C'est ainsi, prostrée au milieu de la tempête, qu'Alice la trouva quand, plusieurs heures plus tard, elle commença à s'inquiéter de ne pas voir sa cousine rentrer. Elle la ramena au château doucement, sans dire un mot, et allongea sa presque-sœur sur son lit.
Elle s'assit doucement à coté d'elle et demanda :
« Alors ? »
Pas de réponse.
"Luna..."
Sa cousine ouvrit les yeux une seconde, presque surprise qu'elle demande, tellement ça lui paraissait évident. Tout son monde s'effondrait. Elle se sentait si seule, à un point tel que nul ne pouvait la comprendre, et même elle, la personne de qui elle était la plus proche au monde,en était incapable. Ses yeux s'emplirent de larmes.
« Alors ? » elle fit, en se redressant « Alors ? Ben il m'a embrassée, voilà, il m'a embrassée, et il a voulu aller trop vite, alors moi, j'ai eu peur, c'est normal non ? J'ai que treize ans, moi, je voulais pas, et lui il touchait ma culotte alors je lui disais non et il entendait pas !"
Elle s'était mis à crier sans même s'en rendre compte. des flocons voletaient dans toute la pièce. Ses mots, hachés par ses hoquets, semblaient attiser la colère de la tempête qui était née à l'extérieur. Elle repris son souffle, et regarda sa cousine avec de grands yeux pleins de détresse.
"C'est ma magie qui a répondu toute seule ! C'est pas ma faute. Je voulais pas... Je me suis transformée. Et il a eu peur du coup, il m'a lâchée et il s'est pris les pieds dans de la glace !Moi, j'ai volé pour le rattraper et quand il s'est réveillé il a dit qu'il voulait plus de moi, que j'étais un monstre. Un monstre, tu te rends compte ? »
Puis elle se remit à pleurer. Il y avait tellement d'émotions en elle, de la tristesse, de la colère… Elle ne savait même pas qu'il était possible de ressentir autant à la fois. Elle avait mal, tellement mal… Est-ce qu'elle était un monstre ? Est-ce qu'elle était dangereuse ?
Alice la regardait, désolée. Elle ne savait vraiment pas quoi faire pour consoler son amie… Elle posa sa main sur son épaule.
«Eh.. Ma puce, je suis désolée… Je pensais que c'était quelqu'un de bien, mais non, s'il te respecte pas, il n'est pas quelqu'un de bien, tu seras mieux sans lui… »
Luna se redressa encore, bien plus cette fois. La colère irradiait d'elle si fort qu'elle paraissait visible. Et pour cause, un halo bleu étincelant l'entourait.
« Quelqu'un de bien ? Lui ? Non, non, jamais. Il m'a fait croire qu'il m'aimait, croire que je le méritais, d'être avec lui, d'être heureuse, et puis finalement, il me renvoie à ce que je suis, dans la poussière, il m'écrase, je lui ai sauvé la vie, et la seule chose que j'y ai gagné, c'est de me faire traiter de monstre ! En plus il a raison. C'est ce que je suis, un monstre. Tout le monde a peur de moi !Je pourrai jamais, jamais être amoureuse, sauf en me mariant comme Maman avec un gars qui m'épouse que pour la politique, parce que toute ma vie, toute ma vie, je serai différente, et ils auront peur de moi ! Ils auront peur, et moi, j'aurai jamais, jamais le droit d'être heureuse ! C'est injuste ! Injuste ! »
A ses mots, la glace sortit de ses paumes sans plus aucune barrière, aucune défense, comme si elle avait toujours cherché à s'échapper, et spectatrice impuissante des conséquences de sa propre colère, elle vit les aiguillons glacés sortir de son corps et fuser dans la chambre, comme des millions d'abeilles furieuses, incapable d'arrêter le phénomène ou même de le diminuer. Avec sa panique grandissante, au contraire, c'était de pire en pire. Le tourbillon s'accélérait, prenait forme dans la chambre. Les cristaux griffaient les murs dans un grincement de tonnerre, le vent battant les fenêtres au rythme des battements de son coeur. Boum. Boum. Boum. Et Alice qui restait là, figée, observant la glace tourbillonner autour d'elle sans même bouger ! La glace tournait encore, de plus en plus vite, de plus en plus fort, et l'un deux griffa son bras. Un autre atteint sa jambe, et elle fit volte face. Elle mit ses mains autour de son visage pour se protéger.
"Luna ! Luna, s'il te plait arrête ! Tu me fais peur. Luna s'il te plait !"
- Mais j'essaie !" Cria l'intéressée. Elle tendait les bras à qui mieux mieux, tentait de protéger sa cousine, mais sa terreur ne faisait qu'aggraver les choses. Un pic frappa son amie à la tête et celle ci cria et tomba à genoux. La neige s'intensifiait,rendant le paysage invisible, l'entourant peu à peu d'un nuage de glace.
Luna se jeta devant sa cousine.
« Non ! Non ! Arrêtez ! » criait-elle sans que cela change quoi que ce soit. Alice aussi criait, et Luna ne pouvait rien faire, rien du tout. La glace la traversait comme si de rien était, comme si elle n'était pas là, et sa cousine, toujours aussi vulnérable, gisait à terre, petite silhouette tremblante dans le brouillard qui les entourait. Elle ne pouvait rien faire. Rien.
Si ce n'est se calmer. Elle s'assit sur son lit, et essaya de faire le vide. Ce fut difficile et long, car tout son corps était tendu, et toutes ses émotions tournées vers sa cousine blessée à cause d'elle, mais elle finit par y arriver, et le nuage finit par se dissiper, laissant entrevoir Alice, griffée et coupée de partout, gelée et inconsciente sur le sol de la chambre.
« Oh non, non ! Pas toi ! Alice, Alice, réveille-toi ! »
Elle la serra contre elle et appela, du plus fort qu'elle put.
« Maman ! Maman ! »
