Chapitre 15
La vie n'est ni un spectacle ni une fête : c'est une situation difficile.
Point de vue de Bella
Je me réveillai lentement, avec une affreuse migraine… Je tentai tant bien que mal de me souvenir où je me trouvais… L'odeur m'était quelque peu familière, mais pas autant que mon petit taudis.
J'ouvris les yeux. J'étais plongée dans le noir, mais un fin faisceau de clarté passait sous le dessous d'une porte…
Je m'assis en tailleur. Tapotant autour de moi, je touchai un corps. À mon contact, la personne bougea et marmonna des paroles intelligibles. Mais je reconnus immédiatement à qui appartenait cette voix…
Edward…
Rassurée en sa présence, je me rallongeai dans le lit. J'étais en sous-vêtements… Si Edward était à mes côtés, cela signifiait certainement que je me trouvais chez lui, et plus particulièrement dans sa chambre. Avons-nous fait quelque chose ensemble ? Je n'avais pas vraiment le souvenir d'être rentrée avec lui… Ni même d'être partie en sa compagnie ! Je cherchai à ma droite, l'interrupteur d'une lampe.
En plein dans le mille !
La lumière m'aveugla au départ, mais rapidement, mes yeux s'habituèrent. Je portais mes dessous d'hier. En revanche, la dernière chose dont je me souvenais était ces deux hommes dans ma loge… Mais je ne saurais pas vraiment les décrire si on me demandait de le faire. Tout c'était passé en quelques secondes à peine…
Tout ce dont je me rappelais à leur propose se résumait à leur arrivée, une douleur dans le cou, puis l'énergie qui me quittait peu à peu, me plongeant dans une sorte d'impuissance et d'incapacité générale. Je m'étais débattue avec l'un des hommes, mais après… le trou noir… Rien, absolument rien d'autre que du noir.
Et pourtant, il avait bien fallu que je me retrouve ici !
Un regard sur le réveil m'apprit qu'il était sept heures du matin. Je me levais et pris quelques-unes de mes affaires dans ma valise. J'éteignis la lumière avant de partir dans la salle de bain. Me déshabillant rapidement, je filai sous la douche. L'eau chaude décontracta mon corps, mais mon esprit était le chaos total… Des questions sans réponse fusaient de tous les côtés dans mon esprit. La principale étant 'Que s'est-il passé ?'
Je sortis finalement de la douche, commençant légèrement à étouffer. Je m'essuyai et commençai à me coiffer lorsque j'aperçus une marque dans mon cou. Un léger point rouge… Une aiguille avait forcément provoqué cette marque…
Oh mon dieu !
Deux hommes, de la drogue, un trou de mémoire…
Je me laissai glisser le long du meuble du lavabo, et commençai à pleurer toutes les larmes de mon corps.
M'étais-je faite violer ?
J'étais allongée sur quelque chose de dur et de froid. J'ouvris les yeux et réalisai que je m'étais endormie à même le sol de la salle de bain. La lumière était toujours allumée, mais le soleil était maintenant levé.
Je me remis sur pied précipitamment et eus la tête qui tourne. J'avais une envie pressante. Je fermai la porte et éteignis la lumière, pour me précipiter aux toilettes.
Une fois mon envie assouvie, les mains lavées et le visage nettoyé et bien réveillé, je descendis les escaliers. J'entendis des voix en provenance de la cuisine. Edward était toujours dans son lit, je supposais donc que ce devait être Alice, son frère Emmett et Edgar.
J'entrai essayant d'afficher le plus convaincant de mes sourires. Ce dut fonctionner à en voir les sourires que me renvoyait chacun.
« Bella ! » s'exclama Alice en me voyant.
Elle m'enlaça et m'invita à m'asseoir à la table de la cuisine en compagnie de son frère. Elle était assise en face de ce dernier, et je m'installai à côte d'elle.
« Ce soir j'organise une fête à la maison. Il y aura les pom-pom-girls vu que tu en fais partie, les footballeurs de l'équipe du lycée et quelques autres personnes. »
« Oh… Sympa. »
« C'est une fête costumée. »
« Moins sympa tout d'un coup… »
Le rire carillonnant d'Alice retentit alors dans la cuisine.
« Ne fais pas cette tête, j'ai prévu un super déguisement pour toi ! »
« Heu… Je ne serais pas là ce soir… » prétextai-je.
« Tu n'es jamais le soir où quoi ?! Puis-je savoir ce qu'il y a de plus intéressant que ma fête ? »
« Quelque chose qui ne se déplace pas. Et il aurait fallu me le dire un peu de temps avant, ça m'aurait permis de m'organiser. »
« Sauf qu'Alice ne prévient jamais et fait ça à l'improviste. » déclara Emmett. « Ça ne m'étonnerait pas que des personnes viennent habiller de façon 'normale' à cause de ça. »
« Ils seront automatiquement refoulés de la maison ! J'avais insisté sur la tenue ! »
Emmett se tut et demanda à Edgar de nouvelles tartines de confiture, ce qui lui valut une petite insulte affective de la part de sa sœur.
« Que voulez-vous Bella ? » me demanda le majordome.
« Hum… » réfléchis-je. « La même chose qu'Emmett mais avec du Nutella si vous en avez. »
« Avec trois gourmands dans cette maison, il y en a toujours ! » sourit Edgar.
« Je ne suis pas gourmande, moi ! » se défendit Alice.
En guise de réponse, Emmett toussa et Edgar rit de bon cœur. Elle me regarda d'un air de dire 'Défends-moi !' Je lui servis un sourire d'excuse.
Edgar me servit et nous entendîmes tous des pas pressés dans les escaliers, ainsi qu'un bruit assourdissant comme celui que je produisais lorsque je ratais une marche. Ce devait être Edward… Mais pourquoi était-il comme ça ce matin ? Avait-il rendez-vous quelque part ? Il courut jusque dans la cuisine où il débarqua le souffle court, avec un air affolé.
Je le regardai avec un air surpris et incompréhensif. Que lui arrivait-il à la fin ?
« Salut ! T'en fais une tête ! Ça ne va pas ? » lui demanda Alice, avant que je ne déclare la même chose.
« Je… » commença-t-il perdu.
Il fronça les sourcils en me regardant. Moi aussi j'étais totalement perdue avec ma défaillance de mémoire, mais je ne voulais qu'aucune des personnes ici présentes ne le remarque. Je feignis un sourire amusé, alors qu'intérieurement je voulais uniquement avoir des réponses à mes nombreuses interrogations !
Il retrouva brutalement sa bonne humeur et s'avança vers Emmett. Celui-ci s'apprêtait à manger sa tartine grillée garnie de confiture lorsqu'Edward s'en saisit.
« J'ai seulement très faim. » finit-il par déclarer d'un ton léger.
« Hey ! » s'exclama Emmett.
