J'étais septique quand à la démarche à adopter face à elle. J'avais comme option de la remercier de m'avoir soutenue ou celle de me montrer presque hystérique qu'elle m'oblige à mentir sur ce que je faisais pour me garantir un toit au dessus de la tête. Finalement, je choisis un autre sujet de discorde.

- Que crois-tu qu'il va se passer quand Jasper lui dira que je suis étu

- Chut ! M'intima-t-elle en posant l'index contre sa bouche et me montrant des yeux la porte entrouverte. Il ne dira rien, j'ai quelques bons dossiers compromettants sur lui.

Je secouais la tête, prise dans un excès de négativité.

- Qu'est ce qui le dérange en fait ? Que je sois une fille ? Ai-je demandé inquiète qu'il ne trouve n'importe quel précepte fumeux pour argumenter mon départ.

- Non, c'est parce qu'il aime tout contrôler. Il va s'en remettre, ce soir il ira sauter Rosalie comme un sauvage et demain il ira mieux... tu verras...

En même temps, il ferait une heureuse... « Heu Bella... tu t'entends ! ». Oups... je me mis deux belles baffes mentale et rejoignis la tablée.

Silence de plomb, ambiance glaciale, même les répliques osées d'Emmett sur madame sel et monsieur poivre ne firent rire que lui. Alice et Edward se regardaient en chien de faïence, j'évitais de croiser celui d'Emmett pour ne pas le conforter dans ses fantasmes inavouables. En gros je picorais en observant le pichet d'orangeade, d'où la condensation s'écoulait le long de la paroi en plastique bleu nuit.

- vous êtes lourds là ! Ronchonna Emmett, qui, après une blague vaseuse sur une blonde et facebook, décida qu'il en avait sa claque de discuter dans le vide. Sérieux ! Elle est installée, elle a même fait la cuisine (sur ce point je ne pouvais que le contre-dire mais je n'allais pas commencer à aggraver mon cas inutilement), elle va participer au loyer, on devrait plutôt l'accueillir à bras ouverts.

Il me fit un clin d'œil tendancieux.

- et mes bras sont grands ouverts pour toi ma belle.

Malgré moi, je me mis à rire doucement.

- Emmett ! Tu connais la règle non ?! S'emporta Edward en le fusillant des yeux.

Ses yeux verts étaient devenus presque noirs.

- Commence pas à t'enflammer, je plaisantais et OUI je connais la règle !

Il se leva d'un bond et se dirigea vers le couloir de l'entrée.

- J'vais bosser, y'en a qui savent vraiment pourrir l'ambiance ici !

Il claqua la porte en sortant.

Peu après, ce fut à Edward de partir, sans aucune parole. Je m'étais mise à regretter mon choix, le vieux pervers aurait peut être été plus cordiale.

« Oh ça oui qu'il aurait été cordial... avec un peu de chance il ne t'aurait pas obligé à rester nue chez lui... » maugréa ma conscience à peine remise de la tempête, que dis-je, de l'ouragan Edward.

- Je vais faire la vaisselle, proposais-je, ce qui tenait plus lieu d'affirmation que d'une proposition.

Alice n'eut aucune objection malgré la présence du lave-vaisselle. Avait-elle comprit que j'avais besoin de m'activer pour ne plus penser au déjeuner plus que désastreux?

- Je vais appeler Jaz tout de suite, faudrait pas qu'il fasse une bourde celui-là !

J'acquiesçais d'un mouvement de tête et commençais à empiler les assiettes toujours pleines. Sauf celle d'Emmett qui était presque aussi propre que si elle sortait du buffet.

Alors que je frottais plus que de raison, je l'entendis polémiquer avec lui depuis le salon, le ton était vite monté et après une interminable conversation, elle débarqua enfin.

Je finissais d'essuyer les derniers couverts, la vaisselle propre était empilée sur l'îlot central, ne sachant où tout se rangeait.

- tout est réglé, tu fais officiellement partie de la maison !

Cette fille avait une tendance à l'optimisme quasiment pathologique !

- Quand je me réveillerai ici demain, je pourrai me dire que je suis presque acceptée... la tempérai-je avec raison.

