Aujourd'hui
...
Haletant, il écoute sa respiration pour essayer de calmer cette peur irrationnelle qui le ronge entièrement depuis des semaines. Il sait qu'il ne lui reste plus beaucoup de temps avant que son intégrité physique et psychique ne s'effondre lamentablement comme un jeu de carte. Depuis plusieurs jours, il s'est rendu compte qu'il n'arrivait plus à maîtriser ni à contrôler son environnement et si personne ne lui vient en aide rapidement, il sent qu'il va tout simplement devenir fou.
Lorsqu'il entend de nouveau les craquements du bois qui se rapprochent irrémédiablement de lui, il est au bord de la panique. Il se replie sur lui-même en tremblant et attend le moment où la douleur va arriver. Il s'agrippe alors à son propre corps et s'y accroche désespérément. C'est la seule chose qui lui reste de concret, la seule chose qu'il peut encore saisir du bout de ses doigts, l'unique lien qui lui permet d'apprivoiser sa peur et de rester en vie…
...
Il fait beau en Californie, le soleil brille et les gens sont obligatoirement beaux, bronzés et heureux. C'est un stéréotype bien ancré dans toutes les têtes. La chaleur, elle, est tout à fait naturelle et c'est quelque chose que John et Dean ne connaissent pas vraiment. Les monstres semblent être plus enclins à aimer les régions pluvieuses ou froides « juste pour emmerder les chasseurs qui les traquent » pense le plus jeune des Winchester en se passant plusieurs fois les doigts dans ses cheveux courts et brillants de transpiration.
Mais Dean ne profite pas du paysage, ne regarde pas les filles plus sexy les unes que les autres qui déambulent paresseusement sous le soleil. Il pense que c'est Sam qui devrait être ici, à sa place. C'est l'endroit que son cadet a choisi pour y faire sa vie. De la lumière au lieu de longues nuits de chasse avec la possibilité de faire de bonnes études et devenir quelqu'un de respectable.
Dean sent toujours un vide au creux de son estomac qu'il ne peut pas combler. Pourtant, il a tout fait pour l'ignorer depuis le départ précipité de son petit frère. Entretenir et bichonner sa voiture, sortir avec des filles juste pour le plaisir, enchaîner boulot sur boulot avec son père, passer des nuits sans sommeil entrecoupées de cauchemars et de rage incontrôlée, puis noyer son désarroi dans l'alcool.
Il est alors passé à autre chose, maudissant encore et toujours Sam pour son silence. Quel salaud ! Il l'avait quasiment élevé et il n'avait même pas levé le petit doigt pour l'appeler sur son portable. Il ne demandait seulement que trois petits mots « je vais bien » et Dean aurait été satisfait.
C'est pourtant un réflex chez les Winchester de dire qu'il n'y a rien à signaler en trois lettres R.A.S. et tout aurait été dit. C'était pourtant une consigne inscrite depuis toujours dans les gènes de Sam. « Tu n'ouvres pas la porte avant d'avoir identifié le code, tu ne décroches pas le téléphone avant le signal, tu préviens toujours où tu es, ne serait-ce qu'en allumant ton portable, pour nous permettre de retrouver ta trace grâce au G.P.S. »
Mais son téléphone était resté désespérément muet et rien n'était venu remplir cette absence.
Maintenant, avec du recul, il pense qu'il aurait du s'inquiéter. Une fois sa colère apaisée, il aurait dû appeler Sam et lui demander si tout allait bien.
Dean tape violemment sur le volant de sa voiture.
Bordel c'était tellement évident… aujourd'hui.
Lorsque son père s'est engouffré dans l'Impala à ses côtés, il a juste soupiré et Dean a compris qu'il n'avait pas obtenu de réponses.
Jamais Sam n'est arrivé à destination. Personne ne l'a vu sur le campus ou ailleurs.