Son frère avait mordu en plein dans son petit-déjeuner. Il n'en voudrait certainement plus désormais. J'avais observé ce genre de phénomène avec Tanya et ses sœurs. Dès que l'une croquait par exemple dans une barre de céréales et que celle-ci n'aimait pas, aucune de ses sœurs ne voulait la terminer à sa place, bien qu'elles aient les mêmes gênes. C'était par principe je suppose…
Edgar lui en refit immédiatement et s'empressa de les donner à cet ours affamé. C'était comme s'il craignait qu'Emmett ne pique une crise à cause de ça.
« Que voulez-vous manger monsieur Cullen ? »
« Des tartines avec du Nutella. La confiture ce n'est pas mon truc… » répondit Edward.
À la place d'Emmett, je serais plutôt irritée. Un, Edward prenait des mains la nourriture d'autrui. Deux, il croquait à peine dedans. Et de trois, il jetait ensuite la nourriture parce que ce n'était pas au goût de Monsieur ! Quel toupet quand même !
« Bien monsieur. »
C'était étrange de voir la relation établie entre employé et employeurs de cette maison. Tous semblaient distants et professionnels entre eux. Et pourtant, Edgar m'avait tout de même confié qu'ils étaient proches à certains moments… Peut-être étaient-ce uniquement les 'monsieur' qui me donnaient cette impression d'éloignement et de froideur.
« Et j'ai une super blague ! » fit Emmett sans avoir perdu sa bonne humeur. « Une tartine de confiture retombe toujours sur la face avec la confiture, et un chat retombe toujours sur ses pattes. Si on met une tartine accrochée sur le dos du chat, la face différente de celle avec de la confiture contre le dos du chat, de quel côté il retombe ? »
Sauver les apparences ! Souris ma belle, tu es regardée !
Je me surpris à finalement rire de la blague. Enfin, rectification : à rire de la stupidité de la blague et non en la blague à elle-même. Edward s'assit en face de moi, et me regarda intensément.
Edgar vint lui apporter ses tartines de Nutella.
« Pourrais-je avoir la même chose, s'il vous plaît ? » demandai-je à Edgar.
« Bien sûr, je m'en occupe tout de suite. »
« Tiens. Prends les miennes, j'ai perdu l'appétit. » me dit Edward en faisant glisser son assiette devant moi. Je voulus le remercier mais Alice fut plus rapide dans sa prise de paroles.
« C'est pas toi qui, il y a deux minutes, viens de déclarer avoir très faim ? »
« Si, mais finalement non. »
Étrange comme comportement…
Alice se releva, mit ses mains sur la table et se pencha sur celle-ci afin d'étudier plus attentivement les traits de son frère.
« Quand as-tu eu tes règles pour la dernière fois cher frère ? Tu as eu un rapport non protégé récemment ? (Cette question eut le don de me faire remémorer cette fameuse nuit où il m'avait dévirginisée, et où n'avions rien mis pour nous protéger. Imperceptiblement, je le sentis se raidir.) Parce qu'on dirait que tes hormones travaillent comme ceux des femmes enceintes. Tu changes d'avis tout le temps, ton comportement de cette dernière semaine est étrange… Sérieusement, je devrais peut-être appeler un médecin… Tu commences à m'inquiéter. »
« Je suis un homme, et les hommes ne tombent pas enceintes ! »
« Ouais, et à ce propos je te conseille de ne pas faire de bébé à une fille ! Surtout si ce n'est pas une fille fréquentable… Je n'ai pas envie d'être tata d'un bébé 'accident' ! »
Sa remarque me blessa. 'Une fille fréquentable'… Décidément, je n'en étais pas une ! Vivre dans mes conditions n'était pas des plus saints… Et si par le plus grand des hasards, je tombais enceinte de lui ? M'accepterait-elle ou me rejetterait-elle ? Et pour le bébé ?
« Pourquoi tu dis ça ? »
Alice se détendit en se rasseyant sur sa chaise. Elle prit une bouchée de sa pitance avant de reprendre son discours.
« Depuis mardi tu rentres à des heures pas possibles ! La seule fois où tu es resté à la maison, c'était jeudi parce que Bella était là. Et pourtant ! Mercredi midi, ce n'est pas parce qu'elle était là que tu n'es pas parti rejoindre je ne sais qui… »
« Et alors ? Où veux-tu en venir ? »
« Tu refuses de voir l'évidence… Tu refuses de me révéler ta vie privée alors qu'avant tu voulais tout me raconter… Tu as rencontré une fille à laquelle tu tiens ? Tu es amoureux ? Ou alors… »
« Ou alors quoi ?! » s'emporta-t-il.
« Tu as une relation que tu ne peux pas dévoiler… »
Je me raidis. Elle ne pouvait pas avoir découvert notre…
Tu te fais de fausses idées Bella ! Vous avez des relations sexuelles, mais Alice faisait référence à une vraie relation !
« Comme ? »
« Une femme mariée ! »
« Une femme mariée ? »
À la façon dont il avait répété la phrase de sa sœur, on aurait dit qu'Alice était tombée juste.
« Tu répètes ce que je viens de dire ! »
« Et alors ? »
« Tu couches avec une femme mariée ! » confirma sa sœur.
Énervée, elle se leva de table. Ce qui me rassura et m'inquiéta. Je n'étais pas la seule à penser qu'Edward avait une liaison, mais il s'envoyait en l'air avec une, voire plusieurs autres femmes ! Il avait intérêt à s'être protégé avec les autres ! Je n'avais pas envie de me récupérer des microbes ou autres saletés dans le genre ! J'évitai de penser à pire comme une maladie incurable et mortelle …
« Je n'ai jamais dit ça ! » s'énerva à son tour Edward.
Je n'avais jamais vu une dispute entre frère et sœur chez eux. Ils avaient simplement l'air de se chamailler gentiment la dernière fois que je les avais vus ensemble.
« Mais c'est pourtant évident ! Pourquoi ne l'ai-je pas vu plus tôt ! »
« Parce que je ne couche pas avec une femme mariée ! Voilà pourquoi ! »
« Tu n'as jamais couché avec une fille habitant près de chez nous. Tu n'aimes pas qu'une fille dorme ton lit, et ce n'est pas arrivé beaucoup de fois. Tu n'as jamais voulu faire l'amour à une fille dans ton lit, pour toi, c'est trop personnel… Tu pars toujours deux mois en vacances à l'étranger sans jamais nous dire où exactement. Tous les week-ends tu pars et on ne te revoie que le lundi matin au lycée le sourire aux lèvres alors que la semaine tu es tout maussade ! D'ailleurs, je suis fortement étonnée de te trouver là aujourd'hui ! C'est une nouvelle habitude pour cette année ? »
Je n'écoutais pas le reste de leur différend, j'étais bloquée sur les paroles d'Alice. Il était rare qu'une fille dorme dans le lit d'Edward, or j'avais déjà dormi à deux reprises dans le sien… Certes, ce matin il m'avait paru plutôt distant dans le lit, mais c'était tout sauf le cas jeudi soir…
Et il y avait ses paroles qu'il m'avait soufflé à l'oreille sous la douche : 'Juste une fois. Une toute dernière fois... Dans les règles cette fois-ci. Pas stupidement et bestialement contre un mur. Dans mon lit...' Ce qui était en totale contradiction avec la phrase de sa sœur… 'Tu n'as jamais voulu faire l'amour à une fille dans ton lit, pour toi, c'est trop personnel…' Si c'était une façon de tester mes sentiments ou voir mes réactions, ce n'était pas drôle du tout !
