LES LIENS DU PASSÉ
Titre: Les liens du passé
Auteurs : Rowena, ma poulette, pour tout ce qui se passe dans le présent et Eléa, moi, pour tout ce qui se passe en dans le passé.
Disclaimer : Les personnages ne nous appartiennent malheureusement pas (damn it, j'aurais dû les inventer !), à part Eléa, imaginée de toute part par moi :p... JK Rowling, tout est à elle...
Spoilers/Timeline: Aucun spoiler mais la fic pour ce qui est du "présent" se situe après le tome 5.
Rating : M
Couples : Let's read and see !
Note de Rowy :je voulais juste dire à ma poulette que je suis trop contente d'écrire cette fic avec elle et que je la remercie de me supporter moi et mes questions sur des détails voire pas des détails d'ailleurs qui m'échappent dans le Potterverse ! Love U chickie...
Note d'Eléa : Merci ma poulette de m'avoir embarquée dans cette jolie aventure et de m'avoir soutenue et encouragée, merci de m'avoir indiqué le mode d'emploi du mode DAWSON, merci pour les fous rires et merci pour Eléa... love you too
Remerciements : un grand merci à Morgana, notre béta readeuse et Hamadryas pour ses conseils !
REPONSES AUX REVIEWS
Rowy : Très honnêtement, répondre aux reviews dont certaines datent d'il y a 3 ans n'est pas facile et même complètement décalé et finalement absurde. Avec le temps, je ne sais même pas si on gardera certains lecteurs qui seront certainement passés à autre chose et on ne peut pas les blâmer. En tout cas, un grand merci pour ces reviews qui font toujours très plaisir, on est motivées pour la finir, il le faut et rapidement j'espère. Pour répondre à Khalia concernant le nombre de chapitre total, je ne sais pas exactement mais je ne pense pas que ça dépasse 40.
Bonne lecture !
Eléa : Comme dit Ro', répondre aux reviews maintenant serait absurde… Merci encore pour vos reviews et j'espère que certains d'entre vous seront au rendez vous malgré le temps… Le chapitre 34 est en cours d'écriture. On aimerait vraiment finir la fic, mais ce n'est pas évident à concilier avec notre emploi du temps…
Je donne toujours des nouvelles de l'écriture et autre sur mon LJ (lien dans le profil). Bonne lecture ! et envoyez de reviews, qu'on voit si vous êtes toujours là !
Résumé du chapitre 32 :
1980 : Eléa ne parvient pas à accepter sa grossesse, surtout que Narcissa est également enceinte de l'héritier de Lucius. Malgré la présence amicale de Lily, Eléa sombre, son existence n'est qu'ennui alors qu'elle souhaiterait pouvoir participer aux combats.
1998 : Eléa est contrainte d'invoquer son ancêtre Déméter sur les ordres de Voldemort mais le rituel terminé, ce dernier s'apprête à la tuer quand Lucius la sauve in extremis, provoquant la colère du Seigneur des ténèbres. Draco dérape dramatiquement avec Hermione, violant la jeune fille, avant de se tourner, dans un ultime élan de désespoir, vers Voldemort.
Chapitre 33 : Le piège
Man is the only kind of varmint who sets his own trap, baits it, then steps on it. John Steinbeck
Grimmauld Place, dimanche 15 mars 1998
Le soleil avait beau briller sur Londres et ses environs, elle n'arrivait pas à se défaire de ce sentiment d'emprisonnement qu'elle ressentait et qui allait la rendre folle.
Ses seize années enfermées à Azkaban venaient de remonter à la surface et en quelques jours, elle avait vécu à nouveau le film de cette sombre épreuve. Des crises d'angoisse, aussi subites que violentes et de plus en plus fréquentes, commençaient à inquiéter Severus qui craignait qu'Eléa sombre pour de bon. Elle avait fini, avec un air résigné, par accepter de prendre la potion que son meilleur ami lui avait prescrit. Un mélange d'anxiolytique et d'anti-dépresseur en doses minimes qui n'avait pas convaincu Eléa qui refusait de se droguer depuis ses derniers shoots. Elle avait arrêté le traitement malgré la désapprobation du Maître de Potions qui se contentait de l'aider avec des concoctions de plantes rares.
A présent, un ennui et une mélancolie proche de la déprime avaient pris le pas sur l'angoisse, et elle errait dans la grande maison vide avec des yeux éteints. Chaque lettre enflammée de Lucius la faisait fondre en larmes et les passages fréquents de Severus, Rémus et Dumbledore n'apaisaient pas sa détresse d'être enfermée comme un lion en cage. Son amant lui manquait comme jamais il ne lui avait manqué, et elle s'était surprise à parler à une ombre qu'elle s'imaginait être lui. Bien sûr, il y avait Hermione et elle se forçait à paraître enjouée les rares moments où elle voyait sa fille accompagnée par son grand-père au QG de l'Ordre du Phénix.
Elle avait été stupéfaite quand son père lui avait apporté une télévision moldue et elle avait surpris le regard désapprobateur de Severus quand son père avait installé l'appareil dans le grand salon du rez-de-chaussée. Ils devaient avoir discuté longuement de cette éventualité et la décision n'avait pas dû être prise à l'unanimité… Peu importe, au moins, elle avait une occupation, certes futile, mais la boîte à images lui faisait passer le temps.
Comme chaque jour, elle avait fait apparaître chocolat et crème glacée et s'était installée devant son feuilleton moldu préféré, « Les Feux de l'amour », et elle commentait à voix haute les évènements abracadabrants du soap opera, affalée sur un canapé, mangeant trop de sucreries qui lui donneraient des nausées dans l'après-midi.
Elle soupira en jetant un oeil à la pendule qui n'affichait que trois heures de l'après-midi. Encore une après-midi à tuer. Sans Hermione. Elle avait été informée dans la matinée par sa fille que les sorties étaient interdites pour tout le monde aujourd'hui. Une invasion « malencontreuse » de "spécimens rarissimes de mille-pattes cornus à taches rouges géants" dans l'Ecole de Sorcellerie avait conduit à une punition générale faute de coupable rattrapé ou ayant le courage de se dénoncer. La blague, qui d'ordinaire aurait fait rire aux éclats Eléa, l'avait minée un peu plus alors qu'elle n'aurait pas la récréation de voir sa fille.
Son occupation consistant à broyer du noir tout en s'essayant au oui-ja fut perturbée par une voix qui l'appela.
« Eléa ! Eléa ? »
Reconnaissant la voix grave venant du rez-de-chaussée, elle se précipita hors de sa chambre et descendit en courant les marches, se jetant dans les bras de son meilleur ami, l'enserrant entre ses cuisses alors qu'elle jeta ses bras autour de son cou.
« Je savais que tu allais venir ! La flèche a bougé sur oui quand j'ai posé la question ! » s'exclama-t-elle et elle reposa les pieds au sol en voyant que Severus n'était pas seul.
« Oh… Rémus… Papa… Je ne vous avais pas vus… Je ne savais pas qu'une réunion était prévue, » continua Eléa en regardant les trois hommes un à un.
« Il n'y a aucune réunion, Eléa, » répondit Dumbledore qui guida sa fille jusqu'au salon. « Nous avons une proposition à te faire. »
Ils s'installèrent dans les larges canapés luxueux et Eléa attendit avec avidité d'en savoir plus.
« C'est une mission pour le compte de l'Ordre ? » demanda Eléa avec impatience et excitation.
« Non. Tu sais très bien que tu ne peux pas sortir, c'est trop dangereux, » répondit Snape et Eléa fit une moue boudeuse alors que son excitation retomba en même temps que son attention.
« Rémus, nous vous laissons expliquer à Eléa de quoi il retourne, c'est après tout votre idée, » l'invita le vieux sorcier.
« En effet, c'est mon idée, » sourit Rémus, « mais Severus y a été largement associé et ton père a soutenu le projet. »
Eléa regarda Rémus avec une mine vide d'expression et elle jeta un regard en coin soupçonneux à Severus.
« Nous te proposons d'intégrer Poudlard, Eléa, pour nous assister dans nos cours, mes cours et ceux de Severus, » clarifia Rémus et Eléa leva un sourcil. « Tu ne vas pas bien, nous l'avons remarqué malgré ton silence et nous comprenons qu'être enfermée ici sans rien faire peut être déprimant et profondément ennuyeux. »
Eléa acquiesça en soupirant sans dire un mot et Rémus poursuivit.
« C'est pourquoi, j'ai songé que tu pourrais venir quelque temps à Poudlard. Tu nous aiderais à dispenser nos cours aux élèves en faisant partager ton expérience dans des limites étroites bien évidemment. »
Le regard sceptique d'Eléa n'étonna pas les trois hommes et Severus ne put dissimuler un sourire quand elle ouvrit la bouche.
« Vous avez tous fumé ou quoi ? J'ai une tête de prof ? Vous cherchez la révolte populaire du côté des parents d'élèves pour enflammer le château ? »
Rémus esquissa un sourire et Severus leva finalement les yeux au ciel devant l'exagération bien caractéristique de son amie.
« Les parents d'élèves seront avertis, » intervint Dumbledore.
« Et tu seras une collaboratrice à l'essai, Eléa, pas un prof à plein temps… » soupira Severus.
« Qu'en dis-tu ? » demanda Rémus.
« Je cache ma joie… » lança Eléa avec une mine blasée.
« Tu es libre de refuser, » continua Dumbledore, « nous avons pensé à cette éventualité pour toi, pour te changer les idées et pour être plus proche d'Hermione puisque tu partagerais sa chambre le temps de l'expérience bien évidemment. »
« C'est d'accord, » le coupa presque Eléa avec des yeux soudainement brillants alors que Dumbledore esquissa un sourire, sachant pertinemment qu'il avait fait mouche en évoquant Hermione.
La discussion se poursuivit sur quelques détails techniques quant à l'organisation et Dumbledore et Lupin prirent finalement congés afin de retrouver leurs occupations dominicales.
Eléa adressa un large sourire à Snape qui était resté avec elle.
« Tu restes un peu ? » demanda-t-elle de manière détachée, priant silencieusement et intérieurement pour qu'il accepte.
« Ca dépend. Qu'est-ce que tu veux faire ? » demanda-t-il avant d'ajouter en voyant l'étincelle dans le regard séducteur de son amie : « à part ça ! »
« Je ne sais pas… » soupira-t-elle. « J'ai épuisé tout ce qu'il y avait à faire ici. »
« Bien ! On va préparer notre cours pour la semaine prochaine alors ! » s'exclama-t-il et elle soupira davantage alors qu'elle venait de faire un bond de vingt ans dans le passé, alors qu'elle jouait souvent les assistantes quand il préparait ses examens.
« Je pourrais leur donner des punitions ? » demanda-t-elle alors qu'elle suivait son ami jusqu'aux sous-sols de la maison.
« Non, » répondit-il sans appel et elle soupira en grommelant derrière lui.
Assise sur le plan de travail de la petite cuisine du sous-sol dans laquelle ils s'étaient installés, Eléa passait des fioles à son ami tout en parlant avec avidité de ce qui l'occupait depuis son arrivée au QG de l'Ordre du Phénix.
« Et là, j'ai halluciné, parce que ça faisait quoi, des années que j'avais pas vu, et bien tu me croiras ou pas mais Katherine, cette vieille chouette, est la mère de Jill ! Tu te rends compte, Sev, elles se détestent depuis toujours ! »
« Passe-moi l'extrait d'encre de poulpe séchée je te prie, » articula Snape, passablement agacé.
« Ouais, tiens… Oh, et Nick et Phyllis vont avoir un bébé… Tu le crois, Sev' ? Attends et cette dinde s'apprête à accoucher dans un ascenseur ! Si elle pouvait se- »
« Eléa ! » l'interrompit Severus avec un air clairement agacé.
« Quoi ? » lui répondit-elle sur le même ton.
« Tu me fatigues ! » avoua-t-il en se frottant la courbe de sa protubérance nasale d'un air las.
« Bien ! C'est bon à savoir… » dit-elle en descendant du plan de travail.
Elle arrangea sa robe et prit la direction de la sortie sans un autre mot ou quelconque regard pour le Maître de Potions.
« Eléa… » soupira Severus. « Où est-ce que tu vas ? Reviens s'il te plaît… »
Pour toute réponse, il entendit la porte du sous-sol claquer et jura entre ses dents quand il comprit qu'elle ne reviendrait pas. Il rangea et nettoya de quelques coups de baguette magique le désordre qu'il venait de mettre dans la petite cuisine et monta à son tour jusqu'au rez-de-chaussée.
Il la trouva dans le grand salon, absorbée devant la boîte à images moldue, les bras croisés sur sa poitrine. La vision de son amie en train de bouder l'amusa et il esquissa un sourire tout en soupirant intérieurement.
« Je suis désolé, » déclara-t-il sincèrement mais elle ne bougea pas davantage, et il soupira cette fois profondément. « Tu devrais aller préparer tes valises, Eléa, on décolle dans dix minutes… »
Elle leva enfin les yeux vers lui et fronça les sourcils, ne comprenant de toute évidence pas où il voulait en venir.
« Hermione doit avoir fini de préparer la chambre pour t'accueillir, » clarifia Snape et le regard bleu translucide d'Eléa s'illumina à nouveau.
« Vraiment ? » s'étonna-t-elle, visiblement surprise de la rapidité des évènements.
« Vraiment… Dépêche-toi ! »
Elle bondit du canapé et lui sauta au cou, le surprenant à nouveau alors qu'il dut prendre appui contre le mur le plus proche pour ne pas tomber.
« Je suis désolé… » avoua-t-il, prenant son visage dans ses mains pour capter toute son attention.
« C'est pas grave, c'est oublié ! » répondit-elle l'embrassant rapidement sur les lèvres avant de disparaître dans le couloir. « J'en ai pour cinq minutes, je reviens ! »
Il hocha la tête d'un air amusé et regarda la télévision, toujours allumée, d'un air méfiant. Il s'approcha en position d'autodéfense et se posta devant l'appareil, regardant les images défiler avec un air sceptique. Une gamine blonde, à peine plus âgée que les élèves de Poudlard, était en train de courir dans une ruelle sombre d'une bourgade américaine et il esquissa un sourire amusé, se faisant apparaître une boisson fraîche avant de croiser les jambes et savourer le meurtre qui se profilait à l'horizon. Quand un vampire apparut sur l'écran, il leva les yeux au ciel, les Moldus n'avaient décidément aucune imagination et ils étaient loin d'avoir cerné ces créatures étranges et incomprises. La fille allait donc se faire mordre et vider de son sang dans cette ruelle… Quelle surprise ! Déambuler en pleine nuit dans une ruelle louche et habillée comme une traînée ne pouvait de toute manière que lui apporter des ennuis. Severus cracha la gorgée qu'il venait d'ingurgiter quand la fille en question sortit un pieu de sa veste et réduisit le vampire en poussière d'un geste sûr et rapide. Bien. Peut-être qu'il avait sous-estimé les Moldus après tout… Eléa le rejoignit alors qu'il était absorbé par le téléviseur et elle fronça les sourcils en jetant un œil curieux à l'image sur l'écran.
« Oh ! C'est Buffy ! » s'exclama Eléa en s'asseyant à côté de Severus qui lui jeta un regard en biais avant de soupirer.