Avant d'arrivée en Californie, les deux chasseurs sont discrètement repassés dans l'Idaho, sur les lieux de leur dernière chasse avec Sam avant que celui-ci ne claque rageusement la porte. Ils ont interrogés tous les chauffeurs de cars de la compagnie et l'un d'eux, Marc Smith, l'a vu monter dans le sien « Quand un gars semble un peu trop jeune à mon goût, je photographie de mémoire son visage pour aider les parents ou des enquêteurs comme vous à rechercher leur fugueur de gosse » a-t-il affirmé. Mais il ne se souvient pas l'avoir vu descendre car il a été remplacé au pied levé par un collègue, à cause d'un problème de santé imprévu.
Le deuxième chauffeur remplaçant vit justement dans les environs de Palo Alto.
Dean a trouvé son nom et son adresse puis a téléphoné. Il a découvert ensuite par son épouse que le chauffeur avait quitté le domicile conjugal depuis plus de trois semaines et que, depuis, il n'avait jamais donné signe de vie.
John se tourne vers Dean et lui tend une fausse carte du bureau de contrôle en assurance. C'est une piste qu'il ne faut pas négliger. La disparition du conducteur et de Sam ne semblent pas être une coïncidence. Et s'ils réussissent à trouver le lien qui réunit les deux évènements, alors cela voudra dire qu'ils se rapprochent de Sam.
Ils prennent la route et arrivent rapidement devant une jolie petite maison bleu-pâle bien entretenue. Le gazon est un peu jauni par le soleil et manque d'eau. Mais la chaleur est assez élevée aujourd'hui et ne devrait pas baisser durant les prochains jours.
John ouvre la première porte moustiquaire puis sonne et attend que quelqu'un lui ouvre.
Une petite femme blonde d'une trentaine d'années entrebâille la porte et les regarde d'un air interrogateur.
- Que puis-je pour vous Messieurs ? Demande-t-elle en les dévisageant sans complexe.
- Bonjour Madame. Répond John. Je suis Monsieur Simmons et voici mon collègue Monsieur Frehley. Nous sommes mandatés par votre assureur pour enquêter sur la disparition de votre mari.
La femme tique un peu des yeux et se pince les lèvres. Le monde qui semblait être soutenu par ses frêles épaules s'affaisse un peu plus.
- Si vous voulez bien entrer. Reprend-elle hésitante, le trémolo dans la voix. Mais je vous le dis tout de suite, si c'est pour me réclamer de l'argent. Je n'ai plus rien !
De la main, elle les invite à s'assoir autour de la table en pin du salon.
Dean observe le séjour dont les murs sont nus et la décoration inexistante. Il voit ensuite des cartons de déménagement éparpillés un peu partout dans la pièce.
- Je déménage dans quelques jours. Lance-t-elle avec émotion captant son regard. Je n'ai plus de revenu et je pars m'installer chez ma sœur.
- Vous n'avez toujours pas de nouvelles de votre mari ? Questionne John compatissant.
- Ecoutez, j'ai déjà répondu à mon assureur, je ne comprends pas votre présence ici, mais sachez que je vous aurais contacté si j'avais eu des nouvelles. Peter n'a toujours pas donné signe de vie, pas un seul coup de téléphone. Nada. J'ai bien peur que quelque chose lui soit arrivé !
- Qu'est-ce qui vous fait dire ça ? Questionne à son tour Dean.
- Jamais mon Peter ne m'aurait abandonné !
- Je sais que vous l'avez sûrement répété plusieurs fois. Reprend John. Mais pourriez-vous nous raconter la dernière fois que vous avez vu votre mari ?
Les mains de la pauvre malheureuse se joignent et retombent sur la table avec un nouveau soupir.
- Peter a été appelé par son travail pour faire un remplacement d'urgence. Le conducteur titulaire a eu un malaise et il a dû prendre sa place au pied levé. Peter a rejoint la station de « Yellow Dog » et a fini sa tournée dans la soirée. Le car est bien arrivé à destination… mais mon mari n'a jamais pointé à son arrivée et personne ne l'a vu depuis. C'est à se tirer les cheveux vous ne trouvez pas ?
Dean regarde son père en haussant des sourcils.
- Vous avez une liste de toutes les stations de cette ligne ? Demande-t-il gentiment.
- Oui, répond-t-elle en se levant pour leur donner le dépliant des arrêts du car. Vous pensez que vous allez pouvoir retrouver mon Peter ?