- L'ego d'Edward va s'en remettre, si tu lui cuisines de bons plats il te mangera dans la main. Ma mère disait que le cœur d'un homme, dans ton cas on va convertir le cœur par l'estime, passe par son estomac.

Je l'observais dubitative. Elle vint tapoter son menton de son index.

- A moins que ce soit dans la princesse et la grenouille...hum... peu importe, tu es ici chez toi ! Qu'est ce que tu veux faire cette après-midi ?

- Dormir ai-je répondu avec sincérité.

La journée avait été bien éprouvante, je pouvais même ajouter la veille. Je sentais que j'avais besoin de me retrouver seule pour tout évacuer et surtout pour évaluer les dégâts de ma rupture avec Luke.

Ce qu'Alice comprit assez bien sans que je n'ai besoin de m'étendre sur le sujet.

- si tu as besoin de moi je serai dans le coin.

Je reposais le torchon et grimpais les escaliers. Avec aisance je rejoignis ma chambre, rangeais sommairement les derniers livres, fis mon lit et me mis sous les draps.

Ce que je vivais ici me parut bien ridicule quand je me mis à penser au fiasco de ma relation brisée. Nous avions grandis à Forks, amis depuis nos premiers pas au jardin d'enfant, à quinze ans, nous avons vu cette amitié évoluer. L'amour que je pensais inconditionnel et surtout exclusif avait été ravagée de la pire des façons. Luke mon amant, mon ami, avait osé trahir chacune de ces putains de belles promesses à la con. Nos études, notre travail, notre mariage, notre maison, nos enfants ! A, à peine, 19 ans, c'était évident pour certain qu'une telle histoire ne rime pas avec toujours, pas pour moi ! Quand on offre son cœur à une personne, si elle estime qu'elle n'a plus envie de le posséder, qu'elle ait au moins le cran de le dire, de l'avouer. Tromper est la pire lâcheté qui soit, elle entretient l'illusion qu'on nous aime, que tout va bien, alors que tout va mal. Je suis peut être folle, mais je préfère qu'on soit franc à me dire « je ne peux plus continuer avec toi » que de poursuivre une mascarade.

Des larmes à torrent avaient pris possession de mes joues, je le maudissais au delà de l'imaginable, je voulais qu'il souffre, qu'il meurt, qu'il rampe, qu'il me supplie de le pardonner, que le doigt vengeur de Dieu le fasse brûler sur place, qu'il n'ait jamais fait parti de ma vie, que je ne sois pas aussi conne. Tout un tas de chose qui me firent m'endormir difficilement.

La journée commençait à décliner quand j'ouvris les yeux. Ma montre m'indiqua que j'avais dormi plus de quatre heures. Je ne me sentais pas forcément mieux, j'avais juste pris cette résolution ferme et définitive : je resterai ici, quoiqu'en pense Edward, parce que j'allais payer tout ce que je pouvais, que je ferai les tâches ménagères et que je me sentais bien dans cette chambre. Comme si elle recueillit ma pensée, la pièce était devenue soudainement plus chaleureuse. Étrange sensation.

- Ils ne vont plus tarder m'annonça Alice quand je pris place dans le canapé du salon.

- Il faut que j'en apprenne un maximum sur ton travail ai-je annoncé sûre de moi.

- Parfait.

Elle se frotta les mains, se redressa sur l'assise et prit un air concentré.

- Je n'ai pas un travail bien compliqué, je suis secrétaire de direction pour le Furniture Center de Louisville.

Elle me détailla sa fiche de poste de long en large et en travers. Je ne pus tout retenir tant ça m'ennuyer, mais en quelques prise de notes mentales, je connaissais l'activité principale, le boss, les autres secrétaires, le comptable (ai-je dis que ce métier m'était devenu complètement antipathique depuis ce jour?), les salariés et même certain clients. Accroche-toi bien Edward je suis incollable sur la gestion d'un magasin de construction de meuble en kit !

Alice me proposa un jeu de question/réponse et m'affirma en souriant que j'étais prête. Jasper rentra le premier, il nous salua à peine et se réfugia dans sa chambre.

