je vous assure, Maître, que mes connaissances et mes aptitudes se sont considérablement accrues ces dernières semaines, je supporte bien toutes mes séances et je ressens réellement le changement en moi… », tenta de se justifier Eléa alors que Voldemort faisait courir son regard sur tout son corps.
« Ce n'est pas suffisant Eléa… Il y a des manuels sur ces étagères que tu n'as même pas ouverts… »
Sa voix était trop douce et calme pour la rassurer et elle s'apprêtait à affronter une tempête qu'elle s'efforçait de retarder à défaut d'éviter.
« Je le ferai Maître… Tous ces livres seront en moi d'ici peu… »
« D'ici peu n'est pas une donnée temporelle acceptable Eléa. J'ai apporté un nouveau bijou en fait aujourd'hui, c'est cette raison qui m'a amené à découvrir tous ces grimoires inexplorés sur les étagères… »
Il s'éloigna l'espace d'une seconde pour se saisir d'un petit livre qu'il avait déposé sur la table et elle en profita pour essayer d'ouvrir la porte, s'apercevant sans surprise qu'elle était verrouillée magiquement. Transplaner n'était évidemment pas une échappatoire envisageable et elle fut surprise par la poigne qui la saisit brutalement par les cheveux.
« Je vais te faire bouffer ce livre Eléa », déclara-t-il avec un calme toujours aussi saisissant et elle étouffa un cri de surprise. « Si tu n'es pas suffisamment autonome pour gérer ton apprentissage, il va te falloir un Maître organisant tes enseignements et j'ai décidé de superviser ton planning vois-tu… »
« Maître… Je suis attendue à l'Ordre du Phénix, je ne peux pas arriver là-bas avec un niveau sensible et trop élevé de Magie Noire dans le sang, ils vont forcément le remarquer… », plaida-t-elle bien qu'elle savait la manœuvre inutile.
« On était d'accord Eléa ! » s'écria subitement Voldemort, élevant la voix. « Ta présence auprès de moi et tes actions pour notre cause restent ta priorité ! »
Il la tira brutalement par les cheveux l'amenant au centre de la pièce et elle se mit à crier alors qu'elle réalisait ce qu'elle allait subir.
« Non ! Par pitié non ! Je promets de rester enfermée ici tout le week-end mais non, pas maintenant ! »
« Ca, c'est moi qui décide ! »
Le livre à ses pieds s'illumina soudainement et il en saisit le contenu d'un geste de la main, riant dangereusement alors qu'un fluide s'insinuait dans ses veines. Il se frotta quelques secondes les mains et Eléa tenta vainement une dernière fois de se débattre. Il l'attrapa à nouveau par les cheveux et saisit sa tête dans ses mains devenues tout à coup si larges qu'elle se demanda si son imagination n'était pas en train de se jouer d'elle. Il appliqua ses pouces sur son front, entre ses yeux, et commença la passation de toute la Magie Noire qu'il voulait qu'elle intègre en un temps record. Elle commença à trembler alors qu'une chaleur était en train de l'envahir, une puissance grandissante la faisait se sentir le centre du monde, elle aurait fait n'importe quoi en cet instant pour avaler davantage de cette matière aphrodisiaque et excitante. Puis, le trop plein prit le relais et quand le dégoût et la bile lui montèrent à la gorge, elle sut que l'overdose était en train de la guetter. Elle se mit à hurler et elle ouvrit subitement les yeux dans l'intention de résister et lui montrer toute sa détermination. Au moment où ses paupières s'ouvrirent, ce fut Voldemort qui se mit à crier et elle ne comprit pas la colère et la soudaine frustration qu'elle put lire dans les yeux de son Maître, yeux qui étaient en train de devenir à nouveau rouges.
« Qu'est-ce que tu as fait ? », cria-t-il, stupéfait. « Qui t'a fait ça Eléa ? »
L'incompréhension devait se lire sur son visage puisqu'il ne poursuivit pas ses interrogations. Le visage beau, jeune et séduisant était en train de se transformer en celui du monstre qu'elle connaissait. Les crevasses et les cicatrices étaient en train de se dessiner sous les yeux ébahis d'Eléa, la pâleur sur le visage du Seigneur des Ténèbres s'installa et l'humanité quitta complètement la créature devant elle. Le souffle court, le sang brûlant, le cœur battant, et l'énergie à son paroxysme dans une explosion de ses sens, eurent raison d'Eléa et les ténèbres la capturèrent alors qu'elle s'effondra sur le sol, inconsciente.
Little Hangleton, samedi 6 octobre 1979
Une dizaine de Mangemorts étaient déjà présents et travaillaient sur des parchemins éparpillés de toute part. Il entrèrent dans les appartements même du Maître et elle avançait dans ce lieu inconnu avec une certaine curiosité mêlée à la peur. Eilane était avec Lui, assise sur le bureau d'acajou qui meublait une partie du salon. Ils s'agenouillèrent avant de prendre place sur les deux sièges en face de Voldemort. Eléa jeta un œil indiscret à la petite pièce à gauche qui semblait contenir des livres anciens et autres parchemins sûrement précieux.
Un silence pesant commençait à s'installer lorsque le Lord parla enfin.
« Il y a quelques semaines, je t'ai parlé d'une mission à te confier et il est temps maintenant de la mette à exécution. »
Eléa écoutait, silencieuse, et finalement inquiète de ce qu'il allait lui demander. Inquiète car elle allait être obligée de le faire, inquiète de ne pas être à la hauteur et de le décevoir.
« Je veux que tu rentres à l'Ordre du Phénix. »
La phrase résonna dans son esprit qui soudainement s'était vidé pour se remplir presque immédiatement de questions, de doutes et de peur. Elle avait écarquillé les yeux et sa respiration se fut plus rapide sous le coup de la panique qui l'étreignait.
Elle secoua la tête tout en murmurant des choses incompréhensibles et seul un « Non » sec et décidé lui échappa.
Il la regarda, glacial.
« Non, je ne peux pas... Je… » Elle regarda Lucius dont l'expression inquiète la troubla. « Je ne peux pas, vous m'en demandez trop… »
« Tu es la mieux placée pour y rentrer et j'ai besoin d'un agent double. Tu n'es pas sans ignorer que nos dernières missions n'ont pas été de complètes réussites… »
« Je ne peux pas, je ne peux pas trahir mes amis… »
« Tes amis seraient plus importants que la cause ? » coupa-t-il, « plus importants que ton Maître ? »
« Je n'ai pas dit ça… », murmura Eléa dont la confusion faisait peu à peu place à la colère.
« Bien », conclut-il avec un rictus. « Dans ce cas, mets-toi au travail dès cette semaine… », ajouta-t-il en s'enfonçant dans son fauteuil.
« Mais comment voulez-vous que j'y arrive ? » s'emporta Eléa. « Vous croyez qu'ils vont m'accorder leur confiance comme ça ? Ils se sont toujours méfié de moi, ils connaissent mes convictions, ils… »
« Invente, improvise… Marius m'a plusieurs fois loué tes talents de comédienne… »
« Le contexte était différent, en France personne ne me connaissait… »
« Cesse de chercher des excuses ! » s'exclama Voldemort de sa voix trop aiguë, « tu rentres à l'Ordre, et par n'importe quel moyen. Entendu ? »
Eléa déglutit difficilement avant d'articuler un « Oui Maître » pas très convaincant.
Il la dévisagea quelques minutes, avant de lui faire comprendre que sa présence n'était plus souhaitée et elle laissa Lucius en présence du couple Noir.
Elle marcha nonchalamment dans le Manoir investi par les Mangemorts. Elle était perdue dans ses pensées quand elle sentit quelqu'un s'approcher d'elle.
« ça va ? » demanda Severus en fronçant les sourcils.
« Oh Sev', si tu savais ce qu'Il me demande… », souffla-t-elle au bord des larmes.
Il la prit dans ses bras et l'attira dehors, loin du regard indiscret de Bellatrix qui les épiait non loin de là.
Elle lui raconta alors l'entretien qu'elle venait d'avoir avec le Maître et fondit en larmes. Il la réconforta et lui avoua ne pas souhaiter être à sa place, le rôle « d'agent double » étant vraiment difficile à assumer. Il lui assura de son amitié et la laissa un moment seule pour qu'elle se calme avant que le Maître ne sorte de ses appartements.
Il s'était écoulé un bon quart d'heure avant que l'agitation du Manoir ne se calme à l'approche de Voldemort. Eléa resta dans le jardin, ne se sentant pas capable de rester dans la même pièce que Lui car à cet instant même, elle le haïssait pour ce qu'il lui demandait.
Elle ne cessait de broyer du noir lorsqu'elle se figea en sentant une présence près d'elle. Sa présence.
« Tu me déçois… »
Elle se tourna vers lui pour affronter son regard mais ne put l'empêcher de lire en elle. Il eut un rire glacial.
« Serait-ce de la colère ? Non… de la haine », siffla-t-il. « Tu n'es pas censée éprouver ce genre de sentiment face à moi… de la crainte, oui, peut-être », dit-il en s'approchant d'elle dangereusement, « un serviteur n'est-il pas censé aimer son Maître ? »
« Aimer ? » cracha Eléa. « Que connaissez-vous de l'amour ? »
Le mot de trop. Il fut si rapide qu'elle ne réalisa pas de suite. Il la plaqua contre le mur le plus proche, une main serrée sur sa gorge. Dans le Manoir, tout se fit silencieux et tous les regards convergèrent vers eux.
