PARTIE II CHAPITRE 7

Tout en suivant Bella au travers des couloirs de la caserne, nous croisons mon dernier cousin, Alméric de Baldy, Marquis de Vermon, qui me fixant, affiche une figure des plus ébahies. Il s'apprête à prendre la parole mais sa sœur l'arrête d'un simple geste de la main. En rejoignant la cour, elle fait signe à un de ses hommes de nous précéder pour ouvrir ma cellule. Vu l'heure tardive, les vigiles somnolent sur leurs hallebardes et tout mon équipage sommeille. Jasper ne dois plus être dans mon cachot puisque le cadet retourne à son poste de garde en laissant la geôle ouverte.

Bella la referme elle-même dès que j'en franchis le seuil mais elle ne s'éloigne pas. Elle me regarde, toute sa désolation transparait dans ses iris noisette, ses lèvres bougent tout doucement pour m'y faire lire un « Pardonne-moi ». Elle recule lentement sans lâcher notre contact visuel, mes mains sont agrippées aux barreaux pour être le moins éloigné possible. Tant d'émotions se lisent dans ses yeux, je porte alors ma paume à sa médaille et la serre contre mon torse. Dans un geste souple, elle resserre son poing droit sur son cœur, un éclat doré brille entre ses doigts, ma chaîne. Je n'avais pas espéré une telle démonstration, au moins, elle ne me hait point.

Malheureusement notre échange est interrompu par Black :

- D'Esplas, monsieur le Marquis attend !

- J'arrive.

Elle rejoint le corps de bâtiment en montant les marches quatre à quatre, je n'ai plus qu'à me laisser aller contre le mur et essayer de m'endormir. Ne pas penser à ce qui vient de se passer, ou je risque de devenir aliéné.

Malheureusement, je n'ai que peu sommeillé, ne pouvant contrôler mes pensées dès que Bella est impliquée et Jasper de sa cellule voisine m'a demandé avec empressement ce qui s'est passé la veille, m'exaspérant d'avantage. Mon mutisme lui a fortement déplu, lui qui est curieux comme un vieux chat. Finalement, il se complète bien avec son épouse, Alice.

En cette matinée, les cadets complètent leurs uniformes, apparemment une visite se prépare. Mon second me demande alors d'observer plus attentivement le perron : sur ses marches se tiennent les trois Baldy. Sur la plus haute, Théobald de Baldy, comte de Montbuisson et colonel de cavalerie, le poitrail barré de l'ordre des chevaliers de Saint Louis, en grand habit. En dessous, Alméric de Baldy, marquis de Vermon et pair du Royaume, coiffé et portant le grand cordon bleu du Saint Esprit. Et enfin, Isabelle de Baldy, vicomtesse d'Esplas, lieutenant des Mousquetaires, arborant son grand uniforme composé de sa casaque bleue d'apparat, bottes dentelières et chapeau. Chacun porte son épée au côté. Le tableau est incroyable, les trois discutent sans se regarder leurs têtes tournées vers le porche d'entrée de la caserne.

Soudain, le masque de Bella s'illumine et Alméric se tourne vers elle en riant. D'un hochement de tête, ils décident de descendre les dernières marches et s'avancent d'un pas décidé au centre de la cour. Théobald, toujours sur les marches, appuie ses coudes sur la rampe et pose sa tête dans ses mains, un petit sourire malin s'affichant.

Le frère et la sœur se découvrent simultanément et confient leurs coiffes à un des cadets avant de tirer leurs épées et se saluent solennellement. Se mettant en garde, ils se fixent, le même regard de défi émane de leurs yeux. Fondant l'un sur l'autre, leurs fleurets s'entrechoquent dans un ballet improvisé. J'avais déjà entraperçu les facultés de Bella lors des abordages mais là, contre son frère, elle excelle. Ils ne s'épargnent aucun coup, aucune botte. Leurs mouvements sont rapides, lestes, précis, pas un geste n'est de trop, leurs niveaux sont équivalents. Soudain, chacun sort son poignard, augmentant d'avantage la difficulté. Mon cousin saute alors sur la margelle du bassin de la fontaine, surplombant totalement son adversaire mais Bella n'est pas en reste puisqu'elle suit mouvement, réussissant à arracher le couteau d'Alméric dans un second temps. Comme des funambules, ils continuent leur duel sous les encouragements des cadets pour leur lieutenant.

Je ne peux m'empêcher d'avoir peur pour elle, qu'elle se blesse, bien que je ne puisse que constater la maîtrise parfaite qu'elle a sur le sujet. Mais je n'y peux rien, c'est plus fort que moi.

Suite à une tierce pourfendue, Bella, un genou à terre, pose la pointe de son épée sur la pomme d'Adam de son frère. Des « Hourra » s'élèvent des Mousquetaires alors qu'Alméric et sa sœur se saluent brièvement. Tout le monde applaudit la démonstration d'escrime que viennent d'offrir les deux Baldy. Bella donne une bourrade dans le dos de mon cousin, tout en rejoignant le dernier de la fratrie.

Ils se sont recoiffés quand les grilles s'ouvrent laissant passer le carrosse du gouverneur de La Rochelle, représentant local du Roi. Toute la cour est au garde à vous pour l'accueillir. Une fois descendu, les Baldy l'escortent à l'intérieur. Jacob Black de Comminges est resté dehors, le regard mauvais, apparemment, il n'a pas été convié à l'entretien. Il vient alors lentement vers moi et s'accote au mur, les bras croisés sur son torse, avant de prendre la parole.

