Le présent

C'est une odeur de merde qui me réveille et qui m'agresse les narines. Je veux me passer une main sur le visage pour m'éclaircir les idées mais mon geste est bloqué par des liens qui me serrent douloureusement les bras dans le dos. Mon torse me brûle là où les deux électrodes se sont agrippées à moi pour m'électrocuter. Maudit taser !

Je vois complètement flou et cligne plusieurs fois des paupières pour accommoder ma vision. Il fait sombre dans la pièce mais je peux distinguer un grand ventilateur fixé au plafond qui fonctionne et qui résonne dans ma tête désagréablement.

D'ailleurs, j'ai la sensation horrible que si je fais le moindre mouvement ma tête va se décrocher de mon corps et rester à même le sol tellement elle me semble lourde.

Mon regard se déplace péniblement pour s'arrêter sur un autre corps assis par terre en face de moi, le dos appuyé contre le mur en métal. Il est également attaché, pieds et mains solidement liés ensemble par une corde.

Son visage, rongé d'inquiétude, m'observe.

J'ai l'impression de faire un Marathon dans une eau boueuse avant de pouvoir articuler un mot convenablement.

- Bobby…

J'entre-aperçois le vieux chasseur se détendre un peu et me regarder avec affection.

- Prends ta respiration calmement gamin. Me conseille-t-il rassuré par mon réveil.

Je cherche encore partout dans la pièce pour y trouver mon père et mon frère, mais nous ne sommes que tous les deux.

- Sammy ?… Papa ?

- On n'est que tous les deux ! M'annonce-t-il lentement.

Je ne sais pas si cette nouvelle doit me rassurer ou m'inquiéter. Mon cœur tambourine fortement contre mon torse. Je sens un frisson glacial me saisir violemment et j'avale difficilement ma salive.

- Ils… Ils ne sont pas…

- Non ! Me rassure immédiatement Bobby… Ton père a réussi à s'échapper en explosant la fenêtre de la cuisine pendant que je faisais diversion, et ton frère… d'après ce que j'ai compris… il s'est enfui en passant par le toit.

Je ferme les yeux de soulagement mais grimace de nouveau lorsqu'une crampe me vrille le ventre. J'ai froid et une forte envie de vomir m'irrite le fond de la gorge.

- Détends-toi Dean ! Me conseille Bobby en me voyant si mal. Ne lutte pas !

- J'ai juste… envie de gerber !

- C'est les effets de l'électrocution mon gars. Une vraie saloperie ce truc là !

J'avale avidement l'air par à-coups pour me rafraîchir et tente d'oublier la douleur.

- J'me suis chié dessus ! Dis-je en me dégoûtant moi-même.

- Quand tu reçois une décharge dans le bide c'est automatique Dean… Juste un réflexe corporel !

Je grogne de mécontentement et essaie d'avoir les idées claires.

- Et maintenant qu'est-ce qui se passe… j'veux dire… pourquoi on n'est pas mort ?

J'entends Bobby soupirer d'impuissance.

- Balls… Crache-t-il de colère. On sert d'appât !

J'appuie mon front recouvert de sueur contre le sol froid et cherche une idée lumineuse pour pouvoir m'échapper d'ici. Mais je ne me sens vraiment pas bien et je prie pour que papa trouve une solution pour nous délivrer.

Je sombre un moment dans l'inconscience et c'est la voix râleuse du vieux chasseur qui me tire de mon engourdissement.

- Dean… tu dois venir jusqu'à moi pour que tu m'aides à nous détacher… Je suis fixé au mur bordel, bouge !

J'ouvre les paupières et fixe Bobby le regard dans le vague puis commence à me mouvoir comme un reptile pour me déplacer. La distance entre nous n'est que de quelques mètres mais je mets un temps fou pour parvenir jusqu'à lui essoufflé. Il se retourne comme il peut et me montre la corde qui lie ses mains à un tuyau qui longe le mur. Certes, il est bloqué mes ses liens semblent plus souples que les miens.