« Comment oses-tu me parler de la sorte ? Ton arrogance fera ta perte ! Je te rappelle que j'ai droit de vie ou de mort sur toi ! » lui murmura-t-il à l'oreille alors qu'elle suffoquait sous sa main puissante qui l'étranglait. « Tu m'appartiens et tu me dois allégeance. Tu accompliras cette mission, sinon tu y perdras gros, je peux te l'assurer, quitte à perdre un de mes meilleurs éléments… »Son regard se dirigea vers Lucius, puis revint se planter dans les yeux rougis d'Eléa, terrorisée.
Il enleva enfin sa main et Eléa put enfin respirer normalement, elle porta instinctivement sa main à sa gorge endolorie.
« Ne t'avise pas de me décevoir une nouvelle fois Eléa ! » ordonna-t-il alors qu'Eilane venait le rejoindre pour essayer de calmer le jeu. « Et par l'Enfer, remets-toi à la Magie Noire ! Tu as l'air aussi forte qu'une première année, je n'aime pas m'entourer de faibles ! » cracha-t-il.
Il tourna les talons et laissa Eléa, les larmes aux yeux, dans le jardin. Eilane lui jeta un regard à la fois compatissant et inquiet avant de suivre son amant. Elle les vit disparaître, suivis de quelques Mangemorts et de Lucius et Severus qui bouillaient de ne pas pouvoir la rejoindre. Bellatrix les suivit aussi, un sourire radieux et malveillant plaqué sur le visage.
Eléa sentit une colère monter en elle et se dirigea d'un pas décidé dans le Manoir. Elle prit son châle d'un geste sec et transplana vers son appartement où elle s'écroula contre la baignoire en pleurs.
Quelques minutes plus tard, elle sembla se calmer et se passa de l'eau fraîche sur le visage. Elle se regarda dans le miroir, elle était très pâle et ses yeux étaient rougis de larmes et de vaisseaux sanguins qui avaient sûrement explosés sous la pression du Maître. Une marque rouge virant au violet entourait sa gorge fine et elle éclata à nouveau en pleurs. Soudain, elle se figea devant son reflet, semblant ne pas reconnaître la jeune femme faible et fragile qui pleurait devant elle. Elle fut remplie d'une colère et d'une haine incommensurable et d'une main, jeta au sol tout ce qui était au-dessus du lavabo et ses bouteilles de parfum se brisèrent avec fracas. Elle saisit le verre dans lequel était rangée sa brosse à dent et le jeta violemment contre le miroir qui se brisa sous la force de son geste.
Elle se dirigea ensuite vers le salon et fouilla dans ses grimoires avant de prendre, triomphante, un vieux livre usé et de passer une main fébrile sur la couverture. Elle l'ouvrit et psalmodia des paroles qu'elle connaissait pratiquement par cœur. Un souffle chaud envahit rapidement la pièce et des volutes de fumées noires montèrent du sol et l'entourèrent. Elle resta un instant debout, comme dans une transe avant que la fumée ne disparaisse, comme aspirée par le corps d'Eléa.
Elle reposa le livre lentement, comme si chaque geste était au ralenti. Frissonnant, ses vêtements s'allongèrent, se transformèrent en une robe étroite, noire, les manches longues couvrant ses bras dénudés. Elle ferma ses yeux dilatés et inspira profondément, puis elle prit une carte d'Angleterre et pointa au hasard une ville vers laquelle elle transplana immédiatement.
La porte de la chambre s'ouvrit à la volée pour laisser entrer Eléa qui se dirigea directement vers la salle de bain. Elle marcha sur les débris de verres qui jonchaient le sol et commença à se laver frénétiquement les mains sous une eau brûlante.
« Tu sais qu'il y a des formules pour ça ? » dit une voix grave dans l'embrasure de la porte.
« Je préfère le faire moi-même… »
« Où étais-tu ? On s'est fait beaucoup de souci… »
« Ah oui ? » Elle eut un petit rire moqueur, puis reprit en regardant son interlocuteur dans les yeux. « Qu'est-ce que tu veux ? »
« Je te l'ai dit, je me faisais du souci, je suis resté pour t'attendre. »
« Je suppose que Lucius est avec sa femme ? » trancha-t-elle.
Il ne répondit pas.
« Où étais-tu Eléa ? »
« Tu le sauras bien assez tôt, ça fera la une… » dit-elle amèrement.
« Tu n'aurais pas dû y aller seule, tu te rends compte si un membre de l'Ordre t'avait vue ? »
« ça va… » s'agaça-t-elle. « je suis là, je suis vivante non ? »
Elle s'approcha de lui lentement pour finir les mains sur son torse, un sourire en coin. Il caressa son visage doucement et dégagea les mèches qui le couvraient par endroit et observa ses yeux encore dilatés avec inquiétude.
« Depuis combien de temps tu es dans cet état ? »
« J'en sais rien… qu'importe », répondit-elle en haussant les épaules.
Elle s'approcha de son visage et déposa un baiser sur ses lèvres tout en mettant ses bras autour de son cou.
« Arrête ça… » Il la repoussa doucement mais fermement alors qu'elle lui jeta un regard noir.
« Si tu n'as pas envie de passer la nuit ici, alors tu peux partir Severus, je me débrouillerai toute seule », dit-elle sèchement.
« Tu vas être malade demain… »
« C'est pour ça que c'est maintenant que j'ai envie de prendre mon pied… » dit-elle comme si elle parlait à un gamin.
« Pas avec moi, désolé… »
« Tu l'as déjà trompée de toute manière… » siffla-t-elle.
« La situation était différente… » dit-il d'un ton las.
« Alors va t'en », bouda-t-elle.
Il soupira en levant les yeux au ciel alors qu'elle s'était déshabillée et se dirigeait vers la salle de bain. Elle se retourna une dernière fois vers lui et l'interrogea du regard. Severus détailla sa silhouette avantageuse puis résistant à la tentation secoua la tête avant de reprendre ses affaires et de transplaner.
Elle fit disparaître les vestiges de sa colère d'un geste gracieux de la main et fit couler un bain tout en pestant contre Severus, Lucius et les hommes en général.
Grimmauld Place, vendredi 17 octobre 1997
Les conversations étaient animées et s'entrecroisaient dans une ambiance plutôt détendue. Tonks écoutait d'un air résigné Maugrey Fol Œil lui rabâcher pour la troisième fois de la journée combien elle avait manqué de prudence ces derniers jours en remplissant ses missions en solitaire. Le Professeur Dumbledore observait l'assemblée avec un regard bienveillant quand il n'était pas attendrissant en s'attardant sur Harry et Hermione. Le Professeur Snape soutenait sa tête d'une main, tapotant de l'autre sur la table alors qu'il s'impatientait en songeant à la pile de copies qu'il avait encore à corriger. Afin d'échapper aux ruades de Maugrey Fol Œil, Tonks fit mine d'intéresser Lupin à un dossier en lui demandant son avis. Ce dernier lui sourit amicalement et la sauva de son supérieur en l'entreprenant dans une discussion sur les techniques d'investigation. Le Professeur McGonnagal souleva finalement un point particulièrement intéressant qui suscitait l'interrogation chez tous les membres de l'Ordre du Phénix.
« Albus, vous pensez qu'Eléa va finalement venir ce soir ? »
La plupart des regards se tournèrent vers le Directeur qui s'éclaircit la gorge avant de répondre.
« Il n'y a aucune raison qu'elle ne vienne pas Minerva… »
« Elle a tout de même à présent une heure de retard », fit remarquer la Directrice des Gryffondors avec un brin de reproche dans la voix. Elle leva un œil en direction de la pendule avant de retourner un regard significatif au vieux sorcier.
« Elle était là en début d'après-midi en tous cas », fit observer Rémus comme venant à la rescousse de l'intéressée.
« Comment était-elle ? » demanda Arthur Weasley.
« Elle allait bien, nous avons discuté un petit moment, elle avait vraiment l'air d'aller bien… »
« Elle est peut-être repassée tout simplement par le manoir… », déclara Emmeline Vance en haussant les épaules.
« Vous pensez que Voldemort l'aurait rappelée subitement ? Peut-être qu'un danger plane ! » commença à dramatiser Maugrey Fol Œil. « Une vigilance constante s'impose ! Et encore plus lorsqu'il s'agit du cas difficile et tendancieux de cette jeune personne ! »
Tonks grinça des dents à l'annonce du message d'alerte favori de son supérieur et Rémus étouffa un rire en s'apercevant de l'exaspération de la jeune Auror.
« Je suis inquiète… », avoua Hermione prenant enfin la parole avant de baisser la tête. « Ce n'est pas dans ses habitudes d'être en retard… »
« Avant de nous faire du souci inutilement, on va encore attendre un peu », décida Dumbledore en adressant un sourire réconfortant à Hermione.
« Elle va venir Hermy », tenta de la rassurer à son tour Harry. « Elle a seulement dû avoir un contretemps mais elle va venir… »
Hermione acquiesça en esquissant un timide sourire entendu et Molly ne put s'empêcher d'essayer de la consoler également en écrasant une Ginny qui protesta quand sa mère se pencha sur elle en voulant atteindre Hermione.
