Quand les servantes entrèrent dans la chambre d'Elsa pour lui annoncer la naissance de sa nièce, Elsa dormait à poings fermés, sa fille collée contre la poitrine, au milieu du sang laissé par la naissance. Evidemment, cette scène terrifia les suivantes qui crurent un instant avoir perdu leur reine. Quand elles constatèrent qu'elle n'était qu'endormie, elles soupirèrent de soulagement. Sauf qu'au même moment, elles se rendirent seulement compte que, n'ayant pas assisté leur reine lors de la naissance contrairement à leurs devoirs, elles risquaient de graves ennuis. L'une d'elles osa bravement secouer doucement l'épaule de la jeune maman. Celle-ci serra sa fille plus fort dans un sursaut tout en ouvrant de grands yeux terrifiés. Elle se redressa et avait bondi au bout de son lit avant de remettre les servantes et de pousser un soupir de soulagement.
« Ne vous inquiétez pas votre majesté, ce n'est que moi. "
La reine lui sourit d'un air contrit, mais resta muette.
"Euh..." continua t-elle, "Je voulais vous dire... Toutes nos plus plates excuses pour n'avoir pas entendu vos appels, nous sommes impardonnables. "
Comme la reine ne répondait toujours pas, mal à l'aise elle se força à continuer.
"Que pouvons-nous faire pour racheter notre faute ? »
Elsa se rappuya contre le bord du lit du mieux qu'elle put et leur sourit, comme elle put une fois encore.
« Il n'y a pas de mal, vous vous occupiez d'Anna et vous avez eu raison. D'ailleurs, comment va-t-elle ?
- Sa fille est née il y a une petite heure environ, après un travail plutôt laborieux. Elle s'appelle Alice, et la mère et la fille se portent bien. » fit la servante d'une voix toujours inquiète. "Vous êtes sure que nous ne pouvons rien faire ? Votre majesté, je suis désolée, je..."
Elsa la calma d'un mouvement de la main. L'inquiétude de la servante commençait à lui taper sur les nerfs plus qu'autre chose. Elle avait dit que ce n'était pas grave, oui ou non ?
« Encore une fois, je vous dis qu'il n'y a pas de mal ! Maintenant, pour ce qui est de ce que vous pouvez faire, j'aimerais beaucoup que quelqu'un s'occupe de nettoyer ma fille, et de changer mes draps aussi, si possible. Vous avez vu ce bazar ?
- Oui, bien sur, tout de suite votre Altesse ! » s'écrièrent presque toute la clique des servantes d'une seule voix.
La servante qui lui avait parlé se saisit de l'enfant endormi que lui tendait Elsa, et lui demanda, presque sans oser ( ce qui commençait à agaçer sérieusement la jeune mère, elle n'avait pas pour habitude de maltraiter son personnel pourtant !) :
« Puis je... Puis-je vous demander son nom ? »
Son nom. Ca alors, elle n'y avait même plus pensé ! Elle réfléchit. Elle avait déjà pensé à Rose, Lucie...
La jeune femme repensa à son cauchemar, puis à ce blanc si reposant, si doux, à la fin. A l'astre qui était supposé permettre la naissance des enfants, selon certaines croyances. Elle sourit.
« Luna. Elle s'appelle Luna. »
Etonnement, Crow ne se montra pas pendant un long moment. Les deux mamans élevèrent leurs filles comme des sœurs, comme si chacune avait deux mamans et deux papas, et ne se quittaient jamais.
« Les filles ! On mange dans un quart d'heure ! »
Luna et Alice se regardèrent en pouffant. Aller manger, alors qu'il faisait si beau dehors ? Hors de question. Elles se faufilèrent dans le jardin à pas de loup.
« Vas-y ! Vas-y ! Montre-moi encore ! Fais-moi un bonhomme de neige ! » demandait Alice.
Ravie d'obtempérer, Luna fabriqua un bonhomme en un tour de main, malgré la chaleur caniculaire.
Alice applaudit, et se précipita vers la neige, avant d'en envoyer une boule sur son amie.
Une formidable bataille s'ensuivit, jusqu'à ce qu'Elsa apparaisse dans le jardin
« Les filles, je croyais avoir dit à table… »
Tête basse, les deux fillettes rentrèrent dans le palais et la neige fondit en moins de temps qu'il faut pour le dire.
Cependant, après le repas, les deux enfants reprirent immédiatement leur jeu où elles l'avaient laissé, et furent un peu déçues de voir la nappe de boue grisâtre qui avait remplacé leur terrain de jeu. Regeler ça rendrait leur neige boueuse, alors Luna la fit simplement disparaître. Comme si de rien était. Puis elle créa de la neige fraiche et la bataille reprit, le nombre de combattants doublant lorsque les mamans des deux fillettes, désœuvrées, décidèrent de les rejoindre. Evidemment, l'équipe Elsa-Luna avait un sacré avantage, mais elles essayaient de laisser une chance à leurs adversaires quand même, sinon, ce n'était pas juste ! Au bout d'une heure, les filles, épuisées et essoufflées, s'écroulèrent dans la neige. Mais Luna voulait jouer encore, du haut de ses six ans elle refusait d'abandonner si vite. Elle força, un peu et créa une petite boule de neige, qui, contrairement aux autres, se changea en un tout petit moineau blanc, et s'envola. Soufflée, Alice le regarda s'envoler et resta immobile une seconde, avant de demander :
« Luna, tu peux refaire ça ?
- Oui, bien sur ! »
Et la petite ouvrit la main pour en faire sortir un petit merle qui s'enfuit à tire d'ailes comme le précédent.
La petite s'amusait beaucoup. Elle voulait faire des oiseaux, encore et encore, mais elle était fatiguée, et ne contrôlait plus vraiment ses pouvoirs. C'est ainsi qu'après avoir forcé, et forcé encore, il n'y eut plus dans le petit parc que deux adultes, une fillette… et un oiseau. Une colombe, blanche comme neige. L'oiseau s'ébroua, et les regarda d'un air absent.
Elsa se précipita. Non, non, non, c'était impossible. Elle s'accroupit près de l'oiseau qui ne bougea pas d'un pouce.
« Luna, Luna, reviens, retransforme-toi, s'il te plait ma chérie ! »
L'oiseau les regarda à nouveau, étendit ses ailes, et pendant un instant, ils crurent qu'elle allait s'envoler. Mais une gerbe de neige l'entoura et bientôt, une petite tête blonde, couverte de flocons, émergea du tas blanc.
Plus soulagée qu'elle ne l'avait jamais été, Elsa serra fort sa fille contre elle, avant de la prendre par l'épaule pour la regarder dans les yeux.
« Luna, est-ce que tu peux me promettre de ne rien dire à personne ? Il faut vraiment que personne ne sache que tu peux te transformer. A part Anna, moi et Alice. D'accord ? »
La petite hocha la tête, docile. Se changer en oiseau n'était pas très agréable en soi, et en dehors du palais, elle préférait la luge et les batailles de boules de neige.
Mais dans l'ombre, une forme noire se dégagea. Une forme noire qui avait tout vu, et s'envola à tire d'aile dans un croassement funèbre.
