Pauly frappa à la porte du petit studio, attendant une réponse quelconque. Cela faisait plusieurs heures qu'il n'avait pas de nouvelles au chantier, et avait décidé de se déplacer.

- Luna ? Luna ?

Il appela encore, sans réponse. Il décida d'entrer, sachant la porte ouverte. Il remarqua immédiatement les traces rouges sur le sol, qui partaient de la cuisine à la salle de bain. Sans hésiter, il se précipita dans la salle d'eau, où il trouva la jeune femme. La tête dans la cuvette des toilettes, Luna tentait de tenir écartés ses cheveux de l'horrible matière qui lui sortait de la bouche. Le blond soupira et tira doucement la chevelure rouge en arrière. Il s'accroupit à côté de Luna, et aperçu la bouteille métallique posé près d'elle.

- Tu t'es encore intoxiqué à la grenadine…

La jeune femme avait la sale habitude de boire le sirop tel quel, lorsqu'elle allait mal. Ce qui, au final, l'enfonçait davantage puisqu'elle était malade. Lorsqu'elle n'avait plus rien à régurgiter, elle alla boire un peu d'eau et se lava les dents. Pauly attendait, appuyé contre le mur près de la porte.

- Pourquoi ?

- J'veux pas en parler…

Le blond soupira, et attendit son amie avant d'aller au chantier avec elle. Luna, bien décidée à rattraper le retard qu'elle avait pris, passa sa journée à travailler sans prendre une seule pause. Elle resta même lorsque les dernières lumières du jour baissaient. Icebarg, entendant les coups de marteau provenant du chantier, quitta le siège de la compagnie pour aller voir. Lorsqu'il aperçut sa fille, il soupira. Luna fixa pour de bon le mât du brigantin en construction, puis se laissa tomber à genoux.

- Est-ce que ça va Luna ?

La jeune femme se retourna et observa son père avant de sourire faiblement.

- Oui, ne t'en fait pas…

Icebarg releva sa fille et, la sentant faible, l'aida à marcher jusqu'au siège de Galley-La. Ils s'installèrent dans l'ancienne chambre que Luna avait quittée après les réparations de l'Aqua Laguna qui datait de l'an passé, peu après son vingtième anniversaire. Allongée sur le lit, elle semblait somnoler.

- Qu'est-ce qui t'arrives ?, demanda doucement Icebarg.

- Je suis fatiguée, c'est tout…

L'homme alla chercher un linge qu'il humidifia, voyant la fièvre dans les yeux de Luna. Il la laissa se rafraîchir et se passer le linge sur le visage. Il récupéra le linge de la même teinte que la peau de sa fille, et releva les yeux vers elle.

- Dis-moi immédiatement ce qu'il y a Luna.

- Y'a rien j'te dis…

- Tu as vu ta tête ?! Reste là, je vais te montrer !

Il alla chercher un miroir qu'il rapporta à Luna, qui soupira. Le contour de ses yeux étaient sombre, presque noir, et elle était plus pâle qu'un cadavre. Son maquillage était parti avec l'eau. Génial, elle qui ne voulait pas discuter de son état...

- Tu veux vraiment savoir ?

- Tu te paies ma tête ?!

- P'pa… Je suis malade. Rien de grave, seulement je n'arrive plus à dormir. Je ne mange pas non plus, et quand je me force je n'ai pas le temps de digérer…

- Tu es allée voir un médecin ?

- Non.

- Pourquoi ?!

- Tout le monde me connait… soupira la rouge. Je n'avais pas envie que l'île entière soit au courant de mon état.

Icebarg laissa sa fille un moment pour appeler un médecin, qui arriva dans l'heure. Il examina Luna, lui donna un traitement, et lui imposa des congés.

- PARDON ?! MAIS C'EST PAS POSSIBLE JE VAIS PAS LAISSER LE CHANTIER !

Icebarg soupira, tandis que le médecin mettait du coton dans ses oreilles qui saignaient.