Quand Eléa se réveilla enfin, elle fut surprise de s'apercevoir qu'elle se trouvait dans son lit avec un linge humide sur le visage. Elle soupçonna Lucius d'avoir pris soin d'elle après son évanouissement dans le petit salon et elle se leva en grimaçant quand elle sentit la grosse cloche de Big Ben résonner dans son crâne. Elle posa les pieds sur le sol et se leva lentement avant de s'amuser à regarder ses pieds qui lui apparurent en relief à chacun de ses pas. Elle poussa une exclamation de surprise et un juron étouffé en croisant les quadruples aiguilles de sa pendule et atteignit la salle de bain d'un pas plus rapide. Elle fouilla frénétiquement dans l'armoire au-dessus du lavabo et se tapa son front douloureux en levant les yeux au ciel et en secouant la tête d'un air navré. Elle retourna dans sa chambre en imitant le bruit de pas bruyants sur du carrelage faute de pouvoir les reproduire sur sa moquette épaisse, et elle fouina finalement dans son coffre au bout de son lit et en sortit triomphalement une potion contre les maux de tête qu'elle but en une gorgée. Elle enfila ses chaussures en chantonnant un air connu et fronça les sourcils en croyant apercevoir un arc-en-ciel au-dessus de la cheminée. Elle haussa les épaules et transplana jusqu'à Grimmauld Place en fredonnant.
Elle faillit à trois reprises se rompre le cou dans l'escalier étroit menant au sous-sol et elle se força à cesser de rigoler bêtement avant de faire son entrée dans la salle de réunion. Tous les regards se tournèrent vers elle à la seconde où elle pénétra dans la petite pièce et elle s'installa entre son père et Severus avec un large sourire planté sur son visage. Snape fronça les sourcils en voyant son teint pâle et ses yeux dilatés et pétillants mais il se renfrogna en levant les yeux au ciel quand elle lui adressa un petit clin d'œil amusé.
« Je vous prie de bien vouloir accepter mes plus plates excuses pour ce retard indigne de notre réunion revêtant une importance capitale », déclara-t-elle la main sur le cœur et Rémus, légèrement amusé, se demanda un instant si elle n'allait pas se mettre à chanter l'hymne de « God Save The Queen. »
« Je suis content de vous l'entendre dire jeune demoiselle ! » s'exclama Maugrey Fol Œil avec un sérieux qui fit soupirer Tonks. « Il y a souvent trop de laisser aller et cette légèreté peut être fatale dans un moment critique ! »
« Excuses acceptées », répondit Dumbledore en lui tapotant sur la main d'un geste apaisant.
« Il m'a appelée demoiselle… », chuchota Eléa en gloussant à l'oreille de Severus qui lui jeta un regard neutre.
« Bien ! » reprit le Directeur de Poudlard d'un ton énergique qui fit sursauter Eléa. « Il est temps à présent d'entrer dans le vif du sujet ! Les nouvelles ne sont pas merveilleuses concernant Berlin. J'ai appris hier qu'une rafle avait causé la mort d'une vingtaine de Moldus. La Marque des Ténèbres n'a cependant pas été visible mais les soupçons désignent bien évidemment l'organisation des Mangemorts se trouvant sur place… »
Eléa éclata de rire et porta rapidement sa main à sa bouche en écarquillant les yeux quand Severus lui donna un petit coup de coude accompagné d'un regard froid et réprobateur.
« Eléa, est-ce que tu as entendu parler de cette action ? Voldemort est-il à l'origine de cette tuerie préméditée ? » lui demanda Dumbledore.
Elle enleva lentement sa main de sa bouche et observa les visages assis autour de la table. Hermione s'était enfoncée au fond de sa chaise avec les bras croisés sur sa poitrine. Elle avait déjà vu sa mère sous ce jour et devina sans mal qu'elle n'était pas dans son état normal. Harry, Ginny et Neville la fixaient avec des yeux ronds et perplexes tandis que Ron attendait sa réponse, le regard hagard, soutenant sa tête d'une main, pratiquement avachi sur la table. Snape donna un deuxième coup de coude à Eléa mais cette fois-ci d'un air agacé.
« Quoi ? » lui aboya-t-elle en retour.
Il lui désigna d'un signe de tête Dumbledore et elle tourna son regard vers son père.
« Tu disais ? » lui demanda-t-elle d'un air sucré en papillonnant des yeux.
Dumbledore soupira et reposa sa question calmement. Eléa le regarda comme s'il venait de lui demander la latitude de la calotte glacière dans l'hémisphère sud et elle fronça les sourcils en essayant de rassembler ses souvenirs, plutôt embrouillés à cet instant précis.
« Je… euh… Il y a un type au manoir… Il s'appelle Franz je crois… Hermann, ou Barman, ou un truc comme ça, en 'an' en tous cas… Mais je comprends jamais rien de ce qu'il dit, mais je suis presque sûre à 120 qu'il est allemand… ou peut-être autrichien en fait, ou suédois, à moins qu'il soit finlandais… », réfléchit Eléa à voix haute en jouant avec une mèche de ses cheveux.
« Eléa », soupira Snape qui commençait réellement à perdre patience, « tu ne vas pas nous faire la liste des pays germaniques, ou supposés l'être suivant ta vision des choses… Est-ce que tu es au courant de quelque chose concernant cette action, oui ou non ? »
Eléa le fixa un instant en silence, d'un air presque outré ou choqué, puis elle plissa les yeux et il sut à ce moment-là qu'elle allait lui sortir quelque chose complètement hors de propos. Et elle ne tarda pas à répondre avec un air qu'elle s'efforça de prendre le plus supérieur qu'elle le put.
« Ce n'est pas toi qui as posé la question Severus », articula-t-elle sérieusement. « Et puis d'abord, comment est-ce que tu fais pour avoir une voix aussi sexy ? Ca devrait être interdit d'avoir une voix aussi sexy… Comment veux-tu que je me concentre moi après… Je ne sais même plus ce que je disais d'ailleurs… »
« Rien d'intéressant », soupira-t-il, « et tu es en train de parler pour ne rien dire là Eléa… »
« Arthur », reprit Dumbledore se tournant vers le patriarche des Weasley. « Vu que vous serez au Ministère dès lundi, est-ce que vous pouvez vous charger de cette affaire ? Je comprendrais si vous avez trop de travail et que vous refusez. »
« Non, nous sommes dans une période plutôt calme en ce moment, je peux m'en occuper sans souci », répondit-il.
« Merci Arthur. »
Eléa écouta les échanges qui suivirent d'un air absent puis elle croisa le regard d'Hermione et lui sourit mais cette dernière ne lui rendit pas son sourire, lui jetant à la place un regard froid empli de déception. Eléa haussa les épaules et tripota un instant le critérium de Snape avant de faire sauter la gomme qui rebondit sur la table avant de rouler jusqu'à Harry. Elle fixa le jeune Gryffondor avec un sourire flamboyant avant de pencher la tête sur le côté. Son regard devint interrogateur et elle cligna les yeux à de nombreuses reprises.
« James ? » souffla-t-elle et le regard de Rémus se posa sur Harry avant de revenir sur Eléa.
Harry parut troublé mais il s'efforça de ne rien laisser transparaître et Hermione lui jeta un regard significatif qui l'invita à ne pas répondre.
« Eléa, arrête ça… », déclara d'un ton monocorde Snape lui reprenant son critérium pour plus de précaution.
Le regard d'Eléa s'attarda ensuite sur Ginny et la rouquine ne fut pas surprise par ce qui suivit.
« Lily ? »
« Rémus, Severus, je crois qu'il serait plus sage de conduire Eléa jusqu'à sa chambre… », décida enfin Dumbledore en jetant cette fois-ci un regard irrité et furieux à sa fille.
Lupin et Snape acquiescèrent et se levèrent en même temps. Snape attrapa Eléa par le bras et la força à se lever sous ses protestations.
« Lâche-moi ! Lily, je te jure que ce n'est pas moi qui t'ai piqué ta brosse à cheveux ! »
« Ca suffit Eléa ! » s'énerva Snape en accentuant sa pression sur son bras.
« Tu me fais mal ! Lâche-moi ! » se débattit Eléa et Snape la lâcha en levant les mains d'un geste de renoncement.
Elle fit deux pas mal assurés avant de perdre l'équilibre et ce fut Lupin qui la rattrapa de justesse avant qu'elle ne s'étale d'une manière peu gracieuse. Ils sortirent de la salle de réunion et Lupin ne lâcha pas Eléa, l'aidant à monter jusqu'au premier étage.
« Rémus… On ne t'a jamais dit que tu avais de beaux yeux, j'avais jamais remarqué mais franchement, j'aurais dû te regarder différemment il y a vingt ans… », déclara Eléa et Snape, qui ouvrit la porte de sa chambre en levant les yeux au ciel, comprit qu'elle était partie dans ses divagations pour de nombreuses heures.
« Tu as de très beaux yeux toi aussi Eléa, mais tu devrais les fermer un instant en t'allongeant un petit moment… », répondit Lupin doucement en la conduisant jusqu'à son lit où il la fit asseoir.
« Rémus… Tu savais que j'avais couché avec Severus, plusieurs fois même… Il te l'a déjà dit ? Tu aimerais coucher avec moi toi ? »
« Ce que j'aimerais surtout Eléa, c'est que tu te reposes un petit moment… », lui répondit gentiment Lupin en lui enlevant ses chaussures.