- Je ne sais pas Madame. Répond poliment John. Mais nous allons tout faire pour comprendre ce qui s'est passé.
Ils continuent de discuter un peu. Demandent s'il existe une liste des passagers, mais elle répond que pour les gens qui payent en espèce, il n'y a aucune possibilité de savoir qui ils sont.
Lorsque la discussion s'achève. Les Winchester la remercient aimablement et reprennent la direction de leur voiture.
Pendant ce temps, la femme se précipite sur son téléphone, compose un numéro qu'elle semble connaître par cœur et attend qu'on décroche en tapant nerveusement du pied.
- Allo… allo… oui c'est moi… Chuchote-t-elle soulagée. Oui, ils sont passés comme vous l'aviez prévu… J'ai dit exactement ce que vous m'avez dit de dire… oui… merci… je vais recevoir mes billets d'avion internationaux dans une heure ? D'accord, je vais m'y rendre tout de suite ! Très bien…
Elle raccroche le sourire aux lèvres et enfile rapidement sa veste légère puis sort en refermant la porte derrière elle. Elle jette alors avec indifférence la clef sur le gazon et s'engouffre dans une voiture de sport flambant neuve au côté d'un homme beaucoup plus vieux qu'elle. Ils se sourient complices puis quittent la rue à vive allure.
A l'angle de la rue voisine, John et Dean ont vu se dérouler la scène.
Ils se sont doutés que quelque chose clochait lorsqu'ils ont observé l'intérieur de la maison. Rien n'indiquait qu'une femme vivait ici. Même en déménageant, ils auraient dû trouver quelques babioles purement féminines, un torchon à fleur ou le portrait de son cher mari tout récemment disparu pressé religieusement contre son cœur, mais ils n'ont rien vu de tout cela.
Ils sont donc parti et ont patiemment attendu la suite des évènements.
Et leur patience à été payante.
John, en communication téléphonique avec Bobby Singer, un chasseur mais aussi le véritable ami qu'il possède vraiment, attend qu'il lui donne le numéro de téléphone que la femme a composé. Le vieux chasseur détient un arsenal complet du parfais espion qui peut lui permettre d'obtenir des choses incroyables, comme celui de connaître le destinataire d'un appel.
Ils connaissent désormais les coordonnées de Patrick Mac Finley, demeurant à l'extrême nord de la ville. Une banlieue chic où chaque résidence est truffée de caméras et d'alarmes en tout genre.
Dean se demande dans quoi Sam a pu bien mettre les pieds. Rien jusqu'à présent ne montre une quelconque présence d'évènements surnaturels ou de traces démoniaques. Qu'a-t-il bien pu lui arriver ?
Ils suivent la femme jusqu'à l'aéroport régional et découvrent qu'elle part avec son père pour l'Angleterre. Il n'y a que deux billets pour l'aller. Aucun retour.
Les Winchesters suivent ensuite la piste du détenteur du numéro de téléphone et attendent la nuit pour visiter la propriété de ce Mac Finley. Ils ont appris que c'est un riche entrepreneur qui dépense des sommes astronomiques pour acheter des œuvres d'art surtout d'origine américaine. Il y a même à Miami une galerie d'art qui porte son nom.
Lorsqu'il fait nuit, la température est encore agréable et un vêtement suffit pour les protéger d'une brise légère mais ils prennent tout de même leur veste pour dissimuler les différentes armes qu'ils emmènent avec eux.
Ils sont désormais derrière le mur qui les sépare de la propriété. C'est une nuit sans lune, ce qui leur permet d'être encore plus invisibles. Passer au dessus de la clôture n'est qu'une formalité pour les chasseurs. Ils évitent facilement les chiens et arrivent rapidement à l'arrière de la vaste maison.
Ils choisissent une petite entrée discrète qui doit directement mener de l'extérieur aux cuisines sans déranger les propriétaires.
Dean s'apprête à forcer la serrure de la porte lorsque son père lui saisit le bras pour l'arrêter, ses sourcils sont froncés et il semble soudainement inquiet.
- Qu'est-ce qui se passe ? Demande le plus jeune surpris.