« Je suis désolée. Mais tu seras rentré ce soir pour la fête, n'est-ce pas ? » demanda Alice, inquiète.
Edward partait ?! Où ?! Et ils ne se criaient plus dessus ?!
C'est ça de ne pas écouter et de méditer sur des réflexions qui ne mènent à rien, mis à par à la souffrance !
« Quelle heure ? »
« Dix-neuf heures. C'est déguisé et il me faut le temps de t'habiller. »
« Je verrai… » déclara-t-il en sortant de la cuisine.
Quelque chose me disait qu'il n'avait pas l'intention de venir ce soir à cette fête… Quoique… il y avait peut-être de l'espoir, puisqu'il revenait dans la cuisine…
« Au fait Bella ! Il faut qu'on parle sérieusement tous les deux. »
« Je pense aussi. » approuvai-je.
Il partit définitivement cette fois-ci…
Un étrange silence s'abattit, et personne n'osa le rompre jusqu'à ce qu'Emmett parle.
« Edward est amoureux… » fit-il d'un air dubitatif « Je te dois cent dollars Al'… »
Arrêt sur image, s'il vous plaît ! Amoureux ? Edward ? De qui ???
« Et une journée complète de shopping ! » s'extasia sa sœur, mais avec une attitude victorieuse.
Avaient-ils fait un pari au sujet d'Edward ?
« C'est quoi cette histoire ? » demandai-je perplexe.
« J'ai parié avec Emmett qu'Edward est amoureux et que j'arriverai à lui faire cracher le morceau. »
« J'avoue que la technique de la fausse conclusion était astucieuse ! » la complimenta Emmett. « Mais tu as vu l'état dans lequel il s'est mis ! Moi je te dis, que cette fille doit être géniale pour lui faire autant d'effet. Mille dollars que tu n'arrives pas à lui faire dire qui c'est ! »
« Pari tenu ! Mais ce n'est pas bien difficile à deviner qui est l'heureuse élue… N'est-ce pas Bella ? »
Je m'étouffai et faillis recracher l'intégralité de ma gorgée de jus d'orange.
« Pourquoi tu me demandes ça ? »
Notes personnelles : Se méfier d'Alice Cullen ! Elle est trop douée pour découvrir les secrets des uns et des autres. Ne jamais lui confier un indice sur mon travail ! Son aptitude de détective pourrait me causer des ennuis…
« Edward et toi, vous avez l'air d'être plutôt proche, non ? Même intime… »
Emmett s'esclaffa comme si Alice venait de déclarer la meilleure blague de l'année, mais reprit son sérieux en me voyant baisser les yeux et rougir.
« Non ! Incroyable ! Edward amoureux de Bella ! » dit-il avec une nouvelle vague d'hilarité. « Quand je repense à la scène de la cafétéria le premier jour… » Il ne put terminer sa phrase à cause de ses rires intensifs. « Je comprends mieux maintenant, pourquoi il bandait même après avoir reçu un coup dans les parties génitales ! »
« Non ! Il a fait ça ?! » demanda Alice étonnée.
« Oui ! Et pas qu'une petite ! Franchement, même avec la vieille infirmière physiquement répugnante, il n'est pas redescendu ! »
Quoi ?! Dès le premier jour, je lui avais fait de l'effet ? Moi qui pensais que je le dégoûtais…
C'est peut-être un moyen de ne pas montrer ses sentiments. Il préférait que tu crois qu'il était répugné par toi, plutôt qu'attiré…
Mais pourquoi faire ça ? C'est totalement stupide !
Dois-je te rappeler que tu en as fait de même ?
Ou alors, je ne suis pas la fille qu'il lui faut. Alice l'a bien dit, les filles peu fréquentables n'étaient pas pour lui. Or, c'est ce que je suis.
Coquette Pomme l'est, pas toi !
Je suis Coquette Pomme !
Tu es Isabella Marie Swan !
Je suis les deux !
Dans ce cas, n'en deviens plus qu'une et laisse tomber ton travail qui ne t'attire que des problèmes ! Jacob t'en as proposé un autre !
Mais bien sûr ! Voilà la solution ! Je quitte mon emploi actuel, pour me faire photographier en sous-vêtements ! Mais si je ne suis pas douée… C'est vrai, je ne suis pas des plus photogéniques !
Tu es maladroite et tu arrives à parfaitement danser en talons aiguilles ! Tout est possible lorsque tu n'es plus toi-même…
« Jacob viendra ce soir ? » demandai-je à Alice.
« Oh non ! Je n'y crois pas ! On vient de te dire que notre frère est amoureux de toi, et tu trouves le moyen de penser à Jacob ? Et mince ! J'avais oublié que vous aviez passé un rendez-vous en tête-à-tête hier midi… Mais rassures-moi, il ne s'est rien passé ? Tu ne l'aimes pas, hein ? Tu aimes mon frère réciproquement n'est-ce pas ? Sinon, ce ne serait vraiment pas de chance ! Pour une fois qu'il trouve quelqu'un de bien, il faut que leurs sentiments de soient pas réciproques ! Mais quelle idée ! Cupidon ne pourrait pas agir de façon à simplifier les choses de temps à autres ?! »
« Mais il sera là oui ou non ? »
« Bien sûr qu'il sera là ! » dit-elle en se callant au fond de sa chaise. « Mais essayes d'être sympa avec mon frère s'il te plaît… Ce n'est pas tous les jours qu'il tombe amoureux… »
« Ça c'est clair ! » confirma Emmett.
« Ok, mais j'essayerais… Mais il n'a rien avoué, donc pour le moment rien n'est sûr. Ça peut très bien être quelqu'un d'autre. »
« On y croit tous ! » ironisa Alice.
« Bon je vais voir Rose ! » déclara son frère en se levant. « Je viens vers quelle heure pour ta torture ? »
« Quinze heure tapante ! » répondit-elle.
« À tout à l'heure ! » nous salua-t-il tout en quittant la pièce.
