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Plus rien ne l'empêchait désormais de siffloter, de chantonner, de rire et sautiller, sauf peut-être le peu de fierté et d'honneur qui lui restait évidemment…

Il regagna son 4x4 et démarra en trombe, prêt à retourner dans le Minnesota, où un miroir l'attendait encore.

Il fut bien tenté de passer chez Carter, histoire de prendre quelques photos, ou bien quelques objets qui auraient éventuellement pu l'en rapprocher, mais ce n'était pas la peine. Collecter des souvenirs, c'était en quelques sorte accepter la disparition de la jeune femme or elle était seulement réfugiée dans une autre réalité. Il venait d'en avoir la preuve.

Il avait donc renoncé à pénétrer dans l'intimité de Sam, et par la même occasion d'entrer chez elle par effraction, car elle n'était sûrement pas partie en laissant la porte ouverte, c'était une évidence.

Incident clos, Jack alluma sa radio, et régla approximativement l'onde sur une station qu'il pouvait à peu près capter correctement.

Il tomba sur un vieux tube des Eagles 'Hotel California'. C'était un titre qu'il aimait bien, sans plus, mais qu'il laissa tout de même, ne pouvant pas se faire au silence ambiant de l'habitacle qui le poussait fortement à se mettre à penser.

Il ne fallait pas qu'il pense. 'Trop de réflexion tue la réflexion' Telle était sa devise. Devise qu'il s'autorisait à modifier en n'importe quelle autre phrase du même style :

'Trop de science tue la science' restait l'une de ses favorites.

Ce fut donc en arrêtant de penser qu'il prit la route vers le Minnesota, et ce chalet qui l'attendait, perdu au beau milieu des bois de conifères.

Du moins, il y était décidé jusqu'au moment où il se remit à réfléchir, et stoppa le poste radio.

Évidemment, il avait la confirmation que Sam était vivante, mais il ne savait toujours pas comment la retrouver…

Et il pensait maintenant à Daniel. Après tout, c'était bien lui qui lui avait mis l'idée en tête que leur amie commune était toujours en vie, et toujours lui qui lui avait livré le mot de passe pour la photo… Il devait bien l'avouer, même si sa fierté en prenait encore un coup, qu'il n'aurait jamais trouvé sans lui. Il ne signait de toute façon pas, à part pour donner des ordres quand il était encore dans l'Air Force.

Il tourna donc au carrefour qui le séparait de l'autoroute menant droit au Minnesota, pour se retrouver devant l'immeuble de Daniel, ne sachant même pas s'il y habitait encore.

Mais quand il aperçut, bien au dessus de lui, une silhouette féminine qu'il connaissait bien, appuyée contre la rambarde du balcon, il n'hésita plus.

Il gara son véhicule devant les portes du bâtiment, et descendit pour gravir quatre à quatre les escaliers le menant à l'appartement de l'archéologue.

Son entraînement militaire n'ayant pas fait ses preuves depuis pas mal d'années à présent, c'est essoufflé qu'il s'arrêta au troisième étage, les mains sur les genoux, essayant tant bien que mal de reprendre une respiration régulière.

Il y parvint finalement au bout de trois longues minutes, et il s'avança jusqu'à la porte qu'il se souvenait être celle de Daniel.

Tout de même un peu hésitant à s'apprêter à demander de l'aide à son vieil ami, il frappa tout de même, et attendit patiemment qu'on vienne lui ouvrir.

Quand la porte s'ouvrit, Jack ne pût que rester sur le tapis, déstabilisé par la personne qui venait d'apparaître : En face de lui se tenait une Vala en robe décontractée de lin bleu ciel, souriante, les cheveux tenus par une pince sur l'arrière de sa tête, comme si elle allait à la plage.

« Re-bonjour Jack. Si vous venez pour votre part, Cameron ne m'a pas encore payée… Mais je compte bien lui réclamer mon dû dès que je peux ! » Affirma-t-elle.

Elle entrouvrit la porte pour le laisser entrer :

« Cependant, je peux bien vous offrir un café… Ou une bière… Enfin j'aurais pu, mais Daniel ne buvant pas d'alcool, nous n'en avons pas… »

Jack réalisa que c'était une invitation à entrer, ce qu'il fit avant que la jeune femme ne ferme la porte.

Daniel choisit ce moment pour apparaître, les lunettes à la main, sortant de ce qui devait être son bureau… A moins que… Non, à en juger par le petit garçon d'approximativement cinq ans qui sortit à la suite de l'archéologue, ce devait en réalité être une chambre d'enfant.