Je me déplace dans l'autre sens et lui montre à mon tour mes poignets entravés. J'espère qu'il va pouvoir faire quelque chose car je ne sens déjà plus le bout de mes doigts.

Bobby soupire et me demande de m'approcher encore plus près de lui. Je m'exécute et sens ses gros doigts de mécanicien tâtonner autour de mes mains pour accéder enfin à la corde.

Il reste silencieux et se concentre à sa tâche. Il crache plusieurs fois une série de jurons à faire damner un démon et mâchouille nerveusement le haut de sa moustache.

Lorsque je sens le sang circuler de nouveau dans les extrémités de mes doigts je sais que Bobby a réussi à détacher mes liens. Des picotements affluent partout dans mes bras et je peux enfin les ramener vers l'avant. Ce simple geste me tire un grognement pénible. Je me redresse en m'appuyant sur les mains qui sont maintenant aussi rouges et gonflées qu'une écrevisse puis j'enlève en tremblant les cordes qui m'emprisonnent les pieds. Le fait d'avancer les genoux vers mon torse m'envoient une onde de douleur dans le ventre qui me donne la nausée.

Les encouragements chuchotés par Bobby me forcent cependant à continuer. Quand je suis enfin libre, je recommence avec ceux du vieux chasseur. Je ne cherche pas trop à regarder ma main brûlée qui a un drôle d'aspect et j'ai l'horrible impression que j'y tiens mon cœur tellement elle me chauffe. Je passe également de temps en temps mon bras sur mon front pour essuyer la sueur qui perle le long de mes tempes déjà bien amochées.

- T'y es presque gamin. Me souffle-t-il encore pour me motiver.

J'ai à peine terminé de le libérer qu'il se relève sur les genoux et me prend rudement dans ses bras pour m'envoyer une tape amicale dans le dos. Il s'écarte ensuite de moi et me dévisage sérieusement.

- Ils t'ont vraiment fait une sale gueule Dean… mais tout ça peu guérir… est-ce que tu peux tenir debout ?

Sa question ne me fait sourire que d'un seul côté du visage. Je m'appuie contre le mur et me relève doucement lorsque tout se met à tourner autour de moi. Bobby me retient de justesse avant que je ne m'effondre et me plaque contre la paroi métallique.

- Hey doucement mon gars, ce n'est pas le moment de tomber dans les pommes.

Il vérifie que je suis stable et me lâche enfin pour se précipiter dans un coin de la pièce. Il s'accroupit puis appuie sur un boulon rouillé qui se trouve au ras du sol. J'entends un petit déclic qui ouvre un mécanisme et libère un tiroir.

Le vieux chasseur prend alors les armes qui s'y trouvent et une petite plaque métallique verte.

- Bobby t'es génial ! Lui dis-je soulagé.

- On ne va pas m'enfermer chez moi ! Bougonne-t-il en me glissant un petit calibre dans les mains.

Il se dirige alors vers la porte blindée et y glisse la plaque dans une fente étroite juste située sous le judas.

J'entends de nouveau un bruit d'horloge qu'on remonte et je vois avec plaisir notre prison s'ouvrir.

- Bobby, je sais que tu étais un type surprenant mais là tu m'épates ! Lui dis-je avec admiration.

Il me sourit de fierté, mais nous reprenons vite notre sérieux lorsque nous sortons.

Le couloir est vide, sombre et silencieux. Les chasseurs pensent sûrement qu'il n'y a aucune possibilité pour nous de fuir. Nous avançons à pas de velours et entendons des pas au dessus de nos têtes.

- Ils doivent être au moins trois !

Mon chuchotement est à peine audible.

- Suis-moi ! Me dit-il en contournant l'escalier qui mène au premier étage.

J'obéis sans discuter et le regarde se mettre à genoux devant un mur et tâtonner le sol en terre battue à la recherche de quelque chose.