- Alors, c'est ça : tu es le cousin des Baldy. Je comprends mieux la mansuétude dont toi et ta petite bande de chien galeux avez bénéficié.

- En quoi cela te gêne-t-il ? lui réplique-je froidement.

- De quel droit te permets-tu de me manquer de respect en me tutoyant ?

- Du même droit que toi.

Il secoue la tête en ricanant et détaille mon apparence narquoisement :

- D'après moi, tu ne peux plus te targuer des mêmes privilèges que moi, puisque que tu es derrière ces barreaux risquant la pendaison.

- Qu'est ce qui te déplait à ce point ? ne tenant pas compte de sa remarque.

- Ne perturbe pas le lieutenant, il n'a pas besoin de ça !

- En quoi le perturberai-je ? il a déclaré que rien ne le détournerai de sa vengeance, pas même moi.

- Ta simple présence est suffisante. Cela ne dépendrait que de moi, je t'aurais déjà régler ton compte pour éviter de le revoir aussi perdu qu'hier soir.

Hier soir… Notre conversation l'avait donc troublée à ce point, à moins que ce ne soit ce qui s'est passé dans la cour après. Dans tous les cas, cet officier n'a pas d'autre objectif que de protéger d'Esplas. Et aux vues du regard féroce qu'il me lance, je jurerai qu'il sait ce qu'elle est vraiment : et cela ne me plait pas.

- Je ne crois pas qu'il apprécierait s'il savait que tu viens te mêler de qui ne te concerne en aucun point.

- Tout ce qui le touche me concerne. Rage-t-il.

- A aboyer de la sorte, comme un chien, on pourrait te prendre pour son Cerbère personnel.

Il fulmine de ma réflexion, il m'égorgerait bien s'il le pouvait. Attrapant les pans de ma chemise, il me plaque contre les barreaux de ma cellule.

- Sache qu'une fois toute cette affaire terminée, d'Esplas reprendra sa vraie place, comme c'était convenu avec le Roi, et elle deviendra une Black de Comminges.

Il me pousse violemment et s'éloigne, me laissant pantois et anéanti au milieu de ma geôle. Elle va épouser Black. Je me laisse tomber sur le sol, ma respiration devient haletante. Je veux le tuer, le faire disparaître de la surface de cette terre. Il ne peut poser ses mains sur elle, non, je refuse, je…

- Edward, Edward !

Les injonctions d'Alice et Rosalie me ramènent dans le présent. Elles sont toutes deux debout devant ma cellule, l'air inquiet. Pourquoi sont-elles inquiètes ? Je regarde autour de moi, mais il n'y a rien qui puisse expliquer leur comportement. Ou alors c'est moi.

Mais que pourrais-je leur dire ? Je ne peux avoir aucune prétention vis-à-vis de Bella, j'en ai perdu le droit. Elles me parlent, tentent de me calmer. Je reprends mes esprits doucement, avant d'hocher la tête à leurs paroles sans pour autant les entendre.

- Qu'a donc fait Comminges pour te mettre dans un état pareil ? Me demande Alice.

- Rien qui te concerne.

- En tout cas, il commence à agacer pas mal de monde. Montbuisson passe son temps à le provoquer, le marquis l'ignore tout bonnement et le lieutenant le reprend une fois sur deux pour ses paroles désobligeantes.

- Rosalie a raison ! Il est souvent énervé depuis l'arrivée du colonel, et les éclats de voix avec son supérieur sont fréquents.

Alors comme cela les deux Baldy ne semblent porter Black dans leur cœur et Bella lui fait des remontrances régulières, cela me soulage un peu mais pas suffisamment. Finalement les dames changent de sujet et Rosalie m'explique qu'Emmet prendra le poste de suppléant à l'intendance de la caserne dès que toute cette histoire sera achevée. Ils auront un logement dans les communs et elle, travaillera comme cantinière. Leur sort s'améliorera considérablement et j'en suis heureux pour eux. Pour Alice, d'Esplas a pris des dispositions pour qu'elle puisse ouvrir un autre établissement dès la réhabilitation de Jasper en tant que corsaire, elle a même déjà trouvé le nom : Au Mousquetaire Marin. Cela aurait largement fait rire la fratrie Baldy, et d'Esplas lui a garanti la fréquentation des troupes dans sa future auberge.

Finalement, elles auront réussi à me distraire durant un long moment, jusqu'à ce que les Baldy raccompagnent le gouverneur à sa voiture. De nouveau la cour entière est au garde à vous attendant que cet officiel s'en aille. Une fois que le carrosse eut passé les portes, Alméric jette un coup d'œil dans ma direction avant de parler à son frère et à sa sœur. Il monte alors les marches du perron quatre à quatre s'engouffrant rapidement dans le bâtiment. Une dizaine de minutes plus tard alors que la cour a repris une activité normale, le Marquis, dans des habits simples, revient et se dirige vers ma cellule.

- Je désire parler seul à seul avec le capitaine Masen. Ouvrez-moi ces barreaux et allez faire une ronde.

- Oui, monsieur le Marquis. Répond le garde.


J'adore les scène d'escrime, il y en aura d'autres. Mais le prochain chapitre sera le dernier de cette partie. On passera ensuite à un autre point de vue. Surprenant, vous verrez.

Je vous présente mes salutations...

La Marquise Cokorico (tout va très bien Madame la marquise)