« Bon allez, Eléa, on décolle… »
« Tu t'es fait dessus ou quoi ? » demanda-t-elle en regardant son entrejambe trempé.
« Non ! » grogna le Professeur de Potions en effaçant le petit incident d'un coup de baguette.
« Ca ne m'étonne pas que Buffy te plaise, je te jure que cette série est excellente ! » Eléa reprit tout en trottinant derrière Severus jusqu'à la cheminée. « La pauvre, c'est une tueuse de vampires et elle est amoureuse d'un vampire ! Enfin, la pauvre, c'est pas le mot parce que bon hein, les vampires sont tellement mal appréhendés et compris… C'est vrai quoi ? Tu imagines si les Moldus essayaient réellement d'exterminer les vampires ? »
« Eléa… » soupira Severus en lui fourrant une poignée de poudre de cheminette au creux de la main.
« C'est bon, j'arrête… » marmonna la sorcière en haussant les épaules.
Quand Eléa entra dans la salle commune des Gryffondors, escortée par le Professeur McGonnagal, toutes les conversations cessèrent et tous les regards se tournèrent vers la jeune femme avant que des murmures ne s'élèvent au passage des deux sorcières.
« Ne vous inquiétez pas, » intervint McGonnagal alors qu'elles montèrent l'escalier conduisant au dortoir d'Hermione. « Les élèves ont été informés de votre arrivée et de votre installation chez les Gryffondors. »
« Je ne m'inquiète pas, » répondit Eléa et son cœur s'accéléra quand la Directrice de la maison rouge et or frappa à la porte d'Hermione.
Hermione les accueillit avec un large sourire et le Professeur McGonnagal prit congé, laissant la jeune femme s'installer et se familiariser avec son nouvel environnement, bien qu'elle savait que la tâche serait facile du fait qu'Eléa allait vivre avec sa fille.
Une fois seules, Hermione et Eléa tombèrent dans les bras l'une de l'autre et elles restèrent un petit moment enlacées, savourant le fait de se retrouver enfin.
« Tu m'as manqué chérie… » soupira Eléa.
« Tu m'as manqué aussi maman. »
« Qui est l'abruti qui a introduit des mille pattes dans l'école ? »
« Je crois qu'on ne le saura jamais ! » pouffa Hermione. « Ca doit être un coup des Serpentards, je parierais les yeux fermés là-dessus et je parie même que Draco n'est pas étranger à tout ce remue-ménage… Il est… disons assez imbuvable ces temps-ci… » regretta Hermione qui changea rapidement de sujet de conversation, ne voulant pas évoquer son ex-petit ami et les moments difficiles qu'elle avait vécus avec lui. « Alors, tu es prête à enseigner ? »
« M'en parle pas ! » se mit à rire Eléa. « Ton grand-père est fou ! L'expérience peut être intéressante, on verra bien… »
Hermione acquiesça et elles commencèrent à déballer les affaires d'Eléa pour les ranger, Hermione s'extasiant sur les quelques vêtements qu'avait pris la jeune femme. Sans grande surprise pour Hermione, Eléa choisit le lit près du sien et elles entamèrent une discussion qui les mena jusqu'à l'heure du dîner où elles descendirent toutes les deux, bras dessus, bras dessous.
Poudlard, lundi 16 mars 1998
Un ciel gris et bas mêlé à un brouillard hivernal laissait présager une journée maussade où la pluie ferait certainement son apparition. Les conditions météorologiques auraient été un prétexte idéal pour passer la journée sous la couette mais Eléa s'était engagée à seconder les Professeurs Lupin et Snape dans leurs cours et elle allait tenir son engagement. Se lever à l'aube à Poudlard pour aller assister à un cours lui avait fait faire un bond de vingt ans dans le passé et malgré le fait qu'elle avait adoré étudier dans sa jeunesse, se lever de bonne heure avait toujours été une épreuve. Elle soupira et se servit un deuxième café alors qu'elle se trouvait seule dans la salle des Professeurs. Bientôt, elle fut rejointe par quelques professeurs de l'école de magie et adressa un large sourire à Remus Lupin.
« Prête Eléa ? » lui demanda le Professeur de Défenses contre les Forces du Mal.
« Je crois, oui, » sourit Eléa. « C'est un peu étrange de se retrouver ici, dans cette configuration, après tant d'années… »
« On s'y fait vite ! » s'exclama Remus et elle acquiesça, buvant une gorgée de son café avant de faire une petite grimace.
« Depuis quand bois-tu du café ? » rit-il devant sa moue.
« Ca m'arrive depuis longtemps… Ok, c'est vraiment pas ce que je préfère mais si tu ne veux pas à avoir à me réveiller en plein cours, je crois que c'est mieux si j'ingurgite ça… »
« Dix minutes Eléa… » Remus déclara en jetant un œil à la pendule.
« Ouais… On fait quoi ce matin ? » demanda la jeune femme tout en attrapant un brownie.
« On va répertorier les sorts qu'a utilisés Voldemort jusqu'à présent, » répondit Remus et Eléa leva un sourcil tout en regardant autour d'elle.
« T'as pas peur de dire son nom à voix haute ici ? Je croyais que c'était un crime de lèse majesté ? »
« Pas quand il n'y a que toi et moi… »
« Magnifique programme en tout cas… Tu viens d'égayer ma matinée… » ironisa Eléa. « Si tu me laisses intervenir, tu pourrais apprendre des choses plutôt intéressantes… »
« C'est le but ! » sourit Remus et ils prirent le chemin de la salle de cours tout en discutant de l'organisation de leur intervention.
« Tu les as stupéfixiés ou quoi… » chuchota Eléa à l'attention de Lupin alors que seul le bruit de la pluie dégoulinant sur les tuiles du château était perceptible.
« Je crois que tu les impressionnes un peu… » avoua-t-il avant de s'adresser à sa classe. « Bien ! Nous allons continuer sur notre programme pédagogique et après avoir envisagé les sorts utilisés par les Mangemorts, nous allons plus précisément nous concentrer sur les sorts utilisés par le Seigneur des Ténèbres lui-même… Eléa, qui, comme vous le savez, l'a côtoyé avant de se ranger de notre côté, va pouvoir nous en dire plus et apporter un éclairage instructif de par son témoignage. Qui commence ? Premier sort ? »
Le silence fit écho à la voix du professeur et Hermione leva une main timide alors qu'elle entendit, malgré la voix étouffée du Serpentard, Draco soupirer et ironiser.
« Ben voyons… En plus d'être lèche-botte et une mademoiselle je sais tout, on a droit à la fifille à sa maman maintenant… »
Blaise Zabini gloussa et Eléa leva un sourcil interrogateur, fusillant du regard les deux Serpentards alors que Draco soutint son regard bleu perçant, ce qui ne fit qu'agacer davantage la jeune femme.
« Alors ? Impressions ? » questionna Rémus alors qu'ils avaient rejoint la salle des professeurs.
« Draco est toujours aussi désagréable ou c'était juste le comité d'accueil des Serpentards digne d'une séance de bizutage ? » répondit Eléa d'un ton agacé alors qu'elle alla se servir une tasse de thé.
« Je voulais tes impressions sur ce premier cours… » soupira Rémus, « mais pour répondre à ta question, Draco a toujours été plus ou moins désagréable… Disons que depuis quelques temps, il y met plus de cœur à l'ouvrage et pour ne rien te cacher, il était beaucoup plus calme et discret quand il était avec ta fille… »
« Oh… Désolée de ne pas avoir répondu à ta question, et j'ai beaucoup aimé cette première expérience, même si je dois être sincère et t'avouer que je ne ferai pas ça toute ma vie ! Tu as un métier de taré ! » s'exclama Eléa faisant pouffer le professeur.
« En tout cas, tu as eu une excellente idée d'évoquer les sorts silencieux, je crois que ça les a beaucoup intéressés ! » la félicita Rémus et Eléa lui renvoya un sourire satisfait, empreint de fierté.
Ils restèrent quelques instants supplémentaires à faire le débriefing du cours tout en envisageant le prochain et furent bientôt rejoints par d'autres professeurs. Quand Rémus engagea la discussion avec le Professeur Flitwick, Eléa se perdit dans ses pensées, fronçant les sourcils alors que les paroles de Lupin concernant Draco se brouillaient dans son esprit. Elle sursauta quand une main se posa sur son épaule et un sourire éclaira son visage quand elle leva les yeux, se réprimandant mentalement pour ne pas avoir été plus attentive à son environnement.
« Alors ma chérie, comment s'est passée cette matinée ? »
Son sourire s'effaça lentement et son cœur se serra alors qu'elle se mit à souhaiter que son père prononce exactement la même phrase vingt ans auparavant à l'occasion de l'une de ses premières rentrées des classes, mais à quelques rares exceptions dont elle ne se souvenait plus, il n'avait jamais assisté à ses rentrées scolaires, à part peut-être celle concernant Poudlard où il s'était montré plus attentif puisqu'elle changeait d'école alors qu'elle venait de perdre sa mère. Elle chassa rapidement ces tristes souvenirs de ses pensées et força un sourire qu'elle devina peu crédible sur son visage.
« Très bien, merci. C'était vraiment très enrichissant et Rémus a de toute évidence apprécié ma prestation, donc je crois qu'on peut dire que le bilan a été positif, » répondit Eléa et Dumbledore acquiesça d'un air satisfait.
« Ils n'ont pas été désagréables ? » poursuivit le vieux sorcier et Eléa le rassura, préférant garder ses remarques concernant Draco pour plus tard. Elle avait après tout besoin de plus d'observations concernant le Serpentard et l'atmosphère en général régnant à Poudlard.
Elle se mordit la lèvre pour ne pas gémir trop fort et enserra plus fortement ses jambes autour de sa taille, accentuant la pression de son pelvis contre son clitoris. Son chemisier ouvert laissait sa poitrine se balancer à l'air libre et quand il prit un de ses mamelons entre ses lèvres, le mordillant gentiment, elle poussa un petit cri avant de gémir plus fort et de manière plus bruyante. Son enthousiasme donna un nouvel élan à son amant et il accéléra le rythme, fourrant sa langue dans sa bouche et étouffant dans le même temps ses gémissements plus démonstratifs. Puis, elle renversa sa tête légèrement en arrière et elle n'eut pas le temps de reprendre son souffle qu'elle laissa un cri de jouissance s'échapper malgré elle, faisant résonner sa voix dans la Tour d'Astronomie. Il la rejoignit quelques instants plus tard et jouit un peu plus discrètement, respirant frénétiquement cependant. Il la libéra enfin et elle glissa le long du mur, ses pieds rencontrant enfin le sol et elle réajusta son chemisier avant de remettre sa culotte qui avait volée non loin d'eux.
« Je n'aime pas mes seins… » souffla-t-elle les joues en feu, « ils sont ridiculement petits et je les déteste… »
Il leva un sourcil interrogateur et secoua la tête en levant les yeux au ciel, réajustant sa cravate.
« Ne dis pas n'importe quoi… Ils sont très bien tes seins… » soupira-t-il et elle baissa les yeux, l'air soudainement trop triste.
Il plaça son index sous son menton et la força à le regarder.
« Tu es très belle, Pansy. Tu me plais comme tu es, je ne changerai rien en toi, » Ron déclara presque solennellement et elle lui accorda un timide sourire. « Ce serait bien si tu pouvais être un peu plus discrète par contre… On va se faire choper un jour… »
« Tu parles… Qui veux-tu qui vienne ici ? Y'a rien à faire à part ce qu'on vient de faire ! » Elle soupira longuement et il leva un sourcil interrogateur.
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Rien… » mentit-elle enfilant sa robe.
« Pansy… » insista Ron. « Si tu as quelque chose à dire, dis-le maintenant, avant qu'on aille manger chacun de notre côté. »
« Et bien voilà… »
« Voilà quoi ? » demanda Ron, ne comprenant pas où voulait en venir sa petite amie.
« J'en ai marre de me cacher et te voir qu'entre deux portes pour tirer un coup… »
« Hey ! Inutile de parler comme ça ! » s'offusqua Ron. « Ca fait à peine quelques semaines qu'on est ensemble. Y'a pas le feu ! »
« Okay… » marmonna Pansy qui ramassa ses affaires et se dirigea vers la sortie.
« Pansy ! » s'exclama Ron et la Serpentard se retourna, regardant le Gryffondor avec un air désabusé.
« Je tiens vraiment à toi, je suis bien avec toi, » dit-il et elle acquiesça avant de quitter la Tour d'Astronomie.
Le cœur battant, elle descendit lentement les escaliers, se demandant si elle n'était pas en train de tomber amoureuse de ce crétin de Weasley. Elle aurait voulu qu'il lui dise qu'il l'aimait et qu'il était peut-être temps de révéler leur relation à toute l'école… Oui mais voilà, les Gryffondors et les Serpentards n'étaient pas censés s'aimer même si des contre exemples pouvaient lui donner raison. Le cœur à présent lourd, elle pénétra dans la Grande Salle et rejoignit son clan, s'asseyant à côté de Blaise Zabini alors que Draco Malfoy leva un sourcil en voyant sa mine peu réjouie.
Impasse du Tisseur, mercredi 18 mars 1998
Eléa soupira, donna un autre baiser à Lucius avant d'enfiler un large pull et se lever du lit chaud malgré le froid régnant dans la petite maison peu entretenue.
« Tu as demandé la permission à papa avant de venir jusqu'ici ? » tenta de plaisanter Lucius, gagnant un regard blasé de la part d'Eléa.
« Très drôle, Lucius… Tu n'as cependant pas tort sur le fond, je ne suis pas censée sortir de la forteresse de Poudlard, » soupira la jeune femme en secouant la tête. « Est-ce qu'un jour, on aura une vie normale sans être obligés de se cacher et de fuir ? » demanda Eléa, tournant un regard désespéré vers son amant.
« Bien sûr chaton, » mentit Lucius mais Eléa ne fut pas dupe et elle sourit tendrement au Mangemort avant d'engager une autre discussion tout aussi délicate.
« Lucius, j'ai eu l'occasion d'observer un peu Draco durant ces quelques jours et je l'ai vraiment trouvé plus désagréable qu'à l'accoutumé… Tu as essayé de lui parler ? Est-ce que tu sais si il a des contacts avec Narcissa ? »
« Comment veux-tu que je le sache pour Narcissa… Nous n'avons plus de contact… » soupira Lucius. « Draco s'affirme, c'est tout, et il a bien raison. Les Malfoy ne se sont jamais laissés marcher sur les pieds et c'est loin d'arriver si tu veux mon avis ! »
Eléa leva les yeux au ciel devant l'air supérieur de son amant et préféra ne pas poursuivre la discussion qu'elle avait su finalement vouée à l'échec avant même de la commencer.
« Et puis, le fait que ta fille lui ait brisé le cœur n'est peut-être pas étranger à sa rébellion manifeste… » ajouta Lucius avec un grand sourire provocateur.
« Peut-être que si ton fils n'avait pas agi comme un connard avec ma fille, elle ne l'aurait pas quitté ! » répondit Eléa sur le même ton.
