Chapitre 12
Une strip-teaseuse prouve que si les femmes n'ont jamais rien à se mettre, il leur faut toujours du temps pour l'enlever. (Partie 1)
Point de vue de Bella
J'arrivai enfin dans la ville de Port Angeles. Les sélections de pom-pom-girls et le 'sport' d'un tout autre genre avec Edward, m'avaient ouvert l'appétit. Dépassant l'un des bars –Pete le Borgne- que je connaissais bien pour y être entrée illégalement en compagnie de Tanya après le travail, je me dirigeai en direction du fast-food le plus proche. Le soleil avait déjà disparu depuis un petit bout de temps déjà, et passer dans cette rue éclairée par quelques rares lampadaires, me donnait la chair de poule. D'autant plus que j'avais la dérangeante impression d'être épiée et suivie… Stupide idée qui m'était survenue vingt minutes auparavant, et qui n'avait cessée d'être ancrée en moi depuis…
Me garant sur le parking du restaurant, je sortis de ma voiture et mis mon portefeuille dans la poche arrière de mon jean. Je fus bien contente d'avoir un large pantalon ! Impossible de mettre quoique ce soit dans une poche arrière d'un slim 'taille 34' par exemple !
Je jetai un coup d'œil sur les environs, mais personne ne me suivait.
Une vraie parano ma fille !
Je me dirigeai ensuite vers les caisses, et commandai la maigre pitance que ce fast-food proposait. Je m'installai à une table à l'écart de tout le monde, un coin tranquille à l'écart de toute agitation humaine. J'ouvris la boite cartonnée de mon sandwich. Soudain, l'aspect gras de la sauce dégoulinant sur le pain, et la graisse salissante qui s'imprégnait sur mes doigts, me donnèrent plus la nausée que l'appétit. Je remis la nourriture dans son emballage d'origine et bus une gorgée de ma boisson, du thé glacé goût pêche. Je picorais ensuite quelques frites –beaucoup trop salées- tout en observant les personnes se trouvant dans le restaurant. Un homme en costume cravate ne paraissait pas vraiment être à sa place… Et pourtant, malgré son style vestimentaire, on voyait bien qu'il se laissait aller question alimentation ! Il avait une énorme bedaine, qui était à la limite de faire exploser les boutons de sa chemise blanche.
Une bande d'hommes – tous portant des sweats à capuche couvrant la plupart de leur visages- ne se trouvait pas très loin de lui… Ils m'effrayaient légèrement… Le quartier n'était pas réputé pour être exceptionnellement sécurisé… Loin de là même ! Les hommes s'échangèrent ensuite des billets et des petits sachets ne contenant certainement pas du talque pour bébé... Je détournai rapidement le regard et plaçai toute mon attention sur l'extérieur. Je crus voir passer en catimini une silhouette, mais difficile d'y croire réellement à cause de l'obscurité et de mon affolement. Dans chaque visage que j'observais, je m'imaginais que la personne était mon traqueur personnel. Vraiment très idiot !
Finissant rapidement mes frites, je retentai l'expérience du sandwich. Cette fois encore, il me donna envie de vomir. Je finis ma boisson et débarrassai mon plateau pour rejoindre ma Chevrolet. Tout comme en rentrant, je jetai un coup d'œil au environ, à la seule différence que je regardai également à l'intérieur cette fois-ci. Le groupe de jeunes partait.
Je courus jusqu'à ma voiture, manquant de très peu une chute après plusieurs trébuchements. Je me débattis avec la portière pour qu'elle s'ouvrât. Bonne nouvelle, cela signifiait qu'on ne l'avait pas ouverte durant mon dîner. Mauvaise nouvelle, les hommes se rapprochaient…
Je montais à une vitesse fulgurante dans l'habitacle et mis le contact aussi vite que ma voiture me le permit. Je me fichai éperdument en ce moment même des capacités limitées de mon épave ambulante ! Tout ce que je voulais, c'était partir au plus vite de là ! Je fonçai en direction du club de strip-tease et regardai dans mon rétroviseur.
