LES LIENS DU PASSÉ
Titre: Les liens du passé
Auteurs : Rowena, ma poulette, pour tout ce qui se passe dans le présent et Eléa, moi, pour tout ce qui se passe en dans le passé.
Disclaimer : Les personnages ne nous appartiennent malheureusement pas (damn it, j'aurais dû les inventer !!), à part Eléa, imaginée de toute part par moi :p... JK Rowling, tout est à elle...
Spoilers/Timeline: Aucun spoiler mais la fic pour ce qui est du "présent" se situe après le tome 5.
Rating : M
Couples : Let's read and see !!
Note de Rowy :je voulais juste dire à ma poulette que je suis trop contente d'écrire cette fic avec elle et que je la remercie de me supporter moi et mes questions sur des détails voire pas des détails d'ailleurs qui m'échappent dans le Potterverse !! Love U chickie...
Note d'Eléa : Merci ma poulette de m'avoir embarquée dans cette jolie aventure et de m'avoir soutenue et encouragée, merci de m'avoir indiqué le mode d'emploi du mode DAWSON, merci pour les fous rires et merci pour Eléa... love you too
Remerciements : un grand merci à Hamadryas pour ses conseils et puis à Lexa, Liz, et Morgy nos premières lectrices !
REPONSES AUX REVIEWS
Girl-of-Butterfly : Rowy : Est-ce qu'Hermione est enceinte ? Euh, j'en sais rien, il faudrait lui demander, c'est elle l'intéressée ! Moi, je peux t'affirmer que je le suis en tout cas ! lol
Eléa : oué je sais pas non plus, mais Poulette en effet oui, et elle est toute belle avec son gros ventre :x Merci pour la review !
Lila : Rowy : Merci ! C'est pas l'inspiration qui manque, c'est le temps et le courage, j'avoue…
Eléa : Merci Lila, en effet, on manque de temps :( mais on continue lentement, mais surement. J'espère que tu trouveras ton attente récompensée avec ce chapitre. Pour Eléa et Lucius, oui, elle le trompe mais il ne s'est pas gêné non plus !! Peut-être qu'ils finiront bientôt par passer une nouvelle étape dans leur relation, qui sait ? Ensemble, ils ont toujours 20 ans dans leur tête :p merci pour ta review :)
Stellmaria : Rowy : Voilà le genre de review qui motive ! Je réponds pour une partie, Eléa se chargera de l'autre. L'espoir fait vivre pour Draco et Hermione, hein ?? Le nounours est juste un nounours mais si tu lui donnes un nom original qui ait un sens, je lui donne un ptit rôle ! lol
Pansy/Ron…. Arf, ça faisait envie, vraiment !
Severus est le personnage le plus abouti de JK pour moi, alors je veux lui rendre cet honneur qu'il mérite.
Pour Lucius, tu as certainement un peu raison, j'ai plus de mal avec ce personnage, on va y remédier
Je pense sincèrement qu'Eléa voudrait une union officielle avec Lucius, sisi
Narcissa, il faut qu'on y travaille, c'est clair, surtout pour la suite, mais comme Lucius, ce n'est pas un personnage facile et qui me passionne.
Non, Eléa et Sirius ne se sont jamais croisés à Azkaban, ils ne sont pas dans le même quartier et surtout Eléa est un prisonnier particulier…
Quant à Lucius par rapport à Hermione, je pense honnêtement que les circonstances et les évènements font qu'il lui est incapable de la considérer plus que ce qu'elle est, c'est-à-dire une fille qu'il a cru Moldue pendant longtemps, une sorcière douée, la faiblesse de son fils et la fille d'Eléa. Point. Mais tu as raison dans le sens où il aurait pu s'interroger davantage, on va voir…
Merci pour la relation Hermione/Harry, j'adore juste cette idée d'un lien fraternel entre eux.
Mais qu'est-ce que vous avez tous avec cette grossesse d'Hermione ?? C'est MOI qui suis enceinte ! lol
Et franchement, ne t'excuse pas, quand je vois nos updates irrégulières et le fait que rien n'avance, j'ai honte…
Bisous Olivia et merci encore !
Eléa : aaaah Stellmaria... chacune de tes reviews est un plaisir. Non seulement tu es juste dans tes commentaires, mais aussi tu nous fais réfléchir sur les faiblesses de notre histoire. Merci beaucoup !
Pour les réponses de Rowy, je suis d'accord avec tout. Choisis un joli nom pour le nounours :p
Pour Pansy et Ron, c'était une idée de Rowy et c'est vraiment fun, de plus, je trouve dommage que Pansy soit si caricaturale dans les livres, alors why not ?
Concernant Lucius, on se concentre quand même pas mal sur Eléa mais je pense que ne serait-ce sur ce chapitre, que tu seras + satisfaite ;) il est sûr qu'on ne peut pas vraiment développer... mais il vous réserve encore des surprises.
Pour Regulus, non, je ne développerai pas le personnage. J'ai trouvé sympa de le faire apparaître, mais on ne change pas la storyline. On a commencé la fic à la fin du Tome 5 et pour cette fic, le reste n'existe pas. Il réapparaîtra peut-être, je ne sais pas encore mais son personnage ne sera pas étoffé.
Pour Severus, tu auras ta réponse si tu lis entre les lignes dans les prochains chapitres :) surtout que pour une fois, on a respecté la chronologie en ce qui concerne cet évènement :p
Pour Peter, bon c'est pas une surprise que c'est vraiment un personnage qu'on déteste... donc là dans le passé, plus je m'en passe, mieux je me porte. Oué je sais c'est mal, mais à la base cette fic on l'écrit pour se faire plaisir, pour ça qu'on ne le voit que très peu, comme l'autre Hagrid là... Donc ici, Peter trahira après la disparition d'Eléa car Voldemort aura toujours besoin d'un agent double et l'aura donc mis dans son camp (c'est une chose qu'on ne lira pas ici car mon récit s'arrêtera à l'enfermement d'Eléa.) Désolée, il n'y aura donc pas de réaction d'Eléa.
Pour la mise au point sur l'amitié Lily/Eléa, je vais y penser...
Et merci beaucoup pour tes compliments sur le passage où elle pense à la mort de ses amis. Bizarrement c'était facile à écrire, on dirait qu'avec le temps, j'arrive à penser comme elle (ce qui quand on y pense n'est pas bon signe...)
Si si, Eléa voudrait une union officielle, mais comme je t'ai dit plus haut, certaines surprises arrivent... :D
Pour Narcissa, pareil que Rowy. Pour Lucius envers Hermione, pareil... Je pense que peut-être que dans d'autres circonstances et si Draco et Mione restaient ensemble, peut-être que Lucius pourrait développer de l'affection pour elle, c'est quand même la fille d'Eléa et elles ont un caractère un peu similaire, mais ils ont quand même une vision des choses radicalement opposée.
Ooooooooh c'est triste ce que tu dis :( c'est flatteur mais triste :( Y a quelques fics qu'il faut lire, écrites par des amies, et vraiment bien : Quercus Alba par Lulu Black, Le bruissement d'ailes du papillon par Morgana Dulac et sans compter les écrits d'Eilane (les liens sur notre profil).
En effet la relation Hermione/Harry est très bien développée, chapeau à Rowy !
Moi j'ai été mortifiée quand j'ai vu la date de dernière update, on est quittes !!
Bisous et merci beaucoup :)
Maeva : Rowy : J'espère que tu ne t'es pas lassée d'attendre…
Eléa : oui, désolée ... bonne lecture !
Erylis : Rowy : Les chiens ne font pas des chats comme on dit… Héhéhé.
Eléa : Merci beaucoup ! et les torchons ne font pas des serviettes... ah ça marche pas ? tanpiche...
Aelynah : Rowy : le T7 ? Bof, loin d'être le meilleur selon moi... Draco/Hermione ? Ah ! Grande question, grands débats….
Eléa : Merci beaucoup :) et oui, nous sommes sadiques, surtout Rowy, c'est la pire de nous 2... J'ai vraiment aimé le tome 7 moi, y a que 1 ou 2 chapitres qui m'ont lourdé et on a eu nos réponses et vu qu'on avait raison pour pleins de trucs.
Sara : Rowy : merci beaucoup !
Eléa : Merci Sara !
Khalya : Rowy : alors, retard rattrapé ? Oui, ça fait un petit roman maintenant, effectivement
Eléa : lol, c'est pas grave, tu vois on t'a donné du temps pour lire... en effet ça fait beaucoup de pages, on aurait jamais cru en arriver là lol. Merci !
Magalie : Rowy : nous sommes deux Magalie à écrire cette histoire mais merci de ta fidélité
Eléa : merci Magalie ! oui, on marche par paire :p
Vega et Manon : Rowy : la voilà, la suite !!
Eléa : merci les filles !
Rowy : J'ai commencé le chapitre 34 !! Woohoo !! Ok, y'a quelques mois et il ne fait qu'une page pour le moment. Mais je suis sûre que vous pardonnerez une future maman puppy eyes Bises à tous.
Eléa : J'ai commencé aussi, mais moi j'ai 10 pages \o/ mwaahahhah. Manque de temps, je cumulais boulot et formation, maintenant je cumule 2 jobs et plus. Mais on y arrivera :)
Bonne lecture !!
Résumé du chapitre 31 :
1980 : Le dîner de St Valentin de Lucius et Eléa est interrompu par un appel du Maître. Après une action de l'ODP, Voldemort souhaite avoir un œil sur Eléa qui, coincée au Manoir, rencontre Regulus Black. Eléa avoue à Lucius l'emprise qu'a Voldemort sur elle.
1998 : Ayant abusés de l'alcool lors du bal de la St Valentin, Hermione et Draco passent la nuit ensemble mais Hermione rejettera le Serpentard les jours suivants. Eléa et Lucius fêtent aussi la St Valentin et en profitent pour renforcer leur amour par des promesses de fidélité. Eléa se prépare toujours au prochain rituel tout en essayant d'informer l'ODP au mieux.
Warning -
Attention, une scène particulièrement difficile peut heurter la sensibilité de certains et particulièrement des plus jeunes
- Warning
Chapitre 32 : Le Rituel
Ritual is the way you carry the presence of the sacred. Ritual is the spark that must not go out. Christina Baldwin
Poudlard, dimanche 1er mars 1998
Le mois de mars commença en restant fidèle à sa réputation et Hermione referma la fenêtre de sa chambre en grommelant devant les trombes d'eau qui s'abattaient sur Poudlard. Quelle idée magnifique d'organiser une sortie à Pré-au-Lard par un temps pareil… Elle soupira en songeant à la proposition d'Hagrid de transporter tout le monde au village par calèches. Pourquoi ne pas avoir tout simplement annulé cette sortie ?? Elle prit son sac contenant le minimum pour cette journée, qu'elle prévoyait comme barbante, et sortit de sa chambre pour rejoindre les élèves dans le hall. Les bras croisés sur sa poitrine et la mine peu réjouie, elle s'approcha de ses amis pour écouter les directives du Professeur McGonnagal.
« Mione, on a prévu d'aller boire un coup aux 3 Balais pour fêter mon anniversaire ! » l'informa Ron avec un large sourire.
« Encore ?! On a déjà fêté ton anniversaire hier soir ! » s'exclama Hermione malgré elle, sous les regards surpris de Ginny et Harry.
« Merci, ça fait plaisir… » grommela Ron, d'une moue boudeuse et quelque peu blessée.
« Je suis désolée… je ne voulais pas dire ça, Ron ; ce n'est pas contre toi… » tenta de s'excuser Hermione en vain. Ron haussa les épaules et se décala de manière à tourner le dos à Hermione alors qu'il entama la discussion avec Neville et Hannah.
« Tu es de mauvaise humeur ou quoi ? » lui demanda Harry avec une pointe de reproche. Elle ne répondit pas et lui adressa un regard désolé, empli de culpabilité.
« S'il vous plaît ! » cria soudainement McGonnagal en tapant dans ses mains. « Un peu de calme. Les sixièmes années de ce côté et les septièmes années de ce côté ! » dit-elle pour recadrer le troupeau d'étudiants peu organisé.
« On se retrouve au village, » déclara Ginny embrassant Harry avant de se diriger vers les sixièmes années.
« Six élèves par calèche ! Je vous prie d'écouter les instructions d'Hagrid pour prendre place dans le calme ! Et assez rapidement qu'on arrive à Pré-au-Lard avant la tombée de la nuit ! » s'exclama le Professeur de Métamorphoses sous le regard amusé de Severus Snape qui se retint pour ne pas rire à la blague bien trouvée.
Les élèves commencèrent leur progression jusqu'au chemin pour prendre place dans les calèches. Harry avait empoigné la main d'Hermione pour ne pas qu'ils soient séparés et elle poussa un soupir de soulagement une fois qu'elle fut installée dans une calèche. Neville, Hannah et Ron avaient pris place avec eux et Hermione leva un sourcil agacé et interrogatif en direction d'Harry quand elle s'aperçut que Dean était avec eux. Harry haussa les épaules et elle laissa son regard se promener vers l'extérieur en soutenant sa tête d'une main. Son cœur se serra quand elle vit Draco monter dans une calèche et embrasser Gina à pleine bouche, et elle trouva soudainement la pluie plutôt bienvenue et de circonstance.
« Quelle journée de merde… » souffla-t-elle en posant ses mains à plat sur ses genoux.
« Ne dis pas ça à Ron, » soupira Harry à mi-voix en secouant la tête d'un air navré.
La nausée la prit sur les chemins escarpés empruntés par les calèches et elle poussa un grognement quand un trou ne put être évité. Elle finit par poser la tête sur l'épaule d'Harry et ferma les yeux se forçant à penser à autre chose qu'au bringuebalement dérangeant de la vieille calèche. Elle fut soulagée quand ils arrivèrent dans le petit village et la pluie n'ayant pas cessé, ils coururent jusqu'à la taverne pour s'abriter et boire à la santé du rouquin qui fêtait aujourd'hui ses dix-sept ans.
Hermione parut absente la plupart du temps, se forçant à sourire pour ne pas attirer trop l'attention sur sa mélancolie bien qu'Harry et Ginny n'étaient pas dupes. Après deux bonnes heures passées à tuer le temps, Ron surprit l'assistance en décrétant quartier libre pour la fin de l'après-midi et il s'échappa de la taverne devant les regards médusés de ses amis. Pansy lui avait promis une surprise pour son anniversaire et la curiosité avait pris le pas sur la compagnie de ses amis depuis toujours.
« Ca tombe bien, la pluie s'est calmée, et j'ai besoin de prendre l'air… » déclara Hermione en se levant.
« Tu vas où ? » demanda Harry la regardant nouer sa cape.
« Aucune idée. Marcher et flâner dans les rues alentours, et je vais peut-être aller jeter un coup d'œil sur les plumes. »
« Tu veux qu'on vienne avec toi ? » proposa Ginny, déjà prête à se lever, mais coupée dans son élan par une Hermione catégorique.
« Non, ça va aller, j'ai besoin d'être un petit peu seule, on se retrouve tout à l'heure. »
Et sur ces mots, elle quitta la taverne, sous le regard de Draco Malfoy qu'elle ne remarqua pas. Elle marcha au hasard pendant un long moment qu'elle ne sut évaluer et atteignit l'auberge du village avant de frissonner en s'apercevant que les rues alentours étaient désertes. Ce n'était pas le quartier le mieux fréquenté du petit village surtout quand on savait que l'auberge avait été le quartier général des Gobelins durant leur révolte de 1612. La pluie s'imposa à nouveau et elle jura entre ses dents en rabattant la capuche de sa cape d'un geste sec. Elle hésita sur la direction à prendre pour rejoindre Schribenpenne, le magasin de plumes, et prit une ruelle au hasard en pensant prendre un raccourci. Elle soupira quand elle se rendit compte qu'elle avait pris la mauvaise direction et qu'elle avait dû tourner en rond. Le miaulement rauque et enroué d'un gros chat tigré la fit sursauter et le claquement d'un volet l'obligea à accélérer le pas. Elle s'arrêta à une intersection, essoufflée, et fut tentée de frapper à une porte pour demander son chemin. Elle préféra ne pas s'attirer des ennuis en voyant l'endroit peu accueillant quand soudain une main couvrit sa bouche l'empêchant de crier de surprise et d'effroi.