« Oui mais nous sommes irrésistibles et la charmante Hermione retombera dans ses bras, crois-moi… »
« Ne me compare pas à ma fille là-dessus, Lucius, nous sommes très éloignées sur le sujet et je dois avouer que je l'admire pour son franc-parler et ses prises de décisions irrévocables… » avoua Eléa qui avait rejoint Lucius sur le lit.
« Tais-toi et embrasse-moi… » murmura Lucius et Eléa esquissa un sourire coquin avant de se pencher et capturer les lèvres de son amant. Lucius ne lui laissa pas l'opportunité de s'échapper et il l'attrapa, la plaquant contre lui avant de savourer sa victoire quand elle gémit dans ses bras.
Plus tard dans la nuit, Eléa resta près de deux heures à observer Lucius endormi profondément et quand elle sut qu'elle pourrait rentrer sans prendre trop de risques jusqu'à Poudlard, elle enfila sa longue cape noire, rabattit sa capuche sur sa tête et s'engouffra dans le brouillard de la ville pour rejoindre les contrées plus au nord du pays. Le château désert de l'école de sorcellerie l'accueillit et elle enleva sa capuche en soupirant. Alors qu'elle s'apprêtait à monter jusqu'à la Tour Gryffondor, elle fut stoppée dans son élan par une silhouette qu'elle reconnut au premier regard.
« Bonne nuit Sev'… » lança-t-elle à mi-voix en secouant la tête.
« Bonne nuit Eléa. J'espère que tu as arrosé les plantes au passage… » rétorqua le Maître de Potions d'un air narquois. Eléa préféra ne pas répondre et commença son ascension silencieuse sans un regard pour son ami.
Jeudi 20 mars 1980
Lucius entra en trombe dans l'appartement londonien et se dirigea vers la chambre à la recherche de sa compagne. Eléa était endormie sous une énorme couette et il jeta un œil irrité vers des vêtements qui gisaient au sol, maculés de sang. Il décida de la laisser dormir et profiter de ce moment pour se calmer.
Il se dirigea vers la cuisine et se fit un café serré. Il buvait rarement du café, seulement quand il était énervé ou quand il avait besoin de veiller. Il fit la grimace à la première gorgée puis s'installa dans le canapé tout en lisant pour la dixième fois la une de la Gazette du Sorcier.
Eléa se leva deux heures après et constata avec étonnement la présence de Lucius. Elle l'embrassa avant de se servir un verre de jus d'orange et regarda avec un œil surpris son amant qui se tenait devant elle, l'air contrarié.
« Tu as bien dormi amour ? » demanda-t-il de son ton mielleux.
Elle prit un air blasé en entendant ce ton qu'elle détestait tant avant de lui répondre.
« Très bien, merci. Et toi ? »
« Considérant le fait que je t'ai cherchée toute la nuit et que je me suis fait un sang d'encre, je dirais non. »
« Je ne t'ai pas demandé de me chercher que je sache, » dit-elle froidement.
Lucius lui jeta un regard glacial avant de lui jeter à la figure la Gazette déjà froissée par ses relectures. Elle jeta un œil à la une avant de retourner dans sa chambre sans un regard pour son amant qui la suivit en serrant les poings.
« C'est tout ce que tu as à me dire ? »
« Et que veux-tu que je te dise Lucius ? J'avais besoin de me défouler, besoin de faire passer mes nerfs, c'est tout. J'étouffe là-bas et j'ai l'impression que mon pouvoir s'accumule à force de jouer les rats de bibliothèque... J'avais besoin... d'action. »
« D'action ? » hallucina Lucius. « Tu as massacré cinq familles entières dans deux villes différentes Eléa ! Tu te rends compte du danger ? Surtout en ce moment ? »
« Et alors ? Tu n'as pas l'air de te soucier de ce genre de choses quand tu pars en mission et que tu me laisses toute seule… »
« Mais ça n'a complètement rien à voir ! » cria-t-il.
« Tu peux baisser d'un ton ? J'ai un peu mal à la tête, » dit-elle tout en s'asseyant sur son lit, une revue à la main.
Lucius resta effaré devant l'attitude de sa compagne et essaya une autre tactique, se rendant compte que s'énerver ne résoudrait rien. Il s'assit à ses côtés et soupira.
« Eléa, » soupira Lucius d'un ton exaspéré.
« Pourquoi tout le monde prononce mon prénom sur ce ton ? » remarqua-t-elle quelque peu vexée.
« Eléa, cesse de faire l'enfant et promets-moi de me tenir au courant si tu recommences, je n'ai pas envie de revivre ça, » lui dit-il doucement à l'oreille.
Elle tourna son visage un peu étonné vers lui. « D'accord… »
Il l'embrassa dans le cou et lui retira la revue de ses mains. Elle fit glisser ses doigts dans la chevelure soyeuse et l'embrassa profondément. Ses mains descendirent délicatement sur sa poitrine gonflée qu'il essaya de ne pas brusquer puis caressa doucement son ventre arrondi. Elle se raidit immédiatement, le rejeta et se leva du lit, tremblante.
« Qu'est-ce qui te prend ? » hallucina Lucius.
« Je ne veux pas que tu me touches… là, » s'emporta-t-elle.
« Je ne comprends pas chaton, pourquoi ? Tu aimais que je fasse ça avant, non ? »
« C'était différent Lucius ! Ce n'est pas ton enfant, ce ne le sera jamais ! »
« Je t'ai dit que je prendrai soin de toi, que je considèrerai cet enfant comme le mien. »
Eléa commençait à pleurer et à détourner le regard mais il prit son visage dans ses mains et continua. « Je m'occupe de toi, je fais le maximum pour que tu sois heureuse et je continuerai lorsque le bébé sera là, je te l'ai juré... Pourquoi n'as-tu pas confiance en moi ? » demanda-t-il tristement.
« Parce que tu ne tiendras pas ta promesse, » dit-elle avant de fondre en larmes. « Narcissa va avoir un enfant de toi, un garçon, et tu ne penseras plus à elle comme ton enfant, c'est impossible... »
« Elle ? Qu'est-ce qui te fait penser que ce sera une fille ? »
« Tu l'as prédit Lucius, tu te rappelles ? Une fille, pas de toi ? » Elle fit à présent les cent pas dans la chambre.
Lucius marqua un temps d'arrêt avant de se souvenir de ce qu'il avait vu ce jour là.
« Tu savais qu'elle serait de James ? »
« Non… A vrai dire, j'ai toujours pensé qu'elle serait de Black… » souffla-t-il.
« Il aurait mieux valu dans un sens, » dit-elle d'un air dégoûté.
Il la regarda un instant, fronçant les sourcils.
« Alors c'est ça ? Ces massacres ? Les risques que tu as pris ? Tu veux faire une fausse couche ? »
« Quoi ? Non… » s'offusqua-t-elle.
Il s'approcha d'elle doucement « Je ne t'ai jamais vue caresser ton ventre comme tu le faisais avec notre fils, tu ne fais pas attention à toi, tu ne manges pas… »
« Arrête, tu dis n'importe quoi… » souffla-t-elle.
« Tu n'as jamais aimé cet enfant… ça fait trois mois et tu n'éprouves pas d'amour… »
« C'est faux Lucius… » pleura-t-elle.
Il la conduisit vers le lit où elle s'assit et il s'agenouilla à ses pieds.
« Touche-la Eléa… »
« Non… » Elle secoua la tête tout en essuyant ses larmes.
« Pourquoi ? Je sens que tu me caches quelque chose, » dit-il avec douceur.
« C'est juste que… si je la perds… Je ne veux pas souffrir… Je ne veux pas revivre ça... »
« Touche-la, ressens-la... »
« Non... » Il la regarda dans les yeux mais elle détourna le regard. « Je ne veux pas m'y attacher, je... »
« Tu ne vas pas la perdre amour, on va tout faire pour que tu la gardes, d'accord ? »
Elle acquiesça et il lui prit ses mains qu'il plaça sur son ventre.
« Tu te rappelles ? Concentre-toi, tu la sens ? Tu sens sa présence ? »
Elle sourit et versa quelques larmes en sentant sa fille en elle. En se concentrant, elle pouvait sentir ses légers mouvements, sentir son petit cœur battre.
« Je te jure que je l'élèverai comme ma propre fille, tu entends ? »
« Oui, » murmura-t-elle.
« Et je veux que tu prennes soin de toi, et d'elle, que tu manges, ok ? »
« Ok… »
Il se releva finalement et la prit dans ses bras, l'embrassant tendrement. Elle se blottit dans ses bras et ils finirent l'après-midi dans le salon, Lucius joua quelques mélodies au piano et se mit à improviser une ballade qui fit pleurer Eléa d'émotion.
« Il faudrait que j'écrive les notes, pour jouer ce morceau à notre fille... » décida Lucius en souriant.
Il se tourna vers sa compagne qui avait prit un regard triste, devinant ses pensées.
« Il était vraiment furieux ? » demanda-t-elle timidement.
« Furieux n'est pas le mot... Disons, très contrarié... »
« Ca passera si je lui dis que c'est les hormones ? »
Lucius secoua la tête en riant avant de recommencer à jouer la mélodie, essayant de retrouver les notes qui lui étaient venues en tête en imaginant le visage de sa fille.
Poudlard, vendredi 20 mars 1998
Le ciel dangereusement bas au-dessus de Poudlard obligea le Professeur de Potions à allumer les plafonniers d'un coup de baguette magique. Eléa lui jeta un regard en biais avant de murmurer quand il la rejoignit :
« J'aurais pu au moins faire ça… Parce que là, je m'ennuie à mourir, Sev'… »
« Il leur reste dix minutes, Eléa… » soupira Severus en levant les yeux au ciel.
Un puissant éclair éclaira soudainement la salle de cours et quelques murmures surpris et étonnés s'élevèrent parmi les élèves de septième année.
« On se calme, » les cadra immédiatement le professeur alors qu'Eléa essayait de regarder par curiosité par les larges fenêtres l'orage qui s'annonçait. « Un éclair ne risque pas de faire tourner vos potions… Il vous reste cinq minutes. »
Quelques protestations se firent entendre dans l'assistance et Draco pouffa tout en murmurant quelques mots à l'oreille de Pansy, rendant fou de jalousie Ron.
« Une minute, » décida Snape devant la nouvelle agitation.
« Peu importe, Harry et moi avons terminé notre potion de toute façon, » sourit Hermione, visiblement fière de son boulot.
« Super Granger, tu mérites une médaille pour ça, » pouffa une fois de plus Draco.
« Malfoy, » gronda Snape. « Vous pouvez garder vos commentaires pour vous, la classe n'a pas besoin d'en profiter… C'est terminé ! » ajouta-t-il d'une voix forte et Eléa poussa un soupir de soulagement. « Vous êtes déjà notés, j'ai pu apprécier votre travail en passant dans les rangs. On va corriger, je veux de la participation, elle comptera dans la note finale… »
« Il faut que je sorte, Professeur, un besoin naturel à satisfaire, » demanda Draco et Severus lui fit signe de sortir d'un geste de la main sans un mot, visiblement agacé. Eléa leva un sourcil interrogateur en regardant sortir le Serpentard, les mains dans les poches de son pantalon, et elle haussa les épaules.
« Bien, » poursuivit le professeur de Potions. « Vous allez me donner les ingrédients qui étaient nécessaires pour cette potion et Mlle Demeteriem va les inscrire au tableau. »
« Depuis quand je suis devenue la scribe de service… » marmonna Eléa en prenant une craie tout en soupirant profondément.
Draco longea le couloir sombre des sous-sols et s'engouffra dans l'allée transversale en direction des appartements du Professeur Snape. Il s'assura que personne ne se trouvait dans les parages et pénétra dans le bureau du professeur de potions.
Un nouvel éclair fendit le ciel matinal de cette fin de semaine et un claquement sec suivit alors qu'Hermione sursauta de surprise, Harry lui adressant un sourire amusé qu'elle lui rendit. Elle leva la main pour annoncer un autre ingrédient qui s'avéra juste et Eléa eut du mal à dissimuler sa fierté, inscrivant l'abricot du Japon sur le grand tableau noir.
Moins de cinq minutes plus tard et craignant que son absence finisse par être suspicieuse, Draco sortit du bureau et remonta le couloir en sifflotant. Il fronça les sourcils en apercevant le Directeur de l'Ecole venant à sa rencontre et s'efforça de paraître le plus naturel et détaché possible.
« Tu n'es pas censé être en cours avec le Professeur Snape, Draco ? » demanda Dumbledore avec un large sourire.
« Si, professeur, mais le Professeur Snape avait besoin de craie, alors je me suis porté volontaire, » expliqua Draco en haussant les épaules.
« Bien, bien… Ne traîne pas, tu sais que le Professeur Snape n'aime pas prendre du retard… » sourit le vieux sorcier avant de poursuivre son chemin en sifflotant à son tour, marchant d'un pas tranquille, les mains dans le dos.
Draco acquiesça et regarda Dumbledore s'éloigner avec un regard en coin avant de reprendre le chemin de la salle de cours de Potions. Il regagna la salle de cours et soupira quand il reprit sa place à côté de Pansy, n'ayant visiblement aucune envie de suivre le cours. Il esquissa un sourire en coin en voyant Eléa inscrire les ingrédients au tableau et tourna la tête vers Hermione.
« Hey Granger, tu vois comment a fini ta mère ? Tires-en toutes les leçons… Je te vois très bien faire exactement la même chose avec Trelawney… Tu serais adorable avec une boule de cristal à polir… » pouffa une fois de plus Draco, imité par Blaise Zabini.
« La ferme… » lui retourna faiblement Hermione alors qu'Harry jeta au Serpentard un regard mêlé de colère et d'incompréhension.
« Malfoy, un ingrédient, rapidement… » lui intima Snape quelque peu agacé, alors qu'Eléa semblait ronger son frein pour ne pas exploser.
« L'antenne d'un mille-pattes cornu à taches rouges géants ? » tenta malicieusement Draco et une partie des Serpentards explosa de rire.
« Une heure de retenue après le cours devrait vous permettre de faire l'inventaire de ces spécimens en voie de disparition, Malfoy, » répliqua Snape alors que l'intéressé haussa les épaules, toujours avec un large sourire.
« Aucun problème, » répondit-il d'une manière insolente. « Granger pourrait m'aider en fait, elle s'y connaît en espèces rampantes… elle, si bien accompagnée… »
Eléa ne put se retenir davantage et le geste partit avant même qu'elle ne s'en rende compte. La craie qu'elle tenait dans ses doigts pour écrire au tableau noir avait tourné entre son pouce et son index et s'était armée d'elle-même. Elle n'utilisa même pas la magie mais le geste fut violent, précis et net et Draco se prit le morceau de craie en pleine joue, poussant un petit cri de douleur et de surprise.
« Tu sors, » termina Snape à l'attention du perturbateur. Le ton et l'utilisation du tutoiement ne laissèrent aucune ambiguïté sur l'état d'agacement du professeur et Draco n'ajouta aucun mot, quittant la salle sans se faire prier davantage.
Le cours venait de se terminer et Draco n'avait aucune envie de retourner dans la salle écouter un sermon ennuyeux de la part de son professeur et non moins parrain. L'orage était à présent en train de se déchaîner au-dessus de l'école et il regardait l'eau dégringoler par la fenêtre d'un air las, les éclairs éclairant son visage par intermittence, faisant ressortir le gris de ses yeux. Il soupira et se décida à aller subir sa punition plutôt méritée, se sentant finalement assez désolée et minable de la manière dont il avait parlé à Hermione.
