Le passé


L'obscurité… et enfin la clarté… de nouveau le noir le plus complet… puis une image bancale surgit… le frappe brutalement.

Elle est si éblouissante qu'il plisse plusieurs fois des yeux avant de pouvoir s'y habituer.

Sa vision est déformée, comme s'il regardait à travers le fond d'une bouteille en verre.

Il frissonne des pieds jusqu'à la racine des cheveux et halète comme s'il avait couru un marathon. Pris de vertige, il rampe douloureusement vers le mur pour s'y adosser et ne pas perdre l'équilibre.

Le flash suivant le paralyse… Pourtant il se sent projeté ailleurs…

Comme un serpent qui ondule sur le sol en évitant les obstacles, il se voit se déplacer et se retrouver dans un petit salon où deux hommes attachés chacun à une chaise se débattent pour tenter de se libérer. Leurs mains et leurs pieds sont ligotés avec du fil de fer qui pénètre profondément dans leur chair rougie.

Ils ont été torturés, il n'y a aucun doute là-dessus. Toutefois, ils n'ont pas l'air d'éprouver de la douleur.

Prudemment, il s'écarte d'eux et contourne une étoile dessinée à même le sol au centre duquel ils se trouvent, puis part se cacher derrière un épais rideau.

L'un des prisonniers s'est cependant aperçu de sa présence et tourne la tête vers lui d'un geste vif.

Dissimulé derrière la tenture, il n'ose plus bouger, pétrifié lorsqu'il découvre que les yeux de l'individu sont complètement noirs.

- Mais regardez qui est là… murmure la voix de l'homme avec un sourire forcé sur la figure.

Son compagnon d'infortune se retourne également dans sa direction pour le dévisager.

- Tu crois que c'est l'un d'eux ? Questionne-t-il à l'autre en se passant la langue sur sa lèvre fendue et gonflée par les coups qu'il a reçu au visage.

- Noooon… Répond son partenaire. Tu vois bien que ce n'est qu'un chat ! Mais je sais qu'il nous observe et nous écoute à travers lui… je peux le sentir…

Ses sourcils se soulèvent d'étonnement.

- Il est aussi en colère et effrayé…

Toute l'attitude du captif change alors et semble s'adoucir réellement.

- Aide-nous à nous libérer et nous t'aiderons à notre tour ! Implore-t-il la voix tremblante. Nous sommes prisonniers tout comme toi… ils nous veulent du mal… Ils veulent nous tuer… ils veulent TE tuer… alors… aide-nous, s'il te plait !

Sa tête soudain lui fait mal et la voix du prisonnier qui lui parvient est de plus en plus fluctuante et inaudible, comme si elle venait des profondeurs de l'océan après être passée dans un ventilateur géant.

Pourquoi les aider ?

Ce sont d'étranges créatures qui ressemblent à des humains. C'est la première fois qu'il en voit. Son père, jusqu'à présent, ne lui a jamais parlé de monstres aux yeux complètements noirs. Ils sont également prisonniers de ce pentagramme aux symboles insolites dessinés sur le sol et le fer qui les emprisonne fume dans leur chair meurtrie.

Ils ont l'air dangereux et il sait qu'il doit se méfier.

Mais son jugement est faussé depuis qu'on l'a réduit à ne plus être un humain et moins qu'un animal. Il éprouve une telle haine contre ceux qui l'ont frappé sans arrêt, affamé et plongé dans la nuit qu'il ne réagit plus qu'à l'instinct.

Un instinct de survie et d'agressivité primitive qui occultent tout le reste.

Il veut se venger. Il veut tuer ceux qui lui on fait du mal…


L'Impala se déplace de nouveau à vive allure en direction du Casse-auto de Bobby Singer. Il ne leur reste plus qu'une heure à peine avant d'arriver chez le vieux chasseur. L'atmosphère dans l'habitacle est lourde et pesante.

