CHAPITRE III : Meduseld

Nous arrivâmes en vue de Meduseld au crépuscule. La forteresse se dressait au milieu des plaines, se détachant blanche sur le ciel rougit par le coucher du soleil. On entendait plus que le sifflement du vent et les claquements des sabots sur le sol dur. Nous traversâmes le village au galop et ne ralentîmes l'allure qu'au bas des escaliers.

Je réussis à descendre de la monture, mais Legolas dut me soutenir pour monter l'escalier tant mes jambes tremblaient. Je sentais que mon trouble profond l'intriguait, mais il ne me posa pas de questions – comme s'il sentait qu'il allait bientôt découvrir le pourquoi de la chose. Nous nous présentâmes aux portes et, alors que Gandalf rusait pour garder son bâton, j'eus droit à un regard des plus méprisants de la part d'un des gardes, mes poignets étant toujours entravés.

On nous ouvrit finalement les portes, mais je restai pétrifiée de terreur. Je le voyais, là-bas à côté du trône, là où aurait dû se trouver Grima Snaketongue. Que faisait-il là ? Où était Grima ? Je sentis Aragorn m'agripper fermement le bras et me tirer, presque me traîner à l'intérieur, où il me fit marcher devant lui sans pour autant me lâcher le bras. Je sentais mon cœur sur le point d'éclater, mes membres parcourus de tremblements incontrôlables. Je sais, je suis facilement terrifiée. Dans un combat, ça n'arrive jamais, mais lorsque je suis amenée à regarder un ennemi dans le blanc des yeux…

Eomer s'avança vers Gandalf et commença à lui parler, mais mon cerveau était tellement paralysé de terreur que je ne compris pas un traître mot. Tout ce que je voyais, c'était qu'il pouvait tourner la tête à n'importe quel moment et qu'il me verrait là, à quelques mètres de lui, les poings liés. Instinctivement, je reculais et me serrai contre la poitrine d'Aragorn. Il ne comprenait pas, mais il sentait que j'étais morte de terreur, et je crois que cela lui suffisait pour ne pas broncher.

Legolas nota la façon dont le Rôdeur me tenait à moitié dans ses bras, et je devinai un pointe de jalousie dans son regard. Je ne m'en préoccupai pas plus parce qu'un cri sourd retenti dans la salle, et Théoden se mit à rajeunir à une vitesse époustouflante.

Son épaisse tignasse blanche se transforma en une saine chevelure blonde, ses joues creusées se remplirent, sa peau parcheminée retrouva un éclat de vie, ses rides disparurent ; il venait de redevenir un roi dans la force de l'âge, ou du moins atteint de la quarantaine maximum.

Il regardait autour de lui, abasourdi, lorsqu'un cri de stupeur retentit derrière nous. Nous tournâmes tous la tête pour apercevoir Eowyn, la nièce de Théoden, courir se jeter dans les bras de son oncle. Nos têtes suivirent donc son trajet à travers la salle jusqu'à revenir au trône… où mon regard croisa celui d'Eomer.

Plus exactement, mes yeux s'axèrent avec les siens qui n'avaient pas bougé d'un pouce depuis l'instant où il m'avait aperçue, tournant la tête pour trouver l'origine du cri ; je me glaçai de terreur. Son regard flamboyant de haine sembla irradier toute la pièce : tous se figèrent en silence et tournèrent la tête vers nous.

Sans prononcer un mot, Eomer s'avança vers moi, m'empoigna brutalement la gorge et m'arracha aux bras d'Aragorn pour venir me plaquer contre la colonne marbrée la plus proche avec un choc sourd ; Eowyn étouffa un petit cri devant la violence soudaine de son frère. Mes pieds ne touchaient plus le sol et sa poigne de fer m'étranglait.

-Eomer ! s'écria Aragorn.

Mon agresseur ne bougea pas, se contentant de resserrer de plus en plus sa prise autour de mon cou. L'air me manquait, je m'accrochais pour ne pas sombrer dans l'inconscience et parvins à émettre un cri étranglé. Ma vue se troublait lorsque je sentis soudain la prise sur ma gorge se desserrer ; je glissai silencieusement le long de la colonne pour arriver assise sur le sol de pierre, la respiration sifflante. Je relevai la tête, cherchant la cause de ma libération.

Legolas tenait son épée contre la nuque d'Eomer, et ce contact menaçant lui avait fait lâcher prise. Le deuxième prince du Rohan sentit qu'il devait s'expliquer et s'efforça de fixer Aragorn pour répondre à son air d'attente, mais sa voix tremblait de rage :

-Cette… cette fille… a collaboré avec Grima Snaketongue pour réduire mon père à l'esclavage ! Elle est responsable de nombre de morts d'hommes braves ! Cette misérable est aux ordres de Saroumane, elle partage ses plus vils secrets ! finit-il par hurler.

Il fit silence, haletant, puis reprit d'une voix plus calme.

