Chapitre 12 - Noël, chérie


Il était en retard. La neige s'était mise à laisser son empreinte hivernale sur le sol qui conservait maintenant les traces de pas des couples qui passaient, main dans la main, collés l'un à l'autre. Hermione s'était acheté un chocolat chaud et attendait sur le banc, ses oreilles engourdies par le vent glacial. Faucon d'Argent allait venir. Il ne lui ferait pas faux bond. Non, il ne ferait pas ça.

L'air frais de la nuit était rempli du tintement de chants de Noël connus qui lui rappelaient sa maison, où elle écrivait des cartes de Noël avec ses parents et où elle suspendait de longues guirlandes de popcorn encore chaud et de canneberges écarlates et brillantes.

Pourquoi avait-il tant de retard ?

Un courant d'air atteignit son visage alors que quelqu'un s'assit à ses côtés. Le cœur d'Hermione fit un bond. Faucon d'Argent ?

Elle se tourna. Ce n'était pas Faucon d'Argent. Hermione eut envie de vomir. C'était Drago Malefoy.

- Tuez-moi, gémit Hermione.

- Ça peut être arrangé, tu sais ? dit Malefoy, souriant d'un air satisfait, ses yeux scintillants reflétant la lumière du lampadaire comme une guirlande de Noël.

- Pourquoi es-tu là ?

- Tu m'as déjà vu dans un parc moldu, dit Drago en enlevant quelque chose de son doigt.

- Il fait très froid, ici. Tu n'as pas d'écharpe ?

Hermione soupira. Elle pensa à Faucon d'Argent, à son écharpe. Comme elle aimerait qu'il soit là à la place de...

- Oh, Granger, je ne savais pas que ça t'inquiétait.

- Ce n'est pas le cas.

Il y eut une pause. Hermione cherchait désespérément des yeux un signe de Faucon d'Argent. Rien.

- Ça ne te dérange pas que je m'assoie là, hein ?

- Si, dit-elle dans un soupir. J'attends quelqu'un.

Pourquoi ne partait-il pas ? Drago ne bougea pas. Il inclina la tête en arrière.

- Joyeux Noël, ma chérie, dit-il.

- Pardon ? lâcha Hermione en se redressant.

Drago fit un large sourire puis désigna les hauts-parleurs attachés au lampadaire.

- La chanson. C'est Joyeux Noël, ma chérie.

- Tu connais des chants de Noël moldus ? Quelle déception tu dois être pour ton père si précieux.

Malefoy ignora sa pique concernant son père et se mit à chanter.

- Je n'ai qu'un vœux en ce réveillon, j'aimerais que tu sois là, avec moi. Super chanson, ajouta-t-il d'une voix douce, comme un mélange de pommes et de cannelle.

Elle n'arrivait pas à croire que tout cela sortait de sa bouche si haineuse et sournoise.

- Va-t'en, dit Hermione, ne voulant pas avoir affaire aux jeux de Malefoy ce soir-là, quels qu'ils soient.

Il se tourna et lui sourit.

- Tu ne veux vraiment pas partir ?

- Je partirai dès que qui que tu sois en train d'attendre arrivera, répondit-il en enfonçant le bout de ses chaussures dans la neige.

- Les Carpenters, dit-elle.

- Hein ?

- Ce sont les moldus qui ont écrit cette super chanson, comme tu l'as si bien dit. Je n'arrive pas à croire que tu puisses apprécier quelque chose qui ait été fait par ces crétins de moldus, dit Hermione en levant les yeux au ciel.

Un couple s'arrêta devant eux et s'embrassa. Elle détourna le regard.

- Je sais qui sont les Carpenters, dit-il.

- Charmant.

Hermione jeta un coup d'œil à sa montre. Où était-il ?

- Il y a plein de choses sur moi que tu ne sais pas.

- Je sais tout ce que j'ai besoin de savoir sur toi, répliqua Hermione en tourna sa tête vers lui d'un geste brusque. Tu es un Mangemort écervelé et sans cœur.

- Ça y est, tu te sens mieux ? demanda Malefoy.

- Pour tout te dire...

- Bien. Ton Statut de Sang mis à part, tu aurais fait une bonne Serpentard.

- Serpentard ? dit-elle dans un grognement, pensant intérieurement que Malefoy avait un sacré toupet pour la comparer à Serpentard.

- Crois-moi, c'est un compliment.

- Tu me fais un compliment ? demanda Hermione en riant. Mais bien sûr. Pourquoi est-ce que tu me parles, d'abord ?

- Rouge comme Gryffondor ? dit Malefoy en touchant le col de sa veste rouge vif, un sourire aux lèvres. C'est assez voyant pour que quelqu'un te repère de l'espace.

- Ne me touche pas.