« Et que tu arrêtes de dire des conneries ! » ajouta Snape en tirant les rideaux d'un geste sec sur la nuit déjà présente.
« Mais je ne suis pas fatiguée ! » se plaignit Eléa en se relevant devant le regard impuissant de Lupin.
« Et moi, je ne suis pas d'humeur à parlementer Eléa », rétorqua Snape la saisissant par les épaules et la reconduisant jusqu'à son lit. « Tu te couches maintenant ! »
« D'accord, mais uniquement si tu viens avec moi… », suggéra-t-elle avec un regard enfiévré.
Snape ne répondit pas et se contenta de coucher Eléa qui continua à parler pour ne rien dire pendant toute la durée du processus.
« Qu'est-ce que tu as pris Eléa ? » lui demanda-t-il enfin en se penchant vers elle, observant de plus près ses yeux largement dilatés.
Elle l'attrapa par le cou en tentant de l'embrasser et il se recula en marmonnant pour lui-même.
« Tu ferais bien de me répondre si tu veux que je t'aide », insista-t-il. « Quel genre de Magie Noire as-tu exercé ? »
« Je n'ai rien fait ! » se renfrogna-t-elle en lui jetant un coussin qu'il évita en s'écartant. « J'ai mal au cœur… », ajouta-t-elle avec une moue dégoûtée.
« La nuit va être longue… », soupira Snape alors que Lupin se laissa tomber dans un fauteuil avec un regard aussi navré que le Professeur de Potions.
« Je vais rester pour t'aider », déclara Lupin d'un air concerné en jetant un œil à Eléa qui s'était mis un oreiller sur la tête tout en respirant bruyamment.
« Je ne crois pas que ce soit nécessaire », répondit Snape en enlevant l'oreiller de la tête d'Eléa d'un geste agacé. « Il est inutile qu'on soit deux à passer une nuit blanche et c'est un spectacle auquel il ne vaut mieux pas que tu assistes… »
« C'est comme tu veux Severus, mais sache que je me tiens à disposition en cas de besoin. »
Snape acquiesça et Rémus prit congé non sans avoir jeté un dernier regard à Eléa qui s'employait à présent à vouloir retirer sa robe sans en détacher les boutons.
Londres, dimanche 7 octobre 1979
Elle se leva avec un mal de tête atroce et but son jus d'orange à petites gorgées, ignorant si elle allait le supporter ou non.
Elle se dirigea ensuite vers la fenêtre où son exemplaire de la Gazette du Sorcier l'attendait et fit un large sourire lorsqu'elle lut la une. Elle fit un saut à la salle de bain puis enfila des vêtements confortables. Elle but sa potion qui atténuait les effets de la Magie Noire et attendit patiemment quelques minutes que son corps l'ait assimilée tout en écrivant un parchemin qu'elle envoya par cheminette.
Elle fit les cents pas devant la cheminée, mais la réponse fut rapide et positive, comme elle s'y attendait. Elle se couvrit de son châle et transplana aux portes de Poudlard, s'apprêtant à faire ce qu'elle détestait le plus, mentir à son père.
Elle fut conduite au bureau de son père par le Professeur McGonagall qui la regardait d'un air perplexe. Eléa était inquiète. Inquiète que son plan marche, qu'il la croit, dans ce cas là elle devrait jouer un double jeu et trahir ses amis, son père. En contre partie, s'il ne la croyait pas, elle devrait sûrement rendre des comptes au Maître et son cœur s'accéléra rien qu'à cette pensée. Elle était partagée mais elle savait très bien qu'elle ferait tout pour servir son Maître, elle n'avait pas vraiment le choix.
Dumbledore l'accueillit dès son entrée et ses yeux s'assombrirent quand ils croisèrent ceux de sa fille. Il la fit asseoir et l'observa un instant alors qu'Eléa faisait mine de ne pas savoir par où commencer, d'être perdue.
Elle prit de la poche de son jean une feuille pliée en quatre qui s'avérait être la une de la Gazette. Elle la tendit à son père qui la posa à plat sur son bureau d'un air navré.
« Je… Je ne comprends pas pourquoi ils ont fait ça… » dit-elle à voix basse, les yeux rougis de larmes.
« Ce n'est pas le premier massacre fait en son nom… »
« Des familles entières papa, des enfants… Je ne peux plus faire comme si rien n'était, ça me dégoûte… »
Il la regarda sérieusement, ses yeux perçants rivés sur elle.
« A une époque pas si lointaine, le massacre de Moldus et de leur famille ne te faisait ni chaud ni froid… »
Eléa baissa les yeux.
« Il y a eu beaucoup d'attentats en France… » commença-t-elle. « Lorsque je suis tombée enceinte, je me suis remise en question… si tu savais… » Elle se leva et commença à faire les cents pas, les bras croisés sur sa poitrine « Je me suis rendue compte que j'avais peur. Peur pour mon enfant, peu à peu, je me suis rendue à l'évidence que je ne voulais pas élever mon enfant dans le monde dans lequel nous vivons… » Des larmes commençaient à perler au coin de ses yeux et elle regarda son père avant de rajouter : « et celui qu'il deviendra si Voldemort gagne cette guerre… »
Dumbledore s'enfonça dans son fauteuil et elle ne savait pas s'il la croyait ou non. Il hésitait, il la regardait dans les yeux et elle développait intérieurement une énorme protection pour ne rien laisser paraître de ses réelles pensées.
« Que pense Lucius de tout ça ? »
Elle tourna vivement la tête vers lui.
« Je ne lui ai rien dit », avoua-t-elle. « Tu sais bien qu'il est à Son service… quand je lui ai parlé de mes doutes pour notre enfant, il n'a pas cessé de me répondre que Voldemort nous protègerait… S'il apprend ce que je suis en train de te dire, c'est fini... »
Dumbledore se leva à son tour et se dirigea vers Fumseck qu'il caressa, pensif.
« Je ne suis pas resté sans remarquer tout l'amour que te porte Lucius, crois-tu que cela changerait quelque chose entre vous ? »
« Il sait qui je suis… » dit-elle tristement. « nous nous sommes déjà disputés plusieurs fois sur mon non-engagement dans les Mangemorts… Il m'en veut beaucoup, alors si jamais il apprend que je te propose mon aide… »
Dumbledore sourit en coin.
« C'est donc ça… Tu veux rentrer à l'Ordre ? »
« Uniquement si tu le souhaites et si tu me fais confiance… » répondit-elle doucement, les yeux tristes, tout en jouant nerveusement avec une mèche de cheveux. Elle regardait son père comme si elle était redevenue une petite fille.
« Te faire confiance n'est pas un problème pour moi, Eléa, c'est surtout la confiance des autres que tu devras gagner… Personne n'ignore qui tu fréquentes, quels étaient tes meilleurs amis… » expliqua-t-il, « …ni ton penchant pour la Magie Noire… »
« Je ne te dirais pas que je ne pratique plus », avoua-t-elle. « Mais j'ai bien diminué, notamment quand je suis tombée enceinte… » dit-elle la gorge serrée.
Ils se turent un instant, puis il prit la parole.
« Tu comprendras que je ne peux pas te répondre maintenant », dit-il avec un regard bienveillant. « Je vais y réfléchir, Eléa n'y vois pas une marque de doute ou de soupçon de ma part… » Elle acquiesça tout en lui souriant timidement. « En attendant, essaie de ne pas montrer à Lucius tes doutes et si tu as besoin de parler, n'hésite pas à revenir me voir, ou à te confier à Lily. »
« Merci papa… »
Comprenant qu'il était temps pour elle de rentrer, elle s'approcha de lui et il la serra dans ses bras. A son contact, elle eut un sentiment étrange de sécurité mêlé à la tristesse, ne pouvant s'empêcher de penser à tous les moments où elle aurait voulu qu'il fasse la même chose.
Elle quitta Poudlard et en profita pour se rendre à Pré-au-Lard. Elle adorait ce petit village et fut ravie d'y retourner. Elle s'acheta un sandwich qu'elle dégusta tout en flânant puis elle décida d'aller à Little Hangleton pour tenir le Maître au courant de ses agissements.
Grimmauld Place, vendredi 17 octobre 1997
« Je crois que nous allons terminer là pour ce soir… », déclara finalement Dumbledore dont la concentration s'était effondrée avec le spectacle que venait de donner Eléa. « Une autre réunion sera fixée ultérieurement. »
Les membres de l'Ordre sortirent en silence de la salle de réunion et Hermione ne cacha pas son inquiétude tandis qu'Harry passa un bras autour de ses épaules et l'attira à lui dans un geste de réconfort.
« Je suis tellement désolée Harry, je crois qu'elle n'est pas responsable et consciente de ce qu'elle fait… », déclara-t-elle en appréciant la chaleur de son frère et ses bras l'entourant.
« Ne t'en fais pas, tu n'as pas à être désolée pour les agissements de ta mère », répondit le Gryffondor qui se demanda intérieurement ce qui avait bien pu se passer pour qu'Eléa soit à ce point droguée pour l'avoir confondu avec James.
« Il est temps de rentrer à Poudlard », les informa le Professeur McGonnagal en s'approchant de la cheminée.
Hermione jeta un nouveau regard désespéré à Harry et quitta ses bras pour s'approcher de Dumbledore.
