Le putain de salopard ! C'était donc pour s'envoyer en l'air avec ma coloc qu'il ne pouvait pas me rejoindre à mon expo !
Quand je les ai aperçus dans la position la plus scandaleuse qui soit, j'ai tourné les talons si vite que je me trouvais à présent, seule, sur un campus quasiment vide.
La nuit était tombée depuis une paye et je ressassais avec violence ces images écœurantes. Je pleurais, parce qu'aucune fille normalement constituée, ne se sent saine d'esprit après ce type de mésaventure.
J'en venais à me demander depuis combien de temps durait ce manège ? Qui avait dragué qui en premier ? Combien de fois l'avaient-ils fait dans ce studio que nous partagions depuis 8 mois ?
Un bâtiment fortement éclairé attirant mon attention. Je le reconnus instantanément : c'était la bibliothèque Thomas Jefferson. Elle était située le plus au Sud de l'université, ce qui faisait d'elle, l'endroit le moins fréquenté après les salles de cours. Les murs entièrement recouverts d'immenses baies vitrées diffusaient les lumières chaleureuses des tables d'études. Je parcourus les marches quatre à quatre, avant de m'engouffrer par la porte à double battant en bois lourd. Madame Spencer me jeta à peine un regard depuis son pupitre à droite. Le nez plongé sur son écran d'ordinateur, je savais qu'elle archivait les sorties et entrées du jour.
De tous les étudiants, elle ne connaissait que mon nom, j'y allais chaque jour pour profiter du wifi.
Les trente tables individuelles étaient le cœur névralgique du lieu, tout autour, les étagères en chêne sombre les encerclaient. Je me réfugiais dans le pôle architecture, m'écroulant au sol, la tête coincée entre mes bras, mes pieds ramenés sous mes fesses.
J'essayais de ne plus pleurer, de ne plus les voir et revoir dans ce lit, d'occulter nos discussions d'amoureux transis, de contenir ma haine. Peine perdue, mon cerveau bouillonnait en mélangeant le tout, ce qui me dévastait plus encore.
- Que vous arrive-t-il Mademoiselle Swan ? Questionna Madame Spencer en restant en retrait dans la lumière du couloir.
- J'ai juste besoin de récupérer un peu, soufflais-je en étouffant mes sanglots.
- Je comprends... je vais vous laisser...souffler. Si vous avez besoin, vous savez où me trouver.
- Merci Madame Spencer.
Maintenant que je m'étais ridiculisée devant la seule femme qui pensait que mon cerveau valait quelque chose dans ce bled. Je devais me reprendre. Je me mis deux baffes monstrueuses.
Sauf que... le poids harassant de la fatalité se rappela à moi. J'étais parti de ma coloc, je n'avais donc plus de toit au dessus de la tête. Je ne pouvais pas aller chez mon mec puisque ce connard était devenu mon ex. Je n'avais pas non plus d'amies. En venant ici, à New Calgary, dans le Kentucky, je le suivais lui et personne d'autre ! Comme quoi l'amour rend aussi conne qu'aveugle.
Je mis ma fierté de côté et alla demander à Madame Spencer, s'il n'y avait pas un lit de fortune ici, voir même une banquette défoncée et rongée par les puces. Je prendrais n'importe quoi pourvu que je ne survive à cette nuit.
Elle me conduisit dans la réserve, il y avait effectivement un vestige de canapé. Couleur orange passée, il semblait s'être extirpé des années 1960 avec toutes les peines du monde.
- Je vous aurais bien amené chez moi... mais la déontologie...
- Ne vous inquiétez, c'est parfait pour moi, merci, l'ai-je rassuré, la gratifiant d'un faible sourire que je voulais assuré.
Le lendemain matin, ma nuque était raide comme un piquet, mes yeux bouffis par les larmes versées la veille couplé au manque de sommeil. Je mis une bonne dizaine de minutes à émerger. Je me levais, inspirant l'odeur poussiéreuse de livres remisés au fin fond d'une pièce obscure sans être ouverts. En m'étirant je remarquais des pointes douloureuses à différent endroits, absolument intenables.
Madame Spencer était à son poste, je m'enquis de l'heure.
- 8h45, me répondit-elle en me tendant un gobelet de café fumant et odorant.
- Merci.
J'en bus deux longues gorgées, me sentant plus forte à mesure que le liquide étanchait ma soif. Avant d'avoir terminé mon café, je me fis ces quelques constats.
J'étais en retard pour les cours, ce dont je me moquais, puisque je ne comptais pas y aller.
Il fallait que je trouve un nouveau logement, le plus vite possible et pourquoi pas ce matin ?
Mes affaires devaient être récupérées ce matin.
Il était urgent que je prenne une douche, j'empestais le fauve.
Qu'importe comment, je ne devais pas le croiser, il en allait de ma santé mentale et physique.
J'engloutissais les dernières goutte de ce précieux breuvage. J'écrasais le gobelet et pris la direction de la sortie.
- Qu'allez-vous faire aujourd'hui ? M'interrogea-t-elle en élevant la voix pour que je puisse l'entendre.
J'envoyais le gobelet dans la poubelle de l'entrée et lui répondis :
- Prendre ma vie en main ai-je répondu avec un ton résolu qui ne laissait aucune place au doute.
Un premier chapitre qui installe l'histoire (je l'espère) à très vite!
