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Il rouvrit les yeux. Il avait mal à la nuque, sûrement un traumatisme de sa longue nuit dehors additionnée à la sieste qu'il n'était même pas conscient d'avoir faite.
Son sommeil avait été lourd, sans rêve, noir... Il se posait deux question : « Est-ce cela que l'on ressent dans un trou noir ? » et « Est-ce le sommeil du défunt? ».
Sam était-elle condamnée à dormir dans un espace noir, sans même être consciente du sommeil qui l'engourdissait ? Il frissonna.
Il couvrit ses yeux de ses mains, et souffla, pour la énième fois de la journée.
Soudainement, un éclair de génie le fit sursauter : Elle ne lui avait pas laissé qu'une vidéo !
Il sauta sur son ordinateur, qui l'attendait toujours sagement à côté de lui, et ferma la fenêtre de visionnement à contre-cœur. Il aurait voulu garder son image gravée quelque part à portée de vue, pour la contempler à chaque fois que l'envie lui prendrait.
Il retourna donc aux dossiers de la clé, et retourna sous celui nommé par son prénom. Et là, il les revis: une photo et une lettre, enfin, en tout cas, un dossier de traitement de texte.
Il essaya d'ouvrir ce dernier, mais se heurta à un message lui demandant de rentrer le mot de passe.
Souriant à son génie nouveau, il rentra « canneàpêche » et appuya d'un geste pressé et plein d'espoir sur la touche entrer.
Deception, « Error invalid key ». Il soupira, et réessaya à plusieurs reprises : mots détachés, tous caractères détaché, sans accent... Pour finalement laisser tomber, le cœur lourd et incertain. Il essaya d'ouvrir le document photo, avec le même message lui redemandant le mot de passe. Sans trop d'espoir, il remit le même identifiant, et ferma les yeux en validant.
« Bingo! » Cria-t-il en rouvrant les yeux pour voir qu'un chargement s'effectuait.
C'est le souffle coupé qu'il vit une photo qui ne lui était pas inconnue s'afficher sur son écran.
Elle souriait, visiblement plus heureuse que jamais. La femme la plus heureuse du monde, dans les bras de l'homme le plus heureux de l'univers.
Cette photo, il l'avait déjà vu dans la chambre de la Sam O'Neill qu'il avait rencontré très longtemps auparavant, quand elle avait cherché à se réfugier dans leur réalité pour fuir une invasion dans la sienne.
Dans cette réalité alternée là, ils étaient mariés, mais lui était mort tout juste un an après leur noces...
Il caressa l'écran de son pouce, passant sur les longs cheveux blonds de sa « femme » et un léger sourire s'afficha au coin de ses lèvres. Il imaginait le bonheur qu'avait dû ressentir ce Jack O'Neill là, sur cette photo, en tenant par la taille sa merveilleuse femme dont le sourire éblouissait l'homme faible qu'il était.
Oui, il aurait aimé lui passer la bague au doigt, et l'appeler Madame Jack O'Neill... Ou même rien que pouvoir se réveiller le matin à ses côtés, et se coucher le soir au creux de ses bras, la tête sur son ventre nu et frissonnant au contact de leur peau.
Mais il avait attendu... longtemps, trop longtemps.
Il contempla l'image. Il aurait voulu l'imprimer, et frimer devant les quelques personnes qui arrivaient parfois à s'introduire chez lui, en leur vantant l'immense valeur de sa femme.
Il savait qu'il avait une imprimante quelque part, il s'en souvenait, mais il n'avait aucune idée de l'endroit où il avait pu la mettre !
Il chercha donc parmi toutes les affaires qu'il n'avait pas eu ni le temps, ni le courage de jeter, et ce n'est qu'en fin d'après-midi qu'il finit par trouver, sous un amas impressionnant de poussière, une vieille Epson qu'il réussit tant bien que mal à brancher sur son portable, désormais à bout de sa batterie « autonome ». Encore quelque chose que sa Sam aurait pu faire en moins de deux, mais que lui n'apprendrait jamais.