Mon esprit paranoïaque avait pris le dessus, et les hommes –bien que dealers de drogue- ne me voulaient aucun mal et allaient seulement rejoindre leur voiture, garée à deux places de la mienne. Je relâchai alors toute ma nervosité dans un rire étrange, me délassant auprès de cette sensation de sécurité qui m'envahissait peu à peu. Qu'il était bon de retrouver sa voiture !
Il y avait un monde fou aujourd'hui en ville. Nous étions la fin de semaine, et les gens aimaient décompresser en sortant. J'allais sûrement être demandée pour pas mal de shows privés ce soir… Ça me promettait de me faire une belle petite somme d'argent !
Je me garai derrière le club, et vis Tanya attendre sur les marches d'escalier de la porte menant à mon lieu de travail. Je pris mon carton à lingerie qui était posé à mes côtés sur la banquette, et la rejoignis. Elle se leva rapidement, et s'approcha de moi.
« Le mec que j'ai vu l'autre fois chez toi, c'est un client ? »
J'hochai la tête.
« Et ce mec est aussi un gars de ton lycée ? »
« Dans ma classe, et comme ça ne suffisait pas, il a fallu que je sois sa voisine de table à chaque cours… »
« Est-il au courant que… »
« Non. » la coupai-je sachant parfaitement de quoi elle faisait référence.
« Et tu comptes lui dire un jour ? »
« Certainement pas ! Et d'abord je ne vois pas en quoi ça le concerne ! »
« Mais vous avez bien couché ensemble, non ? »
« Trois fois… » avouai-je honteuse. « La première était mardi… C'était aussi la première fois que je le rencontrais… S'il te plaît, ne me juge pas… »
« Ce n'est pas le cas Bell's… » dit-elle en me prenant dans ses bras. Comme un réflexe, mes larmes commencèrent à couler s'en que je ne leur ordonne. Je laissai tomber mon carton pour mieux l'enlacer tendrement. J'avais toujours perçu Tanya comme une grande sœur. Elle m'avait prise sous son aile dès le début. Ne connaissant pas ma famille biologique, je m'en étais créée une de substitution. Charlie comme père, Tanya comme grande sœur… Elle desserra son étreinte, et essuya mes larmes avec son pouce. Elle me tendit ma lingerie qu'elle m'avait empruntée et la mit dans mon carton dans le sachet étiqueté 'PJ « number three »'.
Je la remerciai d'une petite voix, reniflant également… Elle sortit un paquet de mouchoirs de son sac, qu'elle me tendit. D'un signe de la tête, elle me proposa de m'asseoir sur les marches qu'elle occupait précédemment. J'acceptai volontiers. Je me mouchai, puis elle m'incita à continuer là où je m'étais arrêtée.
« Alors c'était mardi. Il est venu avec deux de ses amis. Emmett et Jasper je crois… Je… J'ai… Pendant le spectacle, j'avais très envie de lui… C'était la première fois que ça me faisait ça avec une telle ampleur… J'ai eu des pensées extrêmement déplacées à certains moments… et puis immédiatement après le show privé, je suis partie dans ma loge. Il m'y a rejointe et m'a rapporté mes accessoires que j'avais… Je… Je ne me souviens plus vraiment de la façon dont nous en sommes arrivés à faire ce qu'on a fait, mais… je l'ai fait… avec lui… sur une coiffeuse ! Ma coiffeuse ! »
Les larmes recommencèrent à couler à grands flots…
« Tu as beaucoup souffert au début ? » se préoccupa-t-elle de ce petit détail, d'un ton maternel.
« Beaucoup peut-être pas, mais oui, j'ai souffert… »
« La deuxième fois ? »
« Le lendemain… à même le sol dans la pièce des privés… »
« Et la troisième ? »
« Aujourd'hui après les sélections. Dans les vestiaires du lycée… Ma première fois en temps qu'Isabella Swan… »
« Penses-tu qu'il ait une idée de qui tu es ? »
Je secouai la tête. « Mais il ne devrait pas tarder à être au courant… Franchement, il faut être aveugle pour ne pas remarquer la chose… Surtout qu'il couche avec 'les deux'… »
« Moi, je ne trouve pas que tu ressembles particulièrement à toi-même lorsque tu es en Coquette Pomme. Je te promets qu'avec le masque, tu as un tout autre visage ! Et les yeux verts renforcent ce sentiment ! Si je n'étais pas au courant que c'était toi, je n'aurais jamais fait le rapprochement ! »
« Tu es blonde, c'est sûrement pour ça ! » la charriai-je.