John a lancé un tel regard à Dean que celui-ci a parfaitement compris l'avertissement. Ce n'est ni le moment ni le lieu pour poser des questions. Pourtant, il veut comprendre ce qui vient de se passer et pourquoi son père semble si perturbé par ce que lui a dit le chasseur. D'ailleurs, pourquoi a-t-il dit autant d'horreurs au sujet de Sam ? Il ne sait pas comment cette idée complètement délirante a pu germer dans sa tête et surtout comment il a pu croire une telle absurdité ?

Cependant, lorsqu'il regarde son père, il sent qu'il lui cache quelque chose. Depuis toujours il a été très exigeant et surprotecteur vis-à-vis de Sam. Il pensait que c'était à cause du décès de leur mère et de la vie qu'ils menaient. Pourtant, lorsque son cadet est parti pour Stanford jamais Dean n'avait vu John si bouleversé.

Maintenant, quand il y réfléchit, il se rend compte que son père n'éprouvait pas de la colère mais plutôt de la peur. Une crainte viscérale qu'il ne soit plus à ses côtés pour le protéger.

Quand à Sam, il n'aspirait qu'aux études et à la liberté. Quitter définitivement le milieu de la chasse et un père constamment sur son dos. Il voulait devenir quelqu'un de normal et mener une vie ordinaire.

Aux antipodes des paroles crachées comme du venin par Jacob.

Un humain à la solde des démons la main gauche du Diable.

Et maintenant quand il voit ce qu'ils ont fait à son petit frère. La façon dont-ils l'ont détruit tant mentalement que physiquement. Il ne peut pas rester là sans réagir. Surtout s'il s'agit de Sam. Il veut des explications, tout de suite.

Dean à un goût amer dans la bouche. Il s'humidifie et mordille sa lèvre supérieure.

Même s'il va droit dans le mur, il faut qu'il sache.

- Papa… Commence-t-il avec hésitation.

- Pas maintenant Dean !

- J'ai besoin de comprendre papa ! Insiste-t-il. Qu'est-ce qui se passe avec Sam ? Je sais que tu me caches quelque chose ! Que tu lui caches aussi quelque chose !

Les doigts de John se crispent sur le volant et un soupire d'exaspération s'échappe par sa bouche. Il regarde à travers le rétroviseur central et observe son cadet affalé sur la banquette arrière, les yeux presque clos et la bouche entrouverte. Son fils ne dort pas et même si son regard n'est pas dirigé vers eux, John sait qu'il écoute.

- Plus tard ! Répond-il d'un ton bref. Pour l'instant notre priorité numéro un est d'arriver en un seul morceau. Une fois chez Bobby, je t'expliquerai !

- Je sais que tu vas trouver n'importe quel prétexte pour éviter de m'en parler… Coupe Dean réaliste.

Il connait trop bien son père. Une fois chez leur ami, John s'esquivera à la moindre occasion et fera tout pour éviter l'affrontement.

Tandis que maintenant, il ne peut pas lui échapper, il doit s'expliquer et donner des réponses. Parce que Sam mérite de savoir pourquoi on l'a torturé de la sorte, parce qu'il mérite lui aussi de savoir pourquoi on lui a tiré dessus et pourquoi on le considère comme un traître. Parce qu'il ne comprend pas pourquoi d'autres chasseurs les traquent alors qu'ils sont eux aussi des chasseurs.

Le visage imperturbable de son père reflète mal la profusion des sentiments qui s'entrechoquent dans son cœur comme dans sa tête. Il voudrait se taire et oublier cet incident. Mais maintenant ses deux fils sont en danger, autant Dean que Sam. Ils sont désormais jugés comme des parias dans leur communauté, condamnés à être des traîtres à la solde de l'ennemi.

- Tu te trompes Dean. Souffle-t-il fataliste. J'ai toujours pris avec réserve ce qu'on m'a révélé au sujet de ton frère et jamais, grand Dieu, je pensais que ça irait jusque là !

John jette alors un coup d'œil à son cadet à travers le rétroviseur.

Les yeux de Sam ont glissé vers lui et il le fixe désormais silencieusement à travers le miroir.

John prend une inspiration profonde et se lance mal à l'aise.