Je terminais mes tartines lorsqu'on sonna à la porte. Edgar vint ouvrir à cette personne, et Alice monta dans sa chambre afin d'avancer dans les préparatifs de la fête. Maintenant que j'étais seule, je n'avais plus à faire semblant d'aller bien. C'était comme si le peu d'assurance qu'il me restait s'était subitement volatilisé quand tout le monde était parti. Des larmes roulèrent le long de mes joues.
Je pris mon assiette ainsi que celle des autres, et fis la vaisselle. Edgar n'allait pas être content, mais j'avais besoin de me changer les idées. Du moins, essayer de le faire… Seulement, ce n'était qu'une question de minutes avant que je ne termine cette tâche ménagère… Et lorsque ce fut le cas, je ne savais plus quoi faire…
Je tournai le dos à l'évier et m'appuyais contre le plan de travail. J'en profitais pour faire le tri dans mes pensées. Le mieux serait de trouver des réponses par rapport à la nuit dernière. Les dernières personnes que j'avais vues étaient Démétri Volturi, Tanya et Mike… Et je mis en relation les troublants évènements et le psy. Il paraît effrayé et me dit qu'il me protège mais ne m'avoue pas de quoi ! Et dans cette soirée, juste après son intervention, des hommes étranges débarquent et je ne me souviens plus de rien… Que devais-je en penser ?
Et si je commençais par voir Tanya étant donné que c'était la seule des trois personnes que j'étais en mesure de voir pour le moment… Je verrai Mike, la prochaine fois que j'irais travailler, même si j'envisageais désormais la possibilité d'arrêter de travailler et d'en trouver un autre travail… Quant à Démétri, je mettrais les choses au clair lors de mon prochain rendez-vous lundi matin.
Je m'essuyai les mains, et partis prendre mes clés de voiture, ainsi que mon manteau. J'allai dans le garage. Je trouvai ma voiture, faisant tâche parmi toutes ces voitures belles et rapides, que j'avais déjà aperçues la veille. Je montai dans la mienne et mis le contact avant de partir vers mon ancien appartement. Après une vingtaine de minutes de trajet, j'arrivai enfin à la Push, qui m'était si familière et qui pourtant m'était devenue étrangère ces derniers temps. Pourquoi avais-je cette sensation que tout avait basculé dans ma vie, et que rien ne pourrait jamais être comme avant…
Je me garai devant l'entrée de mon immeuble, et sortis de ma voiture. Je montai les quelques étages à l'intérieur du bâtiment et arrivée sur le palier souhaité, je me dirigeai vers la porte de l'appartement adjacent au mien. Je frappai à celle-ci de façon à ce que Tanya m'identifie, mais personne ne vint m'ouvrir. Je regardai à ma montre l'heure. Onze heure dix-neuf. Plutôt inhabituel de sa part… Je frappai de nouveau mais avec plus d'insistance cette fois-ci, n'ayant pas vraiment l'impression que ça changerait quelque chose et que quelqu'un vienne m'ouvrir…
Découragée par le fait de devoir attendre encore un moment pour avoir certaines de mes réponses, je rejoignis mon ancien chez moi. Je refermai la porte derrière moi, et appuyai ma tête contre celle-ci.
J'avais un sérieux problème ! Où en étais-je dans ma vie ? Quel était mon avenir ?
J'aperçus sur mon 'bureau' des papiers concernant les bourses. Ne trouvant mieux pour m'occuper, je m'assis sur la lunette des toilettes rabaissée et me mis à remplir le formulaire.
À peine trente minutes après, des coups à ma porte retentirent, identiques au miens…
Tanya !
« Entre, c'est ouvert ! »
« Bella ! » s'exclama-t-elle une fois rentrée.
Elle se précipita dans mes bras et m'enlaça avec une certaine force, me faisant légèrement décoller du sol.
« Comment vas-tu ? » lui demandai-je, une fois qu'elle m'eut reposée sur la terre ferme.
« Pas mal, mais la question devrait plutôt t'être adressée… Tu te rappelles de quelque chose à propos d'hier soir ? »
« Oui, jusqu'à un certain moment, puis après plus rien. Tu… Tu sais quelque chose ? » peinai-je à prononcer clairement à cause de la boule qui obstruait ma gorge. Ma vision se floua peu à peu, et je compris alors qu'instinctivement, mes larmes que j'avais contenues ce matin durant le petit déjeuner, s'étaient libérées.
« Oui, mais ne t'en fais pas. Nous sommes venus juste à temps, qu'il ne t'arrive du mal. »
Je la regardais à la fois surprise et soulagée. Je n'avais pas été violée.
Je n'avais pas été violée !
Je n'avais pas été violée !!!
Je lui sautais dans les bras, les papiers pour la bourse toujours en main.
« Mais au fait, pourquoi tu dis 'nous' ? Qui était avec toi ? »
« Et bien ton copain, Edward Cullen. Et il y a également eu le psychologue de ton lycée. »
Je voulus exclamer ma surprise, mais Tanya me coupa dans mon élan.
« Viens deux minutes chez moi. J'ai une surprise pour toi ! » dit-elle enthousiaste, en détournant le sujet de conversation.
« J'arrive dans quelques minutes. Je prends quelques affaires et je te rejoins. »
« Ok, pas de problème. »
Elle sortit de la pièce, et je pris rapidement un sac dans lequel je rajoutai les papiers administratifs, ainsi que le contrat de travail de Jacob, certainement la solution qui me permettrait de sortir du milieu le moins catholique de ma vie. Je sortis un bac en plastique et y mis tous mes effets personnels, n'ayant pas vraiment grand-chose à apporter en plus chez les Cullen.
Je pris le tout, et sortis de mon appartement pour aller dans celui de Tanya. Je rentrai directement. Rien n'avait changé. Son appartement était beaucoup moins piteux que le mien. Il avait trois pièces bien définies : une chambre, une salle de bain, et la pièce principale avec la cuisine et le salon. Les murs étaient d'un blanc net et propre, et il y avait du lino imitation parquet sur le sol. Elle avait rendu le tout un peu plus 'girly' en rajoutant des touches de couleurs vives un peu partout. La pièce que je préférais le plus était sans aucun doute sa chambre, dans les mêmes colories que ma loge, le tout avec un esprit baroque moderne.
« Joyeux anniversaire en avance ma belle ! » s'exclama-t-elle, en me ramenant à la réalité.
« Tanya ! » la réprimandai-je.
« Inutile de gaspiller ta salive ! Tu me fais le discours tous les ans ! Alors oui, encore une fois, je m'y prends à l'avance, et non, je n'ai pas oublié que tu détestes ton anniversaire ! »
Je lui fis un mince sourire en la remerciant tout de même par politesse, et en voyant le paquet cadeau qu'elle me tendait. Le carton était petit (pour changer !) et rien ne me paraissait suspect mis à part le papier rose fluo.