« Jack, s'exclama-t-il avant de reprendre, voyant que Jack restait cois :

Vous êtes tout pardonné pour m'avoir mis à la porte il y a deux jours, ne vous inquiétez pas. »

Le petit garçonnet, ressemblant comme deux gouttes d'eau à Jackson alla s'accrocher à la robe de Vala, enfouissant sa tête dans le pli du tissu.

Jack secoua la tête, se focalisa sur Daniel, et tenta de s'excuser :

« Je…euh… Désolé, je suis quelques peu 'aigri' depuis mon départ en retraite, c'est le fait de m'être retiré de la 'société'…Et puis, l'annonce de la mort de Carter… Enfin… Euh… Son ami l'arrêta de la main en secouant la tête à la négative :

- Ça ne fait rien, ne vous inquiétez pas. Asseyez-vous. » Lui demanda-t-il en lui montrant le sofa sur lequel s'étalaient des jouets de tous genres appartenant vraisemblablement au gamin que Jack avait entraperçu, mais qui maintenant avait totalement disparu derrière Vala.

Le retraité obéit, imité par Daniel qui tourna la tête vers la seule extra-terrestre de la pièce :

« Chérie, tu crois que tu pourrais nous faire du café ? »

Vala hocha la tête, et se réfugia à la kitchenette, suivie comme par son ombre par le garçonnet qui n'avait décidément pas l'envie de quitter sa protectrice.

Jack ne trouvait plus ses mots, il ne savait pas par où commencer.

Il tenta donc de se faire comprendre par des gestes, montrant de la main Vala, puis Daniel, assis en face de lui.

« Sept ans. Conclut ce dernier en souriant face à la mine effarée de son ami.

Jack bafouilla :

- Mais euh… Et la loi de… Enfin…

- Non fraternisation ? Je ne suis que consultant Jack. Le règlement ne s'applique qu'aux soldats vous vous souvenez ? »

Le vieil ermite jugea préférable de refermer sa bouche, ayant peur de gober une mouche qui aurait de fâcheuses tendances kamikazes, et acquiesça. Il avait raison, il n'avait plus en tête le fait que Daniel ne soit que consultant en tant qu'archéologue diplômé.

« Et Carter ? Laissa-t-il planer.

- Elle a approuvé le mariage, c'était la demoiselle d'honneur de Vala.

- Ah oui… Évidemment… Vous êtes donc mariés… »

Ce fût à l'heureux époux de rester complètement perdu face à la déduction de son ami.

Il ferma les yeux quelques instants, repassant les deux minutes précédentes dans son esprit, cherchant silencieusement le moment durant lequel Jack avait pu décrocher, sans pour autant le trouver.

« Euh… Oui. » Se contenta-t-il de dire.

Mettant fin au moment de gêne mutuel des deux hommes, Vala revint avec un plateau de petits gâteaux accompagnés de deux tasses fumantes dans lesquelles un liquide d'une noirceur record flottait doucement.

« Merci pour le faire-part. Se contenta de dire Jack, sortant brusquement de ses réflexions.

- Nous y avons pensé, seulement nous n'avions aucun moyen de vous joindre. Répondit du tac au tac la jeune femme en prenant place sur les genoux de son mari.

- C'est vrai… Admit le visiteur en s'emparant de la tasse qu'elle lui tendait.

- Et lui ? Reprit-il en désignant du menton l'enfant qui semblait penser que personne ne remarquerait l'absence d'une des galettes posées sur la table basse.

- Notre fils, Adrian. Lui indiqua la jeune mère en couvant sa progéniture d'un regard plein d'amour.

- Très original. Laissa tomber Jack en faisant allusion au prénom qui ressemblait fortement à celui d'une jeune fille dont il avait, à une époque, beaucoup entendu parler.

- Adrian Jacob Jack Jackson. Énonça Daniel en prenant sa femme dans ses bras.

- Ça fait beaucoup de Jack… Apprécia l'ancien général.

- Je suppose que si vous êtes ici, ce n'est pas pour prendre de nos nouvelles… Vous me croyez quand je vous dis que je suis sûr que Sam est vivante quelque part n'est-ce pas ? Demanda Daniel. »

Ils y étaient… Toutes les paroles qui avaient été prononcées avant cette remarques étaient futiles, seulement là pour combler les dix années d'absence de dialogue entre les deux hommes. Mais cette fois-ci, la discussion venait de prendre un sens.

