Plusieurs jours durant, elle resta pensive, rêveuse. Elsa ne comprenait pas pourquoi sa fille s'était soudain remotivé pour les bals, mais en tout cas, elle semblait radieuse. La jeune fille, ravie d'avoir enfin découvert ce que pouvait bien être l'amour, n'avait qu'une idée, approfondir ça d'avantage. Et, coup de chance, le destin semblait être de son coté: un jour, alors qu'elle essayait vainement de contrôler la bête indomptable qu'état devenu son vélo ( elle avait apparemment hérité sa maladresse de sa tante...) , elle dévala un escalier sas le vouloir et fonçait droit sur le lac quand une main l'attrappa pour la tirer du vélo avant qu'il ne termine sa course dans l'eau. Vous aurez deviné à qui appartenait cette main... Il ne fallut pas longtemps aux deux pour devenir vraiment proche. Bientôt, ils se quittaient à peine, et Alice avait bien du mal à trouver le temps d'écouter les interminables détails de leurs promenades, sorties etc...

Ce matin là, ils s'étaient retrouvés une fois encore vers la montagne, assis sur une congère. Sa mère aurait été inquiète de la voir si près du ravin, mais elle s'en moquait : c'était un de ses coins préférés, et Julien semblait l'apprécier lui aussi. Elle était tellement heureuse d'être auprès de lui !
« Tu sais, je veux devenir herboriste » expliquait Julien. « C'est tellement intéressant je trouve, de pouvoir soigner juste avec des plantes ! C'est presque… Magique. »
Luna lui sourit. Elle ne lui avait pas encore parlé de ses pouvoirs, et n'avait pas l'intention de le faire tout de suite… Mais elle avait tellement envie de lui montrer ce que c'était, la vraie magie…
« C'est toi qui es magique » elle murmura.
« Quoi ?
- Je dis, c'est toi qui es magique »
Il lui sourit.
« Non. C'est toi. »
Et il se pencha vers elle, et l'embrassa. Le cœur de Luna fit un bond immense dans sa poitrine, avant de bondir plus doucement. Elle sentit l'émotion l'envahir, et elle oublia tout. Ses défenses, ses peurs, ses différences, tout disparut pour laisser place à l'instant. Mais c'est dans les flux d'émotion que la magie s'enracine. Essayez de faire du vélo sans vélo, c'est impossible. Mais faire du vélo avec un vélo électrique... Le vélo électrique qu'étaient devenues les émotions tourbillonantes de la jeune fille s'emballa : et sans même s'en rendre compte, sa magie ressortir, peu à peu, de plus en plus intense. L'air fraichit, s'assombrit.
Un flux de magie s'éleva autour d'elle, d'abord en de douces volutes de gel. Puis leur baiser devint plus intense, plus fort et l'herbe autour d'eux commença à geler. Le cristal prit chaque brin d'herbe, un par un, et s'étendit à une vitesse galopante.
Julien commença à descendre ses mains. Elle laissa faire, un peu. Il descendit plus bas, et la jeune fille commença à se débattre. Il allait trop vite. Elle commença à se faire du souci, et la glace s'étendit encore un peu. Il continua à descendre, et tira sur ses jupons. Une vague de panique s'infiltra en elle.
« Non, arrête ! »
Il la regarda, sans lâcher son étreinte.
« Juste encore un peu… »
« Non, s'il te plait ! »
Il fallait qu'il s'arrête. Vraiment. Elle l'aimait, vraiment, mais là elle ne voyait plus le gentil garçon, juste un homme cruel et froid. Comme la glace. Elle avait peur, là, vraiment peur, le genre de terreur qui vous prend aux tripes et vous donne envie de courir jusqu'à l'autre bout du monde. Et sa magie le sentit. Des pics glacés sortirent de terre, de ses mains et de partout autour. Et sans le vouloir, elle se transforma. Une seconde plus tôt, elle était là, et celle d'après, Julien tenait un immense oiseau blanc. Sous la surprise, il lâcha son étreinte et recula vite, très vite, si vite qu'il ne vit pas le ravin derrière lui, trébucha, tomba en arrière dans le précipice
Luna eut un instant d'hésitation. Elle n'avait jamais volé, même les rares fois où elle s'était transformée. Mais elle n'avait pas le choix. Elle ouvrit les ailes et s'élança pour le rattraper au vol.
Par chance, ses ailes ne la trahirent pas, et l'oiseau en lequel elle s'était changée était suffisamment grand pour supporter le garçon, et elle le ramena, inconscient, sur la terre ferme. Puis elle se retransforma.
« Oh non non non » fit-elle, désolée. « Réveille-toi, s'il te plait ! Julien ! Julien, tu m'entends ? »
Pas de réponse.
« Oh non » répéta-t-elle. « Julien... Je suis désolée… »
Les yeux pleins de larme, elle posa sa tête sur sa poitrine. Le silence s'installa, seulement interrompu par le vent. Un vent glacial qui fouettait ses joues et y faisait geler les quelques larmes qui avaient commencé à y couler. Puis il y eut un bruit. Julien toussa, ses épaules frémirent.
C'est à ce moment-là qu'il ouvrit les yeux, et vit la jeune fille penchée sur lui.
Luna, soulagée, lui prit la main.
« Oh, j'ai eu tellement peur ! Je suis désolée, tellement désolée… »
Mais il recula, le plus loin possible, et la regarda d'un air à la fois dégoûté et apeuré.
« Tu aurais pu me tuer ! »
Il lâcha sa main.
« Va-t-en ! Va-t-en, et ne reviens surtout pas me revoir !
-Mais…
-Tu n'entends pas ? Je t'ai dit de t'en aller ! »
Il se leva et fit face à la jeune fille toujours accroupie.
- Je pensais que tu étais intéressée. Mais non seulement tu ne voulais pas de moi, mais tu as fait…ça ! » fit-il en désignant tous les pics créés par sa magie.
« Tu n'es qu'une gamine immature, mais ça j'aurais pu le supporter. Le problème, c'est que tu es aussi un monstre ! Un monstre ! »
Il se mit à neiger, très très fort. Comme si le cœur de Luna se déversait depuis le ciel.
Et il partit dans le blizzard, laissant la jeune fille seule, accroupie dans la neige. Elle voulut se relever, perdit l'équilibre, retomba et éclata en sanglots.