Chapitre VI : La Bataille du Gouffre de Helm
C'est extrêmement étrange. Comme sensation je veux dire. A la fois j'étais heureuse, pour ce qui venait de se passer avec Legolas, et à la fois j'étais paniquée, pour le reste. Parce que je me tenais, arc bandé, au haut d'un rempart qui surplombait des centaines de milliers d'orcs. Les autres elfes qui m'entouraient de partout toisaient stoïques leurs ennemis ; ils avaient l'air prêts. A mourir, à vivre, à se battre en tout cas. Moi je n'étais prête à rien, j'avais le cerveau transi d'amour et embrumé de panique. Pas un bon état pour aller en guerre ? C'était ma première guerre aussi, ma première grande bataille.
Nous étions deux rangées d'elfes sur ce premier rempart, dirigés par Haldir et Aragorn. Legolas avait rejoint ce dernier après m'avoir prévenue que si j'osais mourir, il me tuerait. C'est un garçon charmant. Mais je n'envisageais même pas de mourir. Je ne voulais pas ; contrairement à mes camarades ici présents, je n'étais pas prête.
Un cri – un gargouillement devrais-je dire – de guerre retentit soudain, m'arrachant à mes pensées. J'osai un regard en bas et constatai que les monstres couraient vers nous. Aragorn leva le bras. Je voyais tout cela comme dans un film, espérant juste être à la hauteur de mon rôle de figurante. Il baissa le bras et ce fut comme si soudain toutes les musiques de la guerre explosaient en même temps dans mes oreilles ; dix mille flèches fusèrent en même temps vers les assaillants ; la mienne était parmi elles.
Nous continuâmes à tirer sans relâche, nos ennemis ripostant à l'aveuglette ; l'elfe à ma droite tomba et alla s'écraser au bas des remparts. Je fis comme si de rien n'était, parce que si j'avais laissé sa mort soudaine envahir mon cerveau, je serais partie en hurlant. Les premières échelles avaient été posées sur nos murs et les monstres grimpaient dangereusement vers nous. Mon voisin de gauche sortit son épée. Je lançai un regard vers Legolas et l'aperçut éventrant une des répugnantes créature aux côtés de Gimli. Je les imaginai concourant pour le plus grand nombre de tués et leur vue me redonna du courage ; à mon tour, je tirai mon épée.
Le premier qui déboucha devant moi, je le décapitai sans plus de cérémonies. Nous combattions dos à dos avec mon voisin, terrassant le moindre orc qui osait ne serait-ce que nous regarder de travers. Je voyais de notre position nos ennemis défoncer la porte au bélier et les Rohirrim la barricader comme ils le pouvaient. Aragorn et Gimli étaient arrivés sur le pont et défendaient la deuxième porte de leur meiux. Ce fut un mouvement dans la masse des orcs qui attira mon attention : un Huruk qui fendait la foule, une torche à la main. Je compris alors avec terreur qu'il s'apprêtait à mettre le feu à la poudre.
A coups de coudes et d'épée, je me forçai un chemin pour me rapprocher de ma cible que je mitraillai de flèches sans jamais l'atteindre. Legolas, qui venait de ramener Aragorn et Gimli sur le rempart, m'aperçut fendant les lignes et, suivant mes tirs, devina ma cible. Je ne sais s'il comprit le danger réel, mais du moins il comprit qu'il y avait danger et se mit lui aussi à tirer.
Sa première flèche atteignit la cuirasse de l'Huruk sans le blesser ; la deuxième se planta dans sa petite tête sans le freiner. Mon cœur battant comme un fou dans sa cage, je compris qu'il était trop tard et hurlai :
-Legolaaaaaaaaaaaaaaaaas !!!!!!!!
Il ne comprit pas, mais Aragorn eut le réflexe de le projeter à terre lorsque l'Huruk se jeta torche à la main dans le soupirail.
Le rempart explosa dans un effroyable coup de tonnerre. Fracas épouvantable, les pierres et les soldats volèrent. Une fumée noire, une odeur de flammes et une pluie de caillasses s'abattirent sur les combattants restés debouts. Une grande clameur s'éleva de la masse des orcs et j'ouvris péniblement mes yeux rougis par la fumée. Ils avaient ouvert une brèche dans les remparts.
-On se replie !!! On se replie vers le fort !!!!!
Nos bataillons linéaires étaient soudain devenus une masse furieuse de combattants repoussant, fuyant, hurlant, mourant dans une retraite paniquée. Je voyais des corps tomber partout alors que je dévalais les remparts, perdue dans le fracas cinglant de la bataille, ne cessant de tuer pour ne pas cesser de vivre. Terrible paradoxe.
