Maintenant
…
Il n'a pas le droit de parler ni de penser. Il doit juste obéir et faire ce qu'on lui demande. Il n'a pas le choix, sinon il sera de nouveau enfermé dans le noir le plus absolu. C'est la sixième fois qu'il est contraint d'écouter le silence qui finit par bourdonner désagréablement dans sa tête. A défaut de voir, il pousse tout son corps vers une hyper-vigilance qui l'épuise encore plus.
Il ne sait toujours pas ce qu'on lui veut. Il apprend dans la contrainte. Le manque de nourriture et d'eau lui fait vite comprendre qu'il n'est pas là comme otage en échange d'une quelconque rançon ou par simple vengeance.
Non… il est là pour être éduqué.
Il obéit, on lui donne à manger et à boire. Il ne fait pas ce qu'il faut, il est privé de tout, littéralement.
Seulement il ne sait pas ce qu'on attend de lui.
- Tu dois apprendre ! A ordonné une voix grave dangereusement menaçante.
- Apprendre quoi ? A-t-il demandé inquiet sans jamais voir son interlocuteur.
Deux jours dans le noir et le silence le plus total lui ont vite fait comprendre qu'il n'a pas le droit à la parole.
- Tu dois apprendre ! A explosé la voix si près de lui qu'il en a sursauté.
- Qui êtes-vous ? A-t-il repris insistant.
L'obscurité l'a engloutit de nouveau si soudainement qu'un seul mot c'est échappé de ses lèvres comme une plainte.
- Non …
Il a dû attendre deux jours de plus pour avoir enfin de l'eau.
Et c'est aussi à partir de ce moment là qu'il n'a jamais plus aperçu la lumière.
…
Je n'arrive pas à croire que c'est mon petit frère qui se trouve là, devant moi. J'ai mon âme qui se déchire en deux lorsque je l'aperçois si perdu et si atrocement démuni. Il ressemble à cet animal sauvage prit dans le piège d'un chasseur, près à se ronger la patte pour fuir, quitte à sacrifier une partie de lui-même pour survivre.
J'ose à peine le toucher par crainte de l'effrayer alors que mon père réagit enfin.
Il s'engouffre lui aussi dans la pièce trop petite et se précipite vers Sam pour le prendre dans ses bras. Il ne réfléchit pas et réagit par instinct. Il le serre fermement contre lui pour qu'il ne puisse pas reculer, alors que mon petit frère est tétanisé par la peur.
John veut juste lui montrer qu'il est là et que son calvaire est enfin terminé.
- Oh mon Dieu Sammy ! Murmure-t-il la voix brisée par l'émotion.
Il pose une main tremblante sur ses cheveux et presse son visage dans son cou. Il l'agrippe si fort que j'appréhende sa réaction.
Il rage intérieurement à l'idée qu'une personne ait pu kidnapper et enfermer son garçon de cette façon, juste comme un… comme… sa respiration se prolonge et disparait dans un soupire tellement il est atterré. Il n'arrive même pas à trouver un exemple égal à cette barbarie.
Le plus vieux des Winchester ne sait pas depuis combien de temps son fils est resté dans le noir complet mais il espère qu'en l'entourant de la sorte Sam pourra prendre conscience qu'il est enfin libre et que sa famille l'a retrouvé.
Machinalement, il le berce comme un enfant et lui murmure sans s'arrêter, comme une litanie, des paroles réconfortantes.
- Je suis avec toi Sammy… je vais m'occuper de toi… ça va aller maintenant… tout va bien se passer…
Devant tant d'émotions j'ose à peine l'interrompre. Pourtant, je sais qu'il faut partir d'ici au plus vite. J'ai moi aussi une furieuse envie de serrer mon petit frère contre moi et de m'excuser pour l'avoir ignoré durant tout ce temps, mais nous ne sommes pas à l'abri et n'importe qui peut surgir à tout moment.
Il faut vraiment partir sans tarder.
Je me précipite vers l'extérieur, grimpe les marches quatre par quatre et arrache l'épais rideau qui dissimulait le passage au sous-sol puis rejoint mon père et mon frère aussi vite. Je lui recouvre alors les épaules et fait un signe à John pour qu'il se presse.
- Sammy… viens, nous allons rentrer à la maison… Chuchote John doucement en essayant de le relever.
