Le lendemain
…
Ils l'ont oublié… Ils ont obtenu ce qu'ils voulaient… alors maintenant ils vont le laisser crever.
Juste avec de l'eau pour prolonger son agonie avant de le laisser mourir.
Il s'oblige à boire régulièrement l'eau stagnante qui croupit dans un tonneau depuis le début de son emprisonnement pour rester en vie.
Il doit rester en vie… Il le doit… il ne sait plus pourquoi, mais il le faut.
Il a rapproché ses genoux contre son torse et se laisse bercer par son propre mouvement puis se passe une main dans les cheveux pour entortiller une de ses mèches autour de ses doigts. Il tire ensuite dessus, suffisamment fort pour ressentir de la douleur. Une douleur parfaitement contrôlée qui lui prouve qu'il est encore maître de lui-même.
L'obscurité totale, devenue un vaste piège, ne lui permet plus de contrôler ce qui l'entoure. Son corps est perdu dans une dimension sombre et froide où le silence est plus bruyant qu'une explosion de voix. Il redouble d'effort et se concentre, pour ne pas se réfugier dans le sommeil.
Le sommeil est comme une drogue qui vient le séduire. Il est si tentant d'abandonner sa conscience et de se laisser dériver dans une profonde léthargie qui lui permet facilement de tout oublier.
Oublier la douleur, la faim, la peur et surtout le noir.
Ses mains se crispent rageusement sur sa nuque et lorsqu'il sent un liquide chaud humidifier ses doigts, il sait qu'il va rester éveillé, qu'il ne va pas abandonner, qu'il va vivre…
…
- Dean ! Hurle John. Gare-toi sur le bas-côté et laisse-moi prendre le volant. Dean ! Répète son père. Tu es en train de tomber dans les pommes !
- Merde ! Souffle son aîné en secouant vigoureusement la tête. Je ne dors pas putain !
- Gare-toi ou tu vas tous nous tuer ! Ordonne John.
Dean grimace et regarde le sang couler le long de son bras jusqu'à recouvrir sa main brûlée.
- Merde de putain de merde ! S'emportement-t-il en stoppant l'Impala brusquement.
Sa tête est prête à exploser et une furieuse envie de vomir l'empêche d'avoir les idées claires. Il sort son arme de sa main gauche et regarde à travers le rétroviseur pour voir s'ils sont suivis.
La nuit est complètement noire et seuls les phares de leur voiture éclairent le bitume.
Dean sort alors chancelant puis s'appuie un instant contre la portière avant de prendre la place de John qui c'est difficilement déplacé pour occuper le siège de son fils.
John se retourne un instant pour observer son cadet qui semble dormir paisiblement puis se saisit du menton de Dean pour inspecter la brûlure que la balle a sillonné sur sa tempe.
Son aîné à les yeux presque noirs tellement ils sont dilatés. Ses paupières se ferment involontairement et John sent la tête de son fils basculer plusieurs fois vers l'avant.
Son père continu son inspection rapide et observe son autre blessure. La balle que Dean a reçu en conduisant a traversé le siège puis son corps avant de s'arrêté à mis chemin pour rester fixée dans son épaule. Tout son bras est pris de tremblements involontaires et sa main rougie commence à blanchir à certains endroits.
Il faut qu'ils trouvent impérativement un endroit pour se cacher et se soigner rapidement.
John attrape son portable et consulte la liste de ses contacts. Il doit bien y avoir dans le secteur un chasseur qui pourrait les héberger provisoirement. Il n'aime pas cette idée, mais ils ne peuvent pas aller dans un hôtel dans cet état et un hôpital est bien évidemment exclu.
Il doit être aussi extrêmement prudent car ce qui vient de se passer dans la maison de ce Mac Finley ne lui annonce rien qui vaille.
Le plus vieux des Winchester grimace et fait défiler les noms sur son portable lorsqu'il s'arrête sur celui Ethan Sakayatura, un américain d'origine japonaise d'une trentaine d'années qui habite à une quarantaine de kilomètres d'ici. Bobby lui a déjà parlé de lui comme quelqu'un de fiable et de discret.
Lorsqu'il l'appelle, John regarde machinalement sa montre qui indique deux heures quinze du matin. À la quatrième sonnerie le chasseur décroche. Sa voix est pâteuse et encore ensommeillée.
- J'écoute ! Lance sans ménagement Sakayatura.
- John Winchester. Se présente-t-il. J'ai besoin d'un endroit pour y rester quelques jours. Bobby m'a parlé de vous et…
- C'est bon ! Coupe le chasseur. Si vous êtes un ami de ce râleur de Singer, pas la peine de m'en dire plus. Je vous envoie les coordonnées d'une adresse sûre. C'est à une vingtaine de kilomètres de chez moi.