John s'approche de lui silencieusement et lui montre l'angle droit au dessus de l'entrée. Il y a un pentacle gravé discrètement dans le bois dans lequel est incrustée la lettre C. S'il n'y avait pas eu le faisceau de lumière de sa petite lampe pour balayer l'entrée dans un certain sens, le motif n'aurait jamais été révélé.
Dean pâlit et regarde John avec étonnement. Il reconnait parfaitement le symbole et s'interroge encore plus. Tous les chasseurs savent ce qu'il représente. Cette marque a d'ailleurs sauvé la vie de plusieurs d'entre eux. Elle représente un havre de paix et surtout une garantie qu'aucun être surnaturel ne peut franchir les lieux.
Le plus jeune des Winchester avale difficilement sa salive et attend les ordres de son père.
John l'encourage d'un mouvement de la tête.
- Tu es sûr ? Questionne tout de même Dean. J'ai l'impression de commettre un sacrilège.
- Maison de chasseurs ou pas ! Souffle John d'une voix feutrée. C'est la seule piste que nous ayons pour retrouver ton frère.
L'argument fait mouche et Dean se remet à la tâche.
Lorsqu'ils entendent le petit déclic qui indique que la porte a cédé face aux doigts experts de Dean. Ils pénètrent dans la pièce à pas de velours.
Tout est éteint et il n'y a aucun bruit. Ils observent rapidement les lieux et John indique d'un geste de la main qu'il va prendre l'escalier pour arriver au premier étage tandis que Dean recherche une porte qui le mènera au sous-sol.
Ils ne savent pas si Sam se trouve ici ou s'il y a mis un jour tout simplement les pieds, mais ils espèrent trouver des indices qui les guideront jusqu'à lui.
John, quand à lui est inquiet. Il se demande pourquoi des chasseurs se sont intéressés de près ou de loin à son cadet et il espère, il prie plutôt, pour que personne n'ai eu écho de ce qu'il sait au sujet de son fils. Il est le seul à connaître la vérité et souhaite protéger son secret jusque dans sa tombe.
La maison paraît déserte. Le chasseur sursaute lorsqu'un chat quitte un fauteuil confortable pour se précipiter à ses pieds et frotter ses longues moustaches contre ses chaussures et le bas de son pantalon. John le repousse gentiment mais le chat persiste et commence une série de miaulements aigus mêlés de ronronnements graves.
- C'est pas possible ! Râle John en quittant la pièce suivit du maudit félin qui ne cesse de faire du bruit.
Le chat trotte gracieusement un moment auprès de lui puis le dépasse rapidement pour se diriger vers le rez-de-chaussée à l'opposé de l'endroit où est allé Dean.
Il s'arrête soudain au beau milieu d'un couloir puis revient vers le chasseur pour une nouvelle séance de séduction intéressée en le fixant régulièrement de ses beaux yeux verts.
John s'énerve contre le chat qui fait de plus en plus bruit et qui risque de donner l'alerte. Le chasseur sait maintenant pourquoi il n'a jamais voulu que ses fils aient un animal de compagnie. La plaie !
Le félin miaule de nouveau plus gravement puis va devant une porte qu'il se met à gratter furieusement.
Soudain, John perçoit du mouvement au bout du couloir et il pense que cette damnée bestiole l'a fait repérer, mais quand il aperçoit la silhouette de son fils, il se détend un peu. Le chasseur claque la langue sur son palais pour prévenir Dean qui apparait l'arme au poing.
- T'as repéré quelque chose ? Demande Dean en chuchotant.
- Rien à part ce chat qui n'arrête pas de faire un bruit d'enfer !
- J'ai l'impression que la maison est déserte. Reprend son aîné. Tout est nickel, pas de vaisselle ni de linge sale.
- Pareil en haut ! Constate John. Mais pas de poussière non plus !
- Mahou mrahou… Miaule alors le chat.
Dean l'observe et s'accroupie devant lui.
- Alors sac à puces, où sont passés tes maîtres ? Interroge le jeune homme en le caressant sous le menton.
Comme si le félin l'avait compris, le chat se retourne devant la porte, se redresse sur les pattes arrières et gratte de nouveau.