Toc. Toc. Toc.
« Coucou ma chérie ! C'est Sam ! » déclara un homme derrière la porte.
« C'est ouvert mon amour ! » déclara amoureusement Tanya.
Je levais les yeux au ciel. Ce n'est pas que je n'aimais pas le petit-ami de ma meilleure amie de voisine, mais il avait quelque chose qui ne me revenait pas…
« Je vous laisse entre vous… » fis-je pleine de sous-entendus, en les voyant s'embrasser langoureusement. « J'ouvrirai le cadeau tout à l'heure et je t'appellerai pour te remercier d'un cadeau qui va sûrement m'être totalement inutile… »
Tanya était beaucoup trop absorbée par son amoureux que j'ignorai si elle m'avait au moins entendue. Les deux gémissaient légèrement, et voyant que Sam passait sa main sous le débardeur de Tanya, pour lui dégrafer son soutien-gorge, je m'empressai de sortir avec mes affaires. Je n'avais pas envie d'être spectatrice des ébats sexuels entre les deux. Ce qui était certain, c'était qu'ils n'avaient aucun tabou pour attaquer les préliminaires en ma présence.
Je rejoignis ma voiture et pris le trajet pour rentrer à la villa. Je ne savais pas trop quoi faire… M'arrêter afin qu'Edgar rentre la voiture, ou le faire moi-même ? Après tout, il était l'employé des Cullen, et non le mien…
Prenant conscience de mes stupidités, je fonçai directement dans le garage. Il n'y avait toujours pas la voiture qu'Edward avait empruntée, et dire que je n'étais pas affectée par son absence serait un immense mensonge ! Depuis le début de la semaine, j'avais l'impression que nous étions des inséparables avec qui je restais la plupart du temps. Et étrangement, un lien se renforçait entre nous, lorsqu'il était loin de moi.
Pauvre petite Bella ! C'est qu'elle serait prête à se jeter dans ses bras lorsqu'il reviendra, tellement il lui a manqué ! Mais je suis tout de même là pour te rappeler certains évènements… Un, il est peut-être amoureux de toi. Deux, tu as embrassé Jacob, qui croit certainement que vous sortez ensemble. Trois, Jacob n'est pas censé savoir que tu as couché avec Edward juste après votre baiser. Quatre, Edward était présent au club de strip-tease avec Tanya avant qu'il ne t'arrive du mal… Cinq… Je suis à cours de faits importants à son propos.
Je rêve où ma mémoire n'est pas aussi défaillante que je ne le pensais ?!
Pas de commentaire autrement, je fais une remise à zéro !
Je montai ensuite mes affaires à l'étage, où je croisais Edgar.
« Vous êtes là ! » dit-il soulagé.
« Désolée, j'avais besoin de prendre l'air. »
« Ne vous justifiez pas, vous êtes ici comme chez vous. Un homme de maintenance a résolu le problème de chauffage de votre chambre. J'y ai déjà mis vos affaires. Voulez-vous la voir ? »
« Comme si la question se posait ! » fis-je excitée.
Le majordome me conduisit devant une porte. La pièce était juste à côté de la chambre d'Edward. Je pénétrai dans 'ma chambre'. Je fus tout de suite submergée par une vague de bien-être et de quiétude. Les murs étaient blancs, tout comme le mobilier en général, quant au sol, il était en parquet de bois clair. Le tout donnait une chambre épurée et lumineuse, contrastant avec le temps maussade et humide à l'extérieur. Quelques touches de couleur bleu turquoise étaient apportées par des accessoires de décoration tels que des vases, des motifs floraux peints sur les murs, ou bien encore les taies d'oreillers sur le lit double (pouvant facilement accueillir trois personnes sans se retrouver serrées).
« Elle est magnifique ! » commentai-je presque à cours de mots.
« En revanche, la salle de bain risque de ne pas être à votre goût. Personne ne l'aime de toutes manières, mis à part Madame Esmé Cullen er certainement Mademoiselle Cullen… »
Je fronçai les sourcils, ça ne devait pas être si terrible que ça...
« Où est-elle ? »
« Juste là, à côté du dressing. »
« Dressing… » répétai-je craintive. « Il est rempli ? »
« Non, mais Mademoiselle Cullen a déjà promis de remédier à cela… »
« Shopping ? »
« J'en ai bien peur. »
Je soufflai, puis me dirigeai vers la salle de bain. À peine fus-je entrée que je me figeai sur place.
« Dîtes-moi que je rêve ! »
« Malheureusement, ce n'est pas le cas… » fit désolé Edgar.
Je regardai derrière moi la chambre, puis je revins à la salle d'eau. Le contraste était… effrayant !
« Par simple curiosité, qui a choisit le côté 'Barbie princesse' de la salle de bain ? »
« Madame Esmé Cullen. Elle voulait donner un côté… spécial à cette pièce. »
« Spécial… » murmurai-je. « C'est plutôt réussi ! » déclarai-je plus fort en me dirigeant vers les meubles.
La première chose qui frappait lorsque je pénétrais dans la pièce, était ces lustres de cristal suspendus au plafond. De toutes petites ampoules étaient disposées par centaines sur chacun d'eux, imitant à la perfection les flammes d'une bougie. Même si aux premiers regards la pièce m'avait quelque peu choquée, elle suscitait une véritable admiration et rêverie de ma part… À l'âge où je croyais encore aux contes de fées, j'y aurais certainement passé le plus clair de mon temps ! D'une certaine manière, je retrouvais une part de petite fille dans cette salle de bain.
Je détournai mon attention du plafond pour observer tout autour de moi. Immédiatement sur la gauche, se trouvait une immense coiffeuse avec un siège digne des maisons de poupées, on aurait dit qu'il était fait de verre. Sur la droite, des immenses miroirs tous parfaitement immaculés, étaient dressés au dessus d'un meuble marbré dans les coloris crème, où étaient les lavabos et une multitude de produits de beauté. Une baignoire sur pied se tenait en plein milieu de la pièce, et au fond à droite, il y avait également une spacieuse cabine de douche comme celles des stations de remise en forme. Les toilettes, quant à eux, se trouvaient dans le coin opposé à celle-ci, c'est-à-dire au fond à gauche. Quelques rangements se situaient un peu partout, mais la pièce était tellement vaste qu'on avait l'impression qu'elle était vide…
Je fus soulagée que malgré le style, Madame Esmé Cullen comme l'appelait Edgar, n'ait pas opté pour mettre le tout dans les tons rose bonbon. Ça aurait fait encore plus, 'Barbie' !
Lorsque je me retournai, Edgar n'était plus derrière moi, ni dans la chambre lorsque je le cherchais.
Il veut certainement te laisser t'installer, pensai-je.
Après quelques minutes à mettre mes affaires dans les tiroirs des meubles de ma chambre, j'entendis Edgar m'appeler pour déjeuner. Je rejoignis Emmett et Alice dans la salle à manger.