-C'est mon devoir et un de mes souhaits les plus chers que de la tuer.

Sans faire aucune opposition, Gandalf tourna la tête vers Théoden, le reconnaissant comme seul en droit de décider. Celui-ci se leva et s'approcha de moi.

-Le désir de vengeance de ma famille envers cette branche de la lignée d'Haldir est très ancien et très fort, mais il l'est tout autant dans l'autre camp. Haldir est un ami, et je ne laisserai personne faire couler le sang de sa lignée, fût-ce un sang déshonoré et souillé de crimes.

Il laissa un instant de silence pour permettre à chacun de s'imprégner de ses sages paroles, puis reprit :

-La seule issue honorable et ne portant préjudice à aucune des lignées serait le duel à mort.

Il y eut un lourd silence.

-Je refuse de m'abaisser au rang d'une traître à son sang et à son honneur, grommela Eomer.

-Dans ce cas que proposes-tu, mon neveu ?

Il baissa les yeux et prononça douloureusement, comme si chaque mot lui coûtait :

-Jetons-la aux cachots.

-Qu'il en soit ainsi, conclut Théoden.

Eomer me jeta sur le sol froid du cachot et referma la grille dans un grincement métallique. Je me relevai et m'approchai des barreaux pour le défier du regard ; il était tout proche, seule la grille nous séparait.

-Je t'aurais tuée, murmura-t-il.

J'appuyai mon front contre les barreaux glacés.

-Je sais. Peut-être que je le mérite après tout.

-Ne simule pas des remords ! Tu n'en as pas, je sais que tu n'en as pas. Tu as trahi tout ce qui te rattachait à ta race, tu fais honte à l'honneur des Elfes…

-Arrête avec l'honneur ! Que t'apporte-t-il donc, ton précieux honneur ?

-Un peu de fierté, un peu de devoir, un peu de sens à ma vie.

-J'ai suivi mon chemin, murmurai-je. Et que tu le veuilles ou non, il a croisé le tien plus d'une fois.

Les yeux d'Eomer brillèrent. De colère, de haine, de honte ? Il se souvenait de cette nuit, je le lisais dans ces yeux, il s'en souvenait comme si c'eût été la nuit précédente ; et je m'en souvenais aussi.

Il secoua la tête.

-Tu vas finir tes jours dans ce cachot.

-Tu vas finir tes jours dans très peu de temps, rétorquai-je ; mais il était déjà parti.

Au même moment, dissimulé dans l'ombre, Legolas se disait que nous étions bien proches pour deux ennemis et se demandait à quoi je faisais référence quand je disais que nos chemins s'étaient croisés plus d'une fois.

Je reçus, bien plus tard, alors que je grelottais recroquevillée dans un coin, la visite de Legolas ; il fit doucement coulisser la grille et la referma tout aussi doucement, avant de venir s'asseoir à côté de moi.

-Vous aviez omis de me dire ça, murmura-t-il.

-Quoi, « ça » ?

-Que vous aviez tué nombre d'hommes d'Eomer. Et que vous aviez couché avec lui.

Aïe. Il savait. Et ça n'avait pas l'air de le réjouir plus que ça.

-Comment l'avez-vous appris ? soupirai-je sans chercher à nier quoi que ce soit.

-Je suis un Elfe, je vois clair dans votre esprit. Et je vous ai entendu parler tout à l'heure.

-D'accord, m'énervai-je, j'ai couché avec lui, et alors ? C'était il y a longtemps et puis… bon sang, vous n'êtes venu ici que pour me rabaisser encore ?

Je tournai la tête vers lui, dans l'espoir de voir quelque remord sur son visage ; mais ce que je vis était tout autre. Il était jaloux, je le voyais, je le sentais. Il brûlait à la pensée qu'Eomer ait pu me toucher aussi intimement que lui languissait de le faire…

Il grogna.

-Je venais vous dire que nous partions demain pour le Gouffre de Helm.

J'écarquillai les yeux ; Saroumane allait envoyer son armée au Gouffre et ils seraient faits comme des rats… c'était du suicide, je le savais, mais personne ne m'écouterait.

-Qu'allez-vous faire de moi ? Me laisser moisir ici ?

-Ce n'est pas à moi de décider, soupira Legolas.

-Et si c'était à toi, qu'est-ce que tu ferais ? murmurai-je.

J'étais passée sans le vouloir vraiment au tutoiement, peut-être parce que j'avais formulé une pensée à voix haute. Il me dévisagea longtemps.

-Si c'était à moi de décider, commença-t-il enfin, je voudrais que tu n'aies jamais croisé mon chemin.

Il se leva et, sans un regard, quitta ma cellule.

Voilà, j'espère que ça vous a plu!! Le 4e chapitre est en cours d'écriture alors laissez des reviews pour me motiver!!

(aussi pour ceux qui trouvaient que Legolas se rapprochait trop vite d'Azetriel et pensaient qu'incessament sous peu ils seraient ensemble... petit retournement de situation)