Sam n'a pas bougé d'un iota depuis que nous sommes en sa présence. Il a juste gémi à son étreinte vigoureuse. Il ne semble plus ressentir qu'une seule chose et cela me terrifie. Je lis dans ses yeux clairs une peur farouche mêlée d'une angoisse indescriptible.
Je doute soudain qu'il ne nous ait jamais reconnu.
J'aide mon père à le soulever et enveloppe son corps meurtri avec le rideau. Sam a du mal à rester debout et résiste pour ne pas sortir de sa prison sordide.
- Cache-lui le visage ! M'ordonne John. La lumière est trop forte.
Je râle intérieurement de ne pas y avoir pensé moi-même et m'emploi à le rassurer tout en lui recouvrant la tête pour lui protéger les yeux.
Sam ne dit rien, trop ailleurs pour percevoir ce qui se passe autour de lui.
Nous avons à peine remonté la moitié des marches qu'une odeur puissante de fumée saisie nos narines. Mon père me regarde le visage fermé et nous pensons tous les deux la même chose sans dire quoi que ce soit.
Il y a cinq minutes à peine, je n'avais rien détecté.
Pourtant, lorsque nous arrivons en haut de l'escalier, nous pouvons entendre le crépitement des flammes qui a déjà envahi le rez-de-chaussée.
- C'est un piège ! Hurle John en accélérant le pas. On nous a mené ici pour nous tuer tous !
Je lui montre un visage inquiet mais déterminé. Maintenant que nous avons retrouvé Sam et que nous sommes tous les trois, je sais que rien ne peut nous arriver. Nous avons toujours été plus forts lorsque nous sommes ensemble et ce n'est pas aujourd'hui que ça va changer.
Je me bats bec et ongles pour y croire.
Nous avons tellement été occupé à libérer Sam que nous n'avons absolument rien entendu. Pourtant, l'incendie a déjà dévoré entièrement la plupart des pièces et il va falloir trouver un autre chemin pour sortir.
Le feu est violent et destructeur. Il n'y a aucun doute qu'il soit intentionnel car l'air sent l'essence. L'incendie se propage également à l'étage et la structure du plafond craque dangereusement. Les rideaux aux fenêtres dansent en même temps que les flammes qui se dispersent aussi rapidement qu'une nuée d'insectes.
Nous nous protégeons le visage de la chaleur et des fines particules de poussière qui nous font tousser involontairement. Je retiens toujours Sam qui s'agite de plus en plus, affolé par le bruit et la chaleur.
Je le tiens si fort que j'ai peur de lui faire mal mais je ne veux surtout pas le lâcher dans cet enfer de cendres et de feu.
Nous nous déplaçons terriblement lentement et changeons régulièrement de direction pour éviter les flammes qui atteignent désormais notre hauteur.
C'est alors que je vois de nouveau le chat filer comme une flèche sur notre droite, vers un autre couloir qui semble être moins envahi par les flammes et que je n'avais pas vu jusqu'à présent.
Je tire mon père par la manche dans cette direction en priant que la bestiole n'est pas suicidaire et que son instinct de survie va nous sortir de là.
L'air devient irrespirable et je lance un juron à faire damner une bonne sœur lorsque le feu commence à lécher le bas de mon pantalon.
J'étouffe les flammes rapidement tout en essayant de protéger Sam et réussis à passer une barrière de feu particulièrement agressive suivit de près par John qui ne m'a pas lâché d'une semelle.
Nous réussissons enfin à trouver un vestibule qui n'a pas encore été dévoré par l'incendie. Nous reprenons difficilement notre respiration dans cet endroit minuscule alors qu'il y fait une chaleur à crever.
- C'est un cul-de-sac ! S'exclame mon père avec inquiétude.
- Non non non… le chat est passé par ici, il est bien parti quelque part !
Ma remarque surprend John qui me regarde atterré.
- Tu nous as dirigé ici à cause d'un putain de chat ?!
Je me sens pâlir comme un mort et baisse le regard complètement anéanti lorsque j'aperçois une chatière en bas d'un des murs.
Qui dit ouverture, dit sortie. De soulagement, je me sens devenir aussi léger que l'air.
Je la montre à mon père qui se met alors à chercher un mécanisme quelconque qui permettrait d'ouvrir cette porte secrète. Il est logique que dans une maison de chasseur il y ait des passages dissimulés pour permettre une fuite rapide et discrète en cas d'attaque. Nous regardons alors partout, sous les petits tableaux, les boiseries, les fixations au mur lorsqu'un porte-manteau s'abaisse sous la pression de la main de John. Un déclic résonne et dévoile notre porte de sortie.