Dean se saisit alors de la poignée et regarde son père.
- Elle est verrouillée.
- Ouvre là ! Demande John tout en inspectant l'entrée et la sortie du couloir.
Lorsqu'ils entrouvrent la porte une odeur insupportable et fétide les submerge.
Dean grimace et déverrouille le cran de sûreté de son arme avant de pénétrer dans la pièce suivit de près par John.
Le jeune Winchester s'attend à voir le pire, mais son imagination n'est pas à la hauteur de ce qu'il voit. Les murs sont largement éclaboussés de sang et le sol est couvert d'énormes taches épaisses et rouges. On aurait dit qu'ils avaient transpiré de la couleur carmin. La chaleur étouffante qui les entoure leur donne envie de vomir.
- Il y a trop de sang partout pour qu'il y ait des survivants. Constate John froidement.
Dean observe la pièce avec dégoût puis voit le félin, indifférent au spectacle qui l'entoure, se diriger vers une autre entrée dissimulée derrière un épais rideau au fond de la pièce.
- On suit ta nouvelle conquête ? Demande Dean ironiquement en regardant son père.
- J'ai bien l'impression qu'elle cherche elle aussi quelqu'un ! Reprend le plus vieux intrigué. Allons-y.
Ils sont surpris de découvrit un escalier exigu et abrupte qui descend profondément dans le noir.
John passe le premier et dirige la lumière de sa lampe sur les marches en bois qui craquent sous leurs pieds.
Le silence les enrobe de façon impressionnante.
Arrivé en bas, alors que l'obscurité est totale, John éclaire le sol en terre battue qui révèle encore plusieurs taches de sang. La chaleur est étouffante et une odeur cuivrée stagne lourdement dans la pièce.
Dean cherche près de l'entrée un interrupteur qui pourra éclairer l'endroit. Lorsqu'il le trouve, une unique lampe accrochée au bout d'un câble électrique au centre du plafond diffuse une faible lumière qui éclaire à peine une immense chaufferie.
En fait, ce n'est pas vraiment une chaufferie car les trois grandes ouvertures en fonte encastrées dans le mur en pierre font plus penser à des fours qu'à une installation qui produit de la chaleur.
Dean déglutit lorsqu'il voit suinter à travers l'une des portes un filet de sang qui s'écoule lentement sur le sol terreux.
- Je crois que nous avons trouvé les corps ! Lance le plus jeune en s'approchant lentement de la porte. Il hésite avant de se saisir de la poignée puis l'ouvre en grand.
L'odeur qui était déjà épouvantable devient atroce. John, par réflexe, se protège le nez dans le pli de son avant bras et grimace tant les émanations de décomposition lui agressent les narines.
- Nom de Dieu ! Jure-t-il en clignant plusieurs fois des yeux qui sont eux aussi irrités par les gaz de la putréfaction.
Dean retient sa respiration et jette un rapide coup d'œil à l'intérieur mais l'aspect répugnant des corps, en plus de l'odeur, provoque en lui un haut le cœur qu'il ne peut plus contenir. Il s'éloigne rapidement et vide le contenu de son estomac sur le sol tout en s'accrochant au mur pour ne pas tomber.
- Putain de merde ! Souffle-t-il. Il y a au moins dix corps là dedans !
Son père inspecte de nouveau les cadavres et aperçoit sur certain d'eux une fine pellicule jaunâtre. Il en prélève du bout de ses doigts sur la veste d'un homme égorgé d'une trentaine d'année et les porte à son nez pour l'identifier. Elle paraît fade par rapport à l'air ambiant, mais John reconnait tout de suite son odeur très spécifique.
- C'est du soufre ! Constate-t-il à moitié surpris.
- Des démons ?! S'étonne Dean.
- J'en ai bien l'impression… Ils ont tous été égorgés et saignés à blanc !
- Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?
- Nous sommes dans la maison d'un chasseur. Lance John la voix cassante. Peu importe les moyens qu'il utilise pour éliminer les démons, tant qu'il les supprime !
- Un « salt and burn » aurait été plus propre ! Reproche son fils. Ce sont quand même des corps humains avant tout !