Il fallait maintenant qu'il trouve du papier photo. Encore une chose qu'il savait avoir... quelque part...
A bout de nerfs, il décida de sortir et rouler jusqu'à l'épicerie du patelin dans laquelle il avait déjà vu un rayon assez impressionnant de matériel photo.
Il saisit donc sa veste, attrapa ses clés de voiture, et sortit sous les nuages qui semblaient ne plus avoir de larmes à verser.
Il rentra dans son 4x4 et alluma sa radio par réflexe.
La chaîne sur laquelle il était branché passait un vieux tube des Beatles, le fameux « Baby you can drive my car » .
Il sifflota sur la route de campagne caillouteuse qui le menait au petit village, ne pensant plus à rien, laissant la musique le posséder.
Il gara son véhicule sur le parking de l'épicerie, et éteignit le poste. A cette heure-ci, la boutique était déserte, et le gérant s'était lancé dans une partie effrénée de « Medal of honor » sur sa console portative. Le carillon de la porte ne sembla le déranger plus que ça. Haussant les épaules, Jack fila directement au rayon qui l'intéressait et prit le dernier paquet de feuille photo qui restait dans l'étalage pour photographes.
Il revint à la caisse, où le jeune homme, de petite taille mais de forte corpulence continuait de hurler des mots tout droit venus d'un allemand approximatif qui avait quelque chose de pitoyable.
Il se racla la gorge, et le jeune homme fronça les sourcils, en lui lâchant un « faites la queue comme tout le monde » que Jack interpréta comme une invitation à prendre le chemin de la porte.
Ce qu'il fit en laissant le montant de son achat sur le comptoir, plus quelques centimes. « Pour vos cours d'allemand ».
Le joueur ne leva même pas la tête de sa console, et il partit sans même une politesse.
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« Saleté d'informatique » Grogna Jack en essayant désespérément de faire fonctionner l'imprimante poussiéreuse qu'il avait néanmoins réussi à brancher et a allumer.
Son problème n'était pas de lancer l'impression, mais plus de cadrer correctement la photo de son « mariage », pour qu'elle rentre exactement sur la feuille, au milieu, et entière, au bon format.
Après presque une heure de rude bataille rangée, lui derrière son clavier, l'imprimante de son côté à l'autre bout de la table, ronronnant, le narguant presque textuellement avec ses messages d'erreur constants, il sortit victorieux de son entreprise.
Fier de lui, il brandit la photo tant désirée à bout de bras, admirant le papier brillant sur lequel les derniers lambeaux d'un bonheur qui aurait pu être sien scintillaient encore.
« Prochaine mission, trouver un cadre ad hoc pour la chambre… Ou le salon… Oh et puis, trouver un cadre »
Il fouilla donc son chalet de fond en comble, pour finir assis sur le sofa, les coudes sur les genoux, la tête baissée sur le fameux cadre. Seulement sa photo n'y était pas encore. A sa place, s'était une photo de lui et son ex-femme… Ils avaient l'air tout aussi heureux que le deuxième couple posé à côté de lui, mais il devait se faire à l'idée que ce temps là était terminé, et encore plus ancien que Samantha.
Dur duel pour le vieil homme qui ne voulait pas faire une croix sur son passé d'homme comblé… Il finit par balayer toutes ses incertitudes au sujet de sa vie amoureuse : Il recouvrit la vieille photo par celle du couple « Carter-O'Neill ».
Il reposa le cadre sur la table basse et alluma la télévision, avec dans l'idée de se divertir.
Même ses fidèles amis les Simpson ne lui furent pas d'une grande utilité, et il finit par piquer du nez, moins d'un quart d'heure plus tard.
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Il fut sorti de son sommeil par le heurtoir de l'entrée, qui eut pour effet de le mettre de plus mauvaise humeur encore qu'il ne l'était déjà.
« Encooore » Râla-t-il en passant une main dans ses cheveux tout en se levant pour aller ouvrir.