« C'est moi, ne crie pas, » lui intima une voix qu'elle reconnut et elle s'autorisa à nouveau à respirer.
Elle fut libérée et put laisser éclater sa colère en se retournant violemment.
« Mais ça va pas ?? Qu'est-ce qui t'a pris ? T'es complètement malade ma parole ! »
« Je t'ai dit de ne pas crier… » soupira Draco en secouant la tête d'un air navré. « Tu t'es perdue, n'est-ce pas ? Tu sais au moins dans quel quartier tu te trouves ici ? Pas très malin de se balader seule dans ce coupe-gorge réputé pour abriter racailles et filles de joie… »
« Tu as l'air de bien connaître l'endroit en tout cas ! Tu es un habitué, Malfoy ?! » ricana-t-elle, la pluie fouettant son visage.
Un regard gris et sombre la transperça, n'ayant de toute évidence aucune envie de répondre à la provocation, et il lui fit un signe de la tête et désignant une rue perpendiculaire.
« Si tu suis cette rue, au bout en tournant à droite, tu reconnaîtras l'avenue et Schribenpenne, puisque je pense que c'est là-bas que tu vas te rendre, non ? »
« C'est possible, » répondit-elle de manière énigmatique et prenant la direction indiquée. « Merci… » souffla-t-elle se retournant une dernière fois. Leurs regards se croisèrent sous la pluie qui s'était intensifiée et elle esquissa un timide sourire avant de disparaître dans la rue adjacente.
Draco soupira longuement en fixant toujours l'endroit d'où elle venait de s'évanouir et il sortit de sa rêverie en entendant la porte de l'auberge couiner. Il se cacha afin d'observer le couple enlacé qui riait en sortant de l'établissement. Son regard se figea quand il reconnut Ron et Pansy qui firent une halte afin de s'embrasser langoureusement avant de se mettre à courir sous la pluie main dans la main en riant à nouveau comme deux adolescents amoureux qu'ils étaient. Leurs rires résonnèrent un moment jusqu'à ce qu'il n'entendit qu'un écho dans le lointain. Il ne savait pas si la scène dont il venait d'être témoin était une bonne ou une mauvaise nouvelle. Au moins Hermione n'était pas avec cet abruti de Weasley et c'est avec un sourire satisfait qu'il regagna le centre du village sans se soucier de la pluie qui était en train de le tremper complètement.
Vendredi 7 mars 1980
Lucius s'arrêta à l'entrée du jardin et leva les yeux vers le soleil flamboyant, annonciateur d'un futur printemps pourtant annoncé tardif. Il savoura sa douce chaleur avant de soupirer et de scruter les alentours. Il l'avait cherchée partout. Chez elle, sur le Chemin de Traverse, il avait même, et cela avait failli le tuer sur place, envoyé un hibou aux Potter pour savoir si ils avaient des nouvelles d'Eléa. Lily lui avait répondu que non et elle semblait si inquiète dans sa lettre qu'il ne doutait pas de sa sincérité.
Une semaine sans nouvelles. Le Maître avait sommé Lucius de la retrouver, Il sentait sa présence mais trop faiblement et sa colère était grandissante. Il avait essayé de l'appeler par la Marque mais cela n'avait pas marché. Severus l'avait cherchée partout lui aussi mais sans résultat.
Il avança tout en cherchant quelque chose, il ne savait pas exactement quoi, pourquoi serait-elle dans le jardin après tout ? Mais c'était le seul endroit auquel il pouvait penser, c'était sa dernière chance. Il stoppa net. Il sentait de la Magie, forte mais faiblissante, une sorte de signal en dent de scie. Il se dirigea vers un grand chêne, les alentours étaient flous et lorsqu'il s'approcha encore plus près, il sentit une résistance. Il soupira en levant les yeux, et se sentit très stupide lorsqu'il toqua dans le vide.
Après quelques secondes, l'invisible apparut, elle avait fait apparaître une balançoire qui était attachée à une des plus grosses branches de l'arbre. Eléa se balançait doucement, tristement, le visage vers le sol, ses cheveux lâchés cachaient son visage, mais il savait qu'elle pleurait. Toute la colère qu'il avait ressentie jusqu'à présent s'évanouit et son cœur se serra. Il enleva sa veste dont il couvrit les épaules dénudées de sa compagne.
« Tu vas attraper mal, amour... »
Elle leva ses yeux rougis vers lui et lui sourit faiblement. Il se mit à genoux et stoppa la balançoire. Il la fixa intensément, avec un regard d'incompréhension qui ramena les larmes aux yeux d'Eléa.
« Je t'ai cherchée partout... » souffla-t-il.
« J'étais chez mon père, j'en avais besoin, » murmura-t-elle. « J'en suis partie il y a quelques jours. »
« Le Maître essaie de te localiser tous les jours, il n'y arrive pas... comment as-tu fait ? » s'étonna-t-il.
« J'ai créé un sort, une sorte de bulle dans laquelle je peux évoluer et vivre, sans qu'il le sente. » Elle sourit face au visage étonné de son amant. « Il avait tort de me confier le rangement de la bibliothèque... Enfin... ça demande trop d'énergie pour être maintenu longtemps, quatre jours et je suis épuisée... »
« Ne me dis pas que tu penses encore à fuir… » Il se leva en soupirant.
« Non, » mentit-elle, « seulement à vivre quelques jours sans lui, sans être continuellement sous sa coupe... »
« Il va falloir que tu lui expliques... Je ne pense pas qu'il le prendra très bien, » dit-il sèchement.
Elle se leva et leva un sourcil.
« Je ne lui dirais rien, il le comprendra tout seul... Je pense même qu'il a déjà compris, et il ne me réprimandera pas parce qu'il sait que je ne peux pas maintenir la protection longtemps... »
Ils restèrent quelques secondes en silence, s'observant calmement.
« Tu m'en veux ? »
« Oui... et non... Je ne sais pas Eléa, je me suis fait un sang d'encre, tu aurais pu me prévenir ou me donner de tes nouvelles ! »
« Je suis désolée, j'avais vraiment besoin d'être seule, de faire le point... »
« Depuis quand tu n'as pas envie de me voir, de partager tes doutes avec moi ? » se vexa-t-il.
« Tu m'as manqué Lucius, ne crois pas le contraire. » Elle s'approcha de lui et lui donna un baiser qu'il approfondit à la serrant plus fort contre lui.
« Comment va le bébé ? » s'enquit-il avec un sourire.
« Hein ? Euh... ça a l'air d'aller... » éluda-t-elle en passant devant lui pour rentrer au Manoir.
Lucius fronça les sourcils avant de la rejoindre, prenant sur lui pour ne pas insister sur le sujet.
« En tout cas, c'est dommage, tu as raté quelque chose... et une belle fête... »
« T'as fait la fête sans moi ? » bouda-t-elle.
« Je n'avais pas le choix... c'était évidemment moins drôle... » se moqua-t-il.
« Qu'est-ce que j'ai raté ? »
« Tu verras... »
Elle insista tout le long du chemin en posant toutes sortes de questions farfelues qui firent rire Lucius aux éclats.
Ils arrivèrent enfin et ils entrèrent dans le grand salon. Eléa marqua un temps d'arrêt en voyant une silhouette familière qui se dessinait parmi les Mangemorts. Les cheveux blonds légèrement ondulés tombaient sur ses reins, il portait un cache poussière en cuir long jusqu'au sol. Il se retourna vers Eléa qui poussa un petit cri de joie avant de sauter dans les bras du Mangemort aux allures de Viking.
« Tu as échappé à l'Ordre ? »
« Grâce à toi ma belle ... »
Elle prit son visage dans ses mains tout en ne le quittant pas des yeux, comme pour s'assurer qu'il était bien réel.
« Comment vas-tu ? » demanda-t-il.
« Tu le sais déjà... » souffla-t-elle.
Ils se séparèrent tout en ne se quittant pas du regard et Eléa alla saluer ses amis, tout en ignorant le regard inquisiteur de Severus. Puis elle alla saluer le Maître et Eilane qui arrivaient à cet instant.
« Content de te revoir parmi nous, » dit le Maître d'un ton mielleux.
« Je n'étais pas loin... » répondit-elle. « Vous ne devriez pas laisser en ma possession certains ouvrages... » ajouta-t-elle sur un ton narquois.
« Nous en reparlerons plus tard... » dit-il avec un sourire en coin qui intrigua Eléa.
La soirée fut agréable, Eléa dîna entre Lucius et Marius, buvant les paroles de ce dernier sous le regard mi-amusé mi-blasé de son amant. Elle questionna longtemps ses amis sur la semaine passée et sur l'identité du traître qui n'avait pas été encore démasqué. Eléa affirma avoir essayé de s'informer de son côté mais sans succès. Sarah et Severus lui posèrent des questions sur sa grossesse, mais elle répondit du bout des lèvres en cherchant à changer de sujet rapidement, questionnant tour à tour le couple sur leurs projets, les études de Severus et celles de Sarah. Eléa trouva Sarah distante et refermée sur elle-même, notamment lors des évocations des missions et des attentats. Elle se promit de lui parler et de découvrir ce qui perturbait la jeune Mangemort.
Eléa et Lucius dormirent au Manoir, ils discutèrent longtemps avant de fêter leurs retrouvailles avec tendresse. Eléa raconta à Lucius les quelques mots qu'elle avait échangés avec le Maître, elle appréhendait le lendemain et sa rencontre avec celui-ci. Lucius prit à nouveau sur lui pour ne pas lui dire ce qu'il pensait, ne voulant pas gâcher cette nuit où il pouvait enfin la serrer dans ses bras.
Poudlard, lundi 2 mars 1998
La pluie avait de toute évidence décidé d'élire domicile au-dessus de Poudlard pendant toute la semaine. Hermione attrapa son sac de cours et descendit jusqu'à la Grande Salle avec entrain.
Harry et Ginny étaient déjà attablés en train de prendre leur petit déjeuner et saluèrent Hermione d'une seule voix en apercevant la jeune sorcière.
« Où sont Ron et Neville ? » demanda Hermione en s'asseyant de manière à tourner le dos à la table des Serpentards.
« Neville est en train de prendre son petit déjeuner avec Hannah à la table des Poufsouffles, » répondit Ginny.
« Oh ?! C'est officiel alors ? » poursuivit Hermione avec un air amusé.
« On dirait bien ! » répondit la rouquine en tendant l'assiette de toasts à son amie. « Quant à Ron, aucune idée… »
« Merci ! Je suis affamée ! » s'exclama la Gryffondor en attrapant trois toasts qu'elle commença à beurrer.
« C'est plutôt une bonne nouvelle, » déclara Harry, « ça change des derniers jours. Tu t'es finalement débarrassée de cette gastro. »
« Tu es allée voir Mme Pomfresh ? » demanda Ginny.
« Non, même pas, c'est passé tout seul, » répondit Hermione en se servant une tasse de thé.
Ron arriva finalement d'un pas tranquille et se laissa tomber d'un air fatigué à côté d'Hermione. Il salua ses amis d'un air las et suivit du regard les mouvements d'Hermione qui était en train de lui servir des céréales et du lait.
« Il faut dormir la nuit Ron, » s'amusa sa sœur qui imita Hermione et lui servit un verre de jus d'orange avant de lui tendre une assiette de pancakes.
« J'ai mal dormi… » geignit le rouquin, aimant particulièrement se faire plaindre.
Hermione leva les yeux au ciel tandis que Ginny fit un effort pour ne pas se moquer de son frère. Harry redirigea subtilement la discussion de manière à ce que son meilleur ami ne soit pas la cible des moqueries des filles jusqu'à ce que l'heure du premier cours de la semaine sonne enfin. Ginny quitta ses amis pour rejoindre les sixièmes années et Harry enlaça Hermione alors qu'ils se dirigèrent vers les étages pour assister au cours de Défenses Contre les Forces du Mal du Professeur Lupin. Le sourire qu'Hermione affichait depuis qu'elle était levée s'effaça quand elle vit Draco au bras de Gina Mayer. Le Serpentard ne se gêna pas pour embrasser langoureusement sa nouvelle petite amie au moment où Hermione et Harry passèrent devant lui pour entrer dans la salle de cours. Hermione baissa la tête et Harry resserra son étreinte autour de sa sœur avant de déposer un baiser réconfortant sur sa tempe. Ils prirent place au premier rang, suivis de près par Ron et Neville qui s'installèrent juste derrière eux avant que le Professeur Lupin ne fasse son entrée dans la petite salle.
« Bonjour tout le monde ! » s'exclama Lupin avec bonne humeur et la classe lui répondit en chœur mais avec moins d'enthousiasme. « Vu le contexte politique et les évènements que vous connaissez tous, nous avons décidé avec le corps enseignant d'aborder des thèmes utiles mais non moins pédagogiques. Nous allons commencer aujourd'hui avec une étude des sorts utilisés par les Mangemorts. »
Un brouhaha s'éleva dans l'assistance et quelques regards glissèrent vers les Serpentards assis au fond de la classe. Harry et Hermione s'échangèrent un regard inquiet mais entendu alors qu'ils étaient au courant de cette décision inaugurée par Dumbledore lui-même et qui avait été longuement discutée lors de la dernière réunion de l'Ordre du Phénix.
« Oh ça va ! Pas la peine de me regarder comme ça !! » s'exclama soudainement Draco plus fort qu'il ne l'aurait voulu.
« S'il vous plaît, » intervint Lupin en recadrant les élèves, « on est là pour discuter et essayer de rassembler nos connaissances pour comprendre et éventuellement anticiper, pas pour se blâmer les uns les autres ! Bien ! Les sorts utilisés par les Mangemorts. Je vous écoute, » déclara Lupin en traçant des colonnes sur le tableau noir.
Une main timide s'éleva dans le silence qui était revenu parmi les élèves.
« Neville, oui ? »
« Avada Kedavra ? » tenta le Gryffondor en rougissant légèrement.
Des gloussements et autres exclamations fusèrent, rapidement calmés par Lupin d'un geste de la main.
« Tu as raison Neville, ce sort est particulièrement apprécié des Mangemorts, comme la plupart des sorts interdits que nous connaissons déjà, » acquiesça Lupin qui inscrivit les sorts déjà connus des élèves dans des catégories adéquates. « Essayons de nous concentrer sur des sorts plus rares et propres aux Mangemorts. »
Des murmures et chuchotements planèrent sans qu'aucun des élèves n'ose intervenir avant qu'Hermione ne lève discrètement la main.
« Hermione, nous t'écoutons, » l'encouragea le professeur avec un sourire amical.
« En cinquième année, quand nous étions dans le Département des Mystères au Ministère et que des Mangemorts nous ont attaqués, l'un d'eux a pointé sa baguette vers ma poitrine et… » Hermione s'éclaircit la voix et prit sa respiration alors que le silence était prégnant et l'assistance suspendue à ses lèvres.
« J'ai juste eu le temps de voir une longue flamme violette avant de m'effondrer… » souffla-t-elle se remémorant avec émotion le jour de la disparition de Sirius.
« Est-ce que tu te souviens de ce que tu as ressenti physiquement ? » la poussa Lupin alors qu'Harry s'était renfermé, le nez dans ses parchemins.
« J'ai eu le souffle coupé et comme une décharge électrique au niveau du cœur… j'ai cru que j'étais en train de mourir et puis je n'ai plus rien vu. »
« Tu ne me l'as jamais dit, » murmura Harry, réellement choqué d'apprendre ce que la jeune sorcière avait vécu et dont il se sentait toujours responsable.
Pour toute réponse, Hermione haussa les épaules et adressa un petit sourire à son frère qui garda son air grave malgré tout.
