Le château était vraiment plus calme, ces derniers temps. La reine avait beau s'ennuyer un peu parfois, elle se doutait que le petit bout d'homme qui poussait en son sein résoudrait bientôt le problème, et elle commençait à se dire que sa vie n'était pas si mal, en ce moment. Elle lisait tranquillement au coin du feu, son livre posé sur son ventre arrondi, ce soir là. Elle approchait de son sixième mois de grossesse, et le bébé donnait des coups de pieds. Un coup plus fort que les autres la fit sursauter, et elle fit tomber son livre.
Elle se pencha, difficilement à cause du bébé, pour le ramasser, et redressa la tête, agacée. Chaque mouvement était une épreuve, plus que trois mois à tenir heureus... Coupant court à ses pensées, elle entendit un bruit étrange. Toc. Toc. Toc. Elle tira le rideau, et recula d'un bond, terrifiée.
A la vitre, un immense corbeau, immobile, la fixait de ses grands yeux rouges. Incapable de bouger, la reine stupéfaite se perdit dans le regard rouge de l'oiseau, qui reflétait toute sa terreur, son dégoût, et, bien malgré elle, les petits restes de son amour. Ils restèrent face à face une minute, avant qu'Elsa ne referme le rideau d'un mouvement brusque et ne sorte de la pièce en courant à moitié.

« Anna ! » elle appela, de toutes ses forces.
"Anna !"

Ce fut une des servantes qui l'entendit.

« Un problème, Majesté ?
- Non, non Marguerite, si vous pouviez juste m'amener Anna s'il vous plait. Et demander aux gardes de veiller à ce qu'aucun oiseau noir ne vole autour du château.
-A cause du tueur au corbeau, ma Reine ? Il n'a pas donné signe de vie depuis des mois, ma Reine. Mais ne vous inquiétez pas, je veillerai à ce que ça soit fait. »

Et elle s'éloigna à nouveau en trottinant, laissant Elsa seule à nouveau. Celle-ci courut vers la chambre de sa sœur, où elle dormait paisiblement. Se sentant un peu coupable, elle la réveilla. Leurs maris étaient tous deux partis pour la nuit, elles étaient seules ce soir. Tremblant encore, elle se blottit au coté de sa soeu et, lui demanda dans un murmure "Je peux rester avec toi ?".
Anna acquiesça, encore ensommeillée, et elle se lova un peu plus contre sa sœur. Elle ne voulait pas rester seule cette nuit.

Le temps passa, et Elsa commença à se détendre à nouveau. Le corbeau ne réapparaissait pas, et tout semblait aller pour le mieux. Son mari la surprotégeait un peu, mais Kristoff faisait la même chose avec Anna maintenant qu'elles approchaient du terme. Bientôt, leurs petits bouts pointeraient leurs nez, et alors, elle auraient des milliards de choses à faire. Alors ce matin-là, elles avaient décidé que ça suffisait : elles avaient bien le droit de sortir un peu du palais. Ainsi, les deux sœurs, avec leurs ventres tous ronds, sortirent en cachette, au nez et à la barbe des gardes, riant comme des enfants. Une fois dehors, elles baissèrent leurs capuchons et se dirigèrent vers le marché. C'était leur endroit préféré, depuis toutes petites, et elles voulaient retrouver l'esprit de leur enfance, ce jour là. Il faisait froid dehors, l'hiver était bien là, mais cela rendait le paysage féerique, et renforçait leur impression d'être seules au monde. Elles arrivèrent au marché où elles se baladèrent dans les rues sous les grands capuchons qu'elles avaient emporté, et aperçurent une boulangerie. Aussitôt, elles se dirigèrent vers l'échoppe, et en ressortirent avec un beignet chacune, toutes deux ravies de se retrouver enfin un peu seules. Enfin toutes les deux ! Elles riaient à tue tête, sans personne pour leur dire "Tu ne devrais pas manger ça" ou "Majesté, untel vous attend". Le bonheur, quoi !

La matinée passa vite, s'amusant autant qu'il était possible. En début d'après-midi cependant, il se mit à pleuvoir, et les deux sœurs durent s'abriter sous l'auvent d'une boutique un peu désolée. La rue s'était vidée, et on se serait cru en pleine nuit. Les nuages noirs réveillaient en Elsa le souvenir d'un certain soir sombre... Elle guetta le ciel, nerveuse. Son instinct la trompait rarement, et elle commença à regretter d'être sortie sans protection. Un point commença soudain à grandir, grandir dans le ciel et elle fit signe à sa sœur de courir. Malheureusement, si près du terme, elles se déplaçaient avec peine, et la forme les rattrapa sans mal. Le corbeau se posa derrière elle, les acculant dans la ruelle, avant de s'ébrouer et de redevenir homme.
Il se redressa, leur adressa un sourire de victoire et s'approcha de la reine qui recula.

« Oh oh, mais toutes mes félicitations, votre Majesté ! » fit-il d'un ton ironique « A moins que.. devrais-je me féliciter moi-même ?

Elsa recula encore, terrifiée. Il ne pouvait pas le savoir, si ? Ce bébé n'était pas, et ne serait jamais à lui, de toutes façons. C'était le sien. Elle prit son courage à deux mains, et fit face à son ancien amour.

- Il n'est pas de toi ! mentit-elle, avec tout l'aplomb dont elle était capable. Et tu n'as rien à faire là. Je pourrais te faire arrêter sur le champ si je le voulais !

-Oh, arrête, trésor, si tu pouvais m'arrêter, tu l'aurais déjà fait. Tu ne peux rien contre moi…» fit-il en s'approchant dangereusement près.

Anna, restée de coté jusque là, s'interposa.
« Lâche ma sœur, toi ! Tu vois bien qu'elle ne veut pas de toi !

-Ah oui, tu crois ? » demanda-t-il d'un ton badin. Eh bien regarde. »

Il la poussa violemment contre le mur et attrapa Elsa par le poignet. Il serra, fort, tandis qu'elle se débattait, et la prit contre lui.
« Tu ne peux rien contre moi… susurra-t-il. Parce que tu es faible, et parce que tu m'aimes… »
Il lui vola un baiser, puis lui mordit sauvagement la lèvre. Le sang se mit à couler, tandis que la reine, hébétée, se débattait toujours du mieux qu'elle pouvait.
Puis il éclata de rire à nouveau, un rire sombre et maléfique, avant d'effleurer de son aile le ventre de la jeune femme. Il la regarda dans les yeux encore un instant.

"Tu crois m'avoir ?" fit-il sur un ton plus menaçant, quoi que toujours joyeux. "Ce bébé, pas de moi, et si puissant ? Oh, la vilaine menteuse... "

Il la prit par le menton, et l'embrassa à nouveau, faisant couler plus fort le sang de sa lèvre meurtrie.

"N'oublie pas ! S'écria-t-il en la relâchant d'un coup, si bien qu'elle trébucha et tomba à terre. "Tu es à moi. Et je finis toujours par récupérer ce qui m'appartient."

Puis il s'envola dans un battement d'aile.
Une seconde passa, et Anna poussa un cri. Elsa, encore ébahie, se releva et se retourna. La jupe de sa sœur était trempée, et celle-ci tremblait, effondrée au pied du mur où Crow l'avait jetée.

« Je crois… Je crois que j'ai perdu les eaux »