Chapitre 8


« Où est-ce que tu étais ? » Lisa soupira. Elle avait franchi la porte de l'appartement de son petit ami quelques secondes auparavant, n'avait pas encore eu le temps de poser ses affaires que, déjà, il commençait son interrogatoire.« J'étais à la bibliothèque. Et avant que tu ne demandes non, House n'était pas là. » soupira t-elle, regrettant déjà de ne pas être restée à la bibliothèque pour réviser.
« Je n'avais pas du tout l'intention de te demander si « il » était avec toi. » rétorqua Trent, avec une mauvaise foi si évidente que Lisa se retint d'éclater d'un rire jaune.
« Tu sais que j'ai horreur de la jalousie Trent. Que tu n'aies pas confiance en House, soit. Mais si tu n'as pas confiance en moi, je ne peux rien faire pour toi. Je crois… Je crois qu'il vaut mieux qu'on s'arrête là. »


Assise sur le banc d'un des nombreux parcs de la cité universitaire, la jeune femme s'évertuait à refouler la furieuse envie de pleurer qui l'avait envahie depuis quelques heures déjà. Ses yeux parcouraient ses feuilles de cours sans les voir et elle savait pertinemment qu'elle n'avait rien appris, même si elle avait passé un bon bout de temps à tenter d'assimiler des notions qui lui paraissait de moins en moins compréhensibles. Excédée, elle finit par poser son classeur à côté d'elle et saisit sa tête entre ses mains. Elle était entrée dans une de ces phases de déprime qui lui rappelait désagréablement son adolescence. Elle aimait Trent, ou du moins elle tentait de s'en convaincre du mieux qu'elle pouvait c'était quelqu'un de bien, d'intelligent, de protecteur… Mais elle n'était plus sûre que ces qualités suffisaient. Ils se disputaient si souvent ces derniers temps qu'elle avait l'impression qu'ils n'étaient jamais parvenus à s'entendre, que les murs instables que formaient leur relation s'écroulaient lentement, mais sûrement. Elle avait essayé d'en vouloir à House – après tout c'était depuis qu'elle le connaissait que les ennuis avaient commencé- mais, au fond, elle ne parvenait qu'à se dire qu'il valait mieux se rendre compte que sa pseudo idylle était vouée à l'échec maintenant plutôt que dans quelques années. Elle regrettait plus que jamais de ne pas avoir pris le temps de se faire de vrais amis, préférant se consacrer à ses études et à son petit ami. Et maintenant… Elle se sentait désespérément seule.

House constata amèrement que son répondeur lui indiquait qu'il avait deux messages non lus. Il savait pertinemment que les nouvelles qu'il allait entendre ne l'enchanteraient pas. Dés qu'il reconnut la voix de son père, il ne put s'empêcher de serrer les poings, tentant de canaliser une colère qui sommeillait depuis bien trop longtemps, sans jamais pouvoir se libérer.
« Gregory, je ne vois pas pourquoi tu n'es pas chez toi à cette heure-ci. Tu devrais être en train d'étudier, au lieu d'aller flâner je ne sais où… Rappelle moi immédiatement. »
Evidemment. Son père savait se montrer irritable en toutes circonstances, même au téléphone. House regarda un instant le combiné, hésitant à rappeler tout de suite. S'il attendait et que c'était son père qui devait le rappeler, il passerait un très mauvais quart d'heure… En revanche, s'il prenait l'initiative, il avait peut-être une chance de s'en sortir indemne. Il soupira et composa le numéro, espérant naïvement que la conversation se déroulerait bien. Entre John House et son fils, rien ne se passait jamais bien.


Il raccrocha le téléphone et serra les dents pour empêcher les larmes de couler. Un homme ne pleure pas. Jamais. Ces mots étaient tellement durs quand il venait de la bouche de son père… Les parents étaient censés aimer leurs enfants sans limite.
« Connerie ! » s'écria t-il en frappant le mur avec son poing. Il sentit ses jointures craquer et le sang coula le long de son poignet. Il prit sa veste sur le porte manteau et sortit dans la nuit.

La nuit. Noire, profonde, complète. Comme il l'avait toujours connu. Triste et froide, effrayante parfois. Il marchait dans les rues, sans se soucier de sa direction. Il n'avait jamais autant ressenti cette haine qui le brûlait de l'intérieur, lui soulevant le cœur. Cet homme qu'on l'obligeait à appeler « Papa »… Il ne l'avait jamais considéré comme un père. C'était juste un homme. Quelqu'un. Mais sûrement pas son père ! Il arriva devant une résidence universitaire qu'il reconnut immédiatement. Il était arrivé jusqu'ici, sans savoir comment ni pourquoi. Il poussa la lourde porte et s'engouffra dans le bâtiment.


Lisa soupira devant la stupidité du film qu'elle tentait de regarder. Elle essayait de se détendre, mais avec un navet pareil… Au fond d'elle-même, elle savait que Trent ne reviendrait pas. Au fond d'elle-même, elle savait qu'elle ne voulait pas qu'il fasse un come back dans sa vie. Elle l'avait aimé, un temps. Mais sa vie avait changé. Elle soupira et avala une poignée de chips. En général, elle détestait ça, mais elle n'avait rien d'autre à se mettre sous la dent. On frappa à la porte et elle sursauta, se demandant qui pouvait venir chez elle à 22 heures passées. Elle se leva et fut surprise de découvrir House, debout devant elle. Quelque chose brillait dans ses yeux. Quelque chose qu'elle n'avait jamais vu auparavant, ni chez lui, ni chez personne. La haine qui habitait son regard était si glaciale qu'elle ne put s'empêcher de reculer.