De mon côté, j'observe également les environs et écoute les déplacements des chasseurs qui semblent s'accélérer.

Puis soudain des coups de feu éclatent et les pas de nos ennemis à l'étage supérieur s'activent dans tous les sens.

Bobby se presse lui aussi et dégage un crochet qu'il tire vers lui de toutes ses forces. Je vois s'ouvrir une trappe poussiéreuse qui doit mener encore plus profondément dans la maison.

Le chasseur me fait signe de m'y engouffrer alors que les pas des chasseurs s'approchent dangereusement de la porte qui mène jusqu'à nous.

Je grimace en me faufilant dans l'ouverture tandis que Bobby grogne pour son manque de souplesse et de son embonpoint au niveau de ses hanches.

Il a juste le temps de refermer la trappe que nous entendons courir nos geôliers vers notre lieu de détention désormais vide.

Nous refermons la trappe de l'intérieur et nous déplaçons très difficilement entre les cloisons du mur extrêmement étroites. La poussière du plafond tombe sur nos têtes lorsque les chasseurs se déplacent au dessus de nous.

Puis le silence total se fait entendre.

A notre tour, nous arrêtons tous mouvements et retenons notre respiration le souffle court, puis écoutons.

Je sursaute lorsque des impacts de balles percent le plafond et se logent à quelques mètres de nous.

Nous nous précipitons alors à toute vitesse comme des crabes pour atteindre enfin un conduit d'air d'un mètre carré qui mène à la surface. J'agrippe la veste de Bobby pour l'attirer vers moi et le dégager ainsi rapidement de l'étroitesse du couloir avant que des balles perforent le vide laissé par le chasseur.

Je le vois respirer par à-coups et se frotter le ventre subrepticement.

- Va falloir que tu réduises les verres de bières. Lui dis-je avec un clin d'œil en fixant son estomac.

- Va te faire voir et grimpe ! Bougonne-t-il en me montrant l'échelle métallique plantée dans le mur.

Les coups de feu continuent d'exploser un peu partout autour de nous mais aussi à l'extérieur de la maison. J'espère que papa et Sam ont trouvé un moyen de supprimer ses connards. Malgré la sensation d'être complètement en dehors de mes pompes, je sens l'adrénaline diffuser dans mon corps suffisamment d'énergie pour résister et pour leur régler leur compte.

J'en ai ras-le-bol d'être le gibier que l'on traque. Ras-le-bol de voir ma famille et Bobby se faire tirer dessus comme des lapins en plastique à la foire. Je refoule toute douleur et laisse ma colère devenir mon maître pour continuer le combat.

D'abord sortir de ce trou d'Enfer puis éclater un à un leur tronche de macaque !

Nous gravissons le conduit d'air qui doit donner directement dans le Casse-auto par une grille dans le sol qui ressemble à une plaque d'égout.

Je tremble toujours et souffle comme un bœuf à mi-parcours. J'ai un mal fou à saisir les barres à claire-voie avec mes mains trop abimées et je finis par passer mes avant-bras à l'intérieur du barreau pour me hisser péniblement vers la barre suivante.

J'entends aussi Bobby me demander d'aller plus vite mais c'est au dessus de mes forces. Chaque barreau que je gravis est un exploit pour moi. Les derniers me semblent impossibles à franchir. Pourtant, je réussis à atteindre la dernière barre. Je m'y accroche désespérément pour ne pas lâcher prise et écoute s'il y a du mouvement à l'extérieur.

Je n'entends absolument rien.

Je pousse difficilement la grille avec mes avant-bras et la fais glisser sur la terre battue puis je m'extrais en soufflant du conduit étroit en m'aidant de mes poignets.

Je parviens à sortir le haut de mon torse quand, soudainement, je me fais happer par l'arrière. Je me retourne sur la défensive près à envoyer mon poing dans la figure de mon agresseur lorsque je reconnais mon père.