Des notes de guitares nous provinrent douces, mélodieuses. J'espérais qu'il ne conserverait aucune rancœur car j'aurais aimé l'entendre jouer avec son groupe.

- rah les hommes ! Pesta Alice en se levant pour le rejoindre dans la chambre.

Évidemment, quand on a un sale Karma, à peine me retrouvais-je seule et anxieuse qu'Edward franchit la porte. Il se débarrassa du superflu, chaussure de ville incluses et vint directement vers moi.

- Alors comme ça tu travailles avec Alice et Kelly ? S'informa-t-il presque comme si je ne le voyais pas venir avec ses gros sabots et son air de vicieux qui veut me déstabiliser.

- Tu veux dire Kennedy ? Le repris-je en feignant l'innocence.

A ce petit jeu, on pouvait être deux.

- oui...Kennedy... Alors comme ça Carter t'a laissé un jour de congés à toi aussi ?

Ah ah ah, continue comme ça tu m'amuses beaucoup.

- Il est en vacance avec sa femme, ils essayent d'éviter le divorce, la boutique est fermée pendant 1 semaine pour les travaux de rénovation de l'aile Sud, nous sommes tous en congés.

Durant un quart de seconde, il parut décontenancé. Il capitula, sa suspicion s'envola en un éclair.

- Alice a du te parler des règles de la colocation, elles s'appliquent en tout temps et sans dérogation, en enfreindre une, c'est accepter d'être congédié tout de suite, sans compromis.

- J'ai bien compris que ma présence n'était pas souhaitée, ni acceptée. Message reçut cinq sur cinq ne t'inquiète pas.

Je l'avais mouché une fois de plus, sauf que là, sous mes yeux hagards, Edward le strict, l'implacable Edward venait de rougir de tout son soûl.

- Ne pense pas que je t'en veuille personnellement. Je n'aime pas que l'on m'impose des personnes de cette façon, en colocation, il faut faire attention, on parle de vivre ensemble, il faut au moins décider ensemble.

Là il avait marqué 10 ou 20 points d'un coup. Je ne pouvais que lui donner raison, cependant, il préféra s'éclipser que de poursuivre cette discussion peu constructive.

« Bon...Bella... tu n'as plus 36 solutions, va lui préparer à manger, gagne son estomac à défaut d'autre chose ».

Des cuisses de poulets m'attirèrent. J'avais une carte joker, le gombo de mamie Swan. On ne pouvait qu'y succomber, les saveurs étaient une explosion en bouche, tantôt douce, tantôt sauvage. J'ajoutais les dernières pointes d'épices quand Emmett, le glouton, déboula dans la cuisine, les narines dilatées à force de humer l'air.

- C'est quoi cette odeur qui rend tout chose mon estomac ?

- Un gombo, lui présentais-je en refermant aussitôt le couvercle du wok.

- J'ai faim, j'en avalerai un bœuf !

- Ca sera prêt d'ici une dizaine de minutes.

Il ronchonna que c'était trop long et s'il ne faisait pas ses 23 ans, j'aurais pu jurer qu'il en avait 4. Edward fit une apparition très remarquée dans la cuisine. Il portait un costume de soirée, coupé et taillé très certainement sur lui, il lui allait au delà de la perfection.

- Tu sens ça Ed ?! L'interpella Emmett en ce rapprochant dangereusement de la table de cuisson. C'est du Gombo tu veux voir ?

- N'espère même pas t'approcher de ce wok, répliquais-je en brandissant ma cuillère en bois telle une épée de 14 kilos capable de couper un homme en deux.

- C'est un corps à corps que tu veux ma belle balança-t-il espiègle.

Je lui offris un sourire carnassier.

- Oh oui grand et fort Emmett ! Ai-je ânonné.

Edward sursauta et se tourna vers moi, interloqué, il ne savait plus qui réprimander.

- Emmett : la règle ! rugit-il en le forçant à rebrousser chemin jusqu'au salon. Isabella, n'entre pas dans son jeu.

Comprendre : arrête de l'allumer on est pas dans un bordel ici.

