PARTIE IV CHAPITRE 3

Elle s'est finalement endormie, épuisée par ses larmes. Je l'ai installée dans sa couche du mieux que je pouvais avant de rejoindre mes appartements. Mais le sommeil ne vient pas, je ne cesse de repenser à la façon dont je l'ai repoussée, bien que ce soit une torture à mon encontre.

Un couard, voilà ce que je suis, surtout face à Bella. J'ai réussi à ne pas céder à sa demande, je ne devais pas trahir la confiance de mes cousins et déshonorer d'avantage ma fiancée. Mais au lieu d'expliquer mes véritables motivations, j'ai invoqué sa blessure trop récente alors qu'elle n'a finalement pas joué dans ma décision. J'ai eu tellement peur qu'elle se sente rejeter et qu'elle me tienne en grief, que je serai prêt à trahir la terre entière pour l'éviter. Un lâche et un traitre, pour elle, je me conduis comme le dernier des hommes et cela me fait honte, au final, je ne la mérite pas plus qu'un Black. Mais pour la garder et écarter tout éventuel prétendant, je suis finalement prêt à toutes les bassesses. Je ne vaux pas mieux celui qui attend sa sanction dans une geôle.

Black et moi nous nous ressemblons plus que je ne l'aurai voulu. Au-delà de Bella, chacun de nous a déjà effleuré son rêve du doigt. Notre véritable point de différence, c'est que j'ai toutes les chances de l'atteindre alors que lui au contraire, cela s'éloigne. Et qu'ai-je réellement accompli pour mériter une si bonne fortune ?

J'ai été un pirate, attaquant et pillant tout navire se trouvant sur ma route. Ni les femmes ni les enfants présents à bord ne m'ont inspiré une quelconque compassion dans mes actes. Le sang que j'ai sur les mains est bien plus abondant et plus répugnant que celui que Bella se repent d'avoir. Et elle, à l'inverse de moi, a senti ce fardeau sur ses épaules durant toutes ses années. Personnellement, je me suis plongé dans ses exactions sans hésitation et sans m'en sentir redevable auprès de qui que ce soit. Jusqu'à notre capture par Bella et les Mousquetaires.

Comme lorsque j'ai fait sa connaissance l'été de mes dix ans, elle a chamboulé à nouveau tout mon univers. Son immense culpabilité a réveillé la mienne, enfouie profondément, au point même de me demander si finalement la corde n'eut pas été la solution la plus équitable pour moi.

Ma fiancée est également bien plus courageuse que moi car elle a été capable de confesser ses fautes à Dieu alors que moi-même je n'en trouve pas la force, me sentant trop misérable. Je ne me permets pas de communier mais il va falloir que je le fasse avant notre mariage et je n'arrive pas à m'y résoudre.

Je n'ai pas parlé à Bella de mes propres crimes bien que je pense qu'elle en ait une idée aux vues des abordages réalisés quand elle se trouvait à bord de l'Olympia. De nous deux, Bella est réellement la plus forte et n'en déplaise aux biens pensants qui estiment que les femmes se caractérisent par leur manque de courage et d'esprit conquérant. Je ne suis qu'un larbin à ses côtés mais au moins distingué au milieu de mes semblables puisqu'elle m'a choisi.

Bella est ma propre rédemption, c'est par elle que je souhaite expier mes péchés. Faire d'elle une femme comblée, même si nous ne pouvons pas avoir d'enfant, lui offrir la vie qu'elle aurait toujours du avoir, la vénérer jusqu'à mon dernier souffle. Tel sera mon acte de contrition et peu importe qu'un quelconque abbé m'absout de mes fautes en me faisant réciter deux Pater et trois Ave. Le bonheur de Bella est mon unique espoir de pardon auprès de Dieu, car sinon, je suis voué aux enfers.

J'ai eu beaucoup de difficulté à sommeiller cette nuit et j'ai du me lever aux aurores pour saluer le départ de mon ancien équipage. J'ai été ému de le confier aux bons soins de Jasper mais je sais qu'il sera un bon capitaine, il dégage un charisme tel que les hommes n'auront aucun mal à se rallier à lui. Nous nous étreignons avant qu'il ne monte sur sa monture. Emmet me salue également, le nouveau maréchal des logis est fier dans son nouvel uniforme bleu ciel. Il n'est pas mousquetaire, il appartient dorénavant à l'armée royale régulière.

Alors que je les regarde s'éloigner, mon cousin me rejoint et me dit :

- Il est dur de voir s'éloigner ceux avec qui nous avons traversé tant d'aventures.

- Je te l'accorde Alméric. Mais ces aventures ne sont pas à mettre dans toutes les oreilles, je le crains.