« Ce sort provoque exactement les symptômes que tu décris Hermione, » expliqua Lupin qui préféra, en voyant les visages graves d'Hermione et Harry, ne pas s'étendre sur les effets bien plus dramatiques dudit sort qui pouvait provoquer la mort chez un sujet fragile.
La discussion se poursuivit et la liste s'allongea, étonnant Lupin sur les connaissances des élèves en la matière. Ce qui le surprit le plus, ce fut que les interventions des jeunes sorciers ne se cantonnèrent pas uniquement aux Serpentards. La guerre à présent bien installée, bien que visible épisodiquement, avait un réel impact sur les plus jeunes, bien plus concernés et investis qu'il n'y paraissait au premier abord. Bien évidemment, la tragédie de l'an passé à Poudlard y était pour beaucoup dans l'implication des élèves et Rémus ne put s'empêcher de frissonner à la vue de la liste impressionnante qu'ils avaient réussi à reconstituer. Quand Gina Mayer leva la main et qu'elle aborda un sort qu'il avait essayé de volontairement éluder, il ferma un instant les yeux en devinant les conséquences et le malaise qui risquait de s'insinuer dans la salle de cours.
« J'ai lu à de nombreuses reprises qu'une sorcière puissante faisant partie des Mangemorts avait fait sa spécialité et sa marque de fabrique d'un sort qui consiste à couper magiquement des têtes, » s'enquit la Serpentard.
Hermione s'enfonça dans sa chaise alors qu'elle eut subitement l'impression que tous les regards étaient braqués sur elle.
« C'est exact, » fut obligé d'avouer Lupin, « tu peux nous en dire plus ? »
« Granger peut nous en dire plus, » gloussa Blaise Zabini, bientôt imité par ses amis. Draco fut tenté d'intervenir pour calmer les paroles qui risquaient de provoquer une réaction en chaîne mais il fut devancé par Lupin qui assuma son rôle d'enseignant à la perfection.
« S'il vous plaît ! Les provocations sont inutiles ! Je vais poursuivre sur ce sort et j'interdis à quiconque de faire un quelconque commentaire déplacé, » avertit Lupin sérieusement. « Ce sort de décapitation est effectivement relaté fréquemment quand il est question des Mangemorts et pour cause, il fut usé et abusé par Eléa Demeteriem depuis la fin des années 70. Facilement reconnaissable par la fumée rouge qu'il dégage, malgré l'horreur du processus, seule une légère traînée rouge et peu de sang sont visibles sur la victime au moment de la décapitation proprement dite. Vous savez tous qu'Eléa est la mère d'Hermione, qu'elle s'est évadée d'Azkaban mais qu'elle cherche à présent une rédemption. Je vous demanderais s'il vous plaît de ne pas ennuyer votre camarade sur ce sujet suffisamment difficile et délicat pour elle. Des questions ? »
Un silence accompagné de quelques hochements de tête répondirent à Lupin qui clôtura le sujet avec satisfaction.
« Bien, on va donc en terminer là pour aujourd'hui. Pour la prochaine fois, je vous demande de chercher dans vos lectures tout ce que vous pourrez trouver sur le sujet et compléter éventuellement le tableau que nous avons commencé. Merci ! Bonne journée et bonne semaine ! »
« Ca va Mione ? » s'inquiéta Ron avec un regard concerné.
« Oui, bien sûr, ne vous en faites pas, je vais bien, » se força à sourire Hermione, « ce cours était franchement intéressant. »
« Ouais, » déclara d'un air moins convaincu Harry en rangeant ses affaires.
« Harry, ne recommence pas avec ça, ce n'était pas ta faute et je vais bien. Si je ne t'en ai pas parlé en détail, c'est que je n'en voyais pas l'utilité, ok ? »
« Ok, mais promets-moi de me dire ce genre de chose Hermy, c'est important pour moi. »
« Oui, » soupira Hermione en levant les yeux au ciel.
« Bon, on y va ? » trépigna Ron alors que tous les élèves étaient déjà sortis.
« Je vous rejoins, j'aimerais dire deux mots au Professeur Lupin, » dit Hermione.
« Ok, à tout de suite, » accorda Harry qui suivit Ron et Neville, qui avaient déjà pris de l'avance jusqu'à la bibliothèque.
Hermione s'approcha du bureau du Professeur Lupin qui finissait de rassembler ses affaires dans sa mallette. Il adressa un sourire à la jeune sorcière en enfouissant ses mains dans les poches de son pantalon.
« Hermione, promets-moi de me tenir au courant s'ils te mènent la vie dure… »
« C'est promis mais vous n'avez aucun souci à vous faire, je ne pense pas qu'ils aient le culot de me provoquer après vos mises en garde, je voulais sincèrement vous remercier pour ça, » répondit-elle avec un regard reconnaissant.
« Je t'en prie, c'était la moindre des choses. Comment vas-tu Hermione ? Tu as l'air un petit peu fatigué, » s'inquiéta le professeur.
« Non, ça va. Je vous rappelle que j'ai subi ce sort il y a près de deux ans Professeur ! » s'amusa Hermione mais Lupin garda un air concerné en reposant sa question.
« Je ne parlais pas de ce sort, Hermione. »
« Je vais bien Professeur, je vous assure, » martela Hermione et Lupin acquiesça, la libérant en lui rendant son sourire amical.
Grimmauld Place, mercredi 4 mars 1998, 00h43
Les Aurors défilaient dans la grande maison depuis maintenant plus de trois heures. Une effervescence trahissant une nouvelle agitation flottait au sein du QG de l'Ordre du Phénix. Les membres de l'Ordre s'échangeaient des informations à la volée et leurs liens au Ministère n'étaient visiblement pas d'une grande efficacité. Severus Snape descendit du premier étage presque en courant et amorça sa descente jusqu'au sous-sol avec la même rapidité, sa cape volant derrière lui lorsqu'il disparut dans l'escalier. Le noyau dur des membres était attablé, essayant de réfléchir à la meilleure solution en pareille situation. L'impuissance à présent plus qu'évidente avait amené un silence de recueillement et d'inquiétude non dissimulé.
« Je crois que nous devrions à présent tous aller nous coucher, » déclara Dumbledore avec une voix fatiguée, « nous ne pouvons plus rien faire qu'attendre… »
« On ne disparaît pas comme ça !! » s'emporta le maître de Potions. « Je continue de chercher, je vais la trouver, elle ne peut pas avoir disparu comme ça ! »
« Severus… Tom sait parfaitement ce qu'il fait et nous faire perdre la trace d'Eléa est de toute évidence son plan pour pouvoir l'utiliser sans être inquiété… Nous devons avoir confiance en Eléa et attendre qu'elle nous contacte… » déclara Dumbledore sur un ton calme qui ne contribua qu'à irriter davantage Snape.
« Attendre ?! Attendre quoi ? Qu'il la tue ?? Je connais ses méthodes ! Il sait qu'elle collabore avec nous, il va se servir d'elle et la tuer !! » cracha Snape avant de soudainement soulever la manche de sa cape et dévoiler la Marque des Ténèbres, gravée il y a longtemps dans sa chair. « Il y a peut-être un moyen… »
« N'y songez même pas, Severus, » intervint le Professeur McGonnagal. « Nous avons besoin de vous. Perdre deux membres de l'importance que vous connaissez dans la même nuit serait une tragédie pour notre organisation… »
« J'avais pour mission de la surveiller et la protéger, j'ai échoué… » avoua-t-il faiblement, désespéré.
Alors qu'il prenait la direction du couloir afin de remonter au rez-de-chaussée, il entendit la voix du Directeur de Poudlard.
« Lucius Malfoy a la même mission que la vôtre de l'autre côté, Severus ; et tout autant que vous, je suis sûr qu'il ne veut pas la perte d'Eléa… »
Cette pensée, bien qu'elle ne rassura pas complètement le professeur de Potions, eut au moins pour effet de l'apaiser quelques temps et lui donner de quoi réfléchir pour le reste de la nuit.
Vendredi 7 mars 1980
Lorsque Lucius s'éveilla il eut un sentiment de déjà vu.
Il était seul et la place de sa compagne était froide. Il jura en se levant d'un bond, avait-elle recommencé ? Où était-elle ? Il commença à paniquer mais il fut soulagé lorsqu'il remarqua la baguette d'Eléa sur la table de chevet. Il s'autorisa à respirer à nouveau tout en se dirigeant vers la salle de bain. Si le Maître l'avait convoquée, elle le lui aurait dit... Une balade matinale ? Ou une incursion dans la bibliothèque ?
Il se regarda dans le miroir et eut un rire ironique devant son visage déconfit. Si son père le voyait, un Malfoy, se soucier en n'en plus dormir de sa maîtresse, fou d'amour, non... malade d'amour... Un Malfoy ne devait pas se montrer si sensible, c'était une faiblesse... c'était cela en fait, Eléa était sa faiblesse. Et tout le monde la connaissait. Un talon d'Achille notoire qui les mettra sûrement en danger comme cela a déjà été le cas par le passé.
Il décida finalement de s'habiller et de descendre pour prendre un petit déjeuner copieux sur la terrasse où le soleil déjà présent balayait de sa chaleur le mobilier de jardin.
Il s'installa confortablement et fit apparaître thé, jus d'orange et diverses viennoiseries. Il prit une gorgée de son thé lorsqu'il entendit le rire cristallin d'Eléa. Il faillit s'étrangler avec le liquide brûlant et il reposa sa tasse en jurant, se leva et se dirigea vers les rires de sa compagne. Elle était dans le jardin, un bouquet de fleurs à la main et accompagnée...
« Lucius ! Nous ne t'attendions plus ! » s'exclama Marius d'un air enjoué.
« Encore aurait-il fallu que je sache où vous chercher, » dit-il d'un ton mielleux.
« Ne boude pas vieux frère ! » dit le français tout en le prenant par les épaules. « Eléa et moi rattrapions le temps perdu... »
Eléa sourit faiblement à l'attention de son amant, se rendant compte de sa maladresse.
Ils s'installèrent alors et continuèrent à parler du passé et de l'avenir.
« Alors, Lucius, tu vas être père... deux fois à ce que Eléa m'a dit... »
« Oui, deux fois, » affirma Lucius. « Mais l'amour que je porte à Eléa et notre enfant n'a rien à voir avec Narcissa, avec elle c'est juste la lignée des Malfoy qui continue... Avec Eléa... » Il ne finit pas sa phrase et caressa doucement la main de sa compagne qui se laissa envahir par un sentiment de bien être avant de réaliser.
« Narcissa attend un garçon ? » demanda-t-elle incrédule, les larmes lui montant aux yeux.
« Oui... Je l'ai appris il y a quelques jours, mais tu étais absente amour, je n'ai pas pu te le dire avant. »
Eléa fit une mine boudeuse et décida finalement de se taire pour ne pas commencer une discussion stérile qui finirait sûrement par une dispute et des pleurs. Elle avala à petites gorgées son jus d'orange mais ne toucha pas aux viennoiseries, pas plus qu'aux fruits que Lucius avait fait apparaître.
« Emilie et Aude sont en sécurité ? » s'inquiéta-t-elle.
« Oui, ne t'inquiète pas. Dès que le Maître m'a fait savoir les projets de Dumbledore, je les ai envoyées en Italie. Je n'aurais jamais cru que ce vieux fou serait capable d'enlever un enfant pour faire pression... » ajouta-t-il, pensif.
« C'est la guerre, ils devront bien un jour ou l'autre utiliser certains stratagèmes s'ils veulent marquer des points... » commenta Lucius.
« Ou du moins essayer... » dit une voix dont le timbre fit hérisser les cheveux d'Eléa.
Bellatrix s'assit en face d'Eléa et piocha dans le panier devant elle un croissant qu'elle commença à picorer. Eléa lui lança un regard noir avant de reposer son verre vide sans discrétion.
« Un problème Eléa ? » demanda la Mangemort avec un sourire forcé.
« Toi Bellatrix, toujours toi, » s'enflamma Eléa, « tu n'es pas la bienvenue à ma table ! »
« TA table ?? » Elle rit d'un rire suraigu. « Mais pour qui te prends-tu sale garce ? La Maîtresse de maison ? »
Elles se levèrent prêtes à sortir leurs baguettes. Marius et Lucius firent de même pour les en empêcher et calmer le jeu.
« Amour, assieds-toi et mange un croissant, ça te fera du bien... »
Eléa le dévisagea et ouvrit la bouche mais elle se fit devancer par Bellatrix.
« Et étouffe-toi avec, comme ça ce bâtard ne verra jamais le jour ! »
C'en était trop, Lucius blêmit et serra les poings, Marius leva les yeux au ciel devant l'intelligence de cette réplique et en une fraction de seconde, Bellatrix se retrouva couverte de jus d'orange et elle eut à peine le temps de se baisser pour éviter la carafe de cristal qui volait en direction de son visage.
« Espèce de garce, je vais te tuer ! » explosa Eléa en se ruant sur la Mangemort, hallucinée, qui ne s'attendait pas à une telle réaction.
Eléa écarta d'un geste les deux hommes qui essayaient de la retenir. Il s'en suivit un échange d'étincelles de toutes les couleurs, des bousculades auxquelles se joignirent Rodolphus, Rabastan, Severus et Sarah qui tentaient de séparer les deux jeunes femmes qui s'étaient transformées en véritables furies.
Soudain, Eléa agrippa violemment Lucius par sa chemise, elle avait affreusement pâli, porta une main tremblante sur son ventre et essaya de respirer profondément. Tout le monde s'était arrêté, comme figés dans le temps par un sort et observait la jeune femme.
Lucius attrapa une chaise pour qu'Eléa s'y asseye, mais elle n'osait pas faire un geste. Lucius se décida alors à la porter et la fit allonger dans le salon. Sarah alla lui chercher un verre et du sucre tandis que Severus vérifia son pouls. Marius resta à l'écart et ne put s'empêcher de sermonner Bellatrix qui ne l'écouta pas, trop occupée à observer Eléa.
« Détends-toi, Eléa, respire... » l'encouragea Severus.
« Il ne faut pas qu'Il l'apprenne, il ne faut pas... » paniqua Eléa.
« Il le sait probablement déjà Eléa, n'y pense pas, » dit Sarah tout en lui faisant boire un verre d'eau fraîche.
Elle se calma au bout de quelques minutes et les contractions cessèrent.
« On va t'aider à monter t'allonger dans la chambre, » décida Lucius au bout de quelques minutes.
« Je me sens mieux, ça va aller... »
Lucius lui jeta un regard noir, elle baissa les yeux et les laissa faire.
Elle s'installa donc dans la chambre sous la couette douillette et Severus lui apporta une potion.
« Il faut que tu sois plus prudente Eléa, des contractions aussi tôt, ce n'est pas normal... »
« Virez Bellatrix du Manoir et je me sentirai mieux, » marmonna Eléa.
« Il n'y a pas que ça ! » s'emporta soudain Lucius. « Tu te barres pendant une semaine, tu ne manges pas, tu as des sautes d'humeur... et en plus tu t'en fous complètement de ce gosse ! »
« Severus, tu peux nous laisser seuls s'il te plaît... » articula Eléa la gorge serrée.
Le jeune homme fronça les sourcils devant l'échange télépathique entre Lucius et Eléa qu'il ressentait comme belliqueux. Il sortit discrètement et attendit dans le couloir.
Eléa insonorisa la pièce avant de parler librement.
« T'es dingue ou quoi ? Qu'est-ce qu'il te prend ? »
« Il me prend que j'en ai ras-le-bol de ton attitude égoïste et enfantine ! » Il fit les cent pas devant le lit tout en se passant la main dans les cheveux.