« Elle a réussi à reproduire un miroir quantique. Lâcha Jack. »

L'aveu eut l'effet d'un coup de fouet pour Daniel qui ouvrit des yeux effarés, et ne put se retenir d'avancer la tête exagérément vers l'avant, rappelant étrangement une autruche, et il se mordit la lèvre inférieure, la rendant blanche.

« Que… Enfin… Ce n'est pas possible, il est au niveau le plus sécurisé de la zone la plus sécurisée de la planète ! S'étrangla-t-il.

- Le grade de général présente quelques avantages non-négligeables…expliqua Jack… Et cela m'aurait étonné de Carter qu'elle se serve de ces avantages pour autre chose que la recherche scientifique.

- Mais enfin, comment en êtes vous arrivé à cette conclusion ? Demanda Vala en fronçant les sourcils.

- Il m'a fallu du temps, mais si vous voulez tout savoir, j'ai reçu un miroir le lendemain de la 'mort' de Carter.

- LE miroir quantique ? »

Sur ce coup là, la voix de Jackson avait totalement déraillé, partant dans des aigus atroces, et poussa Jack à lever un sourcil interrogateur, sur le modèle tant recopié de Teal'c, avant qu'il ne rétorque :

« Nan, celui-là il est encore au niveau –4, j'ai vérifié. Seulement j'ai aussi vérifié les registres d'entrées de la zone 51 : Carter s'y rendait depuis une éternité. Et devinez en quelle salle…

-N-4S508. Compléta l'archéologue venant subitement de comprendre toute la démarche de son amie.

- Dans le mile petit scarabée. »

Daniel n'en revenait pas : L'amour que portait Sam à Jack était tel qu'il l'avait poussée à frauder en menant ses propres recherches sur une technologie avancée pour s'isoler dans une réalité alternée et envoyer une copie du miroir à O'Neill en espérant qu'il la rejoigne un jour.

C'était un plan ingénieux, et pourtant complètement saugrenu compte tenu de la simplicité que lui aurait permis un simple aller-retour dans le Minnesota pour mettre les points sur les I au sujet des sentiments qu'elle entretenait à son égard… Et pourtant, elle avait préféré mettre sa carrière en danger pendant plusieurs années de recherches pour finalement disparaître, sans certitude aucune de retrouver un jour son ancien supérieur…

Il réfléchit un moment, tentant de se rappeler d'une éventuelle mission pendant laquelle son amie aurait prit un vilain coup sur la tête, mais rien ne lui venant à l'esprit, il en déduisit qu'il n'y avait rien à comprendre, elle avait fait son choix, qui semblait être mûrement réfléchi.

Il respectait cette décision, mais pensait être assez poche de Sam pour qu'elle lui fasse part de ses projet, mais ça n'était apparemment pas le cas.

« Et vous venez parce que vous ne savez pas comment faire fonctionner le miroir. » Conclut-il en soupirant.

« Oui… » Avoua Jack soudain légèrement honteux de demander de l'aide à celui qu'il avait lui-même mis à la porte à peine deux jours plus tôt.

Daniel sembla réfléchir quelques secondes sous le regard sévère de Vala qui pinça légèrement son bras.

Il soupira une fois encore avant de prendre sa décision, poussé par son amitié envers le vieil homme, l'affection qu'il portait la fugitive ainsi que par le regard insistant de Vala :

« Résumons : Elle ne vous a laissé qu'une vidéo et un miroir ? Avez-vous trouvé ce que signifiait 'Canne à pêche' ? »

Jack eut envie de rétorquer qu'une canne à pêche était un objet très pratique pour attraper des poissons, mais il se retint, et tenta de rassembler toutes les informations que la scientifique lui avait laissé :

« Elle ma laissé une clé USB sur laquelle il y avait la vidéo, une photo que je ne pouvais ouvrir que grâce au mot de passe : 'Canne à pêche'. Et un dossier de traitement de texte qui ne s'ouvre que grâce à un mot de passe lui aussi.

- Vous avez essayé 'canne à pêche' ? Le coupa l'archéologue apparemment très sérieux.

- Évidemment que j'ai essayé Daniel ! Je suis peut-être vieux, mais pas complètement idiot non plus. Et puis laissez moi terminer.

- Pardon.