Son premier réflexe, en voyant la tête de son visiteur, fut de se frotter les yeux. Il n'y croyait pas ! Ce n'était pas possible ! Cela faisait une éternité qu'il s'était fait à l'idée de ne plus jamais revoir le général Hammond, et pourtant, il était là, sur le pas de sa porte, avec un pack de Guinness et des pizzas.
« Mon général ? S'étouffa-t-il
- Oh Jack, laissez tomber le « Général », ça fait des années que je ne le suis plus ! Râla Georges.
- Euh oui, évidemment, mais euh… Entrez Georges. Jack s'effaça pour le laisser entrer dans son humble demeure, ce qu'il fit avant de désigner le repas qu'il avait apporté :
- Je vous ai emmené le dîner. Je suppose que vous avez besoin d'un peu de compagnie… »
La phrase était pleine de sous-entendus, et l'ermite ne chercha même pas à en discuter, il lui fit signe de s'asseoir sur le vieux sofa qui depuis quelques jours, semblait avoir repris son activité d'assise pour d'éventuels visiteurs qui s'étaient faits très rares en huit ans.
Jack débarrassa la table du matériel informatique qui y régnait en maître, mais n'eut pas le temps de cacher où que ce soit la photo qu'il venait d'imprimer, chose que remarqua Hammond :
« Comment avez-vous eu cette photo ? Lui demanda-t-il en lui tendant une bouteille de bière.
Jack passa une main dans ses cheveux, gêné que son ex-supérieur ait pu voir son comportement puéril d'adolescent prit en faute.
- C'est vraiment la première question qui vous vient à l'esprit ?
Georges haussa les épaules alors qu'un léger « psht » annonçait une décapsulation imminente :
- Disons qu'une autre aurait été déplacée.
- C'est vrai… Eh bien je vais répondre franchement : elle était sur la clé USB qui m'était adressée en cas de décès.
Hammond se cala dans le dossier du canapé, et baissa la tête, en appuyant ses coudes sur ses genoux :
- J'imagine que le général Carter n'a pas eu le courage de venir vous voir avant l'accident… »
A cette déclaration, Jack resta muet. Il était apparemment le seul à qui on ait omis de lui dire que la jeune astrophysicienne avait des sentiments pour lui !
Cela ne lui plaisait pas plus que ça, mais il devait bien avouer que le fait que ce soit devenu publique l'arrangeait : Il n'avait pas à tout justifier par lui-même, c'était un soulagement.
« Non, et je ne l'en blâme pas, c'était à moi de le faire, et je n'ai pas fait un seul pas vers elle.
Il bût une gorgée au goulot de sa bouteille, alors que Georges le fixait :
- Ne vous en veuillez pas Jack, je me sens plus coupable que les autres.
- Tiens donc ! C'est vous qui avez écrit la loi de non-fraternisation qui est à « je-ne-sais-plus-trop-quelle-page-du-règlement » ?
Georges secoua la tête, insensible à la plaisanterie de son ami :
- Je ne me sens pas l'âme d'un grand écrivain de règlement, surtout pour écrire des choses aussi stupides, mais j'aurais pu vous donner un coup de pouce en vous couvrant auprès de mes supérieurs.
Jack s'assit en face de lui dans le fauteuil, et soupira :
- Ce qui est fait est fait, vous n'y pouviez rien, nous avions signé ce fichu règlement avant même de rentrer au SG-C, alors ne culpabilisez pas. S'il vous plait. Et puis, on a des pizzas… Argumenta-t-il fébrilement.
- C'est vrai, mangeons tant que c'est chaud… »
En se frottant les mains, Jack approcha de lui les emballages en carton, qu'il ouvrit, pour découvrir deux trois fromages.
« Beaucoup de choix ! » S'exclama-t-il bêtement.
La soirée prit une tournure agréable, et les deux hommes abandonnèrent leur discussion sur la mort de leur vieille amie, préférant de loin commenter les derniers matchs de hockey.