- Je me doute que tu n'as pas été un exemple de sainteté durant tes années de piraterie.

- Ce que Bella a fait n'est rien comparé à mes propres forfaits, mon cousin.

Le Marquis me regarde sévèrement. Cela devait bien arriver, avec ce que j'ai fait, il est normal qu'il me juge. Avait-il vraiment conscience jusque là de l'assassin que j'ai été durant ces années ? Je ne le crois pas, il vient de le réaliser.

- Je ne te dirais pas que je suis en adéquation avec les crimes que tu as certainement commis, Edward. Et je ne te les pardonne pas car ils ne me concernent pas et que je n'ai donc aucune raison de t'excuser. En revanche, je crois que la confession pour toi ne sera pas de trop.

- Je ne le sais que trop bien.

- Pourtant, ce n'est avec moi que tu devrais aborder cette discussion.

- Bella ?

- Évidemment, mais aussi toi-même. Tout comme Isabelle doit se pardonner à elle-même, tu te dois d'en faire autant si tu veux pouvoir pleinement vivre ta vie avec elle. Sinon ces fantômes viendront te hanter et rongeront doucement mais surement ta vie auprès de ma sœur.

- Encore une fois tu as raison. Comment fais-tu pour être aussi sage Alméric alors que tu es mon cadet de cinq ans ?

- La charge d'une famille aussi compliquée et turbulente m'a obligé à être la voix de la sagesse.

Je souris à sa remarque, cela est l'évidence même. Il est encore assez tôt, ma fiancée doit dormir. Je vais en profiter pour me restaurer un peu. Mais, alors que je commence à m'éloigner, une interrogation s'impose à moi :

- Cela ne te contrarie pas de savoir que ta sœur va épouser un assassin ?

- Avec une question formulée de cette manière, je ne peux répondre que par la positive. Mais, à mes yeux, tu es Edward Cullen, le cousin qui passait tous ses étés à Seich, et dont Isabelle est éperdument amoureuse. Et quand bien même je m'opposerais à cette union, je ne donne pas une heure à ma sœur pour venir me faire part de sa désapprobation concernant mon refus. Et si je m'obstinais, je suis persuadé que dans les vingt-quatre heures vous vous enfuiriez car tu ne peux pas résister à ce que veut ma sœur. Alors évitons tout désagrément familial, et acceptons comme il se doit une union que nous attendons depuis près de cinq ans.

- Ton flegme me surprendra toujours, à croire que c'est toi qui es anglais.

Le marquis rit doucement et je retourne vers le bâtiment mais mon cousin m'interrompt :

- Je te remercie également d'avoir respecté ma sœur cette nuit, allant à l'encontre de tes propres sentiments. Ton comportement t'honore.

Il est incroyable, à croire qu'Alméric de Baldy marquis de Vermont est omniscient.

J'ai rejoint ma fiancée en fin de matinée, n'assistant pas au départ des Mousquetaires pour la capitale. J'ai laissé cette tâche à mes deux cousins, préférant câliner ma fiancée qui s'interrogeait sur le compte rendu qu'elle va devoir faire à Sa Majesté. Alors que nous entendons l'escadron quitter la cour, Bella prend une petite voix :

- Je voudrais que tu me pardonnes mon comportement de cette nuit. Ce que Jacob m'a dit m'a blessé, et quelque part je ne peux que lui donner raison : je suis une égoïste.

- Mais peut-on t'en vouloir d'être un peu égoïste après tout ce qui t'est arrivé, Bella ? N'as-tu pas le droit de penser un peu à toi et à ton bonheur ?

- Je lui ai fait du mal, Edward et je suis en partie responsable de son comportement.

- Imaginons la situation inverse, si tu avais finalement choisi de l'épouser. Tout d'abord, j'aurais été profondément meurtri, mais jamais je ne serai allé à l'encontre de ta décision. Black n'a pas su se comporter comme un gentilhomme, tu n'y es pour rien dans ses emportements.

- Cela t'est facile de parler, tu es celui qui a tout gagné dans cette histoire, Edward.

- Et crois bien que j'en remercierai le ciel jusqu'à la fin de ma vie. Mais j'espère sincèrement que tu estimes être également sortie vainqueur de cette histoire, Bella.

- Oui, au final, le ciel m'a donné plus que je n'aurai jamais pu l'espérer. Être à tes côtés, devenir ton épouse, c'était l'utopie de mes nuits.

- Nous allons la construire ensemble Bella.

Elle s'accroche fermement à mon cou et réclame mes lippes, je ne ma fais pas prier d'avantage et l'embrasse sans hésitation. Seulement, allongée dans son lit, elle n'est vêtue que de son vêtement de nuit et elle resserre d'avantage son étreinte. Je l'arrête et reprends à quelques centimètres de son visage :

- Je t'aime plus que tout ma Bella, mais j'ai pris la résolution de ne rien faire avant nos noces.