En réponse, elle me frotta les cheveux, les ébouriffant un maximum. Intelligent ! J'allais y passer deux fois plus de temps à les démêler maintenant !
« Bella, je ne doute pas de toi, mais plutôt des hommes en général car je ne les connais que trop bien avec mon métier… Rassure-moi, vous vous êtes protégés au moins ? »
Je me mordis durant l'espace d'une fraction de seconde ma lèvre inférieure par remord, ce qui n'échappa pas aux yeux de Tanya.
« Bella ! » cria-t-elle en se relevant mécontente. « Comment as-tu pu ! C'est la base du sexe ! Pas de protection, pas de rapport ! As-tu fais un test au moins ? »
« Un test ? Un test de quoi ? »
« De grossesse tiens ! »
« Je prends la pilule ! »
« Correctement ? »
« Oui ! »
« Ok pour les bébés, mais pour les maladies sexuellement transmissibles alors ! Tu en fais quoi de ça ? »
« Je… Je lui poserai la question dès qu'il reviendra. »
« Je n'aime pas ça Bell's… » dit-elle en se rasseyant et en se calmant. « Je ne me prends pas pour ta mère, mais je m'inquiète pour toi… Je ne voudrais pas qu'il t'arrive une chose stupide. Et ce mec… »
« Edward Cullen. »
« Oui… Comme tu veux ! Bref, ce type ne m'a pas l'air de faire parti des hommes 'fixes' qui se lient qu'à une seule et unique femme, ou qui n'aime pas les relations d'un soir… »
« Je sais… » soupirai-je avec regrets.
« Tu crois être amoureuse de lui, n'est-ce pas ? »
« Peut-être… Sûrement… Je n'en sais rien… »
« Bon, je te propose qu'on arrête de parler de ça… ça a l'air de te mettre dans un drôle d'état… »
« Si tu fais référence à mes nerfs lacrymaux qui lâchent, c'est tout à fait normal, je suis exténuée. » la coupai-je.
« D'accord. Et si on allait travailler un peu ? »
« Je t'avouerai ne pas en avoir tellement envie. Le psy de mon lycée devrait être là… »
« Ton psy ? »
« Il est courant pour moi depuis que j'ai quinze ans ! Tu te rends compte ? Il a même appelé les services sociaux soit disant pour m'aider… »
« Je trouve que c'est une bonne idée. »
« 'Une bonne idée' ?! Tu te fiches de moi là ? »
« Pas du tout ! Bell's, tu mérites une vie normale comme celle de n'importe quelle adolescente de ton âge. Tu as grandi beaucoup trop vite et n'as pas profité pleinement de ta jeunesse. Quelle fille voudrait de ta vie ? Tu as besoin d'être strip-teaseuse pour vivre, là où une fille normale ne pense qu'à ses études ou à ses amours passagers et est protégée par ses parents. »
« De toutes manières l'intervention des services sociaux ne servira pas à grand-chose. Dans une semaine, j'aurais ma majorité. »
« Ce genre d'aide est mis en place pour aider les enfants, les adolescents mais aussi de jeunes adultes. Ne crois pas qu'ils vont te lâcher comme ça sur un claquement de doigt… »
« On ne devait pas aller travailler ? »
« Je ne change pas de sujet s'il te plaît ! »
Je me relevai et pris mon carton.
« La porte est verrouillée. » dit-elle en me désignant la porte derrière nous. « Passe donc par notre établissement. Il y a un passage qui nous relie. »
« Je n'étais pas au courant… »
« Moi si ! Nos patrons sont associés, et parfois Charlie envoie ses clients chez nous. »
« Donc moi, je les chauffe, et toi, t'en profites ! »
« Que la vie est injuste n'est-ce pas ? »
« Très ! » fis-je semblant de pleurer.
« Allez Coquette Pomme ! C'est parti pour une nuit de folie ! »
Elle se releva énergiquement, et m'entraîna en mettant son bras sur mes épaules, vers son 'établissement' comme elle aimait l'appeler !