- Personne n'est obligée de savoir où je suis. Indique John en souhaitant sa discrétion.
- Moins j'en sais, mieux je me porte ! Rétorque l'asiatique en raccrochant.
John reçoit ensuite un sms contenant les coordonnées du refuge. Il lève un sourcil de surprise et se dit qu'il aime bien ce chasseur qui ne s'encombre pas de phrases inutiles.
Avant de reprendre la route, il appuie sa main sur le côté gauche de son torse douloureux puis observe sa main recouverte de sang. Contrairement à son aîné, la balle lui est passée au travers et s'est logée dans le mur derrière lui. Sa blessure est douloureuse, mais heureusement pas mortelle.
Il jette un dernier coup d'œil vers Dean qui s'est endormi le visage crispé dans la douleur et prend la direction indiquée par le chasseur.
Il roule péniblement et se concentre uniquement sur la route. Parfois il entend Sam marmonner des mots qui n'ont ni queux ni têtes, parfois il a l'impression qu'il ne va jamais arriver à destination.
Les vingt dernières minutes de routes se passe dans un silence étouffé par le vrombissement du moteur.
Le plus vieux des Winchester cherche encore dix minutes pour trouver la maison trop bien dissimulée au bout d'un vieux sentier perdu au milieu de vieux arbres noueux et enchevêtrés.
Il se gare discrètement à une dizaine de mètres, sort de la voiture son arme bien en main et va inspecter les lieux avant d'y emmener ses enfants.
Il n'y a aucune lumière et tout semble désert. Des symboles de protections sont visibles pour un œil averti et rien n'indique un passage ressent d'un quelconque véhicule. De plus, il n'y a aucune empreinte de pas sur le sol en terre battue.
Enfin rassuré, John retourne vers l'Impala.
- How ! C'est moi Dean ! Lance-t-il en voyant le canon d'un révolver pointé dans sa direction.
Dean cligne des yeux et repose maladroitement son arme sur les genoux.
- S'cuse… j'savais pas où t'étais passé…
- La maison est sûre, nous pouvons y aller.
John voit dans le regard de son aîné un réel soulagement.
Il récupère ensuite la clef qui a été fixée par un aimant sous le petit escalier de quelques marches qui mène à une petite terrasse en bois devant la maison. C'est l'endroit idéal pour la cacher, tous les chasseurs savent cela.
L'intérieur est sommaire mais propre. Il se dirige vers la porte du fond, entre et y voit deux lits à étages. La salle de bain est petite et le séjour est composé d'une table avec quatre chaises, d'un buffet rustique et d'un canapé. Rien d'autre.
- Parfait ! Souffle-t-il malgré-lui trop heureux d'y trouver un confort, même minimum.
Il va ensuite chercher dans le coffre de sa voiture plusieurs sacs et une vieille couverture qu'il jette sur le canapé.
John ouvre ensuite la portière où Dean s'est appuyé pour le sortir du véhicule et l'emmener à l'intérieur.
Son fils grogne lorsqu'il le déplace puis le voit serrer les dents pour ne pas gémir quand-il l'installe sur le divan.
- Tu tiens le choc fils ? Interroge-t-il en le regardant inquiet.
- Impec ! Rétorque Dean, affectant une attitude décontractée malgré son visage moite de transpiration.
- Je vais récupérer ton frère maintenant…
Les yeux de son aîné s'agrandissent et il amorce un mouvement pour l'aider.
- Reste là ! Ordonne-t-il de nouveau. Je reviens tout de suite !
Lorsque John s'engouffre à l'arrière de la voiture, il observe un instant Sam toujours endormi enroulé dans l'épais rideau sali par la suie. Il serre fort un pan du tissu roulé en boule contre lui comme s'il s'agissait d'un trésor. Le sang a séché sur ses lèvres et son aspect reste déplorable.
Depuis combien de temps son fils avait-il été humilié en restant nu et enfermé comme un animal ? Que lui avait-on fait subir d'autre et pourquoi ?
John secoue la tête, cache sa peur et cesse de ruminer. Ses pensées sombres seront pour plus tard. Sa vengeance, elle aussi, éclatera un autre jour. Pour l'instant, il doit prendre soin de ses fils et il est le seul qui puisse le faire.
Il se saisit de Sam par les épaules, quand surgit le même chat qu'ils avaient aperçu dans la maison du chasseur. Dans un miaulement sauvage et agressif, le félin s'échappe et s'enfuit vers les taillis.
Le plus vieux des Winchester lance un juron, sursaute et se demande quand la bestiole a pu entrer dans l'Impala sans qu'ils s'en aperçoivent.
Il passe une main sous les jambes de son cadet et le soulève avec prudence tout en calant sa tête contre son épaule valide.