« House ? Est-ce que ça va ? »

Il la regarda un moment sans répondre. Est-ce qu'il pouvait lui faire confiance ? S'il était venu jusqu'ici, c'est que c'était le cas non ?…

« Lisa… Est-ce que… Est-ce que tu peux me parler de… Ton père ? »

Il lui aurait demander de décrocher la Lune, elle aurait été probablement moins surprise. Elle le regarda un moment, bouche bée, avant de le laisser entrer. La pièce était plongée dans la pénombre et elle s'empressa d'allumer la lumière. Il s'assit sur le canapé et elle prit place à l'autre extrémité du siège.

« Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? »
« J'en sais rien. N'importe quoi. » murmura t-il en contemplant ses mains. Jamais elle n'aurait pu imaginer que House aurait pu avoir l'air si… Faible.
« C'était quelqu'un de bien. »
« Vraiment ? »
« Oui, vraiment. Il a été un père exemplaire. »

Un sourire triste apparut sur les lèvres de House.

« Mon père est le dernier des connards et il est toujours vivant. C'est vraiment… Injuste. Dégueulasse. »

Lisa ne dit rien. Elle ne savait pas quoi dire. House ne lui avait que très peu parlé de son père, mais d'après lui, ce n'était pas le papa poule par excellence…

« On ne choisit pas sa famille. » souffla t-elle. Le jeune homme hocha la tête et croisa son regard. Ses yeux bleus ainsi focalisés sur elle la firent frissonner. Il posa sa main sur sa joue et approcha son visage du sien. Ils n'étaient désormais éloignés que de quelques centimètres.
« Non… Mais on peut faire tellement… D'autres choix. »

Quand leurs bouches se rencontrèrent, elle plaça d'instinct une main derrière la nuque du jeune homme. Il se fraya un passage entre ses lèvres et approfondit le baiser. Ça n'avait rien à voir avec celui qu'ils avaient échangé lors de leur première rencontre. C'était infiniment plus fort, plus doux. C'était quelque chose qu'ils attendaient sans même le savoir. Il s'éloigna légèrement d'elle mais laissa son front contre celui de la jeune femme. Une main de chaque côté de son visage, il la regarda dans les yeux.

Ses lèvres glissèrent jusqu'à son cou, lui arrachant un soupir. Elle ne savait pas comment ça allait se terminer. C'était juste un choix parmi tant d'autres, une alternative. Elle sentit ses mains remonter dans son dos et se perdre un instant dans ses cheveux bouclés. Elle entreprit d'enlever le T-Shirt de House, découvrant un torse suffisamment musclé pour la laisser rêveuse. Il passa son bras sous ses genoux et la souleva pour l'emmener dans sa chambre. Ils ne gardèrent pas leurs vêtements très longtemps, enchaînant les caresses et les baisers de plus en plus passionnés. Au fond, ils devaient savoir qu'ils ne se reverraient pas avant des années. Il savait qu'il devrait quitter la faculté le lendemain même, sous ordre de son père. Elle savait qu'il venait lui faire ses adieux. Ils savaient qu'ils ne seraient pas ensemble avant longtemps, ils savaient que leur histoire ne serait jamais simple, elle savait qu'il lui ferait plus de mal que n'importe qui d'autre, il savait qu'il ne pourrait jamais accepter de la voir avec quelqu'un d'autre. Quand son souffle se perdit dans son cou, elle comprit qu'elle ne pourrait jamais l'oublier. Quand il l'entendit gémir au creux de son oreille, il comprit qu'il ne trouverait pas mieux qu'elle. Quand enfin, il se retrouva sur elle, ils surent qu'ils n'oublieraient jamais cette nuit, aussi courte et dénuée de promesses fut elle.

Sometimes I get so tired,Just trying to find a place,
To lay my head,
I look up to the sky,
I feel the warmest light comfort me,
I've seen the great heights,
Reminding me... that I'm alive,
I don't wanna die,
I don't wanna waste another day,
Or night,
I know there's something
more,
Than what we're living for,
I see it in the stars,
I feel it on the shores,
I know there's something,
I know there's something
more.

Quand elle se réveilla le lendemain matin, elle n'eut pas besoin d'ouvrir les yeux pour savoir qu'il était parti. Elle se contenta de rester un moment emmitouflée dans les couvertures, le nez planté dans l'oreiller. La réalité lui parut soudain terrible, injuste. Son premier réflexe aurait été de regretter amèrement ce qu'ils avaient fait, de se dire qu'ils avaient agis sans réfléchir et que leur absence totale d'avenir aurait dû définitivement les empêcher d'aller plus loin… Mais elle n'avait pas envie d'y penser. Elle ne voulait plus y penser, jamais. Se dit-elle alors que les larmes venaient s'écraser sur l'oreiller.

Il raccrocha le téléphone, se demandant pourquoi elle n'avait pas décroché. Il avait pensé que lui laisser un mot, un vulgaire post-it serait totalement inapproprié. La meilleure chose à faire aurait été de lui parler une dernière fois, de lui expliquer les raisons de son départ… Mais au fond, qu'est-ce que ça pouvait bien faire ? Il était parti, voilà tout. Un jour, quand ils se reverraient, il pourrait peut-être lui expliquer. Mais pour l'instant, ils devraient se contenter de l'absence de l'autre et tout simplement attendre que leurs chemins se croisent à nouveau, que d'autres choix s'offrent à eux.

END

Epilogue à suivre...


Et voilà... Le dernier chapitre. J'ai beaucoup aimé écrire cette fic, tout d'abord parce que c'est un des thèmes qui est le moins développé dans la série -j'ai donc pu raconter un peu ce que je voulais-, et parce que c'est à ce moment là que le Huddy a commencé. En tout cas, merci de votre patience sans limite, de vos gentils commentaires et de me lire, tout simplement.