- Il y a quelques années, nous avons eu une chasse en Louisiane… tu te souviens peut être… un esprit particulièrement violent qui décimait pas mal de gens. Nous avons effectué des recherches pour retrouver son corps. mais on n'y arrivait pas… parce qu'il était englouti dans les marais…alors, avec le pasteur Jim, nous avons fait appel à un médium réputé dans le secteur…

- Mamatata ! L'interrompt Dean en imitant l'accent créole, se rappelant de la jeune femme noire très sexy qui respirait la joie de vivre.

- En fait, elle s'appelait Martha mais elle t'a laissé l'appeler comme ça…

- Je devais avoir… douze ou treize ans !

- Douze… Précise John. Et je t'ai laissé participer à cette chasse, il fallait bien que tu fasses tes armes…

- Bref, Reprend-il sérieusement. Grâce à elle, nous avons pu localiser le squelette de l'esprit et brûler ses restes. Après ça, Jim est reparti très rapidement pour une chasse aux vampires dans l'état voisin. Nous avons pris le repas avec elle et avons passé agréablement l'après midi à parler de ta mère. Mais au moment de partir, lorsque je lui ai serré la main… elle est entrée dans une sorte de transe… elle s'est accrochée tellement fort à moi que j'ai cru qu'elle allait me casser les doigts… c'est là… qu'elle m'a dit que Sam était en danger… qu'il fallait que je veille sur lui… mais surtout… que je l'empêche de devenir l'instrument du mal… le mal incarné qui mènerait l'humanité à sa perdition…

- C'est complètement stupide. S'exclame Dean. Sam est incapable de faire du mal…

- J'ai eu la même réaction que toi ! Coupe John. Je lui ai demandé pourquoi elle me disait tout ça… Sammy n'avait que neuf ans à l'époque…neuf ans ! Elle m'a dit que les esprits accouraient tous vers elle et se bousculaient dans sa tête pour la prévenir…Elle n'arrivait plus à les contrôler… Ils… ils étaient de plus en plus nombreux… paniqués… violents… et tous demandaient la destruction de l'enfant d'Azazel…

- D'Azazel ?

- Le démon aux yeux jaunes, celui qui a tué ta mère.

Dean sent son sang se glacer dans les veines. Il a l'impression de se tasser un peu plus dans son siège. D'incompréhension, il frotte la blessure à sa tempe qui le démange douloureusement.

- Mais Sam est ton fils !

- J'en suis certain ! Continue le plus vieux des Winchester en changeant de voie pour emprunter une route secondaire.

- Lorsqu'elle m'a lâché enfin la main. Reprend-il encore. Elle s'est évanouie. Sa sœur est venue s'occuper d'elle et nous a demandé de partir. Martha est restée dans le coma durant une semaine. A son réveille, elle ne se souvenait plus de rien, même pas de notre passage… J'ai voulu oublier cet incident… mais… je voulais trouver celui qui avait tué ta mère… et maintenant que j'avais un nom, je ne pouvais pas l'ignorer et j'ai pu avancer dans mes recherches…

Dean se met à sourire tristement. Venger la mort de maman, évidemment

- Et qu'est-ce que tu as appris ?

- Et bien… j'ai découvert que nous n'étions pas les seuls dans ce cas. Que d'autres enfants ont vu leur mère brûler au plafond lorsqu'ils avaient six mois. Mais ses gosses étaient tout ce qu'il y a de plus normales. Leurs parents n'avaient rien d'exceptionnels…

- Mais ton attitude envers Sam à tout de même changé. Réalise Dean. C'est pour ça que tu lui as donné un flingue lorsqu'il t'avait dit qu'il avait peur du noir ? Tu es aussi devenu plus dure avec lui. Plus exigeant. Tu ne t'es jamais dit que le médium s'était peut être trompé ?

- Dean, elle n'a jamais fait d'erreur !

- Tu aurais dû prévenir Sam ! S'énerve Dean en secouant la tête négativement. Il est le principal concerné, bordel ! Si tu l'avais fait, il aurait été sur ses gardes… il aurait pu éviter ces connards fanatiques qui l'ont kidnappé ! Tu aurais dû nous avertir !

