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En début d'après-midi, un nouvel arrivant le coupa dans son élan.

« Mais c'est pas vrai ! Ce lieu est devenu populaire en à peine deux jours ? »

Il ouvrit cependant la porte, un chiffon encore dans les mains, rouge de colère.

Il se retrouva devant un Daniel aux cheveux mi-longs, qui avait à peine vieilli depuis la dernière fois qu'il l'avait vu.

« Hum... Je vous dérange peut-être ? Demanda-t-il en fixant le morceaux de tissu auquel Jack semblait tenir énormément. Ce dernier s'en sépara d'ailleurs plutôt gêné :

-Du ménage. Vous ne pouvez pas savoir combien de tonnes de poussière peuvent s'entreposer derrière le canapé.

Il ajouta à son propos un sourire niais, signe que son ami n'était pas tellement le bienvenu.

-Je vois...

Jack soupira, et s'effaça pour le laisser entrer :

-Une bière ? Proposa-t-il, essayant tant bien que mal se rendre agréable.

-Si ça ne vous dérange pas, je préfèrerais un café... Répondit l'archéologue en l'implorant du regard par dessus ses lunettes.

-Mouais, vous avez raison. Asseyez-vous.

Jack partit en quête d'un reste de liquide brunâtre qui flottait encore dans la cafetière. Il se demanda, l'espace de quelques secondes si il était encore buvable, mais servit quand même la mixture à son ami.

-Tenez, cru spécial. Lui lâcha-t-il en souriant niaisement.

Daniel s'empara de la tasse d'un air peu ragoûté, mais but quand même une gorgée histoire de faire plaisir à l'ex général.

-A la santé de Carter... Chuchota-t-il avec une grimace de dégoût.

-Oui enfin, elle n'en a plus tellement besoin.

-Non c'est vrai. Vous viendrez à l'enterrement ?

Jack eut l'air de comprendre un peu mieux la visite de Jackson :

-Aaaah voilà, je savais bien que vous ne veniez pas particulièrement pour me dire bonjour et goûter mon café ! S'exclama-t-il.

-Ça ne répond pas à ma question Jack.

-Non...

-Non vous ne venez pas, ou non ça ne répond pas à la question ?

-Les deux.

Daniel soupira, il savait déjà, bien avant de venir, que la tâche ne serait pas aisée. Il avait voulu prendre Teal'c avec lui pour essayer de le convaincre de venir inhumer leur amie, mais il était actuellement sur Chulak avec son fils. Et la seule personne à pouvoir réussir ce genre de mission était précisément celle qui n'en avait plus le pouvoir maintenant.

-Jack ! Vous étiez très proche, on le sait tous les deux !

-Oui, et je n'ai pas envie de revoir toute la haute société de ce pays.

-Elle aurait eu envie que vous veniez.

-Vous savez, elle m'a laissé une vidéo, eh bien croyez le ou pas mais elle ne m'a pas demandé d'aller à son enterrement !

Il était maintenant penché en avant, et sa voix avait doublé d'intensité. Daniel, lui, avait la bouche grande ouverte, risquant à tout moment d'avaler une mouche qui passait par là.

Il bégaya :

-Elle...Une vidéo ? Elle vous a laissé une vidéo ?

-Bah oui. Vous n'avez jamais tourné un film pour vos proches au cas où vous deviez mourir ?

Daniel fronça les sourcils :

-Pas que je me souvienne.

-Eh bien mettez-y vous, ça peut servir.

-J'y penserai... Laissa planer Daniel, sceptique, le regard perdu sur un point de l'air que lui seul pouvait percevoir.

Puis, secouant la tête, il reprit :

-Je peux savoir ce qu'elle disait dans cette « vidéo »?

Jack entrouvrit la bouche, prêt à parler, puis sembla se raviser.

-Eh bien... Elle disait que l'administratif lui pesait, que si je regardais le film c'est qu'elle était morte, et c'est tout...Enfin je crois, vous savez, avec Carter, il y a toujours des paroles que vous ne saisissez pas...

L'archéologue fronça les sourcils :

-C'est étrange, j'aurais juré qu'il y avait autre chose...

Jack se redressa brusquement, avec un air idiot :

-Ah oui ? Et quoi donc ?

-Écoutez Jack, je vais peut-être vous sembler dingue, mais cela me paraît bizarre cette mort accidentelle en vaisseau...

Une arcade sourcilière de O'Neill se leva, rappelant étrangement les manières d'un de ses proches amis jaffa :

-Moi aussi, mais croyez-vous qu'elle ait été assassinée ?

-C'est peu probable non, mais j'aimerais que vous veniez jeter un oeil à son corps quand on devra l'inhumer.

Jack devenait de plus en plus sceptique, ne sachant pas où se mettre, ni comment interpréter les hallucinations de Daniel.

