« Expliquez vous M. Xellos, pourquoi ne dois je pas faire de Drag Slave ? »

« Si vous tenez à garder votre très cher M. Gourry en vie, il serait mieux de trouver une autre solution. »

« En quoi ça concerne M. Gourry ?» demanda Yaone perplexe.

« Voyez vous, si vous faite un Drag Slave, cela va certes tuer notre ami ici présent mais aussi toutes personnes se trouvant dans la zone d'effet du sort. »

« Mais c'est impossible, le démon a créé une barrière, tout ce qui se passe dans celle-ci n'est pas répercuté dans notre monde ! »

« C'est vrai…mais uniquement si le démon survit. Dans le cas présent, si vous tué Enenra, le Drag Slave aura le même effet que si vous l'utilisiez sans barrière. Vos amis vont donc mourir de vos propres mains. »

Sylphiel écarquilla ses yeux et s'écroula au sol. La demoiselle réalisa qu'elle avait failli tuer la personne qu'elle aimait le plus au monde et se mit à pleurer. Yaone s'accroupit près d'elle afin de la consoler en lui expliquant qu'elle n'avait rien fait et que Gourry se portait très bien.

« Et vous M. Xellos, vous êtes puissant. N'avez-vous pas un sort qui pourrait le détruire sans tout réduire à néant ici ? » demanda Sylphiel en sanglotant.

« Je suis désolé, mais je n'ai pas le droit d'intervenir. Sinon mon patron ne va pas être content. »

« C'est ça que tu appelle ne pas intervenir…Xellos…sale traître. »

La glace qui entourait le démon commençait à fondre laissant tout loisir à ce dernier de parler.

« Je n'aide pas. J'informe ! » Il marqua une pause. « Quel thé délicieux…» Le démon retrouva son air enjoué et referma ses yeux. Yaone porta sa main sur son front en entendant les derniers mots de Xellos, qu'elle considérait comme inapproprié à la situation et reprit la conversation :

« Vous, veuillez ne pas nous interrompre ! » La jeune femme posa la main, qui était précédemment sur son front, au sol.

« Van Leil ! »

Une multitude de serpentins de glace allèrent s'enrouler autour d'Enenra afin de consolider la cage qui commençait à fondre. Sylphiel se releva en séchant ses larmes.

« Mlle Yaone, vous ne pourrez pas le maintenir là dedans éternellement. Nous devons trouver un moyens de l'exterminer et vite ! Vous ne connaissez pas quelque chose qui pourrait remplacer le Drag Slave…tout en étant moins dévastateur. »

« Non, on ne va pas pouvoir le tuer. »

« Quoi ? Vous non plus vous ne savez pas faire ça… »

« Là n'est pas le problème, regardez autour de nous l'état de la pièce. »

La prêtresse regarda et vit qu'elle était partiellement détruite.

« Je ne comprend pas, où voulez vous en venir ? »

« M. Xellos a dit que si on le tuait tout ce qu'y s'est passé dans la barrière serait irrémédiablement répercuté dans notre monde comme si cette barrière n'avait jamais été créée. Vous souvenez vous qu'il y avait des gens dans cette salle aux endroits pulvérisés ? »

Sylphiel réalisa ce que son amie venait de lui dire, la mort d'Enenra revenait à condamner ces gens. Yaone s'assit sur la table à coté de Xellos et posa l'un de ses pieds sur une chaise.

« Il faut donc trouver autre chose. Un moyen de sortir d'ici sans le tuer, et bien sur sans que lui ne nous tue. »

La jeune femme releva une fois de plus la tête vers le ciel afin de réfléchir. A contrario, Sylphiel baissa la sienne et joignit ses mains comme pour une prière. Au bout de quelques secondes Yaone claqua des doigts.

« C'est ça ! »

Elle repoussa la chaise qui servait d'appui à son pied, qui alla se mettre sous la prison de glace. Sylphiel l'a vit se précipiter derrière le comptoir à la recherche de quelque chose.

« Que vous arrive t'il Mlle Yaone ? » s'inquiéta la prêtresse.

« De la craie, il doit bien y avoir de la craie pour écrire les menus sur les ardoises ! » La jeune femme ouvrait tous les tiroirs. « Ahah trouvée ! »

« Mlle Yaone…il me semble que ce n'est pas le moment pour faire des dessins… »

Yaone était à présent accroupie à coté de la chaise qu'elle avait envoyée sous le démon.

