Plusieurs soirs plus tard, elle voyait toujours voler un corbeau autour du château. Chaque fois que l'ombre noire semblait trop proche du chateau, elle sentait la menace pesant toujours sur elle. Elle avait peur, terriblement peur. Elle avait aimé le pire criminel d'Arendelle. Elle lui avait fait l'amour, avait volé sur son dos, avait rit à ses plaisanteries. Elle se sentait tellement... Coupable. Comment est-ce qu'elle avait pu se faire avoir ? Idiote, imbécile qui avait cru rencontrer le prince charmant. Stupide, naïve qui avait cru trouver l'amour sur son rebord de fenêtre. Elle avait tellement de mal à avancer, ces derniers jours. A accepter, que tout ce en quoi elle avait tant cru soit en fait une erreur. Elle avait fait barricader toutes les fenêtres, et autant pour sa sécurité que celle de son peuple, donné l'ordre de chasser tous les corbeaux du royaume. Hors de question qu'elle prenne le risque de lui laisser prendre une nouvelle vie, ou -presque pire- de lui céder à nouveau ! A cette idée, un frisson lui parcourut le corps. Leur dernier baiser avait été tellement... Enfin, en tout cas, elle s'était promis qu'elle ne lui ouvrirait plus.
Depuis ce jour affreux, le château lui semblait triste malgré sa sœur qui la soutenait du mieux qu'elle pouvait, sans savoir la cause du chagrin de la reine. De plus, son corps, sujets à des nausées et des vertiges d'une rare violence, ne l'aidait pas à se remettre.
C'était de l'une des lavandière qu'elle avait entendu l'idée la première. Elle se promenait dans le parc quand elle l'avait entendue discuter avec une suivante. Et exprimer ce qu'elle même avait catégoriquement refusé d'envisager.
Elle avait tout fait pour sortir Crow de sa vie. Ce jour là cependant, sur les conseils involontaires de la lavandière, elle découvrit qu'il ne serait pas si facile de le faire sortir de sa vie. En effet, la petite croix bleue sur le test de grossesse lui indiquait clairement qu'elle n'avait pas fini d'entendre parler de lui.

"Eh merde" souffla-t-elle.

Voilà qui n'était pas, mais alors pas du tout prévu au programme. Elle sortit de la salle de bain, abasourdie. Non, non, non ! Pourquoi elle ? Ils l'avaient fait UNE fois ! Une seule fois ! Un bébé. Elle n'avait jamais même approché un bébé ! Comment ça s'élevait, ces choses là, d'abord ? Et qu'est-ce qu'elle allait dire à Anna ?
Perdue dans ses pensées, au bord de la crise de panique, elle avançait dans le couloir sans même voir sa sœur qui, justement, accourait à sa rencontre, si bien qu'elle sursauta quand celle-ci l'interpella.

« Elsa ! Elsa ! »

Elle releva la tête, surprise. Ses relations avec sa sœur s'étaient beaucoup améliorées, surtout ces derniers temps où Anna trouvait que sa sœur avait l'air tout le temps triste et avait entrepris d'essayer de la dérider ( elle n'était vraiment pas fan de canoé… ). Elle la connaissait donc assez pour savoir que, malgré l'enthousiasme de sa sœur pour quasiment tout, ce ton-là était réservé aux grandes occasions.

« Anna ? Qu'est-ce qui se passe ?
- Elsa, tu devineras jamais !
-Mais quoi, dis moi !
-Je suis enceinte ! »

Là, Elsa crut qu'elle allait s'évanouir. Vraiment. Elle avait même commencé à voir des petits papillons, comme quand le lustre l'avait assommée, dans le château de glaces.

« Elsa ? Ca va ? » s'inquiéta Anna

L'intéressée hocha la tête. Doucement, pour ne pas aggraver son vertige. L'énième de la journée, de toutes manières. Maintenant au moins, elle savait à quoi c'était dû. Pff.

« T'es sure ? Qu'est-ce qu'il y a ? Ca ne va pas ? Il y a un problème ?"

Elsa prit une grande inspiration, et regarda sa soeur dans les yeux. Tant pis. Elle ne pouvait pas garder ça pour elle plus longtemps.

"Moi aussi.

-Quoi ?" fit Anna, perdue.

"Moi aussi je suis enceinte ! »

Là, ce fut au tour d'Anna de tomber des nues.

« QUOI !? Mais de qui ?
-C'est une longue histoire… »

Trois ou quatre chocolats chauds plus tard, Elsa avait fini de raconter toute l'histoire à Anna. Qui n'en était pas revenue qu'elle ait conçu un enfant avec l'ennemi numéro un du royaume. Mais, heureusement, elle avait assez vite accepté la situation, et même pris les choses en main.

« Il ne faut surtout pas que quiconque se demande de qui est cet enfant. Et surtout pas lui. Elsa, tu te souviens, le deuxième héritier de Mycen avait demandé ta main le mois dernier pour créer l'alliance de vos pays. Tu devrais accepter. Ça couvrira ta grossesse, et on croira que vous avez juste été vite en besogne »

Elsa ne trouva même pas la force de répondre. Un mariage arrangé ? L'idée lui répugnait au moins autant que lorsqu'elle avait refusé l'offre de ce prétendu amant. Un coureur de dot, c'était tout ce qu'il était. Encore que celui là n'était pas trop vieux pour une fois... Et puis, est-ce qu'elle avait vraiment le choix ?. Elle n'avait pas de temps à perdre, elle le savait et elle finit par se ranger aux arguments de sa sœur : son bébé avait besoin d'un père, sinon le peuple parlerait, et la nouvelle de sa grossesse parviendrait forcément aux oreilles du géniteur. Ce qui serait une vraie, une atroce et horrible catastrophe. Imaginer le pire criminel de l'histoire pouponner avec son bébé ? Hors de question !

En sortant de la salle pour aller rédiger la lettre au roi de Mycen pour accepter la demande, elle réalisa que pas une fois, elle n'avait songé à se séparer du bébé. Et elle réalisa que quelles que soient les conséquences, c'était le sien, et elle ferait tout pour le garder à ses cotés. Elle ne savait pas s'occuper d'un enfant ? Qu'à cela ne tienne ! Elle apprendrait, et sa sœur serait là pour l'aider.
Le mariage fut planifié pour la semaine suivante ( Le plus tôt ils seraient mariés, le plus facilement les gens pourraient croire que le bébé était juste en avance, et le roi ne se douter de rien ).
Bien sur, le futur roi ne fut pas mis dans la confidence, et la cérémonie, très officielle, fut l'occasion d'une grande fête pour les deux royaumes.
Heureusement pour Elsa, le prince de Mycen était joli garçon, et très sympathique du reste. Elsa s'entendit tout de suite très bien avec lui et comme il n'était que rarement au palais, elle pouvait rester libre de ses mouvements, et vivre presque comme avant. Lorsque, un mois plus tard, Elsa lui apprit qu'elle attendait un enfant, il n'y vit que du feu, et la nouvelle qu'un nouvel héritier était en route pour chacune des deux princesses se répandit comme une trainée de poudre. C'était un véritable événement pour le peuple, qui de plus était reconnaissant pour l'arrêt des massacres depuis qu'on avait donné l'ordre de chasser les corbeaux. On se réjouit, donna des fêtes, des cérémonies, et les deux sœurs reçurent plus de cadeaux de naissance qu'elles n'en avaient jamais vus.