John reste silencieux et observe la route devant lui.

- Je ne comprends pas comment ils ont eu vent de cette histoire ! S'inquiète John à haute voix. Je n'ai jamais raconté ce qui s'est passé à qui que se soit ! Comment ce Mac Finley est parvenu jusqu'à Sam ? C'est ça que je voudrais savoir Dean !

- Démons… Murmure faiblement une voix écorchée et rauque derrière eux.

Les deux Winchester, surpris, se retournent soudain vers Sam.

- Quoi ? Demande John étonné.

- Ce sont… les démons… qu'il a… torturé… qui lui ont dit ! Souffle le plus jeune en grimaçant.

Dean regarde son frère avec angoisse.

- Sammy, on connait mal ces créatures, on ne peut pas se fier à leur parole parce qu'elles sont mauvaises. Elles ont dit ça pour se venger et te faire du mal, parce que papa est un trop bon chasseur. Et ces trou-duc qui se font appeler chasseurs sont tombés dans le panneau !

Sam a cessé de les écouter. Trop épuisé d'avoir parlé. Il a pincé ses lèvres, clos les paupières et s'est réfugié de nouveau dans le silence. Le chat quand à lui s'est installé sur ses genoux et plonge ses yeux verts dans ceux de Dean. Le jeune chasseur n'aime pas cette bestiole, elle est trop présente, mais le miaulement qu'elle lance est aussi triste et déchirant que ce qu'il ressent au plus profond de lui-même.

John, quand à lui, est abasourdi par cette révélation. Il a dû falloir beaucoup de persuasion de la part du chasseur pour que les démons révèlent ce genre de chose et trahissent l'un des leurs.

Soudain, Il se souvient de tous les corps égorgés qu'ils ont découvert entassés dans la chaufferie et du soufre qu'il avait remarqué sur leurs vêtements. Ce Mac Finley a trouvé le moyen de leur tirer suffisamment d'informations pour commencer à traquer des jeunes gens comme Sam. Combien d'entre eux sont déjà passés entre ses mains ? Sam était-il le premier ?

Il faut que je fasse de nouveau des recherches sur les familles que j'avais repérées. Juste pour savoir si elles vont bien et si leurs enfants sont toujours en vie.

John respire péniblement pour évacuer tout le stress qu'il a accumulé durant des heures.

Il laisse également Dean se convaincre que les démons ont menti pour se venger des chasseurs et d'eux en particulier. C'est moins effrayant que de croire le contraire.

Mais lui n'est pas dupe. Il entend trop bien les paroles de Jacob se répéter dans son crâne inlassablement comme un disque rayé « tu n'as pas vu ce qu'il a été capable de faire ». Cette phrase sonne pour lui comme une sentence.

Il faut absolument qu'il parle à Sam et qu'il lui demande ce qu'il a fait.

Mais avant toute chose, il faut qu'ils récupèrent. Ils doivent surtout prendre le temps de s'occuper de Sam.

Lorsqu'ils arrivent enfin chez le vieux chasseur, l'après-midi est déjà bien entamé. Ils ont tellement fait de détours et emprunté des routes si peu fréquentées qu'ils sont certains d'avoir brouillé leur piste.

Les pneus de L'Impala crissent sur les graviers quand John s'engage vers l'arrière de la maison pour éviter une rencontre inopportune puis s'arrête derrière plusieurs vieilles voitures en pièces détachées. Il ouvre alors la boîte à gants et retire un sachet contenant un portable neuf. Il enlève ensuite la carte Sim de son vieux téléphone et le place dans le nouveau. Il peut alors prévenir Bobby de leur arrivée et lui demander s'il est seul.

Dans les secondes qui suivent Singer se retrouve à côté de la Chevrolet et grimace en voyant l'état déplorable de la voiture.

- Bah dit-donc ! Lance-t-il à John en lui faisant une franche accolade. J'n'ai jamais vu cette caisse dans un si mauvais état !

- Content de te voir aussi Bobby ! Répond John avec le sourire.