« Tu aurais pu attendre qu'il sorte avant d'exploser comme ça ! Il sait déjà que je cache quelque chose, maintenant il va encore plus nous soupçonner ! »
« Si tu faisais des efforts Eléa, il n'y aurait rien à soupçonner ! » dit-il amèrement. « Je fais tout pour que tu te sentes bien, je fais tout pour le bébé et tu t'en contrefous... »
« C'est faux... C'est juste que... » Elle soupira et détourna les yeux du regard de son amant. « Laisse-moi Lucius, je veux me reposer... »
« Bien. » Il s'en alla sans un regard et claqua la porte derrière lui.
Eléa s'enfouit dans les couvertures et pleura tristement, tout en buvant la potion encore fumante sensée l'apaiser.
Poudlard, mercredi 4 mars 1998
Hermione avait réussi la veille au soir à joindre Eléa par hibou et elles avaient échangé quelques courriers par lesquels Hermione avait essentiellement questionné sa mère sur les sorts utilisés par les Mangemorts pour faire écho à son dernier cours de Défenses Contre les Forces du Mal. Eléa lui avait avoué que le rituel devait être proche vu l'agitation au sein des partisans du Seigneur des Ténèbres mais avait regretté le manque de précisions à lui fournir. Elles s'étaient quittées sur ces mots avec une note d'espoir et une promesse de se voir bientôt pour des nouvelles plus efficaces et utiles.
La matinée du mercredi offrait aux Gryffondors de septième année la possibilité de travailler ou se reposer. Ron avait choisi la seconde option alors qu'Hermione, Harry, Neville et Ginny étaient installés dans la salle commune.
« Aucune nouvelles des Mangemorts et de Voldemort depuis des semaines… » soupira Hermione en refermant la Gazette du Sorcier. « Ce n'est pas normal. Le rituel dont a parlé Eléa est imminent et… rien. »
« Demain, » déclara Ginny tout à coup. « Pendant le cours d'hier soir, le Professeur Sinistra nous a parlé d'un alignement de planètes qui doit avoir lieu… demain. »
« Et vous vous rappelez ce dessin que j'avais vu à Little Hangleton et qui représentait des planètes qui étaient… alignés, » ajouta Hermione en déglutissant, « oh mon Dieu… Gin', qu'est-ce que le Professeur vous a dit d'autre sur ce phénomène ? »
« Pas grand-chose… On l'a évoqué, c'est tout. Je suis désolée, » regretta la rouquine, « je n'ai pas fait le rapprochement immédiatement. Si j'avais su, j'aurais posé davantage de questions… »
« C'est pas grave, » la réconforta Harry en lui caressant doucement le dos.
« Mais si Harry ! Je me sens si stupide ! Après mon cours d'histoire, j'essaierai d'aller voir le Professeur Sinistra… » déclara Ginny en se levant pour partir à son cours d'Histoire de la magie.
« Ca ne fait rien Gin', mais merci… Je vais voir le Professeur Dumbledore ! » s'exclama Hermione qui disparut de la salle commune en un éclair.
Une nausée s'empara d'Hermione qui dut arrêter sa course folle dans les étages de Poudlard pour reprendre sa respiration et ses esprits. Une main sur son ventre, elle pénétra entre les ailes du Phénix géant en prononçant le mot de passe et la statue la conduisit jusqu'aux appartements administratifs du Directeur.
« Grand-père ! Grand-père !! » hurla Hermione en montant les marches conduisant au bureau en mezzanine.
« Hermione ? Je suis là ! » l'informa Dumbledore du salon en contrebas où elle se dirigea en courant.
« Grand-père ! Le rituel ! Il aura lieu demain ! Pendant l'alignement planétaire ! On doit avertir Eléa et lui apporter du renfort ! » s'écria Hermione sans respirer.
« Calme-toi Hermione, calme-toi… » l'apaisa Dumbledore en la faisant asseoir sur le canapé auprès de lui. « Nous le savons déjà… »
« Vous avez averti Eléa ? »
« Eléa est injoignable et introuvable depuis hier, Hermione… » avoua le vieux sorcier en plissant son front d'un air soucieux.
« Quoi ? Mais j'ai échangé des hiboux avec elle mardi soir ! »
« On fait de notre mieux pour essayer de la localiser… Sloane Square, Little Hangleton, tout Londres et ses environs sont cernés d'Aurors, Hermione. »
Contre toute attente et laissant Dumbledore légèrement décontenancé, Hermione éclata soudainement en sanglots, son corps agité de spasmes incontrôlables.
« Shh, Hermione… » tenta de la calmer en vain Dumbledore.
« Mais, Il va la tuer… » sanglota-t-elle, désespérée.
« Hermione, ta mère est puissante, elle sait ce qu'elle a à faire. Elle doit faire ce rituel, pour nous aider, faisons-lui confiance… » poursuivit le Directeur d'une voix calme mais beaucoup moins rassurante tant l'angoisse et l'incertitude l'avaient lui aussi gagné.
Il prit sa petite-fille dans ses bras et la berça jusqu'à ce que ses pleurs se calment enfin.
Londres, jeudi 5 mars 1998, 4h00
« Amour, réveille-toi, » murmura-t-il à l'oreille de sa compagne.
« Mmmh… »
« Eléa… » dit-il un peu plus haut tout en lui caressant le visage.
« Pas maintenant Lucius, j'ai pas envie, j'ai sommeil, » marmonna-t-elle à moitié endormie.
« Eléa, c'est le moment pour le rituel, lève-toi s'il te plaît. »
Elle écarquilla les yeux et se tourna vers son amant, déjà habillé.
« Tu plaisantes ? Dis-moi que tu plaisantes Lucius ! » Elle lui jeta un regard courroucé et il lui fit signe qu'il était sérieux. « Putain, il est quatre heures du matin ! Tu ne crois pas que tu aurais pu me prévenir avant ?? »
« Tu sais bien que non, amour, » murmura-t-il.
Elle se leva tout en lui jetant un regard noir et fit un saut rapide à la salle de bain avant de s'habiller. Elle enfila une robe blanche, aérienne et ample, faisant penser à celles des prêtresses dans les temps anciens.
« Le blanc te va bien, c'est la première fois que je te vois en blanc il me semble, » dit-il d'un ton séducteur tout en la déshabillant du regard.
« Ca aurait pu être la seconde si on était marié, » siffla-t-elle.
Lucius laissa tomber sur le lit d'un air dépité le journal qu'il était en train de feuilleter et s'approcha de sa maîtresse.
« Tu sais que je ne pouvais pas te le dire… »
« Je sais, » avoua Eléa d'un ton las, « c'est juste… pourquoi maintenant ? Je ne suis pas au top de ma forme, je suis fatiguée, » râla-t-elle.
« On n'a pas le choix, c'est la configuration astrale. »
Elle prit dans un grand écrin de velours noir usagé une dague en argent glissée dans un fourreau. Le manche était serti d'émeraudes et l'écusson des Serpentards y était incrusté. Elle respira profondément et finalement rangea l'instrument dans la doublure de sa botte. Elle se tourna vers Lucius et le regarda dans les yeux.
Il s'avança vers elle et la prit dans ses bras, l'embrassa tendrement et se recula légèrement afin de plonger ses yeux dans les siens. Il passa derrière elle, dégagea sa nuque fragile et lui attacha un de ses colliers favoris avec un pendentif en forme de serpent, puis il lui fit signe que c'était le moment. Ils se dirigèrent vers la porte, puis sortirent de l'Hôtel Particulier pour transplaner dans un lieu qu'elle ne connaissait pas.
Lorsqu'ils arrivèrent, une dizaine de Mangemorts étaient présents. Le Cercle. Elle regarda autour d'elle, elle ne savait pas où ils étaient exactement, dans une clairière, au milieu d'une forêt, tout était sombre, seule la lune de sa faible lueur éclairait le lieu. Elle ne voulut pas faire appel à sa faculté d'animagus pour y voir dans cette obscurité, de peur de dépenser trop d'énergie et faillir à son rituel.
Voldemort s'approcha d'elle, la fixant de son regard bleu turquoise. Il s'arrêta près d'elle, elle pouvait sentir toute sa puissance et la détermination qui émanait de lui. Inconsciemment, elle détourna son regard.
« Il n'y a pas si longtemps que ça, tu pouvais soutenir mon regard plus longtemps, » s'étonna-t-il.
Il prit son visage dans ses mains et la força à le regarder dans les yeux avant de déposer un baiser sur son front. Il prit sa main dans la sienne et la conduisit au milieu du Cercle de Mangemorts qui se tenait devant elle.
Lucius regarda impatiemment sa montre.
« Quatre heures trente-deux, » annonça-t-il.
Il y eut une légère animation dans le Cercle qui l'entourait et Voldemort se tourna vers Eléa, un sourire aux lèvres.
« Tu as exactement seize minutes pour commencer le rituel et te mettre en transe. » Il regarda le ciel puis continua. « A quatre heures quarante-huit, Rhéa passera devant Saturne, c'est à ce moment-là que tu devras invoquer ton ancêtre Déméter. »
Eléa acquiesça et se plaça au centre du Cercle. Voldemort se plaça en face d'elle, au Nord. Lucius était à sa droite. Les Mangemorts se concentrèrent et elle put sentir leur énergie fluctuer entre eux et vers elle, comme si elle était un point magnétique qui attirait l'électricité statique.
Eléa ferma les yeux, elle écouta autour d'elle et ouvrit son esprit à ce qui se passait au-delà du réel. Elle s'agenouilla dans l'herbe fraîche et sortit la dague qu'elle avait dans sa botte, elle enleva le fourreau et la planta dans la terre. Au même moment, elle entendit le Lord parler en Fourchelang et une couleuvre d'un vert éclatant glissa vers elle.
Eléa, les yeux dilatés, regarda l'animal avec fascination, elle voyait les choses différemment quand elle était dans cet état-là et les écailles du reptile lui paraissaient tellement brillantes… D'un geste sec et rapide, elle entailla sa main gauche et le sang commença à se répandre sur le sol. Elle prit la couleuvre et la trancha de tout son long, elle en sortit le cœur chaud et le déposa sur l'herbe tandis qu'elle répandait du sang de l'animal sur sa main droite ainsi que sur son front.
Lucius essaya de se concentrer mais il ne pouvait détacher son regard de sa maîtresse. Après tant de temps, il était toujours fasciné par sa facilité à effectuer des rituels aussi complexes. Elle parlait dans une langue étrangère. Il tendit l'oreille, c'était du grec, elle semblait répéter inlassablement les mêmes paroles, s'imprégnant d'une magie ancienne. Elle paraissait presque irréelle dans sa robe blanche, détonnant complètement avec les capes des Mangemorts. Lucius eut un pincement au cœur, elle venait de s'allonger sur le sol, la respiration saccadée, les yeux fixés au ciel. Le moment approchait.
Elle avait du mal à respirer, elle avait chaud et froid en même temps, elle avait les yeux ouverts mais elle avait l'impression qu'ils étaient fermés. Soudain, elle se sentit comme soulevée du sol. Maintenant… « Déméter, entends l'appel de ta fille, entends la prière de te descendance ! » cria-t-elle. « Déméter, entends-moi et accepte ce sacrifice. » Elle tendit le cœur tiédi du serpent qui disparut dans un éclat de lumière. Elle fut transportée, ou du moins elle en avait l'impression, avec une vitesse phénoménale. Elle eut un haut le cœur et tomba à genoux, elle faillit vomir, mais elle se retint, reprenant sa respiration.
Lucius fit un pas en avant, elle était trop pâle, elle haletait, au bord du malaise. Au moment où il avança, Eléa tourna la tête vivement vers lui, elle avait les yeux blancs, aussi blancs que la neige, lui donnant un aspect fantomatique effrayant. D'un geste rapide, elle fit partir un cercle de feu autour d'elle qui fit reculer le Mangemort. Lorsque le feu s'échappa, il put la voir, debout, elle ouvrait la bouche mais aucun son n'en sortait, juste un peu de buée, elle avait réussi.
Eléa se tenait devant une femme, belle et jeune, habillée d'une robe transparente et fluide, sa présence était écrasante. Eléa regarda autour d'elle. Tout était comme au ralenti. La femme se mouvait au ralenti, avec des gestes lents, l'espace qui les entourait était d'un blanc immaculé, elle discernait des cratères, c'était un désert de glace et au loin elle pouvait discerner les silhouettes des Mangemorts. Lorsqu'elle respirait, ses poumons étaient comme paralysés et une fumée blanche épaisse sortit de sa bouche lorsqu'elle parla.
« Déméter, c'est un honneur d'avoir été accepté en votre présence. »
« Ma fille… » dit la jeune femme d'une voix envoûtante. « Pour quelle raison prends-tu le risque de m'invoquer ? Ton ascendance ne t'assure pas une réponse positive de ma part. »
« Je viens au nom de mon Maître, » dit Eléa en montrant son avant-bras gauche dont la Marque des Ténèbres s'était imprimée.
« Ainsi a-t-il enfin réussi, » soupira la déesse avec un demi-sourire, « cela faisait longtemps que je gardait la clef. »
« Le temps des humains est-il le même ici ? » interrogea Eléa.
« Pas vraiment… » Elle observa Eléa un instant. « Ta mère ne t'approuverait pas, tu le sais ? »
Eléa écarquilla les yeux, jamais elle n'aurait pensé que sa mère serait abordée.
« Ma mère est morte il y a longtemps, » se contenta-t-elle de répondre sombrement, « est-ce que vous m'approuvez ? »
« Je suis morte aussi depuis longtemps… » répliqua-t-elle.
« Mais vous avez ce que je désire… »
« Le désires-tu vraiment ? » la défia-t-elle.
« Ce que je désire, c'est mettre fin à cette guerre, par n'importe quel moyen. »
« Il y aura des morts… »
« Comme dans toutes guerres… »
« Es-tu prête à perdre ton amant ? » dit-elle en désignant Lucius.
« Oui, » répondit Eléa le cœur serré.
« Es-tu prête à perdre ta fille ? » demanda-t-elle, mesquine.
« Je l'ai dit, c'est la guerre, » répondit sèchement Eléa.
« Cette guerre aurait dû être gagnée depuis longtemps ! » s'insurgea-t-elle, « nous sommes bien plus puissants que ces êtres sans pouvoir, ils auraient dû être réduits en esclavage ! »
« Les temps ont changé et nous faisons ce qui est en notre pouvoir pour réussir cela ! »
« Ton Maître ne mérite pas cette clef. »
« S'Il ne l'a pas, nous perdrons et les Moldus seront considérés comme nos égaux. »
La déesse lui jeta un regard de dégoût.
« Tu essaies de t'en persuader… »
Lucius s'impatientait, l'atmosphère était tendue. Le rituel prenait plus de temps que prévu, l'homme ne cessait de tourner et de retourner dans ses mains l'artefact sacré qu'il avait dérobé à un Moldu quelques mois auparavant. Eléa semblait vidée de toutes ses forces et il se demanda par quel miracle elle pouvait encore tenir debout. Son visage, par contre, semblait fermé, elle donnait l'impression de se disputer avec quelqu'un. Il jeta un regard au Maître qui ne quittait pas Eléa des yeux et il pouvait ressentir qu'Il concentrait Ses pouvoirs sur elle. Soudain, une lumière aveuglante se dégagea d'Eléa, ils furent tous obligés de détourner les yeux et lorsqu'ils purent enfin la regarder, elle était allongée par terre, inerte.
Lucius se précipita vers elle, la prit dans ses bras et essaya de la réveiller, sans résultat. Le Maître s'approcha du couple et le Mangemort remarqua qu'Eléa avait la main fermée sur quelque chose de lumineux. Il ouvrit alors sa main et il comprit. Elle tenait une sphère d'un blanc éclatant et d'une froideur peu commune. Lorsqu'il la prit, il sentit l'artefact bouger de lui-même ; il le lâcha et il vint s'enclencher autour de la pierre. Une fois les deux objets ensemble, ils ressemblaient à Saturne, la sphère lumineuse tournait légèrement sur elle-même alors que ses « anneaux » bougeaient dans le sens inverse.