- Donc, je disais qu'elle m'a laissé une photo que j'ai pu ouvrir, et après l'avoir imprimée, les rayons du soleil ont fait apparaître de nouveaux mots sur le papier : 'Miroir' et 'Word' et c'est là que j'ai besoin de vos compétences, parce que moi personnellement, je bloque. »

Un ange passa, suivit de toute une troupe qui l'avait pris en chasse, et un grand sourire apparut aux commissures des lèvres de Vala :

« Ca me paraît évident : La réponse est dans le miroir. » Déclara-t-elle fièrement.

Jack passa une main sur son visage fatigué. Il venait de se taper une demi-journée de route pour s'entendre dire ce qu'il savait déjà…

Mais voyant son abattement, la jeune mère continua :

« Je veux dire que le mot de passe que vous cherchez est un 'mot' inscrit sur le miroir que Sam vous a envoyé. »

Jack écarta deux des doigts qui cachaient son œil pour pouvoir regarder son interlocutrice :

« Sans vouloir vous offenser, je crois que j'aurais remarqué si un mot de passe avait été écrit en gros au rouge à lèvres sur un miroir que j'ai observé sous toutes les coutures à la réception…

Vala fronça les sourcils, visiblement étonnée :

- Vous croyez vraiment que Sam serait assez stupide pour laisser un précieux indice aux us et vues de tout le monde ? Vous me décevez énormément… »

Effectivement, Jack n'avait pas pensé à une encre du genre jus de citron ou autre composant se révélant à l'ultraviolet. Pourtant, sa carrière de militaire aurait du lui servir à tout imaginer.

Et Vala n'avait pas tort : Sam avait pris toutes les précautions possibles et imaginables pour cacher son départ, c'était donc logique qu'elle poursuive dans le même sens pour cacher les indices qu'elle avait laissé à l'ermite.

« Quelles seraient les invisibles qu'elle aurait pu utiliser sans attirer l'attention par un achat suspect ? Demanda Jack, les yeux fixes sur le vide, lançant la question plus à lui même qu'à qui que ce soit d'autre.

- Le jus de citron… qu'on révèle aux ultraviolets… Souffla Daniel dans le même état intellectuel que son ancien supérieur.

- Il y a nettement plus simple, et vous avez de la chance que nous ayons un expert en la matière ici même… Laissa planer Vala en plantant les dents dans une madeleine que son fils lui avait gracieusement donnée.

Daniel et Jack revinrent enfin dans le salon qu'ils avaient quitté sans avoir recours au Dédale, et fixèrent Vala, les yeux arrondis par l'étonnement :

- Vous n'avez jamais dessiné sur les vitres quand il y avait de la buée dessus ? Moi j'en connais un qui n'arrête pas de me dessiner des Zat sur le miroir de la salle de bains quand il se lave les dents… Ce petit sera un grand artiste plus tard… Et avec un peu de chance, il assurera ma…Notre retraite. Déclara fièrement Vala en désignant Adrian qui était à ses pieds en train de jouer avec une réplique de fusée miniature qu'il agitait en l'air en babillant un langage méconnu des adultes de la pièce.

- Au même âge c'était plutôt des hiéroglyphes que je m'amusait à recopier… Songea Daniel à haute voix. »

Jack quant à lui préféra taire ce qu'il s'acharnait à dessiner, toujours au même endroit sur sa fenêtre de chambre, jugeant que le fait de mentionner ces quelques détails nuirait à la réputation qu'il détenait auprès de ses amis. Évidement, il aurait lui aussi pu devenir artiste, mais sa clientèle se serait limitée aux quelques Joey assez riches pour pouvoir s'offrir un crayonnage d'Audrey Hepburn en petite tenue signé J.O'N… Rien de très glorieux en soi, du moins beaucoup moins que de lutter pour la survie de la planète…

« Si c'était le cas sur le miroir quantique, il suffirait de souffler dessus ? Ou en tout cas de reproduire de la condensation… N'est-ce pas ? Préféra-t-il demander, en chassant de son esprit les œuvres d'art qu'il avait pu dessiner pendant son adolescence.

- Oui, ça devrait faire ressortir la moindre trace de doigt. Affirma Vala.

- Je n'y avais pas pensé… Chuchota Jack.

- Si vous avez besoin d'aide par la suite, mon numéro n'a pas changé depuis la dernière fois. »

Jack prit la demi-promesse de son ami comme une invitation à laisser la petite famille en paix, et quitter l'immeuble pour regagner sa retraite paisible en forêt, ce qu'il fit en saluant le couple chaleureusement, et en acceptant le petit bagage de biscuits que Vala lui offrit «pour la route».