« Putain, super… » soupira-t-il en pénétrant dans la salle de cours avant de s'avancer vers le bureau.
Eléa leva un sourcil et elle s'approcha du jeune étudiant avec un air qu'il ne sut déchiffrer.
« Tu peux enlever ta cape, mets-toi à l'aise, » lui intima-t-elle à la fois sur un ton mielleux et dur.
« Ca va aller… » marmonna Draco en la regardant d'un air méfiant.
« J'insiste, » ajouta Eléa et il sursauta malgré lui suite à un nouveau coup de tonnerre avant de se débarrasser de sa cape. « Relève les manches de ta chemise, » continua Eléa et Draco fronça les sourcils.
« Non, ça va, merci bien, » répondit-il fermement. « Je suis là pour une punition, pas pour vous faire un strip tease ! Allez voir mon père pour ça ! »
Eléa le poussa d'un air agacé avant de se saisir d'un de ses bras et alors que le Serpentard était en train de se débattre, elle fut plus rapide et fit sauter les boutons de la manche de sa chemise avant de la relever d'un geste sec et rapide, dévoilant enfin toutes ses craintes. La Marque des Ténèbres donna un frisson à Eléa et elle releva la tête, jetant au jeune sorcier un regard incrédule. La surprise passée, la colère prit le dessus et la main d'Eléa rencontra la joue de Draco dans un bruit sec couvert par un nouveau grondement provenant des éléments se déchaînant à l'extérieur.
« Espèce de petit con ! » éclata Eléa. « A quoi as-tu songé ? Est-ce que je me suis battue pour vous pour rien ? Qu'est-ce qui t'a pris Draco ? »
« Qu'est-ce que ça peut bien vous faire ? » rétorqua Draco portant une main à sa joue rougie. « C'est mon héritage ! Je suis né pour ça ! Comme vous ! On appartient à la même famille désormais ! »
« Je ne crois pas, non ! » s'énerva Eléa. « Tu as fait tes preuves ? Qu'est-ce qu'Il t'a demandé ? Tu as encore du lait qui sort de tes trous de nez petit merdeux ! Et Hermione ? Tu as pensé à Hermione ? C'est comme ça que tu espères la reconquérir ? Tu viens de griller toutes tes chances avec cette connerie, Draco ! »
Un éclair fit ressortir le bleu des yeux d'Eléa, noyés par des larmes de colère, de peur et de désespoir et les épaules, jusqu'ici hautes du Serpentard, s'effondrèrent en même temps que sa détermination qu'il s'efforçait d'afficher depuis quelques temps.
« Ca fait longtemps que j'ai déjà grillé toutes mes chances… » marmonna-t-il d'un air abattu. « Et vous aviez dit que vous m'aideriez… »
« A jouer au con ? Certainement pas ! Je n'ai jamais dit ça ! Putain Draco… » soupira Eléa en essuyant les quelques larmes qui avaient réussies à s'échapper de ses yeux.
« Je suis désolé, » avoua-t-il après un court silence. « C'est tout ce que je mérite et c'est ce à quoi je suis destiné et je n'ai aucun regret. »
« Dégage… » souffla Eléa en secouant la tête comme pour se sortir d'un mauvais rêve.
Draco ne se fit pas prier, pas plus qu'il ne pensa à lui demander ce qu'il advenait de sa punition et avant qu'il ne quitte la salle, il entendit distinctement Eléa le mettre en garde.
« Fais gaffe, Draco… »
Il ne se retourna pas et ne lui demanda pas s'il s'agissait d'une mise en garde sérieuse, d'un avertissement ou d'un simple appel à la prudence.
Reprenant ses esprits rapidement alors que des centaines de questions se bousculaient dans son esprit, Eléa sortit rapidement de la salle de cours et pénétra dans les appartements du Professeur de Potions. Snape leva les yeux de ses copies et fronça les sourcils en voyant Eléa pâle et légèrement tremblante.
« Déjà ? Qu'est-ce qui s'est passé ? » demanda-t-il posant sa plume.
« Je crois qu'il faut qu'on aille voir mon père tout de suite, à propos de Draco, » expliqua brièvement la jeune femme alors que Snape acquiesça, se levant afin de la suivre jusqu'au bureau du Directeur.
Eléa se déplaçait à pas rapides, le visage fermé, et semblait marmonner pour elle tout en soupirant de lassitude. Snape la regardait avec un regard inquiet, n'osant pas lui poser une question de peur de faire face à une tornade. Ils arrivèrent devant l'entrée du bureau du Directeur et Eléa posa simplement sa main sur le phénix gardien des lieux, qui les laissa passer avec une révérence.
« Papa ! » appela la jeune femme d'une voix forte.
Personne ne répondit et Eléa remarqua l'absence de Fumseck, elle fronça les sourcils avant de se tourner vers Phineas Nigellus qui avait assisté à toute la scène.
« Où est mon père ? » demanda-t-elle brusquement,
« Vous pourriez au moins demander gentiment ! » s'exclama l'ancien directeur.
« Je n'ai pas envie ni le temps de faire des politesses ! » répondit-elle d'un ton sec et insolent.
« Eléa... » soupira Snape derrière elle.
« Quoi ? C'est qu'un putain de tableau ! » aboya-t-elle.
Une porte invisible s'ouvrit à côté d'une armoire chargée de bibelots argentés et le Directeur fit son entrée, intrigué par les éclats de voix dans son bureau.
« Oh papa, tu es là ! » Elle se dirigea vers lui, inquiétant son père par son regard à la fois inquiet et coléreux.
« Il faut que tu convoques les directeurs de maison... et Rémus, » dit-elle avant de rajouter en regardant le directeur dans les yeux. « Nous avons un Mangemort dans l'école… »
Le regard de Dumbledore s'assombrit et Snape étouffa un juron, comprenant que son filleul avait fait une énorme erreur.
Dumbledore était assis derrière son bureau, regardant tour à tour les quatre directeurs de maison assis face à lui. Rémus était resté debout, appuyé contre une étagère et Eléa s'était assise près du bureau de son père, Fumseck lui tenait compagnie, aggripé au dossier de son fauteuil matelassé. Un silence lourd régnait dans la pièce.
« Je vous ai tous convoqués à la demande d'Eléa, » dit finalement Dumbledore, « je t'en prie Eléa... » Il lui fit signe de parler et Eléa se leva pour se donner une contenance et raconter ses doutes face à l'attitude de Draco et enfin sa découverte le concernant.
Quand elle se tut, les regards étaient graves, inquiets et tristes. Eléa se rassit, ses mains tremblaient encore un peu mais sa colère avait disparu pour faire place à la peur.
« Je suis inquiète, » reprit-elle, « Draco est perdu, c'est comme... Pour lui c'est une punition qu'il s'inflige pour je ne sais quelles raisons, je ne comprends pas ce qu'il s'est passé… »
« Son père est-il au courant ? Il est possible que ce soit lui qui ait demandé à Draco de se faire marquer, » demanda McGonagall en fronçant les sourcils.
« Non, non, j'en doute. » Eléa secoua la tête pour finalement la prendre dans ses mains dans un signe de fatigue évident.
« C'est vrai que son attitude a changé depuis quelques semaines, il est agressif, » affirma Rémus.
« Et très irrespectueux, » ajouta Flitwick. « Je l'ai collé deux fois en moins d'un mois. »
« Il semblerait que sa rupture avec Hermione l'ait affecté plus que nous ne l'aurions cru, » dit tristement Dumbledore. « Il va falloir être vigilants, le surveiller et faire attention à ce que nous allons dire et faire, et surtout essayer de regagner sa confiance. Severus ... » Snape regarda le Directeur dans les yeux, sachant d'avance ce qu'il allait lui demander. « J'aimerais que vous vous rapprochiez de Draco, peut-être au cours d'heures de retenues. »
Snape acquiesça. « J'essaierai de le faire parler, que ce soit de lui ou de sa mission, il a besoin d'avoir quelqu'un à qui se confier. »
« Doit-on mettre au courant les enfants ? » demanda la professeur de métamorphose.
« Je ne pense pas que ce soit nécessaire, qu'en pensez-vous ? »
« Je suis d'accord, ça ne servirait à rien si ce n'est de le mettre encore plus à l'écart, » répondit Rémus.
Flitwick et Snape hochèrent la tête et les regards se tournèrent vers Eléa.
« Je suis d'accord, ils ne doivent pas savoir, elle ne doit pas savoir... »
« Bien, » Dumbledore se leva, mettant ainsi fin à la réunion improvisée. « Venez me voir si vous constatez quoi que ce soit. »
Ils quittèrent tous le bureau du Directeur et Eléa fit le chemin jusqu'à la tour Gryffondor avec Severus. Elle ne dit pas un mot mais il pouvait sentir son incompréhension, sa tristesse et surtout son inquiétude pour sa fille. Avant de se séparer, il la serra affectueusement dans ses bras, lui disant qu'elle n'hésite pas à venir lui parler si elle en ressentait le besoin. Snape descendit alors vers ses appartements, les jours qui se profilaient allaient être de plus en plus sombres et ses nuits de plus en plus blanches.
Vendredi 21 mars 1980
Eléa referma la porte derrière elle et s'y adossa un moment en respirant profondément. Son entrevue avec le Maître venait de se terminer et il lui avait semblé que cela avait duré une éternité.
Elle avait dû rester assise devant le Lord et Eilane, écouter leurs remontrances, leurs menaces, un monologue interminable sur les conséquences de ses actes et l'importance de l'enfant qu'elle portait. Elle avait préféré faire profil bas et se taire, se faisant toute petite enfoncée dans son fauteuil telle une gamine réprimandée. Mais elle avait agi comme cela, elle le savait et c'était un juste retour des choses considérant leur attitude envers elle. Elle avait néanmoins, au bout d'une heure trente, réussi à s'excuser et a placer quelques mots sur sa situation délicate. Ils prirent la décision de lui laisser plus de liberté à condition qu'elle ne fasse plus de petites escapades comme le nuit passée et qu'elle prenne plus soin d'elle.
Ils abordèrent aussi la prochaine réunion de l'Ordre du Phénix et Voldemort lui demanda de placer dans la réunion que leur clan cherchait activement à trouver le traître dans leurs rangs, espérant qu'ils laissent échapper une piste sur ce sujet. Ils n'avaient toujours pas trouvé le Mangemort qui osait les trahir et cela les rendait très nerveux. Non seulement cette personne donnait des informations capitales mais elle réussissait à garder l'anonymat, ce qui signifiait qu'il ou elle était très puissant. Elle leur promit de se renseigner non seulement pour eux, mais aussi pour elle car cela l'intriguait, de plus, le traître pouvait la trahir elle aussi.
Elle se dirigea vers l'armoire et prit un châle pour se couvrir les épaules, la matinée était plutôt fraîche. Elle décida d'aller à la bibliothèque pour y dénicher un roman intéressant et passer cette journée tranquillement.
Elle longea les couloirs en rêvassant et arriva finalement à destination où Severus fouillait dans une pile de livres. Il releva la tête en se sentant observé et sourit à la jeune femme.
« Salut. »
« Salut... Qu'est-ce que tu fais ? » demanda-t-elle avec curiosité.
« Je donne un cours lundi et je le prépare, » dit-il avec fierté.
« Je peux t'aider ? »
Il la regarda interloqué. « Tu t'ennuies tant que ça ? »
Elle hocha la tête en guise de réponse et il l'invita à s'asseoir auprès de lui.
« Potion de Ratatinage... » murmura-t-elle. « Deuxième année ? »
« Troisième. »
« Il me semble l'avoir étudiée en Deuxième année... » dit-elle pensive.
« C'est possible, mais tu sais avec toutes ces réformes... Elle est un peu complexe pour des Deuxièmes années, mais pas assez pour des Troisièmes, surtout en cours d'année. »
Elle l'aida en silence à rechercher les autres utilisations des ingrédients, notamment les racines de marguerites, et les sangsues. Au bout d'une bonne heure et de quelques mètres de parchemin, ils décidèrent de faire une pause et firent apparaître du thé accompagné de cookies.
« Comment s'est passé ton entretien avec le Maître ? »
« Suis toujours vivante, » plaisanta-t-elle. « Mieux que je l'espérais, » ajouta-t-elle devant la mine de Severus.
« Tu nous as fichu une sacrée trouille... Lucius et Marius t'ont cherchée partout pendant qu'on finissait la mission et ils arrivaient toujours après ton passage... »
« Oui, c'est ce que Marius m'a dit... Je ne sais pas ce qu'il m'a pris... J'ai pété les plombs... »
« C'est ce que j'ai vu... Karkaroff a été étonné de te voir agir comme ça avec Eilane, il ne te savait pas aussi... suicidaire... » Il leva un sourcil en appuyant sur le dernier mot.
« Tu sais bien que ma relation avec le Maître ou Eilane est vraiment particulière, et ces derniers temps, ça été un peu tendu... »
« Tu ne crains pas un retour de manivelle ? »
« Non, je suis trop importante entre les relations que j'ai avec l'Ordre du Phénix, mon pouvoir... et si il m'élimine, il perd Lucius et ses relations par la même occasion... enfin, je crois... » Elle resta pensive quelques secondes avant de reprendre sérieusement.
« Severus, est-ce que vous avez une piste pour le traître ? »
« Non, pas la moindre. » Il la regarda un instant dans les yeux. « Mais si il avait parlé à ton sujet, tu ne serais pas là aujourd'hui, Dumbledore t'aurait arrêtée immédiatement... enfin, je pense... »
« Qu'est-ce que tu me caches ? » s'inquiéta-t-elle.
« Rien, pourquoi te cacherais-je quelque chose ? » répondit-il en buvant une gorgée de Earl Grey.
« Je te connais Sev... »
« N'oublie pas que je te connais aussi... »
Elle baissa les yeux et se sentit triste tout à coup. Ils n'avaient pas passé un après-midi ensemble depuis longtemps et leur relation avait changé, tant de mensonges, de choses cachées les avaient un peu éloignés.
« Comment va Sarah ? » reprit-elle « Je la sens plutôt en retrait en ce moment, et comment dire... triste ? »
Le regard du Mangemort s'assombrit. « Certaines choses que nous faisons ne lui plaisent pas, et elle se rend compte qu'elle ne peut pas faire machine arrière... »
« Nous avons tous vécu cela à un moment ou un autre... »
« Plus ou moins... ça lui passera, elle doit juste s'y habituer. La cause le mérite. »
Eléa l'observa et elle sentit que cette phrase sonnait incroyablement faux, mais elle ne savait pas si c'était sa façon de le dire, ou elle qui l'interprétait mal. La cause le méritait-elle vraiment ? Toutes ces morts, ces vies brisées... Bien sûr, les Moldus ne devaient pas s'approprier le monde, jamais... Mais elle ne pouvait s'empêcher de ressentir un pincement au cœur en pensant à tout ce qu'elle avait perdu pour cette cause, pour le Maître...
« Tu as l'air plus reposée, tu as pris des couleurs, ça fait plaisir, » sourit-il en voyant qu'il la tirait de ses pensées.