- J'vous demande pas si vous avez fait bon voyage. Reprend le vieux chasseur en voyant l'état déplorable de Dean qui s'extrait difficilement du siège avant.

- Tu peux nous aider à emmener Sam à l'intérieur ? Demande le plus vieux des Winchester. On a tous besoin de se reposer…

John s'engouffre à l'intérieur et secoue doucement son cadet pour le réveiller. Sam cligne des yeux et regarde un instant tout autour de lui pour se souvenir de l'endroit où il se trouve. Il observe un instant son père et le suit alors qu'il le guide en le soutenant par le coude jusqu'à l'extérieur.

Le vieux chasseur à un mouvement de recul lorsqu'il aperçoit enfin Sam. Il ne pensait pas qu'il serait aussi mal en point et si maigre. Il se précipite ensuite vers lui maladroitement et un peu honteux de sa réaction pour l'aider tandis que Dean emprunte le premier la porte d'entrée.

- Laisse-moi te dire un truc gamin. Ne peut s'empêcher de grogner Bobby. La première chose que tu fais en entrant chez moi c'est prendre une douche… parce que tu pues comme un phoque, c'est pas Dieu possible !

Sa remarque tire un sourire de Dean et de son père alors que Sam acquiesce légèrement de la tête.

Une fois à l'intérieur, les Winchester sentent enfin la pression retomber progressivement. Ils ont toujours eu le sentiment d'être un peu chez eux à chaque passage chez leur ami. Ils reprennent rapidement leur marques et chacun semble avoir une tâche précise à accomplir.

John entraîne Bobby dans le salon vieillot mais accueillant pour l'informer rapidement de la situation et du danger devant lequel il s'expose en les acceptant chez lui.

Dean, quand à lui c'est précipité à l'étage pour prendre des affaires appartenant à son frère que Bobby avait gardé lors de leur dernier séjour. Sam avait encore grandi et pris une carrure de jeune athlète. Le chasseur avait gardé les vêtements pour dépanner d'autres personnes si le besoin se présentait.

Pendant tout ce temps, Sam est resté debout au beau milieu de la cuisine sans oser faire le moindre geste, froissant de façon incontrôlable le bas de son t-shirt sans s'en rendre compte. Une angoisse oppresse sa cage thoracique et lui donne l'impression d'étouffer.

Pourtant il est enfin en sécurité ici avec sa famille, dans un lieu où rien ne peut lui arriver.

Mais ses mains n'arrêtent pas de trembler et des frissons se mêlent à des bouffées de chaleur. Son cœur tape fort contre sa poitrine et Sam n'arrive pas à contrôler la panique qui cherche à le dominer.

Il ne veut pas se laisser aller. Il n'en a pas le droit. Il l'a déjà fait une fois et le résultat a été si horrible qu'il ne veut même plus y penser. Parce qu'il s'est fait peur. Parce qu'il ne veut pas que Dean et son père voient ce qu'il est devenu.

- Sammy ! Lance Dean en entrant dans la pièce. Reste pas debout comme ça !

Les yeux de son petit frère sont grands ouverts et Dean comprend qu'il est au bord de la rupture émotionnelle. Ses narines frémissent à chaque inspiration. Son souffle est beaucoup trop rapide pour quelqu'un qui ne bouge pas.

- Hey mon pote… Respire calmement. Reprend-il en s'avançant vers lui avec précaution. Tu n'as rien à craindre ici.

Sam recule d'un pas et avance une main tremblante pour l'arrêter.

- Ne… t'approche pas… juste deux minutes… okay… Murmure son petit frère en essayant de canaliser sa peur, verrouillant son esprit pour ne pas lâcher prise.

- D'accord Sammy, je ne bouge pas ! Confirme son aîné en s'immobilisant devant lui. On a tout le temps…

Dean observe le visage pâle et fatigué de son cadet. Il attend…

Pour lui, il pourrait attendre des heures.

Cependant son attention est attirée par un bruit de griffes grattant sur une fenêtre. Il voit et entend alors le satané chat miauler derrière l'un des carreaux transparents.