« Professeur, je vous en prie, est-ce que je ne peux pas rester ? Je m'inquiète tant pour Eléa… », le supplia-t-elle.
« Ce n'est pas une très bonne idée Hermione », répondit le vieux sorcier en secouant la tête.
« Et puis c'est inutile tu sais », intervint Lupin qui venait de rejoindre l'assemblée, « Eléa ne se rendra pas compte de ta présence, elle va passer une nuit plutôt difficile. Mais tu n'as pas à t'inquiéter, elle ne sera pas seule. Le Professeur Snape va rester avec elle, il va la veiller et faire en sorte qu'elle prenne quelques potions pour passer ce cap difficile. »
Hermione baissa la tête avant de la relever et croiser à nouveau le regard bleu de son grand-père.
« Tu pourras venir demain Hermione, c'est promis », se força à sourire Dumbledore en voyant l'air malheureux et anéanti de sa petite-fille. « Tu n'as qu'à venir dans mon bureau après le déjeuner, nous irons ensemble. »
« Merci », répondit-elle esquissant un faible sourire alors que ses traits semblèrent se détendre un peu.
Harry lui prit la main pour la conduire près de la cheminée et Ginny s'efforça de la consoler comme elle le put en lui promettant de passer la nuit avec elle pour qu'elle se sente moins seule, ce qu'accepta la jeune sorcière avec une joie non dissimulée.
Durant les deux heures qui suivirent, Eléa passa par des états de somnolence, entrecoupés de multiples délires pendant lesquels elle ne cessait de marmonner des propos incohérents quand elle ne riait pas en prenant à témoin un Snape blasé qui s'efforçait de concocter une potion pour les heures plus difficiles à venir. Elle avait finalement réussi à se débarrasser de sa robe et s'était relevée pour parader nue devant Snape qui avait soupiré en lui jetant au visage sa chemise de nuit avant de la recoucher.
Elle semblait à présent dormir mais il n'était pas dupe et remarqua sa respiration rapide et saccadée ainsi que ses joues rougies par une fièvre qui s'était emparée d'elle. La potion mijotait et serait prête d'ici une bonne demi-heure et Snape regarda l'heure qui indiquait déjà presque une heure du matin mais vu le déroulement plutôt satisfaisant des opérations, il pourrait espérer être couché plus tôt que prévu. Son timing lui parut tout à coup moins certain quand il entendit Eléa gémir et finalement se lever. Il n'eut pas le temps de protester et tenter de la recoucher, elle courut jusqu'à la salle de bain pour y vomir tout ce qu'elle avait dans l'estomac. Il s'arrêta dans l'entrebâillement de la porte et l'observa un instant en plissant le front d'un air soucieux. Il s'approcha d'elle et releva ses cheveux, attendant qu'elle finisse de se vider et tentant d'apaiser les contractions de son estomac en lui massant le dos. Elle semblait s'être calmée, sa respiration s'était stabilisée et elle frissonnait en tentant de retenir ses pleurs. Snape s'était assis sur le rebord de la baignoire et il la regarda se relever difficilement, ses jambes la soutenant à peine. Elle se passa de l'eau fraîche sur son visage et se lava les dents avant de se retourner vers le professeur de Potions qui ne disait rien mais qui se retenait de ne pas l'accuser d'être responsable de cet état misérable dans lequel elle se trouvait. Puis elle évalua la distance qui la séparait de la porte et douta de sa capacité à l'atteindre si elle lâchait le lavabo.
« Tu ferais bien de t'en aller Severus, je ne veux pas que tu me vois dans cet état… »
Elle le regarda à nouveau et pour toute réponse, il leva un sourcil signifiant qu'il était bien trop tard et qu'il avait vu pire. Elle leva les yeux au ciel et lâcha le lavabo, faisant un pas hésitant vers la porte. Ses jambes étaient bien incapables de la conduire jusqu'à sa chambre et elle tomba à genoux à terre, sanglotant doucement devant sa fragilité et une faiblesse dont elle détestait se sentir prisonnière. Snape se leva de son point d'observation et la prit dans ses bras sans un mot afin de la reconduire jusqu'à sa chambre. Elle sombra dans l'inconscience dans ses bras et quand il la déposa sur son lit, il fronça les sourcils en voyant son visage trop pâle. Il touilla une dernière fois la potion et retourna près d'Eléa en la secouant. Quand il vit qu'elle ne réagit pas, il jura entre ses dents et la força à s'asseoir, lui faisant respirer une essence pure qui la fit suffoquer alors qu'elle ouvrit grands les yeux.
« Reste avec moi Eléa, tu ne dois pas dormir, pas maintenant, pas avant d'avoir bu cette potion, tu entends ! » la secoua-t-il en criant presque.
« Mmm… Je suis trop fatiguée Sev', laisse-moi… »
« Pas question ! Eléa, regarde-moi. » Il lui tourna le visage, la forçant à planter ses yeux dilatés et embrumés dans les siens.
« Je ne vois rien Sev', je ne vois plus rien, tout est si sombre et loin, comme dans un brouillard épais et noir… », murmura-t-elle, la voix brisée comme si elle avait crié durant des heures entières.
« Ca ne fait rien, raconte-moi encore le jour où tu es enfin sortie d'Azkaban… », tenta-t-il en la laissant le temps d'aller terminer la potion et la verser dans un verre qu'il fit apparaître.
« Je… Il était tôt, il y avait de la brume… Lucius… Lucius était là… Le sang… a coulé… Les cris ont cessé et… et… »
« Oui, et quoi Eléa ? Continue ! » Il se pressa en ajoutant une dernière goutte de sang de cobra et la rejoignit avant de l'aider à s'asseoir. « Bois ça, tu pourras dormir après… Ca ira mieux… Tu m'entends Eléa ? »
« Mmm… »
Il porta le verre à ses lèvres et réussit presque à lui faire boire la totalité de la potion sans qu'elle ne la recrache. Il l'allongea et la couvrit de sa lourde couette avant de pousser un soupir de soulagement.
« Quand je suis sortie, je voulais retourner à Poudlard et voir mon père tu sais Sev', mais j'ai eu peur, peur qu'il ne m'enferme à nouveau, ou pire… J'ai été lâche et faible, tout est de ma faute… Sev', je te vois à nouveau », termina-t-elle en le regardant avec des yeux rougis par l'effet de ses nombreux vaisseaux éclatés.
Il lui adressa un faible sourire et se leva avant de commencer à ranger son matériel.
« Ne t'en vas pas Sev'… »
« Je ne vais nulle part », la rassura-t-il et elle ferma ses yeux qui lui brûlaient.
« Sev', viens près de moi… s'il te plaît… »
Il l'observa encore quelques secondes où il parut hésiter et enleva ses chaussures avant de se coucher à côté d'elle. Elle prit une de ses mains qu'elle porta paume contre sa joue et il fronça à nouveau les sourcils en sentant la chaleur émanant de son visage, attestant qu'elle avait toujours de la fièvre. Avec sa main libre, il dégagea ses cheveux de son visage et elle ouvrit les yeux pour les planter dans son regard sombre. Elle s'approcha doucement de lui et lui déposa un léger baiser sur les lèvres. Il eut un mouvement de recul mais elle garda sa main contre son visage en fermant à nouveau ses yeux desquels s'échappèrent quelques larmes silencieuses.
« Pardon, excuse-moi… Ne t'en vas pas s'il te plaît… »
« J'ai dit que je n'allais nulle part », répondit-il et il entendit son souffle s'alourdir alors qu'elle était en train de s'endormir.
Little Hangleton, dimanche 7 octobre 1979
Elle entra dans le Manoir, la tête haute, sûre d'elle, alors que les Mangemorts présents la dévisageaient d'un air surpris. Elle ne savait pas où Il était mais se laissait conduire par sa puissance qu'elle pouvait ressentir. Elle arriva devant la porte du bureau et entra sans frapper, ouvrant la porte d'un geste sec. Le visage fermé et hautain, elle regarda son Maître dans les yeux et elle ne se laissa pas déstabiliser par l'agacement qu'elle pouvait y lire. Eilane, qui était près de la fenêtre soupira devant l'impertinence d'Eléa, tandis que Voldemort remercia Nott avec qui Il s'entretenait avant d'être interrompu. Nott s'éclipsa et la porte claqua avec bruit.
Voldemort se leva, ses yeux flamboyaient de colère.
« A ce que je vois, la petite leçon que je t'ai donnée ne t'a pas suffit », siffla-t-il.
Sans lui laisser le temps de continuer, elle jeta sur son bureau un exemplaire de La Gazette du Sorcier qu'elle avait acheté à Pré-au-Lard. Il baissa les yeux et leva un sourcil interrogateur.
« Est-ce suffisant comme preuve de mon allégeance ? »
« Ainsi donc, c'était toi… »
« Qui d'autre ? » demanda-t-elle abruptement.
« Je n'ai pas reconnu ton style… », remarqua Eilane en s'approchant du bureau.
« Je ne suis pas stupide… », cracha Eléa. « Je n'allais pas tuer à ma manière si quelqu'un pouvait remonter jusqu'à moi… Je n'aurais pas pu me servir de cet acte comme déclencheur de ma… prise de conscience auprès de Dumbledore… », expliqua-t-elle avec un sourire angélique.