« C'est grâce à toi Severus, tes potions sont miraculeuses. »
« Il n'y a pas que ça... Je suppose que ta relation avec Lucius y est pour quelque chose... »
« Oui, ça va beaucoup mieux... » Elle sourit en se demandant quand Severus et son amant trouvaient le temps de parler de ça, mais d'un côté elle était rassurée de voir qu'ils étaient toujours en si bon termes. « Lucius t'a dit, pour le sexe du bébé ? »
« Non, tu le sais déjà ? » s'étonna-t-il.
« Je suis presque certaine que c'est une fille, » annonça-t-elle avec un ton solennel qui fit rire Severus.
« Félicitations, je suis vraiment content pour vous deux ! »
« Merci... »
Elle avala sa dernière gorgée de thé et regarda les rouleaux de parchemins.
« Tu veux que je fasse des recherches sur les chenilles en tranches ? » « Non, je l'ai déjà fait, par contre tu peux t'occuper de rechercher les dernières utilisations trouvées pour les figues si tu veux, pelées... »
« Oui, ça je m'en souviens ! Je passais mon temps à manger les figues plutôt que de les ajouter dans la potion, ça mettait mon professeur hors de lui ! »
Ils rirent un bon moment en se remémorant des souvenirs de classe puis se mirent au travail. Ils finirent de préparer le cours aux alentours de dix-huit heures et furent rejoints par Lucius, éreinté par une journée de réunion. Il tendit à Eléa une enveloppe qu'il avait ramenée de l'appartement et reconnaissant l'écriture de son père, elle se dépêcha de l'ouvrir. Elle la lut silencieusement avant de la faire disparaître, inquiète.
« La réunion de l'Ordre a été repoussée. »
« Pour quelles raisons ? » s'étonna Lucius « Ce n'est pas vraiment dans leur habitudes il me semble.»
« Non, pas vraiment, il n'a rien dit de plus... Je vais prévenir le Maître, » dit-elle en se levant. « Merci Severus, ça m'a vraiment changé les idées de travailler avec toi, et puis ça faisait longtemps... »
« Merci à toi Eléa, tu m'as fait gagner beaucoup de temps, et ça m'a fait plaisir aussi, » la remercia-t-il avec un clin d'œil.
« Lucius, si ça ne t'ennuie pas, j'aimerais passer le week-end à Londres... »
« D'accord, » répondit-il en devinant qu'elle cachait quelque chose. « Tu préviendras le Maître par la même occasion ? »
Elle acquiesça et laissa les deux amis dans la bibliothèque.
Poudlard, lundi 23 mars 1998
Draco termina son dessert dans un silence quasi religieux, sous les regards surpris des Serpentards n'ayant pas l'habitude de le voir si silencieux, et il se leva, quittant la Grande Salle rapidement.
« Qu'est-ce qu'il lui prend ? » osa enfin Blaise en piquant le dessert de sa voisine.
« Hey ! » protesta Pansy avant de soupirer et hausser les épaules devant les manières de Zabini. « Il est encore en retenue avec le Professeur Snape toute la semaine… Si tu crois que ça le fait rire… Tu serais pareil à sa place. »
« Il ferait bien de se calmer en tout cas… » déclara Blaise. « Ca n'a plus l'air de trop rigoler dans le staff dernièrement… » ajouta-t-il en tournant son regard vers la table des professeurs.
« C'est le programme de l'année dernière… » déclara d'un air las Draco en levant les yeux vers Severus Snape.
« Tu ne devrais pas avoir trop de difficultés à résoudre les problèmes dans ce cas-là… » répondit le professeur de Potions et Draco soupira en attrapant sa plume. « La Marque ne te brûle pas trop ces derniers temps ? Aux dernières nouvelles, les descentes sont plus fréquentes et ll rappelle plus fréquemment ses fidèles. »
« Non, ça va… » marmonna Draco en ne levant pas le nez de son parchemin.
« C'est Lucius qui te l'a demandé, Draco ? » demanda Snape pour la troisième fois en deux jours.
« Non, non et non ! Demande-le lui si tu ne me crois pas ! » éclata Draco et le tutoiement, réservé aux moments où le filleul et son parrain étaient seuls, ne laissait aucun doute sur l'état d'agacement du jeune Serpentard.
« Mais qu'est-ce qui t'a pris par Merlin ? » s'énerva à son tour Snape. « Tu ne crois pas que les choses sont assez dangereuses pour en plus rejoindre Ses rangs ? »
« Je fais ce que je veux ! Et mes raisons sont peut-être les mêmes que les tiennes et qui font que tu t'es engagé à mon âge ! »
« Quelle mission t'a-t-il confié ? » se calma le professeur en fermant les yeux un instant.
« Rien ! » mentit Draco à nouveau. « Qu'est-ce que tu veux que je fasse à Poudlard ? On fait juste partis du même camp maintenant, c'est tout… »
« Je ne crois pas… » marmonna Snape qui sut qu'il ne pourrait rien tirer de son têtu de filleul.
« Ouais, c'est ça… N'empêche qu'on a la même marque sur le bras… »
« Tu m'as très bien compris, » articula Snape en foudroyant Draco du regard et ce dernier secoua la tête avant de reprendre la résolution de ses problèmes et en finir au plus vite avec son heure de retenue. « Je veux juste t'aider, Draco… » ajouta quelques minutes plus tard Snape et Draco ne répondit pas, se concentrant sur son parchemin et essayant d'oublier un instant ses doutes et ses craintes.
Hermione regardait depuis une bonne demi-heure les élèves passer et repasser dans la bibliothèque d'un air absent, n'ayant pas pu avancer dans la rédaction de son devoir de Métamorphoses. Trop de questionnements sur un avenir incertain la perturbaient depuis plusieurs semaines et elle n'avait osé se confier à personne, pas même à sa mère, sa meilleure amie ou son frère. Ils ne comprendraient pas et Harry n'avait pas besoin de ses doutes et ses problèmes alors qu'il devait gérer son propre stress face aux avancées, certes minimes mais notables, de Voldemort chaque jour. Elle soupira et essaya de se concentrer sur ses parchemins étalés devant elle mais elle savait qu'elle rédigerait son devoir tard dans la nuit, comme d'habitude, et elle releva la tête, levant un sourcil quand elle croisa le regard de Draco. Elle avait l'impression qu'à chaque fois qu'elle se trouvait à cet endroit précis, elle croisait le Serpentard et elle ne sut dire si ce fut son imagination qui se jouait d'elle mais elle eut l'impression qu'il marqua un moment d'hésitation, prêt à venir à sa rencontre, mais il détourna les yeux d'elle et marcha d'un pas traînant et désabusé jusqu'à une table où il lâcha son sac avant de s'affaler sur la chaise la plus proche. Et son cœur se serra à nouveau, comme à chaque fois que leurs regards se croisaient, et elle se détesta à nouveau de ressentir ces sentiments pour son ex-petit ami qui l'avait fait tant souffrir mais dont elle n'arrivait pas à oublier les caresses et les baisers.
Elle fut sortie de ses pensées par Ron qui, avec un air grave, prit place à ses côtés. Elle leva un sourcil interrogateur et le rouquin regarda autour de lui d'un air méfiant.
« C'est non, Ron, » le devança Hermione et il parut surpris.
« Quoi ? »
« Tu te débrouilles pour le devoir de Métamorphoses, » clarifia Hermione et Ron leva les yeux au ciel.
« Je me fous de ce devoir… » il soupira avant de continuer d'un air gêné. « Je voulais te parler… mais vu que tu bosses, je vais te laisser… »
« Non, non, reste ! » le retient Hermione, sentant que pour une fois, il avait l'air sérieux. « J'allais arrêter là, je finirai ce soir… »
« Oh… ok… » marmonna Ron en passant une main nerveuse dans ses cheveux.
« Je t'écoute… » murmura Hermione et elle fronça les sourcils en voyant le rouquin hésitant et mal à l'aise.
« Je sors avec quelqu'un, Mione… » il avoua à mi-voix et le visage de la jeune sorcière s'éclaira, heureuse de cette récréation qui prenait un tour plus amusant qu'elle ne l'avait imaginé en voyant la tête du rouquin.
« Vraiment ? C'est super, Ron ! » déclara-t-elle d'un air enthousiaste. « Pour être honnête, on s'en doutait un peu sans avoir de certitude mais nos doutes étaient fondés. Qui est-ce ? » se montra-t-elle curieuse et le sourire d'Hermione disparut devant la mine contrite du rouquin.
« Pansy Parkinson… » il souffla en rougissant, à peine audible.
« Quoi ? » éclata Hermione qui mit une main devant sa bouche après avoir laissé échapper son cri de surprise. « Viens, allons ailleurs… » elle se reprit remballant ses affaires rapidement avant de sortir de la bibliothèque, Ron sur ses talons.
Ils trouvèrent un recoin tranquille au détour de l'immense pont en pierre transversal du château et s'assirent à l'abri du vent, Hermione s'enveloppant dans sa cape.
« Pansy Parkinson, Ron ? » reprit Hermione qui avait eu le temps de digérer quelque peu la nouvelle.
« Ouais… Tu trouves ça naze, hein ? » demanda Ron en haussant les épaules.
« Non, naze n'est pas vraiment le mot… Je dirais surprenant plutôt… Ca fait combien de temps ? »
« Un peu plus de trois mois… »
« Ah oui quand même… Bravo pour la discrétion… Je ne sais pas quoi te dire, Ron… » soupira Hermione, remettant une mèche rebelle de ses cheveux derrière son oreille.
« Garder un tel secret commençait à me peser… Et il n'y a que toi qui pouvais comprendre… » expliqua Ron et Hermione acquiesça.
« Evidemment… Mais qu'est-ce que c'est au juste ? Du sérieux ou juste un plan cul ? » osa Hermione et Ron ne sembla pas s'en offusquer.
« J'en sais rien… C'est ça le problème, » soupira le Gryffondor. « Au début, je pensais que c'était juste pour s'amuser, ouais… Mais je crois que ça devient plus sérieux… Elle voudrait qu'on ne se cache plus… »
« C'est plutôt bon signe dans un sens, » le rassura Hermione. « Ca veut dire qu'au moins, elle ne se moque pas de toi… Maintenant, je n'ai jamais aimé Pansy, Ron… Je l'ai toujours trouvée fausse, prétentieuse et je t'avoue que je me méfie d'elle… »
« Parce que c'est une Serpentard… » soupira à nouveau Ron.
« Oui, entre autres… Peut-être qu'elle est sincère, je te le souhaite, mais ce ne sera pas simple, je te préviens. Tu as vu comment les choses se sont déroulées entre Draco et moi… A partir du moment où tout le monde sera au courant, prépare-toi à en voir de toutes les couleurs du côté des Serpentards et des remarques pas sympas du côté des Gryffondors, malheureusement… » regretta Hermione tout en essayant de sourire à Ron.
« Je sais… »
« Tu l'aimes ? » demanda Hermione après un court silence.
« Un peu… » rougit Ron, pudique, n'osant pas dévoiler l'étendue de ses sentiments.
« Par Merlin, Ron ! Qu'est-ce qu'on va faire de nous ? » se mit à rire Hermione et Ron l'imita en haussant les épaules. « Toi et moi, on est supposé être ensemble ! Et laisser les Serpentards entre eux ! »
Ils plaisantèrent encore un petit moment puis quand Hermione commença à frissonner, il l'aida à se relever et ils prirent le chemin pour rentrer au chaud dans l'enclave de Poudlard.
« Tu ne diras rien aux autres, hein ? »
« Non, ne t'inquiète pas, je sais tenir un secret, » le rassura Hermione.
« Au fait, pour le devoir de Métamorphoses… »
« N'y pense même pas, Ron ! » s'écria la jeune sorcière et il la fit rire jusqu'à ce qu'ils rejoignent leur salle commune.
Poudlard, mardi 24 mars 1998
Le petit déjeuner avait été considérablement écourté pour tous les élèves et une nouvelle effervescence régnait dans la Grande Salle où les Professeurs Dumbledore et McGonagall agitaient leurs baguettes pour bouger les tables des quatre maisons contre les murs et libérer ainsi de l'espace. Rapidement, de petits stands furent installés avec chaque thème mis en évidence afin de guider les élèves : « Aurors », « Médicomage », « Ministère de la Magie », « Enseignement », « Créatures magiques »…
« Vous avez de la chance, » soupira Ginny avec une moue boudeuse.
« C'est toi qui as de la chance ! » lui répondit Ron. « Pas besoin de te prendre la tête avec ton avenir professionnel et ce que tu vas faire après Poudlard et patati et patata ! »
« Mais j'avais plein de questions à poser aux Aurors, » bouda encore Ginny.
« C'est Tonks qui tient le stand, » déclara Hermione en désignant la Métamorphomage qui discutait avec le Professeur Lupin, « tu pourras lui poser toutes les questions que tu veux à la prochaine réunion de l'Ordre. »
« C'est pas pareil… » marmonna Ginny en haussant les épaules.
« Hermione a raison, » sourit Harry, « et tu ferais bien de te dépêcher si tu ne veux pas être en retard à ton cours. »
Ginny regarda l'heure d'un air toujours boudeur et écarquilla les yeux à la vision de la grande aiguille qui approchait dangereusement du chiffre 12 et qui sonnerait officiellement les 9 heures du matin et le début de cette journée d'orientation réservée aux septièmes années. Elle ne prit même pas le temps d'embrasser Harry et sortit de la Grande Salle en courant.
« Ginny tente d'échapper à son destin ? » plaisanta maladroitement Neville en tendant à ses amis des feuilles de parchemin.
« Quelque chose comme ça, ouais, » pouffa Ron qui semblait partager le même humour que son ami.
« Qu'est-ce que c'est ? » demanda Hermione en tournant dans sa main la feuille de parchemin vierge.
« Une feuille de souhaits, » expliqua Neville, « il faudra en fait écrire nos observations sur chaque stand et inscrire quels métiers nous plaisent le plus et pourquoi. Ce sera dans notre dossier a priori, pour nous aider et nous orienter après Poudlard. »
« Oui, encore faudrait-il être toujours en mesure de choisir, » déclara d'un ton absent Hermione, « si Voldemort gagne la guerre, notre avenir sera tout tracé, surtout le mien. »
Les regards de Neville, Harry, Ron et Hannah convergèrent vers la jeune Gryffondor qui leva les yeux au ciel.
« Mauvaise nuit, désolée, » soupira-t-elle.
« Hey, ta mère est là ! » s'exclama Neville en désignant Eléa qui, tout en maugréant en levant les yeux au ciel, aidait Tonks à ramasser le tas de feuilles de parchemin qu'elle venait de laisser tomber par maladresse en s'excusant platement auprès du Professeur Dumbledore. « Tu crois qu'elle va tenir le stand des Mangemorts ? » s'enquit Neville dont le sourire s'évanouit quand les regards convergèrent cette fois sur lui.
« Wow, y'a du lourd ce matin ! » ricana Ron en fourrant sa feuille de parchemin dans sa poche avant de se diriger vers le stand du Ministère que tenait son frère Percy.