Sam tourne également la tête vers l'animal. Le félin depuis son arrivée a fait le tour complet du propriétaire pour vérifier si aucun danger ne les menaçait. Il a évité de peu la mâchoire acérée du gardien des lieux et a remercié Bobby pour l'avoir attaché à une grosse chaîne.

Sam se sent maintenant beaucoup plus en sécurité et rend momentanément sa liberté au chat.

Dean ne sait pas ce qui se passe, mais lorsqu'il voit les épaules de Sam se dénouer et sa respiration se calmer, il se dit que si la bestiole peut détendre son frère rien que par sa présence, il peut la tolérer. Il ouvre alors la fenêtre et la laisse entrer dans la maison.

- Je ne m'en occupe pas et tu te démerdes avec Bobby ! Lance Dean à Sam comme avertissement, l'index pointé dans sa direction.

Le chat se met alors à lui cirer les chaussures avec ses moustaches et ronronne à plein régime.

- Bordel ! Lâche-t-il en l'enjambant pour se diriger vers Sam. Aller, maintenant à la douche frangin !

Sam le suit sans rechigner.

Lorsqu'ils arrivent dans la salle de bain, Dean prépare tout le nécessaire pour que son frère puisse faire sa toilette en toute intimité.

- Je reste derrière la porte, si tu as besoin de moi ! Lui dit-il pour le rassurer.

- Ca va aller. Lui chuchote Sam fébrilement. Merci…

Dean le laisse alors tranquille, mais ne ferme pas complètement la porte. Il a besoin de le voir pour être sûr qu'il va bien. Depuis qu'ils sont de nouveau ensemble, il ressent un besoin viscéral de le protéger.

Il a tellement eu peur de le perdre.

Sam se déshabille lentement et entre sous la douche. Il laisse enfin l'eau tiède couler sur son corps. Le jet lui fait presque mal lorsque l'eau rentre en contact avec sa peau. Il ralentit alors son débit et se replace dessous.

La tête relevé, il ouvre la bouche pour avaler le liquide qui tombe en petite goutte fine sur son visage.

L'eau si précieuse qui lui a tellement manqué.

Il pourrait rester des heures sans bouger.

Il prend ensuite du savon et se nettoie méticuleusement toutes les parties de son corps. L'eau laisse des sillons noirs disparaître dans la vidange de la douche. Il se saisit ensuite d'un shampoing et prend plaisir à humer son odeur fruitée.

Il a le sentiment de reprendre progressivement une apparence humaine.

Etre de nouveau lui.

Des vertiges lui font parfois perdre l'équilibre mais il est trop bien ici pour sortir, alors il s'appuie vacillant contre la paroi en carrelage blanc et attend qu'ils s'en aillent.

- Tout se passe bien là dedans ? Lui demande son frère à un moment.

Sam est tellement concentré à sa tâche qu'il ne l'entend pas.

Il se lave encore, puis recommence, et se lave de nouveau les cheveux. Il prend ensuite une grosse gorgée d'eau dans la bouche puis la crache en souriant, parce que maintenant il peut la gaspiller. Il se sentirait presque euphorique s'il n'était pas si faible. Il oublie le temps. Il oublie tout pour un instant.

Lorsque Dean laisse passer sa tête à travers le rideau de douche. Sam sursaute et se retient subitement contre le mur.

- Désolé Sammy… mais ça fait une demi-heure que je t'appelle ! Son frère aîné à les sourcils froncés et une ride d'inquiétude marque son front.

- Je..n'ai rien entendu ! Répond Sam en se tournant vers lui, les cheveux longs plaqués sur le visage lui cachant quasiment tous les yeux.

- Sors, sinon tu vas ressembler à un poisson tout fripé et ton chat va te bouffer !

- Ce n'est pas mon chat ! Affirme-t-il en souriant.

Dean à le cœur qui se gonfle de bonheur lorsqu'il voit les pommettes de Sam remonter pour former un sourire. Il aurait presque les larmes aux yeux tellement il se sent soulagé, mais il se retient et avale sa salive. Même s'il reste encore trop maigre à son goût, il se dit qu'il retrouve enfin son petit frère, celui qu'il a toujours connu.