« C'est assez sournois, bravo… », dit Voldemort calmement alors que ses yeux trahissaient encore sa colère. « Et il t'a cru ? » reprit-il, assis de nouveau dans son fauteuil de cuir, jouant dangereusement avec sa baguette. « Va-t-il te faire rentrer dans l'Ordre ? »
« Je ne sais pas… Je pense que oui, j'ai été assez convaincante, mais je vais devoir faire mes preuves, surtout pour gagner la confiance de certains membres… Je vais être surveillée… »
« Quand auras-tu la réponse ? »
« Honnêtement, je n'en sais rien, si je n'ai rien d'ici 72 heures, j'agirai. En attendant, j'irai rendre visite à mes connaissances et je jouerai la même scène… »
Il y eut un long silence pendant lequel le couple dévisageait la Mangemort, puis Voldemort reprit la parole, faisant sursauter Eléa.
« Bien… » Il se leva à nouveau. « Je n'accepte pas ton comportement Eléa, tu rentres ici sans y être invitée, tu nous manques de respect… » Il la regarda d'un œil glacial. « Je croyais que ton voyage en France t'avait apprit la discipline… Marius aurait-il mal fait son travail ? »
« Non ! » s'exclama-t-elle avant de se reprendre. « Non, Maître. »
« Il a fallu que je menace Lucius pour que tu fasses ce que je t'ai demandé, et ceci est INACCEPTABLE ! »
Eléa sursauta à nouveau et commença à regretter d'être venue sans en demander l'autorisation.
« Tu es assez bien placée pour savoir de quoi je suis capable, en voudrais-tu une nouvelle démonstration ? » Il eut un rictus qui la fit frissonner.
« Non, Maître… C'est juste que… Je viens de perdre un enfant, j'avais juste besoin de temps… »
« Nous sommes en guerre, le temps n'est pas notre allié… », répliqua-t-il sèchement.
« L'enfant de Lucius », ajouta-t-elle comme une supplication.
« Tu es trop sensible… »
Eléa se tourna vers Eilane comme cherchant un peu de soutien mais celle-ci avait détourné la tête, observant le jardin par la fenêtre.
Eléa refoula des sanglots et chercha à se justifier à nouveau, mais avant qu'elle n'ait pu dire quoi que ce soit, il était déjà entré dans son esprit, lui provoquant un mal de tête atroce auquel elle n'était plus habituée. Elle lutta mais finit par terre, à genoux, le suppliant qu'il arrête sa torture. De toute sa hauteur, Lord Voldemort regardait Eléa avec un sourire pervers.
« Aussi élevée que puisse être ta position dans mes rangs, n'oublie pas que ta place est à genoux devant moi. »
Elle rentra chez elle quelque peu épuisée et trouva avec plaisir Lucius qui l'attendait. Elle avait besoin de sa présence auprès d'elle, de ses bras autour d'elle. Elle le rejoignit dans le grand fauteuil et s'assit sur ses genoux pour se blottir dans ses bras. Il la berça un instant, tout en lui caressant machinalement le dos.
« Tu veux en parler chaton ? »
« J'étais avec le Maître, pour lui faire part de mon entretien avec mon père de ce matin… »
« C'était donc pour ça le massacre de cette nuit ? » murmura-t-il.
« Comment as-tu su ? » demanda-t-elle les sourcils froncés.
« J'ai parlé avec Severus… Et tu as joué la carte du choc devant un massacre pareil, c'est ça ? »
Elle le regarda, intriguée. « Tu me connais trop, c'est presque effrayant… »
« Disons que nous manipulons de la même façon… »
Elle eut un petit rire avant de reprendre plus sérieusement :
« Je ne sais pas s'il m'a cru, et même si c'est le cas, je n'aurai pas la confiance de certains membres… »
« Saint Potter », cracha-t-il.
« Entre autres… Ni McGonagall aussi, cette femme n'a jamais eu confiance en moi, Rémus peut-être me croira, mais je n'en suis pas certaine… Merlin, quand je pense qu'il va falloir leur mentir, ça me tue… »
« Et ce cher Sirius Black, il te croira ? » dit-il avec un sourire en coin.
Elle s'écarta de lui et se leva en lui jetant un regard dégoûté.
« Pourquoi tu le mentionnes ? Tu sais très bien ce qui arrive ensuite… », bouda-t-elle.
« Il te croira ou tu devras lui faire ton numéro de charme ? »
Elle se retourna vers lui d'un mouvement vif.
« T'es vraiment un connard. »
Puis elle se dirigea vers la chambre et claqua la porte avant de s'allonger sur le lit en ruminant.
Il fallut à Lucius deux bonnes heures de négociation aboutissant à des excuses et une promesse de repas aux chandelles pour qu'il puisse enfin rentrer dans la chambre. Elle était assise sur le lit, près du bord, elle serrait sa peluche dans ses bras et détournait la tête avec un air pincé.
« Arrête de bouder… », dit-il en baissant les bras.
« C'est ça tes excuses ? » l'agressa-t-elle.
Il leva les yeux au ciel et se mit à genoux devant elle et dit le plus sérieusement du monde :
« Mademoiselle Demeteriem, je vous présente mes plus plates excuses pour mon comportement grossier… »
« Où est l'appareil photo ? » demanda-t-elle en riant.
« Tu te moques de moi alors que je m'excuse ? » dit-il faussement outré.
« Désolée », se reprit-elle. « Je n'aurais pas tous les jours un Malfoy à genoux devant moi… du moins en faisant des excuses… »
« Espèce de peste… »
Il se jeta sur elle mais elle fut plus rapide et courut vers le salon, il la rattrapa et elle lui échappa de peu en sautant sur le canapé. Arrivés à la cuisine il l'attrapa alors qu'elle essayait de regagner à nouveau la chambre, elle cria de surprise et pouffa de rire pendant qu'elle essayait de se débattre. Elle cessa tout mouvement en regardant un point dans le salon puis pencha la tête en fronçant les sourcils.
« Depuis quand j'ai un piano ? »
« Depuis hier amour… »
« Oh… »
Elle en profita pour s'échapper à nouveau mais il la fit basculer sur le canapé. Allongé sur elle, il l'embrassa passionnément tout en faisant remonter ses mains sur ses hanches.
« Tu sais à quoi je pense ? » murmura-t-elle à son oreille.
« Je crois oui… », répondit-il tout en se perdant dans son cou.
« Alors tu me joues quel morceau ? »
Il s'arrêta et la regarda en levant un sourcil, puis se leva avec un rire silencieux. Il s'installa devant le piano, et Eléa ne put s'empêcher de trouver encore plus de classe et de beauté à son amant. Elle soupira tout en s'allongeant de façon à le voir et écouta les notes mélodieuses qu'il faisait naître sous ses doigts. Elle ne sentit pas le sommeil l'envahir et s'endormit paisiblement au son des mélodies. Lucius la porta peu après dans la chambre et l'allongea sur le lit. Il la regarda dormir quelques instant puis transplana chez lui.
Grimmauld Place, samedi 18 octobre 1997
Eléa ouvrit les yeux et scruta sa chambre en se demandant quelle heure il pouvait bien être. Les rideaux étaient toujours tirés et l'obscurité lui empêchait de voir l'heure indiquée par la pendule au-dessus de la cheminée. Elle manqua de courage pour se saisir de sa baguette et éclairer la pièce, et elle soupira en portant une main à son front avant de se frotter ses yeux qui lui paraissaient gonflés. Snape entra dans la chambre quelques secondes plus tard avec dans ses mains un large plateau sur lequel étaient disposés de la nourriture variée et un thé fumant.
« Oh, un petit déjeuner au lit ! » s'exclama-t-elle en se relevant un peu tout en grimaçant sous les courbatures.
« Plutôt déjeuner… ou brunch, comme tu veux… », répondit Snape en posant le plateau sur le bureau avant de s'asseoir sur le rebord de son lit.
« Hein ? »
« Il est midi Eléa. »
« Oh… »
Il se releva et tira les rideaux, laissant entrer le soleil largement présent en cette fraîche journée de octobre. Il vint se rasseoir près d'elle et observa un instant sa mine fatiguée.
« Comment te sens-tu ? » demanda-t-il en posant une main sur son front.
« J'ai mal partout, j'ai l'impression d'avoir été battue pendant des heures et j'ai toujours les yeux qui me brûlent, je crois qu'ils sont gonflés. »
« Les courbatures, c'est la fièvre, tu as toujours de la fièvre Eléa. Les yeux, ça va passer et la fatigue s'amenuisera avec du repos et une potion que je t'ai préparée et qui va accélérer ta remise en forme », expliqua Snape et Eléa acquiesça avec sollicitude. « Tu veux me raconter ? » demanda-t-il doucement.
« Non… »
« Tu veux me montrer ? »
Elle secoua la tête en guise de négation ne voulant surtout pas qu'il voit ce qu'elle endurait depuis toutes ces semaines.
« Il me force Severus, je voudrais qu'Il meure et qu'on en finisse… Je n'ai jamais autant souhaité sa mort que depuis ces derniers temps, j'en peux plus, je suis à bout… Je ne tiendrais pas s'Il recommence, je vais en crever… »
Elle enfouit son visage dans ses mains et laissa couler quelques larmes de lassitude et de frustration.
« Ne dis pas ça… », murmura Snape avant de la prendre dans ses bras et la consoler le temps qu'elle se calme. Il essuya ses larmes avec ses pouces et déposa un baiser sur son front avant de se lever et lui porter son plateau sur ses genoux.