« Je-je suis désolé, Hermione, » bafouilla Neville, à présent rouge de honte, « c'était stupide. C'était censé être drôle, pour alléger l'atmosphère, mais ça ne l'était pas… »
« Ce n'est pas grave, Neville, » sourit Hermione. Mais devant l'air meurtri du Gryffondor, Hermione se sentit obligée de le rassurer davantage. « Neville, oublie ça, je sais que tu ne pensais pas à mal, d'accord ? Allez, on y va ! Je veux parler avec Tonks et avoir les brochures sur les Aurors ! Je sens que le stand va être surchargé, alors allons-y maintenant !»
« L'enseignement m'attire davantage en fait, » s'excusa presque Neville en haussant les épaules.
« Ok, on se retrouve au déjeuner alors ! »
« Sans problème, » sourit finalement Neville et Hermione attrapa Harry par le bras, l'entraînant vers le stand des Aurors.
« Salut les jeunes ! » les accueillit Tonks avec un large sourire. « Vous voulez devenir Auror ? »
Pour toute réponse, Harry haussa les épaules mais Hermione parut davantage intéressée alors qu'elle dévisageait presque la seconde Auror qui accompagnait Tonks.
« Peut-être, » répondit finalement Hermione, « ça a l'air passionnant. »
« C'est éreintant, » déclara la deuxième Auror avec un sourire malicieux avant d'ajouter : « Je m'appelle Ella. »
« Moi c'est Hermione, » se présenta à son tour la Gryffondor qui semblait fascinée par ladite Ella. Il faut dire que la jeune Auror était loin de passer inaperçue : vêtue d'un jean à la mode moldue recouvert par des cuissardes en cuir, sa taille était enserrée dans un corset cuir noir et dentelle rose. Elle portait, en outre, un long manteau de cuir noir à large col qui la rendait impressionnante. De taille moyenne, elle avait des cheveux lisses auburn qui encadraient son visage jusqu'à son menton. Une large frange couvrait son front et lui donnait un air strict, atténué par de grands yeux verts pétillants et malicieux.
« Harry, » s'excusa presque ce dernier en levant la main alors qu'il semblait également sous le charme de leur interlocutrice.
« Qu'est-ce qu'on peut leur dire sur le métier d'Auror ? » réfléchit à haute voix Tonks avec une petite moue interrogatrice alors que la file devant le stand prenait petit à petit plus d'ampleur.
« La formation dure trois ans, » répondit Ella, « mais ça, vous devez déjà le savoir. Oh, et il faut être bon dans presque toutes les matières à Poudlard, sinon vous ne serez jamais admis à l'école de formation. Mais ça, vous devez aussi le savoir… »
« Comme vous le savez, je suis Auror depuis quatre ans, » poursuivit Tonks, « comme Ella en fait, on est de la même promo. J'ai assuré en dissimulation et déguisement, sans étudier, mais je n'ai pas de mérite. Par contre, j'ai galéré pour la filature et l'épreuve de tapinois. »
« Pour ma part, j'étais bonne en dissimulation également mais ma spécialité était et reste la défense pratique. Je suis par exemple en ce moment assignée pour la protection rapprochée d'un membre important du Ministère, » expliqua Ella.
« Vous faites vraiment un métier extraordinaire, » souffla Harry d'admiration. « Hermione ne devrait avoir aucune difficulté à entrer à l'école de formation, contrairement à moi. »
« Ne dis pas de bêtise, Harry, » rougit Hermione en donnant un léger coup de coude à son frère.
« Harry Potter n'est pas le meilleur élève de Poudlard ? » demanda Ella en levant un sourcil interrogateur, toujours avec ce sourire en coin amusé.
« Non, Madame ! » sourit Harry qui avait visiblement compris le ton ironique de l'Auror.
« Voici les brochures, » déclara Tonks en leur tendant des plaquettes brillantes. « On aura l'occasion d'en reparler si vous voulez, » ajouta-t-elle aux deux élèves avec un clin d'œil.
Hermione et Harry remercièrent chaleureusement les deux Aurors et partirent à la recherche de Ron afin de partager avec le rouquin cette discussion enrichissante.
Poudlard, jeudi 26 mars 1998
Eléa descendit de la Tour Gryffondor à grandes enjambées et stoppa net son élan quand elle se trouva dans l'embrasure de la salle des Professeurs. Elle réajusta sa longue jupe noire et fit un pas en arrière dans l'espoir de pouvoir s'échapper, espoir qui s'envola quand Severus Snape la prit par la taille avant de rentrer dans la salle des professeurs.
« Un café, Eléa ? » lui demanda Rémus avec un sourire amical.
« Très serré, merci… » répondit Eléa avec un sourire forcé, fusillant Snape du regard.
« Bonjour Mademoiselle Demeteriem, » Sybille Trelawney la salua et Eléa fronça les sourcils, gênée par le fait qu'elle était incapable de discerner le regard de la voyante derrière ses grosses lunettes opaques et déformantes.
« Professeur Trelawney, » Eléa répondit poliment en hochant la tête.
« L'enseignement vous plaît-il ? » s'enquit Sybille et Eléa jeta un regard blasé à Severus qui s'amusait de la situation à l'autre bout de la salle en compagnie de sa petite amie, le Professeur Lynn Parker.
« Beaucoup, » se força à sourire Eléa en se brûlant avec une gorgée de son café. Le regard insistant du Professeur de Divination la mit à l'aise et elle ne put s'en empêcher, les mots sortant de sa bouche malgré elle. « Allez-y ! Déballez-moi mon futur ! Qu'est-ce que vous me prédisez ? Une triste fin sous la baguette de Lord Voldemort ? » cracha Eléa et Sybille se protégea le visage en entendant le nom interdit.
Eléa sursauta quand l'épingle de ses cheveux claqua et sauta pour tomber à terre, libérant sur son visage les quelques mèches qu'elle avait attachées et ramenées de chaque côté de son visage rond. Elle se tourna et Severus leva un sourcil voulant dire qu'il n'y était pour rien mais le regard qu'elle lui adressa ne laissa aucun doute sur l'identité du fauteur de troubles.
« Ma chère, » commença Sybille en remontant ses lunettes sur son nez. « Les prédictions ne se lâchent pas entre deux portes et deux tasses de café mais méritent concentration et étude. Si vous êtes intéressée, vous pouvez toujours venir me voir quand vous le souhaitez. Mais si je peux me permettre, je vous conseillerais de vous couvrir, le froid peut être dangereux… » termina de manière énigmatique la bonimenteuse avant de sortir de la salle la tête haute.
« En effet, » ajouta Severus qui s'était rapproché en fixant le décolleté plongeant d'Eléa.
« Tu me le paieras, Sev, » dit-elle les dents serrées, laissant les quelques professeurs encore présents pour prendre le chemin du bureau de son père.
Dumbledore l'accueillit avec un regard grave et Eléa comprit en s'asseyant sur le fauteuil faisant face à son père.
« D'autres lettres ? » demanda-t-elle devinant la réponse en observant les parchemins étalés sur le bureau en acajou.
« D'autres lettres… » acquiesça tristement le directeur. « Je préfère que tu ne les lises pas… »
« Fais-moi un résumé, » sourit Eléa, se forçant à paraître enjouée bien que son père ne fut pas dupe.
« Il paraît inconcevable aux parents d'élèves qu'une Mangemort puisse enseigner à Poudlard… » soupira gravement le vieux sorcier. « Les communiqués de Poudlard et du Ministère n'ont pas suffi, Eléa, je suis désolé… »
« Le Ministère ? » se mit à rire amèrement Eléa. « Qu'est-ce que tu croyais papa ? Les trois quarts du Ministère sont dirigés par des Mangemorts et puisque je ne fais plus partie de leurs rangs, ils n'allaient certainement pas appuyer ma présence ici ! »
« Les tensions sont palpables là-bas, c'est vrai, mais les choses restent sous contrôle, » déclara Dumbledore, pensif.
« Pour combien de temps encore ? Ca va claquer, ici, là-bas, partout ! Pourquoi les gens sont-ils tous aveugles ? Les parents d'élèves n'ont rien de mieux à penser que de faire chier leur monde en n'ayant pas confiance en toi ? »
Eléa soupira, ferma un instant les yeux pour se calmer et s'enfonça dans le fauteuil confortable, ramenant ses cheveux dans son dos pour dégager son visage.
« Je suis désolé, chérie… »
« Ce n'est pas ta faute, papa… C'était à prévoir. Tu as fait ce que tu as pu. Ces deux semaines auront été géniales, elles m'auront permis de me changer les idées et d'être avec Hermione, c'est le plus important… Je… je vais plus m'investir pour l'Ordre, il faut établir un plan d'attaque… ou de riposte, » bafouilla Eléa, essayant de se convaincre qu'elle était encore utile pour au moins un camp.
« Ta vie est en danger, Eléa. Je ne veux pas que tu prennes le moindre risque… » la raisonna Dumbledore sérieusement.
« Je sais. Je ne prendrai aucun risque. »
« Voir Lucius Malfoy est un risque, Eléa. »
« Je sais ! » commença à s'emporter à nouveau Eléa. « Ca fait une semaine que je ne l'ai pas vu ! Je l'aime, papa ! Il peut en plus nous aider ! »
« Vous parlez technique quand vous vous voyez ? » demanda d'un air amusé le vieux sorcier.
« On peut dire ça, » répondit Eléa en soutenant le regard de son père qui ne put s'empêcher de rire malgré la gravité de la situation. Eléa sourit timidement et elle se relaxa, entortillant ses cheveux entre ses doigts. « Il ne me reste plus qu'à quitter Poudlard… » regretta-t-elle dans un soupir.
« Tu peux encore rester ce week-end pour profiter d'Hermione, » sourit Dumbledore et Eléa lui adressa un sourire reconnaissant.
Vendredi 21 mars 1980
Ils étaient à peine arrivés à l'appartement qu'Eléa se changea d'un coup de baguette magique, mettant des vêtements plus confortables et plus chauds, elle paraissait inquiète et Lucius ne put s'empêcher de remarquer que ses mains tremblaient.
« Chéri, je suis désolée de t'avoir fait ce coup-là, mais je dois partir chez mon père... »
« Que se passe-t-il amour ? Tu as l'air si inquiète... »
« Mon père est malade, c'est pour ça qu'il a annulé, je n'ai rien dit au Maître et jure-moi de ne rien dire, s'il te plait... »
Il se sentit désarmé devant son regard rempli de larmes et lui promit de ne rien dire, elle était si triste... Depuis qu'il connaissait Dumbledore, il ne l'avait jamais vu malade, cet homme était un roc et il comprenait l'inquiétude de sa compagne, même si il ne pouvait s'empêcher de penser que cela pouvait être une bonne chose pour leur camp. Il se détesta pour cette pensée et enlaça Eléa pour la réconforter.
« Tu ne m'en veux pas hein ? » sanglota-t-elle.
« Non, pas du tout amour, c'est normal que tu y ailles, je vais en profiter pour me reposer et finir quelques papiers... mais tu me tiens au courant, d'accord ? »
« Oui... Je t'écrirai dès que j'en saurai plus. »
Ils s'embrassèrent et Eléa sortit pour transplaner aussitôt.
Poudlard, vendredi 27 mars 1998
Le soleil bien présent du début de matinée avait permis au Professeur Snape d'emmener ses élèves en forêt à la recherche de plantes rares permettant de réaliser une potion aussi utile en matière culinaire que médicinale. Si les Gryffondors et les Poufsouffles avaient accueilli la nouvelle avec enthousiasme, les Serdaigles avaient considéré en majorité que c'était une perte de temps tandis que les Serpentards y voyaient un moyen de ne rien faire et rigoler ensemble pendant que les autres feraient tout le boulot.
Et c'était exactement ce qui se passait : Draco Malfoy, Blaise Zabini, Pansy Parkinson, Gregory Goyle, Vincent Crabbe et Theodore Nott étaient assis sur une grosse souche, rigolant et se moquant allègrement de leurs camarades en train de fouiller les fougères à la recherche des plantes qu'ils étudiaient. Le regard de Draco glissa sur le groupe de Gryffondor et avec un rictus en coin, il observa la scène s'y déroulant en secouant la tête d'un air navré. Blaise suivit son regard et il leva un instant un sourcil. Hermione était en train de recoiffer Harry en riant et ce qu'il déclara, bien que les Serpentards étaient trop loin pour entendre, sembla la faire rire puisqu'elle éclata d'un rire sincère avant de s'accrocher à son cou et déposer un tendre baiser sur sa joue.
« Putain, tu crois que Potter se fait les deux ? La sang de bourbe et la rouquine ? » demanda Blaise et le sang de Draco se glaça bien qu'il essaya de garder bonne figure.
« N'importe quoi… » ne put s'empêcher de soupirer Pansy alors que Crabbe, Goyle et Nott pouffaient bêtement.
« Sérieux… » poursuivit Blaise, « ils sont toujours collés l'un à l'autre et la rouquine semble trouver ça normal… Ils sont peut-être adeptes des trucs à trois, des petites salopes chez les Gryffondors… On a Pansy et ils ont Granger et la Wesel… »
« Hey ! » s'offusqua Pansy, les bras croisés sur sa poitrine et Draco se leva, des éclairs dans les yeux.
« Ta gueule, Zabini ! » rua-t-il dangereusement et les rires des Serpentards cessèrent.
« Oh ça va… C'était pour déconner Pansy, » soupira Blaise en levant les yeux en direction de la brunette. « N'empêche que c'est peut-être pas des conneries ce que je raconte concernant les deux chaudasses de Gryff'… »
« Ce sont des conneries aussi plates que ta bite, Zabini ! » poursuivit Draco, réellement hors de lui. « Et tu veux que je te dise pourquoi ? »
« Allez… Tu vas me refaire le coup du violon et des sentiments que tu as pour Granger, Malfoy ? Je croyais que c'était fini tes conneries ? »
« On ne parle pas de moi, Zabini ! Potter et Granger sont frère et sœur, connard ! » éclata Draco et un silence choqué suivi la révélation tandis que les regards se dirigèrent à nouveau vers le groupe des Gryffondors.
« Tu déconnes… » souffla Blaise qui déglutit lorsqu'il se rendit compte que son ami était plus que sérieux. « Putain… Potter a dû tomber de haut quand il a appris que son paternel n'était pas un saint… »
« Comment tu sais qu'ils ont le même père ? » demanda soudainement Crabbe en se frottant l'arrière du crâne, visiblement en grande réflexion. « Ils ont peut-être la même mère… »
Des regards navrés convergèrent vers Crabbe et la discussion s'arrêta là alors que Snape les somma de participer activement aux recherches entreprises.
La rumeur ne mit que la matinée pour se propager à toute l'école et bientôt les murmures et les regards glissèrent vers les deux protagonistes, héros malgré eux de plusieurs histoires sur leur passé commun dont ils se seraient bien passés. Les intéressés furent bien évidemment les derniers au courant de la rumeur sur leur compte qui s'abattit sur Ron en même temps que la pluie recommença à dégringoler sur le château en fin de soirée.
« Qu- quoi ? » bafouilla-t-il, lâchant la main de sa petite amie.
« Potter et Granger. Est-ce que c'est vrai qu'ils sont frère et sœur ? » Pansy répéta, devinant déjà la réponse vu comment Ron avait blêmi.
« Qui t'a dit ça ? » répondit Ron par une autre question.
« Malfoy, » Pansy n'hésita pas, haussant les épaules.