- Papa ?!

- Dean… Me lance-t-il avec soulagement en abaissant son couteau. Tu as réussis à t'échapper.

Nous entendons également Bobby sortir du trou en ruminant quelque chose dans sa barbe.

Nous restons cependant extrêmement vigilants pour ne pas attirer l'attention des chasseurs.

John regarde Bobby, le conduit d'aération, puis moi.

- Où est Sam ? Me demande-t-il inquiet.

- Il n'est pas avec toi ?

- Je pensais qu'il était avec vous ? Répond-il de plus en plus soucieux. Quand je me suis enfui vous étiez tous les deux à l'étage. Dean… ne me dis pas qu'il est de nouveau aux mains de ces brutes ?

- J'ai entendu des chasseurs dirent qu'il s'était échappé par le toit. Intervient Bobby pour calmer mon père. Il n'est plus avec eux, rassure-toi !

Je vois papa se détendre un peu mais il reste tout de même troublé par l'absence de Sam.

- C'est toi qui a tiré sur les chasseurs pour faire diversion ? Questionne alors le vieux chasseur. Je pensais que c'était lui.

- C'était moi ! Confirme John. Mais où est-il passé alors ?

Nous nous regardons de nouveau en ne sachant pas quoi penser. Cependant nous n'avons pas le temps de nous en occuper pour le moment. Nous sommes encore en danger et devons trouver le moyen d'éliminer les chasseurs qui occupent la maison de Bobby.

De plus, le silence s'est installé autour de nous et cela n'augure rien de bon. Nous nous sommes cachés parmi les carcasses de voitures et avons récupéré des armes que Bobby avait dissimulé dans le coffre d'une vieille Chevrolet sans portes ni pneus.

Bobby, en chasseur prévoyant, à entreposé dans divers endroits de sa propriété du matériel pour nous permettre de nous défendre correctement. Nous allons pouvoir ainsi les récupérer au fur-et-à-mesure de nos déplacements.

L'équipe de Mac Finley a dû s'apercevoir que nous ne sommes plus dans les soubassements de la maison et que nous pouvons maintenant riposter librement.

Nous devons désormais les attirer à l'extérieur et les tuer un par un. C'est désormais le jeu du chat et de la souris.

John et Bobby prennent des directions opposées et s'avancent de nouveau prudemment vers l'habitation. J'emprunte alors un dédale de carcasses de voitures pour aboutir à l'arrière de la maison. J'arme mon fusil et me cache derrière une vieille fourgonnette.

Je scrute également tout le périmètre à la recherche de Sam. Je suis inquiet de sa disparition et j'ai peur qu'il prenne de mauvaises initiatives. Il ne sait pas que nous avons réussi à nous échapper et les coups de fusils qui ont été échangés on dû le mettre dans tous ses états.

J'entends soudain du mouvement sur ma gauche et le crissement du gravier sur le sol. Je m'accroupis rapidement et me saisis de mon couteau prêt à accueillir l'ennemi.

Un autre bruit sur ma droite attire mon attention mais je reste persuadé qu'il va apparaître de l'autre côté.

Mon intuition est la bonne lorsque je vois se précipiter sur moi un chasseur, un poignard dans la main prêt à me décapiter sans scrupule. J'évite sa lame de justesse, esquive une seconde attaque et plante mon arme dans son estomac puis tourne mon poignet pour que le couteau fasse un maximum de dégât dans son corps. L'homme s'écrase alors sur le sol en se retenant le ventre et me regarde surpris d'avoir été blessé par un homme beaucoup plus jeune que lui avant de s'effondrer mort.

J'ai à peine le temps de reprendre ma respiration que je vois une ombre sur le sol à ma droite. Je pivote la lame la première et lance ma jambe pour faire perdre l'équilibre au type qui se trouve derrière moi.

La pointe de mon couteau arrive pile sous le menton de Sam prêt à y être enfoncée.

- Bordel de merde !