Il est tellement léger. Songe-t-il troublé alors qu'il se souvient de la dernière fois qu'il l'avait vu, claquant la porte avec force, plein de certitudes et de rêves.
Sam reste toujours à la dérive dans un sommeil fragile.
Il le dépose ensuite à l'autre bout du canapé pour avoir un œil sur lui tout en soignant son aîné. Il faut d'abord qu'il s'occupe de lui. Ensuite, ils pourront tous les deux se consacrer à Sam.
Il fouille dans sa trousse de secours et prépare le nécessaire pour extraire la balle qui s'est logée dans l'épaule de Dean. Il ouvre ensuite les portes du buffet et en sort une bouteille d'eau de vie suffisamment forte pour compléter son manque de désinfectant.
Dean le regarde s'activer attendant patiemment qu'il se charge de lui. Ses yeux glissent également vers son frère qui semble être prisonnier de ses cauchemars.
- Tu es prêt ? Lui demande son père en s'installant devant lui.
- J'ai pas trop le choix !
John le manipule et découpe les vêtements gorgés de sang pour lui dégager l'épaule. Il inspecte ensuite l'entrée de la blessure et soupire. Son fils va vraiment morfler car la balle est très profondément plantée dans la chair.
- C'est si moche que ça ? Demande-t-il en voyant la tête de son père.
- Je vais regarder si je ne peux pas avoir la balle en te faisant une incision devant. Lui répond-il en examinant la trajectoire de la plaie.
Dean passe sa main sur son épaule et hausse des sourcils.
- Oh la saloperie ! Jure-t-il en sifflant de douleur. Je la sens cette merde ! Juste là. Indique-t-il en montrant l'emplacement précis.
- Parfait. Reprend John en lui désinfectant la peau à l'endroit où il va opérer.
Il s'empare ensuite de la bouteille d'eau de vie et la lui tend.
- Bois, tu sentiras moins la douleur !
Dean s'exécute en grimaçant et avale plusieurs gorgées.
- Encore Dean ! Ordonne-t-il de nouveau en lui amenant le goulot à la bouche.
Son aîné boit comme s'il s'agissait de l'eau, encore et encore jusqu'à ce que son père l'arrête enfin. Jugeant qu'il est suffisamment ivre pour oublier le mal qu'il va lui faire.
- C'est bon fils. Je crois que je vais pouvoir commencer.
Avec un scalpel, il fait une petite incision et creuse la lame un peu plus en profondeur dans la peau en ignorant les gémissements qui s'échappent des lèvres de son fils. Il continue jusqu'à sentir le métal l'arrêter.
- Ca y est ! Lance-t-il en retirant l'instrument chirurgical. Maintenant je vais récupérer la balle.
Dean à les joues en feu par l'alcool et les narines frémissantes. Sa respiration est rapide et son souffle est court, mais il maîtrise parfaitement la douleur comme son père lui a appris.
John prend alors une pince fine et l'enfonce de nouveau dans l'incision jusqu'à ce qu'il sente une résistance.
Sa concentration est totale.
- Je l'ai ! S'exclame-t-il soudain victorieux en jetant la balle dans une petite soucoupe disposée sur le rebord du canapé.
Dean soupire de soulagement et tremble en expirant. Il ne peut cependant pas s'empêcher de pousser un cri lorsque son père verse de l'eau de vie sur sa blessure.
- Nom de Dieu ! Siffle-t-il en donnant un coup de poing sur son genou.
- Je recouds et je m'occupe de ta main et de ta tempe. Continue son père imperturbable.
John met moins d'une demi-heure pour finir son travail de couture et pour lui mettre un bandage. Il se concentre ensuite sur la brûlure de sa main où quelques cloques ont déjà fait leur apparition. Il amène une bassine d'eau froide et lui demande de la plonger dedans pour la nettoyer et le soulager.
Au bout de dix minutes, Dean sent déjà la brûlure se calmer.
- Bon. Reprend John. Fais-moi voir… bien… c'est propre.
Son père lui applique alors une crème de sulfadiazine argentique qu'il a toujours dans sa trousse de secours en cas de brûlure et tamponne ensuite les petites plaies avec de la gaze. Il panse enfin la main et donne à Dean deux comprimés de Dafalgan pour calmer la douleur.
Pour terminer, il désinfecte également le sillon que la balle à tracée sur sa tempe et applique également la même crème. Il laisse cependant la blessure à l'air libre pour qu'elle cicatrise plus vite.
Dean épuisé, s'est laissé soigner passivement, complètement abruti par l'alcool. Il a reposé sa tête sur le dosseret du canapé et laisse maintenant les médicaments agir.
Son visage est tourné vers Sam qui a lui aussi changé de position et qui l'observe les yeux bien ouverts.