« Quel connard… » jura Ron, les poings serrés. « Tu peux garder un secret ? » demanda-t-il à Pansy qui pencha légèrement la tête sur le côté, réellement désolée.
« L'école entière est déjà au courant… » avoua-t-elle timidement et Ron la planta dans la Tour d'Astronomie, regagnant la Tour Gryffondor en courant.
Il entra dans la salle commune et trouva ses amis autour de la cheminée, les mines abattues et visiblement amères.
« Oh… Vous êtes déjà au courant alors… » souffla Ron en reprenant sa respiration. « Je suis désolée, Mione… »
Hermione lui adressa un petit sourire reconnaissant et haussa les épaules.
« Ca ne fait rien, Ron… » admit-elle avec sincérité. « Je ne veux surtout pas qu'Harry ait des soucis à cause de ça… »
« Quels soucis ? » soupira Harry. « Voldemort le sait déjà… alors je m'en fous… Ce que je voudrais savoir, c'est comment… »
« Malfoy, » révéla Ron et le regard d'Hermione s'assombrit alors qu'elle se leva.
« Magnifique semaine… Ma mère se fait virer de l'école et mon ex-petit ami décide encore de me faire du mal… » soupira Hermione. « Allez, venez les filles, on a malgré tout une fête à organiser ! » se reprit-elle, invitant Ginny et Hannah à l'accompagner jusqu'à sa chambre.
« Pourquoi cette fête n'est réservée qu'aux filles déjà ? » geignit Ron.
« Pour qu'on puisse parler de vous ! » répondit Ginny, et Harry sourit alors que Ron se renfrogna.
« Tadam ! » s'écria Hermione quand Eléa entra dans leur chambre avec une serviette nouée autour de ses cheveux mouillés.
« Wouaaaah ! C'est pour moi ? » demanda Eléa en admirant les bougies allumées, les coussins et couvertures éparpillés par terre et les friandises et autres gourmandises jonchant le sol.
Hermione hocha la tête et Eléa l'étouffa dans ses bras avant de se ressaisir.
« Laissez-moi deux minutes ! Je me sèche les cheveux et j'enfile une robe digne de ce nom ! » s'écria Eléa qui disparut sous les regards amusés des amies d'Hermione invitées pour la soirée d'adieu d'Eléa, soirée rigoureusement interdite aux garçons.
Hermione avait demandé à plusieurs camarades de Gryffondor, Serdaigle et Poufsouffle mais seules Ginny, Hannah et les sœurs Parvati et Padma avaient répondu à l'appel.
« C'était ma mère… » sourit Hermione et les filles acquiescèrent, Parvati et Padma ayant un sourire un peu crispé cependant.
Eléa ne mentit pas et fut de retour deux minutes plus tard, apprêtée presque comme si elle allait assister à son bal de promo. Elle portait un jupon de patchwork multicolore, lui-même sur un autre jupon ample en tulle jaune pâle, avec un petit haut noir assez simple alors qu'elle avait laissé ses cheveux ondulés librement dans son dos.
« Wow ! Je savais pas qu'il fallait s'habiller… » Padma marmonna alors qu'Hermione fit un geste de la main pour l'apaiser.
« Absolument pas ! C'était censé être une soirée pyjama en fait mais bon, voilà c'est ma mère… »
« Elle est superbe cette jupe, madame, » Parvati la complimenta.
« Eléa, » la corrigea cette dernière, l'air radieux. « Et merci ! C'est très gentil ! C'est moi qui l'ai faite. »
« Vraiment ? » Parvati écarquilla les yeux. « Vous êtes très douée… »
« Venez vous asseoir, » Hermione gesticula vers les couvertures sur le sol et les jeunes sorcières prirent place dans une ambiance décontractée pour le plus grand soulagement d'Hermione.
La première demi-heure fut consacrée à du grignotage en règle accompagné de divers jus de fruits. Mais Eléa grimaça et s'absenta quelques secondes avant de revenir avec des bouteilles de whisky sous le regard désapprobateur de sa fille.
« Maman ! Pas d'alcool ! » s'écria fermement Hermione et Eléa leva les yeux au ciel.
« Si tu n'en veux pas, personne ne t'oblige… Qui en veut un peu ? » demanda Eléa, se servant une rasade d'alcool, un sourire aux lèvres quand les filles lui tendirent leurs verres.
« Ginny ! » s'offusqua Hermione et la rouquine haussa les épaules.
« Juste un petit peu… Ca ne va pas nous tuer… »
« Tu es sûre que tu n'en veux pas ? » lui demanda Eléa et Hermione secoua la tête avec un air boudeur.
La demi-heure qui suivit consista en une lente descente de la première bouteille de whisky et alors que les filles commençaient à rire à la moindre parole d'Eléa, Ginny tentait de divertir Hermione qui jetait des regards noirs à sa mère. Elle finit par se détendre à la pensée qu'il s'agissait après tout d'une des dernières soirées de sa mère à Poudlard et par conséquent avec elle, et elle s'autorisa à rire des élucubrations de sa mère avant que cette dernière ne suggère de pimenter la soirée.
« Bon, les filles ! Je propose un Spin the Bottle ou un Action ou Vérité ! »
« Génial ! » Hannah se mit à applaudir.
« Spin the Bottle ? » Hermione leva un sourcil interrogateur. « Maman, on est que des filles, il n'y a pas de garçon… »
« Et alors ? » Eléa rétorqua avec un sourire malicieux. « On n'a pas besoin de garçon pour ça… » et Parvati pouffa, du whisky sortant de son nez.
« Ok… mais l'idée de t'embrasser ou d'embrasser Ginny, ou l'une d'entre vous, me donne la nausée, alors je vote pour un Action ou Vérité… » décida Hermione dont la décision fut accueillie sous de chaleureux applaudissements.
« Vas-y ma chérie, devant ce succès, nous te laissons lancer les hostilités, » Eléa lui adressa un clin d'œil en avalant une olive.
« Ok… Ginny, action ou vérité ? » se lança Hermione tandis que la rouquine haussa les épaules.
« Action. »
« Change la couleur de ce whisky, » proposa Hermione, et Ginny se concentra, levant sa baguette, avant de s'exécuter, transformant le whisky en un liquide violacé.
« Bien joué ! » s'écria Eléa qui but une nouvelle gorgée. « Tu as de la chance, le goût n'a pas changé… » ajouta-t-elle avec un large sourire.
« Parvati, action ou vérité ? » enchaîna Ginny et le jeu se poursuivit pendant quelques temps, les paris consistant essentiellement en la réalisation de sorts les plus divers.
Quand la tournure changea et que les filles embrayèrent sur des questions plus personnelles, Hermione se sentit mal à l'aise et elle devina presque la question que Padma s'apprêtait à lui poser alors qu'elle regretta d'avoir répondu « vérité » au moment où le mot sortit de sa bouche.
« Est-ce que tu es toujours amoureuse de Draco Malfoy ? »
Elle ferma les yeux un instant et les mots la transpercèrent jusqu'à lui faire mal, une douleur physique mais davantage morale qu'elle combattit et elle s'efforça de sourire en répondant d'un ton détaché.
« Non. »
« Non ? » réagit Parvati. « C'est plutôt surprenant… Je ne comprendrais jamais comment on peut un jour aimer une personne et le lendemain clamer qu'il n'y a plus rien… »
« Oui, bon ! » la coupa Eléa. « A toi de relancer, chérie ! »
« Action ou vérité, maman ? » marmonna Hermione, la question de Padma toujours dans son esprit.
« Vérité ! »
« Est-ce que tu as, par le passé, déjà songé à quitter sérieusement Lucius, à cause de ses mauvais côtés ? » demanda Hermione et elle s'efforça de ne pas réagir aux regards choqués posés sur elle, avant que ceux de ses camarades ne se tournent vers Eléa.
« Et bien… » bafouilla Eléa, un peu décontenancée et gênée, « oui, c'est vrai, j'y ai songé… mais je n'ai jamais pu… je l'aimais trop pour le quitter… » termina-t-elle avec un petit sourire.
« Woah, c'est trop beau l'amour, » Parvati marmonna alors que sa sœur lui enleva son verre des mains.
« Tu as trop bu…. »
Hermione soutint un instant le regard de sa mère et elle lui adressa un timide sourire en réponse.
« Ginny, action ou vérité ? » poursuivit Eléa.
« Vérité. »
« Est-ce que Harry Potter est un bon coup ? » demanda Eléa et Hannah cracha la gorgée qu'elle venait d'engloutir tandis que Parvati et Padma pouffèrent.
« Maman ! » râla Hermione mais à la grande surprise de cette dernière, Ginny se mit à rire, sans même rougir.
« Oui ! Mais je ne développerai pas ! » répondit Ginny alors qu'Hermione s'était bouchée les oreilles.
« Mione ? »
« Vérité… »
« Est-ce que tu soutiens la théorie qui veut que Snape soit un vampire ? » demanda malicieusement Ginny.
« Quoi ? » s'étouffa Eléa en reversant un peu son verre avant d'effacer magiquement ses bêtises. « Mais qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre… »
« Et bien, » commença Hermione sérieusement alors que les filles pouffaient déjà, « je pense sincèrement que de nombreux indices peuvent effectivement laisser croire que le Professeur Snape est un vampire… Cette façon de s'habiller en noir –à moins qu'il ne soit gothique-, le fait de vivre dans des cachots, ce teint blafard, cette manie de fuir la lumière du jour –on étudie quasiment dans l'obscurité- et cet air mauvais… » soupira Hermione tandis qu'Eléa l'écoutait, soutenant sa tête d'une main, son coude posé contre le lit le plus proche.
« Bonne réponse, Mione ! » applaudit Parvati.
« Tant de conneries me laissent sans voix… » Eléa souffla, secouant la tête avant de s'enfiler une nouvelle rasade de whisky.
Le jeu se termina de lui-même quand les filles furent lasses de trouver des questions intéressantes ou amusantes, et la soirée se termina dans une ambiance chaleureuse, ponctuée de discussions typiquement féminines et de rires résonnant dans toute la Maison Gryffondor.
Quand les filles furent parties, Hermione et Eléa purent profiter de se retrouver un peu seules avant de finalement aller se coucher.
Ecosse, Maison de Dumbledore, 21 mars 22h00.
Eléa grimpa les escaliers cachés à toute vitesse et se précipita dans le salon qui était vide. Elle courut dans le couloir et frappa à la porte de la chambre de son père, elle s'ouvrit doucement et Madame Pomfresh l'accueillit avec un sourire triste.
« Je suis venue dès que j'ai pu, » murmura Eléa, la voix tremblante. Elle regarda par-dessus l'épaule de la Médicomage et aperçut Dumbledore, pâle et fiévreux. « Qu'est-ce qu'il se passe ? »
« Une mauvaise bronchite... très mauvaise Eléa... » dit-elle d'une voix grave.
Eléa laissa couler quelques larmes et les essuya rapidement. Le visage de Pomfresh reflétait de la compassion... elle savait.
« Vous savez, n'est-ce pas ? »
« Oui, Albus me l'a dit quand il a rédigé la lettre qu'il vous a envoyée. Vous pouvez le voir, il n'est pas contagieux. »
« Il n'est jamais malade... » murmura Eléa, désemparée.
« Il n'a pas été prudent, il oublie souvent qu'il n'a plus cinquante ans... »
« Depuis combien de temps est-il malade ? »
« Quatre jours, il s'est décidé à vous écrire quand il a vu que son état ne s'améliorait pas... » Elle lui ouvrit la porte et se retira.
Eléa entra à pas feutrés dans la chambre, une odeur de menthol et de camphre habitait la pièce. Elle s'assit à son chevet et prit un linge dans une bassine d'eau fraîche, elle l'essora et le passa délicatement sur le front de son père. Il ouvrit lentement les yeux et sourit en la voyant. Il essaya de parler mais il était trop faible.
« Garde tes forces papa, on parlera demain... » dit-elle avec émotion.
Il était vraiment brûlant de fièvre et cela l'inquiétait.
Elle passa la nuit à ses côtés, s'occupant de lui en se relayant avec Pomfresh, et priant silencieusement pour qu'il se rétablisse.
Elle l'avait tellement détesté plus jeune, ils avaient fait tant d'erreurs, elle ne voulait pas qu'il parte. Il était son point d'appui, son repère, ce qui était assez ironique quand elle y pensait. Depuis des mois elle se battait contre lui, contre son organisation et elle était un des meilleurs soldats du camp adverse, mais elle ne pouvait cesser de penser à lui comme son père. Elle était persuadée qu'un jour il l'aiderait à se racheter, il l'aimerait malgré tout ce qu'elle ait pu faire, malgré les meurtres, les mensonges... Mais peut-être qu'elle se faisait des illusions et qu'il la renierait. Elle commençait à verser encore quelques larmes mais elle se reprit, elle devait rester forte.
Elle se leva, fatiguée de rester assise, elle se dirigea vers la fenêtre et regarde le soleil se lever tout en caressant son ventre qui était un peu douloureux. Madame Pomfresh entra et la regarda avec un sourire.
« Vous devriez aller vous allonger un petit peu, ce n'est pas très bon dans votre état de rester toute une nuit éveillée... »
« J'irai après, je veux juste qu'il se réveille... La fièvre est tombée ? »
« Il en a encore un peu mais beaucoup moins. Sa toux par contre est toujours aussi forte... »
« Il a passé quelques heures tranquille, mais ça a reprit il y a deux heures. »
Dumbledore gémit et elles se précipitèrent toutes les deux à ses côtés. Il ouvrit les yeux et sourit
« Me voilà bien entouré... » chuchota-t-il, la voix enrouée.
La Médicomage lui tendit une potion qu'il but lentement. Elles l'aidèrent à se mettre dans une position plus assise et elles lui posèrent quelques questions.
Pomfresh s'éclipsa et les laissa seuls. Le vieil homme posa une main chaude sur le visage de sa fille qui s'était assise sur le lit, en face de lui.
« Comment vas-tu ? »
« Mieux que toi, » plaisanta-t-elle.
« Tu as dormi un peu ? »
« Non, je voulais être là quand tu te réveillerais... »
Il sourit à nouveau et posa les yeux sur le ventre se sa fille.
« Tout va bien papa, et je pense que tu vas être grand père d'une petite fille... »
Il fut pris d'une quinte de toux et Eléa lui fit respirer une potion assez forte pour lui dégager les bronches. La toux se calma et il respira profondément.
« Dors papa, je vais manger un peu et me reposer, je serai dans ma chambre... »
Il acquiesça et Eléa appela Pomfresh pour qu'elle reste à son chevet.
Eléa entra dans la cuisine et fut surprise de voir que l'infirmière lui avait préparé un petit déjeuner copieux. Elle lui en fut reconnaissante car pour la première fois depuis qu'elle était enceinte, la faim lui tenaillait le ventre. Elle se restaura et sentit la fatigue lui rappeler qu'elle n'avait pas dormi de la nuit. Elle décida d'aller s'allonger un moment après avoir écrit une lettre à Lucius pour le rassurer. Elle s'endormit immédiatement, mais le cœur serré en espérant que l'état de son père s'améliorerait rapidement.