John baisse le regard un moment et admet que son désir de vengeance prime sur la façon dont ils sont éliminés et la remarque de son aîné lui fait prendre pleinement conscience qu'avec le temps, il est devenu beaucoup trop insensible face à ce qu'il traque.
- Tu as raison Dean ! Reconnaît-il amèrement.
Ils observent de nouveau les lourdes portes métalliques et se dirigent vers la deuxième. Ils s'attendent maintenant à tout et se préparent psychologiquement à trouver d'autres cadavres.
Dean force sur la poignée, mais celle-ci reste bloquée. Il insiste en retenant sa respiration et pousse très fort pour l'abaisser. Un bruit aigu et déplaisant se fait entendre et après une autre pression, il réussit à déverrouiller enfin le mécanisme rouillé.
Il recule de nouveau lorsqu'une émanation épouvantable de fosse septique l'assaille à nouveau.
- Oh putain ! Lâche-t-il avec dégoût.
Les chasseurs se figent soudain lorsqu'ils perçoivent du mouvement à l'intérieur du four alors qu'il y fait aussi noir que la nuit. Ils pointent ensemble leurs armes en direction de l'ouverture.
John éclaire l'entrée avec sa lampe mais le noir semble étouffer toute clarté et la visibilité est quasiment nulle. Il lui semble pourtant que l'endroit doit faire au moins dix mètres carré. Cependant, il fait tellement sombre qu'il n'en est pas sûr.
John sursaute lorsque quelque chose bouge rapidement et prend la direction opposée de la lumière.
- Y'a un truc vivant là dedans ! Constate le plus vieux sur le qui-vive.
Dean prend sa lampe torche et pénètre alors dans l'obscurité en retenant sa respiration. Il s'accroupit un instant pour passer la tête et s'y engage complètement.
Les murs sont noirs et suintent un liquide épais de la même couleur. La pièce paraît vide. Pourtant, avec son père, ils ont bien entendu du bruit.
Méthodiquement Dean inspecte les murs de haut en bas. Le noir semble absorber la lumière et l'atmosphère y est irrespirable.
Le faisceau de sa lampe dévoile dans un coin un tonneau assez haut mais pas très large avec un gobelet métallique attaché par une chaîne. Il observe aussi sur le sol un tas d'excréments nauséabonds.
La concentration de Dean est totale, il sait qu'il y a quelqu'un à l'intérieur qui peut lui sauter dessus à tout moment.
Une faible respiration qui ressemble plus à une plainte attire son attention. Il dirige alors rapidement sa torche vers le bruit et découvre une personne nue complètement recroquevillée sur elle-même, essayant vainement de se protéger de la lumière avec ses bras.
- Hey ! Lance Dean doucement pour ne pas l'effrayer en abaissant sa lampe vers le sol. C'est okay, je ne vais pas vous faire de mal !
John impatient, a dirigé lui aussi sa lampe dans la même direction et découvre le captif.
Le jeune Winchester s'approche alors tout doucement de lui, quand soudain son cœur s'arrête de battre et va se loger directement dans la gorge. Sa respiration se bloque et il a l'impression qu'un vertige va le saisir et l'abasourdir complètement.
Il reconnait à peine le jeune homme qui se trouve devant lui tellement son état est pitoyable. Il est si maigre que sa peau souligne ses côtes à chaque respiration. Ses cheveux longs sont terriblement sales et plaqués contre sa nuque recouverte de griffures.
Seul ses yeux bleu-verts dont les paupières clignent trop rapidement brillent furieusement comme une étoile qui est sur le point d'exploser avant de s'éteindre dans la nuit.
Dean à la gorge si serrée qu'aucun son ne peut s'en s'échapper. Il tente de reprendre son calme et réussit enfin à parler.
- Sammy ! Chuchote-t-il en s'avançant doucement vers lui.
A suivre…
Voilà pour le premier chapitre, j'espère que cela vous a plu, dîtes-moi ce que vous en pensez…
Comme d'habitude rien ne m'appartient… hélas… et je ne fais aucun profit. Vos reviews sont mon unique récompense.
Je vous donne rendez-vous très bientôt pour la suite de cette histoire.
Elisab