Ils étaient tous fascinés par la « clef » et tous se demandaient sûrement comment cela pouvait aider à lire une carte. Le Lord s'empara de l'objet et dégaina sa baguette magique qu'il pointa sur la jeune femme sous le regard défiant de Lucius.
« AVADA KE- »
Il n'eut pas le temps de finir sa formule, Lucius avait attrapé le pendentif en forme de serpent que portait Eléa et ils avaient disparu de la clairière.
Sloane Square, samedi 7 mars 1998
La pluie avait cessé mais le vent fouettait son visage et bien qu'il devait avouer qu'il redoutait un peu le face à face à venir, il poussa les portes de l'Hôtel et entra dans le hall sans autre cérémonial. Les Mangemorts qu'il croisa dans sa progression jusqu'à la grande salle du restaurant lui jetèrent des regards hésitant entre la surprise, le dégoût et la haine mais il leur retourna son célèbre regard glacial avant de finalement apercevoir Rabastan et Rodolphus.
« Ne me regardez pas comme ça ! » cracha Lucius en s'asseyant avec les deux frères. « Je suis toujours de la partie ! »
« Le Maître est furieux de la manière dont tu as disparu en soustrayant Eléa du sort qu'Il lui avait réservé… » regretta Rabastan.
« Et Il croyait quoi ?? Que j'allais Le regarder tuer la femme que j'aime sans ciller ?! » s'énerva soudainement Lucius.
Il serra tout à coup les dents en recevant comme une décharge électrique dans son crâne et il sentit qu'Il l'appelait.
Il n'eut pas besoin de frapper à la porte de la suite du Seigneur des Ténèbres, elle était déjà ouverte, l'invitant silencieusement. Il entra et aperçut son Maître dans la pénombre, fumant une cigarette et il se demanda si ses traits étaient ceux de l'homme séduisant ou du monstre presque sans visage.
Il n'entendit rien, ne vit aucun mouvement mais tout ce qu'il fut capable de réaliser, c'est qu'il était à terre avant même qu'il n'eut le temps de prononcer une parole. Les dents serrées pour ne pas hurler de douleur, il se demanda brièvement si ses entrailles ne venaient pas d'éclater dans son abdomen.
« Relève-toi, Lucius. »
Facile à dire quand on n'a pas de charognards en train de vous dévorer de l'intérieur… Il l'avait certainement mérité mais l'humiliation était difficile à encaisser. Il s'efforça de se relever et trouva un soutien bienvenu sur sa canne, attendant que la colère de Voldemort s'amenuise. Le Seigneur des Ténèbres s'approcha de lui et Lucius regretta de voir son Maître sous les traits de l'homme normal qu'il avait été. Le voir en monstre aurait aidé à supporter la punition mais cette manipulation de l'esprit de la part de Voldemort l'inquiéta soudainement.
« Quelle déception… » souffla Voldemort, « mon meilleur élément… mon cher ami… »
« Je suis plus que jamais dévoué à notre cause, Maître, » répondit Lucius.
« Bien sûr, bien sûr, mais plus Eléa et elle est un obstacle… Elle doit mourir, » trancha Voldemort.
« Vous ne pouvez pas me demander de la tuer pour Vous… »
« Non, bien entendu, je n'y aurais même pas pensé, » minauda Voldemort. « Je pourrais te tuer, Lucius. Pour ton comportement irrespectueux dont tu as fait preuve devant tout le Cercle. »
« Je suis prêt à accepter le sort que Vous m'aurez réservé, Maître, » réussit à déglutir Lucius, gardant toute sa dignité dans la douleur qu'il ressentait encore et qu'il essayait de ne pas laisser transparaître.
Voldemort soupira en levant les yeux au ciel et tendit à Lucius un morceau de parchemin que ce dernier prit avec un regard interrogatif.
« Les trois premiers de la liste ne doivent plus être de ce monde demain, » expliqua le Seigneur des Ténèbres, « concernant le dernier, tu as dix jours pour me l'amener. »
Lucius parcourut le parchemin rapidement et lut le dernier nom alors que son sang se glaça. « Draco Malfoy. »
« Merci Maître, » dit-il avant de prendre congé en boitant.
Mardi 11 mars 1980
On frappa doucement à la porte. Eléa posa son livre et invita à rentrer dans sa chambre. Elle espérait que ce soit Lucius. Elle ne l'avait pratiquement pas vu depuis leur dernière dispute, il passait de temps à autre pour voir si elle se sentait mieux, mais ils ne partageaient rien.
Lord Voldemort entra, d'un pas majestueux dans la chambre, et regarda autour de lui. Eléa, surprise, remit rapidement ses cheveux en place et l'observa, le cœur battant dangereusement vite. Il s'approcha de la fenêtre et tira les rideaux afin que quelques rayons de soleil pénètrent dans la pièce plongée dans la pénombre. Eléa plissa les yeux, le temps qu'ils s'habituent à cette luminosité.
« Tu es si pâle... un peu de chaleur et de lumière te feront le plus grand bien, » dit-il doucement en s'asseyant sur le lit.
Il était étrangement calme et doux et Eléa croyait le connaître assez pour s'attendre au pire. Mais il continua à s'entretenir avec elle sur le même ton.
« Comment te sens-tu ? »
« Mieux, » hésita-t-elle.
« Tu ne manges toujours pas Eléa, tu as besoin de prendre des forces... »
« Je vomis tout ce que je mange, » se plaignit-elle, « j'ai essayé de faire des efforts... »
« Je sais, Severus m'a dit que tu te forçais à manger, » la coupa-t-il. « Les potions ne sont pas efficaces ? »
« Non, pas vraiment. » Elle ferma le livre qui était toujours dans ses mains et alla le reposer quand le Lord s'en empara.
« La nuit des Temps… » en français dans le texte « Moldu ? » grimaça-t-il.
« Oui, les sorciers n'ont aucun don pour l'écriture... Et c'est mon livre préféré, ma mère me l'a offert pour mes quinze ans. »
Le Lord sourit et un silence pesant s'installa.
« Je suis désolée, » s'excusa-t-elle.
« Pour quoi ? » demanda-t-il avec un regard interrogateur.
« Pour la dispute avec Bellatrix, c'était stupide... »
« En effet... Je pensais que tu avais une autre chose à te faire pardonner, » ajouta-t-il en la regardant fixement dans les yeux. « Par exemple, le fait d'avoir disparu pendant une semaine sans donner signe de vie... »
« Vous ne sembliez pas m'en vouloir le soir de mon retour, » se défendit-elle.
« En effet... Je pensais que tu aurais plus de remords que cela... Où alors avais-tu peur que je te reproche le fait d'avoir utilisé certains sorts, certains ouvrages... » Il se leva pour allumer une cigarette puis se ravisa. « Désolé, l'odeur de tabac doit sûrement d'indisposer… » Elle hocha la tête en guise de réponse. « Qu'as-tu appris lors de ton... escapade ? »
Eléa réfléchit quelques secondes et tout prit forme dans son esprit. Pourquoi n'y avait-elle pas pensé plus tôt ?
« Alors ? Dis-moi ? » insista-t-il un sourire en coin.
« Que... » Elle déglutit. « Que je ne peux pas me protéger de vous... » Elle eut l'impression de réaliser au moment où les mots sortaient de sa bouche.
Il se rassit en face d'elle et la dévisagea.
« Tu comprends maintenant ? Tu ne peux pas fuir... Je te l'ai toujours dit Eléa, tu m'appartiens... »
Il prit sa main et elle plongea ses yeux dans les siens, il caressa son avant bras gauche, là où sa marque siégeait dans sa chair.
« Depuis le jour où je t'ai marquée, tu es à moi Eléa. » Il chuchotait presque. « Tu le comprends maintenant ? » Elle acquiesça. « Tu ne peux pas fuir, seule la mort pourra te libérer... »
« Comment... savez-vous... » Il n'avait pas lu dans ses pensées depuis longtemps, seul Lucius connaissait son désir de fuir, l'avait-il trahie ?
« Eléa, voyons... » Il eut un petit rire ironique. « Je te connais trop bien, je n'ai pas besoin de lire en toi pour savoir ce que tu penses, ce que tu ressens... Je sais que tu n'acceptes pas cet enfant. » Elle détourna ses yeux remplis de larmes. « Ou que tu veuilles faire croire que tu n'en veux pas... Tu as toujours voulu être mère, ne me fais pas croire que tu es insensible à cet enfant... » Il essuya de son pouce une larme qui s'était échappée. Il se leva et se tourna vers Eléa avant de sortir.
« A partir de maintenant, tu restes un maximum ici, Lucius passera prendre tes messages au cas où Dumbledore où tes amis voudraient te contacter, je veux que tu passes le reste de la semaine allongée. Lucius t'accompagnera à St Mangouste pour des examens. »
Eléa soupira devant le programme réjouissant qu'il lui proposait.
« Tu peux aussi choisir d'avoir le sourire et de te joindre aux autres pendant la journée et faire comme si tout allait bien... »
« Je vais y réfléchir... » murmura-t-elle.
« Ce n'était pas une suggestion... »
Il s'en alla et la laissa de nouveau seule. Elle était tombée dans le piège comme une débutante. Il avait tout calculé, Il savait qu'elle essaierait de se protéger, de perdre le contact avec lui. Elle se sentait vraiment stupide. Elle n'avait pas envie de se joindre aux autres, les entendre raconter leurs exploits, les attentats et les missions auxquelles elle ne participait plus. Etrangement la seule chose dont elle avait envie c'était de voir Lily et les Maraudeurs, mais elle avait peur de craquer, de leur raconter, ou pire qu'ils voient le désespoir dans lequel elle se trouvait.
Dimanche 8 mars 1998
Eléa plissa les yeux, éblouie par la lumière autour d'elle, puis elle s'habitua peu à peu et observa avec incrédulité la pièce dans laquelle elle se trouvait.
« C'est pas possible, je dois rêver, » marmonna-t-elle pour elle-même.
« Pas vraiment, » dit une voix familière derrière elle. « Je dirais que ça ressemble plutôt à un coma... »
« Qu'est-ce que vous faites là ? » demanda-t-elle, méfiante.
« N'ai-je pas le droit de rendre visite à une vieille amie ? » l'interrogea-t-il.
Eléa hocha la tête tout en s'approchant du bureau devant elle. Lord Voldemort avait ses deux mains appuyées dessus, la tête baissée, il observait la sphère qu'elle avait ramenée qui tournoyait sur elle-même entourée de ses anneaux, au-dessus de la carte jaunie. Eléa était à la même hauteur que le Lord maintenant et pouvait distinguer des petits points de couleurs différents se mouvoir sur la carte.
« Pourquoi me montrez-vous tout cela ? »
« Ce n'est pas moi qui te le montre, c'est ton rêve Eléa, c'est toi qui produis tout ça... » dit-il avec un sourire.
« Oh... » Elle haussa les épaules et se détourna de la carte. « Et évidemment, je rêve de votre bureau... ça en dit long sur ma vie passionnante... » soupira-t-elle.
Elle se dirigea vers la fenêtre pour observer le jardin qu'elle affectionnait tant à Little Hangleton. Elle écarta d'une main le rideau épais qui cachait la fenêtre et s'immobilisa.
« Je fais vraiment des rêves étranges, » constata-t-elle.
Elle ne pouvait détacher les yeux du cimetière qui remplaçait la fontaine du jardin. Elle sentit une main chaude se glisser sur la sienne.
« C'est toi là-bas ? » lui demanda-t-il à l'oreille en désignant une personne de dos, avec de longs cheveux bruns.
« Oui... c'est l'enterrement de ma mère, » répondit-elle rêveuse. Elle s'appuya contre lui et elle sentit qu'il lui déposait un baiser sur le front. La jeune Eléa se retourna brusquement vers la fenêtre et ses yeux se mirent à flamboyer. Eléa sursauta, son cœur battait à tout allure, elle s'écarta de la fenêtre alors que Voldemort sourit tout en allumant une cigarette.
« Qu'est-ce qui vous fait sourire ? » s'offusqua-t-elle.
« Tu as toujours eu des rêves étranges. »
« Parce que vous vous êtes souvent introduit dans mes rêves ? »
« Bien sûr... » Il s'approcha d'elle et planta son regard dans le sien. « En particulier ceux dont tu n'as jamais parlé à Lucius, » murmura-t-il.
Eléa se sentit rougir et détourna les yeux, embarrassée. Elle s'éloigna à nouveau de lui.
« Tu me fuis ma belle ? » dit-il d'une voix séduisante.
« Non... Je veux juste savoir ce qu'il y a derrière la porte... »
Elle saisit la poignée, et au lieu de se retrouver dans le couloir du Manoir, elle était dans le salon de Sloane Square. Elle eut un petit rire ironique.
« J'ai l'impression d'être dans le roman de Dickens... On va voir quoi, mon présent ? »
« Tu veux voir ton présent Eléa ? » demanda-t-il d'un ton joueur.
« Non... » hésita-t-elle, « non, je préfère le passé. »
Elle revint en arrière et le décor changea une nouvelle fois. Elle était dans les quartiers de Gryffondor, à Poudlard.
« Tiens... » remarqua avec amusement le Lord. « Je n'y étais jamais rentré... »
« J'aimais bien cette salle commu... » Son cœur se serra lorsqu'elle aperçut les Maraudeurs qui bavardaient joyeusement, et plus précisément Sirius qui l'enlaçait tendrement. « Je me souviens de ce jour... » chuchota-t-elle.
Le Lord leva les yeux au ciel. « Je t'en prie Eléa, ils sont tous morts... »
« Non, pas tous ! » répondit-elle vivement.
« Ah oui... le Lycan... ça ne serait tarder... »
Elle tourna les talons et sortit de la salle commune, elle commença à arpenter le couloir avec colère, lorsqu'elle se retrouva nez à nez avec Voldemort.
« Tu voudrais changer le passé ? Honnêtement... »
Eléa réfléchit quelques minutes avant de prendre la direction du Grand Hall. Voldemort lui tendit son bras auquel elle s'accrocha en haussant les épaules.
« J'aimerais ne jamais être venue en Angleterre... » dit-elle après quelques minutes.
« Cela n'aurait rien changé... »
« Je n'en suis pas si sûre ... »
Ils sortirent du château et Eléa poussa un cri de surprise et de joie. Elle tourna sur elle-même comme une gamine qui essaie une nouvelle robe, les yeux pétillants de bonheur. Ils étaient à Paris et elle monta sur le vieux carrousel qui était devant elle. Elle choisit un cheval blanc et le chevaucha en amazone en riant aux éclats. Voldemort s'assit sur un banc et la regarda s'amuser et rêvasser. Il ne l'avait jamais vue aussi heureuse.
Lorsque le manège s'arrêta de tourner, elle descendit en sautillant vers Voldemort.
« Barbe à papa ? » proposa-t-il en lui tendant le nuage rose.
Elle sourit et attrapa quelques filaments qu'elle savoura.
« Ça fait des années que j'en ai pas mangé... » Elle se tourna vers Lui et étouffa un petit rire, il leva un sourire interrogateur. « Rien, » répondit-elle à la question silencieuse. « J'imagine juste la tête de vos partisans si ils vous voyaient avec une barba à papa à la main... »
Ils s'assirent à l'ombre d'un grand arbre et tout devint très calme, trop calme... comme quand la nature sent un danger et que chaque petit être vivant se fait silencieux pour échapper au prédateur. Eléa fronça les sourcils et regarda son Maître dans les yeux.
« Pourquoi ça n'aurait rien changé ? »
« Parce qu'en France il y avait Marius... Il te connaissait bien avant que tu ne le rencontres, il avait le bras long et des hommes qui observaient les élèves à Beaubâton, des hommes qui t'avaient remarqué pour tes capacités extraordinaires... »
« Ça ne veut pas dire que je me serais engagée, » dit-elle en secouant la tête.
« Tu l'aurais fait... Parce que Marius t'aurait séduit, parce qu'il t'aurait emmené en voyage à Londres... Parce qu'il t'aurait présenté son ami Lucius, et toute l'histoire se serait répétée... »
Ils restèrent silencieux quelques minutes.