Point de vue d'Edward
Je me laissai affaler sur mon siège…
Un énorme poids pesa sur chacun des membres de mon corps, qui semblait désormais être comme paralysé… Mon esprit, complètement embrouillé…
Le contrecoup…
Bella… avec Tanya… rentrant dans une maison de prostituées…
Bella… prostituée…
Je fus incapable de décerner exactement ou même partiellement mes sentiments actuels, tellement ils étaient nombreux, mélangés et embrouillés…
Mes pensées, elles, s'entrechoquaient dans mon crâne, me causant une atroce migraine…
Point de vue de Bella
C'était la première fois que je rentrais dans son 'établissement'… Son patron, me regarda avec un certain intérêt, et Tanya s'empressa de me faire sortir du hall par une petite porte.
« Depuis quand il y a ce passage ? » demandai-je.
« Un bon bout de temps ! Il me semble que c'était autrefois, pour les évacuations en cas d'incendies. Ou alors, on a voulu imiter les passages secrets de l'école des mutants de X-men… »
Je levai les yeux au ciel.
« Tanya ! Un client pour toi ! » cria un homme.
« Bon allez petite strip-teaseuse masquée ! C'est l'heure pour toi, de travailler. »
« Au fait ! J'habite chez Cullen désormais… Enfin… Edward… »
Elle me regarda d'un regard hautement réprobateur.
« Pas la peine de me regarder comme ça ! »
« Je ne te comprends pas ! Tu veux qu'il découvre qui tu es ou pas ?! »
« J'en ai assez de jouer un double jeu, mais… j'ai peur de sa réaction s'il venait à apprendre que je suis Coquette Pomme… Peur de sa réaction lorsqu'il apprendra qu'il m'a dévirginisée… Peur de son comportement envers moi par la suite… »
« Tanya ! » héla derechef l'homme.
« Bisous, Bell's… Vraiment désolée. Suis le chemin ! » cria-t-elle en s'éloignant.
« Le chemin… » répétai-je effrayée, une fois la petite porte ouverte sur un couloir très, très sombre… « Tu parles oui ! » me parlai-je à moi-même pour me donner du courage. « Plutôt le couloir menant directement aux Enfers ! »
Je ris stupidement et nerveusement à mes paroles. Cet étroit passage menait seulement à mon lieu de travail, et non aux Enfers !
Prenant mon courage à deux mains, et une profonde inspiration, je pénétrai dans le noir. Je me concentrai sur ma respiration hachée… J'avais toujours eu une grande claustrophobie… Ajouté à ça le noir, et c'était une dure et éprouvante épreuve pour moi…
Mais ce n'est que l'espace de quelques pas, Bella ! Tu peux le faire !
Refermant la porte derrière moi, n'envisageant même pas l'idée de toucher le mur à la recherche d'un quelconque interrupteur sous crainte de tomber sur une toile d'araignée ou un truc dans le genre, j'avançais dans le noir total.
Au moment où je commençai à faire une crise d'angoisse inimaginable, je marchai sur quelque chose qui couina. Je sursautai, poussai un petit cri et trébuchai dans une pièce éclairée.
Le club !
Je ne fus jamais aussi heureuse d'y être ! Je me retournai et m'assis sur les fesses. Une porte plus grande que celle de l'autre extrémité de la pièce sombre se trouvait à côté de moi, grande ouverte… En trébuchant, je devais sûrement l'avoir ouverte accidentellement…
Dieu merci ! Autrement, je serais certainement et littéralement morte de trouille et de panique dans ce trou à rat ! (Je pouvais me permettre ce nom, j'avais certainement dû marcher sur l'un de leurs représentants !) Je frissonnai à l'évocation de ce vif souvenir, et peinai à me lever. Mes jambes, à l'instar de mes mains, tremblaient telle une feuille de papier. Elles menaçaient à tout moment de cesser de supporter le poids de mon corps…
Je rejoignis au plus vite ma loge. M'appuyant sur ma coiffeuse -où j'évitai difficilement de ne pas me remémorer les souvenirs en compagnie d'Edward- je me regardai dans le miroir. J'avais comme une toile d'araignée dans les cheveux. Prise de violents frissons dans l'ensemble de mon corps, je m'en débarrassai au plus vite. Je me promis de ne plus jamais reprendre ce chemin ! Et j'insistai sur le 'jamais' ! Quelle horreur !