« Bon appétit. » fi-je en m'asseyant à la table.
Les deux me remercièrent et commencèrent à manger. Personnellement, j'avais l'estomac noué pour une raison que j'ignore et j'avais peur de tout régurgiter si je mangeais ne serait-ce qu'une bouchée du contenu de mon assiette.
« Edgar ne mange jamais avec vous ? »
« Si… À Noël et au Nouvel An… parfois… » me répondit Alice d'une petite voix.
« Et il mange quand exactement ? »
« En même temps que nous, mais dans la cuisine. »
« Et vous ne lui avez jamais proposé de se joindre à vous pour le reste de l'année ? »
« Heu… Non… » avoua Alice, d'un air méditatif.
Après cette réflexion, aucune parole ne fut échangée de tout le repas. Je goûtai malgré tout à mon assiette, et réussis même à en manger la moitié. Je préférai encore le petit-déjeuner de ce matin à ce déjeuner, malgré mon humeur qui s'était quelque peu améliorée. Le silence était extrêmement pesant.
« Bella ? Est-ce que les déguisements très sexys te dérangent ? » me demanda soudainement Alice, alors qu'Edgar venait débarrasser.
« Heu... Tout dépend… Pourquoi cette question ? »
« Tu n'as pas l'air de vouloir te faire remarquer pour tes formes avantageuses avec tous tes… »
Alice ne put terminer sa phrase à cause des éclats de rire de son frère. Entre chaque éclat, il prononçait des paroles incompréhensibles, mais je crus l'entendre répéter 'formes avantageuses'. Lorsque sa crise fut passée, il s'éclipsa de la pièce toujours en répétant ces deux mots…
« Ne t'en fais pas pour lui ! » me rassura Alice. « Il rit parce qu'il n'a jamais vu ce qu'il y a en dessous de tous ces… superflus… » dit-elle en désignant mes habits trop grands. Seulement, ils ignoraient qu'il m'avait déjà vue pratiquement nue… Je l'avais même excitée au point de le faire 'monter' !
« Bella, trêve de rêverie, je m'attaque à toi ! Hop ! Hop ! Hop ! Dans ta salle de bain ! »
Je soufflai un coup avant de m'exécuter. Au moins, elle semblait avoir retrouvé l'énergie et sa bonne humeur ! Nous pénétrâmes dans ma chambre et ce que je redoutais -lorsqu'Edgar m'avait annoncé que le dressing était vide- se produisit.
« Au fait ! Je t'emmènerai faire du shopping pour te choisir des vêtements à ta taille et remplir ta garde-robe. »
Je feignis un sourire enthousiaste pour ne pas la vexer. J'avais toujours détesté le shopping ! Le fait est que lorsqu'on n'a pas d'argent à dépenser inutilement dans des achats à court terme, on n'était pas vraiment tenté de se faire du mal pour rien en lorgnant sur des objets désirés mais hors d'atteinte… Et puis pour remplir un dressing entier, ça allait me coûter un maximum ! De plus, Alice ne devait pas vraiment fréquenter les mêmes magasins que moi…
« Prends une douche, je reviens dans dix minutes, le temps d'amener quelques petites choses. Tu es pudique ? »
« Heu… Plus ou moins, oui… »
« Ok. Dans ce cas, ne m'imagine pas en train de faire des allers-retours dans la salle de bain pendant que tu seras nue sous la douche, qui, je dois le préciser, a des vitres en verre, et donc qui me laisseront tout voir. » débita-t-elle trop rapidement pour que je saisisse tout sur le moment.
Elle m'embrassa rapidement la joue, et sortit presque en courant de ma 'suite'… parce que comparé à mon ancien chez-moi, ici c'était le luxe suprême !
Je me déshabillai rapidement et filai sous la douche. Ne savant pas trop comment elle fonctionnait, je me contentai du jet simple, et fis abstraction des bruits qui étaient derrière moi. Ce n'était qu'Alice après tout ! Et elle ne pouvait voir que mes fesses si elle jetait un regard en ma direction. Les clients du club, voyaient parfois mes seins, mon sexe et mes fesses. Je pouvais m'estimer encore heureuse ! En plus, c'était une fille. Pas de quoi en faire un drame !
Sauf que tu n'es pas sur ta scène avec un masque sur le visage, et que tu es la timide Bella Swan qui retrouve toute sa pudeur…
Je jetai un coup d'œil derrière moi, et ne trouvant pas Alice, j'en profitai pour me laver correctement les parties intimes. Qu'elle rentre lorsque je me savonnais les bras ou les jambes, d'accord, mais lorsque c'était mon centre…
Dois-je te rappeler que tu as fait pire ? À moins que tu considères la masturbation devant Edward, à moins de deux mètres de toi, plus acceptable que de petits frottements devant Alice qui l'est à dix, voire quinze ?
Et lorsque j'étais sur scène, je ne me caressais pas le petit animal !
La barre le fait à ta place !
Je soufflai. Cette petite voix intérieure me donnait envie de me cogner la tête contre le carrelage afin de la faire taire. C'était limite si je n'étais plus seule dans ma tête !
Je me lavai rapidement les cheveux avant de mettre une serviette sur moi, et de sortir de la cabine de douche embuée. Dès que je fus sortie, Alice apparut devant moi. Je remarquai que comme mercredi soir, des tas et des tas de produits étaient étalés un peu de partout. Elle me fit m'asseoir sur le siège en face de la coiffeuse, et s'attaqua à mon visage avec de multiples soins.
« Comment te sens-tu ? » me demanda Alice.
Trop de massages, tue les massages !
« Mal… J'ai l'impression d'avoir pris de la drogue et de l'alcool en même temps… Je me sens tellement détendue, que j'ai l'impression de planer. »
« Parfait dans ce cas ! Lorsqu'on est bourré ou drogué on avoue toujours tout. Première question : aimes-tu mon frère ? »
« Je trouve Emmett très drôle, mais de là à dire que je l'aime… Je ne pense pas non. Du moins, en termes d'amour ! Si on part dans une direction qui va vers l'amitié, là ok, je l'affectionne beaucoup. »
« Bella… Tu vois très bien de quel frère je voulais parler ! Et en plus, tu délires complètement ! »
« T'as des mains en or Alice ! »
« Bon retires les concombres de tes yeux, je te retire le masque et je passe à la coiffure et au maquillage. »
Je retirai les tranches comme elle me l'avait indiqué, et ouvris difficilement les yeux à cause de la lumière aveuglante. Après un petit temps d'adaptation, je pus enfin distinguer les éléments autour de moi. Je ne pus m'empêcher de rire en voyant cette espèce de pâte verte pistache qui recouvrait tout mon visage.