Ils restent tous les deux silencieux.
Dean ose à peine cligner des paupières et essaye de lire dans le regard de Sam. Il ne sait pas depuis quand il l'observe mais pense que ses gémissements et ses cris ont dû attirer son attention.
C'est sa propre douleur qui a réveillé en Sam une douleur similaire et qui l'a tiré de sa torpeur.
John s'approche alors doucement de son cadet et lui présente un verre d'eau.
- Sammy. Chuchote-t-il. Tu as soif ?
Son plus jeune garçon tourne lentement la tête vers son père et prend doucement le verre d'une main tremblante. Elle s'agite tellement qu'il s'aide de son autre main pour le porter à sa bouche.
La première gorgée et une pure merveille. Son goût est tout simplement… pur.
Les gorgées suivantes lui donnent une impression de fraîcheur qui calme un feu qui lui consumait les entrailles depuis des jours.
Les dernières gouttes sont avalées avec avidité et lorsqu'il tend de nouveau timidement le verre. John le remplit encore et encore jusqu'à ce que son fils ne sache plus quoi faire du verre vide.
Sam se lèche les lèvres et sent le sang qui a séché sur sa peau puis frissonne.
John n'a pas envie de le perdre encore et attire son attention.
- Hey, mon fils, je vais te préparer quelque chose à manger. Tu veux ?
Sa question est stupide, bien sûr que Sam veut manger, il doit mourir faim. Son dernier repas doit être un lointain souvenir.
Son père veut le garder réactif et lui permettre de se ressaisir. Il se lève rapidement et recherche de nouveau de la nourriture dans le buffet où il y a vu plusieurs conserves. Il jubile lorsqu'il trouve une brique de soupe, un velouté de légumes variés.
Aussi vite qu'il aurait dégainé son arme, il s'empare d'une casserole et fait tiédir à peine le potage.
Il tend de nouveau un bol à son cadet qui le saisit d'une manière mal assurée, puis en présente un autre à Dean.
- Tu rigoles ! Lance ce dernier en fronçant du nez devant le bouillon. J'vais pas boire ça !
Le visage de son père se ferme et lance un regard en direction de Sam.
- Bois ta soupe Dean. Ordonne-t-il sèchement.
Dean comprend son erreur, se redresse sur un coude et obéit.
Du coin de l'œil, il voit son petit frère savourer chaque gorgée, presque timidement, trop doucement.
Le charme est rompu lorsque le portable de son père se met à sonner.
Sam se crispe et s'arrête paniqué en cherchant d'où provient le bruit.
- Merde ! Grogne John en voyant le numéro de Bobby s'afficher à l'écran.
Il s'éloigne de ses fils et décroche.
- Oui Bobby ? Demande-t-il inquiet que son ami le dérange si tardivement.
- Est-ce que tu as trouvé ce que tu cherchais ? Questionne le vieux chasseur.
- Oui. Répond tout simplement John, puis rajoute. Qu'est-ce qu'il y a Bobby ?
- Et bien… Hésite son ami… Il y a une rumeur qui circule en ce moment, comme quoi certains chasseurs ne sont plus fiables… qu'ils sont gangrénés par le mal… et qu'il faut éliminer à tout prix.
- En quoi ça me concerne ? S'étonne John ne comprenant pas où il veut en venir.
- John, ton nom a été cité comme exemple…
- Qu'est-ce que c'est que ces conneries ? S'emporte-t-il en se passant une main dans les cheveux. Mais c'est n'importe quoi !
- Je sais mon gars. Reprend Bobby. Mais je te conseille de prendre tes clics et tes clacs et de ramener tes fesses chez moi au plus vite.
John observe ses fils, le regard dans le vague, puis ferme les yeux plusieurs secondes. Ses enfants sont trop mal en point actuellement pour se déplacer. Il leur faudrait plusieurs jours pour qu'ils reprennent des forces avant de leur imposer de nouveau un long voyage.
Mais les chasseurs sont tellement tenaces et dangereux… John ne peut plus désormais faire confiance en personne…
Merde !
- Johnny tu es toujours là ? Demande le chasseur en coupant net ses réflexions.
- Okay ! Décide-t-il amèrement. Nous plions bagages et nous arrivons.
A suivre…
…
Tout d'abord merci pour vos reviews qui me donnent vraiment envie de continuer cette histoire. Vous êtes trop chou !
Je ne travaille pas dans le secteur médical donc toutes les erreurs que j'aurais pu commettre sont miennes.
Je crois qu'après ce chapitre je vais être définitivement cataloguée comme sadique. J'espère tout de même qu'il vous a plu !
En tout cas, je vous donne rendez-vous pour la semaine prochaine…
Elisab