Je m'assis une dizaine de minutes essayant quelque peu de retrouver mon calme… Je finis par m'en remettre totalement et me préparai… D'abord les cheveux -que j'essayai de dompter-, ensuite, les lentilles vertes -qui me firent légèrement souffrir-, puis le maquillage –léger, mais mettant en valeur mon regard grâce à des yeux de biche-, et je finis par me mettre en costume… J'adoptai pour des sous-vêtements bleu nuit, avec des bas noirs et un porte-jarretelles. Je mis un masque vénitien dans les mêmes coloris.
Je regardai ma pendule accrochée au mur. Le club allait ouvrir ses portes, si ce n'était pas déjà fait… J'enfilai une chemise blanche très transparente, et une jupe plissée de couleur bleu marine à l'instar des jupes des uniformes d'écolières modèles. J'enfilai des escarpins noirs, et sortis de ma loge, me dirigeant vers la pièce principale.
J'entendis le début de la chanson 'Choose' de David Guetta, Ne-Yo et Kelly Rowland. C'était une chanson avec du rythme, mais jamais je n'aurais voulu me déshabiller sur ça !
Arrivée dans la pièce principale, je remarquai immédiatement Démétri Volturi, le psy… Il était vraiment venu ! Bon sang ! Quelles étaient réellement ses intentions finales ?! Je ne voulais pas imaginer qu'il me désirait comme jouet sexuel, ou comme simple partenaire sexuelle, mais mis à part cette solution, je ne voyais pas vraiment… Il y avait bien l'option du psychologue vraiment très, très préoccupé de l'une de ses patientes, mais pourquoi moi et pas une autre ou un autre ? Et il y avait toujours cette petite voix qui me disait que c'était peut-être bien ça, mais qu'il voulait en plus quelque chose en retour… comme quelque chose se reliant à ma première hypothèse…
Je secouai la tête afin de chasser toutes mes idées. Il était bien trop tard pour raisonner convenablement !
J'avançai en sa direction, mais il ne sembla pas me remarquer immédiatement, trop préoccupé à regarder les autres hommes du club, une ride soucieuse sur le front… Je me demandai bien pourquoi…
La jalousie ! Il n'aime pas l'idée que tous ces hommes te regardent à moitié nue, ni complètement nue à la fin d'un 'effeuillage'…
Mais bien sûr ! Je préfère encore de loin mon hypothèse : il étudie le profil psychologique de chacun des clients par l'analyse de leurs faits et gestes !
Et elle y croit ! Pitoyable… !
Une fois qu'il m'eut remarquée, je lui indiquai de me suivre. Il vérifia une dernière fois derrière lui, mais son expression m'inquiéta et laissait supposer qu'il y avait autre chose que de la jalousie ou de simples analyses psychologiques… Je n'osai cependant pas lui demander ce qui le mettait dans cet état.
Je nous conduisis dans ma loge. Je refermai la porte, et le fixai, mains sur les hanches attendant qu'il prenne la parole le premier.
« Je ne veux que t'aider. » finit-il par déclarer.
Je continuai de le regarder avec insistance et méfiance.
« Bella, fais-moi confiance… » dit-il en essayant de poser ses mains sur mes épaules. Je me dégageai automatiquement. « Tu ne me crois pas, je me trompe ? » dit-il tristement ou peut-être déçu.
« Exact. Mais mettez-vous un peu à ma place ! Vous êtes étrange. Vraiment étrange ! Je… Je ne sais pas ce que vous voulez précisément mais… »
« Je veux seulement t'aider ! » me coupa-t-il avec un certain énervement.
« Pourquoi ? »
« Tu le mérites ! »
« Trop facile comme réponse ! »
« Trop compliquée comme question ! »
« Il n'y a rien de compliqué dans ma question ! »
« Pas pour toi ! Mais lorsque ta réponse est quelque chose que tu ne peux dire ou révéler, c'est un tout autre problème ! »
Par exemple, comme coucher avec moi ?