« Sisi, y'a jamais eu meilleurs moment ! M. Xellos, la place que vous occupé est bien la même que celle que vous occupiez hors de la barrière n'est ce pas ? »

« En effet, mais je ne … » le démon semblait intrigué par la question.

« C'est donc la chaise de Mlle Sylphiel. »

Xellos se remit à sourire. « Je comprend. »

Sylphiel vit alors Yaone dessiner un pentacle sur l'assise de la chaise dans lequel elle mit quelques symboles magiques. Son visage s'éclaira.

« Vous être en train de faire un scellé ! »

Lorsqu'elle eut terminé de faire son dessin, il commença à rayonner et absorba le démon au dessus. Yaone se replaça à peu près à l'endroit d'où elles avaient disparu en tirant Sylphiel vers elle.

« Ne vous inquiétez pas M. le démon. » dit elle joyeusement avant que la barrière ne s'estompe. « Je ne vous laisserait pas très longtemps là dedans ! »

Les deux jeunes femmes réapparurent dans l'auberge. Sylphiel fut rassurer de voir que rien n'avait changé. Elles se rassirent toutes deux mais Yaone prit soin d'échanger leurs chaises. Personne ne semblait s'être rendu compte de leurs absences. Sylphiel demanda à son amie si elle savait pourquoi.

« Hum, il me semble que le temps dans une barrière démoniaque est accéléré. En gros, quelques secondes ici donne des minutes ou peut être des heures là bas. C'est un sujet que je ne maîtrise pas bien. En tout cas, les gens n'ont pas eu le temps de nous voir disparaître, ou alors ils sont trop imbibés d'alcool pour voir quoi que ce soit. »

« Qu'allons nous faire pour le scellé ? »

« Tout d'abord, je vais devoir acheter la chaise…je ne peux pas la laisser ici, si jamais quelqu'un venait à casser l'assise, le scellé ne tiendrait plus. » La jeune femme se leva et alla vers le patron du bar.

« Dites moi, combien coûte ce genre de chaise magnifique que vous avez là ? »

« Une chaise ? Pourquoi cela vous intéresse t'il ? »

« J'viens de vous le dire, elle est magnifique, j'en veut une pour chez moi ! »

L'aubergiste regarda la chaise en bois, qui était vraiment d'une confection sommaire. Il regarda la jeune femme avec un air suspicieux. « Cent pièces d'or ! »

« Heu dites moi l'ami, vous essayeriez pas de me rouler là ? »

« Vous la voulez n'est ce pas ? C'est cent pièces d'or ou je ne la vent pas ! »

Yaone sorti de sa bourse à contrecœurs les pièces d'or et retourna s'asseoir près de Sylphiel dépitée d'avoir perdu tant d'argent. Une serveuse s'approcha des jeunes femmes et leurs demanda d'un ton sévère :

« Laquelle de vous deux paye pour le monsieur qui est parti ? »

« Quel monsieur ? » demanda Sylphiel.

« Celui avec la canne, il a prit deux thés et une part de gâteau. Il est parti sans payer, étant donné que vous étiez assises à sa table je suppose que vous le connaissez. C'est à vous de régler pour votre ami si vous ne voulez pas d'ennuis mesdemoiselles. »

Sylphiel s'affola et regarda dans sa propre bourse et se mit a rougir de honte.

« Je crains de ne pas avoir assez pour tout payer…c'est vous Mlle Yaone qui vous occupiez de payer mes frais en échange de mon aide pour retrouver M. Zelgadis. Si j'avais su j'aurais pris plus que ça… »

La tête de Yaone s'enfonça dans la table et l'une de ses mains remonta une poigné de pièces qu'elle déposa à coté de sa tête.

« Disons que c'est pour le renseignement qu'il nous a fourni à propos de la barrière. J'espère que ça suffit ! » bafouilla t'elle dans le bois.

La serveuse prit l'argent et paru satisfaite. Les deux jeunes femmes convirent qu'elles parleraient de tout ce qui venait de se passer avec Lina et les autres et montèrent se coucher en prenant soin de ne pas oublier la chaise si chèrement acquise.


Le lendemain matin, tout le monde se retrouva autour du petit déjeuner. Sylphiel expliqua aux autres leur bataille de la veille.