Eléa essuya une larme. « Vous avez gâché ma vie… »
« Tu penses vraiment ? » Il la força à le regarder dans les yeux. « Tu étais ma favorite, on aurait pu faire de grande choses ensemble, tu t'es toi-même offert cet avenir de misère lorsque tu as craqué et que tu as voulu t'enfuir, » dit-il sèchement. « Si tu ne t'étais pas enfuie, tu n'aurais pas atterri en prison, je n'aurais pas chuté... »
« Votre chute ne dépendait pas de moi ! » s'exclama Eléa. « Ne me mettez pas ça sur le dos ! »
Il sourit à nouveau en voyant la jeune femme tremblante de colère.
« Ah Eléa... quel dommage, » soupira-t-il.
Il s'approcha d'elle et lui déposa un baiser sur les lèvres qu'il approfondit quelques secondes. Il lui caressa le visage, dégageant une mèche de cheveux puis se leva.
« Etait-ce un baiser d'adieu ? » demanda-t-elle la voix tremblante.
« Oui, » répondit-il sans remords. « Tu m'as trahi Eléa, en acte et en pensée... Tu es condamnée à mort, chacun de mes Mangemorts a ordre de te tuer à vue. »
Eléa étouffa un sanglot.
« Si tu avais appris à mettre tes sentiments de côté comme j'ai tenté de te l'enseigner... »
« Qu'allez vous faire à Lucius ? » coupa-t-elle.
« L'amour... » dit-il avec dégoût. « Quelle importance Eléa ? Tu ne seras plus de ce monde... »
Tout se brouilla comme un tableau qu'on passe sous l'eau. Elle crut que c'était les larmes mais les couleurs et la luminosité avaient changé, tout était beaucoup plus sombre.
Elle était allongée et ne voyait que le plafond, blanc cassé, ou peut-être légèrement marbré. Elle arrêta de le contempler et essaya de s'asseoir mais étouffa un juron lorsque ses bras cédèrent sous son poids et la laissèrent couchée. Une petite lueur s'approcha d'elle.
« Lumos, » prononça l'homme.
Eléa poussa un soupir de soulagement lorsque Lucius s'approcha d'elle pour l'embrasser. Elle essaya à nouveau de se relever mais il l'en empêcha.
« Tu es trop faible, amour... Tu as encore besoin de te reposer. »
« Où sommes-nous ? »
« En sécurité, ne t'inquiète pas, » dit-il en lui caressant le front.
« Combien de temps suis-je restée inconsciente ? » demanda-t-elle un peu paniquée.
« Trois jours, » trancha une autre voix masculine.
Eléa fronça les sourcils avant de discerner l'homme dans la pénombre.
« Severus ? »
Vendredi 14 mars 1980
« C'est vraiment trop nul ! » s'exclama-t-elle en s'asseyant sur le canapé de l'appartement. « Trois heures avant de voir une pseudo Médicomage pour me dire que tout va bien et me faire un cours magistral sur ce que je dois faire, je ne suis pas débile ! »
« Elle faisait son boulot, amour, » dit en rigolant Lucius.
« Non, c'est vraiment n'importe quoi, » souffla-t-elle. « On ne devrait pas être obligé d'aller à Ste Mangouste pour ça, on devrait pouvoir se faire suivre par une Médicomage de notre choix, qui nous suivrait tout le long de la grossesse, c'est comme ça en France ! »
« Ce n'est pas une mauvaise idée, » dit-il en réfléchissant, « ça pourrait réduire quelques frais de personnel... Tu pourrais m'avoir quelques chiffres et statistiques du système Français ? »
« Oui, sûrement, j'écrirai à un de mes anciens collègues si tu veux, » dit-elle avec un sourire en coin, réalisant que Lucius pensait toujours au travail.
Lucius acquiesça et l'enlaça tendrement.
« A quelle heure as-tu rendez-vous ? » chuchota-t-il à son oreille.
« Je devrais déjà être partie... » Elle l'embrassa avant de se diriger vers la porte.
« Sois prudente, et ne dépense pas trop ! »
Elle se retourna en fronçant les sourcils.
« Je plaisante amour, dépense plus que de raison, » sourit-il.
Eléa quitta son expression faussement courroucée et sourit à son amant.
« A ce soir ! »
Elle quitta Lucius avec une petite appréhension. Cela faisait quelques semaines qu'elle n'avait pas vu Lily et elle n'était pas très sûre d'elle. Bien sûr, elle allait beaucoup mieux et maîtrisait à nouveau l'occlumancie, mais Lily avait le don pour deviner quand elle allait mal.
Elle passa contre toute attente une journée très agréable. Elles s'étaient arrêtées chez « Le Gobelet Enchanté » un nouveau café réputé pour faire le meilleur jus de citrouille d'Angleterre dont elles se délectèrent, accompagné d'un gâteau au chocolat et aux noix de pécan.
Elles discutèrent de leurs grossesses et Lily fut peinée de savoir qu'Eléa vivait mal celle-ci. Eléa lui avoua être inquiète, se remémorant sans cesse sa fausse couche qui avait failli lui coûter la vie. Lily, quant à elle, n'avait pas de problème et avait même échappé, à son grand soulagement, aux nausées matinales. James se montrait très attentif et la chouchoutait sans arrêt, presque trop à l'entendre parler. La rouquine posa des questions sur l'attitude de Lucius, inquiète de sa double paternité, mais Eléa la rassura en lui disant qu'il était très présent et que la grossesse de Narcissa passait après la sienne, bien qu'elle attendait un garçon. Elle essaya de paraître sûre d'elle mais au fond elle ne savait pas comment cela se passerait, si il serait vraiment là comme il lui avait promis. Elle décida de changer de sujet et elles discutèrent ensuite de Ste Mangouste et de son service de Médicomage peu adapté aux futures mamans. Lily avoua à Eléa qu'elle s'adressait souvent à Madame Pomfresh quand elle avait des questions à lui poser ou quand elle ne se sentait pas en forme. Eléa s'en voulut de ne pas y avoir pensé avant, mais elle doutait que le Lord soit d'accord pour qu'elle la choisisse comme Médicomage, elle était trop proche de Dumbledore.
Elles abordèrent à demi-mot l'Ordre du Phénix et parlèrent des différentes missions en cours. La Mangemort était conviée à la prochaine réunion qui avait lieu quelques jours après. Lily en profita pour lui donner des nouvelles des Maraudeurs et le cœur d'Eléa se serra lorsqu'elle parla de Sirius.
Elle culpabilisa en pensant à Lucius, elle avait tourné la page, pourquoi son nom lui provoquait une telle réaction ? Lily vit qu'elle était troublée mais ne posa pas de question, elle détourna le sujet sur Rémus et elles parlèrent de son célibat trop prolongé à leur goût, s'accordant sur le fait que c'était un gâchis que sa condition le retienne de former une famille.
Après une bonne heure de bavardage intensif, elles décidèrent de faire les boutiques et d'acheter des vêtements plus appropriés à leurs nouvelles formes. Eléa se lamenta sur ses formes généreuses, pestant contre la Médicomage qui l'avait incendiée car elle ne mangeait pas assez. Lily avait elle aussi pris de belles formes, mais étant plus fine qu'Eléa, cela était moins flagrant, son corps était harmonieux et son petit ventre ne se voyait que lorsqu'elle mettait des vêtements moulants.
Après sa fausse couche, Eléa avait brûlé tous ses vêtements et dut en conséquence en acheter quelques uns pour compléter sa garde robe. Jusqu'à présent, elle n'avait acheté que des robes d'hiver et se concentra donc à choisir des choses plus estivales puisque que d'après elle, elle passerait l'été « énorme comme une baleine », elle prit aussi quelques pantalons et tuniques à taille Empire. Elle aida Lily à choisir ses vêtements, notamment pour la couleur, car celle-ci était fatiguée du vert qu'elle mettait si souvent. Eléa lui offrit un magnifique pull à col roulé, dans un fin mélange de laine et de mohair, qu'elle pourrait mettre pour la demi saison, Lily refusa mais Eléa insista, lui disant qu'elle était sa seule amie et qu'elle voulait la gâter. La Mangemort fit un effort surhumain pour ne pas penser à ce qu'elle lui avait fait et au jour où Lily le découvrirait.
Elles se quittèrent en fin d'après midi à regrets et se donnèrent rendez-vous pour la réunion de l'Ordre du Phénix.
Lorsqu'elle revint de son rendez-vous avec Lily, Eléa fut surprise de voir la grande table basse du salon éclairée de bougies et parsemée de pétales de roses. Elle s'avança sur la table, un sourire aux lèvres, toute étonnée de cette attention.
Lucius arriva vers elle et Eléa ne put s'empêcher de pouffer de rire en voyant son amant en costume de travail, la taille enserrée d'un tablier de cuisinière blanc à carreaux rouges. Il leva un sourcil amusé et l'embrassa tendrement.
« Pâtes à la bolognaises et boulettes de viandes, laitue et son assaisonnement à l'huile d'olive et aux noix, soufflé au chocolat et sa crème anglaise... » annonça-t-il d'un ton suave sous le regard pétillant d'Eléa.
Ils s'installèrent confortablement autour de la table et Lucius servit à Eléa un verre de vin rouge français, « juste un » qu'elle fit durer tout le repas. Arrivé au dessert, elle s'assit finalement par terre, sur un coussin, la position assise et pliée pour manger sur la table basse lui appuyait trop sur le ventre.
« Un jour, il faudrait utiliser la table en verre devant la cheminée, » remarqua Lucius, « ou du moins pour manger... » ajouta-t-il avec un sourire coquin.
Eléa rougit un peu et Lucius lui donna un long baiser.
« Ça faisait longtemps que je ne t'avais pas fait rougir... » dit-il à voix basse.
Ils dégustèrent le dessert en se dévorant des yeux et ils finirent la soirée enlacés dans la chambre, faisant l'amour comme il ne l'avait pas fait depuis longtemps, tendrement, les yeux dans les yeux, sans un mot, juste des soupirs de plaisir échangés.
Impasse du Tisseur, dimanche 8 mars 1998
L'ombre se rapprocha et elle distingua enfin la silhouette de son meilleur ami. Lucius laissa sa place à Severus qui s'assit près d'Eléa, sur le rebord du lit. Il passa une main sur son front et elle ferma un instant les yeux sous le geste à la fois médical et amical. Quand elle les ouvrit à nouveau, un léger flou s'était emparé de sa vision mais elle se força à rester concentrée pour ne pas perdre pied.
« Comment te sens-tu ? » lui demanda Severus avec douceur.
Elle ne répondit pas et chercha à deviner l'expression de son visage et de son regard bien qu'elle devinait rien qu'à la voix qu'il avait l'air soucieux.
« Eléa ? Est-ce que tu m'entends ? Comment te sens-tu ? » tenta-t-il à nouveau.
Elle avait ouvert la bouche pour répondre mais tout s'accéléra et elle ne put garder sa promesse de ne pas sombrer à nouveau. Elle se mit alors à trembler de façon incontrôlée et ses yeux se révulsèrent alors qu'elle hoquetait, la respiration saccadée.
« Merde !! » jura Severus en tentant de regarder ses pupilles, manœuvre difficile vu l'état d'Eléa. « Elle est à nouveau en état de choc !! Lucius, la seringue ! »
Une piqûre, la douleur qui suit et l'apaisement. Enfin. Sa respiration se stabilisa et ses tremblements cessèrent. Sa vision ne s'améliora pas mais peu importe, elle ne pouvait de toute manière pas ouvrir les yeux, l'effort était trop important. Elle sentait qu'elle partait à nouveau, qu'elle se déconnectait et qu'elle replongeait vers les profonds abîmes, si familiers, ceux qui l'avaient accompagnée ces derniers jours. Elle était enfin en sécurité, dans son cocon, entourée comme si elle se trouvait dans du coton. Dans des profondeurs. Sauf qu'il n'y avait pas d'eau. Seulement le silence, appel à la méditation et à un repos mérité et serein. Les voix. Elles pouvaient les entendre, loin, très loin. Elle ne distinguait pas les mots précisément, juste un brouhaha étouffé, mais qui la berçait et la connectait encore à une réalité. Rassurant. Elle n'était pas morte. Juste ailleurs.
« Putain… » souffla Lucius en dégageant une mèche de cheveux du visage de sa compagne. « On va finir par la perdre… Tu ne crois pas qu'on devrait la conduire à Sainte Mangouste ? »
« Elle sera morte avant d'y arriver… Tu sais très bien qu'ils ont cerné les environs, c'est insensé… » répondit Severus et Lucius acquiesça. « Il va falloir qu'on l'évacue d'ici, et vite, ça devient dangereux. Les prochaines heures vont être décisives… »
Il le savait. Bien sûr que le Seigneur des Ténèbres et ses Mangemorts étaient à la recherche d'Eléa. Il avait retenu la leçon mais voir la femme de sa vie dans cet état l'inquiétait plus de raison et il était prêt à tenter n'importe quoi, quitte à risquer sa propre vie. Il soupira et les deux hommes rejoignirent le salon en jetant un dernier regard inquiet en direction de la jeune femme allongée dans le petit lit plutôt miteux. L'attente. C'était tout ce qu'il leur restait. Leur pire ennemie mais leur meilleure alliée. Paradoxe.
Impasse du Tisseur, mardi 10 mars 1998
Elle ouvrit lentement les yeux et fut plutôt déçue de voir que l'obscurité la cernait. Plus de voix. Un silence apaisant mais inquiétant. Elle réussit à se redresser et observa la chambre minuscule dans laquelle elle se trouvait. Elle n'avait aucune idée de l'endroit où elle était, elle n'était jamais venue ici auparavant. Tout semblait vieux et visiblement pas entretenu. La planque idéale en fait. Ils devaient être en sécurité ici. Elle choisit de ne pas se torturer davantage et garda cette explication comme étant la plus plausible et la plus logique. Elle tenta de pousser son corps un peu plus et prit une position assise.
« Lucius ? »
Pas de réponse.
Pas de vertige. Pas de migraine. Pas de tremblement et une nouvelle vitalité. Elle se leva avec la précaution d'un jeune enfant faisant ses premiers pas et elle attendit que ses jambes ne tremblent plus avant de faire quelques pas. Elle portait toujours sa robe blanche et elle était pieds nus. Elle chercha des chaussures qu'elle ne trouva pas et alla jusqu'à la fenêtre dans l'espoir de voir à l'extérieur. Les volets étaient malheureusement fermés. Logique. Plutôt sécurisant et bien pensé. Un bruit provenant d'un endroit qu'elle ne put localiser attisa sa curiosité et elle ouvrit la porte de la chambre.
Elle pénétra dans un salon aussi minuscule que la chambre, plongé également dans la pénombre, et elle regarda les murs avec interrogation. La tenture semblait épaisse, comme une espèce de capitons rembourrés, et elle fut impressionnée par le nombre de livres soigneusement rangés, la plupart reliés en vieux cuir noir ou marron. Le mobilier était sommaire et se résumait à un canapé élimé, un fauteuil délabré et une table basse branlante. Seules les chandelles d'une lampe accrochée au plafond éclairaient la pièce et elle recula par réflexe alors qu'il lui semblait que ladite lampe menaçait de se décrocher à tout moment. Elle était seule. Comment avaient-ils pu la laisser seule… Elle frissonna et chercha autour d'elle un vêtement chaud qu'elle ne trouva pas. Un bang sonore fit accélérer les battements de son cœur et une porte s'ouvrit dans le mur de livres situé à sa droite. Elle remarqua un escalier étroit et retint sa respiration, paralysée. Elle s'autorisa à nouveau à respirer quand elle vit la silhouette apparaître de la porte secrète.
« Eléa ?! »
Il se précipita vers elle et la força à s'asseoir sur le vieux canapé usé avant de vérifier ses pupilles, son front et le pouls à son poignet.