-Hum... En clair, si j'ai bien compris, vous croyez que ce n'est pas Carter que l'on va devoir pleurer ?

Daniel eut l'air franchement surpris de l'esprit de déduction de son ancien supérieur, il leva la tête vers le plafond puis la laissa retomber, plantant par la même occasion ses yeux dans les siens :

-En gros oui.

Le regard de Jack se perdit dans la verdure qui bordait la fenêtre de son salon. Daniel avait l'air autant affecté que lui par l'histoire de la perte de leur amie, et il n'avait pas complètement tort quant à l'étrangeté des causes du décès. Mais qui leur disait qu'il n'étaient pas en train de devenir mabouls

tous les deux ?

Sa mâchoire se contracta plusieurs fois, de droite à gauche, puis de gauche à droite.

Comment se pourrait-il, si la vraie Carter n'avait pas péri dans l'accident, qu'une femme, lui ressemblant assez pour tromper ses proches, prenne sa place dans son cercueil ? Et quand bien même cela aurait pu être possible, où était Sam ? Celle qu'ils avaient toujours connu ?

-Vous me prenez pour un dingue. Affirma le jeune homme.

-Non... Laissa planer Jack.

-Non ? Répéta Daniel.

-Non je ne vous prends pas pour un dingue. J'aimerais croire à cette histoire de malade... Mais il y a trop de points obscurs.

Daniel sembla réfléchir, son ami n'avait pas tort, même si sa théorie, il en était sûr, était tout à fait du domaine du réaliste, il semblait impossible, avec ce qu'ils savaient, de comprendre l'histoire de leur amie. Puis, soudain, une idée le frappa de plein fouet, comme une évidence qui jusque là aurait eu le désir de se cacher :

-La vidéo ! S'exclama-t-il.

-Oui ?

-Il y a sûrement des indices sur cette vidéo ! Reprit-il.

-Attendez là ! Vous croyez que si jamais, et je dis bien « si jamais » elle était en vie, ce serait prémédité depuis belle lurette ?

-Euh non... Sam a fait changer certaines règles concernant la paperasse de la base depuis que vous l'avez mise à la tête du SG-C... Elle a...Avait à cœur de refaire toutes les formalités le plus souvent possible.

-Donc cette vidéo serait récente ?

-Relativement oui.

Ses yeux s'arrondirent, puis il souffla :

-Donc, elle aurait laissé ce « message », dans le but de me faire passer un... « Message » codé ?

-Oui en quelques sortes.

Jack se laissa retomber au fond de son fauteuil, et se massa les tempes :

-Daniel, vous vous rendez compte que vous êtes en train d'exploiter un vieil homme retraité en plein deuil, pour marcher dans vos grands délires ?

Daniel réfléchit, puis hocha la tête :

-Oui, mais vous êtes bien placé pour savoir que ce n'est pas un pur délire.

-C'est pas une raison Daniel !

Il soupira : Il était tombé bien bas ! Mais quelque chose en lui semblait vouloir qu'il s'accroche à quelque chose, ne serait-ce que la théorie de son ami, bien que tirée par les cheveux.

Soit, s'il devait tenir, autant que ce soit en restant actif.

-Écoutez Jack, je dois voir ce message, même sans le son je m'en fiche, elle vous a peut-être envoyé un signe !

Jack soupira :

-Écoutez à votre tour Daniel, c'est personnel, et je pense que s'il y avait eu quoi que ce soit à voir, croyez moi, je l'aurais vu !

Daniel le fixa, puis, ne pouvant plus refouler sa colère, se laissa aller à la douce chaleur de la férocité :

-JACK Je sais très bien ce qu'elle voulait vous dire en vous laissant cette vidéo, je sais qu'elle vous y étalait ses sentiments ! Et je sais aussi que vous êtes un idiot ! Vous avez attendu, et maintenant qu'elle n'est plus là, vous ne voulez même pas croire en un possible retour en arrière !

L'ex général souffla. Il réfléchit un moment, les yeux profondément plongés dans ceux de son visiteur, puis lâcha, en baissant la tête :

-Vous avez raison, je suis stupide, un piètre ami, et encore moins bon amant...

-Montrez-moi cette vidéo...S'il vous plait. L'implora l'archéologue avec un air de chien battu.

-Restez-là. »

Jack se perdit quelques secondes dans l'obscurité de sa cuisine pour revenir avec son PC qu'il posa entre lui et son ami sur la table basse. Il inséra la clé USB dans le lecteur et alla chercher le fichier vidéo qu'il ouvrit après avoir coupé le son.

Il alla s'asseoir sur la banquette, à côté de Daniel, et lança le film.

Pour une seconde fois, il vit avec émotion les larmes de celle qu'il aimait couler sur ses joues légèrement rosies, et encore une fois, son cœur se serra à l'idée de ne plus jamais la revoir.