« Donc si je comprend bien, y'a un démon là dedans ! » dit Lina en montrant l'assise de la chaise débarrassée du dossier et des pieds.

« C'est exact. » lui répondit Yaone. « Lorsque nous serons hors de la ville et dans un coin isolé je détruirais ce morceau de bois afin de libérer M. Enenra ! »

« Et t'as un plan d'action pour te débarrasser de lui ? » demanda Zelgadis

« Absolument pas ! Je ne sais pas comment il va réagir après sa libération. Il ne va pas être content c'est tout ce que je peux prévoir. »

Même s'ils semblaient tous surpris par la déclaration insouciante de Yaone, Amélia finit par dire :

« On a pas grand-chose à craindre de toute façon, si Mlles Sylphiel et Yaone ont réussi à le maîtriser partiellement à deux, il ne fera pas le poids face à nous tous. »

« Puisque ça semble bon comme ça pour tout le monde, on devrait y aller. » fit remarquer Lina.

Ils se levèrent tous et sortirent de l'Auberge du Lion d'Argent. Ils furent stupéfait de trouver une ville effervescente. La veille tout était si calme et triste, en une nuit elle avait été métamorphosée.

« C'est grâce à vous jeunes gens. Le message est rapidement passé après votre retour chez nous. »

La dame agée de la veille était là, assise sur un banc non loin.

« Merci à vous tous !» leurs dit elle avant de se lever et de partir.

Sylphiel rappela alors à ses amis qu'elle ne venait pas avec eux pour la suite du voyage. Lina lui demanda une énième fois si elle était sûre de son choix. Sylphiel lui répondit affirmativement de la tête. La prêtresse leur dit adieu et se retourna afin de partir vers Sailune.

Une main sur son poignet la retint. Elle regarda la personne qui en était propriétaire et vit alors Yaone lui tendre une petite bourse d'argent.

« Hier soir vous avez dit qu'il ne vous restait pas assez pour payer la note, là dedans il y a de quoi tenir jusqu'à votre retour chez vous. »

« Mlle Yaone, c'est trop… »

« Ne vous inquiétez pas, l'argent ça va ça vient, c'est fait pour être dépensé. Et puis j'avais prévu que notre voyage serait plus long que ça, je ne pensais pas que nous retrouverions si vite M. Zelgadis et les autres. J'ai donc de l'argent en trop par rapport à mes prévisions. »

« Attend une minute toi ! T'insinue qu'on est lent pour voyager, c'est ça ? » cria Lina

« Hum…Vous êtes partie il y a un peu plus de deux semaines pour arriver ici. Mlle Sylphiel et moi avons mit cinq jours pour faire le même trajet. Donc disons que effectivement, nous n'avons pas le même rythme. »

« Rhaaaaaaaaaa, t'es gonflée ! Venez les amis, on avance sinon on va être en retard sur madame. »

Lina parti furieuse de ce qu'elle venait d'entendre suivis par ses amis qui tentaient de la calmer. Sylphiel et Yaone se mirent à rire. La prêtresse accepta l'argent en promettant qu'un jour elle lui rendrait. La prêtresse se mit en route sous le regard de sa nouvelle amie. Cette dernière se décida à suivre les autres déjà loin devant avançant au rythme de Lina qui marchait bien plus vite que d'habitude en criant des insanités sur la jeune femme. Yaone serra contre elle le morceau de bois où était scellé Enenra en l'entourant de ses bras comme elle aurait pu le faire avec quelque chose qu'elle chérissait. Sentant que ce n'était pas le moment pour elle de rejoindre les autres elle marcha ainsi derrière tout en regardant le ciel radieux qui annonçai qu'une bonne journée débutait.

Lina fini par se calmer et ralentir un peu. Voyant que Yaone ne les rejoignait pas elle en profita pour poser une question aux autres : « Dites moi franchement, vous en pensez quoi de cette fille ? »

Amélia fut la première à lui répondre :

« En ce qui me concerne, Je la trouve plutôt sympathique…même si elle a détruit un village…après tout Mlle Lina cela vous arrive souvent et je vous aime bien malgré tout. »

« Je suis d'accord avec Amélia. » renchéri Gourry « Je ne vois pas pourquoi on devrait se méfier d'elle, elle a l'air gentille. »