Je me retiens de ne pas lui foutre une baffe et le redresse d'un seul coup en lui agrippant le t-shirt.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

- Je vous cherchais et j'ai vu le chasseur se jeter sur toi…

J'observe mon frère avec affection et l'examine de la tête aux pieds pour voir s'il n'est pas blessé. Tout semble correct pour lui compte-tenu des circonstances.

- Tu as une arme sur toi ?

Il me montre un morceau de bois de la longueur d'une batte de baseball.

Un nouveau craquement nous alerte et automatiquement nous nous dissimulons derrière le véhicule rouillé.

Ce n'est pas un, ni deux chasseurs que nous voyons arriver mais trois qui sont armés jusqu'aux dents. Je repousse Sam derrière moi pour le protéger et nous ne faisons aucun bruit pour ne pas les alerter.

Des coups de fusil éclatent un peu plus loin et nous en profitons pour nous mettre à l'abri discrètement derrière une autre carcasse de voiture.

C'est lorsque j'entends le clic d'une arme à feu qui s'enclenche que je me retourne et vois Mac Finley me mettre en joue et tirer.

L'impacte de la balle me propulse violemment vers l'arrière et j'atterris lourdement sur le sol en vidant l'air de mes poumons.

Sam crie mon nom et balance un coup brutal dans les genoux du chasseur qui grogne de douleur.

Bobby surgit soudain et tue un autre chasseur qui se précipitait sur Sam pour le massacrer.

Les deux chasseurs présents empoignent alors Bobby qui se défend comme un diable pour échapper aux coups de ses adversaires.

Sam s'est précipité vers moi et regarde ma hanche qui saigne abondamment. Je vois dans ses yeux briller des larmes qu'il refoule comme il peut.

Je pousse une plainte en serrant les dents lorsqu'il appuie sur ma plaie pour ralentir le sang qui s'y échappe.

Le vieux chasseur se débat comme un lion tandis que Mac Finley passe derrière lui et l'assomme avec la crosse de son arme.

Bobby s'effondre à son tour le visage ensanglanté.

J'entends encore au loin les balles siffler et je me dis que papa doit être lui aussi aux prises avec d'autres chasseurs.

La panique commence à s'emparer de moi et lorsque je vois le leader des chasseurs se relever et je conjure Sam de fuir.

- Je ne peux pas te laisser Dean ! Supplie mon petit frère en essayant péniblement de me relever.

Je me sens mal et chaque respiration me donne envie de tousser et de vomir.

Mac Finley s'approche encore et je peux voir ses yeux fixer Sam avec une haine indescriptible.

- Fiche le camp !

Je hurle sur mon petit frère et le repousse violemment puis retombe sur mes genoux.

Sam regarde Bobby inconscient, puis les deux chasseurs qui s'approchent de lui le sourire mauvais figé sur leur visage.

Je passe alors ma main derrière mon dos pour attraper le petit calibre que j'y ai caché, mais je reçois une nouvelle balle dans mon biceps qui arrête immédiatement mon geste.

J'ai l'impression maintenant que mon corps n'est plus que douleur et je suis incapable de faire le moindre geste. Les cris de mon frère semblent lointains et résonnent dans ma tête alors qu'un voile flou assombrit ma vision.

Je sens juste les mains de mon frère me toucher et trembler alors qu'il essaie de me tirer vers lui, loin des chasseurs.

- Laissez le tranquille ! Hurle Sam en s'accrochant à moi.

J'entends sa respiration saccadée contre mon oreille et je peux sentir sa peur l'envahir et se diffuser par tous ses pores. Son cœur bat beaucoup trop vite et tape trop fort contre moi et je crains le pire.

- Comme c'est touchant. Ricane Mac Finley. Regardez-bien mes amis, c'est de cette manière que ces monstres se faufilent parmi nous. Une parodie de sentiments pour vous piéger.