« Sortez. »
« Je te demande pardon ? » demanda-t-il surpris.
« Sortez ! » commençai-je à n'énerver.
« Pourquoi ? »
« Miiiiiike ! »
Celui-ci débarqua seulement quelques secondes après.
« Fais-le sortir ! Et débrouille-toi pour qu'il ne puisse plus revenir dans l'enceinte du club. »
Mike commença à le faire partir, mais le psy se débattit.
« Tu fais une grave erreur en faisant ça Bella. Je cherche uniquement à te protéger. »
« Alors maintenant on passe à 'protéger' au lieu de 'aider' ? C'est quoi cette histoire ?! »
Mon ami réussit finalement à faire sortir l'adulte… Je réfléchis quelques minutes à ses dernières paroles. Que cela signifiait-il ?
Je me dirigeai ensuite vers les coulisses de la salle principale, estimant que ça ne servait à rien de perdre mon temps inutilement à chercher des explications là où il n'y en avait pas !
Point de vue de l'inconnu
Je jetai un coup d'œil sur ma droite. Quelle idée d'emmener ce môme avec moi ! Il était clair qu'en le regardant, il n'était pas la hauteur. Il ne serait jamais à la hauteur. Bien trop bon ! Il fallait lui apprendre les mauvaises choses : les choses essentielles qu'il devait savoir pour reprendre à sa juste valeur, ma place.
Le comble de la honte, c'est que ce petit était le mien. Un peu de mon sang coulait dans ses veines… Quelle honte d'avoir un fils tel que celui-ci ! Même pas foutu de faire ce que je lui demandais !
Un serveur vint vers nous, nous demander ce que nous voulions consommer. J'aurais voulu répondre héroïne ou encore extasie, or, ce club de strip-tease n'était pas réputé pour ce genre de marchandise.
« Deux whisky bien frais avec glaçons. » répondis-je.
L'enfant voulut protester, mais je ne lui en avais pas donné la permission. Le serveur partit vers le bar.
« Que t'ai-je dit avant d'entrer. Tu la boucles ! Est-ce bien clair ? (Il hocha la tête.) Je me contente de repérer la proie, et toi, tu la chasseras ! Et que je prévienne d'avance. » chuchotai-je à son oreille d'un air menaçant. « Il n'est pas question que tu échoues ou que tu te désistes cette fois-ci. » détachai-je chaque mot. « Ton nom et tes gènes ne te permettront pas de t'en sortir une fois de plus. Dois-je te le répéter. Réponds ! »
« Non, père. J'ai parfaitement tout compris. »
« Bien… Maintenant observe le spectacle et tâche de faire le nécessaire ! »
Je me concentrai sur la scène, où trois jeunes demoiselles dansaient au rythme de la chanson 'Three' de Britney Spears. Voilà qui me semblait parfait ! Un plan à trois… La première strip-teaseuse avait de trop gros seins, et m'avait tout l'air d'une femme qui collectionnait les hommes dans son lit. La deuxième était rousse… Ce n'était pas le style du gamin d'aimer les rousses ! Quitte à ce qu'il fasse une chose qu'il ne désirait pas vraiment, autant lui faciliter la tâche ! La troisième me semblait parfaite. Beaucoup plus jeune que les précédentes, elle devait bien avoir l'âge de mon gosse. Brune, avec une silhouette bien proportionnée, ayant tout ce qu'il fallait où il fallait, elle correspondait jusqu'à présent au type de femme de mon fils. Le seul problème, elle était bien plus protégée que n'importe quelles autres danseuses. Un masque, un pseudonyme, le patron constamment à surveiller les environs. C'était le joyaux de la boîte : le précieux diamant du coffre fort…
« La brune. » dis-je imprudemment au moment où le serveur revenait avec nos verres.
« Magnifique n'est-ce pas ? » demanda le serveur.
« Splendide même… » Si mon fils ne la prenait pas, moi, je le ferais. « Quels sont ses jours de travail ? »
« Elle est toujours présente le mardi. Ensuite, cela dépend des jours. »
« Comment s'appelle-t-elle ? » demanda mon garçon.