Je heurtai soudain une masse de plein fouet et le choc me projeta au sol ; je reçus un coup de genoux cuirassé dans la tempe et des étoiles tourbillonnèrent devant mes yeux. Une main me releva brutalement.
-Azetriel !! Mets-toi à l'abri !!
-Haldir !
Il me poussa sur le côté et je ressentis une cuisante douleur dans le bras alors que je dégringolai les escaliers des remparts. J'entendis un hurlement… le monde tournait… la masse des combattants m'entraîna avec elle.
J'arrivai finalement au fort parmi une troupe d'elfes ensanglantés. Aucun des visages autour de moi ne m'étaient connus, mais leurs expressions si : le désespoir, la fatigue, la peur. Je me levai et déambulai alors parmi eux, cherchant une raison de me battre encore. C'est en flageolant sur mes jambes que je bousculai Eomer. Il me saisit brutalement par les épaules et s'écria :
-Azetriel ! Qu'est-ce que tu fais ?!
-Je me bats…
-Ecoute, mon oncle et sa garde royale vont lancer le dernier assaut d'ici très peu de temps. Si tu te bats, bats-toi avec nous, maintenant !!
Comme pour confirmer ses propos, le cor du Rohan retentit puissamment dans tout le Gouffre de Helm, et son appel seul suffit à relever tous les soldats échoués dans le fort.
-Le dernier assaut !! hurla Eomer. Pour le Rohan, battez-vous une dernière fois !!!!!
Jamais je n'avais vu une telle rage de vaincre que celle d'Eomer à ce moment précis, celle qu'il communiqua à tous ces guerriers autour de nous. Fort le Cor sembla exploser lorsque les milliers de soldats que nous restions sortirent en courant, brandissant leurs armes et criant leur fureur. C'est alors qu'une lumière blanche si pure qu'elle ne pouvait être que magique frappa le front orc de plein fouet ; Gandalf, suivi par Aragorn et Théoden menant la fine fleur de l'armée, sortirent du fort au grand galop et se jetèrent sur leurs ennemis aveuglés et déstabilisés. Ils précédaient Eomer et ses Rohirrim, chevauchant dans la tourmente, puis nous, fantassins pleins de force et de rage. Nous vidâmes la citadelle du moindre des orcs en les faisant reculer jusqu'au champ de la dernière bataille, l'entrée du Gouffre de Helm.
Le moindre soldat du Rohan, fût-il blessé, terrorisé, épuisé, donnait jusqu'à ses dernières forces dans chaque coup d'épée qu'il portait ; et voir un de ses compagnons tenir à ses côtés redonnait plus de courage qu'il n'en fallait. Les orcs pâlirent, faiblirent, plièrent ; puis, enfin, poussés par une immense clameur de nos troupes, prirent la fuite.
Notre victoire explosa comme un immense feu d'artifice. Plusieurs de mes compagnons d'armes se jetèrent les uns sur les autres pour se serrer mutuellement dans leurs bras. Hébétée de fatigue et de joie, je titubai entre les armures et entre les corps, jusqu'aux bras de Legolas qui se refermèrent sur moi. Je lui fis un sourire béat et je m'évanouis.
La première chose dont je pris conscience c'est que j'avais mal partout. Dans tous les muscles, et au bras particulièrement. Je gardai les yeux fermés. J'étais dans un truc doux et chaud. Un lit. Je priais pour être à Rivendell et j'ouvris les yeux.
Mais non, toujours à Fort le Cor. Dans un lit, il est vrai, mais entourée de centaines d'autres lits de fortune sur lesquels reposaient des centaines de blessés. J'étais blessée ? Je regardai mon bras, il était enveloppé d'un bandage ; je ne me rappelais même plus avoir été touchée. De quoi me rappelais-je ?
Ca me heurta d'un coup, tout en même temps. La bataille, la poufre, Haldir, Legolas. Un effroyable sentiment de culpabilité mêlée d'horreur tordit mon estomac. Je me levai et sortit à l'air libre. Il faisait nuit. Je respirai l'air pur en parcourant des yeux les remparts en ruines. Et je me demandai si quelqu'un d'autre savait que j'étais la cause de tout cela. Si Aragorn, Gandalf, Eomer savaient. Si Haldir savait. Si Legolas savait.
Bon alors, qu'est-ce que vous en pensez ?? OK, je suis super en retard, désolée j'ai pas d'excuse. En attendant, ça mérite une ptite review ? Nan ? alleeeeeeeeeeeeeez, si jai pa de review je tue Legolas dans le prochain chapitre !!! (moa, du chantage ? jamais ! ) tchouwwww merci d'avoir lu jusque ici !!!!