« Je vais bien… » articula-t-elle et il la regarda enfin vraiment avant de la prendre dans ses bras et la serrer fort. « Où sommes-nous Sev' ? »
« Chez moi, » répondit-il l'éloignant de lui et la regardant avec un œil encore médical. « Impasse du Tisseur. Un quartier populaire moldu dans les bourgades éloignées de Londres. »
« Je ne savais pas que tu habitais là… » dit-elle en lui jetant un regard d'incompréhension.
« Peu de personnes connaissent l'existence de cette maison… Elle m'appartient depuis longtemps, à l'époque de ma double identité… » expliqua-t-il et elle acquiesça, comprenant où il voulait en venir.
« Quel jour sommes-nous ? »
« Mardi, » répondit le Professeur de Potions avant d'ajouter en voyant le regard d'Eléa. « 10 mars. »
« De quelle année ? »
« 1998 ! » s'exclama-t-il en riant et elle lui adressa un timide sourire amusé.
« Où est Lucius ? »
« Sloane Square… » répondit brièvement Snape.
« Donc, Il ne l'a pas tué… » souffla Eléa.
« Non, mais toi tu es activement recherchée et ta tête est mise à prix… » soupira-t-il en se frottant ses yeux fatigués.
« Combien ? » poursuivit-elle avec un sourire ironique et il leva les yeux au ciel.
« Ne plaisante pas avec ça, Eléa… On attendait que tu reprennes conscience pour se tirer de là. »
« Je croyais que cet endroit était secret ? »
« Il l'est mais il risque de ne pas le rester longtemps et contrairement à Grimmauld Place, il n'est pas vraiment sécurisé… » regretta Snape.
« Pourquoi Il ne m'a pas tuée ? » demanda-t-elle les larmes aux yeux.
« Lucius te racontera, chérie. On va d'abord mettre les voiles, ok ? »
Elle acquiesça et un nouveau frisson la parcourut.
« J'ai froid… »
« Ne bouge pas. »
Il revint quelques minutes après avec sa cape rouge dans laquelle il l'enveloppa.
« Est-ce que ça va aller, Eléa ? Il faut qu'on transplane jusqu'au QG de l'Ordre, est-ce que tu penses pouvoir supporter le voyage ? »
Elle acquiesça et il lui sourit, lui nouant sa cape de manière attentionnée.
« On est pareil toi et moi maintenant, Sev'… » murmura-t-elle et il leva un sourcil interrogateur.
Elle lui présenta son avant-bras sur lequel s'étalait la Marque des Ténèbres et il releva sa manche, présentant la même Marque qu'il arborait. Il plongea ses yeux sombres dans les siens d'un bleu presque translucide malgré la pénombre et son regard se troubla de larmes qui bientôt coulèrent sur ses joues.
« Eléa… »
« Tu as toujours été là pour moi… Tu étais là le jour où Il m'a marquée et tu es là maintenant… »
La voir si désespérée et vulnérable lui brisa le cœur, et il la prit à nouveau dans ses bras, la berçant et caressant ses cheveux en attendant qu'elle se calme.
« Ca va aller… C'est dur au début mais ça ira, je te le promets… Une nouvelle famille t'attend, Eléa, une vraie, une qui t'aime et qui ne te fera jamais de mal… Pense à Hermione… »
« Et Lucius ? » demanda-t-elle plongeant son regard anéanti dans les yeux de son ami.
Il ne répondit pas et se contenta de la prendre à nouveau contre lui alors qu'il sentit d'autres sanglots secouer son corps déjà affaibli.
« Il faut qu'on y aille, Eléa, » dit-il quand il sentit qu'elle allait mieux.
« On y va, » accorda-t-elle et il lui prit le visage dans ses larges mains, essuyant ses dernières larmes et plongeant son regard dans le sien afin de capter toute son attention.
« Ecoute-moi bien, Eléa… On ne peut pas transplaner dans la maison même, tu le sais. Tu me laisses faire, tout ce que tu as à faire, c'est te laisser guider. On va transplaner sur le seuil de la maison, au plus près, et on court pour entrer, tu entends ? Pas dans la rue, Eléa ; pas sur le trottoir. Sur le seuil de la maison. C'est clair ? Ferme ton esprit pendant le transfert, ne pense à rien. Tu comprends ? C'est important, le moindre faux pas et on est morts, tous les deux, ok ? »
Elle acquiesça une nouvelle fois et ils se levèrent.
« Ok… » souffla-t-il visiblement concentré.
Il lui rabattit la capuche de sa cape sur sa tête et lui donna un rapide baiser sur les lèvres avant de la prendre à nouveau dans ses bras.
« Prête ? »
Elle acquiesça, fermant les yeux, et un vertige la saisit alors qu'elle reconnut le tourbillon du voyage qui s'amorçait.
Tout se passa très vite mais en même temps comme au ralenti. Elle avait fermé les yeux. Une fois qu'ils furent arrivés à destination, il lui avait saisi la main et hurlé de courir, ce qu'elle avait fait sans savoir réellement où elle allait, ayant une entière confiance en son ami. Puis une porte avait claqué et elle avait ouvert à nouveau les yeux, constatant avec soulagement que l'entrée de la maison de Grimmauld Place les avait accueillis.
Ses jambes se dérobèrent sous elle et il la rattrapa de justesse, la soutenant alors que les vertiges n'avaient pas cessé avec l'atterrissage. Elle porta une main à son visage et en retira une main ensanglantée. Elle saignait du nez, abondamment, et avait maculé de rouge sa belle robe blanche.
« Merde… » jura Severus en la prenant dans ses bras avant de commencer à gravir les escaliers menant au premier étage. « Ca va aller… Tu as besoin de te reposer, le voyage a été plus éprouvant que je ne l'aurais pensé, mais maintenant tu es en sécurité, Eléa, tout ira bien… »
Mercredi 19 mars 1980, Little Hangleton
La matinée était déjà bien avancée lorsque Lucius rentra de mission et Eléa était endormie paisiblement. Il la regarda un instant, un léger sourire aux lèvres puis se dirigea vers la salle de bain et prit une douche afin de se détendre et soigner quelques blessures. Il la rejoignit et ne se rendit pas compte qu'elle était réveillée, il s'endormit rapidement sous l'œil froid de sa compagne.
Elle était à deux doigts de lui faire une scène, mais finalement elle se ravisa. Cela faisait maintenant quatre jours qu'elle était au Manoir, à tourner en rond alors que Lucius et ses « amis » partaient en mission chaque nuit, la laissant la plupart du temps seule, ou pire avec Regulus Black qui était si fatiguant à poser tant de questions qu'elle avait envie de se taper la tête contre les murs. Lucius avait prit quelques jours de vacances mais il n'était guère présent, trop occupé à enquêter sur le traître ou encore en débriefing avec les Russes, ou le Maître. Tout cela commençait à l'énerver passablement et la bonne humeur qu'elle avait réussie à regagner ces derniers jours s'était transformée en amertume.
Elle se rendormit finalement en maudissant le monde entier et se jurant de faire entendre ses pensées.
Lucius se réveilla quelques heures plus tard et se tourna vers sa compagne, il l'embrassa sur le front avant de se lever et de lui préparer un petit déjeuner qu'il lui apporta au lit.
Il la réveilla et fronça les sourcils devant le teint pâle et fatigué de sa maîtresse.
« Comment vas-tu chaton ? » murmura-t-il.
« Mal. J'ai mal dormi, je t'ai attendu toute la nuit… » répliqua-t-elle froidement.
« Désolé, la mission s'est un peu éternisée… »
« Je n'aime pas dormir ici Lucius, je me sens pas bien dans ce manoir, j'ai toujours l'impression qu'Il m'épie… » s'emporta-t-elle.
« Je préfère que tu sois là quand j'y suis, ou quand je suis en mission, il y a toujours quelqu'un au cas où tu te sentirais mal… »
« Dans ce cas, ne fais pas les missions ou emmène moi ! »
« On en a déjà parlé, » soupira-t-il, « tu sais ce que le Maître en pense, et ce que j'en pense… »
« Et bien j'en ai assez qu'on pense à ma place ! »
Elle se leva brusquement et mit son peignoir qui traînait au pied de son lit pour se diriger vers la salle de bain. Lucius l'attrapa doucement par le bras.
« Tu devrais manger un peu, » dit-il gentiment.
« Je n'ai pas faim, » coupa-t-elle avant de retirer son bras et entrer dans la salle de bain. Elle claqua la porte avant même que Lucius ne put la suivre et la scella magiquement. Il insista de nombreuses minutes mais laissa tomber lorsqu'elle lui cria de partir, qu'elle voulait rester seule.
Elle prit un bain chaud et se demanda s'il ne serait pas plus facile pour elle de se laisser sombrer au fond de la baignoire et d'attendre la mort plutôt que de continuer dans cette situation. Elle secoua la tête comme pour chasser ses idées noires et sortit enfin de la salle de bain, constatant avec soulagement qu'il ne l'attendait pas.
Il avait laissé le petit déjeuner sur un plateau, elle prit machinalement son verre de jus d'orange et s'installa dans un gros fauteuil, qu'elle avait fait apparaître la veille, face à la fenêtre. Elle avait replié ses genoux tant bien que mal sur sa poitrine, son petit ventre apparent la gênant déjà pour prendre ce genre de position.
Elle resta un instant ainsi tout en buvant son jus d'orange à petites gorgées et ferma les yeux d'exaspération lorsqu'on frappa à la porte. Elle ne répondit pas, mais les coups retentirent à nouveau et elle les laissa sans réponse.
Après quelques secondes, la porte s'ouvrit doucement et quelqu'un entra. Eilane. Eléa pouvait reconnaître son parfum ambré entre mille, surtout avec son odorat développé par sa grossesse.
« J'ai envie de rester seule, » articula-t-elle, sans laisser transparaître sa colère.
« Je sais. Lucius m'a dit que tu n'allais pas bien… » s'excusa la jeune femme.
« Lucius devrait se taire parfois… »
« Qu'est-ce qu'il y a Eléa ? » demanda-t-elle doucement tout en s'approchant d'elle avec prudence, devinant le regard meurtrier de la jeune femme.
« D'après toi ? »
« Je n'en sais rien Eléa, guide-moi… »
Eléa se leva pour poser son verre et fit face à son interlocutrice.
« C'est peut-être le fait de rester là alors que je n'en ai aucune envie, le fait de rester dans ce Manoir pourri au lieu de participer aux missions… » s'énerva-t-elle.
« Tu ne peux pas y participer Eléa, les attaques sont de plus en plus violentes, c'est trop risq… »
« Je ne suis pas en sucre putain ! J'ai besoin d'action, j'ai besoin de me défouler ! Ras-le-bol de jouer les mères porteuses cloîtrées dans une prison ! Je suis littéralement en train de bouillir, tout ce pouvoir en moi qui ne peut pas sortir, je vais exploser ! » Elle monta le ton et commença à s'énerver.
« On ne veut pas que tu fasses une autre fausse couche, je te rappelle que la dernière fois, tu ne t'es pas ménagée et le résultat a été plutôt catastrophique ! » siffla Eilane.
« Je croyais que ça n'avait rien à voir ? C'est ce que tu m'as dit, n'est-ce pas ? Tu m'as dit que ce n'était pas ma faute ! » cria-t-elle.
« Peut-être… » répondit-elle, le regard sombre.
« Je sais qu'il y a une grande mission avec Marius ce soir, je veux en faire partie ! » dit Eléa sur un ton de défi.
« Eléa... » dit-elle d'un ton exaspéré, « tu sais que ce n'est pas possible... » articula la Vélane en essayant de se calmer.
« Avec Marius et Lucius, je n'aurai rien à craindre ! J'en ai besoin Eilane ... »
« Non, » répondit-elle fermement. « Tu es bien placée pour savoir qu'ils ne pourront pas être concentrés si ils doivent te protéger, regarde ce que ça a donné quand tu as voulu protéger Lucius à la Saint Sylvestre ! »
« Oh épargne-moi tes reproches ! »
Elles restèrent silencieuses quelques secondes, en se dévisageant, puis Eléa attrapa un sac et y prit ses quelques affaires dispersées dans la chambre.
« Qu'est-ce que tu fais ? » soupira Eilane.
« Je rentre chez moi, je suis inutile ici et je m'emmerde. »
Eilane s'approcha d'elle et la prit par la main.
« Reste, s'il te plait. Je... On se fait du souci pour toi… »
« Non. » Elle eut un rire amer. « Tu ne te fais pas de souci pour moi, je ne suis plus la numéro 1, je ne suis plus rien… » Les larmes commencèrent à lui monter aux yeux. « Tu te fais du souci pour le bébé c'est tout. »
« C'est faux Eléa, tu sais que tu as toujours eu une place particulière pour moi… » Elle essuya les larmes d'Eléa avec douceur puis s'arrêta en fronçant les sourcils. « Depuis quand tu penses à la mort ? »
Eléa eut un mouvement de recul.
« Je ne vois pas de quoi tu parles, » répondit sèchement Eléa.
La Vélane se rendit compte de son erreur et fit un pas vers elle.
« Tu sais que tu peux tout me dire… » reprit Eilane avec douceur.
« Non. » Elle mit son sac sur les épaules. « Je ne te fais plus confiance, je n'ai confiance en personne… »
Sur ces derniers mots, elle sortit au pas de course, suivie d'Eilane sous les regards interrogatifs des Mangemorts, dont Severus et Karkaroff.
Elle se dirigea vers le jardin, le traversant à toute allure afin de pouvoir transplaner au plus vite.
« Eléa, attends ! On va trouver une solution ! » s'écria Eilane.
« Ah oui ? » stoppa Eléa en faisait volte-face. « Qu'est-ce que tu vas faire ? Remonter le temps et effacer toute cette souffrance ? Est-ce que tu as une idée de ce que je vis ? » hurla Eléa. « Si vous vous souciez tant de moi, où est-Il ? »
« Tu te plains toujours de sa présence et de son regard sur toi et maintenant tu Le demandes ? » se moqua Eilane.
« Ce n'est pas sa présence que je veux, c'est entendre de sa bouche que je suis toujours sa favorite, entendre que tout ira bien et que ma vie n'est pas bousillée ! »
« Je t'en prie Eléa, reviens sur terre ! Tu vas avoir un enfant, qui sera choyé comme aucun enfant ne l'a été, combien de femmes voudraient être ta place ? »
« Tu veux ma place ? Je te la donne ! » cracha Eléa avant de tourner les talons et d'accélérer le pas.
« Putain ! » jura Eilane tout en poursuivant la jeune femme « Reste ! »
Eléa se retourna et d'un geste de la main envoya un éclair magnétique qui envoya Eilane à terre, prise par surprise. Elle se releva, prête à répliquer mais Eléa s'était évaporée dans la nature.
Poudlard, vendredi 13 mars 1998
Le cours de Potions était enfin fini mais elle était restée assise alors que tous les élèves avaient quitté la salle de cours. Elle était fatiguée depuis quelques semaines, physiquement et psychologiquement. Rien n'était facile et même si elle se disait qu'elle devait l'ignorer et ne plus se soucier de Draco, de sa vie et de ses agissements, le fait qu'il sortait et couchait avec Gina Mayer la dégoûtait et la rendait amère et trahie. Et ça lui donnait la nausée, une envie furieuse de vomir tous les matins quand elle se réveillait et qu'elle pensait à lui. Sans oublier les derniers évènements et le rituel d'Eléa qui avait apporté au Seigneur des Ténèbres une pièce supplémentaire au puzzle qu'il s'employait à reconstituer pour parvenir à ses desseins machiavéliques. Elle n'avait pas été autorisée à rendre visite à Eléa mais elle savait que sa mère avait enfin rejoint le sécurisant QG de l'Ordre du Phénix.
La porte claqua derrière elle, elle sursauta et se retourna avant de cligner des yeux à de nombreuses reprises devant la vision de Draco, appuyé contre la porte. Elle se mit à trembler de manière incontrôlable et rassembla en quatrième vitesse ses affaires avant de tenter de sortir de cet enfer dû à sa simple présence.