- Mon frère est innocent ! Crie alors Sam en se détachant de moi et en me reposant doucement sur le sol. Ses yeux vitreux fixant toujours le visage du chasseur.

Je comprends alors ce que mon frère essaie de faire. Il veut se sacrifier pour me sauver la vie. Mais je sais que cela ne sert à rien. Ces hommes là sont des fanatiques et quoique l'on dise ou que l'on fasse ils n'enlèveront pas les œillères qu'ils ont devant leurs yeux.

Je me sens complètement inutile et je boue intérieurement de ne pas pouvoir venir en aide à Sam. Ma tête repose sur la terre battue et ma sueur se mélange à la poussière extérieure. Je ne peux être désormais qu'un spectateur impuissant, assistant à la destruction de tous les miens avant ma propre mort.

- Bien sûr qu'il est innocent ! Rajoute le chasseur en grimaçant de dégoût devant mon frère. Tout comme ton père ou ce vieux Singer. Mais ils sont aveuglés par les sentiments qu'ils éprouvent pour toi. Nous sommes obliger de les tuer… tout ça par ta faute… parce que tu es pourri de l'intérieur… contaminé par le mal…

Un frisson de terreur s'empare de moi lorsque je vois le chasseur pointer de nouveau son arme sur mon frère tandis que ses deux autres compagnons le rejoignent.

Il va le tuer Il va tuer mon petit frère Sammy !

Je glisse mon regard comme un désespéré vers lui pour assister à son exécution lorsque je le vois lever une main vers Mac Finley.

L'expression du chasseur s'est transformée en un rictus malveillant. Il grimace en montrant des dents tandis qu'il agrippe son arme des deux mains tandis qu'une force invisible essaie de le désarmer.

- Tirez-lui dessus ! Siffle-t-il à ses compagnons qui mettent en joue mon frère.

- Noooooon !

Je hurle affolé alors que je cherche à récupérer mon petit calibre que j'ai lâché à un mètre à peine de moi.

Sam se place face aux deux chasseurs et tend son autre main dans leur direction.

Je le vois papillonner un instant des yeux puis prendre une grande aspiration avant de plisser les paupières si finement que l'on pourrait croire qu'il les a fermé.

Je réussis à me redresser difficilement sur un coude et rampe lentement vers mon arme tout en ne cessant d'observer mon frère puis les chasseurs qui ont stoppé leurs mouvements et placé leurs mains près de leur cœur.

Sam bouge ses doigts graduellement, les referme vers sa paume et semble broyer lentement quelque chose.

Je comprends alors ce qu'il est en train de faire. Je vois maintenant ce que les autres chasseurs ont vu lorsqu'ils l'ont retenu prisonnier. Je vois mon petit frère utiliser ses pouvoirs. Des pouvoirs destructeurs qui paralysent et qui peuvent tuer.

C'est avec rage que je réussis à saisir mon calibre par la crosse.

Mac Finley, quand à lui, enclenche le percuteur de son arme et se met à rire sinistrement alors qu'il s'apprête à tirer sur mon petit frère.

- Saaaam !

Le chasseur me lance rapidement un coup d'œil mais c'est suffisant pour détourner son attention et j'en profite alors pour lui tirer une balle entre les deux yeux.

Mac Finley reste cependant encore quelques secondes debout avant que ses jambes ne ploient et qu'il ne s'effondre par terre.

Sam reste cependant hermétique à ce qui se passe autour de lui. Il a fermé le poing et le serre si fort que ses jointures sont devenues blanches.

Les deux chasseurs ont été saisi d'effroi lorsqu'une douleur insupportable leur a compressé le cœur pour finir par être réduit en hachis par une force invisible commandée par la pression puissante de la main du jeune Winchester.

Ils meurent ensemble avant même d'avoir touché le sol.

Des coups de feu retentissent encore plus proche de nous et j'ai l'impression que jamais ça ne va finir.