Malefoy retira sa main lentement avant de la passer dans ses cheveux blonds comme pour les peigner, ce qui libéra une vague odeur de cannelle. Puis il se mit à rire.

- Qu'est-ce qu'il y a de si drôle ? demanda Hermione d'un ton cassant. S'il te plaît, va-t'en. Laisse-moi tranquille. Tu pourras m'embêter quand on sera à Poudlard.

Malefoy se leva. Ah ! Merlin merci ! Il alla jusqu'au banc d'à côté, seulement quelques mètres plus loin. Un homme de grande taille, aux cheveux noirs saisissants, passa devant elle. Pas d'écharpe argentée. Le cœur d'Hermione se serra un peu plus.

Malefoy était en train d'examiner la bague en argent qu'il avait au doigt, avec son motif en dragon.

- Cette bague me rappelle la première fois où nous avons eu une conversation civilisée, tu sais ?

- Tu veux dire la fois où tu m'as dupée ? dit Hermione, les yeux au ciel.

Elle était encore très embarrassée de s'être fait avoir par le Polynectar de Malefoy.

- Je n'étais pas là-bas pour te duper.

- C'était juste un plus, alors ?

- Plus ou moins.

- Je te trouvais adorable avec ce stupide bulldog. Pouah. Je me donne envie de vomir.

- Je ne t'ai jamais directement menti, tu en es consciente ? dit-il.

Il croisa les bras sur son torse. Sa lèvre inférieure dépassait légèrement. Hermione, gênée, changea de position.

- Et puis quoi encore ! Tu l'as fait exprès. Tu m'espionnais, Drago Malefoy !

Malefoy revint nonchalamment vers son banc et s'assit tout près d'elle. Son corps touchait celui d'Hermione. Pourquoi son visage était-il brûlant ? … Ça devait être la colère.

- Je ne suis pas un espion.

- Ça alors, je te plains tellement ! Pauvre Mangemort malheureux, dit Hermione.

Elle en avait fini avec lui.

Un autre gars passa près d'eux. Ses joues étaient rouge vif et il était aussi large que le trottoir. Il se dandinait comme un pingouin.

- Je doute que ce soit le gars que tu attends, dit Malefoy en riant tout seul. Donc, tu attends qui ? J'ai un vague sentiment que ce n'est pas Potter... ni cet empoté roux de Weasley, j'ai raison ? Non, c'est quelqu'un d'autre. Eh bien, j'espère simplement que tu seras plus gentille avec lui.

- Évidemment ! Parce que celui qui va venir ce soir est gentil, attentionné et se soucie de moi. Il est aussi très drôle...

- Alors où est-il ?

Hermione se pinça les lèvres et sentit la haine bouillir en elle.

- Je suis sûre qu'il a une explication parfaitement valable. Il ne ferait jamais exprès de me blesser, jamais. Non que je ne m'attende à ce que tu saches ce que ça fait. Tu ne fais que blesser les autres. Et ce n'est même pas parce que tu l'as choisi. Ce n'est pas que tu ne veux pas penser par toi-même, Drago Malefoy, c'est que tu ne PEUX PAS ! cria-t-elle de toutes ses forces.

Les joues de Malefoy devinrent rouges, puis il se leva sans laisser d'émotions atteindre son visage.

- J'en ai assez. Joyeux Noël.

Malefoy disparut dans la foule. Hermione laissa tomber sa tête dans ses mains. Ce qu'elle avait dit était horrible. Et le jour du réveillon ! Elle se leva et rentra chez elle. Faucon d'Argent n'était pas venu.

Cher Faucon d'Argent,

Je t'ai attendu. Longtemps. Tu n'es pas venu. Mais quelqu'un d'autre est venu. Quelqu'un qui a fait de ma vie un enfer absolu pendant des années. Je lui ai dit exactement ce que j'avais sur le cœur... Et je me suis sentie affreusement mal. Non que ça ne l'atteigne ; je ne suis qu'une ordure sous ses chaussures. Mais je me suis rendu compte de quelque chose. Rien ne nous donne le droit d'être cruel. Rien. Je ne savais pas à qui d'autre parler... J'aurais aimé te rencontrer ce soir. J'espère vraiment que tu as une bonne excuse pour ne pas être venu, mais si ce n'est pas le cas, je tiens à te dire que tout ceci a été important pour moi.

Ta chère amie,

Branche de Vigne


Et voilàààà ! Ce chapitre est légèrement plus long que les autres. Ça m'a donc pris pas mal de temps, mais ce n'est pas pour autant que je ne vais pas m'atteler au chapitre 13 dès que possible !

J'ai trouvé Hermione assez difficile dans celui-ci, mais le regret qu'elle ressent efface un peu de mon énervement ^^ (et on peut comprendre son appréhension à être vue par FdA avec Malefoy... Ironie dramatique, les amis !)

Sur ce, bon début de weekend à tous !