- Allez, habille toi et je t'emmène dans la chambre, ensuite je te prépare un truc à bouffer !

- Okay ! Reprend son cadet en prenant les habits que lui tend Dean.

- Tu peux m'aider ? Hésite-t-il à lui demander en baissant les yeux vers ses pieds devenus trop blancs.

- Hey y'a pas de gène entre nous Sammy ! Lance Dean sentant son malaise. Je te rappelle que je t'ai mis des couches quand tu étais petit !

Sam sourit de nouveau et se laisse aider. Les vêtements sont un peu courts aux poignets et en bas des jambes mais le reste peut convenir.

Dean à l'impression d'avoir fait un bon dans le passé de quelques années en l'observant dans cette tenue. Une période dans la vie de Sam alors qu'il était en pleine croissance et fin comme un haricot.

- Ca va ? Demande alors Sam maladroitement. Je… je vais bien Dean !

Son aîné est encore touché de plein fouet par un flot de sentiments. Il devait vraiment faire une drôle de tête pour que son frère le rassure de la sorte.

- Je suis tellement content de t'avoir retrouvé Sam ! Avoue-t-il d'une voix éraillée.

Sam prend alors appui sur son épaule valide et se soulève lentement.

C'est un contact simple, une pression de la main qui transmet une foule d'émotions en direction de son grand frère. Un « merci », un « je sais que je peux compter sur toi », un « je t'aime » tout simplement. Mais jamais ces paroles ne sortiront de leur bouche respective, par habitude certainement, par pudeur sûrement.

Le trajet entre la salle de bain et la chambre à l'étage est long, mais ils prennent enfin leur temps. Ils entendent les voix de Bobby et de leur père discuter vivement sans vraiment en distinguer les paroles.

Une fois assis sur l'un des deux lits de la petite pièce qui leur sert de chambre, Dean s'assure que son frère va bien et que les volets de la fenêtre soient suffisamment entrebâillés pour que la lumière soit douce.

- Je reviens tout de suite ! Avertit Dean en se précipitant ensuite vers la cuisine.

Le jeune homme se dépêche d'ouvrir le frigidaire, en sort des œufs, du bacon…

Il prépare une bonne omelette qu'il fait cuire avec soin, remplit un verre de jus de fruit, sort aussi des tranches de fromage et du pain.

Il dispose le tout sur un plateau, rajoute une carafe d'eau et emmène le tout avec hâte à l'étage.

Dean est à peine monté de quelques marches qu'il entend la voix puissante de son père à travers la chambre où se trouve son frère.

Ses pas ralentissent… avant d'accélérer rapidement.

Il dépose alors à toute vitesse son plateau sur le sol et ouvre la porte brusquement.

Ce qu'il voit le paralyse immédiatement.

Sam est recroquevillé contre le mur et se bouche les oreilles de ses mains tout en secouant négativement la tête sans s'arrêter. Ses yeux fermés sont trempés de larmes et tout son visage exprime une douleur insupportable.

John est penché sur lui, le domine et lui agrippe les épaules qu'il plaque solidement contre la cloison.

Il répète inlassablement les mêmes paroles d'une voix rude et insistante.

- Qu'est-ce que tu as fait Sammy ? Qu'est-ce que tu as fait ?

- Papa… Hurle Dean complètement bouleversé. Arrête ça tout de suite !

A suivre


Merci pour votre enthousiasme, ça me va droit au cœur !

Dans ce chapitre, je suis partie du principe que Sam n'a pas encore été en contact de près ou de loin avec les démons avant d'être kidnappé. J'espère que cela ne vous a pas trop perturbé !

J'espère aussi que ce chapitre vous a plu ! Personnellement je n'en suis pas tout à fait satisfaite (j'aurais voulu en dire plus, mais le chapitre aurait été beaucoup trop long)

Comme d'habitude, je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour la suite de cette aventure !

Elisab