« Je n'ai pas très faim », avoua-t-elle en regardant toutes les bonnes choses devant elle avec une moue teintée de déception.
« Il faut que tu manges Eléa et bois la potion aussi, elle va t'aider. Mange au moins les œufs… »
Elle lui adressa un petit sourire reconnaissant et but la potion d'une traite en faisant la grimace. Elle réussit à avaler les œufs avec son jus d'orange et but son thé accompagné de gâteaux secs sous l'œil observateur de Snape.
Elle s'endormit à nouveau après s'être quelque peu restaurée bien qu'elle tentait de faire la conversation à Snape. Il la laissa se reposer et sortit discrètement de la chambre en refermant doucement la porte derrière lui
Hermione se présenta comme prévu dans le bureau de Dumbledore après le déjeuner et ce dernier l'a rassura d'emblée en lui disant qu'il avait eu un hibou de Snape et qu'Eléa allait beaucoup mieux. Ils arrivèrent en début d'après-midi à Grimmauld Place et Snape les accueillit dans le Grand Salon du rez-de-chaussée.
« Hermione, je te demanderais un instant d'attendre ici le temps que le Professeur Snape et moi-même posions quelques questions à Eléa… Ce n'est pas secret mais je préfère m'entretenir avec elle avec un seul témoin », déclara Dumbledore et Hermione acquiesça avec un regard quelque peu dubitatif et énigmatique.
Elle regarda les deux hommes s'éloigner et soupira avant de scruter les quelques livres posés en tas sur la grande table ovale. Elle en prit un au hasard et s'assit un instant avant de tourner les pages de l'épais volume d'un air absent.
Snape regarda du coin de l'œil le vieux sorcier alors qu'ils montaient jusqu'au premier étage. Il pouvait voir dans les pas décisifs et les yeux fixes et plus sombres du directeur de Poudlard que ce dernier était hors de lui. Il voulut minimiser l'échange qu'il s'apprêtait à avoir avec Eléa mais se ravisa en ne voulant pas s'immiscer dans des affaires familiales et une autorité qu'il n'avait pas à contester. Dumbledore ouvrit la porte sans autre préambule et Eléa se redressa dans son lit avant de déglutir en reconnaissant le regard de son père.
« Papa… », commença-t-elle timidement avant d'être interrompue par la voix posée mais froide du vieux sorcier.
« Comment as-tu osé Eléa ? Comment as-tu osé arriver dans cet état à la réunion ? Je t'ai fait confiance, je te laisse une seconde chance et tu t'humilies et m'humilies par la même occasion en ayant le toupet de te joindre à nous dans un état avancé de dépendance à la Magie Noire ! » Il avait haussé le ton au fur et à mesure qu'il parlait et il avait presque craché en hurlant ces deux derniers mots.
« Tu ne comprends pas… », tenta-t-elle alors qu'elle tremblait légèrement.
« Je ne comprends pas ! Comment veux-tu que je comprenne une telle attitude ? J'aurais préféré que tu ne viennes pas, dans cette éventualité, j'aurais pu essayer de comprendre et t'aider mais ce genre de provocation jette le discrédit sur tout ce que j'essaie de faire pour toi ! Comment veux-tu être prise au sérieux en agissant de la sorte Eléa ! »
« Il m'a forcée… », souffla-t-elle en laissant couler quelques larmes.
« Eléa, on ne va pas pouvoir continuer comme ça », déclara de manière plus calme Dumbledore en soupirant. « Ca ne marchera pas si tu ne fais aucun effort et si tu continues à te moquer de moi de la sorte. »
« Tu ne m'écoutes pas ! » s'énerva-t-elle soudainement en faisant un immense effort afin d'élever la voix. Ses larmes noyaient ses yeux rougis et la colère qu'elle pouvait ressentir, mêlée au fait qu'elle se sentait incomprise, l'avaient rendue plus rouge encore que la fièvre qui avait du mal à la quitter. « Il m'a forcée papa ! J'étais allée au manoir pour y ramener quelques affaires et Il m'a coincée pour me faire ça, je n'ai rien pu faire ! Tu n'as pas beaucoup d'estime pour moi, tu ne cherches pas à comprendre et tu ne t'es même pas demandé par quel miracle les enfants n'avaient pas été marqués ! Qu'est-ce que tu crois ? Que ça a été si facile ? Qu'il a suffi de Lui dire non pour qu'Il obtempère ! Il y a une contrepartie, je Lui ai vendu mon âme en échange ! J'ai accepté de me renforcer en Magie Noire pour Lui ! Mais hier soir, Il a voulu accélérer le processus et je n'ai rien pu faire… »
Snape avait écarquillé les yeux sous la révélation et les deux hommes se tenaient immobiles et silencieux au centre de la petite chambre tandis que l'on entendait plus que les pleurs d'Eléa qui s'était renversée à nouveau sur ses oreillers en mettant ses mains devant ses yeux. Elle ouvrit à nouveau ses yeux qui lui brûlaient tant qu'elle se demanda un instant si ce n'était pas des larmes de sang qui s'en échappaient.
« J'en peux plus… », souffla-t-elle enfin, épuisée. « Arrêtez-le, je veux que tout ça finisse… Parfois, je voudrais mourir… »
Snape refoula l'envie de la prendre dans ses bras alors qu'elle était à cet instant tellement vulnérable.
« Je suis attendu en ville », déclara enfin Dumbledore, visiblement ébranlé. « Je ne veux pas t'entendre dire ça une deuxième fois Eléa. Je sais que tu as suffisamment de force pour combattre avec nous, tu n'es plus seule, tu as une famille et une organisation entière pour te soutenir. Et encore quelques amis fidèles », ajouta-t-il se tournant vers Snape. « Avant de penser sérieusement à mourir, pense à tout ça et regarde bien ta fille en face… Severus, vous voudrez bien reconduire Hermione à Poudlard ensuite ? »
« Bien sûr », répondit Snape et le vieux sorcier prit enfin congé.
Le professeur de Potions regarda le vieil homme sortir avant de se tourner à nouveau vers Eléa. Il vint s'asseoir sur le rebord de son lit et elle leva un regard fiévreux vers lui.
« Vas-y, dis-le… », souffla-t-elle en écartant ses cheveux de son visage.
« Quoi ? »
« Que je suis égoïste, faible, folle… »
« Tu n'aurais pas dû t'énerver comme ça Eléa, c'est mauvais pour ta fièvre », répondit-il à côté d'un ton moralisateur en versant dans son verre un peu de potion contre la fièvre qu'il avait préparée dans la matinée. « Bois ça. »
Elle se releva et s'exécuta sans rechigner avant d'essayer de lire dans ses yeux sombres.
« C'est vrai ? » demanda-t-elle enfin en reposant son verre sur la table de chevet.
« Quoi ? »
« Que j'ai toujours des amis fidèles ? » clarifia-t-elle alors que son cœur s'était emballé en attendant sa réponse.
« Tu en as au moins toujours un… », répondit-il avec un petit sourire qu'elle lui rendit avant de sursauter légèrement en entendant frapper à la porte.
A l'annonce de son invitation à entrer, Hermione poussa doucement la porte et entra dans la chambre en même temps que Snape se leva du lit d'Eléa. Elle ne put s'empêcher de ressentir un peu de tristesse en voyant la mine si fatiguée de sa mère. Mais elle fut quelque peu rassurée en voyant un timide sourire s'étendre sur ses lèvres pales alors que ses yeux brillaient d'un nouvel éclat dès qu'Hermione avait pénétré dans la chambre.
« Bonjour chérie… »
« Bonjour maman ! Comment te sens-tu ? » demanda Hermione en allant serrer sa mère dans ses bras.
« Mieux », mentit Eléa en l'embrassant tendrement.
« Miss Granger, je serai au rez-de-chaussée, vous n'aurez qu'à me rejoindre quand vous serez prête pour rentrer à Poudlard », déclara Snape avant de s'apprêter à s'éclipser.
« Merci professeur », répondit Hermione avec un air reconnaissant.
« Merci Severus, pour tout », ajouta Eléa et le professeur de Potions quitta la chambre pour laisser mère et fille se retrouver.
Londres, mardi 16 octobre 1979
Il s'était déjà écoulé plus d'une semaine depuis qu'Eléa avait rendu visite à son père. Lucius avait fait insonoriser tout l'appartement à l'aide de sortilèges puissants et s'était assuré en soudoyant un membre du Ministère que la cheminée d'Eléa ne serait pas surveillée. Il avait parlé avec Voldemort et compte tenu de la situation, ils étaient certains qu'Eléa serait sous une surveillance accrue et avaient décidé de la protéger du mieux possible. Eléa, quant à elle, était assez nerveuse et se sentait constamment épiée, mais elle savait que c'était surtout psychologique.
Elle n'était pas retournée voir son père mais avait vu Lily et les garçons, elle leur avait fait part de ses peurs et de ses angoisses. Elle avait parlé à Lily de disputes avec Lucius et des relations difficiles qu'ils entretenaient depuis qu'elle était revenue de France et surtout depuis la perte du bébé.
Ce n'est qu'une fois rentrée chez elle qu'Eléa éprouvait des remords mais elle essayait de ne pas y penser, de s'endurcir. Elle devait mentir, elle était obligée et perdre ses amis était un prix élevé mais elle croyait au plus profond d'elle qu'elle ne les méritait pas. Pas après tous ces morts dont elle avait été le bourreau. Elle ne les avait jamais mérités en fait, c'est ce qu'elle se disait depuis le jour où elle était rentrée dans les rangs du Lord.