Notre joie disparaît soudain lorsque nous sentons la chaleur se faire aspirer dangereusement par le courant d'air frais que nous venons de créer. Durant quelques secondes tout semble se calmer puis nous voyons avec horreur les flammes se précipiter vers nous à une vitesse folle.
Nous nous réfugions rapidement derrière la porte que nous refermons brusquement avant d'entendre le souffle du feu frapper sourdement contre elle.
- Elle ne tiendra pas longtemps ! Constate John en pressant son arme plus fermement entre ses doigts.
Nous nous trouvons dans une sorte de long couloir voûté qui doit sûrement nous mener vers l'extérieur. L'atmosphère paraît encore plus fraîche après avoir été étouffé par les flammes et je me sens frissonner malgré-moi.
Je me retourne vers Sam et lui dégage le visage pour qu'il puisse respirer plus facilement. Il est à bout de souffle et d'où je me trouve, je peux entendre son cœur battre furieusement contre son torse.
- Calme-toi Sammy. Lui dis-je en prenant son visage entre mes mains pour que son regard puisse rencontrer le mien.
- C'est moi… Dean… Regarde-moi Sammy… Hey… Regarde-moi !
Ses yeux sont constamment en mouvement et observent tout ce qui l'entoure comme si c'était la première fois qu'il pouvait voir. Pourtant ils passent sur moi comme si j'étais transparent. Je répète alors mes mots et presse un peu plus mes doigts sur ses joues creusées par les privations pour qu'il me voit enfin.
- Hey, p'tit frère, je suis là avec toi… tu m'entends ?
Ma voix est beaucoup plus forte que je ne l'aurais voulu et le fait sursauter.
Ses yeux plongent alors dans les miens et j'ai soudain terriblement envie de pleurer.
Il me dévisage enfin mais j'ai l'impression que je suis pour lui un parfait inconnu ou plutôt un nouveau tortionnaire.
- Merde Sammy… tu ne reconnais pas ton emmerdeur de grand frère ?
La bouche de Sam s'ouvre et se referme aussi vite. Il déglutit et fronce du front. Je sens que le cheminement de sa pensée reprend lentement vie et qu'il va bientôt retrouver ses souvenirs lorsque John me saisit par l'épaule.
- Il faut y aller maintenant Dean. Si la porte cède, le feu va s'engouffrer dans le tunnel et nous n'aurons plus aucune chance.
Je rage intérieurement car je sais que mon frère est encore retranché derrière un mur en titane et qu'avec un peu plus de temps j'aurais pu trouver une faille qui l'aurait enfin libéré.
Je le saisis par les épaules et l'entraîne avec moi à la suite de notre père qui éclaire le chemin de sa lampe torche.
Nous entendons des grondements sourds et des explosions assez violentes au dessus de nos têtes qui font trembler les soubassements. L'incendie doit être terriblement violent et nous pressons le pas sans nous en rendre compte.
C'est au bout de dix minutes que nous nous retrouvons devant une porte en bois massif fermée par un cadenas d'une grosseur démesurée. Je rirais si la situation n'était pas aussi grave.
Mon père se met alors à l'œuvre et crochète le mécanisme pour l'ouvrir. Seulement il résiste et refuse de céder à ses doigts pourtant exercés. Il ne cherche pas à recommencer la manœuvre et prend alors son arme, vise, puis tire dessus. Le cadenas éclate en plusieurs morceaux et au moment où la porte se déverrouille, j'entends l'air siffler dans les aigus et fuir vers l'extérieur.
Je me retourne à peine pour voir un déluge de feu envahir le couloir et se précipiter vers nous à une vitesse phénoménale.
Nous avons juste le temps de nous retourner et de nous précipiter vers l'extérieur lorsque les flammes se jettent sur nous et commencent à brûler nos vêtements. Nous sommes projetés dans les airs sur plusieurs mètres.
J'ai dû perdre connaissance pendant quelques secondes.
Je secoue la tête pour me remettre les idées en place.
Je suis tiré de mon engourdissement par une douleur que je ressens sur ma main. Je tourne lentement mon regard et observe la poignée de ma veste brûler doucement.
- Bordel ! Je hurle et me redresse sur les genoux en secouant mon bras.
