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Jack avait ramené Vala chez elle en lui demandent de transmettre ses excuses les plus sincères à Mitchell pour son pari. Il roulait maintenant droit vers la zone 51. Une idée avait germée dans son esprit pendant qu'ils discutaient, et il avait bien envie de « prendre des nouvelles » de l'agent Barrett…

Le miroir, c'était la clé, et il ne l'avait même pas imaginé une seule seconde. Alors que la solution était sous ses yeux depuis le début !

Le miroir quantique, merveilleuse invention qui s'avérait très utile quand il s'agissait de se cacher dans une autre réalité alternative… Oui, très belle invention que Carter avait du savoir copier, après des années de recherches intense… Mais pourquoi ? Était-il possible qu'elle ait changé de route pour lui ? Pour pouvoir changer son existence et enfin l'avoir pour elle toute seule ?

Elle le possédait déjà, complètement, son esprit, son cœur, même son corps… Il aurait été prêt si elle avait voulu… L'avait-elle voulu ?

Pourquoi n'avait-il pas fait le premier pas ? Il la désirait pourtant plus que n'importe qui, ou n'importe quoi. Peut lui importait son avenir à lui, elle le hantait, nuit et jour, il revoyait son visage dès qu'il fermait les yeux, il la voyait partout, jusque dans les coins de rue les plus sombres, elle l'observait. Sa voix retentissait quand il se sentait seul, histoire de lui faire la conversation…

Une sorte d'ange gardien…

A la différence qu'il pouvait sentir sa peau sous ses doigts dans ses rêves, tellement réels qu'ils se demandait presque si c'était réellement le fruit de son imagination peu développée… Et pourtant.

Elle était vivante…

Elle était quelque part, dans une autre réalité…

Soudain, une lueur l'aveugla, et il eut juste le temps de faire virer son volant pour éviter un camion qui arrivait droit en face, prêt à lui rentrer dedans…

Son esprit l'avait égaré de la route qu'il faisait, et il s'était retrouvé complètement sur la file de gauche.

Après s'être remis sur la bonne voie, il eut des frissons :

Et si Sam avait décidé de partir pour une autre réalité où elle pouvait avoir son propre Jack ? Si en ce moment même, un autre Jack O'Neill, quelque part, pouvait caresser sa joue, jouer avec la fine peau de son cou ? Si elle avait trouvé le bonheur qu'il n'avait pas su lui procurer ?

Il chassa cette idée de son pauvre cerveau décharné, c'était trop de torture en une semaine. Il la retrouverait, quoi qu'il arrive, et il rattraperait tout ce temps perdu en espérance et déceptions. Il lui montrerait qu'elle pouvait lui faire confiance, lui ouvrir son cœur et ses bras . Oui, il la rendrait heureuse, c'était pour lui une promesse, et il tenait toujours ses promesses, quoi qu'il arrive.

Il se mentait, il y avait une promesse qu'il n'avait pas honorée, celle d'être toujours là pour elle… Mais il allait se rattraper, et elle serait la plus heureuse des femmes, c'était ce qu'il voulait, au plus profond de lui même.

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« Monsieur ? Que puis-je faire pour vous ? » La secrétaire qui gérait les entrées était jeune, et Jack ne l'avait jamais vue. Il lui restait une demi-seconde environ pour inventer et éventuellement peaufiner son personnage avant que la jeune femme ne le trouve suspect...

« Bonjour, je suis le sergent Walter Harriman, du SG-C... »

Ce n'était pas beau de voler l'identité d'un ancien subordonné, mais au grand mot les grands remèdes, et puis ce n'était qu'un emprunt, pour une bonne cause.

« Oui, et vous voulez ? »

La secrétaire semblait se rincer l'orteil de savoir à qui elle avait à faire, mais la raison l'intéressait visiblement au plus haut point.

« Il faudrait que je voies l'agent Barrett, au plus vite.

-C'est à quel sujet ? »

Au bord de l'exaspération, il se demanda s'il n'aurait pas mieux fait de se faire passer pour un livreur de chez 'Pizza hut'... Mais ce n'était peut-être pas tellement le moment de jouer à ce petit jeu.

« Je dois absolument lui parler, c'est un ami, et son chien vient de mourir...

-Oh... Pauvre bête... Je suis désolée, mais l'agent Barrett a du s'absenter pour l'après-midi... »

Jack eut le plus grand mal à se retenir de lever les yeux au ciel. Bon sang ! Il était à l'accueil de la zone 51 ! Le département le plus secret et sécurisé du monde, et il avait en face de lui une jeune écervelée qui gobait son histoire, et ne lui demandait même pas son pass...

Dans quel monde vivait-il ? Devait-il se pincer ?

Il fouilla sa poche pour y trouver un morceau de papier plié en quatre, qu'il tendit à la jeune femme avec une moue de désolation.

« Pourriez-vous poser ceci dans son bureau ? C'est très urgent. »

Jack la regarda acquiescer vivement, et partie s'acquitter de sa tâche, avec le prospectus annonçant la baisse des prix de l'abonnement mensuel au club de gym de Colorado springs. Prospectus qu'il avait récolté au niveau d'un feu rouge sur l'aller.