Eléa était en train de boire un café, les fenêtres de la cuisine ouvertes, profitant de ce samedi ensoleillé qui serait peut-être le dernier vu les prévisions météorologiques. Lucius entra dans l'appartement et la regarda d'un air surpris.
« Il est plus de midi, tu es encore en peignoir ? »
Eléa sourit innocemment tout en buvant une gorgée de café.
« Attends voir… », dit-elle faussement pensive. « Je me suis levée il y a une demi-heure, j'ai bu mon jus d'orange et je sors de la douche… »
« Tu prends goût à la feignantise dis-moi… »
Elle s'approcha langoureusement de lui avec un sourire joueur.
« C'est surtout que je n'ai pas eu mon câlin matinal et que je t'attendais… »
« Bonne initiative… » Lucius la prit brusquement par la taille et l'embrassa profondément.
Il avait entrepris de lui enlever son peignoir lorsqu'ils sursautèrent en entendant un cri d'oiseau aiguë. Eléa écarquilla les yeux et se rhabilla rapidement alors que Lucius fronça les sourcils en attendant une explication qui apparut devant lui. Le volatile au plumage flamboyant se posa sur le bar et donna des coups de tête à Eléa qui le caressa en lui parlant.
« Pour l'amour du ciel Eléa, c'est un putain d'oiseau ! Il ne comprend pas ! »
Eléa sourit devant la frustration de son amant.
« Amour, ce n'est pas un putain d'oiseau, c'est celui de mon père. » Lucius leva les yeux au ciel. « Et c'est un phénix, il comprend tout. »
Lucius soupira et enleva sa veste qu'il lança sur le canapé avant de s'asseoir au comptoir et de regarder l'oiseau d'un air blasé. Eléa décrocha la lettre et lut les quelques lignes de l'écriture fine et élégante de Dumbledore. Elle eut un sourire triomphal et mit la lettre dans la poche de son peignoir.
« Tu as faim Fumseck ? » demanda-t-elle à l'oiseau qui piailla en guise de réponse.
« Qu'est-ce que ça mange un phénix ? » demanda Lucius intrigué.
« Je ne sais pas trop… mais il y a une chose qu'il adore… » Elle se tourna vers une des étagères et prit un gros pot de porcelaine anglaise et en sortit un énorme cookie.
« Des cookies ? » s'étonna Lucius.
« Oui ! Petite, il me piquait souvent mes miettes de cookies et en particulier les pépites de chocolat. »
Elle émietta un cookie dans une assiette et le phénix se précipita pour picorer le chocolat. Lucius tendit une main pour le caresser mais l'oiseau s'agita et essaya de lui donner un coup de bec.
« Il ne t'aime pas chéri… »
« Tout comme ton père », soupira-t-il.
« Mon père t'aime bien. »
« Je t'en prie amour, ne dis pas de bêtises ! » ria-t-il.
Après s'être restauré et donné un dernier coup de tête amical à Eléa, Fumseck s'éclipsa laissant le couple attablé et dégustant des cookies avec un verre de lait.
« Tu aurais peut-être voulu un vrai déjeuner ? » s'inquiéta Eléa.
« Non ça ira, ça me rappelle mon enfance », sourit-il.
« Je ne viens pas ce soir, mon père m'a donné rendez-vous. Je te laisse le soin d'en faire part au Maître. »
« Tu crois que c'est pour l'Ordre ? »
« Sûrement, du moins je l'espère… » Elle but une gorgée de lait avant de reprendre le plus innocemment du monde : « On fait l'amour maintenant ? »
Lucius faillit s'étouffer et explosa de rire.
« Tu m'étonneras toujours amour… »
Il s'approcha d'elle par derrière et l'embrassa doucement dans le cou, mordilla ses lobes tout en remontant ses mains sous son peignoir. Il détacha délicatement sa ceinture et la déshabilla, passant ses mains expertes sur sa poitrine alors qu'elle s'appuyait sur son torse. Elle soupira de plaisir quand il titilla ses mamelons et elle passa ses mains dans son dos, cherchant la fermeture du pantalon de son amant. Elle se retourna et caressa son entrejambe dont l'érection était déjà ferme. Elle descendit de son haut tabouret et pressa son amant contre l'évier tout en lui jetant un regard enfiévré. Ils s'embrassèrent passionnément, jouant avec leurs langues et elle lui mordilla la lèvre avant de s'agenouiller et de lui enlever son pantalon, puis son boxer, libérant son sexe durci qu'elle s'empressa de caresser frénétiquement.
Elle lui jeta un sourire aguicheur puis saisit son sexe qu'elle lécha sur toute sa longueur avant de s'attarder sur son extrémité sensible qu'elle suça avidement, puis lécha ses testicules avant de revenir à son sexe. Lucius grogna de plaisir et lui caressa la tête d'une main, tout en accentuant la pression derrière sa tête. Eléa insista longuement sur son gland tout en caressant avec sa main libre les fesses de Lucius qui avait cessé de l'accompagner dans ses vas et vient pour prendre appui de ses deux mains sur le meuble de l'évier. Il gémissait de plus en plus fort et elle savait qu'il ne tiendrait pas longtemps. Elle le regarda, il avait fermé les yeux et rejeté sa tête en arrière et elle se dit qu'à cet instant elle aurait pu lui demander n'importe quoi. Elle prit entièrement son sexe dans la bouche alors qu'il étouffa un juron, elle accéléra ses mouvements puis le sentit venir en elle, déversant sa semence chaude dans sa bouche tout en criant son nom.
Elle lécha le liquide avant de remonter sur son torse dont elle mordilla les tétons, puis son cou avant de revenir à sa bouche qu'il captura passionnément. Il la serra contre lui et elle se frotta contre son abdomen tandis qu'il pétrissait ses fesses, il la guida ensuite jusqu'au canapé où il l'allongea un peu brutalement et elle souleva son bassin, passant ses jambes autour de son cou. Il caressa ses seins dont les extrémités étaient aussi dures que des petites pierres, il les pinça, puis enfouit sa bouche dans sa fine toison, titillant son clitoris déjà gonflé et lécha le liquide de son excitation. Eléa gémissait de plus en plus fort et sentait les prémisses d'un orgasme lorsqu'il suça longuement son clitoris devenu plus que sensible. Elle se caressa les seins tout en encourageant Lucius par ses cris, elle se sentit bientôt envahie par la chaleur et prise de spasmes, son corps se tordit de plaisir devant son amant qui la contemplait un sourire aux lèvres.
Il ne lui en fallut pas plus pour l'exciter et il la pénétra sans attendre qu'elle reprenne ses esprits, il fit quelques mouvements de hanches avant de se retirer sous les protestations de sa compagne. Il écarta ses jambes qu'elle avait toujours autour de son cou pour qu'elle les enroule autour de lui, puis il rentra en elle encore plus profondément et commença à aller et venir violemment, arrachant à sa maîtresse de nouveaux cris de plaisir qui intensifièrent ses ardeurs. Elle ne cessait de lui demander d'aller encore plus fort et il s'exécuta. Dans une autre circonstance, la douleur aurait pris le dessus, mais à cet instant elle était devenue tellement érotique qu'il ne mesura pas la force avec laquelle il la pilonnait. Elle fut secouée par un orgasme puissant, puis Lucius vint à son tour, sentant les muscles de son amante se refermer autour de son sexe il avait jouit juste après.
Après une douche rafraîchissante, ils restèrent allongés un petit moment sur le lit, enlacés. Eléa caressait les bras de son amant qui l'entouraient, ses doigts s'arrêtèrent sur le crâne au serpent, gravé de couleur ébène dans la peau blanche de Lucius.
« Tu le regrettes ? »
« Quoi donc ? »
« Que le Maître ait rendu la tienne invisible… »
« Non… Elle n'est pas très esthétique. » Lucius eut un petit rire. « Mais des fois oui, je le regrette… Parce que j'ai l'impression que ça la rend encore plus importante. La trahison envers mes amis est plus grande. La Marque n'est pas visible mais à chaque fois que je vois la tienne cela me rappelle combien je lui appartiens. Tu comprends ? »
« Oui, bien sûr que je comprends. »
Il fit une grimace et se frotta machinalement la Marque.
« Je dois y aller. »
Il sauta du lit et s'habilla tout en jetant un œil coquin à sa compagne nue sur le lit.
« Tu n'as pas trop mal ? »
« Un petit peu… J'en ai vu d'autres, » dit-elle avec un sourire en coin.
« Sois prudente ce soir amour, » soupira-t-il.
« Toi aussi. Tu seras là cette nuit ? »
« Je ne pense pas. Je t'enverrai mon aigle demain pour qu'on convienne d'un rendez-vous, comme ça tu me raconteras ta soirée. »
« Ok. »
Il s'approcha d'elle et l'embrassa avant de lui chuchoter à l'oreille : « Je t'aime ».
J'espère que vous avez aimé ce chapitre, si oui, reviewez reviewez reviewez !
Et promis, sur la tête de Lucius vous aurez le chapitre 23 avant Noël, mais pour ça, il me faut, allez...je réfléchis...205 reviews !
Bises à tous et à toutes