Mon père arrive et jette sa veste sur ma main et étouffe le feu. Je grimace devant la douleur lorsque mon esprit pense soudain à Sammy. Troublé de l'avoir perdu, je le recherche partout autour de moi.
Je suis soulagé lorsque je le retrouve sans connaissance, allongé dans l'herbe derrière moi. J'oublie ma propre douleur et me précipite à son côté. L'épais tissu l'a protégé malgré sa nudité.
Une nouvelle explosion nous surprend et instinctivement je me sers de mon corps comme d'un bouclier pour protéger mon petit frère. Une fois la déflagration terminée je me retourne et aperçois l'ampleur des dégâts. La maison est entièrement aux mains des flammes qui brûlent tout avec une telle violence que j'en reste hypnotisé.
- Dean ! Me lance John en me donnant une tape vigoureuse sur l'épaule. Prends ton frère et filons vite ! Les pompiers arrivent.
- Tu as vu ça ! Dis-je devant la bâtisse devenue désormais un gigantesque brasier.
- Fils, presses-toi. Je te rappelle qu'on nous a tendu un piège et que Sam à besoin de soin. Allez-viens !
Je me saisie de mon frère et le porte sur le dos en lui maintenant le bras droit contre mon visage et coince sa jambe gauche près de ma taille. Il n'a jamais été aussi léger de toute sa vie et cette constatation ainsi que les paroles de mon père me ramènent à l'urgence de la situation.
Même si ma main me fait un mal de chien, je ne lâche pas mon cadet et cours aussi vite que je le peux derrière John qui se précipite devant une petite porte près du mur extérieur. Nous avons traversé le jardin très rapidement sans prendre la peine d'être discret. L'incendie à lui seul doit attirer tous les regards. Nous évitons juste les caméras de surveillance qui peuvent enregistrer nos visages.
Le plus important pour nous est de fuir au plus vite.
De fuir et de soigner Sam.
Nous sommes à peine sortis de la propriété que j'entends une détonation. Je pense encore aux différentes explosions dû à l'incendie et n'y prête pas plus attention.
J'atteins l'Impala en premier, ouvre la porte arrière et y dépose doucement Sam qui reste malgré tout toujours inconscient.
Je m'apprête à dire quelque chose à mon père lorsque je le vois à demi effondré, s'appuyant le dos contre le mur éclaboussé de sang.
- Bordel papa ! Mon cri est à la hauteur de mon étonnement.
Je m'avance vers lui lorsque j'entends un deuxième coup de feu qui siffle près de mon oreille. Une brûlure vive éclate sur ma tempe et quand mes doigts touchent ma blessure j'y vois également du Sang.
- Putain de merde on nous tire dessus !
Un troisième coup fait exploser la vitre arrière de la Chevrolet et mon cœur fait de nouveau un bon jusque dans ma gorge.
A demi courbé, je passe rapidement derrière la voiture et récupère mon père.
Je le traîne plus que je ne le porte.
Je l'installe côté passager et regarde mon frère qui n'a même pas réagi à l'impacte de la balle tout près de lui. Il a cependant un filet de sang qui s'échappe de son nez et suis lentement son chemin jusque sur ses lèvres.
Je mets alors la clé de contacte dans le démarreur et me précipite alors aussi vite que possible de l'autre côté du véhicule pour me mettre à ma place. J'enclenche le contact et appuie sur l'accélérateur pour filer aussi rapidement que possible.
Les pneus crissent sur l'asphalte et nous disparaissons au bout de la route dans l'obscurité.
Patrick Mac Finley vise encore une fois la voiture avec son fusil. Il prend doucement son temps avant d'appuyer de nouveau sur la gâchette. L'arme est puissante et le coup le fait légèrement reculer. Malgré la légère douleur qu'il ressent après le tire, il sait que la balle à atteint sa cible lorsque le véhicule quitte quelques secondes la route avant de se stabiliser et de disparaître dans la nuit.
Rageant intérieurement de les avoir laissé fuir, il se retourne vers les deux hommes qui l'accompagnent et les entraîne d'une manière assurée dans un 4x4 sombre flambant neuf à la poursuite des Winchester.
A Suivre...
…
Merci pour vos adorables messages… Une SA moi ? Vous croyez ? Lève un sourcil interrogateur…
J'espère que la suite vous plaira autant…
A très bientôt !
Elisab