- Revoilà le jeune homme de bonne famille qui parle, pourtant je trouve le pirate assez attirant.

- S'il te plait, je souhaite faire les choses dans l'ordre et ton frère m'y encourage.

Elle me regarde dubitative. Elle se détache complètement et s'adosse à la tête de lit tout en gardant ses yeux dans les miens. Je m'empare de sa main et la caresse pour la rassurer, je vois dans son regard qu'elle a la sensation d'être rejetée.

- Bella, je souhaite être le plus digne de toi possible. Tant que je ne serais pas pardonner de mes crimes cela sera inenvisageable.

- Je n'ai pas ce pouvoir là, Edward.

- Mais la confession suivit de notre mariage, si ! Alors je t'en prie, comprends que je veuille être le gentilhomme le plus honorable et le plus honnête pour pouvoir te revendiquer définitivement comme mienne.

- Mais c'est déjà le cas et depuis quelques années.

- Oui, mais entre temps, j'ai commis mes propres méfaits. Je t'ai laissé te pardonner à toi-même tes forfaits, permet-moi d'en faire autant et de la manière qui me semble la plus convenable.

- Tu sais bien que je ne peux rien te refuser, Edward. Soupire-t-elle.

Les trois jours de convalescence de Bella se sont déroulés bien calmement si l'on tient compte de la réticence de la patiente. Depuis deux qu'elle peut se déplacer, elle prépare activement notre voyage sur la capitale. Théobald et Alméric se tiennent à l'écart de son agitation, ne voulant faire les frais d'une éventuelle saute de mauvaise humeur. Quelque part je les comprends mais il m'est physiquement impossible de rester éloigner de ma fiancée. Alors je me contente de la contempler, subissant au passage quelques réflexions comme « Tu pourrais te rendre utile » ou encore « Ne reste pas planter là et viens m'aider ». Rien ne saurait entamer mon doux caractère et voir Bella redevenir la jeune femme malicieuse et dirigiste dont je me souvenais est pour moi le meilleur des apaisements.

Voilà maintenant une semaine que ma fiancée a quitté son repos et le médecin lui a confirmé hier soir, qu'elle était en mesure de voyager. Nous quittons donc ce matin Guingamp pour rejoindre Paris. Un carrosse est attelé dans la cour, chargé de nos effets personnels. Deux montures sont également harnachées pour les deux cadets nous escortant. Mrd deux cousins sortent accompagnés du gouverneur, revêtus de leurs habits de voyage, l'épée au côté et tête couverte. Nous saluons notre hôte quand Bella sort à son tour, elle est de nouveau habillée comme un homme. Le notable la regarde bizarrement alors que celle-ci ajuste son feutre. Nous n'avons pas un mot quand elle remercie le gouverneur pour son hospitalité. Se tournant vers l'attelage, son expression devient agacée :

- Pourquoi n'y a-t-il que deux chevaux ?

- Ils sont pour les deux mousquetaires, Isabelle. Lui répond Théobald.

- Il est hors de question que je voyage dans cette caisse inconfortable. Reprend-elle. Pouvez-vous amener un cheval supplémentaire, s'il vous plait ?

- Voyons Isabelle, tu n'y penses pas. La réprimande Alméric.

- Oh que si, j'y pense. Libre à vous de voyager comme de vieilles bigotes, pour ma part, je préfère le faire sur une selle.

Sans laisser le temps à ses cadets de répliquer, Bella monte sur le cheval qu'un lad vient de lui amener. Le Marquis se met à bougonner en prenant place dans le carrosse et le colonel ricanne tout en suivant son aîné. Je ne sais pas pourquoi mais je sens que ce trajet va être mouvementé entre les frères et sœur Baldy.


Edward aussi se pose quelques questions sur sa culpabilité mais il n'a pas craqué face à Bella. Il y aura quelques anecdotes du voyage dans le prochain chapitre, mais surtout la rencontre avec Louis XIV.

Vous apprendrez également ce qu'il va advenir de Jacob.

Sur ce

« Moi les dingues, j'les soigne. J'm'en vais lui faire une ordonnance et une sévère, j'vais lui montrer qui c'est Raoul. Aux quatre coins de Paris qu'on va l'retrouver éparpillé par petits bouts façon puzzle. Moi quand on m'en fait trop, j'correctionne plus, j'dynamite, j'disperse, j'ventile. » Audiard

Coko red and black


Petitefilledusud : Beaucoup de monde ne supporte pas Black… Oui normalement il reste deux chapitres et peut être un épilogue. Bisou