« Excuse-moi… » déclara-t-elle faiblement pour qu'il la laisse sortir bien qu'elle savait rien qu'en voyant son regard sur elle que ce vœu était pieu et qu'elle ne s'en sortirait pas si facilement.
« Toi, excuse-moi… », rétorqua-t-il et elle leva un sourcil surpris et interrogateur. « Je ne voulais pas ce qui s'est passé avec Gina… »
Elle ne put s'en empêcher mais un petit rire passa la barrière de sa gorge devenue tout à coup trop étroite, et elle secoua la tête d'incrédulité.
« Pousse-toi, laisse-moi sortir… »
« Je me suis excusé Hermione ! » s'exclama-t-il soudainement la faisant à nouveau sursauter malgré elle.
« Je m'en fous Malfoy ! Je n'ai pas été suffisamment claire ?! C'est fini entre nous, tu couches avec qui tu veux, ce n'est plus mon problème ! »
« Menteuse… »
« Quoi menteuse ?! Mais qu'est-ce qui cloche chez toi ?! » s'emporta-t-elle soudainement. « Pourquoi est-ce que tu viens me dire ça ? Tu crois que je suis stupide ? Je sais très bien que tu sors avec elle et tu ne t'en es d'ailleurs pas caché, alors si tu crois que- »
« Hey ! » la coupa-t-il. « Je ne t'ai jamais trompée quand on était ensemble ! »
Elle lui jeta un regard appuyé et elle vit qu'il était à présent réellement en colère alors que ses yeux lançaient des éclairs.
« Non Hermione, pas de ça ! Ne renverse pas toujours les choses dans le sens qu'elles t'arrangent ! Tu as dit qu'on n'était plus ensemble, que toi et moi c'était fini et que je pouvais bien coucher avec qui je voulais ! Je suis un homme, j'ai des besoins, et elle était là à me courir autour depuis un moment ! Je l'ai baisée c'est tout ! »
« Très poétique… Tu crois pouvoir me faire du mal ? C'est ça que tu cherches ? »
« Non, et tu le sais très bien. Je déteste te voir souffrir ! »
« Je m'en fous après tout, laisse-moi sortir maintenant… », insista-t-elle tentant de le bouger de devant la porte.
« Putain, tu ne comprends pas Hermione ?! »
Il la débarrassa soudainement de son sac et la prit par les épaules, la poussant contre le bureau du Professeur Snape sur lequel il la fit asseoir.
« Elle, je la baise, sans la regarder… Toi, je te fais l'amour, je t'aime… »
Il tenta de l'embrasser mais elle esquiva et le repoussa, reculant la tête.
« Arrête Draco, laisse-moi… »
« Elle, elle n'a pas droit à des caresses, comme celles que tu aimes… »
Et il joignit le geste à la parole, glissant sa main sous sa jupe et dans sa culotte, trouvant avec satisfaction son intimité humide dans laquelle il glissa un doigt.
« Arrête ! » cria-t-elle réalisant ses intentions et se retenant pour ne pas gémir sous ses doigts habiles.
« Tu ne le penses pas… », continua-t-il. « Je sais que tu as envie de moi… »
Il dégrafa son pantalon, libérant son sexe dressé avec un soupir de soulagement et elle tenta une dernière fois, qu'elle savait vaine, de s'échapper. Il arracha sa culotte, maintint ses cuisses écartées avec un genou et se positionna entre ses jambes, la maintenant sur le bureau sur lequel elle déclara forfait en s'allongeant avec résignation.
« Tu vois bébé, tu en as autant envie que moi… Pourquoi tu ne l'avoues pas ? Elle, elle n'a pas droit à des petits mots d'amour, à être touchée à cet endroit-là… »
Il glissa son pouce sur son clitoris la regardant s'arquer et se mordre la lèvre inférieure. Il la sentit se contracter sous lui et tenta de la détendre en s'allongeant davantage sur elle tandis qu'elle pouvait sentir son érection contre sa cuisse, prête à entrer à elle. Cette pensée la fit frissonner alors qu'elle pensa à une ultime esquive, jouant sur la corde sensible.
« Draco, tu m'écrases, tu me fais mal… »
« Laisse-toi faire alors… Détends-toi… »
Elle acquiesça, entrant dans son jeu, et il lui laissa une plus grande liberté de mouvements avant d'attaquer sa bouche.
« Elle, je ne l'embrasse pas comme ça… », poursuivit-il et cette torture mentale l'entendant parler d'une autre fille avec qui il passait du bon temps la ramena dans la réalité et elle leva les genoux, tentant de se relever et de le pousser. Il réagit vite et l'empoigna violemment, la renversant en arrière et sans le vouloir, sa tête tapa un peu trop fort le bureau et elle se mit à gémir.
« Putain, c'est de ta faute ! »
« Dégage ! » cria-t-elle les larmes aux yeux.
« Pardonne-moi bébé… »
Il la couvrit à nouveau avec son corps, arracha les boutons de son chemisier afin d'avoir accès à sa poitrine et il captura ses lèvres en même temps qu'il la pénétra d'un coup de rein soudain. Surprise, elle écarquilla les yeux, étouffant un cri dans sa bouche et il commença ses va et vient rapides et violents, haletant déjà, et elle sentit son souffle chaud sur son oreille. Elle ferma les yeux, résistant à l'envie d'enrouler ses jambes autour de lui, et elle resta passive pendant qu'il la pilonnait furieusement. Il accéléra le rythme et se mit à l'embrasser sur tout le visage, murmurant inlassablement « pardonne-moi bébé », lui donnant le tournis alors qu'elle avait la tête qui lui tournait un peu. Il se releva, empoigna ses hanches, allant de plus en plus vite en elle et sentant son point de non-retour approcher à grands pas.
Elle se redressa à son tour et sentit les muscles de son vagin se contracter mais elle ne voulut pas lui donner la satisfaction de lui montrer la jouissance qu'elle ressentait et elle le mordit violemment à l'épaule, jusqu'au sang. Il hurla et éjacula en elle dans le même temps, la plaquant à nouveau sur le bureau brutalement, serrant de toutes ses forces ses bras sur lesquels il savait qu'il laisserait des bleus. Il savoura son puissant orgasme, restant en elle et appuyant le poids de tout son corps sur elle, la maintenant prisonnière et captive de ses gestes. Il fit glisser sa langue dans son cou et elle ferma les yeux, ne bougeant pas d'un pouce quand il atteignit ses lèvres, faisant passer une langue joueuse dessus avant de demander l'autorisation d'y entrer. Elle accéda à sa requête et le laissa envahir sa bouche, restant immobile et légèrement sonnée et écœurée, en même temps que des vagues de plaisir la parcouraient encore, sensations contradictoires, dérangeantes et finalement désagréables. Elle sentit avec soulagement qu'il l'écrasait moins et dans la seconde où il se retira, elle se releva et le poussa. Elle remit sa culotte, qu'elle rapiéça d'un coup de baguette, d'un geste rapide et mal assuré, tremblante et chancelante, et lui jeta un regard mauvais alors qu'il reboutonnait son pantalon.
« Je t'interdis de me toucher à l'avenir Malfoy… Tu entends ! Tu me dégoûtes… »
Il releva la tête et il reçut comme une gifle en plein visage, lui retournant un regard désespéré.
« Je t'aime Hermione… »
« Pas moi ! » cria-t-elle. « Je ne t'aime pas, je ne t'aime plus, en quelle langue faut-il que je te le dise ?! Ne t'avise plus jamais de remettre les mains sur moi », l'avertit-elle dangereusement avec une menace claire et évidente dans la voix.
Elle sortit enfin, le cœur manquant de se décrocher dans sa poitrine vu son rythme effréné, le sang battant dans les veines de ses tempes et lui donnant une migraine nauséeuse. Il resta interdit un moment avant de reculer lentement et se laisser glisser contre le mur, enfouissant sa tête dans ses mains alors qu'il réalisait ce qu'il avait fait avec dégoût et amertume. Il le savait à présent, il en était sûr. Il l'avait perdue, pour de bon. Et il en était le seul responsable et à blâmer. Il savait ce qu'il lui restait à faire à présent, il ne pourrait plus reculer, c'était après tout ce à quoi il était destiné et il venait de se le prouver tout seul.
Hermione remonta jusqu'à la Tour Gryffondor en prenant garde de ne pas montrer son désespoir. Elle avait séché ses larmes, détaché ses cheveux qui devaient couvrir les traces de trop de larmes versées. La Grosse Dame du portrait ne fit aucune remarque mais se contenta de regarder la jeune sorcière avec un petit sourire triste et compatissant. Elle monta jusqu'à sa chambre sans même se demander qui était présent dans la salle commune et elle noya quelques larmes supplémentaires sous la douche.
Elle songea un instant à se coucher, dormir pour oublier, mais quand elle croisa son regard dans le miroir et qu'il lui renvoya l'état déplorable dans lequel elle se trouvait encore à cause de lui, elle sut qu'elle devait réagir si elle ne voulait pas que Draco Malfoy la détruise complètement. Elle insonorisa sa chambre et se mit à hurler, balayant d'un revers de la main tout ce qu'elle trouva sur son passage. Elle se défoula jusqu'à ce que la nausée la prenne et rangea le désordre qu'elle avait mis de quelques coups de baguette magique. Elle se rhabilla enfin et descendit déjeuner dans la Grande Salle avec ses amis comme si rien ne s'était passé. Elle avait décidé de l'occulter de sa mémoire, de l'effacer, de le mettre dans un coin ; mais pas de l'oublier. Cet épisode ressortirait un jour ou l'autre, elle le savait, il ne pouvait pas s'en tirer si facilement.
Elle ne pensa même pas à vérifier si il était également venu déjeuner, elle s'employa à se détendre et rire avec ses amis, et réussit plutôt bien à donner le change.
Draco Malfoy ne descendit pas déjeuner ce jour-là, pas plus qu'il ne se rendit à ses cours de l'après-midi. Il avait autre chose de plus important à faire et s'y préparait activement, ne pensant plus qu'au moment où il deviendrait enfin ce à quoi il était destiné depuis son enfance.
Sloane Square, samedi 14 mars 1998
Lucius avait été surpris de recevoir un hibou de son fils en début d'après-midi l'invitant à venir le chercher en plein cœur de Londres. Etrange coïncidence alors qu'il s'apprêtait également à tenter d'entrer en contact avec son fils. L'expression vide sur le visage pâle de Draco l'avait surpris et inquiété mais il avait bien compris qu'il n'aurait aucune explication sur ce qui avait pu se passer pour lui enlever toute envie de vivre. Parce que la requête de Draco était bien celle de mourir. Pas au sens littéral bien évidemment mais la métaphore était aisée à comprendre. Lucius aurait dû ressentir une certaine fierté devant un tel pas en avant et une telle détermination mais trop de questions lui étaient venues en tête et les paroles martelées par Eléa depuis de nombreux mois venaient de lui revenir en mémoire. Il songea un instant à le renvoyer à Poudlard mais il ne pouvait pas faire machine arrière à présent, toute la mécanique était déjà enclenchée depuis longtemps.
Père et fils pénétrèrent en silence dans le grand hôtel londonien et Lucius accompagna Draco jusqu'aux appartements du Maître. Avant d'entrer, il se retourna ayant l'intention de questionner une dernière fois son fils mais Draco l'en empêcha d'un geste de la main et Lucius ouvrit la porte de l'antre du Seigneur des ténèbres.
Une odeur de souffre incommoda un instant Draco et il se demanda quelle potion était de toute évidence en train de mijoter dans une pièce adjacente. Ils s'agenouillèrent devant Voldemort et attendirent d'avoir l'autorisation de se relever avant de faire le moindre geste. Voldemort, installé dans un fauteuil près de la fenêtre, parla enfin et intima à Draco de le rejoindre.
« Approche Draco… »
D'un pas finalement peu assuré, le jeune Serpentard s'exécuta et évita de croiser le regard rouge du Maître dont le visage paraissait plus crevassé qu'à l'accoutumé.
Que pouvait-Il bien attendre à le fixer de ses yeux froids et quelque peu maléfiques, finalement dépourvus de vie ? Il était venu de son plein gré et attendait d'être gratifié pour être reconnu comme appartenant au clan, au Cercle, celui auquel il avait toujours été destiné. Puis, Il le sentit s'introduire dans son esprit et ne lutta pas ; il n'avait après tout rien à cacher, et surtout pas ses motivations. Et si elles n'étaient pas celles qu'Il attendait ? Tout à coup, il prit peur, réellement, et il ferma son esprit. Folie. Savait-il contre qui il se mesurait ? Il tomba à nouveau à genoux alors qu'il ressentit comme un étau enserrer son crâne. Il Le sentit s'enfoncer au plus profond de sa conscience et jusqu'à son inconscient. Puis, il cessa la lutte et prit sa tête entre ses mains, respirant bruyamment.
« Ah, l'amour et la haine… » soupira Voldemort. « Je dois avouer que ta dernière incartade avec la jeune Hermione était brillante. Je n'aurais même pas osé te demander une telle chose, » ricana-t-il d'un œil pervers.
« La ferme… » réussit à articuler Draco, le front ruisselant de sueur alors qu'une fièvre semblait avoir saisi son corps qui se contractait sous des spasmes douloureux.
Lucius se raidit en entendant son fils jurer de la sorte à leur Maître et soupira en silence devant l'insolence de Draco, attendant finalement que la sentence tombe.
« Je pourrais te tuer rien que pour ces mots offensants à mon encontre… Tu es conscient de ça, n'est-ce pas ? » demanda d'une voix dangereusement mielleuse Voldemort.
« Vous pouvez me tuer si vous voulez, » répondit Draco d'une voix éteinte et sans âme. « Vous êtes libre de disposer de moi, je suis tout à vous, mais ne parlez pas d'elle… »
« Je n'ai pas besoin d'âmes désespérées dans mes rangs ! » gronda le Seigneur des Ténèbres. « Je veux de véritables partisans, prêts à se battre pour une cause qu'ils partagent et entendent bien imposer !! »
« J'ai été élevé selon Votre idéologie, » répondit Draco, soutenant le regard de Voldemort.
« Tu es un gamin intelligent, Draco… »
« Je ferai tout ce que vous voulez, Maître, » ajouta le jeune Serpentard, le regard fixe mais déterminé.
Lucius sentit comme un regain de fierté parcourir son échine et une nouvelle montée d'adrénaline orgasmique lui redonna ce sourire en coin mauvais qui avait fait sa réputation. Voldemort sembla satisfait de ces paroles et glissa vers Draco.
« Lève-toi, » lui intima-t-il d'une vois devenue soudainement grave, comme sortie d'outre-tombe.
Draco s'efforça, avec un effort plus que visible, de se lever et il fixa un point pour ne pas flancher.
« Tu dois être conscient que ta présence privilégiée et stratégique au sein de Poudlard va faire de toi un membre à part et sollicité, » l'avertit Voldemort.
« Bien évidemment, » accorda Draco qui souhaitait plus que tout que ce calvaire se termine pour pouvoir se reposer.
Voldemort lui attrapa alors fermement le bras qu'il découvrit et pointa sa baguette sur son avant-bras. La douleur fut indescriptible et Draco hurla avant de s'effondrer sur le sol, inconscient.
Voilà voilà !! Désolée pour le trop peu d'update, mais nous avons beaucoup moins de temps qu'avant :(
Merci de votre fidélité, et laissez nous des reviews !! on adore ça et on répond à tout le monde :)
Bisous tout le monde !!
Eléa
Teaser du chapitre 33: Le piège
1980 : Des prises de risques causent à Eléa quelques remontrances alors que le refuge dans le giron paternel est toujours aussi doux.
1998 : Un séjour à Poudlard pour Eléa, une épreuve physique et psychologique et un piège dangereux… Mwouahahaha !!