- Luna, tu vas te tuer si tu continues comme ça. Je ne te laisserais pas avoir accès au chantier.

- Et c'est Pauly va superviser le travail ?! Avec tout ce qu'il a à faire d'habitude ?!

Luna fixa son père avec insistance, puis elle céda. Un mois sans travailler, mais qu'est-ce qu'elle allait pouvoir faire ? Elle décida de s'entretenir avec ses amis, afin de savoir qui prendrait sa place. Mais aucun des trois contremaitres n'était disponible.

- Ah la la… soupira la jeune femme. Mais à qui je vais bien pouvoir confier le chantier ?

Pauly se mit à siffloter, regardant ailleurs.

- Quoi ? s'agaça Luna qui savait bien ce que cette attitude cachait.

- Tu pourrais confier ton chantier à une certaine personne.

- Et qui ?

- Le contremaitre du dock 1.

- Pauly, je…

Luna écarquilla les yeux avant d'envoyer valdinguer son ami. Elle posa les mains sur ses hanches, et cria après le blond.

- HORS DE QUESTION QUE CE SOIT KAKU QUI S'OCCUPE DU CHANTIER !

- Pourtant, ce serait une bonne idée… souffla Lulu qui se fit foudroyé du regard. Ecoute Luna, je sais que ça ne t'enchante pas, puisque tu n'as toujours pas confiance en Kaku…

- Chose que je ne ferais plus jamais.

- Oui bon, bref. Il a été le contremaitre du dock 1, il sait ce qu'il faut faire. Je pense que c'est le mieux placé pour s'occuper de cette tâche…

- Ouais ! beugla Tilestone. C'est une super idée !

Luna soupira, obligée d'admettre que c'était la seule solution, bien que ça ne l'enchante pas.

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- Pardon ?!

- T'as bien entendu Pinocchio.

- T'es sûre que t'as pas de la fièvre ?

Kaku fixait Luna, toujours aussi surpris. Elle l'avait fait venir au chantier après la fermeture pour lui annoncer ça ?!

- Si, justement. Je suis malade, et j'dois arrêter le travail pour un mois. Alors en attendant que je revienne… J'suis obligée de te laisser les rênes. Pense bien que ça ne m'enchante pas plus que ça !

Luna détourna la tête, bras croisés. Kaku n'en croyait toujours pas ses oreilles, et semblait encore et toujours perplexe.

- Tu peux me faire confiance, lança-t-il doucement.

La jeune femme tourna vivement la tête vers lui, le fixant avec un regard à vous glacer le sang tant il était froid et menaçant.

- Ouais c'est ça, dit-elle. La dernière fois que je l'ai fait t'as essayé de tuer mon père et tu m'as br… Broyé le bras dans le Puffing Tom.

Une lueur de douleur traversa les yeux sombres de la jeune femme, et le roux ne la manqua pas. Il était face à une évidence qu'il avait sous les yeux depuis le début, mais c'était la première fois que Luna l'exprimait de vive voix. Ou presque en tout cas.

- Je ne te ferais plus jamais confiance, Kaku.

Elle se dirigea vers la porte, et le jeune homme l'attrapa au poignet. Si on avait pu tuer en un regard, nul doute qu'on graverait déjà l'épitaphe du roux. Mais c'était insupportable de devoir faire comme s'ils supportaient cette situation. Kaku était décidé à mettre les points sur les I, puisque Luna ne voulait pas le faire elle-même.

- Ecoute Luna, je sais que je t'ai blessé par le passé, mais tu sais qui je suis ! Pendant cinq ans j'ai été moi-même, comme aujourd'hui, et tu refuses de l'admettre !

- Lâche-moi.

- Non, je veux que tu me dises pourquoi tu persistes à te replier sur toi-même.

- J'ai pas de comptes à te rendre !

La rouge se dégagea, mais ne tourna pas les talons. Elle se contentait de fixer Kaku, afin qu'il se soumette comme il le faisait souvent. Mais pas cette fois-ci.