« J'espère que tu as bien fermé la porte avant de m'appliquer ce truc ? »
« Non seulement je ne l'ai pas fait, mais en plus Emmett ne devrait pas tarder à débarquer. »
« Heu… Ce n'est pas que ça m'embêterait qu'il me voit avec ça sur le visage et à moitié nue, mais tu pourrais te dépêcher s'il te plaît ? »
En guise de réponse, j'eus le droit à son rire carillonnant et à un 'Ferme les yeux'. Une fois la pâte retirée, je sentais de nouveau la peau de mon visage respirer. Elle se mit ensuite à me coiffer, et je l'observais faire. Elle savait parfaitement ce qu'elle faisait ! Elle me fit un chignon tressé des plus parfaits !
Elle entreprit ensuite de me maquiller. Elle commença par le teint, puis par mes lèvres, appliquant un de ses rouges à lèvres ultra rouge à la tenue impeccable, aussi bien pour ne pas s'en mettre sur les dents que pour ne pas tacher un homme qu'on embrasse...
Oublie ça Bella ! Edward n'est pas dans la place, et il ne viendra peut-être pas !
L'espoir fait vivre, non ?
Elle passa ensuite aux yeux. Après un temps qui me parut être plusieurs longues minutes, elle me permit de me regarder dans le miroir. Elle m'avait fait des yeux smoky d'un noir très intense, en plus d'une pose de faux cils !
« Tu ne trouves pas que je fais un peu trop 'pot de peinture' avec les lèvres et le regard très habillés ? »
« Ça vois-tu, c'est pour contraster avec ton corps, qui le sera beaucoup moins… »
« C'est-à-dire ? »
« Ne t'en fais pas ! Tu seras parfaite, fais-moi juste un peu confiance ! »
« Juste un peu alors… »
« Allez ! Viens par-là, que je t'habille. »
Elle me prit par la main et m'amena jusque dans ma chambre. Une house noire se trouvait sur mon lit. Elle s'en approcha et l'ouvrit. Elle en sortit un costume des plus… endiablés et sexy ! Le haut se résumait à un corset victorien de couleur noir rehaussé par des laçages rouges et des pierres précieuse de la même couleur. J'espérais que ce ne soient pas des rubis ou des diamants rouges. Ça me gênait qu'elle dépense autant d'argent pour rien, ou du moins, pour moi… Elle sortit de la housse un petit sac opaque, et en renversa le contenu sur le lit. Un magnifique string noir en dentelle, un porte-jarretelles assorti, et des bas furent étalés sur la couette blanche.
« J'espère que tu as tout de même prévu quelque chose par-dessus ? »
« Évidemment ! Tiens ! Regarde ! »
Elle me lança une jupe en cuir, plutôt courte, mais sympa… Elle ouvrit une boîte à chaussure et en déballa des escarpins rouges vernis, d'une hauteur vertigineuse… Elle posa également sur le lit un serre-tête avec des cornes de diable, et une fine chaîne en argent sur laquelle pendait un magnifique cœur taillé dans une pierre rouge aux milles éclats semblables à celles du corset.
« Waouh… » soufflai-je. « Il est magnifique ! »
« Et ce soir, c'est toi qui le porte ! Je te laisse le temps d'enfiler tout ça. »
Elle alla dans le couloir ou faire je ne sais quoi, et me laissa seule. Je commençai à me déshabiller et à mettre tous les habits et accessoires. Seul le corset me posa un problème. J'ouvris la porte de la pièce et tombai nez à nez avec Edward, qui ouvrit grand la bouche en me détaillant. Mon premier réflexe fut de coller davantage le corset contre moi afin qu'il ne voit pas ma poitrine. Réflexe idiot, puisqu'il m'avait déjà vue nue à plusieurs reprises sans aucune gêne, et pourtant… Mes réflexions menées ce matin, m'avaient laissé penser qu'il ne s'intéressait pas uniquement à moi pour le sexe, ce qui changeait la donne. N'être qu'un objet de convoitise sexuelle ne me dérangeait pas vraiment : j'étais habituée à ce genre de chose au club, mais dès lors qu'il y avait des sentiments dans la place, cela me rendait moins confiante en moi et ça m'affectait bien plus que je ne le pensais. J'avais cette certaine angoisse de ne pas plaire à l'autre, ou qu'il ne m'aime plus par la suite, ou bien encore le fait de ne pas être à la hauteur de ses espérances…
Sa voix me ramena à la réalité :
« Tu es… extrêmement… tentante… ainsi… »
Il avait du mal à parler, et ses yeux reflétaient un certain désir envers moi. Pourtant, je le sentais distant.
« Merci… » soufflai-je.
« Tu veux de l'aide ? »
« Volontiers. »
Je l'invitai dans la chambre, et refermai la porte. Je m'approchai de lui et me retournai afin qu'il puisse m'attacher le haut. Tout s'effectua dans le silence, mais il était pesant et non agréable… Je décidai de rompre cette quiétude, quitte à parler de sujet totalement idiot !
« Tu sais quel déguisement Alice a prévu pour toi ce soir ? »
« Non, et ce n'est pas plus mal. Si tu avais su que tu te serais déguisée en diablesse, n'aurais-tu pas été tentée de prendre tes jambes à ton cou ? »
« Peut-être bien… »
Il finit d'attacher le corset, et je lui fis face afin de le remercier droit dans les yeux. Je vis son regard quelque peu descendre sur mes seins, mais ne fis aucune remarque. Il se retourna et se saisit du collier. Il se plaça derrière moi, et fit passer le collier devant moi, et me le mit… Il caressa au passage la peau de mon cou, avant de m'embrasser dans celui-ci. Un gémissement sortit de mes lèvres, et il fit glisser ses lèvres jusqu'à mon oreille. Le souffle chaud de sa respiration me chatouilla légèrement, et cette sensation empira lorsqu'il prononça quelques mots.
« Nous devons nous parler. Sérieusement… »
Je compris alors qu'une des fameuses discussions que je redoutais tant allait arriver. Soit il avait compris qui j'étais, soit il voulait mettre les points sur les 'i' concernant notre relation, soit… il voulait me parler de la vieille… Je ne voyais pas d'autres possibilités, vu le ton grave qu'il avait employé. Je redoutais à la fois ces discussions, mais je me sentais extrêmement pressée d'y être. Cela ne faisait même pas une semaine que nous nous connaissions, et tout me pesait sur les épaules et la conscience.
Je me retournais une nouvelle fois.
« Je t'écoute… »
Il prit une inspiration, mais Alice débarqua à ce moment-là dans ma chambre et l'interrompit dans son élan. Mon petit doigt me disait que les explications ne seraient pas pour tout de suite…
« Edward ! Tu files dans ta chambre non de dieu ! Tu n'étais pas censé la voir maintenant ! Tout l'effet de surprise est gâché ! » Voyant qu'il ne bougeait pas d'un millimètre, elle reprit de plus belle : « Qu'est-ce que je viens de dire ?! Dans ta chambre, j'arrive dans deux minutes ! Emmett n'est pas encore arrivé et il a déjà plus d'une heure de retard, alors ce n'est pas le moment de m'énerver ! » cria-t-elle le visage rouge.