Un sourire satisfait collé aux lèvres, il se pencha au dessus du bureau, et attrapa le registre des visiteurs.

Si ses souvenirs étaient intacts, et si la disposition des lieux n'avaient pas changé, le miroir quantique était au niveau -4...

Il n'eut pas à chercher longtemps : Toutes les semaines, et sur une durée impressionnante par sa longueur, la signature de son ancien second était apposée, témoignant de son passage en salle 508, niveau -4...

Il reposa le carnet, et ressortit, heureux d'avoir enfin un petit morceau de piste... Et surtout d'avoir eu une idée un tant soit peu constructive.

Il remonta dans son 4x4 est resta assis un moment sur son siège, la porte ouverte, avant de se décider à démarrer.

Le problème était là maintenant : Qu'allait-il faire ? Ou plutôt : Que devait-il faire ? Qu'est-ce que Sam voulait de lui qu'il fasse désormais ?

Qu'avait-il de plus à faire ici dans le Colorado ? Devait-il seulement y être ? Ce n'était même pas sûr, et pourtant, il était bel et bien là.

Il roula un moment avant de stopper son véhicule dans une petite rue presque déserte du centre de Colorado Springs. Et son regard se posa sur la devanture du bâtiment devant lequel il stationnait à présent : La banque nationale.

Cette histoire le taraudait. Il était encore dans la brume, brume d'incertitude, car jamais Sam n'aurait abandonné Cassandra. Elle ne l'avait pas laissé seule le jour où, à à peine neuf ans, elle avait failli mourir, causant une explosion à laquelle ni elle, ni sa bienfaitrice n'aurait survécu.

Mais Sam était restée. Elle était aussi resté toutes les fois où la jeune fille avait eu besoin d'elle. Notamment à la mort de sa mère adoptive…Janet…

Celle-ci lui avait ouvert un compte à la banque nationale à peine quelques semaines avant de mourir au champs d'honneur.

Il s'en souvenait car l'infirmière lui avait demandé conseil au sujet du choix de la banque. Elle avait voulu savoir qu'elle était la meilleure option d'épargne pour une adolescente comme sa fille.

Jack en avait aussi un peu discuté à la mort de Fraiser, quand Sam lui avait fait part de ses inquiétudes.

Ce jour-là, elle s'était laissée tomber sur la chaise qui faisait face à la table du mess où était assis son supérieur. Celui-ci avait relevé la tête de son assiette de petit pois avec lesquels il jouait du bout de sa fourchette, pour trouver une Samantha défigurée par la fatigue morale qu'elle semblait éprouver.

« Major… Avait-il lâché en comprenant qu'elle ne parlerait pas sans cela.

- Je ne sais pas quoi faire »

Jack n'avait d'abord pas compris. L'aveu de Sam l'avait déstabilisé, et il se demanda s'il aurait l'air aussi idiot en tombant de sa chaise qu'en restant immobile, les sourcils levés à la Teal'c, et la bouche entrouverte.

Il opta finalement pour la deuxième solution, qui était sans doute la plus réaliste, et surtout la moins douloureuse des deux qui s'offraient à son esprit.

Ce n'était pas les occupations qui manquaient au SG-C pour une scientifique de la trempe de Sam. Et ce n'était pas dans le genre de celle-ci de se plaindre d'un manque d'activité quasi-inexistant !

Puis voyant sûrement qu'il sombrait en plein océan de doutes et d'interrogations bien éloignées de sa réalité, elle avait repris :

« C'est Cassandra… Maintenant que Janet n'est plus là, je ne veux pas la laisser seule, ni sans moyens d'ailleurs… J'avais bien envisagé de la faire s'installer chez moi, mais elle persiste à me dire qu'elle va bien, et qu'elle peut gérer la maison et ses études toute seule… »

Elle avait posé sa tête entre ses mains, penchée sur la table, gagnée par l'abattement.

Le colonel avait laissé tomber sa fourchette sur le bord de son plateau. Ces petit-pois étaient décidément infects, et il n'hésiterait pas à envoyer un mémo à Hammond pour lui demander d'en toucher deux mots au chef cuisinier !

Il posa sa main sur le bras de son amie qui releva la tête pour le regarder.

« Je suis sûr qu'elle va s'en sortir. Cassandra est une jeune fille forte, tout aussi courageuse qu'il y a dix ans. Vous vous souvenez ?

Elle avait hoché la tête.

- De plus… il lui tendit la coupe de jelly bleue qu'il avait du prendre au self, seule rescapée de la brigade dessert à l'heure tardive à laquelle il était arrivé, et elle s'en empara d'un geste peu décidé… Elle a un compte bancaire que j'ai un peu approvisionné après l'enterrement de Janet. Si elle s'en sort bien, elle pourrait tenir jusqu'à noël, quand je lui ferai un nouveau chèque. »

Les yeux de Sam s'étaient soudain mis à briller, et elle avait planté la cuillère de Jack, qu'elle venait d'attraper sur son plateau, dans la gelée en souriant.

