Pairing: spamano
Notes: Cet OS est écrit dans le cadre d'une nuit du FoF, sur le thème Jardin.
A l'arrière de la maison d'Antonio s'étendait un immense jardin aux parterres colorés de fleurs aux mille-et-une couleurs : roses d'un rouge profond ou d'un blanc immaculé, pétunias, jacinthes d'un lavande ou d'un rose tendre et des œillets par centaines.
Romano aimait s'y glisser dès que l'occasion s'y présentait. Fuyant ses corvées ou ses leçons, il trottinait sur ses petites jambes en direction des massifs fleuris ou des arbres fruitiers sous l'ombre desquels il s'allongeait pour une sieste bienvenue. Là-bas, un livre à la main, une pyramide de tomates fraichement cueillies dans le potager, il était le plus heureux du monde.
Depuis les saisons étaient passées. Il avait peu à peu grandi, perdant les dernières rondeurs et traits de l'enfance comme tombent les feuilles en automne, devenant peu à peu un homme. Mais toujours le jardin était resté un havre de paix au sein duquel il aimait se réfugier lorsqu'une dispute un peu trop violente l'opposait à son tuteur.
Et le revoilà, bien des années plus tard. Devenu totalement une nation à part entière, maintenant que l'Italie avait été réunifiée. Totalement adulte, capable de prendre et d'assumer par lui-même les décisions nécessaires pour garantir l'avenir de son pays.
Et pourtant, quand le poids et les douleurs de la guerre s'étaient faits trop lourdes, quand les torrents de larmes semblaient ne jamais pouvoir se tarir, il aurait aimé redevenir ce petit garçon qui se réfugiait au cœur des massifs de fleurs, dégagé de toute responsabilité.
C'est avec une pointe de nostalgie qu'il poussa le lourd portail de bois de la demeure de son ancien tuteur. Aussitôt les odeurs de fleurs de son enfance l'assaillirent. Jasmin, lilas,… Il en huma avec plaisir le parfum, se remémorant la saveur des jours perdus.
Rien n'avait changé, le jardin était tel que dans son souvenir. Les parterres de fleurs se dressaient toujours aux mêmes endroits tandis que sur sa droite un massif d'arbres plus centenaires continuait de dispenser une ombre bienfaisante lorsqu'en été le soleil était à son zénith.
Il avança parmi les fleurs, effleurant là un lilas, là les pétales délicats d'une rose grimpante.
Il finit par trouver celui qu'il cherchait au fond du jardin, dans un petit coin de terre qui avait été aménagé en potager.
Il observa un moment en silence l'homme affairé à désherber un plant de tomate. Comme par le passé ses cheveux foncés formaient une toison désordonnée qui avait l'air de ne jamais avoir connu le peigne. Mais il lui semblait moins grand et ses épaules moins larges et moins fortes que dans sa mémoire.
Antonio dut sentir le poids d'un regard sur son épaule car il se retourna rapidement. Ses yeux verts rieurs le fixèrent incrédulement, comme s'il était un mirage tout droit sorti de son imagination.
Un instant les deux hommes se regardèrent en silence, aucun d'entre eux n'osant prendre la parole après tant d'années.
Puis doucement, un je-ne-sais-quoi d'indiscernable sur le visage, Antonio se rapprocha de lui et l'étreignit.
- Bienvenue à la maison Lovi…
Et, alors qu'il lui rendait son étreinte, Lovino sut que, tout comme la demeure qu'il partageait avec son frère en Italie, la vieille hacienda resterait toujours sa maison…