- Laisse-moi au moins une chance.

- J'ai rien à dire à un traitre, tu entends ! Et la seule raison qui me pousse à te parler est purement professionnelle !

Kaku ne semblait pas hostile, et la regardait avec une certaine innocence et une lueur de compassion dans les yeux. Ce même regard pour lequel elle avait craqué un jour, et qui l'avait...

- Tu m'as anéantie. Et je ne veux pas que ça recommence.

Luna comme Kaku fut surpris. La jeune femme ne s'était même pas rendu compte de ce qu'elle disait, et n'avait pu tenir sa langue. Le roux n'osa pas bouger, de peur de brusquer Luna. Pourtant, il avait une envie folle de la prendre dans ses bras, de la serrer contre lui. Bon, elle avait craché le morceau, maintenant elle allait devoir faire face à ses propres propos.

- Ce n'était pas ce que je voulais, je t'assure… souffla Pinocchio. Je n'ai jamais voulu m'attacher avant, je n'en n'avais pas le droit comme je passais mon temps à disparaitre… Mais, pendant cinq ans, j'ai presque oublié ce que j'étais. Tu as grandement contribué à mon amnésie, Luna.

La jeune femme ne bougeait pas, attentive. Elle était simplement curieuse, et ne s'attendait à rien.

- Mouhais... Continue...

- Je me rappelais toujours que quelque chose m'empêchait de vivre comme quelqu'un de normal, et c'est pour ça que je n'ai jamais osé agir avant. Contrairement à ce que tu peux penser, je n'ai pas cherché à me rapprocher de toi davantage pour ma mission. Je m'étais rendu compte que je n'avais plus de temps…

Luna soupira, et tourna les talons pour s'éloigner à grands pas. Ce genre de discours, elle aurait pu se douter qu'elle l'entendrait.

- Et que... je t'aimais réellement.

Les mots de Kaku eurent l'effet d'une bombe dans la poitrine de Luna. Ah, ça, elle ne s'en serait jamais douté. Il venait bien de dire qu'il l'aimait, avant ? Elle ne pouvait plus bouger, trop stupéfaite pour réagir. Tous ses souvenirs remontaient à la surface, et éclairaient son esprit, soutenant les mots de Kaku, les rendaient vrais et sincères. Mais elle se donna une bonne claque mentale, et fila à toute vitesse jusque chez elle. La pluie s'était mise à tambouriner sur les pavés de la métropole, et le vent soufflait. Kaku, lui, ne bougeait pas, l'observant disparaitre de sa vue. Il soupira avant de se donner une claque mentale.

- Crétin.

- Ouais, tu peux le dire !

Le roux se retourna, et aperçu Pauly à l'ombre du brigantin.

- Je te l'ai dis. Allez, viens sinon on va chopper la crève !

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Elle claqua la porte si fort que le bois s'en fissura. Elle rageait. Oui, elle rageait, après elle-même. Elle se détestait, se blâmait, se maudissait. Elle se détestait pour son comportement de lâche, se blâmait pour n'avoir eu aucune répartie cette fois-ci, se maudissait d'être si faible. Elle avait envie d'en coller une à Kaku, de le secouer, de lui dire ses quatre vérités. Elle voulait lui faire mal, comme il l'avait fait. Le coup parti tout seul, faisant voler le vase à côté. Un grand fracas de verre résonna dans le petit studio, tandis que Luna tentait de calmer sa respiration haletante. Ses poings se détendirent, et elle tomba à genoux. Tous ses souvenirs liés à Kaku se mélangeaient, défilaient sous ses yeux comme un film. Des larmes perlèrent au coin de ses yeux, mais elle ne savait pas quelle était leur nature. De la joie, pour réaliser que la trahison avait été douloureuse pour lui aussi, ou bien de la rage car il la blessait encore ?

Que faire lorsqu'on est partagé entre amour et haine ?