J'entends des cris et des bruits de lutte derrière un monticule de vieilles voitures alors que Sam semble émerger doucement de sa torpeur et réalise ce qui vient de se passer. Je peux lire sur son visage le trouble et la confusion tandis qu'il regarde ses mains avec étonnement.

Sam a le dos voûté et les épaules repliées vers l'avant. Ses cheveux lui cachent une partie de ses yeux qui brillent d'une lueur étrange et qui me font frissonner. Toute son attitude me fait comprendre qu'il est de nouveau aux prises avec ses démons intérieurs et qu'il est prêt à s'effondrer encore.

Soudain, j'entends quelqu'un courir et je vois mon père surgir devant nous. Il se retourne précipitamment pour enfoncer sa lame de couteau dans le corps du chasseur qui le poursuivait en poussant un cri de rage. L'homme s'agrippe alors à ses épaules avant que John ne le repousse brutalement et l'achève en lui plantant son arme dans le creux du cou.

Il se précipite alors vers nous, soulagé de nous voir encore vivants, mais soucieux lorsqu'il m'observe.

C'est vrai que je pisse le sang et que mon aspect ne doit pas être très reluisant. J'ai ma tête qui tourne et il est difficile pour moi de garder les idées claires.

- Dean ! Crie-t-il s'approchant de moi.

Il soulève doucement mes vêtements pour observer méthodiquement ma blessure et me retourne lentement pour voir si l'impact est sorti de l'autre côté. Il me saisit ensuite le visage, tâte mon front brûlant et regarde mes yeux complètement dilatés.

- Il faut que je t'emmène dans un hôpital ! Constate-t-il abattu.

- Papa… Sammy… Lui dis-je cependant, inquiet du silence de mon petit frère que je ne peux plus voir.

John me repose lentement, se retourne et s'avance vers lui.

Sam n'a toujours pas bougé et reste tétanisé par les actes qu'il a commis.

Mon père le saisi par les épaules et le secoue vivement pour le faire réagir.

- Sam… Tu vas bien ? Questionne-t-il. Sammy ?

Mon cadet réagit enfin, semble se détendre et lève ses yeux claires remplis de culpabilité pour dévisager papa avec étonnement.

- Les chasseurs ? Demande-t-il agité en scrutant les environs avec appréhension.

- C'est bon Sammy ! Répond-il. Ils sont tous morts. Je me suis personnellement chargé de James et d'Ethan. Ils ne peuvent plus nous faire du mal !

Sam se frotte le visage plusieurs fois pour s'éclaircir les idées, respire faiblement puis me cherche partout du regard.

- Dean ? S'affole-t-il en se précipitant vers moi.

Pourtant son enthousiasme est freiné par la crainte de ma réaction.

- Il est en vie Sam. Le rassure John. Mais il ne faut pas tarder. Il faut aider aussi Bobby… Tu peux m'aider Sam ?

Je vois mon frère regarder le vieux chasseur évanoui, puis ses yeux reviennent vers moi. Il ne peut détacher son regard du mien et mâchouille involontairement sa lèvre inférieure.

Je comprends parfaitement son angoisse. Il ne sait pas comment je vais réagir face à ce qu'il a fait. Il craint ma réaction et tremble de peur à l'idée que je le rejette.

Il sait désormais que je connais son secret. Je suis maintenant le seul à l'avoir vu utiliser ses pouvoirs.

Cela doit être terrifiant pour lui d'imaginer ce que je peux éprouver, mais il ne sait pas ce que je ressens réellement au plus profond de moi à son sujet.

A suivre…

Je suis désolée pour mon retard mais j'ai eu une semaine vraiment bien chargée…

Nous approchons doucement de la fin… et oui, il faut bien finir un jour !

J'espère que cette suite vous plaira, même si j'ai encore assouvi mes besoins sadiques…

Toujours un grand merci à vous toutes et tous pour vos reviews et mp.

J'aime connaître vos différentes réactions à chaque chapitre ;)

Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine.

Elisab