Son frère fila rapidement en dehors de la pièce, en me jetant un dernier regard… indéchiffrable avant de refermer la porte. Elle observa celle-ci avant de se retourner vers moi. Elle prit le serre-tête et le plaça directement dans ma chevelure. Elle me tendit les chaussures que je m'empressai d'enfiler.
« Je dois finaliser mon travail. » dit-elle en allant dans la salle de bain.
Je la suivis et elle me fit signe de prendre place sur le même siège que précédemment. Je me vis rapidement dans le miroir et me trouvais pas si provocante que je ne le pensais. Au contraire, j'avais ce petit côté sexy et séduisant, tout en restant jolie. Ça changeait juste de d'habitude pour mes camarades.
Alice sortit un poudrier et m'appliqua cette poudre parfumée un peu partout sur les endroit où ma peau était à découvert.
« Qu'est-ce que c'est ? » demandai-je par curiosité.
« Une poudre comestible que l'on s'applique sur le corps… Au cas où mon frère voudrait te faire de simples baisers dans le cou, il aura désormais envie de te manger… »
Edward en train de m'embrasser le cou… Edward en train de me mordre la peau du cou… Edward descendant avec sa myriade de baiser vers mon intimité…
« Ça a quel goût ? » m'enquis-je, voulant par-dessus tout éviter de penser à Edward et sa bouche.
« C'est à la fraise. Tu aurais peut-être voulu autre chose ? »
« Non, pas du tout, ça me convient parfaitement ! » lui souris-je ravie.
Elle continua de me poudrer la poitrine, et reprit son air chaleureux et plein de vie.
« Comment a réagi mon frère en te voyant ? J'avoue être furieuse d'avoir manqué ça… »
J'eus un rire bref, avant de lui décrire sa réaction.
« Et bien, il a ouvert grand la bouche et me regardait avec des yeux gourmands… Puis il m'a aidée à m'habiller et il a commencé à m'embrasser dans le cou… (Elle laissa échapper un petit cri strident, et sautillait sur place.) Il m'a dit qu'on devait parler sérieusement, puis tu es arrivée… »
Je laissai volontairement un ton de reproche sur ma dernière phrase, mais elle ne sembla pas s'en formaliser. Comme pour me dire qu'elle en avait terminé avec moi, elle me mit de la poudre sur le nez à l'aide de sa houppette.
« Je vais préparer les autres. Les invités viennent à partir de vingt heures, tu pourras descendre à ce moment-là. »
« Pas avant ? »
« Seulement si tu me promets de ne pas voir Edward avant le commencement de la fête ! »
« D'accord… »
Elle me sourit avant de m'embrasser sur la joue, comme elle l'avait fait tout à l'heure, et me laissa seule. Je ne voyais pas vraiment l'intérêt de sortir si j'avais l'interdiction de voir la seule personne que je souhaitais justement voir ! Je soufflai un bon coup et rejoignis la pièce adjacente. Je rangeai quelques-unes de mes affaires restantes et tombai sur le paquet rose de Tanya, que j'avais complètement oublié. Je pris mes papiers boursiers et le contrat de travail en même temps que mon présent, et m'assis sur le lit.
Je passai délicatement mon doigt sous le papier et décollai les bouts de scotch. Je posai le papier à côté de moi.
Je ne sais pas pourquoi mais la couleur du paquet m'aurait plutôt laissée penser que j'allais découvrir un sex-toy et non un téléphone portable. Je sortis l'appareil du carton, et appuyai sur une touche au hasard. Il était déjà allumé et j'avais deux messages de réceptionnés.
Si tu lis ce message, c'est parce que tu as dû ouvrir ton cadeau. J'espère qu'il te plaît ! ^^ À vrai dire, il est de ma part ainsi que de celle de Charlie. Après l'événement d'hier (vendredi) il a décidé de t'accorder plusieurs semaines de repos, et tenait à t'offrir ce téléphone, au cas où tu aurais des ennuis… Il a pas mal d'options qui sont toutes précisées dans le livret qui l'accompagne. J'ai rentré dans ton répertoire tous les numéros utiles, ainsi que le tien. Bisous bisous. T. Au fait ! Ton code pour ouvrir le téléphone est celui par défaut.
Bonjour, c'est Démétri Volturi. Voici mon numéro au cas où vous auriez besoin d'aide, ou d'une personne à qui vous confier.
Technique de drague à deux balles !
Je jetai un coup d'œil sur la notice, et y trouvai la liste des options. La plupart ne me servirait certainement à pas grand-chose… Et puis si les deux inconnus savaient que je possédai un téléphone portable, ils pourraient peut-être essayer de me localiser avec les émissions que cette technologie produisait…
Parano ! Tu crois sérieusement que deux hommes seraient prêts à revenir te voir et à te violer ? Tu ne penses pas qu'après certains risques ils abandonneront par peur d'être jetés en prison ?
S'ils sont du genre à terminer à tout prix ce qu'ils ont commencé, non…
Je me donnai une gifle mentale afin d'éviter d'avoir une nouvelle vague de pensées négatives et pessimistes. Cet épisode était passé, et il n'y avait rien à redire. Tanya m'avait dit qu'il ne m'était rien arrivé de grave, donc pas la peine de se stresser pour rien !
Je regardai mon numéro dans mon répertoire et tâchai de le mémoriser. Chose faite, je me mis à terminer de remplir tous les papiers de la demande boursière et du contrat de Jacob, que je comptais bien lui rendre ce soir, et mettre certaines choses au clair. Il était hors de question que je m'implique plus dans une relation malsaine avec lui.
C'est surtout parce que tu es rassurée de voir l'effet que tu fais à Edward, et que même sa sœur dit qu'il est amoureux de toi ! Du coup, tu ne vois plus de raison à le rendre jaloux avec ton 'bouche trou'.
Ce n'est pas sympa pour Jacob ça !
Peut-être mais c'est la réalité !
Je soufflai un coup et repris là où je m'étais arrêtée dans les formulaires. Je jetai un coup d'œil sur l'horloge bleue accrochée au mur. Seize heures quarante-cinq, soit trois heures et quinze minutes à attendre avant d'affronter les deux hommes.
Je pris mon mal en patience et réfléchis aux mille solutions d'annoncer à Jacob, que nous ne pouvions pas être ensemble. Quant à Edward, j'envisageai quelles seraient mes réponses à certaines de ses questions, car à mon avis, il n'était pas là, pour me déclarer sa flamme…