« Xellos aussi avait l'air gentil. » Fit remarquer Zelgadis « Et pourtant il nous a eu comme des bleus. Mais je ne pense pas qu'elle soit du même style que ce démon. Après tout elle est venue m'apporter un renseignement précieux. Mais je comprends pourquoi tu poses cette question Lina. Moi aussi quand je l'ai rencontré la première fois, il y a quelque chose qui ne m'a interpellé. »

« Y'a aussi un truc qui me gène chez elle, comme si elle avait un secret la concernant. Surtout lorsqu'elle a parlé du moment où elle a acquis les parchemins. Malgré tout, elle a l'air sincère quand elle parle de t'aider. »

« Et alors ? Vous pensez qu'elle a un secret sur son passé ? Si on regarde bien chacun de notre côté on est pas tout blanc non plus ! Alors faudrait peut être voir à ne pas juger les gens sur un simple sentiment ! »

Les mots étaient sortis rapidement de la bouche d'Amélia. Le fait que ce soit elle qui parle de ne pas juger hâtivement fut une stupéfaction pour tous. Mais elle n'avait pas tord, cela ne servait à rien de faire des extrapolations sur un simple ressenti pensa Lina.

Pendant qu'ils parlaient Yaone, seule, regardait fixement le petit groupe attendant le bon moment pour les rejoindre.

« Bonjour, Mlle Yaone ! »

La jeune femme stoppa sa marche et eut un mouvement de côté voulant esquiver celui qui venait de parler de derrière elle.

« Oh M. Xellos, c'est vous…j'ai eu une peur bleue. Ce n'est pas bien d'apparaître comme ça. »

« Excusez moi, ce n'était pas le but. Vous n'êtes pas avec les autres ? »

« Pas tant qu'ils parleront de moi. Il me semble qu'ils discutent pour savoir s'ils doivent oui ou non me faire confiance. »

« Tiens, quelque chose pourrait leur faire penser qu'ils doivent vous craindre ? »

Yaone regarda le démon, consternée.

« Je n'ai rien d'un ennemi…je ne pensais pas avoir l'air louche pourtant. » Elle fit une moue déçue et souffla un grand coup. « Enfin ce n'est pas bien grave, je suis sûre qu'ils feront le bon choix. »

La jeune femme regarda l'endroit où elle venait de s'arrêter. Une grande clairière verdoyante et fleurie s'étalait devant elle.

« Ici, ce sera bien ! » Elle sorti du chemin suivit par Xellos et commença à marcher en direction de la clairière. Elle se retourna soudainement vers le démon.

« Au fait ! Pourriez vous me rendre mon bijou, s'il vous plait ? »

« Ah oui, le pendentif ! J'étais venu vous le rendre. Comment savez vous que c'est moi qui l'ai ? »

« Il était sur la table avant que je ne disparaisse dans la barrière. Il avait disparu en même temps que vous lorsque nous en sommes sorti. J'en ai donc tiré des conclusions. Pourquoi l'avez-vous prit ? »

« Pour vous le garder, je ne savais pas combien de temps vous mettriez pour sortir de là. Au bout d'un moment votre disparition se serait vue, et votre pendentif des Dragons resté sans surveillance aurait sûrement fini dans la poche d'un des clients…dites moi, pourquoi vous éloignez-vous du chemin ? »

« Ah oui, je dois faire ça avant toutes choses. Mlle Lina ! »

Entendant son nom Lina se retourna et vit Yaone lui faire signe et lui indiquer la clairière.

« C'est bien comme endroit, non ? » cria Yaone à l'intention des autres qui étaient devant. Elle se retourna vers Xellos. « Avez-vous un peu de temps devant vous ? »

« Heu, oui. Qu'y a-t-il ? »

« Il faut qu'on s'occupe de ça. » dit elle en secouant l'assise en bois. « Pourriez vous attendre ici ? Vous me rendrez mon pendentif après, si ça ne vous gêne pas. »

Le démon paru étonné mais consenti à la demande de la jeune femme. Il n'avait pas de raison de ne pas le faire et il serait distrait par la bataille. Pendant que Yaone avait parlé avec Xellos, Lina et les autres s'étaient rendus au milieu de la clairière. Ils furent vite rejoints par la jeune femme qui lança en l'air le morceau de bois :

« M. Gourry à vous de jouer ! »

Le blond dégaina son épée de son fourreau et trancha l'assise en bois en deux. Le démon sorti quasiment immédiatement.