« Heu… Coquette Pomme. »
« Je veux dire son prénom. Son vrai prénom ? » insista-t-il.
« Je ne peux divulguer cette information. Mais peut-être pourrais-je lui transmettre un message de votre part ? »
« Avec plai… »
« Ce ne sera pas nécessaire. Cependant, je vous remercie de cette attention. » coupai-je mon imbécile de fils.
« Bon, très bien… Bonne soirée. »
« De même. »
Je jetai un regard noir à mon voisin.
« Je ne t'autorise plus à prononcer un seul mot de la soirée. Prends garde à toi si tu failles à mon ordre. Maintenant bois. »
Il sembla hésitant, comme à son habitude lorsqu'il s'agissait d'alcool.
« Que viens-je de t'ordonner ! Bois ! »
Bien sûr, nos discussions s'effectuaient dans la plus grande discrétion, mais je n'en perdais pas pour autant mon air autoritaire et menaçant. Il s'exécuta rapidement et à contrecœur.
Les strip-teaseuses sur scène avaient enlevé leurs habits, ne leur restant plus que leurs dessous. La blonde en avait des roses, la brune des bleus, et la rousse des verts. Je ne pus m'empêcher de trouver ravissante la brune au masque. La couleur de ses sous-vêtements tranchait parfaitement avec la couleur de sa peau couleur ivoire. Le porte-jarretelles, les bas noirs et les talons aiguilles lui donnaient un air incroyable désirable et de femme fatale.
« Je reviens. Si tu t'éclipses d'ici ne serait-ce qu'une seule petite seconde, tu auras affaire à moi. Ne parle à personne si ce n'est pas nécessaire. »
Il acquiesça. Je me levai et partis en direction des loges. Je marchais rapidement et sur mes gardes. Le serveur avait dit qu'elle s'appelait Coquette Pomme. C'était la toute dernière porte. Entré dans la loge, je mémorisai les lieux. Les murs étaient tapissés d'un papier peint noir à motif baroque, avec des accessoires fushia un peu partout. Coiffeuse noire sur la droite, banquette fushia et meubles noirs à tiroirs juste derrière un paravent dans les mêmes coloris… Il y avait également un placard. J'ouvris les portes de celui-ci. C'était un vieil établissement. Il devait forcément y avoir quelques issues et passages secrets, à moins qu'ils n'aient tous été scellés… Je poussai quelques cartons et découvris une trappe que j'ouvris avec difficulté. Le passage avait l'air plutôt étroit, extrêmement sombre et poussiéreux. Mon fils passerait sans problème, encore fallait-il qu'il en soit capable mentalement. Mais quant à moi…
La musique provenant de la salle principale s'acheva, et je sortis rapidement de la loge de Coquette Pomme. Au passage, assez stupide comme nom de scène ! En continuant le couloir, je découvris une autre planque et une sortie de secours. Malheureusement, elle était bloquée.
Je sortis mon i-Phone et composai un message.
Pi keqmr eyve fiwsmr h'emhi gi wsmv. Vinsmkrid-qsm e p'ehviwwe gsrziryi. Tvitevid pi xivvemr. E.Z.
Message envoyé.
Message réceptionné.
Nouveau message.
Tew hi tvsfpiqi texvsr, rsyw jivsrw xsyx gi uy'mp jeyx.
Parfait ! Il y avait au moins des gens sur qui je pouvais compter.
Après que les danseuses soient sorties des pièces, j'inspectai de nouveau celle qui m'intéressait. Je pris quelques photos, aux cas où et partis rejoindre ma table. Le gamin était toujours présent, n'ayant pratiquement pas bougé de place.
Deux brunes différentes de la précédente, étaient nues sur scène toujours en train de danser.
« Ça n'en a pas l'air comme ça, mais ta tâche sera bien plus compliquée que prévue. C'est un vieil immeuble dont je n'ai pas étudié les plans en cas de risques trop importants de se faire prendre. Ce soir est le moment où tu devras te montrer à la hauteur. Ne me déçois pas ! »
« Bien père. »
Me concentrant sur le show, je jubilais intérieurement des évènements prochains… Fouillant la poche intérieure de ma veste, je vérifiai que la drogue était toujours au même endroit pour son imminente utilisation…