Impasse du Tisseur, lundi 30 mars 1998
Il faisait une nuit noire, sans lune, lorsque les rats de l'impasse s'enfuirent à toute vitesse devant le danger imminent qui les guettait. Mais le félin traversa l'impasse sombre sans même un regard pour les rongeurs, semblant chercher une quelconque cachette. Le petit chat noir s'arrêta devant une maison quelque peu délabrée, au bout l'impasse à peine éclairée par un vieux réverbère dont la lueur faiblissait.
Le chat gratta à la porte, qui s'ouvrit doucement, et il y pénétra en un éclair. Si ils n'avaient pas fui aussi vite, quelle aurait été la surprise des ces animaux s'ils avaient vu le prédateur se transformer en une magnifique jeune femme aux grands yeux bleus. Eléa entra prudemment, baguette en main, et regarda en fronçant les sourcils le mobilier autour d'elle. Elle sursauta lorsque du mur couvert de livres s'ouvrit une porte secrète.
« Lucius ! » s'écria-t-elle en lui sautant dans les bras.
« Bonsoir ma belle... »
Il l'embrassa tendrement, approfondissant son baiser en la serrant dans ses bras.
« Tu m'as tellement manqué... Tu vas bien ? Je veux dire, Il ne te fait pas de mal ? »
« Non, ça va, ne t'inquiète pas pour moi... et toi ? »
« Tout va bien... » mentit Eléa en haussant les épaules.
« Ton père sait que tu es ici ? »
« J'en sais rien… Severus le sait probablement, » dit-elle avec une petite grimace. « Il sait tout, il est chargé de me protéger, me suivre, jouer les emmerdeurs parfois... En tout cas, je ne le remercierais jamais assez de nous prêter sa... euh... maison… »
« Planque plutôt... » dit-il avec un rire franc, qui fit sourire Eléa.
Il s'approcha à nouveau d'elle et l'embrassa tout en glissant une main dans son dos et défit la fermeture éclair de sa robe.
« Me dis pas qu'on va faire l'amour sur ce canapé pourri, il tiendra jamais le coup ! » plaisanta Eléa.
« J'ai préparé la chambre… »
Il souleva Eléa, la porta jusqu'à la chambre et la jeta sur le lit, faisant pouffer de rire la jeune femme qui s'empressa d'enlever son soutien-gorge pendant que son amant se débarrassa de ses vêtements. Malgré les jours de séparation, Lucius s'efforça de faire l'amour à son compagne lentement, savourant ce moment d'intimité tellement rare ces derniers temps.
Lucius était allongé sur le côté alors que Eléa, sur le dos, affichait un sourire béat. Il se pencha sur elle afin d'accéder au paquet de cigarettes sur la table et embrassa la jeune femme au passage.
« Tu m'as manqué mon amour... » Il descendit vers sa poitrine et embrassa ses mamelons. « Eux aussi ils m'ont manqué, » dit-il avec un sourire en coin. « La séparation a du bien finalement, » dit-il en allumant sa cigarette.
« Hey ! » Elle le frappa sur le torse, avant de rire et de l'embrasser à son tour.
Ils passèrent quelques minutes à s'observer en silence, à détailler chaque centimètre de leurs visages. Il ne s'était écoulé qu'une dizaine de jours depuis leur dernier rendez-vous mais ils étaient conscients qu'ils ne pourraient peut-être pas renouveler leurs rencontres secrètes autant qu'ils le voudraient.
« Tu sais qu'Il va te tuer une fois qu'Il n'aura plus besoin de toi ? »
« J'ai encore pas mal de cartes en mains tu sais, Il a besoin de mes contacts, sans compter que je suis un des seuls à pouvoir diriger les missions. »
« Mais Il te fait moins confiance ? Après tout, tu l'as trahi en me sauvant... »
« Nos rapports ne sont plus ce qu'ils étaient, Il me confie moins ses plans, Il est aussi plus... dur. »
Eléa fronça les sourcils avant de reprendre. « On vit quelque chose qu'il abhorre, on s'aime, c'est un sentiment qu'Il ne peut pas avoir... même si je pensais qu'Il le pouvait… »
« Comment ça ? » s'inquiéta-t-il.
« Je pensais qu'Il aurait pu m'aimer, comme sa fille, mais il en est incapable... » répondit-elle, une pointe de dégoût et d'amertume dans la voix.
« Vos rapports m'ont toujours intrigué... »
« Tu sais quoi, arrêtons de parler de Lui, ok ? » proposa Eléa avec un sourire.
« Tu as raison amour, » soupira-t-il. « Champagne ? »
« Et après 21 ans, tu poses toujours la question.. » Elle leva les yeux au ciel.
Elle fit apparaître une nuisette en satin noire et l'enfila, savourant la douceur du tissu léger qui glissa sur sa peau laiteuse. Elle soupira de plaisir en entendant le bouchon de champagne sauter et s'approcha de son amant qui lui servit une coupe du liquide doré.
Elle frissonna et le rejoignit sous les draps, ils trinquèrent et burent une gorgée tout en se regardant dans les yeux.
« Comment ça se passe les cours ? »
« Mal, je me suis faite virer... » Elle prit un air hautain. « Les parents d'élèves ont crié à la « méchante sorcière »... bande de cons... »
« Tu vas devoir quitter Poudlard alors ? »
« C'est déjà fait et maintenant je m'ennuie comme un rat mort, au moins à Poudlard c'était marrant et ça m'occupait... » bouda-t-elle.
« Comment va Draco ? » s'inquiéta-t-il.
« Mal... Il est toujours aussi désagréable et ses notes chutent énormément... » dit-elle en secouant la tête. « Il collectionne les retenues. »
« Au moins, avec Hermione, il travaillait, » constata Lucius.
« Oui, » soupira Eléa. « Mais ça m'étonnerait qu'ils se remettent ensemble ? » soupira Eléa après un court silence.
« Je ne sais pas... Draco avait l'air amoureux. Pour Hermione, je ne la connais pas assez. Mais bizarrement quand on les voit, on sent une osmose, comme... »
« Nous, » le coupa-t-elle. « Certaines personnes sont destinées à être ensemble, comme nous, comme eux… »
« Comme Potter et le fille Weasley, » ajouta Lucius avec mépris.
« Oui, » rit Eléa. « Ce qu'ils peuvent me faire penser à Lily et James, c'est incroyable, » remarqua Eléa, pensive.
« Mmh, » marmonna Lucius tout en servant une deuxième flûte à Eléa.
« Lucius ? » Il la regarda dans les yeux. « Je me suis disputée avec ton fils. »
« A quel sujet amour ? » dit-il, étonné.
« Au sujet de sa Marque... » articula-t-elle.
« Oh, » dit-il d'un air détaché.
« Je le savais ! » murmura-t-elle, exaspérée. « J'arrive pas à croire que tu l'aies laissé faire, Lucius ! » Elle se leva du lit et commença à faire les cent pas sous le regard exaspéré de son amant.
« Draco est majeur, » soupira-t-il.
« Draco est stupide ! Et ne lève pas les yeux au ciel ! » dit-elle en le pointant du doigt.
« Eléa, Draco a voulu se faire marquer, il a contacté le Maître et il s'est enrôlé, point barre. »
« Et tu n'as rien dit ? Putain Lucius, c'est ton fils ! Tu veux qu'il gâche sa vie comme nous ? Surtout qu'il l'a fait parce qu'il est paumé depuis qu'Hermione l'a plaqué ! »
« Ça n'a rien à voir avec Hermione ! Il veut servir la cause, c'est tout ! » s'emporta Lucius.
« Rien à voir avec Hermione ? Arrête de déconner, depuis qu'ils ne sont plus ensemble, il est odieux avec tout le monde, ses notes ont chuté, c'est un cancre ! Et la cause, quelle cause Lucius ? Même toi, tu n'y crois plus ! » cracha-t-elle.
« J'y crois toujours Eléa ! »
« Pff, » fit-elle en haussant les épaules, « dis plutôt que tu prends le camp du plus fort… »
« C'est bien ce que tu as fait, non ? » s'enflamma Lucius.
« Je l'ai fait, oui, mais crois-moi à un moment, il faut choisir Lucius ! »
« Il n'aura pas à choisir ! Si le Maître perd, la marque n'aura plus d'importance ! » aboya-t-il, « et s'il gagne, Draco sera bien placé dans ses rangs. »
Eléa le regarda, hallucinée. « Alors c'est ça ton plan ? » Elle eut un rire amer. « Et s'il se fait tuer entre temps, tu envisages quoi ? » Devant son silence, elle enchaîna. « C'est ton fils unique Lucius ! Je me suis battue pour lui, j'ai payé de ma personne ! Comment peux-tu prendre ça à la légère ? As-tu une idée du cauchemar que j'ai vécu, à avaler cette magie noire jusqu'à en vomir mes tripes ? Combien de fois j'ai failli y laisser ma peau ? Et surtout mon esprit ? »
« Eléa, » se radoucit-il. « Je… Je n'avais pas pensé à tout ça, » dit-il sincèrement.
« Et bien ça fait plaisir de voir à quel point je compte pour toi… » sanglota-t-elle à voix basse.
Elle lui tourna le dos pour essuyer quelques larmes qui s'étaient échappées. Il s'approcha d'elle et hésita à la prendre par les épaules, tourmenté par un sentiment qu'il éprouvait si rarement mais chaque fois pour elle, la culpabilité. Elle avait raison, elle en avait bavé pour "sauver" les enfants et il n'y avait même pas pensé…
« Je suis désolé, Eléa, sincèrement, je n'aurais pas dû le prendre à la légère. »
Eléa soupira de lassitude et se retourna pour lui faire face.
Elle n'avait pas envie de se disputer et de gâcher le peu de temps qu'ils pouvaient passer ensemble. Il se leva à son tour et s'approcha d'Eléa qui lui avait tourné le dos à nouveau et il l'enlaça. A sa grande surprise, elle ne se débattit pas et semblait finalement plus triste qu'en colère.
« Après tout ça, après ce qu'on a vécu, tu l'as laissé faire, » sanglota-t-elle.
« Je ne pouvais pas m'y opposer Eléa, il y était fermement décidé et je n'ai pas intérêt à m'opposer aux décisions du Maître, » expliqua-t-il calmement.
Elle se retourna finalement et elle enfouit son visage humide de ses larmes dans la chevelure blonde du Mangemort.
« J'en ai assez de cette guerre Lucius, » pleura-t-elle. « Assez de tous ces morts, de Ses plans... Je veux une vie normale. »
Il l'embrassa sur le front et la berça doucement. Que pouvait-il lui dire ? Que la guerre serait terminée d'ici quelques mois et que tout s'arrangerait ? Qu'aucun d'eux ne mourrait ou serait enfermé à vie à Azkaban ? Que les enfants oublieraient la guerre très vite et vivraient des jours heureux ? Que tout cela était de sa faute... Que sans son ambition et sa soif de pouvoir, elle ne serait pas là, traquée, mise à mort par celui qu'elle appelait jadis « Maître » ?
« Tu n'es pas le seul à avoir fait les mauvais choix, » chuchota-t-elle, lisant dans ses pensées. « Jamais je ne blâmerais assez pour tout ce qu'il nous est arrivé, » ajouta-t-elle en l'embrassant.
Il la serra plus fort encore, et l'espace d'une seconde, il se sentit plus léger.
« Tu as la chair de poule, viens, on se recouche… »
Elle acquiesça et ils s'emmitouflèrent dans une couverture chaude et moelleuse. Ils firent une nouvelle fois l'amour, savourant chaque mouvement de leurs corps, avant de s'endormir calmement, il ne restait que quelques heures avant l'aube.
Elle frissonna et voulut remonter la couverture sur ses épaules, mais elle s'étonna de l'avoir déjà sur elle, jusqu'au cou. Elle ouvrit les yeux, il faisait encore nuit, mais un froid inhabituel prenait possession de son corps. Elle s'assit dans le lit, les sens en alerte, le cœur battant. Lucius s'était assis à son tour, ils se regardèrent et Lucius put lire la panique dans les yeux de sa compagne. Ils connaissaient tous les deux cette présence oppressante et glaciale. Sans un bruit, ils prirent leurs baguettes et s'habillèrent. La maison de Severus était pratique pour se cacher, mais une chose manquait... une sortie de secours.
Ils ne parlèrent pas, ils communiquaient par télépathie. Il n'y avait qu'une sortie possible, la porte d'entrée. Eléa grelottait et la buée qui s'échappait de leurs souffles était tellement épaisse que la température avait dû chuter d'une dizaine de degrés.
« Lucius, ils doivent être au moins une dizaine... » s'angoissa-t-elle.
« Ne t'inquiète pas, on va s'en sortir chérie... »
« Je suis nulle en Patronus, tu le sais... »
Des larmes remplissaient déjà ses yeux et Lucius sut à cet instant qu'il devrait se battre pour deux.
« Tu restes derrière moi et surtout, tu penses à Hermione, au jour où tu l'as rencontrée, pense à l'amour qu'il y a entre vous deux, ok ? »
Elle acquiesça tout en déglutissant. Elle avait l'impression que son sang s'était figé dans ses veines, son corps était raide, ses lèvres violettes... Mais Lucius la prit par la main et lui fit signe.
Tout se passa si vite, mais si lentement à la fois. Lucius ouvrit à la volée la porte cachée et ils furent aussitôt entourés d'une douzaine de Détraqueurs. Lucius ne lâcha pas la main d'Eléa et ils crièrent ensemble : « Expecto Patronum ! »
Un aigle argenté sortit de la baguette de Lucius tandis qu'une forme faible, ressemblant à un Phénix, sortit de celle d'Eléa. Les Détraqueurs ne reculèrent pas et Eléa fondit en larmes lorsqu'elle entendit ses propres cris supplier son père de lui laisser sa fille, quand elle revit les regards de ses amis qui se rendirent compte se sa trahison, quand son Maître la torturait...
Elle commençait à perdre pied. Elle discernait à peine la voix de Lucius qui continuait à se battre à quelques centimètres d'elle. Elle sentit une main luisante et grisâtre sur elle, pétrifiée par la peur, un Détraqueur la tenait, elle entendait son souffle rauque et soudain elle tomba à genoux. La créature s'approcha d'elle et porta une main à sa cagoule, se préparant à lui donner le baiser mortel. Elle suffoquait tant le froid autour d'elle et en elle l'empêchait de respirer. Elle ferma les yeux, c'était la fin.
Une lueur aveuglante remplit la pièce, faisant reculer le monstre, autour d'elle tout irradiait de blanc. Lucius la prit par la main et elle se leva difficilement, ne quittant pas des yeux l'immense aigle fantomatique qui se dressait devant eux comme un bouclier. Lucius la tira vers l'extérieur, elle était plus pâle que jamais, il la prit dans ses bras avant qu'elle ne vacille et ne perde connaissance.
Il se maudit d'avoir organisé cette soirée et il la ramena dans le lieu qu'elle n'aurait jamais dû quitter.
Teaser chapitre 34 :
1980 : Eléa perd pieds dans un monde qui lui échappe pour ne pas faire face à la réalité, celle de la guerre où elle risque de tout perdre.
1998 : Lucius n'aura qu'une option possible concernant Eléa. Un enlèvement à Poudlard comblera Voldemort mais plongera l'Ordre du Phoenix dans le désespoir.