"Vous faites ça vous ? Et moi qui ne savait même pas qu'elle avait un compte bancaire à son nom !" S'exclama-t-elle en esquissant un sourire.

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Il sortit donc de sa voiture pour entrer dans la banque, nettement moins déserte que la rue qui lui servait d'adresse.

C'était comme si tous les passants s'étaient arrêtés pour s'abriter d'une pluie qu'il n'avait pas remarqué, étant donné que le ciel était d'une bleu presque aussi profond que celui des yeux de Sam, et que le soleil s'amusait à brûler la peau des gens qui, comme Jack, vagabondaient dehors en tee-shirt léger.

Il trouva finalement un guichet qui semblait peu attirer les 'touristes', et ce fut celui-là qu'il choisit :

« Bonjour j'aimerais avoir, si c'est possible, un relevé de compte. Déblatéra-t-il à la guichetière.

-Oui bien sûr. Avez vous un RIB sur vous ? »

C'est là qu'il se frottait à un problème plus épineux :

Il n'avait plus de prospectus pour le club de gym…Et une petite voix ressemblant étrangement à celle de Sam, quelque part dans son esprit lui souffla que même s'il en avait eu un en réserve, la banquière ne se serait pas laisser berner aussi facilement que la secrétaire de la zone 51… Le monde tournait décidément vraiment à l'envers.

« En réalité, je vais vous exposer les faits clairement… La responsable légale d'une jeune femme qui a un compte chez vous vient de décéder, et je suis l'unique 'parent' qui lui reste, et j'aimerais pouvoir subvenir à ses besoins avant de partir en voyage en Europe. »

Derrière ses lunettes rondes, la quadragénaire sembla peser le pour et le contre qu'elle pouvait trouver à lui donner accès à des informations aussi confidentielles.

Et pourtant, à la zone 51, il n'aurait eu aucun problème à avoir accès à tout ce qu'il voulait… Du moins, c'était ce qu'il pensait après avoir pu feuilleter le registre aussi facilement qu'il parcourait le journal…

« Il me faudrait votre carte d'identité, et si vous comptez faire un virement, votre carte bancaire. Puis-je vous demander le nom de la propriétaire du compte courant ?

-Évidemment : Cassandra Fraiser. »

Pendant que 'Lydia' (c'était ce qu'affichait son porte-nom), frappait rageusement son clavier pour chercher les informations correspondantes, Jack fouilla sa poche de veste pour en retirer les deux cartes qu'elle lui avait demandé.

« Voilà. » Lui déclara-t-il en lui tendant les morceaux de plastiques.

Elle s'empara des cartes et vérifia la carte d'identité de laquelle elle nota le numéro sur un registre, avant de lire le nom.

« Jonathan O'Neill… Oui, là, juste après Cassandra et Janet Fraiser et Samantha Carter.

-Je crois que vous pouvez désormais me mettre en deuxième position, Janet est décédée il y a plus de quinze ans, et Sam il y a trois jours…

- Toutes mes condoléances. Composez votre numéro de carte s'il vous plait. »

La guichetière semblait très peu peinée par la nouvelle, ce qui n'étonna pas le moins du monde Jack qui avait l'habitude de rencontrer autant de gens aussi attachés au bonheur de leur clients. Un véritable plaisir d'aller faire ses courses au supermarché du coin par exemple…

Il composa son code 'A l'abri des regards indiscrets' sur la machine que lui tendit la banquière, et osa enfin poser la question :

« Est-ce qu'un dépôt a été effectué sur ce compte récemment ? »

Les yeux de la brune passèrent de la main de Jack, encore sur les touches, à son ordinateur, et elle déclara :

« Oui, 50 000$ il y a un peu plus de deux semaines depuis le compte de Mlle Carter. Combien voulez-vous transférer ? »

Alors c'était bien réel… Sam avait tout prévu… Elle avait réussi à reconstituer un miroir quantique sur le modèle de celui qu'avait trouva Daniel, transféré cinquante milles dollars sur le compte de Cassandra pour qu'elle puisse continuer à vivre convenablement, laissé sur clé son petit jeu de piste pour qu'il puisse la retrouver, et avait quitté cette réalité sans même se retourner… En laissant un clone qu'elle avait peut-être elle-même créée à son image pour simuler sa mort… Cela dit, elle aurait pu trouver une mort plus convaincante qu'un accident en vaisseau spatial… Ça aurait été plus réaliste de simuler une crise cardiaque, une rupture d'anévrisme, ou bien d'autres causes de mort plus ou moins naturelles !

« Monsieur ? »

Jack redescendit enfin sur Terre. Il en avait oublié la guichetière qui le regardait avec un air inquiet, se demandant si elle devait signaler un quelconque problème médical concernant son client.

« Euh oui, excusez-moi, c'est cette chaleur… Pareil… 50 000$ seront parfaits merci. »