Son ton m'avait vexé, si bien que quand il s'excusa de ne pas pouvoir manger avec nous, mais de lui garder une assiette, je vidais les restes dans la poubelle.

J'amenais leur assiettes à mes autres colocataires Jasper semblait plus serein sans la présence d'Edward, il rit de bon cœur avec Emmett. Ils firent un combat épique avec les os des cuisses de poulet. J'eus droit à des anecdotes croustillantes de la vie dans la maison. Emmett dormait avec un doudou nommé Georges le dragon. Jasper avait porté une des culottes d'Alice parce qu'il n'aimait pas s'occuper de son linge sale et qu'il n'avait plus de boxer. Alice chantait du Toni Braxton sous la douche tous les matins.

- Ca fait parti de mon rituel pour me réveiller, s'offusqua-t-elle faussement.

- Ouais c'est ça se moqua Jasper.

- Et Edward ? Ai-je demandé quand ma crise de fou-rire fut passée.

Il y eut un blanc désagréable.

- Edward sent le bouc quand il revient de son jogging, on a l'impression qu'on lui a écrasé une poubelle sur la tête s'esclaffa Emmett avant de boire une gorgée de son coca.

- Exact ! Renchérit jasper en riant, on dirait un amas de couches sales de bébé.

- J'dirai plutôt qu'il y a des lancés d'œufs pourris dans le parc et qu'il morfle à chaque fois, supputa Alice.

Ils continuèrent à chercher et énumérer les défauts d'Edward, nous rîmes beaucoup et ce fut repu que nous nous dirigions vers le canapé.

- une partie de Call Of ça te dit Jaz ? L'interrogea Emmett.

- Oh non non non ! Vous avez joué hier donc ce soir JE regarde la télé ! S'enflamma Alice en se jetant sur la télécommande.

- Hier j'ai joué avec Ed pas Jaz ! Renchérit Emmett en allumant sa console.

- Ce soir c'est le dernier épisode de la dernière saison de Grey's anatomy, je ne me suis pas fais chier à regarder toute une saison pour rater la fin. Alors je vais poser mon cul sur ce canapé et toi tu ne vas même pas râler ! Sinon demain tu vas passer la pire douche de ta vie.

La maison étant ancienne, quand on prenait une douche et qu'une personne ouvrait le robinet de la cuisine, l'eau de la douche se transformait en glace. Ce qu'Emmett détestait par dessus tout. Il abdiqua et sortit sa PSP.

Jasper suivit le feuilleton sans broncher, il fallait dire qu'Alice avait crocheté ses doigts autour de la télécommande et qu'aucune personne sensée ne s'y serait risquée. N'aimant pas particulièrement regarder la télé, je m'étais endormie 10 minutes après le générique.

Ce qui me réveilla en sursaut, fut de sentir que l'on déposait quelque chose d'épais sur moi. Edward arrêta tout mouvement, maintenant une couverture au dessus de ma poitrine.

- Désolé, je ne voulais pas te réveiller mais tu allais avoir froid. Tu serais mieux...dans ton lit.

Je vis bien que ça lui avait coûté de me dire que c'était ma propriété, je ne m'y arrêta pas.

Alors que j'allais monter les escaliers, je vis qu'il était dans la cuisine.

- Isabella, m'appela-t-il.

Je me figeais sur la première marche.

- où est mon assiette ?

- Heu... il ne restait plus rien.

Je me mis à galoper dans les marches pour rejoindre mon sanctuaire. Alice avait raison de dire qu'il lui fallait un peu de temps pour digérer mon intrusion sur son territoire et moi j'avais agis comme une enfant pour une phrase malheureuse. Je me promis d'essayer de ne plus le détester. Du moins, d'essayer, d'essayer, oui, ça, je pouvais essayer de le faire.


Vous êtes un peu plus nombreux à chaque fois à suivre cette histoire, j'en suis ravie. Certain(e)s attendent sans doute la suite d'une autre histoire; elle arrivera bientôt ;)

Merci pour vos merveilleux commentaires. je reviens sur celui-ci: une pub sur une page facebook?

A bientôt :)