Non, il fallait qu'il garde cette flamme, celle-là même qui s'affaiblissait à chaque secondes, mais que Jackson venait de raviver avec sa théorie quoique un peu osée.

Pris par les larmes, les deux hommes durent repasser le message plusieurs fois avant que Daniel ne pointe la main de Sam de son doigt :

« Ses mains !

Jack regarda attentivement l'image :

Si au premier coup d'œil, n'importe qui pouvait voir que leur amie triturait ses doigts sous le stress qu'elle subissait, un œil plus affiné, cherchant quelque chose de bien précis, voyait clairement ce qu'elle tramait :

-Elle signe ? Demanda Jack, un peu déstabilisé devant le nouveau don de sa subordonnée

-Oui... Enfin, c'est ce que je pense... Souffla Daniel au moins aussi étonné que son ami.

-C'est une de ses lois qu'elle a modifié ? Ironisa le retraité.

-Non... Mais si ça vous intéresse, je peux vous le traduire.

-Elle dit quoi ?

Daniel repassa plusieurs fois le film, avant de le regarder d'un air grave :

-Je ne sais pas ce qu'elle entendait par là, mais en tout cas c'est clair : « canne à pêche ». Déclara Daniel

- « canne à pêche » ? Cracha Jack d'un ton dédaigneux

-Oui, je pense que ça vous est directement adressé...

-Je n'aurais pas deviné. »

Ça y était, il était à bout de nerf. ELLE était morte, et il venait lui pourrir la journée avec une déduction insensée, l'interrompant dans son deuil pour lui dire que la décédée lui avait laissé un superbe message secret : « canne à pêche ».

Il sentait la colère monter en lui, et ce n'était pas l'envie qui lui manquait de jeter Daniel dehors, à coup de balais, voire même de P90 s'il en avait encore eut un.

« Ça suffit ! Cria-t-il

Daniel le regarda, effaré par la vive réaction de son ami.

-J'en ai plus que ras le bol de vos supposition à la noix! Vous vous fichez de moi à un point que je suis loin de supporter Daniel, et je vous ordonne de quitter immédiatement ce chalet, avant que je ne vous y force méchamment.

-Jack...? » Sans attendre aucune supplication de la part de son visiteur, l'ermite le souleva par le bras, et le reconduit jusqu'à la porte.

« C'est quand même sympa d'être passé Daniel » Jeta-t-il avant de claquer la porte violemment, comme si toute sa rage pouvait soudain disparaître au contact du bois brut.

Il souffla bruyamment, et se mit en quête d'une bouteille de bière brune, qu'il dénicha finalement assez rapidement derrière des conserves de sauce tomate.

Il s'installa sur son sofa, face à l'image de Sam qui était encore sur la petite table, des larmes rondes coulant du coin de son œil.

Soudain, c'était comme si tout le poids du monde était sur ses épaules. Il ne pourrait pas vivre avec ça, ce n'était pas possible, tout simplement.

Il finit par s'allonger, et les yeux perdus dans le bois qui tapissait le plafond, il revit les meilleurs moment de sa vie défiler dans son esprit, lente torture qui semblait vouloir l'achever. Il y avait eu son mariage, puis la naissance de son fils :

Charlie... Charlie, petit être chétif qui tenait de son père autant que de sa mère. La vue de ce petit garçon étendu sur la moquette, son arme de service posé à ses côtés, juste à la frontière de ses doigts fins de jeune garnement.

Sa mort lui avait donné des envies de suicide, que rien ni personne ne pourraient arrêter... Du moins était-ce ce qu'il pensait, jusqu'à cette mission sur Abydos, puis son affectation à SG-1 en tant que colonel...

Depuis lors, sa vie avait trouvé un nouveau sens : Il devait sauver la Terre et ses habitants de terribles menaces qu'ils n'étaient même pas capable de seulement imaginer.

Puis il avait rencontré Sam... Jeune astrophysicienne qui ne se laissait pas démonter. Il l'avait tout de suite apprécié, l'avait testée, mais définitivement : il était ravi de travailler avec elle.

Les dix années qui suivaient cette rencontre avaient de loin été les plus mouvementées et les plus « agréables » de sa vie. Il avait su quoi faire et quand le faire... Enfin presque : Il n'avait pas su à quel moment parler de ses sentiments, et finalement, il ne l'avait jamais fait : Elle était morte.

Stupidement qui plus est.

L'image de ses lèvres, si tendre, revint s'insinuer dans son esprit tourmenté.

Oui, il l'avait embrassée, plusieurs fois, mais elle ne s'en souvenait pas. Il avait fait ça dans des moments de pure folie, ou bien de désespoir...

Il n'avait jamais pensé, au moment où ses lèvres avaient effleuré doucement les siennes, du mal qu'il aurait pu ressentir si, comme aujourd'hui, elle disparaissait définitivement...

Il le regrettait.